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  • 8 - HISTOIRE PUBLIQUE / USAGE PUBLIC DE L'HISTOIRE

    Un des enjeux contemporains du rapport à l’histoire est marqué par l’histoire publique1. Cette pratique spécifique de l’histoire répond à une demande sociale croissante de compréhension du passé, et tente de la sortir de la sphère universitaire en la rendant accessible à un large public. Sa naissance, au milieu des années 1970 en Californie, est liée aux besoins des minorités sociales et ethniques à la recherche de leurs racines et de leurs mémoires, et correspond, selon Catherine Brice, à « une montée en puissance de l’engagement social et de l’activisme politique » 2. Parallèlement, elle correspond aussi, plus prosaïquement, à une crise du recrutement des étudiants en histoire, et provoque des questionnements sur la manière d'attirer de nouveaux étudiants dans les Humanities, qui voudraient travailler en dehors du milieu éducatif. Les américains attirent l'histoire publique du côté d'une histoire appliquée aux problèmes du monde réel. Un débouché spécifique est le cabinet d'avocat, dans les cas de conflits environnementaux ou territorio-ethniques, un autre l'entreprise. En Europe, elle s'oriente principalement vers la communication de l'histoire en direction d'un public non-académique, non sous la forme d'une histoire appliquée, mais plutôt vers l'« application de la méthode historique aux questions, demandes et problèmes contemporains »3, en co-participation et co-production. Aux Etats Unis, certains historiens publics4 revendiquent la « Shared Authority », une histoire publique construite à part égale entre historien et public : une « co-construction du savoir dans laquelle l’historien dépend des groupes avec lesquels il travaille »5, ce qui pose le problème d'un « relativisme par lequel toutes les interprétations se valent ». L’histoire écrite par les publics, les témoins, les communautés, « est un matériau précieux, aussi précieux que les archives, [et] permet d’enrichir une compréhension qui échappera à l’écrit », note Brice. « Dans ce cas, poursuit-elle, l'autorité partagée [est] moins celle de l’historien que celle de l’historien avec des sources différentes. Une seule formation existe en France créée en 2015 à l'UPEC6 par Catherine Brice justement : un Master 2 d'histoire publique/Public History, qui s’intéresse aux usages publics de l’histoire, aux reenactments7, aux reconstitutions. L'histoire publique, en France, est souvent entendue comme histoire d'entreprise, ou associée aux pratiques pseudo-historiques des Stephane Berne et Franck Ferrand. Brice revendique le fait qu'« on est historien d’abord, puis qu’on s’approprie des moyens de divulgation qui permettent de parler d’histoire à des publics différents »8. Ici on aperçoit le lien avec la recherche sur la forme que Jablonka appelait le troisième continent, issu d'une réconciliation entre création et recherche et qui permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai ». Brice estime qu'il est « indispensable que les historiens soient en mesure de communiquer au plus grand nombre de personnes afin de nourrir les opinions, mais aussi les politiques publiques sur des points très contemporains ». « Toutes les recherches en histoire devraient pouvoir passer la barre du public, [...] et informer l’opinion publique de manière plus systématique que ce n’est le cas aujourd'hui ». « Les jeunes historiens doivent être formés à la transmission des connaissances. Et les historiens en poste [doivent] avoir, dans le cadre de la formation continue, des modules de formation qui nous aident à parler de nos recherches plus loin que les colloques érudits » Oser l’histoire publique est pour Brice une aventure intellectuelle passionnante, une extension [...] du champ de compétence de l'historien, « une fonction sociale qui nous est demandée et à laquelle nous devrions pouvoir répondre, aussi un espoir pour nos étudiants et pour notre discipline »9. LE PUBLIC. Ce qu'on retiendra de cette perspective est l'extension des modes de transmission de l'histoire, de ses moyens de divulgation, la volonté de partager le projet avec un public très ouvert, de ne pas le proposer aux seuls historiens ou militants de la Commune. La nature « multicouche » du site questionne l’adresse et la manière de fonctionner du présent de l’histoire, et permettra peut-être de provoquer de nouveaux intérêts. On pourra parcourir les éléments principaux et visibles ci-dessus énoncés, on pourra également fouiller plus avant à partir d'indices disséminés, découvrir les sous-couches justement, des données invisibles (s’activant avec le survol de l’écran par le curseur) conduisant à des dimensions plus ludiques, proposant des enquêtes, qui conduiront elles-mêmes à d’autres niveaux d'enquêtes. Chacun pourra conduire le site à sa guise, s’y perdre, s’y retrouver, réagir aux propositions, ou bien encore envoyer son propre projet qui sera ajouté à la structure du récit. 8 - HISTOIRE PUBLIQUE / USAGE PUBLIC DE L'HISTOIRE Texte précédent Texte suivant Un des enjeux contemporains du rapport à l’histoire est marqué par l’histoire publique1. Cette pratique spécifique de l’histoire répond à une demande sociale croissante de compréhension du passé, et tente de la sortir de la sphère universitaire en la rendant accessible à un large public. Sa naissance, au milieu des années 1970 en Californie, est liée aux besoins des minorités sociales et ethniques à la recherche de leurs racines et de leurs mémoires, et correspond, selon Catherine Brice, à « une montée en puissance de l’engagement social et de l’activisme politique » 2. Parallèlement, elle correspond aussi, plus prosaïquement, à une crise du recrutement des étudiants en histoire, et provoque des questionnements sur la manière d'attirer de nouveaux étudiants dans les Humanities, qui voudraient travailler en dehors du milieu éducatif. Les américains attirent l'histoire publique du côté d'une histoire appliquée aux problèmes du monde réel. Un débouché spécifique est le cabinet d'avocat, dans les cas de conflits environnementaux ou territorio-ethniques, un autre l'entreprise. En Europe, elle s'oriente principalement vers la communication de l'histoire en direction d'un public non-académique, non sous la forme d'une histoire appliquée, mais plutôt vers l'« application de la méthode historique aux questions, demandes et problèmes contemporains »3, en co-participation et co-production. Aux Etats Unis, certains historiens publics4 revendiquent la « Shared Authority », une histoire publique construite à part égale entre historien et public : une « co-construction du savoir dans laquelle l’historien dépend des groupes avec lesquels il travaille »5, ce qui pose le problème d'un « relativisme par lequel toutes les interprétations se valent ». L’histoire écrite par les publics, les témoins, les communautés, « est un matériau précieux, aussi précieux que les archives, [et] permet d’enrichir une compréhension qui échappera à l’écrit », note Brice. « Dans ce cas, poursuit-elle, l'autorité partagée [est] moins celle de l’historien que celle de l’historien avec des sources différentes. Une seule formation existe en France créée en 2015 à l'UPEC6 par Catherine Brice justement : un Master 2 d'histoire publique/Public History, qui s’intéresse aux usages publics de l’histoire, aux reenactments7, aux reconstitutions. L'histoire publique, en France, est souvent entendue comme histoire d'entreprise, ou associée aux pratiques pseudo-historiques des Stephane Berne et Franck Ferrand. Brice revendique le fait qu'« on est historien d’abord, puis qu’on s’approprie des moyens de divulgation qui permettent de parler d’histoire à des publics différents »8. Ici on aperçoit le lien avec la recherche sur la forme que Jablonka appelait le troisième continent, issu d'une réconciliation entre création et recherche et qui permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai ». Brice estime qu'il est « indispensable que les historiens soient en mesure de communiquer au plus grand nombre de personnes afin de nourrir les opinions, mais aussi les politiques publiques sur des points très contemporains ». « Toutes les recherches en histoire devraient pouvoir passer la barre du public, [...] et informer l’opinion publique de manière plus systématique que ce n’est le cas aujourd'hui ». « Les jeunes historiens doivent être formés à la transmission des connaissances. Et les historiens en poste [doivent] avoir, dans le cadre de la formation continue, des modules de formation qui nous aident à parler de nos recherches plus loin que les colloques érudits » Oser l’histoire publique est pour Brice une aventure intellectuelle passionnante, une extension [...] du champ de compétence de l'historien, « une fonction sociale qui nous est demandée et à laquelle nous devrions pouvoir répondre, aussi un espoir pour nos étudiants et pour notre discipline »9. LE PUBLIC. Ce qu'on retiendra de cette perspective est l'extension des modes de transmission de l'histoire, de ses moyens de divulgation, la volonté de partager le projet avec un public très ouvert, de ne pas le proposer aux seuls historiens ou militants de la Commune. La nature « multicouche » du site questionne l’adresse et la manière de fonctionner du présent de l’histoire, et permettra peut-être de provoquer de nouveaux intérêts. On pourra parcourir les éléments principaux et visibles ci-dessus énoncés, on pourra également fouiller plus avant à partir d'indices disséminés, découvrir les sous-couches justement, des données invisibles (s’activant avec le survol de l’écran par le curseur) conduisant à des dimensions plus ludiques, proposant des enquêtes, qui conduiront elles-mêmes à d’autres niveaux d'enquêtes. Chacun pourra conduire le site à sa guise, s’y perdre, s’y retrouver, réagir aux propositions, ou bien encore envoyer son propre projet qui sera ajouté à la structure du récit. Texte précédent Texte suivant

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 6

    Mercredi 5 avril 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 6 Next Next Mercredi 5 avril 1871 PROCLAMATION AU PEUPLE DE PARIS (extrait, voir JO p416) Commune de Paris Les monarchistes qui siègent à Versailles, ne vous font pas une guerre d’hommes civilisés ; ils vous font une guerre sauvage. Les Vendéens de Charette, les agents de Piétri fusillent les prisonniers, égorgent les blessés, tirent sur les ambulances. Vingt fois les misérables qui déshonorent l’uniforme de la ligne ont levé la crosse en l’air, puis, traîtreusement, ont fait feu sur nos braves et confiants concitoyens. Ces trahisons et ces atrocités ne donneront pas la victoire aux éternels ennemis de nos droits. Nous en avons pour garants l’énergie, le courage et le dévouement à la République de la garde nationale. Son héroïsme et sa constance sont admirables. Ses artilleurs ont pointé leurs pièces avec une justesse et une précision merveilleuses. Leur tir a plusieurs fois éteint le feu de l’ennemi, qui a dû laisser une mitrailleuse entre nos mains. Citoyens, La Commune de Paris ne doute pas de la victoire. […] La Commission Exécutive : Bergeret, Delescluze, Duval, Eudes, Félix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant. RÉORGANISATION DES COMPAGNIES DE MARCHE (p418) Les compagnies de marche seront immédiatement réorganisées. Les officiers, sous-officiers et gardent entreront en solde à partir du 7 avril. Les gardes toucheront 1 fr. 50 et les vivres. Les sous-officiers, 2 fr. Les officiers, 2 fr. 50. Quand les compagnies agiront en dehors du service, les officiers toucheront la solde de leur grade dans l’armée. Les quatre compagnies de chaque bataillon éliront un chef de bataillon spécial. Les élections auront lieu le 6 avril. La revue sera passée au Champ-de-Mars par les membres de la commune, le 7 avril, à deux heures de l’après-midi. Bureau d’organisation et de renseignements au ministère de la guerre et à la place. Font partie des bataillons de guerre tous les citoyens de 17 à 35 ans non mariés, les gardes mobiles licenciés, les volontaires de l’armée ou civils. Les effets de campement seront complétés dans le plus bref délai. Paris, le 4 avril 1871. Par ordre de la Commune, le délégué au ministère de la guerre, Cluseret. GESTION DES BAUX (P 421) Avis très important Les locataires qui ont retenu un nouveau logement pour le terme d’avril sont instamment priés de s’informer à l’avance su ce logement sera libre pour le terme, ou si le locataire qui l’occupe actuellement n’entend pas profiter du décret de la Commune, qui l’autorise à prolonger sa location de trois mois. La municipalité ne saurait parer aux inconvénients résultant de cette situation, si les locataires ne se préoccupent pas de se mettre immédiatement en quête d’un autre logement. A dater du 5 avril, une commission municipale siégera tous les jours de deux à cinq heures à la mairie. Elle sera chargée de concilier tous les différends qui pourraient surgir entre les propriétaires et les locataires. L’administrateur délégué fait appel à la bonne foi et au patriotisme de tous, pour que le décret de la commune rencontre dans son application le moins de difficultés possible. L’administrateur délégué à la mairie du IXe, Bayeux-Dumesnil JULES ALLIX ET LE GYMNASIARQUE (p 421) Mairie du VIIIe Arrondissement Corps des gymnastes Il est établi, sous la direction et le commandement du citoyen Hippolyte Triat, gymnasiarque, un corps spécial de gymnastes, destiné à former des professeurs de gymnastique civile et militaire pour les écoles et pour les armées citoyennes. Les élèves devront être âgés de seize à vingt ans. Ils sont admis et inscrits dès à présent au gymnase Triat, avenue Montaigne, 55, et seront immédiatement exercés à différents cours de gymnastique proportionnels à leur âge. Aux effets de l’organisation régulière et de l’administration du corps des gymnastes dont s’agit, il sera fondé un gymnase-école, pour lequel la caserne de la Pépinière est dès à présent et provisoirement attribuée. Les élèves du gymnase-école choisis parmi tous les élèves de 16 à 20 ans, dont les dispositions et les aptitudes au professorat auront été reconnues. Se faire inscrire dès à présent au gymnase Triat, avenue Montaigne, 55 Champs-Elysées, où les élèves trouveront l’indication des cours, qui vont être immédiatement commencés. Ces cours étant faits sous le patronage de la municipalité du 8e arrondissement, seront entièrement gratuits. Le maire du 8e arrondissement, Jules Allix RAPPORT DU CITOYEN X..., ENVOYÉ EN MISSION PAR LE DIRECTEUR DES LIGNES TÉLÉPHONIQUES (extrait voir JO p423) M. le comte de Choiseul a été nommé par M. Thiers ambassadeur pour l’Italie. Les plus grandes calomnies sont répandues sur la Commune de Paris : pillage des caisses publiques, des assurances et des chemins de fer, etc. On a affiché une dépêche de Thiers annonçant que toutes les grandes villes étaient tranquilles, engageant tous les amis de l’ordre à se rallier autour du gouvernement de Versailles, et, finalement, faisant un appel aux armes. Grand mouvement militaire d’Allemands dans Melun. Des officiers supérieurs expriment hautement leur rage de ce que, sur l’invitation et le désir de Versailles, on les faisait revenir sur Paris. Les soldats sont très fatigués. Les soldats qui rentrent dans leurs foyers sont arrêtés, casernés et forcés de servir Versailles (par tous les moyens). ON ÉCRIT DE KIEW (p425) « Il a été défendu à tous les journaux russes, sous des peines sévères, de parler des faits et manifestations qui ont eu lieu dernièrement à Pétersbourg. Il ne sera donc pas sans intérêt pour tous d’apprendre qu’à l’occasion d’un banquet offert par les étudiants de Pétersbourg à ceux de Moscou, des toasts chaleureux furent portés avec enthousiasme à la République française et aux principes démocratiques. On termina par un toast à Gambetta, et on décida qu’on lui adresserait des vœux sympathiques à Bordeaux. Seulement, on eut la légèreté juvénile d’expédier tout simplement la dépêche par le bureau du télégraphe, lequel au lieu de l’envoyer à Bordeaux, la remit au ministre de la police. « Le czar, qui a eu de violentes et fréquentes attaques de nerfs récemment, de- vint furieux en apprenant la nouvelle, et depuis on fait des arrestations nombreuses à Pétersbourg et dans les autres grandes villes de Russie. A Kiew également, on a arrêté une vingtaine de jeunes gans. La police prétend être sur les traces d’une conspiration démocratique ayant des ramifications dans tout l’empire, et dont le but serait le renversement de l’ordre actuel et l’établissement de la république en Russie. On croit que l’explosion démocratique à Pétersbourg n’a été que l’expression d’idées et d’opinions longuement préparées. « C’est pour cela qu’on traite avec une cruauté extrême les prisonniers qui n’avouent pas. Ils sont enfermés pendant de longues journées dans des trous sans feu, par une température de 25° de froid, sans nourriture et sans eau. Quelques- uns d’entre eux préfèrent avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis, pour mettre un terme à leurs souffrances. « Il y a aussi des femmes parmi les personnes arrêtées. La peine du fouet, abolie par un oukase impérial, vient d’être rétablie à leur égard. La police veut à tout prix des aveux pour donner cause à la fureur de czar. » L'ARMÉE DE M. THIERS (extrait voir JO p429) Quand se discutait le traité de paix qui devait livrer à l’Allemagne deux provinces et nous coûter cinq milliards ; quand les députés demandaient, non pas qu’on continuât une guerre qui nous avait été si désastreuse, mais qu’on examinât, dans le cas où le traité serait inacceptable, les ressources de la France pour forcer, par son attitude, la Prusse à faire des conditions meilleures, M. Thiers interrompait par ce cri de désespoir incroyable : « Le moyen ? le moyen ? » M. Thiers ignorait le moyen de créer à la France une puissance militaire et de lui trouver des ressources capables, non pas de la rendre victorienne de l’armée prussienne, mais de contraindre l’Allemagne à nous imposer une charge moins lourde, une humiliation moins grande. Il prenait des airs dédaigneux à l’égard des hommes dont la foi patriotique inquiétait son scepticisme réactionnaire et sa diplomatie monarchique. […] Mais aujourd’hui, il s’agit de combattre des Français, de réduire Paris, la cité républicaine, objet de la haine aveugle, brutale, féroce, implacable des ruraux. Le « moyen » que M. Thiers ignorait le 9 mars ; il le connaît le 2 avril. Il a eu dans le mois une révélation. Ce qu’il déclarait être impossible quand il fallait épargner à la France un peu de honte, de douleurs et de dettes, il le déclare possible aujourd’hui qu’il songe à faire couler le sang français, à remplir Paris de ruines et de deuil, à y rentrer comme les Prussiens sont entrés à Francfort, les Turcs à Vienne. Quand il y avait à défendre l’honneur et le territoire français, M. Thiers ne croyait pas qu’on pût organiser une armée. Mais il y a à souiller notre histoire d’un malheur criminel, il y a à rougir de sang une de ses pages, à provoquer la guerre civile, c’est alors une autre affaire : M. Thiers nous apprend, par une dépêche adressée aux fonctionnaires chargés de gouverner la France en son nom, que, à Versailles « s’achève de s’organiser une des plus belles armées que la France ait possédées. » Si M. Thiers était capable d’organiser une des plus belles armées que la Fran- ce ait possédées, pourquoi ne l’a-t-il pas organisée quand il y avait à tenir tête à la Prusse ? La France ne posséda-t-elle donc une des plus belles armées qu’elle ait jamais eues que pour payer cinq milliards à l’Allemagne et ruiner Paris ? L’homme qui ose écrire, en de semblables circonstances, de pareilles choses, sans se souvenir de ce qu’il osait dire à peine un mois avant, rend contre lui-même un verdict de haute trahison et de crime de lèse-nation. Il n’y a plus qu’à expliquer sa propre sentence. TIMBRES-POSTE EMPORTÉS À VERSAILLES (p435) Tous les timbres-poste ont été emportés à Versailles. Leur valeur se montait à deux millions. Or, les bureaux de Paris n’en possédant pas un, les employés renvoient chez les marchands de tabac qui en tiennent en réserve, ou, comme au vieux temps, affranchissent nos correspondances avec un signe tracé à la plume. LIGUE DE LA DÉLIVRANCE (extrait, voir JO p435) Les alsaciens et lorrains présents à Paris se sont réunis il y a quelques jours à l’Alcazar, et ont décidé à l’unanimité de former une association ayant pour but : 1° De perpétuer le souvenir de la France dans les pays qui lui sont arrachés par la force ; 2° d’engager énergiquement leurs compatriotes à ne point quitter leur pays natal et de venir en aide à ceux d’entre eux qui se verraient dans la nécessité d’émigrer ; 3° d’étudier les voies et moyens qui pourraient amener la revendication des deux provinces si françaises de cœur. Cette association prend le titre de Ligue de la Délivrance. […] Le Comité central PESTE BOVINE (p436) La peste bovine sévit avec une telle vigueur, qu’on a dû suspendre toutes les foires en Normandie, où se font à cette époque de l’année les ventes de bestiaux. Les bœufs qui alimentent Paris viennent tous maintenant du Portugal. LE DON DE NOBLES & HOARES (p 437) M. Lefèvre, rue Saint-Lazare, 126, prévient les peintres en bâtiment qui se sont fait inscrire chez lui peuvent se présenter (munis de leurs numéros d’inscription) du lundi 3 avril au jeudi 6 inclus, de neuf heures du matin à une heure, pour recevoir leur part des 900 kilogrammes de viande conservée, envoyés par la maison Nobles et Hoares, de Londres, toutes les recherches pour retrouver les biscuits qui ne lui sont pas parvenus étant restées infructueuses. Un envoi à titre de don avait été adressé par MM. Nobles et Hoares, fabricants de vernis à Londres, à M. Pilon, carrossier, avenue des Champs-Elysées, 23, pour être distribué aux familles nécessiteuses des ouvriers peintres en voitures de Paris. Ce don consistant en 5 tonneaux de viande conservée et 50 barils de biscuits, les 5 tonneaux de viande sont seuls arrivés à destination au commencement de février ; quant aux 50 barils de biscuits, malgré toutes les démarches faites par M. Pilon auprès de l’administration du chemin de fer du Nord, il lui a été impossible de savoir quelle destination ils ont prise, enfin il a été impossible de les retrouver. M. X, PRÉFET PSEUDONYME (p438) Le gouvernement du 4 septembre, dans son empressement à distribuer des préfectures et des sous-préfectures à ses amis, a nommé préfet d’un département très important, un « pseudonyme. » Un journaliste, dont la vie a été ornée d’aventures assez bizarres, écrivait sous un nom de fantaisie dans un journal qui comptait des amis parmi les membres du nouveau pouvoir. Il fut nommé préfet immédiatement, mais nommé sous son nom supposé. Il est parti pour son département et l’a administré, toujours sous le déguisement de son pseudonyme ; de telle façon que certains de ses administrés, croyant avoir pour préfet M. X..., un inconnu, ne se doutaient guère qu’ils avaient en réalité M. Z..., dont la nomination les aurait passablement étonnés, car ils le connaissaient à merveille. Cette aventure trop plaisante dure-t-elle encore ? On affirme du moins qu’elle est authentique. (Nouvelliste de Rouen.) SITUATION DE PARIS, LA FRANCE (p438) La France, dans son numéro du 3 avril, émet les réflexions suivantes sur la situation de Paris : Il faut reconnaître, cependant, que les attentats contre les personnes se chiffrent par zéro. On ne cite aucune violence contre les individus. Il y a des arrestations, mais elles ne sont, généralement, que momentanées. Quand aux prétendues condamnations à mort prononcées par le Comité contre des journalistes ou autres, nous ne serions pas étonnés d’apprendre qu’elles n’ont existé, en réalité, que dans l’imagination de ceux qui les ont fuies. La Commune franchira-t-elle quelquefois la ligne modérée qu’elle a observée jusqu’à présent ? Nous l’ignorons ; mais nous croyons fermement encore à l’adoucissement de nos mœurs privées et publiques. 21 mars 22 mars 23 mars 24 mars

