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  • 3b-Salle du Rossignol | Auluxecommunal

    SALLE DU GAI ROSSIGNOL Les morts sont des vivants mêlés à nos combats. Victor Hugo Le "gai rossignol" du "Temps des cerises" de Jean-Baptiste Clément, est pendu dans la pièce : nous sommes à la fin de la Semaine sanglante. Le visiteur perçoit une musique qui monte du sol. Le plancher s'effondre sous ses pieds. Il atterrit sur le parvis de la bibliothèque des Morts mal ensevelis de la Commune de Paris. La bibliothèque sera constituée de documents textuels et iconographiques sur les charniers des communard.es disséminés sous le sol de la capitale : carrières d'Amérique aux Buttes Chaumont, squares de la Tour St Jacques, du Temple et des Arts et Métiers, parc Monceau, Champ de Mars... Réalisé par IA LES CHARNIERS DE LA COMMUNE Pendant la Semaine sanglante (21-28 mai 1871), la répression de la Commune de Paris par l'armée versaillaise a entraîné la mort de milliers de Parisiens (les estimations historiques varient entre 10 000 et 20 000 morts, voire plus selon certains contemporains). Face à l'amoncellement des cadavres dans les rues et pour éviter une épidémie en ce début d'été, les autorités versaillaises ont dû improviser des charniers et des fosses communes un peu partout dans la capitale, souvent sur les lieux mêmes des exécutions sommaires. Voici la liste des principaux lieux parisiens qui ont servi de charniers à la suite de ces massacres : 1. Le cimetière du Père-Lachaise et l'Est parisien Le 20e arrondissement a été le théâtre des derniers et des plus farouches combats. Le pied du Mur des Fédérés : le 27 mai, 147 fédérés (combattants de la Commune) ont été fusillés contre le mur d'enceinte du cimetière et immédiatement jetés dans une fosse commune creusée à leurs pieds. Les tranchées du Père-Lachaise : d'autres tranchées ont été creusées à l'intérieur du cimetière pour y entasser des centaines de corps ramassés dans les quartiers voisins. Les Carrières d'Amérique (quartier de la Mouzaïa / Buttes-Chaumont) : de très nombreux cadavres ont été précipités dans les galeries de ces anciennes carrières de gypse du 19e arrondissement. 2. Le centre de Paris L'armée versaillaise a installé des cours martiales de fortune dans le centre, exécutant à la chaîne. Le square de la Tour Saint-Jacques : les prisonniers jugés au théâtre du Châtelet ou à la caserne Lobau toute proche y étaient fusillés. Le square est devenu un immense charnier à ciel ouvert, hâtivement recouvert de terre. Le square des Arts et Métiers : des fosses ont également été creusées dans ce square pour absorber les corps du 3e arrondissement. Le square du Temple : utilisé pour enterrer les victimes des combats du quartier de la République. 3. La Rive Gauche Le jardin du Luxembourg : une cour martiale siégeait au Palais du Luxembourg. Des centaines de communards ont été fusillés contre les balustrades et les terrasses du jardin, puis enterrés sur place, parfois dans des tranchées à peine profondes. Le Champ-de-Mars : l'École Militaire a été l'un des principaux lieux d'exécution. Le Champ-de-Mars a été utilisé comme terrain de manœuvre militaire mais surtout comme l'une des plus vastes fosses communes de la rive gauche. Le cimetière du Montparnasse : des fosses temporaires y ont accueilli les cadavres des combattants des 13e et 14e arrondissements (dont ceux tombés lors de la bataille de la Butte-aux-Cailles). 4. L'Ouest parisien et les Fortifications Le parc Monceau : ce parc chic du 8e arrondissement a lui aussi vu des exécutions sommaires et la création de fosses communes pour les insurgés capturés dans l'ouest de la ville. Les casemates des fortifications et la Place de l'Étoile : face au manque d'espace et de temps pour creuser, un nombre indéterminé de corps a été entassé dans les casemates des anciennes fortifications de Thiers. Pour s'en débarrasser plus vite, les corps y ont parfois été brûlés avec du goudron et du pétrole. Que sont devenus ces corps ? Ces sépultures improvisées au cœur de la ville présentaient un danger sanitaire majeur. Entre l'hiver 1871 et les années qui ont suivi, les autorités parisiennes ont procédé à de gigantesques exhumations nocturnes pour nettoyer les jardins publics. La grande majorité des restes a été transférée vers les cimetières extra-muros, notamment dans des fosses anonymes du cimetière parisien d'Ivry ou de Thiais.