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 1

    Lundi 20 mars 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 1 Next Next Lundi 20 mars 1871 L'EXÉCUTION DES GENERAUX LECOMTE ET CLÉMENT THOMAS (p 10) - Nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaye de flétrir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arrêt d’exécution n’a été signé par nous ; jamais la garde nationale n’a pris part à l’exécution d’un crime. Quel intérêt y aurait-elle ? Quel intérêt y aurions-nous ? C’est aussi absurde qu’infâme. Les membres du Comité central (de la Garde nationale) _____________________________________________________ LES BARRICADES (p14) Les habitants limitrophes des grandes voies de communication servant au transport des vivres pour l’alimentation de Paris sont invités à disposer leurs barricades de manière à laisser la libre circulation des voitures. Comité central de la garde nationale. _____________________________________________________ LA LIBERTE DE LA PRESSE (p19) - Les autorités républicaines de la capitale veulent faire respecter la liberté de la presse, ainsi que toutes les autres ; elles espèrent que tous les journaux comprendront que le premier de leurs devoirs est le respect dû à la République, à la vérité, à la justice et au droit, qui sont placés sous la sauvegarde de tous. - Le Journal officiel de la République française donne le démenti le plus formel aux bruits alarmants et aux calomnies répandus à dessein, par une certaine presse, depuis trois jours. Il met la capitale et la province en garde contre ces manœuvres coupables, qui doivent cesser sous la République et qui deviendraient bientôt un véritable danger. 21 mars Mardi 21 mars 1871 REPRIS DE JUSTICE (p37) - De nombreux repris de justice, rentrés à Paris, ont été envoyés pour commettre quelques attentats à la propriété, afin que nos ennemis puissent nous accuser encore. Nous engageons la garde nationale à la plus grande vigilance dans ses patrouilles. Chaque caporal devra veiller à ce qu’aucun étranger ne se glisse, caché sou s l’uniforme, dans les rangs de son escouade. C’est l’honneur du peuple qui est en jeu ; c’est au peuple à le garder. Fédération républicaine de la Garde nationale _____________________________________________________ ECHEANCES DES EFFETS DE COMMERCE (p24) - Considérant que, par exemple, la loi récente relative aux échéances des effets de commerce produira, si elle n’est rapportée, ou considérablement modifiée, les plus désastreux résultats, puisqu’en exigeant le payement à termes rapprochés des autres effets en souffrance, elle semble indiquer que la situation des souscripteurs qui se sont trouvés impuissants à payer avant ou pendant la période du siège, s’est améliorée depuis, ce qui est contraire à la vérité et au bon sens, et qu’en définitive ce décret a pour conséquence de laisser le débiteur à la merci du créancier, ce qu’il devait précisément avoir pour but d’éviter, comme l’ont sagement compris et décidé les Etats-Unis d’Amérique, après la guerre de sécession ; Proposition de Jules Mottu, maire du XIème arrondissement, à l'approbation de l'Assemblée nationale _____________________________________________________ REMISE DES LOYERS (p24) Jules Mottu propose à l’approbation de l’Assemblée nationale le projet de loi suivant : Art. 1er. Remise pleine et entière est faite aux locataires, habitant la ville de Paris, du payement des trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. Art. 2. Les sommes déjà payées par les locataires pour acquit ou comme acompte de ces trois termes seront comptées en déduction des prochains termes. Art. 3. La ville de Paris prend à sa charge le payement intégral aux propriétaires du montant de leurs locations pour les trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. _____________________________________________________ ELECTIONS MUNICIPALES (p39) Paris, ville libre, demande : 1- l'élection de la mairie de Paris, 2- l’élection des maires, adjoints et conseillers municipaux des vingt arrondissements de la ville de Paris ; 3° l’élection de tous les chefs de la garde nationale. 4° Paris n’a nullement l’intention de se séparer de la France, loin de là : il a souffert pour elle l’Empire, le gouvernement de la défense nationale, toutes ses trahisons et toutes ses lâchetés. Ce n’est pas, à coup sûr, pour l’abandonner aujourd’hui, mais seulement pour lui dire, en qualité de sœur aînée : Soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenu ; oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé ! Le commandant délégué à l’ex-préfecture de police, E. Duval. _____________________________________________________ INTERDICTION DE CONGEDIER LES LOCATAIRES (p41) Jusqu’à nouvel ordre, et dans le seul but de maintenir la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d’hôtel ne pourront congédier leurs locataires. _____________________________________________________ PAIEMENT DES INDEMNITES DE GUERRE (p42) Le comité central de la garde nationale est décidé à respecter les conditions de la paix. Seulement, il lui paraît de toute justice que les auteurs de la guerre maudite dont nous souffrons subissent la plus grande partie de l’indemnité imposée par nos impitoyables vainqueurs. Grêlier, Délégué à l’intérieur. _____________________________________________________ EMANCIPATION DES PROLETAIRES (p45) Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en mains la direction des affaires publiques. […] Ils ont fait preuve du plus grand désintéressement et de l’abnégation la plus absolue. A peine arrivés au pouvoir, ils ont eu hâte de convoquer dans ses comices le peuple de Paris, afin qu’il nomme immédiatement une municipalité communale dans les mains de laquelle ils abdiqueront leur autorité d’un jour. Il n’est pas d’exemple dans l’histoire d’un gouvernement provisoire qui se soit plus empressé de déposer son mandat dans les mains des élus du suffrage universel. En présence de cette conduite si désintéressée, si honnête et si démocratique, on se demande avec étonnement comment il peut se trouver une presse assez injuste, malhonnête et éhontée pour déverser la calomnie, l’injure et l’outrage sur des citoyens respectables, dont les actes ne méritent jusqu’à ce jour qu’éloge et admiration. Les amis de l’humanité, les défenseurs du droit, victorieux ou vaincus, seront toujours les victimes du mensonge et de la calomnie ? Les travailleurs, ceux qui produisent tout et qui ne jouissent de rien, ceux qui souffrent de la misère au milieu des produits accumulés, fruit de leur labeur et de leurs sueurs, devront-ils donc sans cesse être battus à l’outrage ? Ne leur sera-t-il jamais permis de travailler à leur émancipation sans soulever contre eux un concert de malédictions ? La bourgeoisie, leur aînée, qui a accompli son émancipation il y a plus de trois quarts de siècles, qui les a précédés dans la voie de la révolution, ne comprend- elle pas aujourd’hui que le tour de l’émancipation du prolétariat est arrivé ? Les désastres et les calamités publiques dans lesquels son incapacité politique et sa décrépitude morale et intellectuelle ont plongé la France devraient pourtant lui prouver qu’elle a fini son temps, qu’elle a accompli la tâche qui lui avait été imposée en 89, et qu’elle doit sinon céder la place aux travailleurs, au moins les laisser arriver à leur tour à l’émancipation sociale. Le prolétariat, en face de la menace permanente de ses droits, de la négation absolue de toutes ses légitimes aspirations, de la ruine de la patrie et de toutes ses espérances, a compris qu’il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées et d’en assurer le triomphe en s’emparant du pouvoir. C’est pourquoi il a répondu par la révolution aux provocations insensées et criminelles d’un gouvernement aveugle et coupable, qui n’a pas craint de déchaîner la guerre civile en présence de l’invasion et de l’occupation étrangères. L’armée, que le pouvoir espérait faire marcher contre le peuple, a refusé détourner ses armes contre lui, elle lui a tendu une main fraternelle et s’est jointe à ses frères. Que les quelques gouttes de sang versé, toujours regrettables, retombent sur la tête des provocateurs de la guerre civile et des ennemis du peuple, qui, depuis près d’un demi-siècle, ont été les auteurs de toutes nos ruines nationales. Le cours du progrès, un instant interrompu, reprendra sa marche, et le prolétariat accomplira, malgré tout, son émancipation ! Le délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ LECOMTE ET CLÉMENT THOMAS (p51) Tous les journaux réactionnaires publient des récits plus ou moins dramatiques sur ce qu’ils appellent « l’assassinat » des généraux Lecomte et Clément Thomas. Sans doute ces actes sont regrettables. Mais il importe, pour être impartial, de constater deux faits : 1° Que le général Lecomte avait commandé à quatre reprises, sur la place Pigalle, de charger une foule inoffensive de femmes et d’enfants ; 2° Que le général Thomas a été arrêté au moment où il levait, en vêtements civils, un plan des barricades de Montmartre. Ces deux hommes ont donc subi la loi de la guerre, qui n’admet ni l’assassinat des femmes ni l’espionnage. On nous raconte que l’exécution du général Lecomte a été opérée par des soldats de la ligne et celle du soldat Clément Thomas par des gardes nationaux. Il est faux que ces exécutions aient eu lieu sous les yeux et par les ordres du comité central de la garde nationale. Le comité central siégeait avant-hier rue Onfroy, près de la bastille, jusqu’à l’heure où il a pris possession de l’Hôtel-de- Ville ; et il a appris en même temps l’arrestation et la mort des deux victimes de la justice populaire. Ajoutons qu’il a ordonné une enquête immédiate sur ces faits. (20 mars : Le comité de la Fédération de la garde nationale, pour rendre hommage à la vérité, déclare qu’il est étranger à ces deux exécutions.) _____________________________________________________ CONSTITUTION DE L'ARMEE VERSAILLAISE (p 53) L’autorité militaire vient de recevoir avis de la prochaine arrivée dans Saône- et-Loire de 60 000 de nos soldats prisonniers revenant d’Allemagne. Ils seraient répartis entre les villes de Mâcon, chalon et Autun, mais n’y feraient qu’un court séjour. Ils recevront dans ces villes les effets dont ils manquent, et seront dirigés sur les corps auxquels ils appartiennent. Les magasins généraux d’habillement et de rééquipement seraient installés à Mâcon. 22 mars Mercredi 22 mars 1871 LE VOTE NOMINAL (p 64) Le comité central remet aux mains du peuple de Paris le pouvoir tombé de mains indignes. Les élections communales se feront d’après le mode ordinaire ; mais le comité central exprime le vœu qu’à l’avenir le vote nominal soit considéré comme le seul vraiment moral et digne des principes démocratiques. Le Comité central de la garde nationale _____________________________________________________ SOUVERAINETE DU PEUPLE (P 67) C’est à Paris qu’incombe le devoir de faire respecter la souveraineté du peuple et d’exiger qu’il ne soit point porté atteinte à ses droits. Paris ne peut se séparer de la province, ni souffrir qu’on la détache de lui. Paris a été, est encore et doit rester définitivement la capitale de la France, la tête et le cœur de la République démocratique, une et indivisible. Il a donc le droit incontestable de procéder aux élections d’un conseil communal, de s’administrer lui-même, ainsi que cela convient à toute cité démocratique, et de veiller à la liberté et au repos publics à l’aide de la garde nationale, composée de tous les citoyens élisant directement leurs chefs par le suffrage universel. Le comité central de la garde nationale, en prenant les mesures nécessaires pour assurer l’établissement du conseil communal de Paris et l’élection de tous les chefs de la garde nationale, a donc pris des mesures très sages, indispensables et de première nécessité. Le délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ LA PRESSE REACTIONNAIRE (p 68) AVERTISSEMENT : après les excitations à la guerre civile, les injures grossières et les calomnies odieuses, devaient nécessairement venir la provocation ouverte à la désobéissance aux décrets du Gouvernement siégeant à l’Hôtel-de-Ville, régulièrement élu par l’immense majorité des bataillons de la garde nationale de Paris (215 voix sur 266 environ). Plusieurs journaux publient en effet aujourd’hui une provocation à la désobéissance à l’arrêté du comité central de la garde nationale, convoquant les électeurs pour le 22 courant, pour la nomination de la commission communale de la ville de Paris. Voici cette pièce, véritable attentat contre la souveraineté du peuple de Paris, commis par des rédacteurs de la presse réactionnaire : Aux électeurs de Paris - déclaration de la presse Attendu que la convocation des électeurs est un acte de souveraineté nationale. Que l’exercice de cette souveraineté n’appartient qu’aux pouvoirs émanés du suffrage universel. Que par suite, le comité qui s’est installé à l’Hôtel-de-Ville n’a ni droit ni qualité pour faire cette convocation ; Les représentants des journaux soussignés regardent la convocation, affichée pour le 22 courant, comme nulle et non avenue, et engagent les électeurs à n’en pas tenir compte. Comme il l’a déjà déclaré, le comité central de la garde nationale, siégeant à l’Hôtel-de-Ville, respecte la liberté de la presse, c’est-à-dire le droit qu’ont tous les citoyens de contrôler, de discuter et de critiquer ses actes à l’aide de tout les moyens de publicité, mais il entend faire respecter les décisions des représentants de la souveraineté du peuple de Paris, et il ne permettra pas impunément que l’on y porte atteinte plus longtemps en continuant à exciter à la désobéissance à ses décisions et à ses ordres. Une répression sévère sera la conséquence de tels attentas, s’ils continuent à se produire. 23 mars Jeudi 23 mars 1871 DEPÊCHE PRUSSIENNE AU COMITE CENTRAL (p 73) Citoyens, le Comité centra a reçu du quartier général prussien la dépêche suivante : Commandement en Chef du 3e Corps d’armee Quartier général de Compiègne, le 21 mars 1871. Au commandant actuel de Paris. Le soussigné, commandant en chef, prend la liberté de vous informer que les troupes allemandes qui occupent les forts du nord et de l’est de Paris, ainsi que les environs de la rive droite de la Seine, ont reçu l’ordre de garder une attitude amicale et passive tant que les événements dont l’intérieur de Paris est le théâtre ne prendront point, à l’égard des armées allemandes, un caractère hostile et de nature à les mettre en danger, mais se maintiendront dans les termes arrêtés par les préliminaires de la paix. Le chef du quartier général, Signé : Von Schlotheim, Major général. _____________________________________________________ REPONSE Paris, le 22 mars 1871. Au commandant en chef du 2e corps des armées impériales prussiennes. Le soussigné, délégué du Comité central aux affaires extérieures, en réponse à votre dépêche en date de Compiègne, 21 mars courant, vous informe que la révolution accomplie à Paris par le Comité central, ayant un caractère essentiellement municipal, n’est en aucune façon agressive contre les armées allemandes. Nous n’avons pas qualité pour discuter les préliminaires de la paix votés par l’Assemblée de Bordeaux. Le Comité central et son délégué aux affaires extérieures. _____________________________________________________ LA LIBERTE DE LA PRESSE (p 74) La presse réactionnaire a recours au mensonge et à la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher les droits du peuple. Nous ne pouvons pas attenter à la liberté de la presse : seulement le gouvernement de Versailles ayant suspendu le cours ordinaire des tribunaux, nous prévenons les écrivains de mauvaise foi auxquels seraient applicables en temps ordinaires les lois de droit commun sur la calomnie et l’outrage, qu’ils seront immédiatement déférés au Comité central de la garde nationale. _____________________________________________________ DÉSERTIONS DANS LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES (p 74) Par suite de la désertion générale des employés du gouvernement, les services publics sont complètement désorganisés. Tous les employés administrations publiques qui, à partir du 25 de ce mois, n’auront pas repris leurs occupations habituelles, seront irrémissiblement destitués. (sans signature) _____________________________________________________ LA CHAMBRE SYNDICALE DES OUVRIERS TAILLEURS ET SCIEURS DE PIERRE (p 78) Citoyens, à l’appel de la patrie en danger, nous avons pris les armes, là était notre devoir, aujourd’hui, la misère et le lèpre nous ont atteints. Ce n’est que par un sublime effort que nous pourrons améliorer notre avenir. L’époque difficile que nous traversons doit nous avoir amenés à des réflexions sérieuses au sujet de notre position sociale comme travailleurs. Nous devons nous demander si nous, producteurs, nous devons continuer à faire vivre grassement ceux qui ne produisent rien ; si le système que l’on a suivi jusqu’ici est destiné à exister toujours, alors même qu’il nous est complètement opposé. Prouvons par notre attachement à la sainte cause de la démocratie que nous sommes dignes de tous les égards qui nous sont dus. Donc, travailleurs, à l’ouvrage ! car nos patrons ne songent en ce moment qu’à profiter de notre misère pour nous exploiter encore davantage, si cela est possible ; et, si nous savons nous entendre, nous mettrons un frein à leurs basses rapacités. À cet effet, nous convoquons les ouvriers tailleurs et scieurs de pierres à une réunion qui aura lieu jeudi, 23 mars 1871, à midi, place de la Corderie-du- Temple, 6 (salle Montier). _____________________________________________________ À NOUS LES AUDACIEUX ! (extrait, voir JO p 79) Quelques jours après la révolution du 4 septembre, le journal Le Siècle publiait l’article suivant, que nous nous empressons de reproduire. Il est certain que s’il eût servi d’inspiration aux habitants de Paris, ils n’auraient pas eu à subir les douleurs d’une honteuse capitulation. À NOUS LES AUDACIEUX ! Dans les situations difficiles, il faut l’intelligence prompte et les hardiesses in- connues. Les jeunes, les téméraires, les audacieux, les savants indisciplinés, de- viennent nos hommes. L’idée et l’action doivent être libres ; ne nous gênez plus, ne réglementez plus, débarrassez-vous une bonne fois des vieux colliers et des vieilles cordes. C’est le conseil que donnait l’autre jour notre ami Louis Jourdan, et ce conseil, c’est le salut. Les meilleurs en ces temps-ci sont ceux qui voient de loin et qui ont le jarret solide ; les meilleurs sont les intrépides du cerveau et du bras ; ce n’est point avec de vieux outils et de vieilles traditions qu’on défera le passé et qu’on fera l’avenir. Essayez donc du pas gymnastique avec les invalides, et vous verrez quelle carrière ils fourniront. Nous sentons cela, nous autres ; mais il s’en trouve qui ne le sentent point et ont le tort de se mettre à la place des éclaireurs, quand pour eux et pour nous ils seraient mieux dans la réserve et au dépôt. P. JOIGNEAUX. _____________________________________________________ LES AMBASSADES A PARIS (p 81) La Presse annonce que l’ambassade de Russie est la seule qui ait suivi le gouvernement exécutif à Versailles. Les représentants de l’Angleterre, de l’Autriche, de la Turquie, de l’Italie, etc., n’ont pas quitté Paris. Ils en ont référé à leurs gouvernements respectifs, dont ils attendent les réponses pour prendre une résolution. 24 mars Vendredi 24 mars 1871 CORRUPTION (p 87) De nombreux agents bonapartistes et orléanistes ont été surpris faisant des distributions d’argent pour détourner les habitants de leurs devoirs civiques. Tout individu convaincu de corruption ou de tentative de corruption sera immédiatement déféré au comité Central de la garde nationale. Pour le comité central, E. Lebeau, Délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ MORT AUX VOLEURS (p 88) On voit placardée sur une des portes de l’Hôtel-de-Ville l’affiche suivante : République Française Liberté — Egalité — Fraternité — Justice MORT AUX VOLEURS Tout individu pris en flagrant délit de vol sera immédiatement fusillé. _____________________________________________________ LES ELECTIONS (p 88) Votre légitime colère nous a placés le 18 mars au poste que nous ne devions occuper que le temps strictement nécessaire pour procéder aux élections communales. Vos maires, vos députés, répudiant les engagements pris à l’heure où ils étaient des candidats, ont tout mis en œuvre pour entraver ces élections, que nous voulions faire à bref délai. La réaction, soulevée par eux, nous déclare la guerre. Nous devons accepter la lutte et briser la résistance, afin que vous puissiez y procéder dans le calme de votre volonté et de votre force. Jusque-là, les mesures les plus énergiques seront prises pour faire respecter les droits que vous avez revendiqués. Hôtel-de-Ville, 22 mars 1871. Le Comité central de la garde nationale _____________________________________________________ REINCARCERATIONS (p 89) Dès son arrivée au pouvoir, M. Jules Favre s’est empressé de faire mettre en liberté Pic et Taillefer, condamnés pour vol et faux en écriture dans l’affaire de l’Etendard. Ledit Taillefer, rencontré hier par une de ses anciennes connaissances, a été de suite mené devant un commissaire de police récemment nommé, qui a ordonné sa réincarcération immédiate. _____________________________________________________ CONDAMNATION À MORT DE BLANQUI (p90) Nous avons publié la protestation du citoyen Blanqui contre sa condamnation à mort, prononcée par les hommes du 4 septembre. Nous donnons aujourd’hui celle du citoyen Flourens : Citoyens, en présence du jugement qui me frappe, il est de mon devoir de protester de la façon la plus énergique contre la violation de tous les droits inscrits dans toutes les constitutions. L’accusé doit être jugé par ses pairs. Tel est le texte de la loi. Or, je dénie complètement aux assassins patentés de la réaction le titre de juges. Nommés par un pouvoir qui n’avait encore été reconnu par personne le 31 octobre 1870, ils ne peuvent puiser leur peuvent puiser leur puissance qu’en dehors de la loi. D’ailleurs j’ai appris, par une longue expérience des choses humaines, que la liberté se fortifiait par le sang des martyrs. Si le mien peut servir à cimenter l’union de la patrie et de la liberté, je l’offre volontiers aux assassins du pays et aux massacreurs de janvier. Salut et fraternité. G. Flourens. _____________________________________________________ FORTUNES (extrait voir JO p95) On nous communique la lettre suivante1 : On se préoccupe beaucoup d’arracher la France à l’occupation prussienne en payant à nos vainqueurs l’énorme indemnité qu’ils réclament, et on propose plusieurs expédients, tous plus insuffisants les uns que les autres. Permettez-moi de vous exposer la seule mesure qui soit vraiment équitable et vraiment rationnelle. En étudiant le jeu de nos institutions économiques, on constate que les diverses fortunes se forment et se développent dans la proportion suivante : 1, 2, 3, 4, 8, 16 ; et inversement que les ménages, possédant ces diverses fortunes, sont dans le rapport dans le rapport de 16, 8, 4, 2, 1. Il ne peut pas en être autrement, sans quoi la misère ou l’opulence serait générale. (…) Eh bien ! que les fortunes de ce dernier groupe composé en grande partie des organisateurs ou des favoris du banditisme soient taxées d’une remise de 3 à 4 %, et on réalisera immédiatement la somme nécessaire à la rapacité allemande. Les statistiques des économistes des économies sont d’accord avec moi dans cette répartition de la richesse publique. _________ 1-anonyme