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 13

    Lundi 15 mai 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 13 Next Next Lundi 15 mai 1871 DÉCRET - DÉLÉGUÉ À LA COMMISSION DU TRAVAIL ET D’ÉCHANGE (p 1781) Révision, par la Commission du travail et de l'échange, des marchés conclus par la Commune - Préférence faite aux corporations. Paris, le 14 mai. La Commune de Paris DÉCRÈTE : Art. 1er. La commission du travail et d’échange est autorisée à réviser les marchés conclus jusqu’à ce jour par la Commune. Art. 2. La commission du travail et d’échange demande que les marchés soient directement adjugés aux corporations et que la préférence leur soit toujours accordée. Art. 3. Les conditions des cahiers de charges et les prix de soumission seront fixés par l’intendance, la chambre syndicale de la corporation et une délégation de la commission du travail et d’échange, le délégué et la commission des finances entendus. Paris, le 13 mai 1871. Pour le délégué à la commission du travail et d’échange : Le secrétaire général, Bertin. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 1781) Réglementation de l'unité d’action entre les forces communales extérieures et intérieures – Commandants des 3 corps d'armée responsables des arrondissements confinant à leur zone de commandement, et de l’exécution des mesures intérieures relatives à la défense. Le délégué civil à la guerre, considérant qu’il importe d’établir l’unité d’action entre les forces communales destinées à agir à l’extérieur et celles se trouvant à l’intérieur. ARRÊTENT : 1° Chaque commandant des trois corps d’armée dits de l’aile droite, du centre et de l’aile gauche, aura, à partir de ce jour, le commandement militaire supérieur des arrondissements qui confinent à leur zone de commandement, et en conséquence il sera responsable de l’exécution des mesures intérieures relatives à la défense. 2° Chacun des commandants supérieurs des trois corps d’armée devra parvenir chaque matin, au ministère de la guerre, un rapport concernant les opérations de la veille et de la nuit. 3° Expédition du présent arrêté sera délivrée aux généraux Dombrowski, La Cécila et Wrodleski, pour leur servir ce que de raison. Le délégué à la guerre, Delescluze. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1782) Attributions de cartes d'identité pour lutter contre les espions de Versailles - Non porteurs de cartes seront arrêtés - Carte pourra être requise par tout garde national. Le Comité de salut public, Considérant que, ne pouvant vaincre par la force la population de Paris, assiégée depuis plus de quarante jours pour avoir revendiqué ses franchises communales, le Gouvernement de Versailles cherche à introduire parmi elle des agents secrets dont la mission est de faire appel à la trahison. ARRÊTE : Art. 1er. Tout citoyen devra être muni d’une carte d’identité contenant ses noms, prénoms, profession, âge et domicile, ses numéros de légion, bataillon et de compagnie, ainsi que son signalement. Art. 2. Tout citoyen trouvé non porteur de sa carte sera arrêté, et son arrestation maintenue jusqu’à ce qu’il ait établi régulièrement son identité. Art. 3. Cette carte sera délivrée par les soins des commissaires de police sur pièces justificatives, en présence de deux témoins qui attesteront par leur signature bien connaître le demandeur. Elle sera ensuite visée par la municipalité compétente. Art. 4. Toute fraude reconnue sera rigoureusement réprimée. Art. 5. L’exhibition de la carte d’identité pourra être requise par tout garde national. Art. 6. Le délégué à la sûreté générale ainsi que les municipalités sont chargés de l’exécution du présent arrêté dans le plus bref délai. Le Comité de salut public, Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. Hôtel-de-Ville, le 24 floréal an 79. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA SÛRETÉ GÉNÉRALE (p 1783) Soumission des halles et marchés au Délégué aux finances - Inspecteurs des halles et marchés nommés par le délégué aux finances auront droit de requérir la force publique. Le délégué à la sûreté générale, Sur proposition du délégué aux finances. ARRÊTE : Art. 1er. Tous les services des halles et marchés qui ressortissent au 1er bureau de la 2e division de l’ex-préfecture de police sont, à dater d’aujourd’hui, 14 mai 1871, du ressort de la délégation des finances. Art. 2. Les inspecteurs des halles et marchés nommés par le délégué aux finances auront le droit de requérir la force publique. Art. 3. Les commissaires de police et les commandants de la garde nationale sont tenus, chacun en ce qui les concerne de prêter main-forte à ces inspecteurs. Le délégué à la sûreté générale, Th. Ferré. ______________________________________________________ PROCLAMATION - CHEF DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE (p 1795) Obligation de déclaration de détention de soufre et de phosphore. Tous les détenteurs de soufre, phosphore et produits de cette nature sont tenus d’en faire la déclaration, sous trois jours, à la délégation scientifique, 78, rue de Varennes. Le membre de la Commune, chef de la délégation scientifique, Parisel. ______________________________________________________ PROCLAMATION - CHEF DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE (p 1795) Recensement en faveur de l’égale répartition des droits et des devoirs civiques et militaires de chacun – Création de tableaux de recensement - Pénalités requises contre les entraves, déclarations mensongères ou incomplètes des locataires, propriétaires, concierges ou régisseurs des immeubles. Mairie du IXe arrondissement Considérant qu’on ne peut négliger davantage, sans occasionner à toute la population des inconvénients multiples et graves, d’ordonner et de faire rigoureusement exécuter le recensement exact de l’arrondissement entier et la situation réelle de chaque maison au point de vue de l’état civil et militaire des citoyens qui l’habitent ; Considérant qu’afin d’arriver à l’égale répartition des droits et des devoirs civiques et militaires de chacun, il importe d’établir ce travail sur les bases d’une véritable justice, c’est-à-dire en dehors de toutes complaisances intéressées ; Attendu surtout qu’il faut obtenir des concierges ou régisseurs de chaque immeuble des déclarations qui ne soient point mensongères ni incomplètes, Les délégués de la Commune, ARRÊTENT : Art. 1er. Des tableaux de recensement, contenant toutes les indications nécessaires seront remis par la municipalité à la disposition de la commission de recensement et des agents recenseurs civils et militaires nommés par elle. Art. 2. Les agents recenseurs, aidés du concours de la garde nationale commandée à cet effet par le colonel de la 9e légion ; commenceront immédiatement, et poursuivront jusqu’à l’accomplissement de leur tâche, le recensement pré-désigné de huit heures du matin à six heures du soir. Art. 3. Pénalité sera requise contre tout citoyen ou citoyenne (locataire, propriétaire, concierge ou régisseur) qui apportera un entrave quelconque aux opérations ordonnées ou donnera à nos agents commissionnés des renseignements incomplets ou trompeurs. Paris, le 11 mai 1871. Les délégués de la commune, P. Guerain Pontalier Mardi 16 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1826) Composition de 7 membres au lieu de 5 de la commission militaire. Paris, le 15 mai. Le Comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. La commission militaire sera composée de sept membres au lieu de cinq. Art. 2. Les citoyens Bergeret, Cournet ; Géresme, Ledroit, Lonclas, Sicard et urbain sont nommés membres de la commission militaire, en remplacement des citoyens Arnold, Avrial, Johannard, Tridon et Varlin. Hôtel de ville, le 25 floréal an 79. F. Cambon, G. Ranvier, Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1826) Administration des domaines de la ville de Paris réunie à la Direction générale des domaines. Vu la demande justifiée du citoyen Fontaine, directeur des domaines ; Vu l’avis approbatif du délégué aux finances, Le Comité de salut public ARRÊTE : A partir de ce jour, 25 floréal, l’administration des domaines de la ville de Paris est réunie à la direction générale des domaines et relèvera uniquement de cette direction. Le Comité de salut public. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1827) Centralisation de la Direction du mouvement des troupes qui sera dirigé par le chef d’état-major du ministère de la guerre - Transfert du Service de la place de Paris au Ministère de la guerre. Le Comité de salut public Considérant que, dans les circonstances actuelles, il importe de centraliser, autant que possible, la direction du mouvement des troupes. ARRÊTE : Le service de la place de Paris est transféré dans les bureaux du ministère de la guerre, rue Saint-Dominique-Saint-Germain. Le mouvement des troupes et tout ce qui concerne le service des armées de l’aile droite, du centre et de l’aile gauche, sera dirigé par le chef d’état-major du ministère de la guerre. Le citoyen colonel Henri, actuellement commandant la place de Paris à l’Ecole militaire, est mis à la disposition du ministère de la guerre. Hôtel de ville, le 25 floréal, an 79. Le Comité de salut public. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1827) Nominations de 2 substituts du procureur de la Commune. Le Comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. 1° Le citoyen Breuillé (Alfred) est nommé substitut du procureur de la Commune, en remplacement du citoyen Ferré, délégué à la sûreté générale ; 2° Le citoyen Sachs est nommé substitut du procureur de la Commune, en remplacement du citoyen Martainville, considéré comme démissionnaire. Art. 2. Le procureur de la Commune est chargé d’assurer l’exécution du présent arrêté. Paris, le 25 floréal, an 79. A. Arnaud, Gambon, Ranvier. Pour ampliation : Le procureur de la Commune de Paris, Raoul Rigault. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1828) Nominations de 4 juges d'instruction. Le Comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. Les citoyens Gausseron (Henri), Coupey, Gentou, Barral, sont nommés juges d’instruction attachés au parquet du procureur de la Commune. Art. 2. Le procureur de la Commune est chargé d’assurer l’exécution du présent arrêté. Paris, le 25 floréal 79. Pour ampliation : Le procureur de la Commune, Raoul Rigault. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1828) Nominations d'un juge de paix et d'un greffier de la justice de paix. Le Comité de salut public ARRÊTE : Le citoyen Pinon (Martin) est nommé juge de paix du XVe arrondissement de la Commune de Paris ; Le citoyen Jacquemin (Joseph), est nommé greffier de la justice de paix du XVe arrondissement. Le Comité de salut public Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot. ______________________________________________________ PROCLAMATION - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 1830) Démission de Gaillard père, chargé de la construction des barricades et commandant des barricadiers - Dissolution du bataillon des barricadiers et mise à disposition du Directeur du génie militaire. La démission du citoyen Gaillard père, chargé de la construction des barricades et commandant des barricadiers, est acceptée à ce double titre : Le bataillon des barricadiers, placé sous ses ordres, est dissous ; les hommes qui le composent sont mis à la disposition du directeur du génie militaire, qui avisera à la continuation des travaux commencés, dans la mesure qu’il jugera convenable. Paris, le 15 mai 1871. Le délégué civil à la guerre, Delescluze. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 1830) Nomination de Henry, Chef d’état-major au ministère de la guerre - Attributions de Commandant de la place de Paris. Vu l’arrêté du comité de salut public, en date de ce jour, transférant au ministère de la guerre le service de la place de Paris, lequel arrêté confie au chef de l’état-major du ministre de la guerre les fonctions attribuées au commandant de la place de Paris pour le mouvement des bataillons de la garde nationale et des corps années, ainsi que du matériel : Le délégué civil à la guerre ARRÊTE : Le colonel d’état-major, Henri, est nommé chef d’état-major au ministère de la guerre, et, en cette qualité, il exercera toutes les attributions conférées au commandant de la place de Paris. Le délégué civil à la guerre, Ch. Delescluze. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 1831) Paiement trimestriel des droits de timbre contre l’incendie et la grêle par les compagnies d’assurances. Le délégué aux finances, Vu les lois des 5 juin 1850 et 2 juillet 1862, fixant les droits de timbre à payer par les compagnies d’assurances contre l’incendie et la grêle pour les polices d’assurance ; Vu le rapport du directeur de l’enregistrement ; Considérant que le payement par semestre de droits aussi considérables que ceux dus par les compagnies d’assurances cause un véritable préjudice au Trésor, ARRÊTE : Art. 1er. Le payement des droits de timbre, par abonnement des polices d’assurances contre l’incendie et la grêle s’effectueront à l’avenir tous les trois mois. Art. 2. En conséquence, le trimestre échu sera versé, dans les quarante-huit heures de l’insertion au Journal officiel, à la caisse de l’administration de l’enregistrement et du timbre, en prenant pour base de l’assiette de l’impôt l’exercice précédent. Art. 3. Cette perception sera régularisée par des êtas fournis par les compagnies d’assurances des valeurs par elles assurées pendant l’année 1870, et après un contrôle sérieux. Les compensations en plus ou en moins seront admises sur les mois suivants. Art. 4. Le directeur de l’enregistrement et du timbre est chargé de l’exécution du présent arrêté. Le membre de la Commune délégué aux finances, Jourde. ______________________________________________________ PROCLAMATION (p 1833) Suppression, pour inutilité, du poste d'architecte du Luxembourg. Sur proposition de la commission fédérale des artistes, Considérant que la place d’architecte du Luxembourg est inutile, puisqu’il n’y a point de travaux à faire exécuter : Le citoyen Lemaire, architecte actuel, est relevé de ses fonctions. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DIRECTEUR GÉNÉRAL DES DOMAINES (p 1834) Attribution du linge de la maison de Thiers aux ambulances – Objets d'art envoyés aux bibliothèques et musées nationaux – Mobilier et matériaux de démolition vendus aux enchères - Produit de la vente affecté aux pensions et indemnités des veuves et orphelins - Construction d'un square public sur le terrain. Sur la délibération approuvée du Comité de salut public, le citoyen Jules Fontaine, directeur général des domaines, En réponse aux larmes et aux menaces de Thiers, le bombardeur, et aux lois édictées par l’Assemblée rurale, sa complice, ARRÊTE : Art. 1er. Tout le linge provenant de la maison Thiers sera mis à la disposition des ambulances. Art. 2. Les objets d’art et livres précieux seront envoyés aux bibliothèques et musées nationaux. Art. 3. Le mobilier sera vendu aux enchères, après exposition publique au garde-meuble. Art. 4. Le produit de cette vente restera uniquement affecté aux pensions et indemnités qui devront être fournies aux veuves et orphelins des victimes de la guerre infâme que nous fait l’ex propriétaire de l’hôtel Georges. Art. 5. Même destination sera donnée à l’argent que rapporteront les matériaux de démolition. Art. 6. Sur le terrain de l’hôtel du parricide sera établi un square public. Le directeur général des domaines, J. Fontaine. Paris, le 25 floréal an 79. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - SERVICE MÉDICAL ET DES AMBULANCES CIVILES ET MILITAIRES (p 1835) Dispenses du service de la Garde nationale pour les ambulanciers et infirmiers. Le directeur du service médical et des ambulances civiles et militaires, ARRÊTE : Tous les citoyens qui justifieront qu’ils sont employés dans les ambulances ou dans les hôpitaux comme infirmiers, et qui, par conséquent, accomplissent un service militaire, sont dispensés du service de la garde nationale. Le directeur général du service médical et des ambulances civiles et militaires, Dr Semerie Vu et approuvé : Pour la commission de la guerre, Jules Bergeret. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - MINISTÈRE DE LA GUERRE (extrait voir p 1837) Nominations d'un inspecteur de l’hôpital militaire du fort de Vincennes, 2 chirurgiens-major, 2 médecins-major, 10 aides-major. Par arrêtés en date du 15 mai 1871, ont été nommés : Le docteur Martin, inspecteur de l’hôpital militaire du fort de Vin- cennes. Le docteur Maugier, chirurgien-major du 116e bataillon, passe chirurgien-major du 181e bataillon. Le docteur Guéneau, chirurgien-major du 132e bataillon. Le docteur Genret (Albéric), médecin-major du 112e bataillon. […] (Ministère de la guerre.) ______________________________________________________ PROCLAMATION - DÉLÉGUÉ AUX RELATIONS EXTÉRIEURES (p 1841) Respect de la Convention de Genève, qui garantit la neutralité des édifices et du personnel des ambulances militaires, mais ne réglemente pas l'usage des nouveaux engins de guerre dont dispose la Révolution. Quelques journaux ont paru croire que l’adhésion de la Commune à la convention de Genève avait pour résultat de proscrire l’usage des nouveaux engins de guerre dont dispose la Révolution. Si les rédacteurs de ces journaux avaient pris la peine d’étudier la question qu’ils traitent, et tout au moins de lire les dix articles de la convention de Genève, ils se seraient épargné une protestation injuste et inutile. La convention de Genève n’a pour but et pour effet que de garantir la neutralité des édifices et du personnel des ambulances militaires. A la reconnaissance de cette neutralité se borne l’adhésion de la Commune. Quant aux forces terribles que la science met au service de la Révolution, la convention de Genève n’en réglemente pas l’usage. C’est un soin dont se sont acquittés jusqu’à ce jour les despotes couronnés, qui vivent de la guerre, et qui savent trop bien que la guerre deviendrait à jamais impossible par l’emploi des moyens modernes, pour ne pas s’interdire religieusement l’usage de ces moyens. Paris, le 16 mai 1871. Le délégué aux relations extérieures, Paschal Grousset. ______________________________________________________ PROCLAMATION - MAIRIE DU Xe ARRONDISSEMENT (p 1845) Obligation de paiement des loyers par les locataires en hôtel meublé - Bons de logement distribués contre preuve de l’impossibilité de payer, après enquête. Mairie du Xe arrondissement Les locataires demeurant en hôtel meublé sont avertis qu’ils doivent acquitter le prix de leur location, et que les bons de logements ne seront donnés, à titre de secours, qu’à ceux qui prouveront qu’ils sont dans l’impossibilité de payer. Une enquête sérieuse sera faite par les soins de la mairie. Le bon de logement n’impose pas aux maîtres d’hôtel l’obligation de conserver les locataires qu’ils ne jugeront pas à propos de garder. Tous différends entre les propriétaires et locataires seront tranchés à la mairie. Paris, le 14 mai 1871. Pour la municipalité, Leroudier. Pour la commission communale, Champy . ______________________________________________________ PROCLAMATION - MAIRIE DU XXe ARRONDISSEMENT (p 1845) Après réclamations, travail de nuit à la satisfaction immédiate de tous les intérêts et des mesures à prendre. Mairie du XXe arrondissement. Citoyens, De nombreuses réclamations nous sont parvenues. Pour répondre et satisfaire immédiatement à tous les intérêts, les membres de la Commune du XXe arrondissement donnent avis que cette nuit ils se sont occupés des mesures nécessaires à prendre. Citoyens, Nous vous rappelons que plus jamais nous avons tous besoin de nous rallier au drapeau rouge pour conserver l’établissement de la République. Vive la Commune ! Vive la République ! Paris, le 14 mai 1871. Les membres de la Commune du XXe arrondissement. Ranvier, Viard, Bergeret, Trinquet Mercredi 17 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1873) Nominations de commissaires civils délégués auprès des généraux de la Commune pour préserver le pays de la dictature militaire. Paris, le 16 mai. Le Comité de salut public, Considérant que, pour sauvegarder les intérêts de la Révolution, il est indispensable d’associer l’élément civil à l’élément militaire ; Que nos pères avaient parfaitement compris que cette mesure pouvait seule préserver le pays de la dictature militaire, laquelle tôt ou tard aboutit invariablement à l’établissement d’une dynastie ; Vu son arrêté instituant un délégué civil au département de la guerre. ARRÊTE : Art. 1er. Des commissaires civils, représentants de la Commune, sont délégués auprès des généraux des trois armées de la Commune. Art. 2. Sont nommés commissaires civils : 1° Auprès du général Dombrowski, le citoyen Dereure ; 2° Auprès du général La Cécilia, le citoyen Johannard ; 3° Auprès du général Wrobleski, le citoyen Léo Melliet. Hôtel de ville, le 26 floréal an 79. Le comité de salut public : Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1873) Arrêts et vérifications des trains pour Paris hors de l'enceinte - Travaux nécessaires exécutés à la hauteur de l’enceinte, pour détruire tout train qui essayerait de forcer la consigne. Le Comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. Tous les trains, soit de voyageurs, soit de marchandises, de jour et de nuit, se dirigeant sur Paris, par une ligne quelconque, devront s’arrêter hors de l’enceinte, au point où est établi le dernier poste avancé de la garde nationale. A cet effet, un signal spécial sera placé au point d’arrêt par les soins des administrations compétentes. Art. 2. Aucun train ne pourra dépasser la limite précitée sans avoir été préalablement visité par l’un des commissaires de police délégués à cet effet. Art. 3. Les travaux nécessaires seront immédiatement exécutés à la hauteur de l’enceinte, pour être en mesure de détruire instantanément tout train qui essayerait de forcer la consigne. Art. 4. Un délégué civil faisant fonctions de commissaire de police spécial aura le commandement du poste chargé de visiter les trains au point d’arrêt. Art. 5. Le membre de la Commune délégué aux relations extérieures, d’accord avec le délégué civil à la guerre, est chargé de l’exécution du présent arrêté. Le délégué de la Commune près les chemins de fer prendra ses ordres à cet égard. Fait à Paris, le 16 mai 1871. Le Comité de salut public Pour copie conforme : Le secrétaire général, Henri Brissac. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1875) Gratuité des actes des notaires et huissiers. Le membre de la Commune délégué à la justice. ARRÊTE : Les notaires, huissiers, et généralement tous les officiers publics de la Commune de Paris devront, sur l’ordre du délégué à la justice, dresser gratuitement tous les actes de leur compétence. Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot. Paris, le 16 mai 1871. En conséquence de l’arrêté ci-dessus, les citoyens gardes nationaux peuvent, dès aujourd’hui, demander au délégué à la justice l’autorisation de faire dresser par les juges de paix, notaires, huissiers, greffiers des tribunaux de la Commune de Paris, les actes d’une certaine urgence tels que : donation entre vifs, testaments, reconnaissances des enfants naturels, contrats de mariage, actes respectueux, actes de consentement des ascendants, procurations, adoptions, actes de notoriété, etc., etc. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1875) Nomination de Moreau, Directeur de l'intendance. Sur proposition de la commission de la guerre. Le délégué civil à la guerre. ARRÊTE : Le citoyen Ed. Moreau, membre du Comité central, est chargé de la direction de l’intendance. Le Délégué civil à la guerre, Ch. Delescluze. Approuvé : La commission de la guerre, Bergeret, Cournet, Géresme, Ledroit, Lonclas, Sicard, Urbain. Paris le 16 mai 1871. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1875) Obligation de déclaration des dépositaires de pétrole et huiles minérales dans les bureaux de l’éclairage. Le membre de la Commune délégué aux services publics. ARRÊTE : Tous les dépositaires de pétrole ou autres huiles minérales devront, dans les quarante-huit heures, en faire la déclaration dans les bureaux de l’éclairage, situés place de l’Hôtel-de-Ville, 9. Vu et présenté par l’ingénieur chef des services publics, Ed. Caron. Vu et dressé par l’ingénieur chef du service de l’éclairage et des concessions, B. Peyrouton. Le membre de la Commune délégué aux services publics, Jules Andrieu. Paris, le 18 mai 1871. ______________________________________________________ PROCLAMATION - DÉLÉGUÉ À L'ENSEIGNEMENT (p 1882) Nomination de Oudinot, administrateur provisoire des musées du Louvre – Appel à candidatures de professeurs de dessin et de modelage. Sur la proposition de la commission fédérale des artistes, Le citoyen Oudinot (Achille), architecte et peintre, est délégué comme administrateur provisoire des musées du Louvre. Et les citoyens Héreau (jules), peintre, et Dalou, statuaire, lui sont adjoints pour l’assister dans ses fonctions provisoires. Les citoyens désirant concourir à la réorganisation de l’enseignement et obtenir des places de professeur de dessin et de modelage, sont invités à se rendre le 19, 20 et 21 mai courant, de midi à deux heures, au siège de la commission fédérale des artistes (ex-ministère des beaux-arts, rue de Rivoli), à l’effet de déposer leurs titres et pièces à l’appui et y joindre au besoin une note signée contenant une brève exposition de leurs méthodes d’enseignement. Pour la commission de la Fédération des artistes, approuvé : Le membre de la Commune délégué à l’enseignement, Edouard Vaillant. Paris, le 16 mai 1871. Jeudi 18 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1914) Dispositions de limites des exemptions des employés du chemin de fer au service de la Garde nationale, sous la responsabilité du contrôleur général des chemins de fer. Le Comité de salut public, Vu son arrêté en date du 16 floréal courant ; Considérant qu’il importe aux intérêts de la défense de ne pas tenir éloignés plus longtemps du service de la garde nationale les employés de chemin de fer dont la présence n’est pas indispensable aux besoins actuels de l’administration et de l’exploitation des différentes compagnies ; Que la double signature du contrôleur général des chemins de fer et du délégué spécial du Comité central de la garde nationale entraine des lenteurs qu’il est indispensable d’abréger ; Considérant en outre que le contrôleur général est compétent pour apprécier dans quelles limites les exemptions peuvent être accordées ; Vu l’urgence ; ARRÊTE : Art. 1er. Les certificats d’exemption du service de la garde nationale seront délivrés et signés par le contrôleur général des chemins de fer, sous sa responsabilité. Art. 2. Le contrôleur général remettra dans les trois jours, à chaque légion, un état nominatif des employés mis à la disposition de la garde nationale. Art. 3. Il adressera dans la huitaine, au Comité de salut public, un rapport détaillé faisant connaître le nombre de certificats d’exemption délivrés avec motifs à l’appui, et le nombre des employés de chemins de fer mis à la disposition de chaque légion. Art. 4. L’arrêté du 16 floréal est maintenu en tout ce qui n’est pas contraire aux dispositions du présent arrêté. Le Comité de salut public : Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. Hôtel de Ville, le 27 floréal an 79. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1915) Nominations de 2 juges d'instruction. Le Comité de salut public, Sur la proposition du procureur de la Commune, ARRÊTE : Art. 1er. Les citoyens Würth et Moreau (Armand) sont nommés juges d’instruction attachés au parquet du procureur de la Commune. Art. 2. le procureur de la Commune est chargé d’assurer l’exécution du présent arrêté. Le Comité de salut public, Pour ampliation : Le procureur de la Commune, Raoul Rigault. Hôtel de Ville, le 27 floréal an 79. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ AUX FINANCES (p 1916) Création d'une direction spéciale chargée du contrôle des finances pour la solde de la Garde nationale - Nomination de Armand, directeur général du service des contrôleurs des finances pour la solde de la garde nationale. Le membre de la Commune délégué aux finances, DÉCRÈTE : Il est institué à l’administration centrale une direction spéciale, chargée du contrôle des finances pour la solde de la garde nationale. Paris, le 16 mai 1871. Le membre de la Commune délégué aux finances, Jourde. Le citoyen Armand (Hubert) est nommé directeur général du service des contrôleurs des finances pour la solde de la garde nationale. Paris, le 16 mai 1871. ______________________________________________________ PROCLAMATION - DÉLÉGUÉ AUX FINANCES (p 1917) Tirage de quatre séries d'articles à délivrer gratuitement par le Mont-de-piété. En exécution du décret communal du 6 mai courant, un nouveau tirage de quatre séries des articles à délivrer gratuitement par le Mont-de-piété, aura lieu samedi prochain, 20 mai courant, à deux heures précises, dans la salle Saint-Jean, à l’Hôtel de Ville, en séance publique, présidée par le citoyen Lefrançais, membre de la Commune. Paris, le 17 mai 1871. Le membre de la Commune délégué aux finances, JOURDE. NOTA. — Les autres tirages seront annoncés par de nouvelles affiches. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ AUX FINANCES (p 1917) Soumission des marchés à la Délégation des finances après refus formel, par les compagnies concessionnaires des marchés, de solder les sommes dues selon les classes et conditions du cahier des charges. Le délégué aux finances, Considérant que les compagnies concessionnaires des marchés n’ont fait aucun versement des sommes dues depuis la guerre jusqu’à ce jour ; qu’en outre lesdites compagnies ont perçu dans les marchés le prix entier des places jusqu’au 1er janvier 1871, et demi-places jusqu’à ce jour ; Vu le refus formel desdites compagnies de solder les somme dues au 1er avril 1871, selon les classes et conditions du cahier des charges, ARRÊTE : Article unique. Tous les marchés concédés par la ville de Paris à la compagnie Férère ou autre compagnie rentrent provisoirement, à partir d’aujourd’hui, dans le ressort de la délégation des finances. Le membre de la Commune délégué aux finances, Jourde. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMUNE DU 3e ARRONDISSEMENT (p 1921) Nominations des membres de l'administration de l’orphelinat communal. Les membres de la Commune du 3e arrondissement, ARRÊTENT : Le citoyen Bibal, président de la commission des écoles du 3e arrondissement : Le citoyen Dubard ; Le citoyen Dediot père ; Le citoyen Léon Jacob, secrétaire général, sont nommés membres de l’administration de l’orphelinat communal, sous la présidence des membres de la Commune du 3e arrondissement. Ant. Arnaud, Demay, Clovis Dupont, Pindy. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - ASSEMBLÉE NATIONALE (p 1956) Assemblée nationale se déclare constituante – Limite son mandat à 2 ans - République désormais gouvernement de la France. L’Assemblée nationale, s’inspirant de son droit, de sa force et surtout de son amour de la patrie, En vertu de son pouvoir souverain, DÉCRÈTE : Art. 1er. L’Assemblée nationale se déclare Assemblée constituante. Art. 2. Elle limite son mandat au terme de deux ans, pendant lesquels elle fera les lois organiques Art. 3. La République sera désormais le gouvernement de la France.