  • 3 - L'HISTOIRE CONTREFACTUELLE OU UCHRONIE

    Elle émerge au milieu du XIXème siècle avec l’essor du roman et l’intérêt croissant pour l’histoire. Il s’agit d’une « œuvre de fiction qui part de l’histoire telle qu’elle s’est déroulée pour présenter une histoire alternative à partir d’un point de bifurcation 1». Elle a un « caractère ludique, ironique, distancié ». La révolution française, selon l’historien François Hartog2 constitue précisément un point historique de bifurcation temporelle3 qui voit le rapport privilégié au passé de la population s’inverser et s’orienter en direction d’un futur marqué par la possibilité d’une modification du cours de l’histoire et de l’idée de progrès. Aujourd’hui, par contre : ...le raisonnement contrefactuel est favorisé [...] par une période d’incertitude traversée par la mondialisation, la fin supposée des grandes idéologies, la dissolution de l’idée de progrès, et une nouvelle obsession pour le présent (présentisme), une crise du futur avec difficulté de se projeter dans l’avenir. La période actuelle est caractérisée par la confusion croissante entre réel et fiction et un puissant désir d’autres horizons. Ce contexte est particulièrement propice aux expériences contrefactuelles4. Le premier auteur d’une « histoire alternative » est Louis Geoffroy qui publie en 1836 « Napoléon et la conquête du monde 1812-1832, histoire de la monarchie universelle », dans laquelle Napoléon soumet la Russie et la Grande-Bretagne, achève la conquête égyptienne, puis s’attaque à l’Asie pour finir empereur du monde. Charles Renouvier publie ensuite son « Uchronie » en 1857. Il « démontre le rôle de la liberté face au fatalisme historique, au déterminisme, au rôle de la Prédestination et de la Providence. Du point de vue méthodologique, l’Uchronie assume sa forme fictionnelle et ses ambitions philosophiques5 ». L’usage de la démarche contrefactuelle traverse les sciences sociales, l’histoire bien sûr, mais aussi les relations internationales, l’économie, l’art et la littérature. Tite Live, Blaise Pascal, Louis-Auguste Blanqui, William Morris, Max Weber, Winston Churchill, Fernand Braudel, Pierre Bourdieu, Robert Vobel, Mona Ozouf, Jared Diamond en ont emprunté les outils, dans un sens scientifique ou littéraire. Max Weber avançait, dans ses « Essais sur la théorie de la science6 » en 1906, que seule l’analyse contrefactuelle peut conférer à l’histoire le statut d’une véritable science, en identifiant et en hiérarchisant les causes en histoire, et donc en mesurant la signification historique d’un événement. Il faut sélectionner une cause parmi une infinité d’autres, puis, pour prouver l’existence d’une relation causale entre la cause sélectionnée et les effets constatés par l’historien, le chercheur doit faire abstraction de cette cause ou bien la modifier. Cette expérience imaginaire doit pouvoir déterminer des « possibilités objectives » qui vont permettre de hiérarchiser les causes7. Fernand Braudel a également utilisé la méthode pour « mesurer l’impact des grands hommes et l‘importance des structures 8». Robert Vobel a appliqué au champ économique l’analyse contrefactuelle dans une étude sur l’importance du chemin du chemin de fer dans la croissance économique des USA au XIXème. En substituant au chemin de fer les canaux de navigation et en projetant des statistiques fictives, il a pu identifier avec certitude des facteurs de causalité et établir une équivalence de ce niveau de croissance. Cette approche s’est institutionnalisée dans la Cliométrie9. Dans le champ des relations internationales, la démarche contrefactuelle permet d’analyser les crises, en particulier les crises militaires qui permettent de définir des événements décisifs, sujets à la définition claire d’un avant et d’un après. La relation entre fiction et histoire est précisée par l’historien Carlo Ginzburg, qui rappelle que la connaissance historique est indirecte, indiciaire et conjecturale : - indirecte car l’historien n’a pas vécu l’époque qu’il étudie, et doit donc recourir à l’imagination ; - indiciaire, la connaissance historique l’est par définition : elle est trouée, incomplète, par trace, et fondée sur les archives. Ses conditions de production confèrent à cette discipline un statut flou, ambigu, entre la science et la littérature ; - conjecturale : le chercheur recourt à l’imagination pour formuler des hypothèses de travail10... Mona Ozouf, dans « Varenne », emprunte la méthode contrefactuelle pour tenter de se situer en dehors de la certitude que confère à l’historien la connaissance de la suite des événements. La posture téléologique qui consiste à expliquer un fait historique en fonction d’évènements postérieurs ou d’une finalité, donne l’impression que ce qui est advenu était inévitable. Le raisonnement contrefactuel permet d’y échapper. Cette analyse, dit Pierre Singaravelou, « permet de montrer que les processus sociaux ne sont pas univoques, que l’histoire est aussi l’opportunité de choix, d’opportunités plurielles. Le contrefactuel permet d’éprouver un devenir historique moins linéaire, plus irrégulier, il peut bousculer les continuités et les déterminismes trop lisses [...] et appréhender dans les archives les futurs craints, les futurs espérés du passé, pour saisir plus finement les moments d’ouverture des possibles : les révoltes, les révolutions»11. Pour Quentin Deluermoz et Pierre Singaravelou, l’histoire contrefactuelle peut rendre la parole aux perdants de l’histoire, « histoire souvent écrite par les vainqueurs et qui a tendance à écraser les potentialités ». « L’histoire ferme l’éventail des possibles à chaque instant » écrivait Bourdieu. Tous les possibles, pour Bourdieu, sont révoqués une fois pour toutes par l’histoire, et pire, deviennent impensables a posteriori. C’est peut-être le rôle du chercheur en sciences sociales de retrouver ces possibles du passé, de les documenter afin de restituer les luttes et les horizons de l’époque étudiée. On aborde ici la dimension politique de l’histoire contrefactuelle en rouvrant les potentialités du passé. Cette démarche peut permettre de libérer les possibles du futur et donc de réarmer notre capacité d’action dans le présent12. Ce que nous avions avancé plus haut comme présupposé du projet. _________________________________________________ 1 - Pour une histoire des possibles : analyses contrefactuelles et futurs non advenus, conférence de Pierre Singaravelou, Maison des sciences de l’homme, https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-WIoWiITV- c 2 - Régimes d'historicité - Présentisme et expériences du temps, Sciences humaines, Histoire, La Librairie du XXIème siècle, 2003 3 - Les éléments présentés ici sur la démarche contrefactuelle, sont tirés de Singaravelou et Deluermoz : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2012-3-page-70.htm et https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-wiowiitv-c 4 - Ibidem. 5 - Ibidem 6 - éd. Plon, 1965 7 - Pierre Singaravelou, ibidem. 8 - Ibidem 9 - Réconciliation de l'histoire et de la science économique. 10 - Singaravelou, Ibidem 11 - Ibidem 12 - Ibidem 3 - L'HISTOIRE CONTREFACTUELLE OU UCHRONIE Texte précédent Texte suivant Elle émerge au milieu du XIXème siècle avec l’essor du roman et l’intérêt croissant pour l’histoire. Il s’agit d’une « œuvre de fiction qui part de l’histoire telle qu’elle s’est déroulée pour présenter une histoire alternative à partir d’un point de bifurcation 1». Elle a un « caractère ludique, ironique, distancié ». La révolution française, selon l’historien François Hartog2 constitue précisément un point historique de bifurcation temporelle3 qui voit le rapport privilégié au passé de la population s’inverser et s’orienter en direction d’un futur marqué par la possibilité d’une modification du cours de l’histoire et de l’idée de progrès. Aujourd’hui, par contre : ...le raisonnement contrefactuel est favorisé [...] par une période d’incertitude traversée par la mondialisation, la fin supposée des grandes idéologies, la dissolution de l’idée de progrès, et une nouvelle obsession pour le présent (présentisme), une crise du futur avec difficulté de se projeter dans l’avenir. La période actuelle est caractérisée par la confusion croissante entre réel et fiction et un puissant désir d’autres horizons. Ce contexte est particulièrement propice aux expériences contrefactuelles4. Le premier auteur d’une « histoire alternative » est Louis Geoffroy qui publie en 1836 « Napoléon et la conquête du monde 1812-1832, histoire de la monarchie universelle », dans laquelle Napoléon soumet la Russie et la Grande-Bretagne, achève la conquête égyptienne, puis s’attaque à l’Asie pour finir empereur du monde. Charles Renouvier publie ensuite son « Uchronie » en 1857. Il « démontre le rôle de la liberté face au fatalisme historique, au déterminisme, au rôle de la Prédestination et de la Providence. Du point de vue méthodologique, l’Uchronie assume sa forme fictionnelle et ses ambitions philosophiques5 ». L’usage de la démarche contrefactuelle traverse les sciences sociales, l’histoire bien sûr, mais aussi les relations internationales, l’économie, l’art et la littérature. Tite Live, Blaise Pascal, Louis-Auguste Blanqui, William Morris, Max Weber, Winston Churchill, Fernand Braudel, Pierre Bourdieu, Robert Vobel, Mona Ozouf, Jared Diamond en ont emprunté les outils, dans un sens scientifique ou littéraire. Max Weber avançait, dans ses « Essais sur la théorie de la science6 » en 1906, que seule l’analyse contrefactuelle peut conférer à l’histoire le statut d’une véritable science, en identifiant et en hiérarchisant les causes en histoire, et donc en mesurant la signification historique d’un événement. Il faut sélectionner une cause parmi une infinité d’autres, puis, pour prouver l’existence d’une relation causale entre la cause sélectionnée et les effets constatés par l’historien, le chercheur doit faire abstraction de cette cause ou bien la modifier. Cette expérience imaginaire doit pouvoir déterminer des « possibilités objectives » qui vont permettre de hiérarchiser les causes7. Fernand Braudel a également utilisé la méthode pour « mesurer l’impact des grands hommes et l‘importance des structures 8». Robert Vobel a appliqué au champ économique l’analyse contrefactuelle dans une étude sur l’importance du chemin du chemin de fer dans la croissance économique des USA au XIXème. En substituant au chemin de fer les canaux de navigation et en projetant des statistiques fictives, il a pu identifier avec certitude des facteurs de causalité et établir une équivalence de ce niveau de croissance. Cette approche s’est institutionnalisée dans la Cliométrie9. Dans le champ des relations internationales, la démarche contrefactuelle permet d’analyser les crises, en particulier les crises militaires qui permettent de définir des événements décisifs, sujets à la définition claire d’un avant et d’un après. La relation entre fiction et histoire est précisée par l’historien Carlo Ginzburg, qui rappelle que la connaissance historique est indirecte, indiciaire et conjecturale : - indirecte car l’historien n’a pas vécu l’époque qu’il étudie, et doit donc recourir à l’imagination ; - indiciaire, la connaissance historique l’est par définition : elle est trouée, incomplète, par trace, et fondée sur les archives. Ses conditions de production confèrent à cette discipline un statut flou, ambigu, entre la science et la littérature ; - conjecturale : le chercheur recourt à l’imagination pour formuler des hypothèses de travail10... Mona Ozouf, dans « Varenne », emprunte la méthode contrefactuelle pour tenter de se situer en dehors de la certitude que confère à l’historien la connaissance de la suite des événements. La posture téléologique qui consiste à expliquer un fait historique en fonction d’évènements postérieurs ou d’une finalité, donne l’impression que ce qui est advenu était inévitable. Le raisonnement contrefactuel permet d’y échapper. Cette analyse, dit Pierre Singaravelou, « permet de montrer que les processus sociaux ne sont pas univoques, que l’histoire est aussi l’opportunité de choix, d’opportunités plurielles. Le contrefactuel permet d’éprouver un devenir historique moins linéaire, plus irrégulier, il peut bousculer les continuités et les déterminismes trop lisses [...] et appréhender dans les archives les futurs craints, les futurs espérés du passé, pour saisir plus finement les moments d’ouverture des possibles : les révoltes, les révolutions»11. Pour Quentin Deluermoz et Pierre Singaravelou, l’histoire contrefactuelle peut rendre la parole aux perdants de l’histoire, « histoire souvent écrite par les vainqueurs et qui a tendance à écraser les potentialités ». « L’histoire ferme l’éventail des possibles à chaque instant » écrivait Bourdieu. Tous les possibles, pour Bourdieu, sont révoqués une fois pour toutes par l’histoire, et pire, deviennent impensables a posteriori. C’est peut-être le rôle du chercheur en sciences sociales de retrouver ces possibles du passé, de les documenter afin de restituer les luttes et les horizons de l’époque étudiée. On aborde ici la dimension politique de l’histoire contrefactuelle en rouvrant les potentialités du passé. Cette démarche peut permettre de libérer les possibles du futur et donc de réarmer notre capacité d’action dans le présent12. Ce que nous avions avancé plus haut comme présupposé du projet. _________________________________________________ 1 - Pour une histoire des possibles : analyses contrefactuelles et futurs non advenus, conférence de Pierre Singaravelou, Maison des sciences de l’homme, https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-WIoWiITV- c 2 - Régimes d'historicité - Présentisme et expériences du temps, Sciences humaines, Histoire, La Librairie du XXIème siècle, 2003 3 - Les éléments présentés ici sur la démarche contrefactuelle, sont tirés de Singaravelou et Deluermoz : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2012-3-page-70.htm et https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-wiowiitv-c 4 - Ibidem. 5 - Ibidem 6 - éd. Plon, 1965 7 - Pierre Singaravelou, ibidem. 8 - Ibidem 9 - Réconciliation de l'histoire et de la science économique. 10 - Singaravelou, Ibidem 11 - Ibidem 12 - Ibidem Texte précédent Texte suivant