  • 4 - WILLIAM MORRIS, "NOUVELLES DE NULLE PART"

    WILLIAM MORRIS, éditeur britannique, designer, écrivain, imprimeur, inspirateur des mouvements Arts & Crafts et Art Nouveau et activiste socialiste puis libertaire, publie en 1890 les « Nouvelles de nulle part - Une ère de repos1 ». Le narrateur se réveille à Londres en 2102, et constate qu’une société telle que rêvée par la Commune est advenue : une société égalitaire, où s'exerce la démocratie directe, où l’argent et le mariage ont disparu, où l’état ne dispose plus que d’un faible rôle. Le travail n’est plus contraint mais d’un caractère épanouissant pour les individus, et les activités sociales, marquées par l’artisanat plus que par l’industrie, sont engagées dans un lien harmonieux avec la nature. La première traduction complète du roman paraît en 1902 chez l'éditeur G. Bellais. L’uchronie de Morris est résolument du côté littéraire, et constitue une réponse critique au roman de science-fiction socialiste d’Edward Bellamy, « Cent ans après ou l’an 2000 », paru en 1888 à Boston. Morris imagine, à la suite de l'idée de « déboulonnage » de la colonne Vendôme par Gustave Courbet, Trafalgar Square débarrassé de sa statue de l'amiral Nelson, et recouvert d'abricotiers qui lui confèrent un aspect champêtre... 4 - WILLIAM MORRIS, "NOUVELLES DE NULLE PART" Texte précédent Texte suivant WILLIAM MORRIS, éditeur britannique, designer, écrivain, imprimeur, inspirateur des mouvements Arts & Crafts et Art Nouveau et activiste socialiste puis libertaire, publie en 1890 les « Nouvelles de nulle part - Une ère de repos1 ». Le narrateur se réveille à Londres en 2102, et constate qu’une société telle que rêvée par la Commune est advenue : une société égalitaire, où s'exerce la démocratie directe, où l’argent et le mariage ont disparu, où l’état ne dispose plus que d’un faible rôle. Le travail n’est plus contraint mais d’un caractère épanouissant pour les individus, et les activités sociales, marquées par l’artisanat plus que par l’industrie, sont engagées dans un lien harmonieux avec la nature. La première traduction complète du roman paraît en 1902 chez l'éditeur G. Bellais. L’uchronie de Morris est résolument du côté littéraire, et constitue une réponse critique au roman de science-fiction socialiste d’Edward Bellamy, « Cent ans après ou l’an 2000 », paru en 1888 à Boston. Morris imagine, à la suite de l'idée de « déboulonnage » de la colonne Vendôme par Gustave Courbet, Trafalgar Square débarrassé de sa statue de l'amiral Nelson, et recouvert d'abricotiers qui lui confèrent un aspect champêtre... Texte précédent Texte suivant

  • 5 - LE TROISIÈME CONTINENT D'IVAN JABLONKA

    Dans « L’Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales 1», Ivan Jablonka pose les bases d'une réconciliation entre histoire et littérature, histoire et fiction, qui entretiennent depuis toujours des « liaisons clandestines »2. Au XIXème siècle s'élabore une histoire positiviste, se limitant à établir des faits, expulsant le « je » de l'auteur, prônant un point de vue universel et visant un discours de vérité. L'histoire devient une discipline universitaire et veut s'ériger en véritable science, tendant à chasser les « microbes littéraires » qui polluent la connaissance pure. Elle sonne « l'adieu à la littérature », ce qui va influencer la production historique jusqu'à aujourd'hui. Fernand Braudel et Georges Duby ont pourtant usé de « la charge démonstrative de la littérature » : l'« Histoire de la Méditerranée au temps de Philippe II »3 (1949) du premier et le portrait de « Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du Monde »4 (1984) du second, utilisent des procédés littéraires, des mises en intrigues qui transigent avec les usages courants des historiens. Claude Levi-Strauss se demandera, dans les années 1980, si « Tristes tropiques »5 (1955), qui rapporte son enfance et ses sentiments au cours de son voyage, n'aurait pas livré une vérité supérieure à ses livres plus théoriques « parce qu'il a réintégré l'observateur dans l'objet de son observation ». Dans les années 1980, l'usage du récit en histoire et dans les sciences sociales est questionné par des historiens et des philosophes français (Paul Veyne, Jacques Rancière, Paul Ricœur ou Michel de Certeau) qui posent que « l'intelligence du passé a besoin d'intrigue, de mise en scène, de descriptions, de portraits et de figures de style. » L'américain Hayden White radicalise ce mouvement en initiant le Linguistic Turn, qui pose l'histoire comme une construction discursive parmi d'autres, provoquant une méfiance accrue des historiens pour le narratif. Carlo Ginzburg ou Roger Chartier réaffirment alors la mission de recherche de vérité qui fonde le travail historien. Historien et écrivain, Jablonka a conjugué, dans le champ des sciences sociales, textes théoriques et notion d’enquête, en partant de l’idée que « la recherche est aussi une recherche sur sa forme (récit, langue, théâtre, peinture, bande dessinée…) »6. Pour lui, la réconciliation entre création et recherche permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai »7. Il envisage une nouvelle cartographie des écritures, incluant travail académique, roman et les formes nouvelles que permet l’enquête, qu'il appelle le troisième continent. La littérature et les sciences sociales, placées sous l'angle de l'enquête, constituent ainsi pour Jablonka une communauté de méthode, qui permet de concilier rigueur, réflexivité et écriture. Jablonka, dans sa perspective de réconciliation entre sciences sociales et littérature, prêche pour de nouvelles écritures du savoir. « L'histoire, dit-il, est avant tout une manière de penser, une aventure intellectuelle qui a besoin d'imagination archivistique, d'originalité conceptuelle, d'audace explicative, d'inventivité narrative. » Pour, lui, la froide objectivité du savant n'est qu'une illusion : « Le mode objectif, fondé sur l'expulsion du “je”... est une fiction de méthode : personne n'ignore que c'est l'historien qui parle, décrit, énonce... ». Le chercheur ne doit pas tenter l'éluder son implication personnelle mais au contraire, par l'usage du « je », situer sa position, la décrire et permettre au lecteur d'identifier clairement le point de vue d'où il parle. Le projet est assis sur ce troisième continent dont parle Jablonka, dans le croisement entre les sources d'informations récoltées par l'enquête, textuelles et visuelles, les formes que la Commune a elle-même générées, celles qu’on lui a prêtées (les caricatures et toutes les formes satiriques par exemple), et celles qui seront affectées aux projets qui n'avaient pas hérité de formes propres, par manque de temps. On observera combien la forme affecte le fond, qui en retour affecte la forme, combien l'un permet de questionner, de troubler l'autre : la construction de la méthodologie. Partant des irréconciliables des savoirs sur la Commune, l’ambition plus théorique du projet est de croiser, d'observer les relations entre la forme et le fond, d'agiter l’un pour saisir l’autre, et retour, et voir ce qui se passe entre le fond et la forme des faits historiques, des imaginaires communards, des connections entre le factuel et la fiction, l’histoire hagiographique et l’histoire positiviste, la construction de cette histoire spécifique et sa déconstruction concomitante, sa réécriture permanente par l’un ou l‘autre camp. Et l’un des rôles de la fiction, dans le site, qu’elle soit visuelle ou textuelle, est de mettre en scène les conflits entre les éléments documentaires. L’histoire porte sur la Commune de Paris des interprétations si antinomiques, opposant des points de vue si résolument opposés idéologiquement, que la mise en scène de ces contradictions ne peut que servir l’histoire elle-même : exposer la pensée du conflit, lui donner une forme, c’est encore faire de l’histoire. 5 - LE TROISIÈME CONTINENT D'IVAN JABLONKA Texte précédent Texte suivant Dans « L’Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales 1», Ivan Jablonka pose les bases d'une réconciliation entre histoire et littérature, histoire et fiction, qui entretiennent depuis toujours des « liaisons clandestines »2. Au XIXème siècle s'élabore une histoire positiviste, se limitant à établir des faits, expulsant le « je » de l'auteur, prônant un point de vue universel et visant un discours de vérité. L'histoire devient une discipline universitaire et veut s'ériger en véritable science, tendant à chasser les « microbes littéraires » qui polluent la connaissance pure. Elle sonne « l'adieu à la littérature », ce qui va influencer la production historique jusqu'à aujourd'hui. Fernand Braudel et Georges Duby ont pourtant usé de « la charge démonstrative de la littérature » : l'« Histoire de la Méditerranée au temps de Philippe II »3 (1949) du premier et le portrait de « Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du Monde »4 (1984) du second, utilisent des procédés littéraires, des mises en intrigues qui transigent avec les usages courants des historiens. Claude Levi-Strauss se demandera, dans les années 1980, si « Tristes tropiques »5 (1955), qui rapporte son enfance et ses sentiments au cours de son voyage, n'aurait pas livré une vérité supérieure à ses livres plus théoriques « parce qu'il a réintégré l'observateur dans l'objet de son observation ». Dans les années 1980, l'usage du récit en histoire et dans les sciences sociales est questionné par des historiens et des philosophes français (Paul Veyne, Jacques Rancière, Paul Ricœur ou Michel de Certeau) qui posent que « l'intelligence du passé a besoin d'intrigue, de mise en scène, de descriptions, de portraits et de figures de style. » L'américain Hayden White radicalise ce mouvement en initiant le Linguistic Turn, qui pose l'histoire comme une construction discursive parmi d'autres, provoquant une méfiance accrue des historiens pour le narratif. Carlo Ginzburg ou Roger Chartier réaffirment alors la mission de recherche de vérité qui fonde le travail historien. Historien et écrivain, Jablonka a conjugué, dans le champ des sciences sociales, textes théoriques et notion d’enquête, en partant de l’idée que « la recherche est aussi une recherche sur sa forme (récit, langue, théâtre, peinture, bande dessinée…) »6. Pour lui, la réconciliation entre création et recherche permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai »7. Il envisage une nouvelle cartographie des écritures, incluant travail académique, roman et les formes nouvelles que permet l’enquête, qu'il appelle le troisième continent. La littérature et les sciences sociales, placées sous l'angle de l'enquête, constituent ainsi pour Jablonka une communauté de méthode, qui permet de concilier rigueur, réflexivité et écriture. Jablonka, dans sa perspective de réconciliation entre sciences sociales et littérature, prêche pour de nouvelles écritures du savoir. « L'histoire, dit-il, est avant tout une manière de penser, une aventure intellectuelle qui a besoin d'imagination archivistique, d'originalité conceptuelle, d'audace explicative, d'inventivité narrative. » Pour, lui, la froide objectivité du savant n'est qu'une illusion : « Le mode objectif, fondé sur l'expulsion du “je”... est une fiction de méthode : personne n'ignore que c'est l'historien qui parle, décrit, énonce... ». Le chercheur ne doit pas tenter l'éluder son implication personnelle mais au contraire, par l'usage du « je », situer sa position, la décrire et permettre au lecteur d'identifier clairement le point de vue d'où il parle. Le projet est assis sur ce troisième continent dont parle Jablonka, dans le croisement entre les sources d'informations récoltées par l'enquête, textuelles et visuelles, les formes que la Commune a elle-même générées, celles qu’on lui a prêtées (les caricatures et toutes les formes satiriques par exemple), et celles qui seront affectées aux projets qui n'avaient pas hérité de formes propres, par manque de temps. On observera combien la forme affecte le fond, qui en retour affecte la forme, combien l'un permet de questionner, de troubler l'autre : la construction de la méthodologie. Partant des irréconciliables des savoirs sur la Commune, l’ambition plus théorique du projet est de croiser, d'observer les relations entre la forme et le fond, d'agiter l’un pour saisir l’autre, et retour, et voir ce qui se passe entre le fond et la forme des faits historiques, des imaginaires communards, des connections entre le factuel et la fiction, l’histoire hagiographique et l’histoire positiviste, la construction de cette histoire spécifique et sa déconstruction concomitante, sa réécriture permanente par l’un ou l‘autre camp. Et l’un des rôles de la fiction, dans le site, qu’elle soit visuelle ou textuelle, est de mettre en scène les conflits entre les éléments documentaires. L’histoire porte sur la Commune de Paris des interprétations si antinomiques, opposant des points de vue si résolument opposés idéologiquement, que la mise en scène de ces contradictions ne peut que servir l’histoire elle-même : exposer la pensée du conflit, lui donner une forme, c’est encore faire de l’histoire. Texte précédent Texte suivant

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 2

    Samedi 25 mars 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 2 Next Next Samedi 25 mars 1871 VISITES DES PROVINCES (p103) Citoyens, le gouvernement, fugitif à Versailles, a cherché à faire le vide autour de vous ; la province s’est trouvée tout à coup privée de toutes nouvelles de Paris. Mais l’isolement dans lequel le souffle révolutionnaire de se frayer un passage à travers toutes ces précautions. Le comité central a reçu hier et aujourd’hui plusieurs délégations des villes de Lyon, Bordeaux, Marseille, Rouen, etc., qui sont venues savoir quelle était la nature de notre révolution, et qui sont reparties au plus vite pour aller donner le signal d’un mouvement analogue, qui est préparé partout. Vive la France ! Vive la République ! Hôtel-de-Ville, 24 mars 1871. (Suivent les signatures.) COMITÉ CENTRAL, SENTINELLE DU PEUPLE (extrait, voir JO p106) Né de la revendication de justice qui a produit la révolution du 18 mars ; le Comité central a été installé à l’Hôtel-de-Ville, non comme gouvernement, mais comme la sentinelle du peuple, comme le comité de vigilance et d’organisation, tenu de veiller à ce qu’on n’enlevât pas au peuple par surprise ou intrigue le fruit de sa victoire, chargé d’organiser la manifestation définitive de la volonté populaire, c’est-à-dire l’élection libre d’une Assemblée qui représente, non pas seule-ment les idées, mais aussi les intérêts de la population parisienne. Les délégués de l’intérieur, Ant. Arnaud, Ed. Vaillant. ENTREE EN REPUBLIQUE (p110) Citoyens, Paris ne veut pas régner, mais il veut être libre ; il n’ambitionne pas d’autre dictature que celle de l’exemple ; il ne prétend ni imposer ni abdiquer sa volonté ; il ne se soucie pas plus de lancer des décrets que de subir des plébiscites ; il démontre le mouvement en marchant lui-même, et prépare la liberté des autres en fondant la sienne. Il ne pousse personne violemment dans les voies de la République ; il est content d’y entrer le premier Hôtel-de-Ville, 22 mars 1871. (Suivent les signatures.) TIRS SUR LES PRUSSIENS (p111) Le Comité central apprend que des hommes vêtus d’uniformes de gardes nationaux, et reconnus pour d’anciens gendarmes et sergents de ville, ont tiré sur les lignes prussiennes. Le Comité prévient que si un cas semblable se présentait, il prendrait lui-même les mesures nécessaires pour s’assurer des coupables, et les ferait immédiatement passer par les armes. La sécurité de la ville entière [dépend de] ces mesures de rigueur. HAUTE TRAHISON (p119) Le Beobachter annonce que MM. Bebeck, Liebknecht et Hepner, députés à Berlin, sont poursuivis pour cause de haute trahison. Ces messieurs sont des républicains, et l’on sait qu’ils n’ont cessé de protester contre la continuation de la guerre depuis la capitulation de Sedan, en accusant la Prusse de s’attaquer plutôt à un principe qu’à une situation donnée. HONG KONG (p119) On lit dans l’Echo de Londres, du 23 mars : M. Rowing doit adresser ce soir dans les communes une question au sous-secrétaire d’Etat des colonies à laquelle, nous l’espérons, sera fait une réponse satisfaisante. Si ce que l’on dit est vrai, il paraîtrait que la population de Hong Kong aurait adressé une pétition au gouvernement de Sa Majesté, lui demandant de mettre un terme aux jeux de hasard qui s’exploitent dans cette colonie sous la protection de la loi, et rap- portent un revenu de 15 à 40 000 livres sterling par an. Nous espérons que prompte satisfaction sera donnée aux colons. Le respect que nous nous devons à nous-mêmes veut que nous ne dégoûtions pas les Chinois par le spectacle de notre immoralité. OUVERTURE DES TUILERIES, MISE À L'ABRI DES OEUVRES (p121) Les Tuileries, fermées depuis le 4 septembre par le Gouvernement de la défense nationale, sont ouverts au public ainsi que les musées. DARDELLE. Au Louvre et aux Tuileries, tout est dans le calme le plus complet. Les grilles du jardin privé sont ouvertes dès huit heures du matin, ainsi que celles du square du Louvre. Dimanche, la terrasse sera également livrée à la circulation. Le gouverneur des Tuileries a pleinement réussi dans sa tâche de répandre la tranquillité parmi les habitants du quartier. Le Comité central n’a fait occuper les deux palais nationaux que dans le but de mettre à l’abri et de faire respecter les chefs-d’œuvre et les objets précieux qu’ils contiennent. FAIT DIVERS - LA DEPECHE (p123) Le citoyen Leturet, porteur d’une dépêche du Comité central, fut arrêté par un bataillon réactionnaire. Le brave citoyen préféra avaler la dépêche plutôt que de la livrer. Exaspérés par cet acte de dévouement inattendu, les misérables se jetèrent sur lui et faillirent l’étrangler pour la lui arracher. LA CANAILLE (extrait, voir p 124) […] Pauvres gens, ignorants et ingrats ! Cette canaille, que vous cons- puez, pour laquelle vous n’avez pas assez d’insultes, que vous accusez de pillage et d’assassinat ; cette canaille que vous voudriez voir balayer par le canon, savez-vous ce qu’elle est, ce que vous lui devez ? Savez-vous paysans, bourgeois égoïstes et lâches, ce qu’il y a de dévouement, de courage et de misère dans le cœur de cette canaille ? C’est elle qui vous a fait ce que vous êtes ; c’est elle qui vous a vengés d’une oppression de dix siècles. Paysan, qui est-ce qui t’a donné les moyens d’acheter ton champ, ta vigne et de les cultiver pour toi, pour toi seul ? La canaille. Bourgeois, commerçant, propriétaire, qui est-ce qui t’a donné la faculté de travailler pour toi, pour toi seul, d’amasser, de sortir de la misère, de te faire un petit bien-être ? Qui est-ce qui travaille pour toit et t’enrichit ? La canaille. Et vous député, avocat, médecin, homme de lettres, professeur, capitaine, qui est-ce qui vous a permis de montrer votre licence et votre mérite et de prendre place au soleil ? La canaille. Vous tous, tant que vous êtes, qui vous a faits hommes libres, citoyens ? La canaille de 1789, de 1830, de 1848. […] Vous ne vous souvenez pas même que vos pères faisaient partie de cette canaille, et vous ne songez pas que vous en faisiez partie vous-mêmes, mais sans gloire, si vos pères avaient été aussi égoïstes et aussi lâches que vous. 21 mars Dimanche 26 mars 1871 LA COMMUNE DE LYON (p127) Le Comité central s’empresse de transmettre à la population de Paris la dépêche suivante d’un de ses délégués à Lyon : Lyon, 24 mars 1871. Aux citoyens membres du Comité central, à Paris. Nous sommes arrivés à Lyon et immédiatement introduits à l’Hôtel-de-Ville ; nous avons dû paraître au balcon, aux acclamations de plus de vingt mille citoyens. Dix-huit bataillons sur vingt-quatre sont heureux de se fédéraliser avec les deux cent quinze bataillons de Paris. Pas une goutte de sang versé, grâce aux mesures préservatrices prises par la commission provisoire. Le gouvernement de Versailles n’est pas reconnu. En somme, la cause du peuple triomphe, et Paris seul est reconnu comme capitale. Pour la délégation, Amouroux. À l’appui de cette lettre, Lyon envoyait un exemplaire de l’affiche suivante : République Française Commune de Lyon Le comité démocratique de la garde nationale du Rhône. Le comité central démocratique de l’alliance républicaine du Rhône aux Lyonnais. Citoyens, La commune vient d’être proclamée du haut du balcon de l’Hôtel-de-Ville, aux applaudissements frénétiques de la population entière. Notre ville qui, la première au 4 septembre, a proclamé la République, ne pouvait tarder d’imiter Paris. Honneur à cette courageuse et vaillante population lyonnaise ! Elle vient de concourir au rétablissement de la liberté et de la vraie république. Elle vient de reprendre la direction de ses intérêts trop longtemps absorbés par le pouvoir central. Avec la commune, citoyens, nous aurons un pouvoir unique qui concentrera dans ses mains la force armée et la police municipale. Avec la commune, les impôts s’allégeront, les deniers publics ne seront plus gaspillés, les institutions sociales attendues avec une légitime impatience par les travailleurs seront fondées et mises en pratique. Une ère nouvelle, citoyens, commence pour notre cité. Bien des souffrances et des misères seront soulagées, en attendant que disparaisse la hideuse plaie sociale appelée paupérisme. […] Voir JO p128 LES DORTOIRS VERSAILLAIS (p143) On lit dans le Rappel : L’Assemblée, qui a préféré Versailles à Paris, n’y a pas précisément toutes les commodités qu’elle désirerait. Les hôtels, réquisitionnés pour les officiers des troupes que les ruraux appel- lent à leurs secours, et envahis à prix d’or par les francs-fileurs de Paris, n’ont plus de chambres pour eux. On nous cite un député qui paye 10 fr. par jour un lit dans une cave. A l’hôtel des Réservoirs, on étend de la paille dans un corridor, et ça coûte 10 fr. par coucheur. Le château est un dortoir. Dans la salle des glaces, il y a quinze lits. Dans la salle de Diane, pas de lits ; les députés y dorment sur les fauteuils et sur les chaises. Il n’y fait pas chaud, et, la nuit dernière, un des principaux représentants de Paris s’est enveloppé des pieds à la tête dans la housse d’un canapé. Un bon nombre couchait dans la salle des séances, avant les séances de nuit. Cette mesure a donné lieu, l’autre soir, à un incident. On venait d’entrer. Au coup de sonnette du président, on a vu subitement se dresser en sursaut un personnage casqué d’un mouchoir de couleur et drapé dans une couverture. C’était un représentant de Paris qui, ne sachant pas qu’il devait y avoir une séance de nuit, avait emprunté la couverture d’un pompier et s’était profondément endormi sur une banquette. LES CADAVRES DE SEDAN (P 143) On écrit de Sedan, sous la date du 19 mars de ce mois : «Depuis huit jours, la commission chargée par le gouvernement belge d’assainir le champ de bataille de Sedan opère la crémation dans les environs de cette ville. Elle emploie un moyen très simple pour détruire les miasmes délétères qui étaient à redouter au moment des grandes chaleurs. Voici ce moyen : On fait ouvrir les fosses et l’on met les cadavres à nu, sans toutefois les déranger ; puis on fait verser, selon la quantité de cadavres amoncelés, du goudron de houille, de façon à les recouvrir d’une couche très épaisse de ce liquide. Une fois le goudron infiltré partout, on fait arroser les cadavres à l’huile de pétrole, puis on y met le feu et l’on active les flammes à l’aide de bois de mélèze. Le feu s’étend ainsi partout et pénètre jusqu’au fond des fosses. Après trois heures de combustion, il ne reste que les os tout à fait réduits. Pendant tout le temps de l’opération, les commissaires font des dégagements de clore en masse et les ouvriers avouent qu’ils ne sentent pas la moindre odeur cadavérique. Après la calcination des cadavres, il s’est formé, paraît-il au-dessus des fosses une couche solide de brai sec, qui a elle seule est capable d’empêcher les exhalaisons. Malgré cela, les délégués belges, d’accord en tout avec le conseil supérieur d’hygiène de Sedan, font semer du chlorure de chaux sec dans les fosses et les font recouvrir de terre et de chaux vive, de façon à former de bons tumulus. Il paraît que, d’après les rapports de ces messieurs, à l’exception des enterrements faits sous la surveillance des autorités françaises, les enfouissements sont détestables. C’est ainsi que les fosses renfermant 160 cadavres d’hommes n’étaient recouvertes que de dix centimètres de terre ! » 22 mars Lundi 27 mars 1871 CRITÈRES DU CHOIX ÉLECTIF (P 149) Paris, le 26 mars 1871. La Proclamation suivante a été affichée hier sur les murs de Paris : Citoyens, Notre mission est terminée ; nous allons céder la place dans votre Hôtel-de- Ville à vos nouveaux élus, à vos mandataires réguliers. Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt, et finissent toujours par se considérer com- me indispensables. Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ; ils sacrifieront tout à un discours, à un effet oratoire ou à un mot spirituel. — Evitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère. Enfin, cherchez des hommes de convictions sincères, des hommes du peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. — Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c’est aux électeurs à connaître leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter. Le Comité central de la garde nationale. ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS (p161) Travailleurs, Nous avons combattu, nous avons appris à souffrir pour notre principe égali- taire, nous ne saurions reculer alors que nous pouvons aider à mettre la première pierre de l’édifice social. Qu’avons-nous demandé ? L’organisation du crédit, de l’échange, de l’association, afin d’assurer au travailleur la valeur intégrale de son travail. L’instruction gratuite, laïque et intégrale ; Le droit de réunion et d’association, la liberté absolue de la presse, celle du citoyen ; L’organisation au point de vue municipal des services de police, de force armée, d’hygiène, de statistique, etc. Nous avons été dupes de nos gouvernements, nous nous sommes laissé prendre à leur jeu, alors qu’ils caressaient et réprimaient tour à tour les factions dont l’antagonisme assurait leur existence. Aujourd’hui le peuple de Paris est clairvoyant, il se refuse à ce rôle d’enfant dirigé par le précepteur, et dans les élections municipales, produit d’un mouvement dont il est lui-même l’auteur, il se rappellera que le principe qui préside à l’organisation d’un groupe, d’une association, est le même qui doit gouverner la société entière, et comme il rejetterait tout administrateur, président imposé par un pouvoir en dehors de son sein, il repoussera tout maire, tout préfet imposé par un gouvernement étranger à ses aspirations. Il affirmera son droit supérieur au vote d’une Assemblée de rester maître dans sa ville, et de constituer comme il lui convient sa représentation municipale, sans prétendre l’imposer aux autres. Dimanche 26 mars, nous en sommes convaincus, le peuple de Paris tiendra à honneur de voter pour la commune. Les délégués présents à la séance de nuit du 23 mars 1871 : Conseil fédéral des sections parisiennes de l’Association internationale POINT DE VUE ALLEMAND (extrait, voir JO p162) Nouvelles étrangères Allemagne L’Allemagne du Nord envisage sous un point de vue assez hostile à la France les événements de Paris. Dans la partie sud, au contraire, et surtout en Autriche, la presse émet des considérations d’un tout autre ordre. Voici ce que dit le Tages Presse, de Vienne : […] « Depuis le siècle passé, Paris a vu plusieurs révolutions dans le sens démo- cratique. Mais le parti ultramontain et rétrograde s’est toujours hâté de fausser le résultat de ces révolutions, et tandis que Paris ne pouvait recueillir les fruits mûrs de ses efforts, les départements l’entraînaient dans le tourbillon de la réaction. « A Paris, l’honneur d’avoir pris de grandes initiatives ; à la province, et no- tamment à la population des campagnes, la honte de les avoir déjouées. Il semble que Paris veuille donner aujourd’hui l’impulsion au système fédératif en France, afin de garantir à jamais l’existence de la république. Enseignement universel, obligatoire et gratuit, séparation de l’Eglise et de l’Etat, abolition des impôts indirects et des monopo- les ; impôts progressifs, développement des sociétés d’assurances et des établis- sements humanitaires, garantie d’un salaire minimum, surtout dans les temps de disette, réduction des dépenses publiques des pays fortement peuplés, enfin un projet rationnel et pratique pour un asile destiné aux invalides du travail : voilà des vœux qu’il ne faut pas, de prime abord, condamner comme des utopies, des vœux qui ne vont pas à l’encontre de l’expérience et de la science, et qui, pour la plupart, ont été chaleureusement recommandés par des esprits éminents, comme Stuart Mill et autres. Jusqu’ici, rien n’a encore été fait pour remplir les conditions d’un programme réellement social et humanitaire, et il semble que Paris ne veuille pas permettre cette fois-ci, comme après les autres révolutions, qu’on déchire sans autre préambule ce programme. » […] PETITE ROUERIE VERSAILLAISE (p165) Nous trouvons dans le Rappel les renseignements suivants : On nous signale une petite rouerie du gouvernement de Versailles. Dans le but sans doute de provoquer le mécontentement des employés et de les porter à en jeter la responsabilité sur le mouvement de Paris, le caissier du ministère des finances vient de déclarer qu’il ne pourrait payer à la fin du mois courant les trai- tements sur lesquels ces prolétaires de l’administration se croyaient en droit de compter. Il donne pour prétexte que de nouvelles oppositions ont pu être mises en son absence au ministère des finances, qu’il ne les connaît pas, et ne peut par conséquent payer jusqu’au moment où la tranquillité rétablie lui permettra de re- venir à Paris. On sait ce que cela veut dire, et l’on comprend facilement ce petit manège. Mais les petits employés, qui, comme leurs frères des ateliers, ont eut si souvent à souffrir, n’eut pas attendu jusqu’à aujourd’hui pour se déclarer en faveur d’une réforme radicale. Le bon plaisir a fait son temps, et le principe de la commune libre compte chez eux de nombreux partisans. Les élections le feront bien voir. PARIS TRANQUILLE (p166) Les provinciaux, auxquels on fait accroire que Paris est dans un état de bouleversement impossible à décrire, auraient été bien étonnés s’ils s’étaient promenés hier dans les rues ou sur les boulevards. Tout avait repris sa physionomie habituelle. Les boutiques étaient rouvertes, les restaurants et les cafés revoyaient leurs clients, on sentait partout la tranquillité et la confiance. Le jardin des Tuileries est rouvert, non plus seulement la partie que s’était réservée l’homme qui a fini par Sedan, mais tout le jardin où le public n’était pas entré depuis cinq mois. Le jardin du Palais Royal, qui n’était fermé, lui, que depuis trois jours, également, a également rouvert ses grilles hier. UNE PAGE D'HISTOIRE (extrait, voir JO p166) Une page d’histoire Nous recommandons à l’attention toute spéciale de nos lecteurs le rapport publié par M. Crémieux, à l’appui du décret qui a destitué et flétri les magistrats indignes ayant fait partie des commissions mixtes de 1852. C’est une page d’histoire qui mérite de se graver dans toutes les mémoires. Il est indispensable que la France ne perde jamais le souvenir des monstruosités sans nom qui ont inauguré le régime du 2 décembre, et il n’est pas moins nécessaire qu’elle voue à l’infamie, pour l’édification des générations futures, les misérables ambitieux qui se sont faits les complices et les instruments des abominables attentats commis à cette époque néfaste contre la morale, la justice de l’humanité. On verra dans ce rapport, inséré