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 3

    Jeudi 30 mars 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 3 Next Next Jeudi 30 mars 1871 LA COMMUNE DE PARIS EST CONSTITUÉE (p236) CITOYENS, Votre commune est constituée. Le vote du 26 mars a sanctionné la Révolution victorieuse. Un pouvoir lâchement agresseur vous avait pris à la gorge : vous avez, dans votre légitime défense, repoussé de vos murs ce gouvernement qui voulait vous déshonorer en vous imposant un roi. Aujourd’hui, les criminels, que vous n’avez même pas voulu poursuivre, abusent de votre magnanimité pour organiser aux portes même de la cité un foyer de conspiration monarchique. Ils invoquent la guerre civile ; ils mettent en œuvre toutes les corruptions ; ils acceptent toutes les complicités ; ils ont osé mendier jusqu’à l’appui de l’étranger. Nous en appelons, de ces menées exécrables, au jugement de la France et du monde. __________________________________________________ AFFICHAGES (p241) Il n’appartient qu’à l’autorité communale et aux municipalités d’apposer des affiches sur papier blanc. Les municipalités ne peuvent afficher en dehors de leur arrondissement respectif. L’affichage des actes émanant du gouvernement de Versailles est formellement interdit. Tout afficheur ou tout entrepreneur d’affichage contrevenant au présent avis sera rigoureusement poursuivi. Hôtel-de-Ville, 29 mars 1871. Pour le Comité et par délégation, L. Boursier. __________________________________________________ COMMUNE DU CREUZOT (p244) Une dépêche officielle annonce que la commune vient d’être proclamée au Creuzot. Le drapeau rouge, arboré à l’Hôtel-de-Ville, puis enlevé par surprise, a été finalement rétabli par les amis de la Commune, — cela sans effusion de sang. __________________________________________________ SEMENCES ANGLAISES (p 245) M. Norcott, membre de la société anglaise des Amis pour la distribution des semences aux habitants des villages, autour de Paris invite les maires des communes qui n’ont pas encore pris livraison des semences qui leur ont été données par le lord maire de Londres, de venir de suite aux magasins de la ville, boulevard Morland, 9, où M. Norcott sera tous les jours de 10 heures du matin à 4 heures du soir, pour faire la distribution des semences et des laissez-passer, car le temps d’ensemencement est des plus urgents. Paris, le 29 mars 1871, W. B. Norcott __________________________________________________ SPECTACLE GRANDIOSE (p 247) Citoyens, aujourd’hui, il nous a été donné d’assister au spectacle populaire le plus grandiose qui ait jamais ému nos âmes : Paris saluait, acclamait sa Révolution ; Paris ouvrait à une page blanche le livre de l’histoire et y inscrivait son nom puissant. Deux cent mille homme libres sont venus affirmer leur liberté et proclamer au bruit du canon l’institution nouvelle. Que les espions de Versailles, qui rôdent autour de nos murs, aillent dire à leurs maîtres quelles sont les vibrations qui sortent de la poitrine d’une population tout entière, comme elles emplissent la cité et franchissent les murailles ; que ces espions, glissés dans nos rangs, leur rapportent l’image de ce spectacle grandiose d’un peuple reprenant sa souveraineté, et, sublime ambitieux, le faisant en criant ces mots : Mourir pour la Patrie ! __________________________________________________ COMMUNE DE TOULOUSE (p249) Le Comité central a remis la proclamation suivante aux délégués que Toulouse lui avait envoyés : Citoyens de Toulouse, Paris savait que vous entreriez les premiers dans le mouvement républicain, et il n’attendait que l’affirmation de votre indépendance pour vous tendre la main et saluer votre liberté. La révolution est faite, il faut maintenant reconstituer ; et il est nécessaire que la France entière suive une route commune et invariable. Le pacte national ne peut avoir que peu d’articles, mais encore faut-il qu’il soit l’expression unanime. Le voici tel que Paris vient de le poser : « Affirmation, au-dessus de toute discussion, de la République démocratique et sociale ; suppression de l’armée régulière et son remplacement par la garde nationale, seule force armée dans la cité et dans l’Etat, répondant de la police intérieure et du salut militaire de la patrie. « Election de tous les chefs sans exception, suppression des privilèges, protection au mérite et guerre au favoritisme. » Paris a jeté ces bases d’avenir en résistant aux provocations d’un gouverne- ment qui n’avait plus d’espoir que dans la guerre civile. Il a voulu prouver que la véritable force était dans la révolution pacifique, et que le peuple était assez puissant pour anéantir ceux qui l’attaquent à main armée par la seule majesté de son attitude. Que du Capitole comme de l’Hôtel-de-Ville vibre la grande voix du peuple aux paroles de force et de paix, et que la liberté féconde se dresse, vaillante et radieuse, sur le monde régénéré ! Vive la République ! __________________________________________________ LE KIOSQUE À MUSIQUE (p 250) Faits divers. Tous les dimanches, nous dit un correspondant, la population de Metz, qui n’a pas cessé de protester contre l’annexion, se donne rendez-vous de bonne heure sur la promenade de l’Esplanade, et, au moment où la musique prussienne s’installe dans le kiosque de la place pour commencer son concert de l’après-midi, tous les promeneurs se retirent et s’en vont par la porte Serpenoise, laissant les mélodies du Tannhauser s’exécuter dans le désert. 21 mars Vendredi 31 mars 1871 CUMUL DES MANDATS, ADMISSION DES ÉTRANGERS À LA COMMUNE (extrait, voir JO p254) Rapport de la commission des élections Existe-t-il une incompatibilité entre le mandat de député à l’Assemblée de Versailles et celui de membre de la Commune ? Considérant que l’Assemblée de Versailles, en refusant de reconnaître la Commune élue par le peuple de Paris, mérite par cela même de ne pas être reconnue par cette Commune. Que le cumul doit être interdit ; Qu’il y a du reste impossibilité matérielle à suivre les travaux des deux Assemblées. La commission pense que les fonctions sont incompatibles. Les étrangers peuvent-ils être admis à la Commune ? Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la république universelle ; Considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyens aux étrangers qui la servent ; Que cet usage existe depuis longtemps chez les nations voisines ; Considérant que le titre de membre de la Commune étant une marque de confiance plus grande encore que le titre de citoyen, comporte implicitement cette dernière qualité. La commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel. __________________________________________________ HISTOIRE DU DRAPEAU ROUGE (voir JO p285) __________________________________________________ FERMENTATION BELGE (p289) A la suite des événements de Paris, un mouvement s’est déclaré parmi les membres de l’Internationale dans plusieurs centres industriels de la Belgique. Il règne une grande fermentation principalement à Verviers, à Liège, et dans les environs de Charleroi. 22 mars Samedi 1er avril 1871 SOLDE DE LA GARDE NATIONALE (p294) Délégation aux finances : la solde de 1 fr. 50 allouée aux gardes nationaux est essentiellement personnelle. Il est expressément interdit aux offices payeurs ou sergents-majors de distribuer entre les gardes présents la solde destinée aux citoyens gardes qui ne répondent pas à l’appel, ou qui ont cessé d’avoir droit à cette solde. Les payeurs qui enfreindraient cet ordre seraient rendus responsables envers le trésor. Paris le 31 mars 1871 Les délégués aux finances, membres de la commune : Fr. Jourde, E. Varlin __________________________________________________ LE COMITÉ RADICAL DE MÂCON (extrait, voir JO p302) Nous publions le programme du comité républicain radical de Mâcon : Les membres du comité inscrivent en tête de leur programme la grande devise politique et sociale : Liberté, Egalité, Fraternité. La République est au-dessus du suffrage universel. Une génération est au-dessus du suffrage universel. Une génération ne peut pas engager les générations à venir. Les coups d’Etat et les plébiscites sont les causes directes de tous les malheurs qui nous accablent. « Les rois, disait le conventionnel Grégoire, sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique... L’histoire des rois est le martyrologue des nations... » En conséquence, tous les prétendants doivent être à jamais bannis de France et mis hors la loi. Ils serviraient, par leur présence, de prétextes perpétuels à des discordes civiles. Les deux bases fondamentales de la tyrannie sont l’ignorance et la superstition. Il y a deux moyens de les faire crouler : L’instruction gratuite, obligatoire et radicalement laïque. L’instruction de l’Eglise et de l’Etat, comprenant la suppression du budget des cultes. Les écoles doivent être communes, afin de faire disparaître chez les enfants tous les préjugés de caste, qui sont des obstacles à l’égalité, à la fraternité. L’enseignement de principes religieux doit y être interdit ; c’est aux parents seuls que la liberté de conscience réserve ce droit. __________________________________________________ LA GAZETTE DE TURIN (extrait, voir JO p305) On lit dans la Gazette de Turin : « Nous ne cesserons pas de répéter qu’à nos yeux l’unique moyen de ramener la tranquillité, la paix et la prospérité, non seulement à Paris, mais dans toute la France, serait s’assurer d’une manière sérieuse et efficace l’existence de la république. Cela peut-il se faire ? Question à l’adresse de l’Assemblée et des gouvernants actuels ». __________________________________________________ AUTONOMIE DE L'ALSACE-LORRAINE (p310) L’organisation future de l’Alsace-Lorraine fera l’objet d’un projet de loi qui est déjà préparé et dont le Parlement allemand doit être saisi prochainement. Ainsi qu’on nous l’avait fait pressentir, les territoires cédés seront réunis en une seule province, qui ne relèvera que de l’empire, dont elle sera une des parties constituantes. Le nouveau « pays de l’empire » n’aura d’autre souverain que l’empire lui-même, et c’est au chef de l’empire, à l’empereur, que sera confiée l’administration, qu’il exercera avec le concours du conseil fédéral. Toutefois, l’Alsace-Lorraine sera placée provisoirement sous un régime transitoire jusqu’au 1er janvier 1873, époque à laquelle elle entrera en pleine jouissance de son autonomie, et sera dotée de toutes les institutions qui la constitueront en Etat indépendant, mais relié à l’empire par la Constitution et les lois fédérales. Le projet de loi, nous dit-on, ne fait aucune mention de la cession d’une partie de l’Alsace à la Bavière. Il est donc à croire qu’on a renoncé à l’idée malheureusement d’un démembrement si tant est qu’elle ait jamais été débattue sérieusement. __________________________________________________ CHOLERA FOUDROYANT (p310) Une épidémie terrible, le choléra foudroyant, sévit à Saint-Petersbourg, où il a déjà fait un grand nombre de victimes. Le prince d’Oldenbourg, troisième fils du prince Pierre, cousin de l’empereur, la princesse Tcherkasky, et plusieurs autres personnes, sont mortes après quelques heures de souffrances horribles. __________________________________________________ LES AMÉRICAINS (p311) Les Américains, ces hardis promoteurs du go ahead, ne savent pas rester en arrière quand il s’agit d’une œuvre libérale, philanthropique, capable de témoigner leur sympathie pour la France. Le port du Havre, particulièrement, vient de recevoir une nouvelle preuve de l’esprit généreux et confraternel d’un habitant de New-York. Le navire américain Hunler, capitaine Robert Mac York, consigné à MM. J.- A. Laude et Cie, apporte de New-York un chargement de 3 812 barils de farine qui sont envoyés par une des plus puissantes et honorables maisons de New-York, MM. A.-T. Stewart et Cie, pour être répartis gratuitement, à titre de secours, aux ouvriers nécessiteux de nos divers districts manufacturiers, en attendant la reprise des travaux. MM. Stewart possèdent, à New-York, l’un des plus beaux et des plus vastes magasins de nouveautés, scieries, etc., qui soient dans l’univers entier, et capable d’être comparé avec avantage à ce que Paris possède de plus grandiose. __________________________________________________ LA CHASSE AUX GRENOUILLES (p312) Les prisonniers français internés dans le camp d’Erfurt se sont révoltés samedi dernier. La Gazette de Weimar donne sur cette affaire les détails suivants : […] Sept prisonniers français, mettant à profit quelques heures de congé, s’étaient amusés hier à aller faire la chasse aux grenouilles et étaient rentrés trop tard dans leurs campements. Pour les punir, on les lia et on les attacha pendant une heure aux cloisons de leurs baraques. Cette punition n’étant pas d’usage en France, les autres Français n’y voulurent pas consentir et délivrèrent leurs camarades. Les gardes de Brunswick s’y étant opposés et les ayant en partie rattachés, les prisonniers, — il s’en trouve encore 8000 au camp, — sortirent en tumulte et s’attroupèrent devant le corps de garde. Des pierres furent lancées, et les internés brandissaient des bâtons et des couteaux dont ils menaçaient les gardes brunswickois. Ceux-ci, au nombre de 40, étaient prêts à faire feu, mais le vice-caporal Hartmann, dans un louable esprit de modération, n’en donna pas l’ordre, parce qu’il était sûr d’avance que tous les gardes auraient été massacrés. Il commanda seulement un signal de trois coups de canon, sur quoi on battit la générale dans toute la ville. À mon retour sur la place Guillaume-Frédéric, je vis des soldats prussiens conduisant trois Français qui avaient été gravement maltraités au lazaret ; des personnes dignes de foi m’assuraient que quelques internés avaient même été tués, mais je ne rapporte ce dire que sous toutes réserves. Aujourd’hui, on annonce que quatre Français ont été tués, mais ce bruit est également sujet à caution. Le calme est complet. __________________________________________________ LES CHIFFRES DE LA MORTALITÉ (extrait, voir JO p 314) La mortalité continue à diminuer. Le chiffre de décès du 11 au 17 mars n’est que de 2 576 au lieu de 2 993, comme l’autre semaine. La variole a un peu augmenté (98 au lieu de 85) ; la cholérine aussi (5 au lieu de 1) ; la rougeole est restée au même chiffre (20). Toutes les autres maladies sont en décroissance. La maladie la plus meurtrière est toujours la bronchite (301 décès) ; Puis viennent la fièvre typhoïde (329), la pneumonie (188), la diarrhée (104), la variole (98), la dyssenterie (47), la rougeole (20), le croup (14), etc. La bronchite a surtout frappé les enfants et les vieillards. De 15 à 50 ans, elle n’a fait que trente-sept victimes, un peu plus d’un dixième du chiffre total. La fièvre typhoïde frappe toujours principalement l’armée, qui a fourni plus de la moitié du chiffre des décès (122 sur 229). La pneumonie a atteint à peu près également tous les âges. La diarrhée, comme la bronchite, a surtout enlevé les enfants et les vieillards. Les adultes, de 15 à 50 ans, entrent à peine pour un dixième dans le chiffre total (10 sur 104). […] __________________________________________________ RECRUTEMENT VERSAILLAIS (p316) Le préfet de Lille a fait annoncer qu’un train spécial serait mis à la disposition des volontaires appelés par l’Assemblée nationale à Versailles. À l’heure indiquée pour le départ du train, il s’est présenté vingt volontaires ! C’étaient vingt ouvriers belges sans travail. __________________________________________________ L'ANNIVERSAIRE DU ROI GUILLAUME (p317) On écrit de Lons-le-Saulnier, 25 mars : « C’était hier l’anniversaire de la naissance de l’excellent roi Guillaume. A cette occasion, les Prussiens se sont livrés à de grandes réjouissances dont nous, pauvres habitants inoffensifs, avons été les victimes. Après la journée, consacrée à des revues, parades, allocutions, salves d’artillerie, etc., a eu lieu à cinq heures, à la préfecture un grand repas offert par le général à ses officiers ; pareil festin pour les sous-officiers et soldats, qui avaient reçu double ration. A huit heures du soir, toute cette soldatesque était complètement ivre, voire les officiers. Elle s’est alors répandue dans la ville comme un torrent, envahissant les cafés, insultant la population ; quelques personnes ayant voulu résister à ces injures, il s’est passé une scène de carnage, digne d’une ville prise d’assaut : les soldats se sont rués sur les habitants, le sabre au poing, frappant à droite et à gauche sur tout ce qui se trouvait devant eux : femmes, enfants vieillards, rien ne fut respecté ; deux ou trois établissements ont été livré au pillage. Des patrouilles prussiennes sont alors intervenues, mais les soldats qui les composaient étaient aussi ivres que les autres, ils se sont mis de la partie : malheur aux retardataires qui ne rentraient pas assez vite chez eux ! Ces scènes de brutalité ont duré jusqu’à minuit ; le résultat a été deux ou trois prussiens blessés ou du moins contusionnés, et un mort ; du côté de la population, trois morts et environ quinze personnes blessées plus ou moins grièvement, dont deux jeunes filles qui ont eux les poignets coupés. Suivant le dire de quelques soldats prussiens qui n’ont pas participé à cette orgie, il paraît que chaque année la fête du roi Guillaume se célèbre de la même manière : quand ces messieurs n’ont pas d’ennemis sous la main, ils se battent entre eux. Pour couronner l’œuvre, le général commandant, prétendant que ses soldats sont de véritables saints qui ont été provoqués, va nous donner à loger quelques centaines d’hommes de plus afin de maintenir le bon ordre. Inutile d’ajouter que cette occupation nous ruine complètement. Un ordre du commandant prussien de Lons-le-Saulnier défend aux journaux de la ville de rendre compte de ce qui s’est passé. L’enterrement des victimes a eu lieu au milieu d’un grand concours de population protestant silencieusement contre cet horrible abus de la force ». __________________________________________________ FAIT DIVERS - MEURTRE À BORDEAUX (extrait, voir JO p319) Les événements tragiques se succèdent à Bordeaux. La population est à peine remise d’une émotion de la veille, que le lendemain elle a à enregistrer quelque nouveau fait non moins tragique. Ce matin, il n’était bruit à Bordeaux que d’un meurtre commis pendant la nuit dans le 3e arrondissement, quartier de Saint-Ferdinand Un militaire avait été frappé à la tête de deux coups de hache ; son corps en- sanglanté était, par les soins du commissaire de police, transporté à l’hôpital Saint-André ; une femme était en fuite, et le mari de cette dernière, auteur du meurtre, allait lui-même se constituer prisonnier. Voilà les faits qui, dans le quartier Saint-Ferdinand, étaient ce matin le sujet de toutes les conversations. Un meurtre a en effet été commis, et voici dans quelles circonstances....[…] __________________________________________________ FAIT DIVERS - LA BLESSURE MYSTÉRIEUSE (extrait, voir JO p320) L’un des omnibus qui suivaient le quai Saint-Bernard s’était arrêté hier pour laisser monter plusieurs personnes, dont trois à l’intérieur. L’un de ces derniers voyageurs, le sieur J..., âgé de soixante-quatre ans, venait à peine de s’asseoir, qu’il se leva brusquement, pâlit, et, chancelant, se disposa à sortir de la voiture en s’écriant : — A mon secours, je suis blessé ! On vit, en effet, le sang ruisseler de son pantalon, en même temps que sa pâleur augmentait. On l’entoura, on le soutint et on le fit entrer dans une maison voisine dont l’un des locataires était précisément un médecin qui le visita, remarqua qu’il portait en haut de la cuisse une large et profonde blessure, et s’empressa de lui donner des soins. Dans le premier moment, on avait cru qu’il s’agissait d’une tentative de meurtre ; mais les renseignements recueillis ne tardèrent pas à donner aux faits leur véritable caractère.... […] __________________________________________________ PESTE BOVINE (p321) On lit dans la Chronique de Fougères l’indication des moyens suivants qui, dans beaucoup de cas, suffisent pour prévenir la peste bovine : 1° Saler la nourriture; 2° Changer souvent la litière, tous les jours s’il est possible; 3° Mettre un peu de chaux vive dans la litière 4° Mettre dans les étables un feu de goudron de gaz qu’on renouvelle aussitôt qu’il a cessé de répandre de l’odeur. Ces moyens sont bien simples, très peu coûteux, et leur action désinfectante ne peut être mise en doute. Si leur efficacité n’est pas absolue, ils sont du moins incontestablement utiles. 23 mars 24 mars

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 6

    Lundi 17 avril 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 6 Next Next Lundi 17 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 791) Commission d'enquête des chambres syndicales ouvrières : recensement et états des ateliers abandonnés, conditions de remise en exploitation, création d'associations coopératives des travailleurs, définition des conditions de cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières au retour des patrons Paris, le 16 avril 1871. La Commune de Paris, Considérant qu’une quantité d’ateliers ont été abandonnés par ceux qui les dirigeaient afin d’échapper aux obligations civiques, et sans tenir compte des intérêts des travailleurs ; Considérant que par suite de ce lâche abandon, de nombreux travaux essentiels à la vie communale se trouvent interrompus, l’existence des travailleurs compromise, DÉCRÈTE : Les chambres syndicales ouvrières sont convoquées à l’effet d’instituer une commission d’enquête ayant pour but : 1° De dresser une statistique des ateliers abandonnés, ainsi qu’un inventaire exact de l’état dans lequel ils se trouvent et des instruments de travail qu’ils renferment ; 2° De présenter un rapport établissant les conditions pratiques de la prompte mise en exploitation de ces ateliers, non plus par les déserteurs qui les ont abandonnés, mais par l’association coopérative des travailleurs qui y étaient employés ; 3° D’élaborer un projet de constitution de ces sociétés coopératives ouvrières ; 4° De constituer un jury arbitral qui devra statuer, au retour desdits patrons, sur les conditions de la cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières, et sur la quotité de l’indemnité qu’auront à payer les sociétés aux patrons. Cette commission d’enquête devra adresser son rapport à la commission communale du travail et de l’échange, qui sera tenue de présenter à la Commune, dans le plus bref délai, le projet de décret donnant satisfaction aux intérêts de la Commune et des travailleurs. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 792) Réglementation de la restitution des armes aux mairies par les bataillons dissous, les émigrés, les réfractaires, afin d'armer les nouveaux bataillons La commission exécutive, Sur la proposition du délégué à la guerre ARRÊTE : Art. 1er. Les armes des bataillons dissous seront immédiatement restituées aux mairies. Art. 2. Seront pareillement restituées aux mairies les armes des émigrés, des réfractaires jugés comme tels par le conseil de discipline. Art. 3. Les municipalités devront faire faire des perquisitions méthodiques par rues et par maisons, afin d’assurer dans le plus bref délai la rentrée de toutes ces armes. Art. 4. Toutes fausses déclarations faites par les concierges entraîneront leur arrestation immédiate. Art. 5. Toutes les armes recueillies par les mairies seront renvoyées à l’arsenal de Saint-Thomas-d’Aquin. Art. 6. Les armes ainsi restituées serviront à armer les nouveaux bataillons. Les fusils Chassepot ne seront donnés qu’aux bataillons de marche, en attendant qu’on en puisse donner à tous. Paris, le 16 avril 1871. La commission exécutive : Avrial, Cournet, Delescluze, Félix Pyat, Tridon, Ed. Vaillant, Vermorel. __________________________________________________ PROCLAMATION - COMMUNE DE PARIS (p 793) Incompatibilité de la fonction de chef de légion et de membre de la Commune La Commune décide : La fonction de chef de légion est incompatible avec celle de membre de la Commune. Le chef de légion est subordonné à l’autorité des membres de la Commune Mardi 18 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 831) Loi sur les échéances - Remboursement des dettes de toutes natures sous trois ans, sans que ces dettes portent intérêt - Détournement, aliénation ou anéantissement des acquis seront poursuivis. Paris, le 17 avril 1871. Loi sur les échéances La Commune DÉCRÈTE : Art. 1er. Le remboursement des dettes de toutes natures souscrites jusqu’à ce jour et portant échéance, billets à ordre, mandants, lettres de change, factures réglées, dettes concordataires, etc., sera effectué dans un délai de trois années à partir du 15 juillet prochain, et sans que ces dettes portent intérêt. Art. 2. Le total des sommes dues sera divisé en douze coupures égales, payables par trimestre, à partir de la même date. Art. 3. Les porteurs des créances ci-dessus énoncées pourront, en conservant les titres primitifs, poursuivre le remboursement desdites créances par voie de mandats, traites ou lettres de change mentionnant la nature de la dette et de la garantie, conformément à l’article 2. Art. 4. Les poursuites, en cas de non-acceptation ou de non-paiement, s’exerceront seulement sur la coupure qui y donnera lieu. Art. 5. Tout débiteur qui, profitant des délais accordés par le présent décret, aura pendant ces délais détourné, aliéné ou anéanti son actif en fraude des droits de son créancier, sera considéré, s’il est commerçant, comme coupable de banque- route frauduleuse, et, s’il n’est pas commerçant, comme coupable d’escroquerie. Il pourra être poursuivi comme tel, soit par son créancier, soit par le ministère public. Paris, le 16 avril 1871. __________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 834) Délivrance de laissez-sortir aux citoyens entrant dans Paris avec des marchandises. Considérant que toute facilité et protection doivent être accordées à tout citoyen approvisionnant Paris, la Commune DÉCRÈTE : Tout citoyen arrivant à paris, y amenant une marchandise quelconque recevra gratuitement, à son entrée, un laissez-sortir à sa volonté, portant sa propre signature, son âge, sa taille, l’énumération et la nature des marchandises objet de son voyage. Paris, le 15 avril 1871. Le membre de la commune délégué au ministère du commerce, Parise Mercredi 19 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 868) Réglementation de la rédaction des arrêts et jugements, désormais rendus au nom du peuple. Paris, le 18 avril 1871. La Commune de Paris DÉCRÈTE : Art. 1er. Tous les arrêts et jugements seront rendus au nom du peuple. Art. 2. Les grosses et expéditions des arrêts ou jugements et les mandats de justice seront intitulés ainsi qu’il suit : « Commune de Paris. « La ... section du jury d’accusation, la cour ou tribunal, etc., a rendu l’arrêt ou le jugement dont la teneur suit : » Art. 3. Les arrêts, jugements et mandats de justice seront terminés comme suit : « En conséquence, la Commune de Paris mande à tous officiers de police et gardes nationaux de mettre ledit arrêt, jugement ou mandat à exécution, au procu- reur de la Commune, à ses substituts d’y tenir la main, à tous officiers de police et gardes nationaux de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis. « En foi de quoi le présent arrêt, jugement ou mandat a été signé par nous, etc... (le délégué à la justice, les président et greffier de la section du jury ou du tribunal, le procureur de la Commune, le substitut ou le juge d’instruction.) » Eugène Protot. __________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 869) Réglementation des arrestations et flagrant-délits : établissement immédiat d'un procès-verbal notifié au délégué à la justice, précisant les causes et les témoins. Les contrevenants seront poursuivis pour crime de séquestration illégale. La Commune de Paris DÉCRÈTE : Art. 1er. Tous magistrats, officiers de police ou gardes nationaux qui opéreront une arrestation en dresseront procès-verbal sur-le-champ, et le notifieront au délégué à la justice. Le procès-verbal énoncera les causes de l’arrestation, les témoins à entendre pour ou contre la personne arrêtée. Toute contravention à ces prescriptions sera rigoureusement réprimée. Les mêmes dispositions seront applicables aux citoyens agissant en vertu de la loi sur les flagrants délits. Art. 2. Tous directeurs de prisons, de maisons d’arrêt ou de correction, tous geôliers ou greffiers qui omettront de mentionner sur l’acte d’écrou les causes de l’arrestation, seront poursuivis pour crime de séquestration illégale. Art. 3. Les papiers, valeurs mobilières, effets de nature quelconque appartenant aux personnes arrêtées, et dont la saisie aura été effectuée, seront déposés à la Caisse des dépôts et consignations. Les pièces à conviction seront adressées au délégué à la police. Eugène Protot. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMUNE DE PARIS (p 870) Suppression de journaux prêchant la guerre civile, donnant des renseignements militaires à l'ennemi, et propageant la calomnie contre les défenseurs de la République. La Commune, considérant qu’il est impossible de tolérer dans Paris assiégé des journaux qui prêchent ouvertement la guerre civile, donnent des renseignements militaires à l’ennemi, et propagent la calomnie contre les défenseurs de la République, a arrêté la suppression des journaux le Soir, la Cloche, l’Opinion nationale et le Bien public. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 870) Suppression du service médical de l'Hotel de Ville, création d'un nouveau service. Attendu qu’un nouveau service médical est créé 86, rue Saint-Dominique- Saint-Germain ; Qu’il importe d’établir l’unité de direction du service médical ; La Commission exécutive, ARRETE : Art. 1er. Le service médical de l’Hôtel-de-Ville est supprimé. Art. 2. Les citoyens du service médical de l’Hôtel-de-Ville qui voudront continuer à servir l’humanité et leur pays, sont priés de se faire admettre par l’administration de la rue Saint-Dominique-Saint-Germain. Paris, le 18 avril 1871. Pour la Commission exécutive : F. Cournet, Ch. Delescluze, G. Tridon, Félix Pyat, Avrial, E. Vaillant, A.Vermorel. __________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 871) Obligation aux gardes sédentaires d'échanger leurs chassepots contre les fusils inférieurs des gardes des compagnies de guerre. Le délégué à la guerre, Considérant qu’il importe d’armer de fusils de précision et à tir rapide les compagnies de guerre ; Considérant qu’un grand nombre de sédentaires se refuse à changer leurs chassepots contre d’autres armes appartenant aux hommes des compagnies de guerre, ARRETE : Les chassepots ou autres armes de précision des gardes sédentaires seront échangés contre les fusils inférieurs des gardes des compagnies de guerre. Tout garde sédentaire qui se refusera à cet échange perdra sa solde, et sera poursuivi pour refus d’obéissance en face de l’ennemi. Le délégué à la guerre espère que le patriotisme des gardes sédentaires rendra cette disposition inutile. Paris, le 18 avril 1871. Le délégué à la guerre, Cluseret. __________________________________________________ RAPPEL ARRÊTÉ – BUREAU CENTRAL DE L'ASSISTANCE EXTÉRIEURE (p 873) Mesures rigoureuses prises contre les boulangers refusant les bons de pain de l’assistance des communes. Bureau central de l’assistance extérieure. Le bureau central de l’assistance extérieure apprend que plusieurs boulangers refusent les bons de pain de l’assistance des communes. Il croit devoir leur rappeler que l’arrêté du 7 octobre dernier est et reste toujours en vigueur. Des mesures rigoureuses seraient prises contre ceux qui refuseraient de recevoir ces bons à l’avenir. Le chef du bureau central de l’assistance extérieure, Ch. Devaux __________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p 874) Défense aux regrattières entrant aux concurrence avec les marchandes placées sous la surveillance de l’administration et présentant plus de garanties aux consommateurs, de stationner aux abords des marchés d’arrondissement. Considérant qu’un grand nombre de regrattières ont envahi depuis quelque temps les abords des marchés d’arrondissement ; Qu’elles empêchent le public d’arriver jusqu’aux marchandises installées sous les abris, et qui, étant connues, autorisées et placées sous la surveillance de l’administration, présentent plus de garanties aux consommateurs ; Qu’elles ont amené les marchandes placées sous lesdits abris à abandonner leurs places, pour se porter sur la voie publique, afin d’entrer en concurrence avec les regrattières ; Que cet état de choses trouble la tranquillité, gêne la circulation et peut donner lieu à de graves accidents ; Qu’il importe de faire immédiatement cesser cet abus, contre lequel des plaintes sont adressées journellement, ARRETE : Art. 1er. Il est défendu aux marchands de stationner ailleurs qu’aux places qui leur ont été concédées. Art. 2. Les regrattières et autres, qui vendent sur éventaires, mannes, mannettes, etc., ne pourront stationner à l’avenir aux abords des marchés d’arrondissement. Art. 3. Le chef de la 2e division de la sûreté générale est chargé de l’exécution du présent arrêté. Paris, le 18 avril 1871. Raoul Rigault. __________________________________________________ ARRÊT – PRÉSIDENT DE LA COUR MARTIALE (p 878) Réglementation de la procédure de jugement et de l'exécution des peines de la Cour martiale. Nous reproduisons, dans l’intérêt des habitants de Paris, l’arrêt important concernant la cour martiale. Cour martiale N° 1. — Arrêt réglant la procédure et les peines Art. 1er. La police judiciaire martiale est exercée par tous magistrats, officiers ou délégués, procédant de l’élection, dans l’exercice des fonctions que leur assigne leur mandat. Art. 2. Les officiers de police judiciaire reçoivent en cette qualité les dénonciations et les plaintes qui leur sont adressées. Ils rédigent les procès-verbaux nécessaires pour constater le corps du délit et l’état des lieux. Ils reçoivent les déclarations des personnes présentes ou qui auraient des renseignements à donner. Ils se saisissent des armes, effets, papiers et pièces tant à charge qu’à décharge, et, en général, de tout ce qui peut servir à la manifestation de la vérité. Art. 3. Ils sont autorisés à faire saisir les inculpés, les font conduire immédiatement à la prison du Cherche-Midi, et dressent procès-verbal de l’arrestation, en y consignant les noms, qualités et signalement des inculpés. Art. 4. Les officiers de police judiciaire martiale ne peuvent s’introduire dans une maison particulière, si ce n’est avec l’assistance du juge de paix ou de son suppléant, ou du maire, ou d’un adjoint, ou du commissaire de police. Art. 5. Chaque feuillet du procès-verbal, dressé par un officier de police judiciaire martiale, est signé par lui et par les personnes qui y ont assisté. Art. 6. Les actes et procès-verbaux dressés par les officiers de police judiciaire martiale sont transmis sans délai, avec les pièces et documents, à la cour martiale. Art. 7. La poursuite des crimes et délits a lieu d’office, d’après les rapports ou procès-verbaux dressés conformément aux articles précédents. Art. 8. La Cour désigne pour l’information soit un de ses membres, soit un rapporteur qu’elle choisit ; l’information a lieu d’urgence et sans délai. Art. 9. L’accusé est défendu. Le défenseur, choisi par l’accusé ou désigné d’office, a droit de communiquer avec l’accusé ; il peut prendre, sans déplacement, communication des pièces de la procédure. Art. 10. Les séances sont publiques. Art. 11. Le président a la police des audiences, les assistants sont sans armes. Les crimes ou délits commis à l’audience sont jugés séance tenante. Art. 12. Le président fait amener l’accusé. Art. 13. Le président fait lire par le greffier, les pièces dont il lui paraît nécessaire de donner connaissance à la cour. Art. 14. Le président fait appeler ou amener toute personne dont l’audition paraît nécessaire ; il peut aussi faire apporter toute pièce qui lui paraît utile à la manifestation de la vérité. Art. 15. Le président procède à l’interrogatoire de l’accusé et reçoit les dépositions des témoins. Le rapporteur est entendu. L’accusé demande à l’accusé s’il n’a rien à ajouter pour sa défense, et déclare que les débats sont terminés. Art. 16. La culpabilité est résolue à la majorité des membres présents ; en cas de partage, l’accusé bénéficie du partage. Art. 17. L’arrêt est prononcé en séance publique. Art. 18. Tout individu acquitté ne peut être repris ou accusé à raison du même fait. Art. 19. Tous les frais de justice sont à la charge de la Commune. Art. 20. Le rapporteur fait donner lecture de l’arrêt à l’accusé par le greffier, en sa présence et devant de la Commune. Art. 21. L’arrêt de condamnation est exécuté dans les vingt-quatre heures après qu’il a été prononcé, ou, dans le cas de condamnation à mort, dans les vingt-quatre heures après la sanction de la commission exécutive. Art. 22. Toutes assignations, citations et notifications aux témoins, inculpés ou accusés, sont faites par tous magistrats, officiers ou délégués procédant de l’élection, requis à cet effet par le rapporteur. TITRE II. — Des crimes, des délits et des peines. Art. 23. Les peines qui peuvent être appliquées par la cour martiale sont : La mort, Les travaux forcés, La détention, La réclusion, La dégradation civique, La dégradation militaire, La destitution, L ’ emprisonnement, L ’ amende. Art. 24. Tout individu condamné à la peine de mort par la cour martiale est fusillé. Art. 25. La cour se conforme, pour les peines, au Code pénal et au Code de justice militaire. Elle applique, en outre, la jurisprudence martiale à tous les faits intéressant le salut public. Fait à Paris, le 17 avril 1871. Le colonel chef d’état-major, président de la cour martiale. Rossel. L. Boursier, Collet, Chardon, P. Henry Jeudi 20 avril 1871 PROCLAMATION – COMMISSION EXÉCUTIVE (p909) Commutation de la peine de mort du citoyen Girot, pour avoir refusé de marcher contre l’ennemi, en considération de ses antécédents démocratiques. La commission exécutive, prenant en considération les antécédents démocratiques du citoyen Girot, chef du 74e bataillon, condamné à mort par la cour martiale pour avoir refusé de marcher contre l’ennemi, a commué sa peine. Le condamné Girot subira la dégradation civique et militaire, et restera emprisonné pendant la durée de la guerre. La Commission exécutive

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 4

    Samedi 8 avril 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 4 Next Next Samedi 8 avril 1871 DÉCLARATION - COMMUNE DE PARIS (p510) Instruction d'enquêtes sur les arrestations réalisées par le Comité central et la Commission de sûreté, respect du principe de liberté. Vu le vote de la Commune du 5 avril, relatif à une enquête sur les arrestations faites par le Comité central et par la Commission de sûreté, la commission exécutive invite la commission de justice à instruire immédiatement sur le nombre et la cause de ces arrestations, et à donner l’ordre de l’élargissement ou de la comparution devant un tribunal et un jury d’accusation. La commission de justice doit d’urgence s’occuper d’une mesure qui intéresse si particulièrement l’un des grands principes de la République, la liberté. Paris, le 7 avril 1871. La commission exécutive : F. Cournet, Delescluze, Félix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant, Vermorel _________________________________________________ DÉCRET (MODIFICATION) – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 511) Suppression du grade de général, incompatible avec l’organisation démocratique de la Garde nationale - Dombrowski nommé commandant de Paris Considérant que les grades de généraux sont incompatibles avec l’organisation démocratique de la garde nationale et ne sauraient être que temporaires : Art. 1er. Le grade de général est supprimé. Art. 2. Le citoyen Ladislas Dombrowski, commandant de la 12e légion, est nommé commandant de Paris, en remplacement du citoyen Bergeret, appelé à d’autres fonctions. Paris, le 7 avril 1871 La commission exécutive : Cournet, Delescluze, Félix Pyat, Tridon, Ed. Vaillant, Vermorel _________________________________________________ DÉCRET (MODIFICATION) – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 513) Modification de l'âge de recrutement des gardes nationaux, service obligatoire de dix-neuf à quarante ans pour les gardes nationaux, mariés ou non. Considérant les patriotes réclamations d’un grand nombre de gardes nationaux qui tiennent, quoique mariés, à l’honneur de défendre leur indépendance municipale, même au prix de leur vie, le décret du 5 avril est ainsi modifié : De dix-sept à dix-neuf ans, le service dans les compagnes de guerre sera volontaire, et de dix-neuf à quarante obligatoire pour les gardes nationaux, mariés ou non. J’engage les bons patriotes à faire eux-mêmes la police dans leur arrondissement et à forcer les réfractaires à servir. Le délégué à la guerre : G. Cluseret. _________________________________________________ DÉCLARATION – INCENDIE DE LA GUILLOTINE (p 526) Réquisition et incendie de la guillotine par le 137e bataillon du XIe arrondissement Jeudi, à neuf heures du matin, le 137e bataillon, appartenant au XIe arrondissement, est allée rue Folie-Méricourt ; il a réquisitionné et pris la guillotine, il a brisé en morceaux la hideuse machine, et, aux applaudissements d’une foule immense, il l’a brûlée. Il l’a brûlée au pied de la statue du défenseur de Sirven et de Calas, de l’apôtre de l’humanité, du précurseur de la Révolution française, — au pied de la statue de Voltaire. Dimanche 9 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 537) Indemnisation des soldats blessés, établissement d'une pension annuelle et viagère fixée par commission spéciale La Commune de Paris DÉCRÈTE : Tout citoyen blessé à l’ennemi pour la défense des droits de Paris recevra, si sa blessure entraîne une incapacité de travail absolue, une pension annuelle et viagère dont le chiffre sera fixé par une commission spéciale, dans les limites de trois cents à douze cents francs. La Commune statuera aujourd’hui sur les pensions attribuées aux familles des citoyens morts pour la défense des droits du peuple. _________________________________________________ PROCLAMATION – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p537) Nomination de Dombrowski au commandement de la place de Paris Ministère de la guerre En exécution des ordres de la Commune, le citoyen J. Dombrowski prendra le commandement de la place de Paris, en remplacement du citoyen de la place de Paris, en remplacement du citoyen Bergeret. En conséquence, à partir d’aujourd’hui 8 avril, tous les ordres relatifs aux mouvements de troupes seront donnés par le commandant de la place, J. Dombrowski. Paris, le 8 avril 1871, le délégué à la guerre, E. Cluseret _________________________________________________ PROCLAMATION – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p537) Institution d'une commission des barricades Une commission des barricades, présidée par le commandant de place et composée des capitaines du génie, de deux membres de la Commune et d’un membre élu par chaque arrondissement, est instituée à partir du 9 avril, à une heure. Paris, le 8 avril 1871 Le délégué à la guerre, E. Cluseret. _________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU XIIème ARRONDISSEMENT (p 544) Drapeau rouge arboré sur tous les monuments publics de l’arrondissement en remplacement du drapeau tricolore, bannière flétrie des assassins de Versailles. Mairie du XIIe arrondissement. La commission municipale ARRÊTE : 1° Le drapeau de la Commune, drapeau rouge, sera immédiatement arboré sur tous les monuments publics de l’arrondissement. 2° Aucun édifice particulier ne sera pavoisé d’un autre drapeau que celui de la Commune ; en conséquence, les citoyens devront faire disparaître dans le plus bref délai le drapeau tricolore, qui après avoir été celui de la Révolution, sa gloire ; après avoir été souillé de toutes les trahisons et de toutes les hontes de la monarchie, est devenu la bannière flétrie des assassins de Versailles. La France communale le répudie. 3° Les commissaires de police de l’arrondissement sont chargés de l’exécution du présent arrêté. Paris, le 7 avril 1871. Les membres de la commission, Philippe, Magot, Ambroise Lyaz Lundi 10 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 569) Ajournement des élections en raison de la défense des remparts de la cité Paris, le 9 Avril 1871. La Commune de Paris, Considérant qu’il est matériellement impossible de convoquer au scrutin les électeurs qui défendent les remparts de la cité DÉCRÈTE : Les élections sont ajournées. La date de la nouvelle convocation des électeurs sera prochainement fixée. Paris, le 10 avril 1871. _________________________________________________ DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 570) Collecte d'informations sur les gardes nationaux morts ou blessés pour la Commune – Photographies des morts non reconnus envoyées au bureau central des renseignements - Tous les morts enterrés au Père Lachaise La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Art. 1er. Tous les renseignements au sujet des gardes nationaux morts ou blessés dont l’identité sera constatée, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur de Paris, seront envoyés à l’Hôtel-de-Ville, au bureau central des renseignements. Art. 2. Les gardes nationaux dont l’identité ne sera pas constatée seront envoyés à l’Hôtel-Dieu. Les familles pourront les y reconnaître. Les identités constatées de cette façon seront communiquées au bureau centra des renseignements, à l’Hôtel-de-Ville. Art. 3. Les morts non reconnus seront photographiés aux endroits désignés ci- dessus, où ils seront déposés. Ces photographies, munies d’un numéro d’ordre correspondant aux effets du mort et de la bière, seront envoyées au bureau central des renseignements, à l’Hôtel-de-Ville. Art. 4. Tous les morts reconnus rentrés dans Paris et ceux non reconnus rentrés dans Paris et ceux non reconnus seront enterrés aux frais de la Commune, au cimetière du Père-Lachaise, dans un lieu désigné à cet effet. A moins de réclamations de la part des familles, le bureau central des renseignements de l’Hôtel-de-Ville est chargé de l’exécution du présent article. Paris, le 10 avril 1871. La Commune de Paris _________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ AU MINISTÈRE DU COMMERCE (p 570) Lutte contre le gaspillage des subsistances – Intendance militaire seule responsable – Subsistances attribuées aux mairies sur justification du nombre de leurs nécessiteux. Le délégué au ministère de l’agriculture et du commerce : Attendu qu’il est urgent d’éviter tout gaspillage de subsistances ; Que l’ordre le plus strict peut seul empêcher des dommages qui seraient peut-être irrémédiables, ARRÊTE : 1° L’intendance militaire a seule le droit, sur un bon portant le timbre de la commission des subsistances, de se faire délivrer des approvisionnements aux stocks qui dépendent du ministère du commerce. 2° Toutes les subsistances appartenant à l’Etat ou à la ville seront emmagasinées dans les stocks de la commission. 3° Les mairies pourront, sur des bons qu’elles feront viser et timbrer au ministère, se faire délivrer des subsistances, mais seulement pour les cantines nationales, et après avoir justifié du chiffre de leurs nécessiteux. Le magasin où les vivres leur seront délivrés sera le plus rapproché possible de leur arrondissement. 4° Les gardes nationaux doivent demander leurs vivres à l’intendance ou aux sous-intendances, et les prendre à la manutention ou à ses annexes, sur un bon des intendants. 5° Toute réquisition de vivres est désormais interdite, à moins d’urgence bien constatée, et si cette urgence n’est pas imputable à la négligence. Le membre de la commune délégué au ministère du commerce, Parisel Mardi 11 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 601) Attributions de pensions aux familles des morts de la Commune La Commune de Paris, Ayant adopté les veuves et les enfants de tous les citoyens morts pour la défense des droits du peuple, DÉCRÈTE : Art. 1er. Une pension de 600 fr. sera accordée à la femme du garde national tué pour la défense des droits du peuple, après enquête qui établira ses droits et ses besoins. Art. 2. Chacun des enfants, reconnus ou non, recevra, jusqu’à l’âge de dix-huit ans, une pension annuelle de trois cent soixante-cinq francs, payable en douzièmes. Art. 3. Dans le cas où les enfants seraient déjà privés de leur mère, ils seront élevés aux frais de la Commune, qui leur fera donner l’éducation intégrale nécessaire pour être en mesure de se suffire dans la société. Art. 4. Les ascendants, père, mère, frères et sœurs de tout citoyen mort pour la défense des droits de Paris, et qui prouveront que le défunt était pour eux un soutien nécessaire, pourront être admis à recevoir une pension proportionnelle à leurs besoins, dans les limites de 100 à 800 fr. par personne. Art. 5. Toute enquête nécessitée par l’application des articles ci-dessus sera faite par une commission spéciale, composée de six membres délégués à cet effet dans chaque arrondissement, et présidée par un membre de la commune appartenant à l’arrondissement. Art. 6. Un comité composé de trois membres de la Commune, centralisera les résultats produits par l’enquête et statuera en dernier ressort. Paris, le 10 avril 1871. _________________________________________________ ORDRE - COMMANDANT DE LA PLACE (p 604) Obligation de détention d'un laissez-passer pour sortir de Paris Consigne formelle Ne laisser sortir de Paris que tout individu muni d’un laissez-passer de la place ou de la préfecture de police, s’il est garde national et en dehors du service. Quant aux autres personnes, il leur faut un laissez-passer de l’ex-préfecture de police. Tout contrevenant à cette consigne sera sévèrement puni. Chaque officier relevant de la garde doit prendre connaissance de cette consigne. Les officiers qui seraient trouvés en défaut passeront en cour martiale. Le commandant de la place