plus loin, que les commissions mixtes n’ont pas condamné moins de 40 000 citoyens à la déportation à Lambessa ou à Cayenne, à l’exil et à l’internement. Dans certains départements du midi, les transportés des villes et même des campagnes se comptaient par milliers. Notaires, avocats, médecins, juges, grands et petits propriétaires, ouvriers, paysans étaient atteints indistinctement par ces épouvantables proscriptions. Tous étaient égaux devant la haine cruelle et l’implacable vengeance de l’assassin du boulevard Montmartre. Quel était donc le crime des infortunés qu’on envoyait ainsi à une mort presque certaine dans les marais pestilentiels de l’Afrique et des îles de la Guyane ? En expiation de quels noirs forfaits condamnait-on leurs familles au deuil, au désespoir et à la misère ? Leur crime, le voici : ils conservaient dans leur cœur le culte des institutions établies par le gouvernement de 1848, en application des principes de liberté et de justice de notre grande révolution ; ils réprouvaient du fond de l’âme l’odieux parjure de décembre, la violation du droit, l’anéantissement de la constitution ratifiée par les libres suffrages de toute la France. Leur crime, en un mot, était d’être républicains. […] 23 mars Mardi 28 mars 1871 COMMUNE DE TOULOUSE (extrait, voir JO p186) Un de nos amis, qui nous est envoyé de Toulouse, nous apporte le document suivant : La garde nationale de Toulouse, réunie à l’occasion de la création de bataillons de garde constitutionnelle et de l’installation de M. de Kératry en qualité de préfet de la Haute-Garonne, a proclamé aujourd’hui à deux heures l’organisation de la commune aux cris de : Vive Paris ! […] Elle adhère aux préliminaires de la paix et demande que, pour délivrer le plus tôt possible le sol de la patrie de la souillure de l’étranger, des mesures énergiques soient prises pour faire payer, sans délai, les frais de la guerre à ceux qui ont déchaîné ce fléau sur le pays et conclu une paix ruineuse et humiliante. La commune de Toulouse fera respecter toutes les opinions et assurera la conservation de tous les intérêts publics et privés ; mais elle sévira avec vigueur contre toute tentative de perturbation. […] La commune a été proclamée à Toulouse dans la soirée du 25. (p189) SOUSCRIPTION UNIVERSELLE PROPOSÉE PAR LA TURQUIE POUR PAYER LA DETTE FRANÇAISE (p193) Le journal de Constantinople, la Turquie, propose, dans un appel chaleureux, une souscription universelle en faveur de la France. Nous extrayons de cet appel les passages suivants : « Elle n’est pas éloignée, six mois à peine, l’époque où la France, centre de l’Occident, brillait de toute sa splendeur de son génie, de sa civilisation, de sa puissance que des siècles de rayonnement lui avaient acquise. Six mois ont-ils pu effacer des siècles de gloire ? Six mois de revers ont-ils abaissé la nation française au niveau des romains de la décadence et des Grecs du Bas-Empire ? Non. Blessée, la France est tombée sur le champ de bataille perdant à flots son sang, mais elle est toujours la fille des soldats de Fontenoy et des penseurs de l’Encyclopédie. Du fond des ruines amoncelée sur la France, du sein de cette humiliation qu’un ennemi implacable a voulu lui infliger, naît chez tous les peuples une sympathie plus grande, plus rayonnante en faveur de cette nation qui a versé son sang pour toutes les nobles causes, qui a tiré constamment l’épée pour les opprimés contre les oppresseurs. « En ce moment, tous les yeux convergent sur elle pour la voir, dans ses jours d’épreuve, occupée de sa réorganisation, et tournant ses forces vers une rénovation qui intéresse le progrès. Aujourd’hui, le grand courant civilisateur s’est ralenti. La France est à terre ; son industrie est désorganisée, son administration est à refaire ; ses finances sont épuisées, et elle a 5 milliards à payer. Elle est riche, dira-t-on ; oui, elle est riche et elle payera ; mais au prix de quels sacrifices ! Cinq milliards ! Dette écrasante pour une nation, obole pour l’univers. Cinq milliards ! presque rien pour les peuples mus par une même pensée. Et pourquoi ne se cotiseraient-ils pas, tous ceux qui ont regardé la France comme le flambeau de la civilisation ? Pourquoi, en échange de toutes les merveilles qu’elle leur a prodiguées, de toutes les lumières qu’elle a répandues, de toutes les découvertes dont elle a été l’initiatrice, pourquoi le monde entier, qui en a largement bénéficié, ne viendrait-il pas acquitter aujourd’hui une dette légitime de reconnaissance en contribuant à exonérer la France d’une charge aussi lourde ? « Fait sans précédent, cette manifestation serait la protestation de tous contre la force, et l’affirmation solennelle de l’amour de l’humanité pour le droit ! Quel triomphe pour la justice si notre voix étant entendue, on voyait de toutes parts, dans la littérature, dans la presse, dans les salons, dans les administrations, dans les ateliers, des souscriptions s’ouvrir pour payer la rançon de celle qu’on appelle la France, mais dont le nom est : Fraternité. « Puisse notre appel avoir de l’écho. Puissent nos confrères de toutes les parties du monde se joindre à nous et répéter : Souscription universelle. » FAIT DIVERS - LA VENTE DE ME SAPETA (p202) Un singulier marché a été conclu à Gora Koperzyka, en Bohême : un habitant de cet endroit, un certain François Sapeta, possédait entre autres antiquités une femme qui avait plus d’expérience que de charmes. Sapeta, qui n’est pas un archéologue fanatique, caressait depuis longtemps l’idée de se défaire de son trésor, lorsqu’une de ses connaissances, un monsieur Ochab, se présenta très à propos, pour l’aider à réaliser son rêve. M. Ochab lui offrit dans les derniers jours du carnaval dix florins sonnants, s’il voulait lui céder sa femme. L’affaire conclue, M. Ochab, qui, pour le moment, n’était pas en fonds, donna, en guise d’arrhes, un florin de papier, et il fut arrêté aussitôt les neuf florins restants payés, Mme Sapeta passerait en la possession de l’acheteur. Quelques jours plus tard ; M. Ochab se présenta chez le vendeur, paya la somme convenue et se disposa à prendre possession de la femme qui lui appartenait de droit. Cependant, Mme Sapeta qui, probablement avait ouï parler de l’abolition de la traite des esclaves en Europe, et qui semble avoir quelques notions de droit constitutionnel, appuya sa résistance d’un argument en forme de fourche, au moyen duquel elle persuada à l’acheteur de vider les lieux d’un pas accéléré. M. Ochab déposa entre les mains du juge de paix une plainte contre le vendeur et réclama le double des arrhes payées, parce que Mme Sapeta n’aurait pas livré la marchandise, ainsi qu’il était convenu. Le juge de paix, jurisconsulte consommé s’il en fût, ordonna à Mme Sapeta de rendre les arrhes à M. Ochab, mais il condamna ce dernier à une amende de trois florins au profit des pauvres, pour achat de marchandise suspecte. Le juge ne défendit pas la vente ultérieure de la dame Sapeta, convaincu qu’il était que ce vieux tendron du beau sexe ne trouverait plus d’autres amateurs. FAIT DIVERS - LA VIE D'ARTISTE (p203) Dans une crémerie du faubourg Saint-Antoine venait chaque matin prendre son repas un jeune garçon de quatorze à quinze ans, nommé Emile D..., apprenti graveur, de l’extérieur le plus honnête et mis avec une grande propreté. Avant-hier, ayant quelque chose à chercher dans son logement particulier situé à l’entresol, le maître de l’établissement laissa l’apprenti seul, en le priant de l’appeler, s’il venait quelqu’un. Dans le cours de la journée, il s’aperçut qu’une vingtaine de francs et un porte-monnaie de maroquin vert manquaient dans le tiroir-caisse de son comptoir. L’idée ne lui vint pas de soupçonner de ce vol un habitué aussi fidèle, un jeune garçon d’une physionomie aussi avenante qu’Emile D... Avant-hier matin, en arrivant à son heure habituelle, l’apprenti fut pris d’un éternuement. Il tira précipitamment son mouchoir, et le porte-monnaie vert que, par une inexplicable imprudence, il avait gardé dans sa poche après l’avoir dérobé, sauta sur le comptoir. La preuve du vol était flagrante. Le crémier saisit au collet le larron et appela des gardes nationaux qui l’arrêtèrent. Questionné sur les motifs de sa mauvaise action, le jeune garçon a répondu qu’il étudiait le dessin pour devenir artiste, et qu’il avait pris cet argent, afin d’acheter les modèles qui lui manquaient. Cette explication n’a pas paru devoir excuser son méfait, et l’arrestation a été maintenue. FAIT DIVERS - RADIN ! (p204) Un assez grand rassemblement s’était formé avant-hier matin au bord de la Seine, à proximité du pont d’Austerlitz ; il était occasionné par un événement assez bizarre. Un homme d’une quarantaine d’années, bien mis, essayait de faire baigner son chien, qui paraissait avoir peu de goût pour les exercices aquatiques. Comme l’animal, après maintes hésitations, refusait positivement de tenter l’aventure, il le prit par la peau du cou et le lança dans le fleuve. A peine dans l’eau, le chien se retourna vivement et revint vers le bord. Mais la berge étant en cet endroit revêtue d’une muraille presque à pic, il fit d’inutiles efforts pour remonter. Son maître se coucha afin de lui tendre la main. Malheureusement il se pencha d’une façon si exagérée, qu’il perdit l’équilibre et tomba. Deux mariniers, qui travaillaient non loin de là, accoururent promptement, lui tendirent une perche et parvinrent à le retirer sain et sauf, ainsi que son chien. Une fois en sûreté, le monsieur se palpa, et au lieu de manifester sa joie de se voir sauvé de la mort, donna des marques de grand désespoir. Questionné, il répondit qu’au moment où il se penchait pour aider son chien à remonter, son porte-monnaie, placé dans la poche de côté de son paletot, avait glissé dans l’eau. C’est en voulant le ressaisir qu’il était tombé lui-même. Un gamin, sans autre vêtement qu’un pantalon de toile bleue et une bretelle de lisière, offrit d’aller chercher le porte-monnaie. — Va, dit le monsieur, tu auras une bonne récompense ! Le gamin pique une tête, plonge à diverses reprises, et après avoir excité, en tardant à reparaître, l’inquiétude des assistants, se montre tout ruisselant, tenant triomphalement à la main le porte-monnaie, qu’il rapporte à son propriétaire. Mais avant de le lui remettre, il s’arrête et tend l’autre main. Le monsieur avait confié aux assistants que son porte-monnaie contenait 850 fr. tant en billets de banque qu’en or et argent, et, comme il avait promis une bon- ne récompense, on attendait l’effet de sa générosité. Aussi un murmure d’indignation s’éleva-t-il dès qu’on le vit tirer de la poche de son gilet et offrir au gamin qui avait risqué sa vie une pièce de vingt sous. Le gavroche allait peut-être accepter quand un survenant s’écria : — On t’offre vingt sous ; je t’en donne quarante, si tu rejettes ça à l’eau. Le monsieur s’élança ; mais, plus prompt, le gamin renvoya le porte-monnaie dans la rivière. — Combien donnez-vous maintenant pour le repêchage ? demanda-t-on au propriétaire de l’objet. — Cinq francs. — Ce n’est pas assez. — J’irai jusqu’à dix. — Mettez en quinze. Le marché fut conclu ; le gamin replongea et rapporta le porte-monnaie. Quelques instants après, il payait à boire, dans un cabaret voisin, aux spectateurs de l’événement. LA QUESTION DES LOYERS DEVANT LES TRIBUNAUX (p207) À l’audience du 22 mars de la justice de paix du 4e arrondissement, M. Fontaine (de Melun), ayant a statuer sur le refus de payement par un locataire des termes de juillet à octobre 1870, et janvier 1871, a rendu le jugement suivant : En ce qui touche le loyer échu en juillet : Attendu que, échu et dû conséquemment avant les événements politiques, ce terme de loyer est incontestablement exigible et que le locataire ne peut, à aucun titre et sous aucun prétexte, en refuser le payement, le tribunal, jugeant en dernier ressort, le condamne à en payer le montant, soit la somme de cinquante francs, avec intérêts du jour de la demande en justice. Mais en ce qui touche les loyers échus en octobre et en janvier : Vu les malheurs publics et eu égard aux circonstances, le tribunal dit qu’il y a lieu de faire droit, quant à présent, sur ce chef de la demande et déclare surseoir à y statuer. 24 mars Mercredi 29 mars 1871 REMERCIEMENTS À LA GARDE NATIONALE (p215) Paris, le 28 mars 1871. Dans sa séance d’installation, la Commune de Paris a déclaré que la garde nationale et le Comité central ont bien mérité de la patrie et de la République. Le président, Ch. Beslay. Les secrétaires Th. Ferret, Raoul Rigault. LA COMMUNE D'ALGÉRIE (p216) Les délégués de l’Algérie déclarent, au nom de tous leurs commettants, adhérer de la façon la plus absolue à la Commune de Paris. L’Algérie tout entière revendique les libertés communales Opprimés pendant quarante années par la double centralisation de l’armée et de l’administration, la colonie a compris depuis longtemps que l’affranchissement complet de la Commune est le seul moyen pour elle d’arriver à la liberté et à la prospérité. Paris, le 28 mars 1871. Alexandre Lambert Lucien Rabuel Louis Calvinhac RETRAIT DES BARRICADES (p221) Les barricades de la place de l’Hôtel-de-Ville ont été enlevées, et la libre circulation est rendue aux voitures. CAPTIVITÉ DU GÉNÉRAL CHANZY (p222) Le général Chanzy est arrivé hier à Versailles. En entrant dans la cour de l’Assemblée, il a été aussitôt entouré. Un député de droite, — car il faut garder le nom de représentants pour ceux qui sont les mandataires du peuple et non les serviteurs d’un prince, est accouru à lui, et lui dit : — Eh bien, vous voilà sorti des mains de ces misérables ? Le général Chanzy releva l’épithète et répondit qu’à part sa captivité, il n’avait eu qu’à se louer de la manière dont il avait été traité. COMITÉ D'AIDE AUX LORRAINS ET ALSACIENS (p224) Une réunion de nos concitoyens de l’Alsace et de la Lorraine a eu lieu hier, au Havre, dans la salle Sainte-Cécile. Une assistance nombreuse, comptant plus de deux cents personnes, s’était rendue au lieu désigné. Il a été procédé, par voie d’élection, à la nomination d’un comité ; puis l’assemblée a résolu de venir en aide aux habitants de la Lorraine et de l’Alsace, en leur facilitant l’obtention au Havre, des places précédemment occupées par les Prussiens et les Allemands. En outre, la réunion, partageant l’idée féconde émise par la société des employés de commerce quant à la création au Havre de cours gratuits de langues vivantes, a également décidé de faire professer, à ses frais, l’enseignement de l’anglais et de l’allemand. Les cours organisés ainsi seraient accessibles à tous les jeunes gens du Havre, âgés de 14 ans, possédant une instruction primaire suffisante pour pouvoir mettre à profit les leçons, sans distinction de profession, et sans obligation de se destiner à aucune carrière spéciale. Les cours seraient gratuits et obligatoires. Ils pour- raient ainsi se former au Havre même un noyau de plusieurs milliers de jeunes gens qui, dans un délai assez court, posséderaient suffisamment la langue allemande pour que toutes les maisons de commerce du Havre pussent se débarrasser de l’invasion prusso-allemande. […] A notre époque, plus que jamais, on peut dire que l’avenir appartient au savoir, et il importe qu’un peuple qui être réellement libre ne demeure pas dans une dépendance honteuse imposée par l’ignorance. NOUVELLE ORGANISATION DE LA VILLE DE PARIS (extrait, voir JO p229) Par M. Vuillaumé, historien de la Révolution française La division de Paris en vingt arrondissements est défectueuse ; car l’un a 150 mille habitants, l’autre n’en a que 42 mille. Il s’ensuit qu’en donnant à chacun le même nombre de conseillers municipaux, on viole le principe démocratique, qui veut que chaque citoyen ait une puissance élective aussi égale que possible. En second lieu, les arrondissements sont trop populeux et d’un territoire trop vaste (car il y en a qui ont une lieue de longueur) pour que leur administration soit régulière et utile. Enfin, et c’est le plus grave inconvénient, les citoyens ne peuvent guère s’entendre sur les grands intérêts administratifs ou politiques. Il faut donc diviser Paris en 80 sections de 2 à 24 000 habitants. Elles seront délimitées par les rues et les boulevards, de telle sorte qu’elles soient d’une surface aussi égale que possible en longueur et en largeur, et que leur maison commune soit située eu centre. On comprend que les quatre-vingts quartiers actuels ne peuvent servir de base, puisque les uns n’ont pas 5 000 habitants, et que les autres en ont 50 000. […] PROPAGANDE RÉPUBLICAINE (p232) Un jeune et ardent républicain, M. Jules Steeg, rédacteur du Progrès des Communes, donne depuis plusieurs mois dans le département de la Dordogne un exemple qui mériterait d’être sérieusement imité un peu partout en France. Il a compris que la cause de la République ne peut triompher d’une façon durable qu’à la condition d’avoir pour amis et pour collaborateurs les populations des campagnes, si intentionnellement négligées par l’empire et par le clergé, et il a entrepris, à lui tout seul, une lutte ininterrompue dans les villages de la Dordogne pour républicaniser ses concitoyens. Seul, il parcourt les campagnes s’attablant dans l’auberge où se réunissent les paysans et leur exposant, apôtre du droit moderne, les principes républicains ; il leur dit comment la République c’est la liber- té, et aussi l’ordre, c’est le respect des droits de tous par chacun et c’est aussi et avant tout l’accomplissement du devoir de tous et de chacun. M. Steeg a obtenu par cette propagande individuelle et désintéressée des résultats fort notables ; le département de la Dordogne a failli faire passer une liste excellente, et M. Steeg lui-même a été récompensé par une trentaine de mille suffrages. […] Voici les réflexions judicieuses que M. Steeg exposait ces jours derniers dans le journal qu’il rédige, au sujet de la paix et des devoirs nouveaux qui s’imposent à la France. « Que la paix serve à nous purifier ! « Après avoir essayé de faire de la France un camp, il s’agit maintenant d’en faire une école. Ecole d’enseignement mutuel. Pour cela, il faut bannir les querelles, les violences, les récriminations. Il faut qu’un grand parti se forme, celui de la République. Nous ne sommes plus des sectaires au sein du pays. C’est nous main- tenant qui sommes devenus les conservateurs ; c’est nous qui veillons jalousement sur l’ordre des choses établi, c’est nous qui voudrons énergiquement la tranquillité, le maintien des institutions, le respect de la loi, le progrès sans secousse. Main- tenant nous avons le mot, c’est à nous de conquérir la chose. Maintenant la République est sur nos affiches et sur nos monnaies, dans les actes publics, c’est à nous de l’introduire dans les esprits et dans les cœurs.