  • 5 - LE TROISIÈME CONTINENT D'IVAN JABLONKA

    Dans « L’Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales 1», Ivan Jablonka pose les bases d'une réconciliation entre histoire et littérature, histoire et fiction, qui entretiennent depuis toujours des « liaisons clandestines »2. Au XIXème siècle s'élabore une histoire positiviste, se limitant à établir des faits, expulsant le « je » de l'auteur, prônant un point de vue universel et visant un discours de vérité. L'histoire devient une discipline universitaire et veut s'ériger en véritable science, tendant à chasser les « microbes littéraires » qui polluent la connaissance pure. Elle sonne « l'adieu à la littérature », ce qui va influencer la production historique jusqu'à aujourd'hui. Fernand Braudel et Georges Duby ont pourtant usé de « la charge démonstrative de la littérature » : l'« Histoire de la Méditerranée au temps de Philippe II »3 (1949) du premier et le portrait de « Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du Monde »4 (1984) du second, utilisent des procédés littéraires, des mises en intrigues qui transigent avec les usages courants des historiens. Claude Levi-Strauss se demandera, dans les années 1980, si « Tristes tropiques »5 (1955), qui rapporte son enfance et ses sentiments au cours de son voyage, n'aurait pas livré une vérité supérieure à ses livres plus théoriques « parce qu'il a réintégré l'observateur dans l'objet de son observation ». Dans les années 1980, l'usage du récit en histoire et dans les sciences sociales est questionné par des historiens et des philosophes français (Paul Veyne, Jacques Rancière, Paul Ricœur ou Michel de Certeau) qui posent que « l'intelligence du passé a besoin d'intrigue, de mise en scène, de descriptions, de portraits et de figures de style. » L'américain Hayden White radicalise ce mouvement en initiant le Linguistic Turn, qui pose l'histoire comme une construction discursive parmi d'autres, provoquant une méfiance accrue des historiens pour le narratif. Carlo Ginzburg ou Roger Chartier réaffirment alors la mission de recherche de vérité qui fonde le travail historien. Historien et écrivain, Jablonka a conjugué, dans le champ des sciences sociales, textes théoriques et notion d’enquête, en partant de l’idée que « la recherche est aussi une recherche sur sa forme (récit, langue, théâtre, peinture, bande dessinée…) »6. Pour lui, la réconciliation entre création et recherche permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai »7. Il envisage une nouvelle cartographie des écritures, incluant travail académique, roman et les formes nouvelles que permet l’enquête, qu'il appelle le troisième continent. La littérature et les sciences sociales, placées sous l'angle de l'enquête, constituent ainsi pour Jablonka une communauté de méthode, qui permet de concilier rigueur, réflexivité et écriture. Jablonka, dans sa perspective de réconciliation entre sciences sociales et littérature, prêche pour de nouvelles écritures du savoir. « L'histoire, dit-il, est avant tout une manière de penser, une aventure intellectuelle qui a besoin d'imagination archivistique, d'originalité conceptuelle, d'audace explicative, d'inventivité narrative. » Pour, lui, la froide objectivité du savant n'est qu'une illusion : « Le mode objectif, fondé sur l'expulsion du “je”... est une fiction de méthode : personne n'ignore que c'est l'historien qui parle, décrit, énonce... ». Le chercheur ne doit pas tenter l'éluder son implication personnelle mais au contraire, par l'usage du « je », situer sa position, la décrire et permettre au lecteur d'identifier clairement le point de vue d'où il parle. Le projet est assis sur ce troisième continent dont parle Jablonka, dans le croisement entre les sources d'informations récoltées par l'enquête, textuelles et visuelles, les formes que la Commune a elle-même générées, celles qu’on lui a prêtées (les caricatures et toutes les formes satiriques par exemple), et celles qui seront affectées aux projets qui n'avaient pas hérité de formes propres, par manque de temps. On observera combien la forme affecte le fond, qui en retour affecte la forme, combien l'un permet de questionner, de troubler l'autre : la construction de la méthodologie. Partant des irréconciliables des savoirs sur la Commune, l’ambition plus théorique du projet est de croiser, d'observer les relations entre la forme et le fond, d'agiter l’un pour saisir l’autre, et retour, et voir ce qui se passe entre le fond et la forme des faits historiques, des imaginaires communards, des connections entre le factuel et la fiction, l’histoire hagiographique et l’histoire positiviste, la construction de cette histoire spécifique et sa déconstruction concomitante, sa réécriture permanente par l’un ou l‘autre camp. Et l’un des rôles de la fiction, dans le site, qu’elle soit visuelle ou textuelle, est de mettre en scène les conflits entre les éléments documentaires. L’histoire porte sur la Commune de Paris des interprétations si antinomiques, opposant des points de vue si résolument opposés idéologiquement, que la mise en scène de ces contradictions ne peut que servir l’histoire elle-même : exposer la pensée du conflit, lui donner une forme, c’est encore faire de l’histoire. 5 - LE TROISIÈME CONTINENT D'IVAN JABLONKA Texte précédent Texte suivant Dans « L’Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales 1», Ivan Jablonka pose les bases d'une réconciliation entre histoire et littérature, histoire et fiction, qui entretiennent depuis toujours des « liaisons clandestines »2. Au XIXème siècle s'élabore une histoire positiviste, se limitant à établir des faits, expulsant le « je » de l'auteur, prônant un point de vue universel et visant un discours de vérité. L'histoire devient une discipline universitaire et veut s'ériger en véritable science, tendant à chasser les « microbes littéraires » qui polluent la connaissance pure. Elle sonne « l'adieu à la littérature », ce qui va influencer la production historique jusqu'à aujourd'hui. Fernand Braudel et Georges Duby ont pourtant usé de « la charge démonstrative de la littérature » : l'« Histoire de la Méditerranée au temps de Philippe II »3 (1949) du premier et le portrait de « Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du Monde »4 (1984) du second, utilisent des procédés littéraires, des mises en intrigues qui transigent avec les usages courants des historiens. Claude Levi-Strauss se demandera, dans les années 1980, si « Tristes tropiques »5 (1955), qui rapporte son enfance et ses sentiments au cours de son voyage, n'aurait pas livré une vérité supérieure à ses livres plus théoriques « parce qu'il a réintégré l'observateur dans l'objet de son observation ». Dans les années 1980, l'usage du récit en histoire et dans les sciences sociales est questionné par des historiens et des philosophes français (Paul Veyne, Jacques Rancière, Paul Ricœur ou Michel de Certeau) qui posent que « l'intelligence du passé a besoin d'intrigue, de mise en scène, de descriptions, de portraits et de figures de style. » L'américain Hayden White radicalise ce mouvement en initiant le Linguistic Turn, qui pose l'histoire comme une construction discursive parmi d'autres, provoquant une méfiance accrue des historiens pour le narratif. Carlo Ginzburg ou Roger Chartier réaffirment alors la mission de recherche de vérité qui fonde le travail historien. Historien et écrivain, Jablonka a conjugué, dans le champ des sciences sociales, textes théoriques et notion d’enquête, en partant de l’idée que « la recherche est aussi une recherche sur sa forme (récit, langue, théâtre, peinture, bande dessinée…) »6. Pour lui, la réconciliation entre création et recherche permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai »7. Il envisage une nouvelle cartographie des écritures, incluant travail académique, roman et les formes nouvelles que permet l’enquête, qu'il appelle le troisième continent. La littérature et les sciences sociales, placées sous l'angle de l'enquête, constituent ainsi pour Jablonka une communauté de méthode, qui permet de concilier rigueur, réflexivité et écriture. Jablonka, dans sa perspective de réconciliation entre sciences sociales et littérature, prêche pour de nouvelles écritures du savoir. « L'histoire, dit-il, est avant tout une manière de penser, une aventure intellectuelle qui a besoin d'imagination archivistique, d'originalité conceptuelle, d'audace explicative, d'inventivité narrative. » Pour, lui, la froide objectivité du savant n'est qu'une illusion : « Le mode objectif, fondé sur l'expulsion du “je”... est une fiction de méthode : personne n'ignore que c'est l'historien qui parle, décrit, énonce... ». Le chercheur ne doit pas tenter l'éluder son implication personnelle mais au contraire, par l'usage du « je », situer sa position, la décrire et permettre au lecteur d'identifier clairement le point de vue d'où il parle. Le projet est assis sur ce troisième continent dont parle Jablonka, dans le croisement entre les sources d'informations récoltées par l'enquête, textuelles et visuelles, les formes que la Commune a elle-même générées, celles qu’on lui a prêtées (les caricatures et toutes les formes satiriques par exemple), et celles qui seront affectées aux projets qui n'avaient pas hérité de formes propres, par manque de temps. On observera combien la forme affecte le fond, qui en retour affecte la forme, combien l'un permet de questionner, de troubler l'autre : la construction de la méthodologie. Partant des irréconciliables des savoirs sur la Commune, l’ambition plus théorique du projet est de croiser, d'observer les relations entre la forme et le fond, d'agiter l’un pour saisir l’autre, et retour, et voir ce qui se passe entre le fond et la forme des faits historiques, des imaginaires communards, des connections entre le factuel et la fiction, l’histoire hagiographique et l’histoire positiviste, la construction de cette histoire spécifique et sa déconstruction concomitante, sa réécriture permanente par l’un ou l‘autre camp. Et l’un des rôles de la fiction, dans le site, qu’elle soit visuelle ou textuelle, est de mettre en scène les conflits entre les éléments documentaires. L’histoire porte sur la Commune de Paris des interprétations si antinomiques, opposant des points de vue si résolument opposés idéologiquement, que la mise en scène de ces contradictions ne peut que servir l’histoire elle-même : exposer la pensée du conflit, lui donner une forme, c’est encore faire de l’histoire. Texte précédent Texte suivant

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 3

    Mardi 4 avril 1971 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 3 Next Next Mardi 4 avril 1971 ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p 382) Ajournement des élections communales en raison des opérations militaires engagées Paris, le 3 Avril 1871. La Commune de Paris, En raison des opérations militaires engagées, ARRÊTE Art. 1er. Les élections communales précédemment fixées au mercredi 5 avril sont ajournées. Art. 2. Le jour du scrutin sera indiqué aussitôt que le permettra la situation faite à Paris par l’attaque du gouvernement de Versailles. _________________________________________________ DÉCLARATION - COMMUNE DE PARIS (p382) Nominations de Delescluze, Cournet et Vermorel à la Commission exécutive, de Cluzeret au Ministère de la guerre, de Blanchet et Géresme à la Commission de justice La Commune décide : Les citoyens Duval, Bergeret et Eudes, retenus loin de Paris par les opérations militaires, sont remplacés à la commission exécutive par les citoyens Delescluze, Cournet et Vermorel. Le citoyen Cluzeret est délégué au ministère de la guerre. Les citoyens Blanchet et Géresme sont délégués à la commission de justice. _________________________________________________ DÉCLARATION – MAIRIE DU 1ER ARRONDISSEMENT (p 388) Devoir d'engagement dans la Garde nationale La Délégation communale du 1er arrondissement à ses administrés Citoyens, Dans les circonstances solennelles où nous nous trouvons, il est du devoir de tout bon citoyen de faire acte de patriotisme et de courage civique en offrant spontanément à faire partie des bataillons de gardes nationaux fédérés. La loi nous autorise à vous y forcer. Nous ne voulons pas recourir à la force. Nous voulons simplement faire appel à votre honneur, à votre patriotisme, persuadés que nous serons entendus et compris par tous ceux qui ont un cœur généreux. Nous ne voulons simplement faire appel aux lâches, ni à ceux que vingt années d’Empire ont gangrené jusqu’aux sentiments les plus nobles qui caractérisent l’homme : les sentiments de liberté. Vous ne voulez pas plus que nous vous donner un maître. Vous voulez vivre libres et participer à la régénération de notre malheureuse patrie. Ne poussez donc pas à la décadence notre malheureux pays. En tout temps, l’abstention et l’indifférence sont coupables. Aujourd’hui sachez que ce sont des crimes. Citoyens, formez vos bataillons ! Fédérez-vous sans retard ! Unissez vos efforts contre le danger commun. Rappelez-vous que nous avons combattu ensemble côte à côte contre le Prussien, et sachez que tous les généraux lâches et perfides qui nous ont trahis, vendus à la Prusse, ne méritent ni pitié ni pardon, pas plus que les vils sicaires de l’Empire, troupes mercenaires au service de tous les despotes. La délégation provisoire du 1er arrondissement Dr Pillot, Napias-Piquet, Toussaint, Winant, Tanguy, Joly, Sallée Mercredi 5 avril 1871 NOMINATION - COMMISSION D'INITIATIVE POUR LE TRAVAIL ET L’ÉCHANGE (p 417) Création d'une commission d’initiative pour le travail et l’échange. Commune de Paris Il est nommé une commission d’initiative pour tout ce qui a rapport au travail et à l’échange. Cette commission, qui siégera au ministère des travaux publics, est composée des citoyens Minet, Teulière, E. Roullier, Paget-Lupicin, Seraillier, Loret, Henri Goullé, Ernest Moullé et Lévy-Lazare. Pour la commission : B. Malon, L. Frankel. _________________________________________________ DÉCLARATION - MINISTÈRE DE LA GUERRE (p 418) Réorganisation et soldes des compagnies de marche pour les citoyens de 17 à 35 ans non mariés, les gardes mobiles licenciés, les volontaires de l’armée ou civils Les compagnies de marche seront immédiatement réorganisées. Les officiers, sous-officiers et gardent entreront en solde à partir du 7 avril. Les gardes toucheront 1 fr. 50 et les vivres. Les sous-officiers, 2 fr. Les officiers, 2 fr. 50. Quand les compagnies agiront en dehors du service, les officiers toucheront la solde de leur grade dans l’armée. Les quatre compagnies de chaque bataillon éliront un chef de bataillon spécial. Les élections auront lieu le 6 avril. La revue sera passée au Champ-de-Mars par les membres de la commune, le 7 avril, à deux heures de l’après-midi. Bureau d’organisation et de renseignements au ministère de la guerre et à la place. Font partie des bataillons de guerre tous les citoyens de 17 à 35 ans non mariés, les gardes mobiles licenciés, les volontaires de l’armée ou civils. Les effets de campement seront complétés dans le plus bref délai. Paris, le 4 avril 1871. Par ordre de la Commune, le délégué au ministère de la guerre, Cluseret Jeudi 6 avril 1871 DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 448) Les accusés de complicité avec le gouvernement de Versailles seront otages du peuple de Paris. L'exécution d'un prisonnier ou d'un partisan sera suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus en vertu de l’article 4, désignés par le sort. La Commune de Paris, Considérant que le gouvernement de Versailles foule ouvertement aux pieds les droits de l’humanité comme ceux de la guerre ; qu’il s’est rendu coupable d’horreurs dont ne se sont même pas souillés les envahisseurs du sol français ; Considérant que les représentants de la Commune de Paris ont le devoir impé- rieux de défendre l’honneur et la vie des deux millions d’habitants qui ont remis entre leurs mains le soin de leurs destinées ; qu’il importe de prendre sur l’heure toutes les mesures nécessitées par la situation : Considérant que des hommes politiques et des magistrats de la cité doivent concilier le salut commun avec le respect des libertés publiques, DÉCRÈTE : Art. 1er. Toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédiatement décrétée d’accusation et incarcérée. Art. 2. Un jury d’accusation sera institué dans les vingt-quatre heures pour connaître des crimes qui lui sont déférés. Art. 3. Le jury statuera dans les quarante-huit heures. Art. 4. Tous les accusés retenus par le verdict du jury d’accusation seront les otages du peuple de Paris. Art. 5. Toute exécution d’un prisonnier de guerre ou d’un partisan du gouvernement régulier de la Commune de Paris sera, sur-le-champ, suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus en vertu de l’article 4, et qui seront désignés par le sort. Art. 6. Tout prisonnier de guerre sera traduit devant le jury d’accusation, qui décidera s’il sera immédiatement remis en liberté ou retenu comme otage. _________________________________________________ ARRÊTÉ – MINISTÈRE DE LA GUERRE (p 450) Nomination des chefs des bataillons de marche, suppression du service des secteurs Considérant qu’il importe que les bataillons de marche aient à leur tête des chefs qui les dirigent effectivement : Considérant que dans les événements récents, un certain nombre de chefs ont fait défaut ; Vu le décret du 4 avril du délégué à la guerre, Le Comité central ARRÊTE : Dans chaque bataillon, un commandant sera nommé par les quatre compagnies de guerre, et les conduira. Les compagnies sédentaires resteront sous son contrôle, et seront administrées, en son absence, par un capitaine commandant hors cadres. Tous les titulaires devront se présenter en dernier délai, samedi 8, aux bureaux du Comité central, au ministère de la guerre, avec leurs titres de nomination. A la date du dimanche 9 avril, le service des secteurs est supprimé. Par délégation : G. Arnold, C. Gaudier, Prudhomme, L. Boursier, J. Grolard Vu Approuvé le Délégué à la Guerre, Cluseret _________________________________________________ DÉCLARATION – COMMISSION DES SUBSISTANCES (p453) Interdiction de réquisition des subsistances dans les stocks sans bon de la commission des subsistances, Ministère du commerce A partir de ce jour, défense est faite de réquisitionner dans les stocks de la Commune sans un bon de la commission des subsistances, siégeant au ministère du commerce. Le 5 avril 1871 _________________________________________________ DÉCLARATION - COMMISSION EXÉCUTIVE (p 454) Obligation de déclaration des armes et munitions Toute personne qui possédera ou connaîtra des dépôts d’armes, munitions, poudres ou engins de guerre, est tenue d’en faire la déclaration dans le plus bref délai au ministère de la guerre. La commission exécutive : F. Cournet, Delescluze, Félix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant, Vermorel. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE L’INTÉRIEUR ET DE LA SÛRETÉ GÉNÉRALE (p 464) Conservation et protection des collections de la Bibliothèque Nationale Nous donnons ci-après les termes de l’engagement que le citoyen Vincent, délégué par la Commune à la Bibliothèque nationale, a fait prendre aux employés de cet établissement. C’est par des actes de cette nature que les hommes de la Commune prouvent qu’ils entendent conserver soigneusement aux générations futures tout ce qui se rapporte à la gloire et à la science du passé : Paris, le 1er avril 1871. Pour le comité de l’intérieur et de la sûreté générale : Les délégués, F. Cournet, Emile Oudet, Th. Ferré. Il a été convenu et arrêté ce qui suit : 1° Avec le concours de M. Jules Vincent, délégué à cet effet, les fonctionnaires et employés de la Bibliothèque nationale prendront toutes les mesures propres à sauvegarder l’intégrité et la conservation des collections qui leur sont confiées, sans qu’il soit porté d’ailleurs aucune atteinte aux règlements actuels de l’établissement. 2° Fidèles à leur devoir professionnel, les fonctionnaires et employés de la Bibliothèque continueront de se renfermer dans les strictes limites de leur rôle de gardiens des collections qui constituent les quatre départements et qui appartien- nent à la Nation. Jules Vincent ; J. Ravenel, conservateur du département des imprimés ; O.-S. Barbris, conservateur adjoint au département des imprimés ; E.-J.-B. Rathery, conservateur adjoint au dépar- tement des imprimés ; H. Baudement, biblio- thécaire au département des manuscrits ; Chabouillet, conservateur, sous-directeur du département des médailles et antiques; H. Lavoix, conservateur, sous-directeur adjoint du département des médailles et antiques ; H. Delaborde, conservateur du département des estampes ; Dauban, conservateur, sous-directeur adjoint du dépar- tement des estampes ; Georges Duplessis, bibliothécaire ; J. Guérin, Bibliothécaire. _________________________________________________ PROPOSITION - COMITÉ CONSULTATIF D’HYGIÈNE PUBLIQUE (p 471) Construction de tumulus pour enterrer les cadavres des victimes des environs de la capitale Le comité consultatif d’hygiène publique, composé de MM. Bussy, Fauvel, Michel Lévy, Bouley, Reynaud et Amédée Latour, a été chargé de présenter un rapport sur les travaux que nécessité, dans l’intérêt de la santé publique, l’état déplorable où ont été laissés les corps de tant de victimes dans les environs de la capitale. Voici la mesure proposée par le Comité à l’égard des tumulus : 1° Elévation d’un tumulus en terre de 40 à 50 centimètres de hauteur sur les fosses ou les tranchées renfermant un plus ou moins grand nombre de cadavres, et ensemencé de plantes à végétation rapide et avides d’azote. 2° Exhumation rapide des cadavres isolés, désinfectés et placés dans une fosse creusée parallèlement et le plus près possible de la fosse ancienne, et couchés sur un lit de chaux vive. 3° Culture et plantation des terrains dans la zone la plus rapprochée des sépultures. _________________________________________________ APPEL (p472) Appel à la réforme de l'enseignement Appel aux instituteurs, institutrices et professeurs, ainsi qu’aux parents. Réunion à l’école Turgot, tous les dimanches et jeudis, à trois heures très précises. Études et résolutions pratiques sur les réformes à réaliser dans les programmes, méthodes et lois d’enseignement. _________________________________________________ APPEL - FÉDÉRATION DES ARTISTES, COURBET (p472) Les artistes doivent concourir à la reconstitution de l'état moral de Paris et au rétablissement des arts, à la réouverture des musées, à l'organisation d'une exposition. M. Gustave Courbet, président des artistes, autorisé par la commune, a invité ses confrères à se réunir vendredi prochain, dans le monument de l’Ecole de médecine, à deux heures de l’après-midi. Il vient de leur adresser l’appel suivant, que nous nous faisons un devoir de publier : […] Aujourd’hui, Paris est libre et s’appartient, et la province est en servage. Quand la France fédérée pourra comprendre Paris, l’Europe sera sauvée. Aujourd’hui, j’en appelle aux artistes, j’en appelle à leur intelligence, à leur sentiment, à leur reconnaissance, Paris les a nourris comme une mère et leur a donné leur génie. Les artistes, à cette heure, doivent, par tous leurs efforts (c’est une dette d’honneur), concourir à la reconstitution de son état moral et au rétablissement des arts, qui sont sa fortune. Par conséquent, il est de toute urgence de rouvrir les musées et de songer sérieusement à une exposition prochaine ; que chacun, dès à présent se mette à l’œuvre, et les artistes des nations amies répondront à notre appel. […] Aujourd’hui, je le répète, que chacun se mette à l’œuvre avec désintéressement : c’est le devoir que nous avons tous vis-à-vis de nos frères soldats, ces héros qui meurent pour nous. Le bon droit est avec eux. Les criminels ont réservé leur courage pour la sainte cause. Oui, chacun se livrant à son génie sans entrave, Paris doublera son importance, et la ville internationale européenne pour offrir aux arts, à l’industrie, au commerce, aux transactions de toutes sortes, aux visiteurs de tous pays, un ordre impérissable, l’ordre par ses citoyens, qui ne pourra pas être interrompu par les ambitions monstrueuses de prétendants monstrueux. Notre ère va commencer ; coïncidence curieuse ! c’est dimanche prochain le jour de Pâques ; est-ce ce jour-là que notre résurrection aura lieu ? Adieu le vieux monde et sa diplomatie ! Gustave Courbet Vendredi 7 avril 1871 ARRÊTÉ – MINISTÈRE DES FINANCES (p 482) Modalités de la solde de la garde nationale – Hommes 1,50 frs, femmes 75 centimes (extrait de 7 articles, voir p482) 1° Les officiers-payeurs élus dans chaque bataillon, afin d’établir régulièrement leur situation, devront présenter dans le plus bref délai le procès-verbal de leur élection, visé par le chef de bataillon et par le chef de légion, ou, à défaut de ce dernier, par le délégué communal à la mairie de l’arrondissement. 2° Des imprimés spéciaux seront remis aux officiers-payeurs, dans les bureaux de la délégation des finances, pour établir l’état nominatif des gardes nationaux de chaque compagnie recevant l’indemnité de 1 fr. 50, à la date du 2 avril, avec le nom des femmes touchant le subside de 75 centimes. […] Les délégués aux finances, membres de la Commune de Paris, Fr. Jourde, E. Varlin. _________________________________________________ DÉCLARATION - COMMUNE DE PARIS (p 483) Dissolution des sous-comités d’arrondissements en raison d'ordres contradictoires La Commune de Paris, sur la proposition du délégué au ministère de la guerre ; Considérant que dans la crise présente l’unité de commandement militaire est une nécessité de salut public, que cette unité est tous les jours compromise par des ordres émanant des sous-comités d’arrondissements, Les sous-comités d’arrondissements sont dissous. Paris, le 6 avril 1871. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 483) Désarmement des gardes nationaux réfractaires, privation de leur solde et de leurs droits civiques La Commune de Paris, Considérant que les gardes nationaux ont reçu l’arme et reçoivent la solde pour défendre la République ; Considérant que plusieurs manquent à leur service, tout en touchant leur paye, et gardent leur fusil inutile ainsi dans leurs mains, DÉCRÈTE : Article 1er. Tout garde national réfractaire sera désarmé. Art. 2. Tout garde désarmé pour refus de service sera privé de sa solde. Art. 3. En cas de refus de service pour le combat, le garde réfractaire sera privé de ses droits civiques, par décision du conseil de discipline. Paris, le 6 avril 1871. _________________________________________________ APPEL - ENRÔLEMENT DES MARINS ET ANCIENS MILITAIRES (p487) Appel est fait à tous les marins dévoués à la Commune et à la République. Les anciens militaires sont invités à se présenter pour faire partie du même corps. La solde de 1 fr. 50 et les vivres leur seront alloués aussitôt l’enrôlement. Les bureaux sont ouverts à la mairie du Xe arrondissement, rue du Faubourg- Saint-Martin, de huit heures du matin à huit heures du soir. Paris, le 6 avril 1871. Les délégués chargés de Pouvoirs, Bloc, Paul Joseph. _________________________________________________ DEMANDE – OFFICIERS ET DÉLÉGUÉS DE BATAILLONS (p490) Suppression de journaux réactionnaires Aux membres de la Commune de Paris. Au nom des bataillons occupant les forts de Vanves et d’Issy, depuis la guerre fratricide, nous protestons contre les infamies des journaux réactionnaires, annonçant dans Paris la reddition de ces deux forts, et demandons, au nom de la justice, la suppression de ces journaux. Le 6 avril 1871, les officiers et les délégués des bataillons (Suivent les signatures _________________________________________________ MISE EN APPLICATION DU DÉCRET DE LA COMMUNE SUR LES LOYERS (p 500) Déménagements abusifs de locataires aisés Depuis dimanche, un grand nombre de locataires ont mis à exécution le décret de la Commune sur les loyers, en déménageant sans payer. Quand, par hasard, quelque concierge récalcitrant tentait de s’opposer à cette façon jusqu’ici méconnue de lui, de prendre congé de son propriétaire, un détachement de gardes nationaux aussitôt requis ne tardait pas à lui rappeler et à lui expliquer le texte du décret en question. Ce ne sont pas seulement des petits ménages qui ont profité de la décision de la Commune, mais bien aussi des locataires de grands appartements. On nous cite un habitant de la rue Tronchet qui ne devait pas moins de 10 000 francs à son propriétaire et qui, dimanche, a liquidé la situation de la façon que nous venons d’indiquer.