  • 1g-Discussion Vaillant/Jauress | Auluxecommunal

    DISCUSSION ÉDOUARD VAILLANT / JEAN JAURÈS par Jean-Marie Favière et J.M. A l’occasion de la commémoration du 100e anniversaire de la mort d’Edouard Vaillant, en 2015, je suis devenu propagandiste vaillantique assumé, et donc j’ai beaucoup milité pour le mettre en valeur, en commençant par Vierzon, sa ville natale et accessoirement aussi la mienne. Je dois dire que le résultat dépassa de beaucoup mes espérances, que les relais officiels ne m’ont pas fait défaut loin de là, que l’estime d’historiens reconnus comme Gilles Candar m’a plus que comblé. Bref, la réception fut, comme on dit, globalement positive… et au-delà ! C’est pourquoi je fus bien étonné de rencontrer une voix discordante. Ce fut celle d’un ami du même prénom que moi, Jean-Marie B., né à Castres, et qui n’a pas manqué de trouver que ma façon de hausser la stature de Vaillant, c’était faire un peu trop d’ombre à celle de son idole à lui, à savoir le grand Jean Jaurès. C’est lui qui initia notre échange fictif sous la forme d’une lettre dans laquelle, après moi, il glisse sans transition vers Vaillant. Je lui réponds en jouant le jeu, et en initiant ainsi une manière de dialogue des morts épistolaire. Jean-Marie Favière Mon cher Jean-Marie, puis mon cher Edouard, J'ai apprécié ta fougue oratoire concernant la défense de celui qui, comme disait Brassens, "est né quelque part", agitant même nerveusement tes petits poings face à ceux qui auraient eu l'outrecuidance de ne pas partager tes conclusions. J'ai été profondément choqué par tes classements de politiques, j'avais envie de participer au vote par SMS, mais de là où je suis !!! C'est fini les distributions des notes, M. le professeur, surtout lorsqu'on veut évaluer les plus belles promesses. Je considère qu’Edouard et Jean ont parlé de projets à des hommes debout, à eux de s'engager suivant leurs convictions. Que ceux qui viennent après récupèrent, essaient d’endosser - et de leur faire endosser - des habits trop grands, tentent de classer leurs poulains, on appellera simplement cela au mieux de la "politique fiction". Je te laisse donc bien fraternellement, mon cher Edouard, baptiser la gare à ton nom et tu peux me dédier une impasse si tu veux. Notre éclipse viendra un jour, vanitas... S'ils savaient comme on voit ça de haut tous les deux. Avec toute mon affection, Ton Jean Jaurès Mon cher Jean-Marie (cher homonyme), Étant moi aussi un imbécile malheureux qui pense qu'être né dans le réel de quelque part n'empêche nullement de viser l'idéal de l'ailleurs, ayant visité le musée qu'on a édifié à deux pas de chez toi, en ayant conçu quelque idée dépourvue de jalousie excessive pour ma ville, je te fais parvenir, afin que tu la transmettes à ton ami Jean, la missive que mon ami Edouard n'a pas manqué de me demander de te faire parvenir par voie de mailing, le temps des ballons montés étant désormais révolu. Voici donc : Mon cher Jean, Excuse-moi, mais ça te va bien de prôner le détachement du point de vue de Sirius, quand tous les successeurs, sur notre bonne vieille terre où ils vivent très concrètement, t’ont donné la vedette en reléguant tous les autres, et moi le premier, dans les oubliettes de l’histoire. Tous ceux qui ont des privilèges indus, depuis l’ancien régime jusqu’à notre belle République si égalitaire (n’est-ce pas ?), nous assènent ainsi le refrain du « à quoi bon ». Très bénins quand rien ne bouge, ils sortent vite les armes, depuis l’ironie pour commencer, jusqu’à la mitraillette pour finir, en passant par la calomnie, dès que leurs positions sont menacées. J’ai pu en faire l’expérience au moment de l’affreux massacre de la Commune de Paris, et heureusement pour toi, ta jeunesse t’en a préservé. Comme tu le sais, toi qui t’es compromis beaucoup plus que je l’aurais souhaité avec les notables bourgeois en place, et même avec les fusilleurs du peuple parisien, je suis sensiblement plus révolutionnaire que toi. Quant à mes poings, je te rappelle que ceux qui ont eu l’occasion de s’y frotter, foi de Berrichon robuste, ils ont pu très vite vérifier de très près leurs dimensions véritables. Il ne m’échappe pas que, dans ce dialogue des morts, tu vises plutôt, par un glissement épistémologique un peu rapide, les vivants que tu ne portes pas dans ton cœur. Mais ce professeur auquel tu reproches sa frénésie de mettre des notes, je le connais bien, et même très bien, depuis le temps que nous nous fréquentons, lui et moi. Ce qui l’anime en l’occurrence, ce n’est pas je ne sais quelle déformation professionnelle mal placée, c’est la conviction profonde de toute une vie que la vérité doit l’emporter sur la propagande, l’enfumage et le mensonge. Sa devise est celle que Rousseau emprunta à Juvénal: Vitam impendere vero, Consacrer sa vie à la vérité. Et il ne le fait pas que pour les vivants. Son cri du cœur est celui de Hugo : « Ciel ! oublier les morts ! ». Depuis longtemps il a défendu, c’est son côté Robin des Bois ou Don Quichotte - au choix -, ceux que la pensée dominante traite injustement. Ainsi, pour ne considérer que les sciences, mon domaine de prédilection, comme tu le sais, cher brillant littéraire : Descartes par rapport à Newton, Lamarck par rapport à Darwin, De Broglie par rapport à Einstein… Ce ne sont là que des moulins, peut-être, de ton point de vue purement utilitaire et terre à terre de Sancho Pança, mais je sais qu’il a envie de le faire d’abord parce que ça lui est nécessaire, et que les récupérations humainement possibles ne lui sont pas un motif suffisant pour s’abstenir. Il pense même qu’en règle générale les humains, vivants ou morts, ont trop souvent le réflexe de bondir aux arguments négatifs pour trouver des excuses confortables pour ne rien faire. Il est vrai qu’on y court moins de risques qu’en s’exposant, même dans le cadre de ces très modestes engagements qui n’ont rien à voir avec les nôtres (il est le premier à en convenir), car je ne suis pas le seul à avoir eu à subir le feu des basses calomnies, tu as eu largement ta part toi aussi, et tu m’as alors bien entendu trouvé aussitôt à tes côtés. Et puisqu’on parle des vivants, je sais qu’il se refuse absolument à les voir tous comme des endosseurs d’habits trop grands ou autres hypocrites médiocres. Il persiste à croire encore, pauvre naïf brélien qu’il est, qu’il y a aussi bien des contemporains dignes d’affection – Brel aurait même employé le mot « tendresse » -, voire d’estime, qui cherchent avec courage la vérité et qui ont envie de la dire, une fois qu’ils l’ont découverte, ou cru l’avoir découverte. Je crois que ça doit te rappeler quelque chose, mon cher citoyen Jean Jaurès. Oui, je ne trouve pas absurde de penser qu’il existe encore, même en des endroits reculés, même dans des professions obscures, des gens qui sont taillés dans la même étoffe que nous-mêmes. Nous n’avons pas vêtu nos grands habits pour que nos successeurs aillent tout nus. Ce qui semble nous différencier, c’est que moi, y compris de là-haut, je continue à me préoccuper du sort matériel de ceux qui vivent dans des conditions difficiles. Je les regarde, non de loin, mais au contraire de très près. Je leur ai consacré ma vie, j’entends bien leur consacrer aussi ma mort. Quant à ton avenue, tu en parles encore d’autant plus à ton aise que tu ne risques pas d’être victime de l’improbable disgrâce que tu fais semblant d’envisager pour faire croire qu’elle pourrait te faire peur. Certes, la mienne, dans ma ville, est plus longue que la tienne, elle est même la plus longue de Vierzon, mais c’est ma ville, quand même. Moi, ton copain, dans ton musée, je n’ai droit qu’à quelques gravures de seconde zone. Tu sais que la tienne, d’avenue, dans ma ville, si on la prolonge, elle mène jusqu’à Tours. La mienne, dans le même cas, mène directement à Paris. Tout un symbole. Mais l’important n’est-il pas que leurs prolongements, jusqu’au cœur de Vierzon, convergent dans l’avenue de la République ? Enfin, pour trouver une formule conclusive, symétrique de la tienne tirée de l’Ancien testament - ce qui ne m’étonne guère de ta part, soit dit en passant (mais non, je te charrie !) -, je citerai Cyrano, un de mes maîtres en athéisme, car même si ça ne sert à rien, je proclame que c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! Mais si depuis ton cher musée confortable, tu te sens un poil menacé, c'est peut-être que ce n'est pas aussi vain que cela. Mais assez de contrariétés entre nous. Tu cites Brassens, je cite Brel, et je les aime tous les deux. Comme quand nous n’étions pas d’accord vivants, c’est un irrépressible besoin de dialogue qui nous unit encore. Si tu crois que je n’ai pas deviné ton habituel petit jeu, qui consiste à me titiller pour te donner le plaisir de ma réaction disproportionnée de Vierzonnais soupe au lait… toi qui te flattes, bien abusivement d’ailleurs, d’être un Castrais tranquille. Continue, s’il-te-plaît, et sois assuré de mes réponses. Avec toute mon affection et toute ma tendresse, (et tu sais mieux que personne que ce n’est pas un vain mot. Autant que mes multiples activités, c’est bien ta disparition tragique qui a fait que j’ai été incapable de te survivre bien longtemps. Et tu as beau, depuis ce 18 décembre 1915 où je n’ai pas manqué de te rejoindre, me charrier constamment et lourdement à ce sujet, ce n’en est pas moins la VÉRITÉ. Je l’écris en bien gros, ce mot, pour que tu puisses facilement le voir. Je bois enfin spontanément, car je suis resté un bon vivant même au paradis des socialistes, à ta santé éternelle.) Ton Edouard Vaillant Mon cher Edouard, Je suis très fier d'avoir su provoquer chez mon cher E(lève) V (ierzonnais) cette fougue oratoire qui s'autoalimente à des convictions bien ancrées en toi et dans lesquelles j'ai reconnu des passerelles qui nous relient. A titre amical, je te serais très reconnaissant de ne pas trop insister sur mon lieu de naissance. Tu n'es pas sans savoir que dans les cours de récréation de nos chères écoles républicaines (je sais, pas assez selon toi...) il était de bon ton pour certains chenapans de se moquer de celui qui était "castrais de naissance". Pas toi mon cher EV ! Tu m'avais parlé récemment de ton idée d'école "polytechnique". D'où je suis, je me suis renseigné et on m'a affirmé que ce serait le terme exact employé après 1945 dans l'organisation d'un petit état appelé RDA. Tu vois, il y a de l'espoir pour tes idées et je m'en réjouis de façon fort charitable. Nous aurons peut-être l'occasion de continuer cette fausse "dispute" puisqu'il paraît que ça va être ta fête pendant un an. Ton JJ Mon cher J(eune) (J)aurès, Celui qui est né près de vingt ans avant l’autre ne saurait aisément en bonne logique mathématique être l’élève de son cadet. Je t’assure que je ne voyais aucune malice dans le gentilé de Castres, mais je veux bien trouver une périphrase qui t’agrée davantage, même si on a tous deux depuis longtemps déserté les cours de récréations, républicaines ou pas. Merci pour cette perche du « pas toi » que je saisis aussitôt à ton encontre. Par pitié, pas de ces arguments en forme d’amalgames indignes. Il y a d’autres écoles polytechniques qu’en RDA, et argument ad hominem après argument ad hominem, j’espère que tu n’oserais pas dire, en ce qui concerne le professeur qui se dévoue, sinon pour ma cause du moins pour ma mémoire, qu’il a choisi pendant près de trente ans comme sport favori le handball, dont on peut considérer qu’il était pourtant le sport national des nazis. Il existe, et c’est heureux, des clubs de handball en démocratie, et des écoles qui se soucient des sciences et des techniques également. Puisque je pense qu’il ne craint désormais plus rien de ce côté, et que je ne fournis plus en le disant du carburant à ta vindicte, je te signale qu’il roule aussi en Volkswagen. Je ne te dirai pas comme Hérodiade à sa nourrice : « Va, garde ta pitié comme ton ironie », puisque je ne souhaite rien tant que la fête continue. Dommage d'ailleurs qu'on soit si près au fond de la fin de l'année. Alors à l’imminente revoyure, cher JJ. Ton EV Mon cher Edouard, Tu dois t'interroger sur les raisons de ce silence épistolaire. Tu n'es pas sans savoir que ce début de printemps est concomitant avec les fêtes pascales comme avec tes premiers engagements. Je sais qu'avec tes amis vous avez parfois raillé mes rapports avec la religion (je te répondrai à ce sujet un autre jour lorsque j'aurai plus de disponibilité). Aux alentours de cette fête chrétienne, j'ai l'habitude d'emmener mes amis faire un peu de marche en montant le pittoresque « chemin de croix » qui s'élève au-dessus du Tarn sur la presqu'île d'Ambialet. Si tu as l'occasion de venir, tu ne seras pas déçu... Aujourd'hui je voudrais simplement, sinon confesser, du moins préciser ma position par rapport à la politique extérieure de notre pays impulsée par Jules Ferry. J’anticipe ainsi une éventuelle « autre remarque bienveillante » de ta part, sachant à quel point tu es, toi, parfaitement insoupçonnable en ce domaine, ayant même dans ton parti, et parmi tes proches, le champion de la cause anticolonialiste du temps, Paul Louis, l’auteur, en 1905, du fameux livre Le colonialisme… Cela étant dit, je revendique le droit à la nuance et à l’évolution positive. Tu sais combien j'admire Jules Ferry, et son idée de répandre les lumières de notre civilisation m'a semblé cohérente. Dès 1883, ma position pro-coloniale était bien connue. En 1895, mon ami Viviani m'a invité à me rendre en Algérie en sa compagnie. A Sidi Bel Abbès j'ai pu constater la différence des conditions, la morgue des colons, l'exploitation des indigènes. Il m'est revenu à l'esprit les propos pleins de mépris pour les Algériens que tenait mon aumônier au collège de Castres. C'était un aumônier militaire. J'ai même écrit à cette époque-là : « l'égoïsme des gouvernements et des classes dirigeantes françaises a consommé là-bas, par des moyens variés, le meurtre de tout un peuple. » En février 1898, j'ai déposé une proposition de loi visant à « l'émancipation des musulmans algériens par la qualité de citoyen français ». Tu penses bien que de nombreux obstacles se sont dressés face à cette proposition. Aussi j'ai remis l'ouvrage sur le métier dès le mois de juillet de la même année. Je demandais « l'élection d'un collège de délégués de populations arabes qui viendraient périodiquement devant la Chambre française, au moment du budget de l'Algérie, exposer ses voeux, les doléances du peuple arabe, et participer à la discussion et au vote des lois intéressant l'Algérie ». Tu sais bien sûr qu'en 1907 je me suis opposé à l'expédition au Maroc. Ce que j'écrivais à l'époque : « Evidemment ces hommes paraissent s'incliner, se résigner, quand la force brutale est sur eux; puis ils se relèvent, la haine au coeur. Il en sera ainsi jusqu'à ce que nous ayons ou conquis le Maroc tout entier ou renoncé à violenter ce peuple. » On est loin de ce que certains ont pu me faire dire, en se focalisant sur une seule période. Je persiste à réclamer une évolution de la pensée en la confrontant avec le réel. Rappelle-toi, en 1912, après le traité de protectorat de la France avec le sultan du Maroc... Je disais ceci: « Eh bien! je dis que parmi tous ces peuples longtemps ou endormis ou séparés de l'Europe par des océans d'indifférence, je dis que partout il y a des forces morales neuves qui s'éveillent, un appétit de liberté, un appétit d'indépendance, le sens du droit , qui pour s'affirmer nous emprunte quelquefois nos propres formules. Et je dis que pour le peuple qui aurait le courage, la sagesse, la généreuse clairvoyance de ne se livrer nulle part dans le monde à une politique de conquête et d'expropriation brutale, pour ce peuple-là, il y aurait eu chez toutes ces races qui s'éveillent et qui veulent leur droit une force de sympathie qui était une puissance réelle ». Je te laisse à regret, d'autres tâches urgentes m'appellent. Nous aurons d'autres sujets d'échange qui ne manqueront pas d'affiner nos positions. Bien cordialement et avec tout mon respect, Jean Mon cher Jean, En ce qui me concerne, jamais je n’ai pu dire le moindre bien de Ferry, qui m’a fait détester jusqu’au mot « opportuniste » lui-même, étant de ces opportunistes qui furent complices actifs dans le camp et la droite ligne de celui qui fut à la fois un proto et super opportuniste, à savoir l’abominable Thiers. Thiers, qui prétendit maintenir les privilèges d’un nombre infime de grands possédants en fusillant cyniquement des dizaines de millier d’hommes, de femmes et d’enfants du peuple de Paris. Ce peuple de Paris qui n’est autre qu’un condensé du peuple de France dans la capitale. Il est vrai que ce peuple était menaçant et dangereux pour les privilégiés s’il s’organisait un peu plus, et s’il lui venait le mauvais goût de revendiquer si peu que ce soit. Le dernier livre de Thomas Picketty sur Le capital au XXIe siècle présente des données qui remontent à 1870. A côté de cette époque, la nôtre, qui pourtant évolue d’une manière vertigineuse depuis plusieurs décennies dans le sens d’un accroissement des inégalités, ferait figure, à côté, de modèle d’égalitarisme. On trouve alors non seulement normal, mais aussi nécessaire, que 99,5% des Français survivent à peine pour entretenir une élite sociale et culturelle qui dirige et représente la France. Comme disent les économistes, le décile supérieur possède alors 81% du capital (ou du patrimoine, c’est synonyme), et c’est 50% pour le seul centile supérieur. Pour comparer avec 2010, où c’est pourtant énorme, scandaleux et indécent, il faut retirer près d’une vingtaine pour l’un, à 62%, et près d’une trentaine pour l’autre, à 23%. Tu comprends que je n’ai jamais eu de tendresse particulière pour ceux qui mobilisaient toutes leurs forces pour empêcher qu’on corrigeât si peu que ce fût cette injustice. Quand les lois éducatives en question sont passées, je n’ai rien dit, ni dans un sens, ni dans l’autre. J’ai méprisé cette récupération des engagements d’autres acteurs, à commencer par les miens, depuis 1871, après que Ferry a remis les écoles parisiennes dans les griffes des congrégations d’où je les avais sorties, retardant ainsi des réformes déjà faites d’au moins dix ans. D’autres acteurs : c’est-à-dire Jean Macé, Paul Bert, et même Charles de Freycinet ou Jules Grévy. Je n’ai même pas cherché à argumenter pour en relativiser les effets de propagande, qui tendaient à faire croire qu’il n’y avait rien avant et tout après, alors que les effectifs scolarisés à l’école primaire n’ont pas bougé, ou si peu. Quant à la fameuse obligation qu’on prétend associer à la laïcité, elle fait oublier, présentée en paquet cadeau global, qu’il n’y a aucune obligation d’enseignement laïque, mais seulement d’enseignement. Si bien qu’en 1887, les congrégations, très peu inquiétées malgré leurs cris d’orfraie, ont encore la main sur un bon tiers des élèves du primaire. Comment aurait-il pu en être autrement, quand la fameuse lettre de Ferry aux instituteurs interdit à ces derniers d’envisager quoi que ce soit qu’un seul père de famille serait susceptible de leur reprocher ? Avec de pareils principes, qui sont, plus que des freins, des bâtons dans les roues, il est évidemment impossible d’avancer. Quant au secondaire, inutile de rappeler qu’étant totalement en dehors de la réforme, il continue donc, par le biais de son enseignement payant et cher, de reproduire la même élite sociale qu’auparavant, destinée à fournir les cadres du régime. La cohésion sociale, recherchée au moyen d’un nouveau contenu des cours - à peu près la seule chose qui change avec l’allongement du temps d’enseignement -, c’est d’abord contre les contestataires de gauche qu’elle se constitue. De l’aveu même de Ferry. Dans ses discours de Rouen et du Havre, en 1883 – l’année où il m’exproprie de mon domicile de la route de Paris pour y construire le lycée Henri Brisson -, il déclare, ce sont ses mots, la « guerre aux intransigeants », la guerre à ceux qui sont plus à gauche que lui, guerre qu’il avait commencée avec les lois scolaires, lesquelles n’étaient pas tant promulguées pour les beaux yeux d’un peuple qu’il ne fréquentait guère, mais pour assurer le maintien au pouvoir de son parti. Il le disait explicitement dans son discours de 1879 au conseil général des Vosges : « Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. […] Si cet état de choses se perpétue, il est à craindre que d'autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d'ouvriers et de paysans, où l'on enseignera des principes totalement opposés, inspirés peut-être d'un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871. » Qu’il puisse y avoir soupçon d’inspiration socialiste ou communiste, voilà bien ce qui pour Ferry était plus à craindre que le diable. Quand mon école visait à l’émancipation, la sienne visait à la soumission à l’ordre établi. Dans le contexte tragique de l’époque, j’allais même jusqu’à trouver pertinent ce que disait mon amie Louise Michel : « La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter. » Inutile de dire qu’il n’était pas du même camp que nous. Quant à mon éventuelle moquerie, nous nous connaissons assez pour que je n’aie pas à faire l’effort d’esquiver, en ce qui me concerne, ton argument issu de La Fontaine ; tu sais : « Car vous ne m’épargnez guère, vous, vos bergers et vos chiens… ». Autant je milite pour éradiquer la religion dans la vie politique et éducative, soucieux que je suis de voir les citoyens français former leur personnalité en exerçant pleinement leur liberté, laquelle ne se conçoit pas sans une rationalité fondée sur la science et éloignée de la superstition, autant je ne prétends pas condamner sur cette base des convictions sincères qui s’exercent dans le domaine privé. Il me semble en avoir donné un parfait exemple dans ma filiation directe : la personne que j’aime le plus au monde c’est ma mère, et réciproquement. Or, elle ne m’a jamais embêté avec mon athéisme, je ne lui ai jamais manqué de respect en ce qui concerne ses croyances religieuses. Et je n’ai jamais été de ceux qui ont voulu douter de toi sur ce sujet-là. Voici maintenant, pour finir, ce que j’écrivais dans le manifeste Aux Communeux, lorsqu’en juin 1874 j’étais depuis trois ans en exil à Londres après la répression sauvage et meurtrière du mouvement communaliste, répression à laquelle l’Eglise s’est empressée de donner son soutien et sa bénédiction, quand elle n’a pas directement soufflé sur les braises. C’est d’ailleurs une constante de notre histoire de France, et ce que je dis ici en d’autres termes, dans le contexte de légitime colère qui était le nôtre à l’époque, c’est d’abord « plus jamais ça » : « Nous sommes athées, parce que l’homme ne sera jamais libre, tant qu’il n’aura pas chassé Dieu de son intelligence et de sa raison. Produit de la vision de l’inconnu, créée par l’ignorance, exploitée par l’intrigue et subie par l’imbécillité, cette notion monstrueuse d'un être, d’un principe en dehors du monde et de l'homme, forme la trame de toutes les misères dans lesquelles s'est débattue l’humanité et constitue l’obstacle principal à son affranchissement. » Bien à toi, Edouard Mon cher Edouard, La canicule aidant, les vacances parlementaires étant en vue, je viens converser avec toi, libres propos que, j'espère, tu n'iras pas (c'est ton péché mignon) transformer en contre thèses… Laissons-nous aller... J'ai eu vent, de là où je suis, que tu serais l'inventeur de l'autogestion. Attention Edouard, on va bientôt te coller l'écologie ! Ta béatification est en bonne voie, l'imprimatur te guette. Je suis passé par là moi aussi et ça ne dure pas longtemps. Permets-moi de te rappeler, en quelques mots, le 24 novembre 1924, jour du transfert de mes cendres au Panthéon. C'est Edouard Herriot, président du conseil, radical investi après la victoire du cartel des gauches, qui avait pris l'initiative de ce témoignage de la nation. Des tensions se sont fait jour entre radicaux et socialistes concernant la signification à donner à l'événement. Hésitations sur la date, discordances sur l'organisation. D'autant plus que les radicaux étaient absents du comité qui en était chargé. De leur côté, les communistes avaient décidé de bouder la cérémonie officielle et d'organiser leur propre défilé où les slogans étaient en majorité des appels à la révolution prolétarienne. En plus, pas de représentant de la municipalité toulousaine (radicale) aux manifestations de Paris et de Toulouse. Evidemment, il s'en suivit beaucoup d'incompréhensions et de critiques... Dieu m'est témoin que je n'ai jamais voulu cela !!! Cela me rappelle nos différents. Te souviens-tu de ce que tu me disais au parlement ? « Peut-on concevoir qu'un socialiste , engagé dans le combat pour le remplacement du régime capitaliste par un régime collectiviste, puisse s'intégrer à un gouvernement bourgeois ? » Tu sais bien que je n'ai pas revendiqué pour moi-même cette participation, mais je l'ai appuyée. Vous m'avez attaqué rudement. Je pense au « clash » de ce fameux Congrès d'Unité de la salle Japy en décembre 99, puis à la fondation en 1901, qui fut ton oeuvre, d'un Parti Socialiste de France . Vous avez été virulents à mon égard sur le terrain, dans la presse. Mais beaucoup moins sur le plan parlementaire… Tu sais qu'avec mes amis radicaux, nous nous sommes toujours réclamés d'une culture républicaine fondée sur un caractère démocratique du pouvoir, un respect des libertés individuelles, la primauté de la justice sur la charité. J'ai toujours récusé l'idée de la dictature du prolétariat ou la conception d'un Etat de classe. J'ai toujours soutenu la République qui permet de « ménager des transitions » et d’« émousser la révolte des habitudes ». Rappelle-toi ce que j'écrivais dans les Etudes Socialistes de 1902 : « Ce que propose le Manifeste (de Marx), ce n'est pas la méthode de Révolution d'une Classe impatiente et faible, qui veut brusquer par artifice la marche des choses ». Et j'ajoutais : « seul un programme révolutionnaire reposant sur une acceptation de la démocratie et de la légalité permettra, plus que l'attente quasi mystique d'une catastrophe, de donner substances aux aspirations révolutionnaires, de transformer le régime de la propriété, de renforcer les libertés. » Et vois-tu, mon cher Edouard, aujourd'hui je persiste et signe dans ce que je déclarais en 1904 à la tribune de l'Assemblée Nationale : « Je n'ai pas la prétention puérile de n'avoir pas changé en vingt ans d'expérience, d'étude et de combat. Ou plutôt je ne me calomnie point assez moi-même pour dire que la vie ne m'a rien appris. » Voilà, mon cher Edouard, ces quelques réflexions, en filigrane de ta béatification républicaine, de la part de ton ami Jean. Je vais maintenant te taquiner. Ton patronyme me semble éternel ; en témoigne la devise de Jacques Coeur, un Berrichon lui aussi. Et même au 20e siècle !!! Donné comme exemple aux bons enfants les magazines Coeur Vaillant et Âmes Vaillante. Donné comme exemple aux enfants de gauche, le magazine... Vaillant !!! Etonnant , non ? Te voilà consensuel ! Je vais rejoindre mes amis du Tarn. On me dit que tu fais une escapade en Ariège. Belle région ! Je t'embrasse Ton Jean Mon cher Jea n, Je ne disconviens pas que les vacances doivent inciter à une certaine détente, mais pas au point de ne pas me rendre compte que les taquineries commencent bien avant la conclusion où tu fais mine de les annoncer. Je n'ai pas besoin de récupération pour faire état de mes actions. Même avec l'écologie - que fidèle à mon athéisme je n'hypostasie pas - je m'étonne de t'étonner, puisqu'il est de notoriété ancienne qu'elle fut parmi mes préoccupations prioritaires, et le médecin que je suis mesure le nombre de vies humaines que l'on peut immédiatement sauver par ce moyen. Je rappellerai juste ma réussite en ce qui concerne la fusion préalable des mouvements marxistes, mon Comité Révolutionnaire Central et le Parti Ouvrier Français de Guesde dans le cadre du Parti Socialiste de France, qui permit ensuite de nous regrouper entre nous dans la SFIO, ce qui eût été largement impossible sans cela, tant tes positions et celles de Guesde étaient antinomiques alors. Ma position sans compromission et clairement affirmée en toute occasion ont rassuré les guesdistes, tandis que la fidélité de mes votes en faveur de la République a rassuré tes partisans : la voie vers l'unité était alors ouverte. Par ailleurs, il est vrai que je ne déteste pas mon patronyme ni les connotations qui s'y rattachent. L'Ariège, terre de luttes, me va bien, ainsi que son slogan « Terre courage ! », même s'ils ont cru bon d'en changer récemment sous prétexte que ça n'évoquait pas suffisamment les loisirs « cool » aux touristes qu'on veut attirer. Bonnes vacances et bon courage donc, car je sais que tu ne les conçois pas dans la paresse. Ton fidèle Edouard