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 12

    Jeudi 11 mai 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 12 Next Next Jeudi 11 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1651) Thiers déclarant que son armée ne bombarde pas Paris ; des femmes et des enfants étant victimes des projectiles fratricides de Versailles ; qu'il appelle à la trahison pour pénétrer dans la place : saisie des biens de Thiers par l’administration des domaines. et destruction de sa maison. Paris, le 10 mai 1871. Le Comité de salut public, Vu l’affiche du sieur Thiers, se disant chef du pouvoir de la République française ; Considérant que cette affiche, imprimée à Versailles, a été apposée sur les murs de Paris par les ordres de M. Thiers ; Que, dans ce document, il déclare que son armée ne bombarde pas Paris, tandis que chaque jour des femmes et des enfants sont victimes des projectiles fratricides de Versailles ; Qu’il y est fait appel à la trahison pour pénétrer dans la place, sentant l’impossibilité absolue de vaincre par les armes l’héroïque population de Paris, ARRETE : Art. 1er. Les biens meubles des propriétés de Thiers seront saisis par les soins de l’administration des domaines. Art. 2. La maison de Thiers, située place Georges, sera rasée. Art. 3. Les citoyens Fontaine, délégué aux domaines, et J. Andrieu, délégué aux services publics, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution IMMÉDIATE du présent arrêté. Les membres du Comité de salut public. Ant. Arnaud, Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. ______________________________________________________ PROCLAMATION - COMMUNE DE PARIS (p 1651) Renvoi de Rossel devant la cour martiale - Nomination de Delescluze aux fonctions de Délégué à la guerre. Dans la séance de ce jour, la Commune a décidé : 1° Le renvoi devant la cour martiale du citoyen Rossel, ex-délégué à la guerre ; 2° La nomination du citoyen Delescluze aux fonctions de délégué à la guerre. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU XIe ARRONDISSEMENT (p 1659) 1- Arrestation des femmes de mœurs suspectes et des ivrognes Mairie du XIe arrondissement. Les membres de la Commune délégués au XIe arrondissement considérant : Que les principes de la Commune sont établis sur la moralité et le respect de chacun ; Que les femmes de mauvaise vie et les ivrognes sont chaque jour un spectacle scandaleux pour les mœurs publiques ; Qu’il y a urgence à ce que de pareils désordres soient promptement réprimés, ARRÊTENT : Article unique. Les commissaires de police et les gardes nationaux du XIe arrondissement devront arrêter et mettre en détention toutes les femmes de mœurs suspectes exerçant leur honteux métier sur la voie publique, ainsi que les ivrognes qui, dans leur passion funeste, oublient et le respect d’eux-mêmes, et leur devoir de citoyens. Vu l’arrêté du délégué au ministère de la guerre, en date du 26 avril dernier, instituant dans chaque arrondissement un bureau militaire composé de sept membres et chargé de la réquisition des armes, de la recherches des réfractaires et de leur enrôlement dans les compagnies de marches ou sédentaires. 2- Nominations de membres du bureau militaire de la XIe légion de la Garde nationale Les membres de la Commune élus du XIe arrondissement, ARRÊTENT : Les citoyens Capellare, H. Collin, Favre, E. Picard, J. Baux, Feld Meyer et Dudoit sont nommés membres du bureau militaire de la XIe légion de la garde nationale. Les membres de la Commune, Eudes, Mortier, Verdure, Avrial, Delescluze Paris, 10 mai 1871 Vendredi 12 mai 1871 ARRÊTÉ - MAIRIE DU XIe ARRONDISSEMENT (p 1674) Nomination d'un juge de paix Le Comité de salut public, ARRÊTE : Le citoyen Bachelet (Pierre-Auguste-Etienne), ancien avoué de la République, proscrit de décembre 1851, est nommé juge de paix du IVe arrondissement de la Commune de Paris. Fait à Paris, le 11 mai 1871. Le Comité de salut public Pour ampliation : Le membre de la commune délégué à la justice, Eugène Protot. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU XIe ARRONDISSEMENT (p 1675) Nomination d'un juge de paix Le Comité de salut public ARRÊTE : Le citoyen Vernet (François) est nommé juge de paix du XVIIe ar- rondissement de la Commune de Paris. Fait à Paris, le 11 mai 1871. Le Comité de salut public Pour ampliation : Le membre de la commune délégué à la justice, Eugène Protot. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU XIe ARRONDISSEMENT (p 1675) Nomination de commissaires-priseurs Le Comité de salut public, ARRÊTE Sont nommés commissaires-priseurs de la Commune de Paris les citoyens dont les noms suivent : 1° Gibot (Firmin-Léonard.) 2° Aubert (Paul.) Fait à Paris, le 11 mai 1871. Le Comité de salut public, Pour ampliation : Le membre de la commune délégué à la justice, Eugène Protot. ______________________________________________________ ARRÊTÉ du 11 MAI (extrait, voir p 1675) Nomination de 6 chirurgiens-major, 8 médecins-major, 12 aides-major Par arrêtés en date du 11 mai 1871, ont été nommés : Le docteur Alliez, chirurgien-major du 227e bataillon. Le docteur Laurent (Nicolas), chirurgien-major du 93e bataillon. Le docteur Leblond, chirurgien-major du 107e bataillon. […] ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA SÛRETÉ GÉNÉRALE (p 1677) Suppression de journaux Le membre de la Commune délégué à la sûreté générale. ARRÊTE : Art. 1er. Le Moniteur universel, l’Observateur, l’Univers, le Spectateur, l’Etoile et l’Anonyme sont supprimés. Art. 2. Notification du présent arrêté sera faite à chacun des susdits journaux et à leurs imprimeurs, responsables de toutes publications ultérieures, par les soins du citoyen Le Moussu, commissaire aux délégations, chargé de l’exécution du présent arrêté. Paris, le 11 mai 1871. Le membre de la Commune délégué à la sûreté générale. F. Cournet. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU IIIe ARRONDISSEMENT (p 1683) Création d'un bureau de l’assistance communale en remplacement du bureau de bienfaisance : fourneaux, pharmacie, secours en nature ou en argent, service médical. Assistance communale. Les membres de la Commune du IIIe arrondissement. ARRÊTENT : Art. 1er. Le bureau de bienfaisance sis à la mairie prend, à partir de ce jour, le nom de bureau de l’assistance communale. Art. 2. Les maisons de secours tenues par les sœurs de charité rue du Vertbois et rue de Béarn sont supprimés ; leurs services sont remplacés : 1° Par les dix fourneaux municipaux ; 2° Par la pharmacie communale établie rue du Vertbois, n° 40, Art. 3. Les personnes qui recevaient des secours en nature ou en argent continueront à les recevoir, après qu’une nouvelle enquête aura été faite par des délégués nommés à cet effet. Art. 4. Un employé se tiendra, comme par le passé, à la disposition du public pour le service médical. Art. 5. Les personnes qui étaient inscrites au bureau de bienfaisance se présenteront à la mairie, au même local, ainsi qu’il suit : Celles dont le nom commence par la lettre de A à K, le vendredi 12 mai, de neuf heures à quatre heures ; Celles dont le nom commence par la lettre de L à Z, le samedi 13, de neuf heures à quatre heures. Paris, le 11 mai 1871. Les membres de la Commune, Ant. Arnaud, Demay, Clovis Dupont, Pindy Samedi 13 mai 1871 ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p 1699) Révision des marchés conclus par la Commission du travail et de l’échange – Marchés directement adjugés aux corporations – Prix minimum du travail accordé aux ouvrier.e.s La Commune de Paris Paris, le 12 mai. DÉCRÈTE : Art. 1er. La Commission du travail et de l’échange est autorisée à réviser les marchés conclus jusqu’à ce jour par la Commune. Art. 2. La commission du travail et d’échange demande que les marchés soient directement adjugés aux corporations, et que la préférence leur sont toujours accordée. Art. 3. Les conditions des cahiers de charges et les prix de soumission seront fixés par l’intendance, la chambre syndicale de la corporation et une délégation de la commission du travail et d’échange, le délégué et la commission des finances entendus. Art. 4. Les cahiers de charges, pour toutes les fournitures à faire à l’administration communale, porteront dans les soumissions desdites fournitures les prix minimum du travail à la journée ou à la façon, à accorder aux ouvriers ou ouvrières chargés de ce travail. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p 1699) Organisation d’une chambre du tribunal civil de la Commune de Paris statuant sur les affaires urgentes - Abolition de la procédure ordinaire, affaires instruites en matière sommaire - Les parties pourront se défendre elles-mêmes. La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Art. 1. Il sera procédé par les soins du délégué à la justice à l’organisation d’une chambre du tribunal civil de la Commune de Paris. Cette chambre statuera sur les affaires urgentes. Art. 2. La procédure dite ordinaire est abolie. Toutes les affaires seront instruites comme en matière sommaire. A défaut d’avoués, les huissiers occuperont pour les parties Art. 3. Les parties pourront se défendre elles-mêmes. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p 1700) Attribution d'une pension alimentaire pour les femmes plaidant séparation. La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Article unique. En matière de séparation de corps, le président pourra allouer à la femme demandant la séparation une pension alimentaire, qui lui sera servie jusqu’à ce qu’il en ait été autrement décidé par le tribunal. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1700) Nomination de Vésinier Rédacteur en chef au Journal officiel. Le Comité de salut public ARRÊTE Le citoyen Vésinier est nommé délégué au Journal officiel pour les fonctions de rédacteur en chef. Le Comité de salut public Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice. Eugene Protot. Paris, le 12 mai 1871. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1701) Nomination de juges à la cour martiale Le comité de salut public ARRÊTE : Sont nommés juges à la cour martiale les citoyens : Colonel E. Gois, président ; Colonel J. Collet, juge ; Colonel Ledrux, juge ; Lieutenant-colonel Razoua, juge ; Commandant Ed. Levraud, juge ; Commandant Lefèvre-Roncier, juge suppléant ; Commandant Michevont, juge suppléant ; Lieutenant H. Arnold, juge suppléant ; Commandant A. Goullé, juge rapporteur. Le Comité de salut public, Ant. Arnaud, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. A l’hôtel de ville, le 12 mai 1871. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 1702) Revue d'effectif des artilleurs : nombre de soldes perçues considérable, nombre d'artilleurs actifs extrêmement restreint – Artilleurs absent de la revue privés de la solde et des vivres - Artilleurs actuellement au feu exempts de cette revue. Le délégué civil à la guerre, Considérant que le nombre des artilleurs qui perçoivent la solde est considérable ; Que le nombre de ceux qui servent les pièces contre l’ennemi est extrêmement restreint ; Qu’il importe que la délégation de la guerre ait à sa disposition immédiate toutes les batteries constituées. ARRÊTE : Art. 1er. Une revue d’effectif sera passée le samedi 13 mai 1871, à quatre heures précises, dans la grande cour de l’Ecole militaire, où les batteries recevront les ordres du directeur général de l’artillerie. Tous les artilleurs manquants à cette revue seront privés de la solde et des vivres. Art. 2. Sont exempts de cette revue les artilleurs actuellement au feu. Art. 3. Les états de solde ne seront plus payés au trésor que pourvus de la signature du colonel Henry, chef du mouvement, et appuyé par le citoyen Martin, chef du personnel. Le délégué civil à la guerre, Delescluze ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1703) Dissolution d'escadrons de la cavalerie de la Garde nationale et réorganisation. Le délégué civil à la guerre, Considérant qu’il importe que l’organisation de la cavalerie de la garde nationale soit exécutée avec ensemble et unité, ARRÊTE : Art. 1er. Les 2e, 5e et 6e escadrons sont dissous. Art. 2 Le lieutenant-colonel Malroux est chargé de la réorganisation. Le délégué civil à la guerre, Delescluze. ______________________________________________________ PROCLAMATION - DÉLÉGUÉ AUX RELATIONS EXTÉRIEURES (p 1704) Protestation de la Société internationale des secours aux blessés auprès du gouvernement de Versailles contre les atroces violations de la convention de Genève. Commune déclare qu’elle adhère à la convention de Genève, dont elle s’honore de n’avoir, en aucune circonstance, violé un seul article. La Société internationale des secours aux blessés ayant protesté auprès du gouvernement de Versailles contre les atroces violations de la convention de Genève, dont les troupes monarchiques se rendent journellement coupable, Thiers a fait cette réponse affreuse : « La Commune n’ayant pas adhéré à la convention de Genève, le gouvernement de Versailles n’a pas à l’observer. » La Commune a fait mieux jusqu’ici que d’adhérer à la convention de Genève. Elle a scrupuleusement respecté toutes les lois de l’humanité, en présence des actes les plus sauvages, des plus sanglants défis à la civilisation et au droit moderne, de nos blessés achevés sur le champ de bataille, de nos hôpitaux bombardés, de nos ambulances criblées de balles, de nos médecins et de nos infirmières même égorgées dans l’exercice de leur ministère. Mais pour qu’il ne reste pas même l’ombre d’un prétexte aux assassins de Versailles, la commune déclare officiellement qu’elle adhère à la convention de Genève, dont elle s’honore de n’avoir, en aucune circonstance, violé un seul article. Le délégué aux relations extérieures, Paschal Grousset. ______________________________________________________ PROCLAMATION - DÉLÉGUÉ À L’ENSEIGNEMENT (p 1710) Ouverture d'une école professionnelle d’art industriel pour jeunes filles - Dessin, modelage, sculpture sur bois, sur ivoire, applications de l’art du dessin à l’industrie , instruction scientifique et littéraire. L’école de dessin de la rue Dupuytren sera immédiatement réouverte comme école professionnelle d’art industriel pour jeunes filles. On y enseignera le dessin, le modelage, la sculpture sur bois, sur ivoire, et en général, les applications de l’art du dessin à l’industrie. Des cours destinés à compléter l’instruction scientifique et littéraire des élèves seront tenus concurremment avec ces cours pratiques. Les élèves désireuses de suivre les cours de cette école devront s’y faire inscrire le plus tôt possible. La citoyenne Parpalet, professeur de modelage, est nommée directrice de cette école. Le membre de la Commune délégué à l’enseignement, Édouard Vaillant. ______________________________________________________ PROCLAMATION - INSPECTEUR DES BIBLIOTHÈQUES COMMUNALES (p 1710) Suppression du prêt des livres dans les bibliothèques publiques après pillage des livres par les privilégiés pour leurs bibliothèques personnelles. Sous l’empire, les bibliothèques publiques avaient été mises au pillage, comme tout le reste? Les privilégiés se taillaient leur bibliothèque dans les bibliothèques nationales, en empruntant des livres qu’ils rendaient rarement, et en privant ainsi les travailleurs des ouvrages les plus nécessaires et les plus précieux. En conséquence, le prêt des livres est absolument supprimé pour toutes les bibliothèques. Tous ceux qui ont emprunté et gardé des livres chez eux sont tenus de les rendre, sous huit jours, aux diverses bibliothèques. L’inspecteur des bibliothèques communales, Benjamin Gastineau. ______________________________________________________ PROCLAMATION - QUESTEUR DE LA COMMUNE (p 1730) Démolition de la maison de Thiers place Georges. « Aux citoyens membres de la Commune. « Le citoyen Fontaine, directeur des domaines, prévient la Commune que conformément au décret du Comité de salut public, il fait procéder aujourd’hui à la démolition de la maison du sieur Thiers, située place Georges. « Il demande à la Commune d’envoyer une délégation pour assister à cette opération, qui aura lieu à quatre heures de l’après-midi. « Salut et fraternité. Le questeur de la Commune, Léo Meillet Dimanche 14 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1745) Nominations de Ferré, Délégué à la Sûreté générale, de Martin et Clément membres du comité de sûreté générale. Le Comité de salut public ARRÊTE : Le citoyen Ferré est délégué à la sûreté générale en remplacement du citoyen Cournet. Les citoyens Martin et Emile Clément sont nommés membres du comité de sûreté générale, en remplacement des citoyens Th. Ferré et Vermorel. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1745) Nomination d'un greffier de la justice de paix Le Comité de salut public. ARRÊTE : Le citoyen Darras (Charles-François-Octavie) est nommé greffier de la justice de paix du IVe arrondissement de la Commune de Paris. Paris, le 13 mai 1871. Le Comité de salut public. Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice. Eugène Protot. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1746) Nomination d'un greffier de la justice de paix Le comité de salut public ARRÊTE Le citoyen Grimoux (Isidore-Constant) est nommé greffier de la justice de paix du IIe arrondissement en remplacement du citoyen Loubry (César-René) appelé à d’autres fonctions. Fait à Paris, le 10 mai 1871. Le Comité de salut public. Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice. Eugène Protot. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 1746) Nomination d'un greffier de la justice de paix Le délégué civil à la guerre, Après avis préalable de la municipalité du VIIe arrondissement, ARRÊTE : Sont nommés à l’état-major de la 8e légion : 1° Chef d’état-major, Auguste Petit : 2° Major de place, Lacour ; 3° Capitaine d’armement et de recrutement, Schmidt ; 4° Capitaine de place, Camidad ; 5° Adjudant de place, Delaunay ; 6° Adjudant de place, Josson ; 7° Adjudant de place, Magny ; 8° Adjudant de place, Guelton. Le délégué civil à la guerre, Delescluze. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ DE LA COMMUNE À L’ENSEIGNEMENT (p 1747) Nomination d'un greffier de la justice de paix Sur proposition de la Fédération des artistes, le délégué de la Commune à l’enseignement ; ARRÊTE : Le musée du Luxembourg sera ouvert au public à partir du 15 mai 1871. La commission de la fédération des artistes est chargée de l’exécution du présent arrêté. Le délégué de la Commune à l’enseignement, Edouard Vaillant ______________________________________________________ PROCLAMATION - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1747) Création de commissariats centraux de police dans chaque mairie – Requête de suggestions par les mairies pour les fonctions de commissaires. Il est créé dans chaque mairie un commissariat central de police. Les municipalités sont invitées à proposer immédiatement au délégué à la sûreté générale les citoyens de leur arrondissement qui, à leur connaissance, seraient aptes à remplir les fonctions de commissaire de police central. Un des délégués municipaux sera chargé de faire une instruction sommaire sur les affaires purement civiles, et de maintenir en état d’arrestation ou de relaxer les prévenus. Le commissariat central devra, chaque jour, faire un rapport au délégué à la sûreté générale. Le membre du Comité de salut public. A. Billioray. ______________________________________________________ PROCLAMATION - MAIRIE DU Ve ARRONDISSEMENT (p 1756) Création de magasins de denrées à prix à des prix accessibles aux travailleurs dans chaque quartier - Délégation de la guerre en mesure de fournir considérablement de travail de femmes. Mairie du Ve arrondissement Les membres de la Commune délégués à la mairie. Dans le but de venir en aide aux familles qui souffrent de la situation actuelle, et pour faciliter l’achat des subsistances en maintenant les denrées à des prix accessibles aux travailleurs, ont pris les dispositions suivantes : 1° L’administration crée, dans chaque quartier, un magasin de denrées à prix réduit. L’un de ces magasins fonctionne déjà avec succès, rue des Fossés-Saint-Marcel, 7. Les autres seront prochainement ouverts. 2° Des ventes de pommes de terre ont lieu depuis le 10 courant au prix de 35 centimes le boisseau (double décalitre), rue du Pot-de-Fer, 24. 3° La municipalité, en outre, a mission d’informer la population du Ve arrondissement que la délégation de la guerre est en mesure de fournir immédiatement considérablement de travail de femmes. On peut se présenter, dès ce jour, au Corps législatif. Rien de ce qui peut intéresser la brave et patriotique population du Ve arrondissement ne restera indifférent aux administrateurs qu’elle s’est donnés. Les membres de la municipalité, Aconin, Murat, Allemagne. Les Membres De La Commune, D. Th. Régère, Ch. Ledroit. ______________________________________________________ PROCLAMATION - MAIRIE DU IXe ARRONDISSEMENT (p 1758) Inscriptions dans les bataillons de guerre de la Garde nationale des citoyens âgés de 19 à 40 ans - En l'absence, poursuites comme réfractaires. MAIRIE DU IXe ARRONDISSEMENT. Les citoyens âgés de 19 à 40 ans, qui ne font pas encore partie des bataillons de guerre de la garde nationale, sont invités à passer immédiatement à la mairie, pour se faire inscrire. Ceux qui ne se seront pas présentés dans les vingt-quatre heures, seront arrêtés et poursuivis comme réfractaires, conformément aux lois militaires.

  • 2 - LA COMMUNE HABITE LE PRESENT

    On ne saurait attraper la Commune de manière plus contre-productive que par la nostalgie des reconstitutions ou bien les manifestations de regrets d’une occasion « ratée »1. Ce serait là dénier sa puissance d’efficience et d’actualité, au plus près des présents de nos rebellions contemporaines. Dire que le souvenir de la Commune revient « hanter le présent », serait accréditer sa nature spectrale, désincarnée, alors qu’elle s’incarne au contraire au présent dans nombres de nos pensées et de nos actions. Nous négligerons ces tentatives de discrédit historique et suivrons plutôt une voie de reconnaissance de la Commune, dans le triple sens que nous la reconnaissons et nous reconnaissons en elle en partageant nombre de ses valeurs et de ses actions, et que nous lui sommes éminemment reconnaissants d’avoir, en si peu de temps et dans des conditions si précaires, fondé les bases d’une société vivable pour tou.te.s. Comment habiter la Commune aujourd’hui ? Peut-être en lui fournissant un temps et un territoire en nous-mêmes, ici et maintenant, un chronotope portatif et ambulant2. « Changer son monde, écrit Cédric Herrou, c’est se concentrer sur ce que l’on fait à sa propre échelle»3. Si la Commune nous occupe, nous occupons aussi bien la Commune en détournant le cours des choses, puisque nous sommes son continent au présent, à toutes sortes d’échelles, de un à des milliers d’individus, de un à des milliers de territoires. « L’histoire d’un ruisseau4, écrit Elisée Reclus, même de celui qui nait et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini ». Ceci est un encouragement à s’obstiner sur cette voie ubiquitaire, car la Commune aujourd’hui est le territoire mobile de ceux qui croient en elle. Nous sommes les véhicules de la Commune. A nous d’en convoyer, dans le présent, par nos dérives spatiales et temporelles, les actions. Les Mesures, projets et inventions de la Commune ouvriront le site aux propositions des visiteurs, sous toutes les formes possibles (textes, projets, dessins, films etc.) afin de participer à arrimer la Commune au présent : articuler des idées, nouvelles et anciennes (parfois les mêmes) à nos pratiques de résistance à cette Raison technicienne qui n’en finit pas de prouver son obstination et son incompétence... _____________________________________________________ 1 - Marx soulignait que l’« existence en acte » de la Commune constituait, à ses yeux, son plus grand projet social. Pour lui, c’était loin d’être une occasion « ratée »... 2 - Le chronotope, « temps » et « espace », est une notion philologique proposée par l’immense théoricien de la littérature Mikhaïl Bakhtine : les éléments de description spatiaux et temporels contenus dans un récit fictionnel ou non, le lieu et le moment sont réputés solidaires. 3 - https://www.mediapart.fr/journal/france/221120/cedric-herrou-changer-son-monde-c-est-se-concentrer-sur-ce-que-l-fait-sa-propre-echelle?onglet=full 4 - « Histoire d’un ruisseau », https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64040d.image 2 - LA COMMUNE HABITE LE PRESENT Texte précédent Texte suivant On ne saurait attraper la Commune de manière plus contre-productive que par la nostalgie des reconstitutions ou bien les manifestations de regrets d’une occasion « ratée »1. Ce serait là dénier sa puissance d’efficience et d’actualité, au plus près des présents de nos rebellions contemporaines. Dire que le souvenir de la Commune revient « hanter le présent », serait accréditer sa nature spectrale, désincarnée, alors qu’elle s’incarne au contraire au présent dans nombres de nos pensées et de nos actions. Nous négligerons ces tentatives de discrédit historique et suivrons plutôt une voie de reconnaissance de la Commune, dans le triple sens que nous la reconnaissons et nous reconnaissons en elle en partageant nombre de ses valeurs et de ses actions, et que nous lui sommes éminemment reconnaissants d’avoir, en si peu de temps et dans des conditions si précaires, fondé les bases d’une société vivable pour tou.te.s. Comment habiter la Commune aujourd’hui ? Peut-être en lui fournissant un temps et un territoire en nous-mêmes, ici et maintenant, un chronotope portatif et ambulant2. « Changer son monde, écrit Cédric Herrou, c’est se concentrer sur ce que l’on fait à sa propre échelle»3. Si la Commune nous occupe, nous occupons aussi bien la Commune en détournant le cours des choses, puisque nous sommes son continent au présent, à toutes sortes d’échelles, de un à des milliers d’individus, de un à des milliers de territoires. « L’histoire d’un ruisseau4, écrit Elisée Reclus, même de celui qui nait et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini ». Ceci est un encouragement à s’obstiner sur cette voie ubiquitaire, car la Commune aujourd’hui est le territoire mobile de ceux qui croient en elle. Nous sommes les véhicules de la Commune. A nous d’en convoyer, dans le présent, par nos dérives spatiales et temporelles, les actions. Les Mesures, projets et inventions de la Commune ouvriront le site aux propositions des visiteurs, sous toutes les formes possibles (textes, projets, dessins, films etc.) afin de participer à arrimer la Commune au présent : articuler des idées, nouvelles et anciennes (parfois les mêmes) à nos pratiques de résistance à cette Raison technicienne qui n’en finit pas de prouver son obstination et son incompétence... _____________________________________________________ 1 - Marx soulignait que l’« existence en acte » de la Commune constituait, à ses yeux, son plus grand projet social. Pour lui, c’était loin d’être une occasion « ratée »... 2 - Le chronotope, « temps » et « espace », est une notion philologique proposée par l’immense théoricien de la littérature Mikhaïl Bakhtine : les éléments de description spatiaux et temporels contenus dans un récit fictionnel ou non, le lieu et le moment sont réputés solidaires. 3 - https://www.mediapart.fr/journal/france/221120/cedric-herrou-changer-son-monde-c-est-se-concentrer-sur-ce-que-l-fait-sa-propre-echelle?onglet=full 4 - « Histoire d’un ruisseau », https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64040d.image Texte précédent Texte suivant

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 7

    Vendredi 21 avril 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 7 Next Next Vendredi 21 avril 1871 ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 931) Création d'une compagnie d'aérostiers pour permettre l'échange de nouvelles, journaux, correspondances privées, entre Paris et les départements, supprimé par le gouvernement de Versailles, qui se réserve impunément la distribution des calomnies destinées à égarer l’opinion publique en province et à l’étranger. Paris, le 20 avril 1871. Que des dépenses importantes ont été faites par l’ex-gouvernement dit de la défense nationale pour les services aérostatiques postaux ; Que, par suite de la désertion de l’ex-gouvernement dit de la défense nationale, sur ce point des services publics, comme sur tous les autres, une quantité de ballons construits, représentant une dépense de plusieurs centaines de mille francs, payés des deniers de la nation, se trouvent actuellement disséminés en plusieurs endroits et exposés aux détournements ; Qu’il importe d’urgence de réunir sous le contrôle de la Commune, en des mains sûres, d’inventorier et de préserver ce matériel, auquel sont venus s’adjoindre les ballons expédiés en province pendant le siège de Paris ; Considérant que l’ex-gouvernement dit de la défense nationale qui, en fait, gouverne toujours à Versailles, a supprimé, dans une intention facile à comprendre, tout échange de nouvelles, journaux, correspondances privées, toutes communications intellectuelles entre Paris et les départements, comptant ainsi se réserver impunément la trop facile distribution des calomnies destinées à égarer l’opinion publique en province et à l’étranger ; Que la Commune de Paris a, tout au contraire, le plus grand intérêt à ce que la vérité soit, et à faire connaître à tous et ses actes et ses intentions ; Considérant enfin que, dans l’état de guerre offensive déclarée et poursuivie par le gouvernement de Versailles, il est important à la défensive d’utiliser les observations aérostatiques militaires, systématiquement et intentionnellement repoussées pendant la durée du siège de Paris, et alors, en effet, inutiles à ceux qui devaient livrer Paris ARRÊTE : 1° Une compagnie d’aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris est créée ; 2° Cette compagnie se compose provisoirement d’un capitaine, d’un lieutenant, d’un sous-lieutenant, d’un sergent, de deux chefs d’équipe et douze aéros- tiers ; 3° La solde du capitaine est de 300 fr., du lieutenant 250 fr., des équipiers 150 fr. par mois ; 4° La compagnie des aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris relève directement du commandement de la Commission exécutive ; 5° Le citoyen Claude-Jules Durnof est nommé capitaine des aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris. Le citoyen Jean-Pierre-Alfred Nadal est nommé lieutenant-magasinier général. Paris, le 20 avril 1871. La commission exécutive : Avrial, F. Cournet, Ch. Delescluze, Félix Pyat, G. Tridon, A. Vermorel, E. Vaillant. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 932) Suppression du travail de nuit des boulangers – Suppression des placeurs et création, pour les remplacer, d'un registre en mairie permettant l'inscription des boulangers - Registre central au ministère du commerce. Sur les justes demandes de toute la corporation des ouvriers boulangers, la commission exécutive ARRÊTE : Art. 1er. Le travail de nuit est supprimé. Art. 2. Les placeurs institués par l’ex-police impériale sont supprimés. Cette fonction est remplacée par un registre placé dans chaque mairie pour l’inscription des ouvriers boulangers. Un registre central sera établi au ministère du commerce. Paris, le 20 avril 1871. La Commission Exécutive : Cournet, A. Vermorel, G. Tridon, Delescluze, Félix Pyat, Avrial, E. Vaillant Samedi 22 avril 1871 PROCLAMATION - MAIRIE DU Xe ARRONDISSEMENT (p 963) Direction laïque de l'école communale de garçons du Faubourg-Saint-Martin, offrant toutes les garanties d’instruction et de moralité désirables - Lecture, écriture, grammaire, arithmétique, système métrique, géométrie, géographie, histoire de France, morale rationnelle, musique vocale, dessin artistique et industriel, morale rationnelle et droit politique. Mairie du Xe arrondissement Le public est prévenu que l’école communale de garçons située Faubourg- Saint-Martin, 157, vient d’être confiée à la direction d’instituteurs laïques, offrant toutes les garanties d’instruction et de moralité désirables. L’enseignement exclusivement rationnel, comprendra la lecture, l’écriture, la grammaire, l’arithmétique, le système métrique, les premiers éléments de la géométrie, la géographie, l’histoire de France, la morale rationnelle, la musique vocale et le dessin artistique et industriel. Tous les enfants de six à quinze ans, quelles que soient leur nationalité et la religion qu’ils professent, seront admis sur la présentation d’une carte délivrée par la mairie. Les élèves qui ont déjà fréquenté l’école n’ont pas besoin d’une nouvelle carte d’admission. Ouverture des classes, lundi 24 avril, à huit heures du matin. Cours public de morale rationnelle et de droit politique, tous les jeudis, à huit heures du soir, par le citoyen Ch. Poirson, licencié en droit, directeur de l’école. Le directeur recevra les parents d’élèves de neuf heures du matin à quatre heures du soir, le dimanche et le jeudi exceptés. Paris, le 22 avril 1871. Le président de la commission de la 10e légion. Leroudier Dimanche 23 avril 1871 ARRÊTÉ – COMMUNE DE PARIS (p 982) Gratuité des pièces justificatives pour les ayant droit de pensions. Paris, le 22 avril 1871. La Commune de Paris, Vu le décret du 10 avril 1871, portant création de pensions pour les veuves et orphelins des gardes nationaux mort ou blessés pour la Commune de Paris, ARRÊTE : Toutes pièces justificatives à produire pour les ayant droit seront délivrées gratuitement par qui il appartiendra, et exemptes de frais de timbre. Paris, le 22 avril 1871. __________________________________________________ PROCLAMATION - DIRECTION GÉNÉRALE DES AMBULANCES (p 988) Suppression des signes religieux dans les salles d'ambulance - Interdiction de l’entrée aux corporations religieuses, qui viennent démoraliser les blessés, faisant un crime de leur combat, sauf sur demande. Direction des ambulances. Chargé par le citoyen Cluseret de la direction générale des ambulances, je crois devoir expliquer certains actes de mon administration que la malveillance pourrait dénaturer. Considérant que la Commune a décrété la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et que, d’autre part, il importe de laisser toute liberté à chaque citoyen de vivre et de mourir selon sa croyance, s’il en a une, j’ai fait enlever des salles d’ambulances tout insigne religieux, de n’importe quel culte ; j’en ai interdit l’entrée aux membres de toutes les sectes ou corporations religieuses, tout en procurant immédiatement au blessé, qui en ferait la demande, la visite du ministre de sa religion, curé, pasteur, pope ou rabbin. J’ai surtout eu soin d’écarter des blessés ces visites fatigantes de gens qui, sous prétexte de religion, viennent démoraliser les blessés, et ajouter aux souffrances physiques des tortures morales, abusant de la dépression de toutes leurs facultés pour leur arracher une faiblesse, leur faisant un crime du grand combat soutenu au nom du droit et de la République universelle, au point de les faire presque rougir de leur glorieuses blessures. Paris, le 22 avril 1871. Dr Rousselle. __________________________________________________ PROCLAMATION (p 991) Mission des franc-maçons à Versailles : obtention d'un armistice pour l’évacuation des villages bombardés, demande d'une paix basée sur le programme de la Commune. Réunie hier, vendredi, la franc-maçonnerie parisienne a défini le mandat à donner à ses délégués, qui ont dû partir aujourd’hui pour Versailles. Ce mandat se divise en deux parties : 1° Obtenir un armistice pour l’évacuation des villages bombardés ; 2° Demander énergiquement la paix à Versailles, basée sur le programme de la Commune, le seul qui puisse amener la paix définitive. Ce mandat a été voté à l’unanimité. Il a été décidé ensuite qu’un appel serait fait à tous les francs-maçons de Paris, pour entendre le résultat de cette délégation, lundi, à deux heures, salle des Arts-et-Métiers, et prendre telle décision qu’il conviendra, suivant le résultat. Lundi 24 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 1027) Traitement fixe des huissiers, commissaires-priseurs et greffiers de tribunaux. Versement mensuel de leurs actes au délégué aux finances. Paris, le 23 avril 1871. La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Art. 1er. Les huissiers, commissaires-priseurs et greffiers de tribunaux quelconques qui seront nommés à Paris, à partir de ce jour, recevront un traitement fixe. Ils pourront être dispensés de fournir un cautionnement. Art. 2. Ils verseront tous les mois, entre les mains du délégué aux finances, les sommes par eux perçues pour les actes de leur compétence. Art. 3. Le délégué à la justice est chargé de l’exécution du présent décret. Paris, le 23 avril 1871. La commune. __________________________________________________ ARRÊTÉ - INSPECTION GÉNÉRALE DES AMBULANCES (p 1028) Obligation de coordination des directeurs d'ambulance avec l'inspection générale des ambulances Inspection générale des ambulances. Le membre de la Commune délégué à l’inspection générale des ambulances. Vu l’urgence d’organiser les fonctionnements immédiat du service qui lui est confié : ARRÊTE : 1° Tous les directeurs d’ambulances et autres établissements pouvant recevoir ou ayant déjà reçu des gardes nationaux blessés, sont invités à se mettre en rapport, dans un délai de vingt-quatre heures, avec l’inspection générale des ambulances, 3, avenue Victoria. 2° Tout refus d’obéissance au présent arrêté sera immédiatement déféré à la Commune, et pourra être suivi de destitution. Le membre de la commune délégué à l’inspection générale des ambulances, Dr Rastoul. Les bureaux sont ouverts de neuf à onze heures et de deux à quatre heures. __________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMISSION DE TRAVAIL ET D’ÉCHANGE (P 1029) Création du bureau de renseignement gérant l'offre et la demande d'emplois à usage des patrons et ouvriers boulangers. Ministère des travaux publics. Le délégué à la commission du travail et de l’échange. Vu l’arrêté de la Commission exécutive supprimant le travail de nuit des ouvriers boulangers, et instituant dans les vingt mairies un bureau de renseignement à l’usage des patrons et ouvriers ARRÊTE : 1° L’arrêté précité aura cour d’exécution à partir du jeudi 27 avril prochain. 2° Deux livres, portant les offres et demandes, seront ouverts dans chaque municipalité au bureau de renseignement déjà existant. Paris, le 23 avril 1871. Le délégué à la commission de travail et d’échange, Léo Frankel. __________________________________________________ PROCLAMATION (p 1031) Nomination de membres de la Commune pour visiter les gardes nationaux, enquêter sur l'état des détenus dans les prisons et s’informer de la cause de leurs détentions. Six membres de la Commune : les citoyens J. Vallès, Ch. Longuet, Pillot, Bergeret, Lonclas et Urbain, sont délégués pour visiter les gardes nationaux dans les forts, casernes, casemates et tous lieux de réunions. Trois membres de la Commune, les citoyens Miot, Gambon et Victor Clément, sont délégués pour visiter les prisons, faire une enquête sur l’état des détenus, s’informer de la cause de leur détention.

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