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 3

    Mardi 4 avril 1971 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 3 Next Next Mardi 4 avril 1971 ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p 382) Ajournement des élections communales en raison des opérations militaires engagées Paris, le 3 Avril 1871. La Commune de Paris, En raison des opérations militaires engagées, ARRÊTE Art. 1er. Les élections communales précédemment fixées au mercredi 5 avril sont ajournées. Art. 2. Le jour du scrutin sera indiqué aussitôt que le permettra la situation faite à Paris par l’attaque du gouvernement de Versailles. _________________________________________________ DÉCLARATION - COMMUNE DE PARIS (p382) Nominations de Delescluze, Cournet et Vermorel à la Commission exécutive, de Cluzeret au Ministère de la guerre, de Blanchet et Géresme à la Commission de justice La Commune décide : Les citoyens Duval, Bergeret et Eudes, retenus loin de Paris par les opérations militaires, sont remplacés à la commission exécutive par les citoyens Delescluze, Cournet et Vermorel. Le citoyen Cluzeret est délégué au ministère de la guerre. Les citoyens Blanchet et Géresme sont délégués à la commission de justice. _________________________________________________ DÉCLARATION – MAIRIE DU 1ER ARRONDISSEMENT (p 388) Devoir d'engagement dans la Garde nationale La Délégation communale du 1er arrondissement à ses administrés Citoyens, Dans les circonstances solennelles où nous nous trouvons, il est du devoir de tout bon citoyen de faire acte de patriotisme et de courage civique en offrant spontanément à faire partie des bataillons de gardes nationaux fédérés. La loi nous autorise à vous y forcer. Nous ne voulons pas recourir à la force. Nous voulons simplement faire appel à votre honneur, à votre patriotisme, persuadés que nous serons entendus et compris par tous ceux qui ont un cœur généreux. Nous ne voulons simplement faire appel aux lâches, ni à ceux que vingt années d’Empire ont gangrené jusqu’aux sentiments les plus nobles qui caractérisent l’homme : les sentiments de liberté. Vous ne voulez pas plus que nous vous donner un maître. Vous voulez vivre libres et participer à la régénération de notre malheureuse patrie. Ne poussez donc pas à la décadence notre malheureux pays. En tout temps, l’abstention et l’indifférence sont coupables. Aujourd’hui sachez que ce sont des crimes. Citoyens, formez vos bataillons ! Fédérez-vous sans retard ! Unissez vos efforts contre le danger commun. Rappelez-vous que nous avons combattu ensemble côte à côte contre le Prussien, et sachez que tous les généraux lâches et perfides qui nous ont trahis, vendus à la Prusse, ne méritent ni pitié ni pardon, pas plus que les vils sicaires de l’Empire, troupes mercenaires au service de tous les despotes. La délégation provisoire du 1er arrondissement Dr Pillot, Napias-Piquet, Toussaint, Winant, Tanguy, Joly, Sallée Mercredi 5 avril 1871 NOMINATION - COMMISSION D'INITIATIVE POUR LE TRAVAIL ET L’ÉCHANGE (p 417) Création d'une commission d’initiative pour le travail et l’échange. Commune de Paris Il est nommé une commission d’initiative pour tout ce qui a rapport au travail et à l’échange. Cette commission, qui siégera au ministère des travaux publics, est composée des citoyens Minet, Teulière, E. Roullier, Paget-Lupicin, Seraillier, Loret, Henri Goullé, Ernest Moullé et Lévy-Lazare. Pour la commission : B. Malon, L. Frankel. _________________________________________________ DÉCLARATION - MINISTÈRE DE LA GUERRE (p 418) Réorganisation et soldes des compagnies de marche pour les citoyens de 17 à 35 ans non mariés, les gardes mobiles licenciés, les volontaires de l’armée ou civils Les compagnies de marche seront immédiatement réorganisées. Les officiers, sous-officiers et gardent entreront en solde à partir du 7 avril. Les gardes toucheront 1 fr. 50 et les vivres. Les sous-officiers, 2 fr. Les officiers, 2 fr. 50. Quand les compagnies agiront en dehors du service, les officiers toucheront la solde de leur grade dans l’armée. Les quatre compagnies de chaque bataillon éliront un chef de bataillon spécial. Les élections auront lieu le 6 avril. La revue sera passée au Champ-de-Mars par les membres de la commune, le 7 avril, à deux heures de l’après-midi. Bureau d’organisation et de renseignements au ministère de la guerre et à la place. Font partie des bataillons de guerre tous les citoyens de 17 à 35 ans non mariés, les gardes mobiles licenciés, les volontaires de l’armée ou civils. Les effets de campement seront complétés dans le plus bref délai. Paris, le 4 avril 1871. Par ordre de la Commune, le délégué au ministère de la guerre, Cluseret Jeudi 6 avril 1871 DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 448) Les accusés de complicité avec le gouvernement de Versailles seront otages du peuple de Paris. L'exécution d'un prisonnier ou d'un partisan sera suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus en vertu de l’article 4, désignés par le sort. La Commune de Paris, Considérant que le gouvernement de Versailles foule ouvertement aux pieds les droits de l’humanité comme ceux de la guerre ; qu’il s’est rendu coupable d’horreurs dont ne se sont même pas souillés les envahisseurs du sol français ; Considérant que les représentants de la Commune de Paris ont le devoir impé- rieux de défendre l’honneur et la vie des deux millions d’habitants qui ont remis entre leurs mains le soin de leurs destinées ; qu’il importe de prendre sur l’heure toutes les mesures nécessitées par la situation : Considérant que des hommes politiques et des magistrats de la cité doivent concilier le salut commun avec le respect des libertés publiques, DÉCRÈTE : Art. 1er. Toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédiatement décrétée d’accusation et incarcérée. Art. 2. Un jury d’accusation sera institué dans les vingt-quatre heures pour connaître des crimes qui lui sont déférés. Art. 3. Le jury statuera dans les quarante-huit heures. Art. 4. Tous les accusés retenus par le verdict du jury d’accusation seront les otages du peuple de Paris. Art. 5. Toute exécution d’un prisonnier de guerre ou d’un partisan du gouvernement régulier de la Commune de Paris sera, sur-le-champ, suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus en vertu de l’article 4, et qui seront désignés par le sort. Art. 6. Tout prisonnier de guerre sera traduit devant le jury d’accusation, qui décidera s’il sera immédiatement remis en liberté ou retenu comme otage. _________________________________________________ ARRÊTÉ – MINISTÈRE DE LA GUERRE (p 450) Nomination des chefs des bataillons de marche, suppression du service des secteurs Considérant qu’il importe que les bataillons de marche aient à leur tête des chefs qui les dirigent effectivement : Considérant que dans les événements récents, un certain nombre de chefs ont fait défaut ; Vu le décret du 4 avril du délégué à la guerre, Le Comité central ARRÊTE : Dans chaque bataillon, un commandant sera nommé par les quatre compagnies de guerre, et les conduira. Les compagnies sédentaires resteront sous son contrôle, et seront administrées, en son absence, par un capitaine commandant hors cadres. Tous les titulaires devront se présenter en dernier délai, samedi 8, aux bureaux du Comité central, au ministère de la guerre, avec leurs titres de nomination. A la date du dimanche 9 avril, le service des secteurs est supprimé. Par délégation : G. Arnold, C. Gaudier, Prudhomme, L. Boursier, J. Grolard Vu Approuvé le Délégué à la Guerre, Cluseret _________________________________________________ DÉCLARATION – COMMISSION DES SUBSISTANCES (p453) Interdiction de réquisition des subsistances dans les stocks sans bon de la commission des subsistances, Ministère du commerce A partir de ce jour, défense est faite de réquisitionner dans les stocks de la Commune sans un bon de la commission des subsistances, siégeant au ministère du commerce. Le 5 avril 1871 _________________________________________________ DÉCLARATION - COMMISSION EXÉCUTIVE (p 454) Obligation de déclaration des armes et munitions Toute personne qui possédera ou connaîtra des dépôts d’armes, munitions, poudres ou engins de guerre, est tenue d’en faire la déclaration dans le plus bref délai au ministère de la guerre. La commission exécutive : F. Cournet, Delescluze, Félix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant, Vermorel. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE L’INTÉRIEUR ET DE LA SÛRETÉ GÉNÉRALE (p 464) Conservation et protection des collections de la Bibliothèque Nationale Nous donnons ci-après les termes de l’engagement que le citoyen Vincent, délégué par la Commune à la Bibliothèque nationale, a fait prendre aux employés de cet établissement. C’est par des actes de cette nature que les hommes de la Commune prouvent qu’ils entendent conserver soigneusement aux générations futures tout ce qui se rapporte à la gloire et à la science du passé : Paris, le 1er avril 1871. Pour le comité de l’intérieur et de la sûreté générale : Les délégués, F. Cournet, Emile Oudet, Th. Ferré. Il a été convenu et arrêté ce qui suit : 1° Avec le concours de M. Jules Vincent, délégué à cet effet, les fonctionnaires et employés de la Bibliothèque nationale prendront toutes les mesures propres à sauvegarder l’intégrité et la conservation des collections qui leur sont confiées, sans qu’il soit porté d’ailleurs aucune atteinte aux règlements actuels de l’établissement. 2° Fidèles à leur devoir professionnel, les fonctionnaires et employés de la Bibliothèque continueront de se renfermer dans les strictes limites de leur rôle de gardiens des collections qui constituent les quatre départements et qui appartien- nent à la Nation. Jules Vincent ; J. Ravenel, conservateur du département des imprimés ; O.-S. Barbris, conservateur adjoint au département des imprimés ; E.-J.-B. Rathery, conservateur adjoint au dépar- tement des imprimés ; H. Baudement, biblio- thécaire au département des manuscrits ; Chabouillet, conservateur, sous-directeur du département des médailles et antiques; H. Lavoix, conservateur, sous-directeur adjoint du département des médailles et antiques ; H. Delaborde, conservateur du département des estampes ; Dauban, conservateur, sous-directeur adjoint du dépar- tement des estampes ; Georges Duplessis, bibliothécaire ; J. Guérin, Bibliothécaire. _________________________________________________ PROPOSITION - COMITÉ CONSULTATIF D’HYGIÈNE PUBLIQUE (p 471) Construction de tumulus pour enterrer les cadavres des victimes des environs de la capitale Le comité consultatif d’hygiène publique, composé de MM. Bussy, Fauvel, Michel Lévy, Bouley, Reynaud et Amédée Latour, a été chargé de présenter un rapport sur les travaux que nécessité, dans l’intérêt de la santé publique, l’état déplorable où ont été laissés les corps de tant de victimes dans les environs de la capitale. Voici la mesure proposée par le Comité à l’égard des tumulus : 1° Elévation d’un tumulus en terre de 40 à 50 centimètres de hauteur sur les fosses ou les tranchées renfermant un plus ou moins grand nombre de cadavres, et ensemencé de plantes à végétation rapide et avides d’azote. 2° Exhumation rapide des cadavres isolés, désinfectés et placés dans une fosse creusée parallèlement et le plus près possible de la fosse ancienne, et couchés sur un lit de chaux vive. 3° Culture et plantation des terrains dans la zone la plus rapprochée des sépultures. _________________________________________________ APPEL (p472) Appel à la réforme de l'enseignement Appel aux instituteurs, institutrices et professeurs, ainsi qu’aux parents. Réunion à l’école Turgot, tous les dimanches et jeudis, à trois heures très précises. Études et résolutions pratiques sur les réformes à réaliser dans les programmes, méthodes et lois d’enseignement. _________________________________________________ APPEL - FÉDÉRATION DES ARTISTES, COURBET (p472) Les artistes doivent concourir à la reconstitution de l'état moral de Paris et au rétablissement des arts, à la réouverture des musées, à l'organisation d'une exposition. M. Gustave Courbet, président des artistes, autorisé par la commune, a invité ses confrères à se réunir vendredi prochain, dans le monument de l’Ecole de médecine, à deux heures de l’après-midi. Il vient de leur adresser l’appel suivant, que nous nous faisons un devoir de publier : […] Aujourd’hui, Paris est libre et s’appartient, et la province est en servage. Quand la France fédérée pourra comprendre Paris, l’Europe sera sauvée. Aujourd’hui, j’en appelle aux artistes, j’en appelle à leur intelligence, à leur sentiment, à leur reconnaissance, Paris les a nourris comme une mère et leur a donné leur génie. Les artistes, à cette heure, doivent, par tous leurs efforts (c’est une dette d’honneur), concourir à la reconstitution de son état moral et au rétablissement des arts, qui sont sa fortune. Par conséquent, il est de toute urgence de rouvrir les musées et de songer sérieusement à une exposition prochaine ; que chacun, dès à présent se mette à l’œuvre, et les artistes des nations amies répondront à notre appel. […] Aujourd’hui, je le répète, que chacun se mette à l’œuvre avec désintéressement : c’est le devoir que nous avons tous vis-à-vis de nos frères soldats, ces héros qui meurent pour nous. Le bon droit est avec eux. Les criminels ont réservé leur courage pour la sainte cause. Oui, chacun se livrant à son génie sans entrave, Paris doublera son importance, et la ville internationale européenne pour offrir aux arts, à l’industrie, au commerce, aux transactions de toutes sortes, aux visiteurs de tous pays, un ordre impérissable, l’ordre par ses citoyens, qui ne pourra pas être interrompu par les ambitions monstrueuses de prétendants monstrueux. Notre ère va commencer ; coïncidence curieuse ! c’est dimanche prochain le jour de Pâques ; est-ce ce jour-là que notre résurrection aura lieu ? Adieu le vieux monde et sa diplomatie ! Gustave Courbet Vendredi 7 avril 1871 ARRÊTÉ – MINISTÈRE DES FINANCES (p 482) Modalités de la solde de la garde nationale – Hommes 1,50 frs, femmes 75 centimes (extrait de 7 articles, voir p482) 1° Les officiers-payeurs élus dans chaque bataillon, afin d’établir régulièrement leur situation, devront présenter dans le plus bref délai le procès-verbal de leur élection, visé par le chef de bataillon et par le chef de légion, ou, à défaut de ce dernier, par le délégué communal à la mairie de l’arrondissement. 2° Des imprimés spéciaux seront remis aux officiers-payeurs, dans les bureaux de la délégation des finances, pour établir l’état nominatif des gardes nationaux de chaque compagnie recevant l’indemnité de 1 fr. 50, à la date du 2 avril, avec le nom des femmes touchant le subside de 75 centimes. […] Les délégués aux finances, membres de la Commune de Paris, Fr. Jourde, E. Varlin. _________________________________________________ DÉCLARATION - COMMUNE DE PARIS (p 483) Dissolution des sous-comités d’arrondissements en raison d'ordres contradictoires La Commune de Paris, sur la proposition du délégué au ministère de la guerre ; Considérant que dans la crise présente l’unité de commandement militaire est une nécessité de salut public, que cette unité est tous les jours compromise par des ordres émanant des sous-comités d’arrondissements, Les sous-comités d’arrondissements sont dissous. Paris, le 6 avril 1871. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 483) Désarmement des gardes nationaux réfractaires, privation de leur solde et de leurs droits civiques La Commune de Paris, Considérant que les gardes nationaux ont reçu l’arme et reçoivent la solde pour défendre la République ; Considérant que plusieurs manquent à leur service, tout en touchant leur paye, et gardent leur fusil inutile ainsi dans leurs mains, DÉCRÈTE : Article 1er. Tout garde national réfractaire sera désarmé. Art. 2. Tout garde désarmé pour refus de service sera privé de sa solde. Art. 3. En cas de refus de service pour le combat, le garde réfractaire sera privé de ses droits civiques, par décision du conseil de discipline. Paris, le 6 avril 1871. _________________________________________________ APPEL - ENRÔLEMENT DES MARINS ET ANCIENS MILITAIRES (p487) Appel est fait à tous les marins dévoués à la Commune et à la République. Les anciens militaires sont invités à se présenter pour faire partie du même corps. La solde de 1 fr. 50 et les vivres leur seront alloués aussitôt l’enrôlement. Les bureaux sont ouverts à la mairie du Xe arrondissement, rue du Faubourg- Saint-Martin, de huit heures du matin à huit heures du soir. Paris, le 6 avril 1871. Les délégués chargés de Pouvoirs, Bloc, Paul Joseph. _________________________________________________ DEMANDE – OFFICIERS ET DÉLÉGUÉS DE BATAILLONS (p490) Suppression de journaux réactionnaires Aux membres de la Commune de Paris. Au nom des bataillons occupant les forts de Vanves et d’Issy, depuis la guerre fratricide, nous protestons contre les infamies des journaux réactionnaires, annonçant dans Paris la reddition de ces deux forts, et demandons, au nom de la justice, la suppression de ces journaux. Le 6 avril 1871, les officiers et les délégués des bataillons (Suivent les signatures _________________________________________________ MISE EN APPLICATION DU DÉCRET DE LA COMMUNE SUR LES LOYERS (p 500) Déménagements abusifs de locataires aisés Depuis dimanche, un grand nombre de locataires ont mis à exécution le décret de la Commune sur les loyers, en déménageant sans payer. Quand, par hasard, quelque concierge récalcitrant tentait de s’opposer à cette façon jusqu’ici méconnue de lui, de prendre congé de son propriétaire, un détachement de gardes nationaux aussitôt requis ne tardait pas à lui rappeler et à lui expliquer le texte du décret en question. Ce ne sont pas seulement des petits ménages qui ont profité de la décision de la Commune, mais bien aussi des locataires de grands appartements. On nous cite un habitant de la rue Tronchet qui ne devait pas moins de 10 000 francs à son propriétaire et qui, dimanche, a liquidé la situation de la façon que nous venons d’indiquer.

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 3

    Jeudi 30 mars 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 3 Next Next Jeudi 30 mars 1871 LA COMMUNE DE PARIS EST CONSTITUÉE (p236) CITOYENS, Votre commune est constituée. Le vote du 26 mars a sanctionné la Révolution victorieuse. Un pouvoir lâchement agresseur vous avait pris à la gorge : vous avez, dans votre légitime défense, repoussé de vos murs ce gouvernement qui voulait vous déshonorer en vous imposant un roi. Aujourd’hui, les criminels, que vous n’avez même pas voulu poursuivre, abusent de votre magnanimité pour organiser aux portes même de la cité un foyer de conspiration monarchique. Ils invoquent la guerre civile ; ils mettent en œuvre toutes les corruptions ; ils acceptent toutes les complicités ; ils ont osé mendier jusqu’à l’appui de l’étranger. Nous en appelons, de ces menées exécrables, au jugement de la France et du monde. __________________________________________________ AFFICHAGES (p241) Il n’appartient qu’à l’autorité communale et aux municipalités d’apposer des affiches sur papier blanc. Les municipalités ne peuvent afficher en dehors de leur arrondissement respectif. L’affichage des actes émanant du gouvernement de Versailles est formellement interdit. Tout afficheur ou tout entrepreneur d’affichage contrevenant au présent avis sera rigoureusement poursuivi. Hôtel-de-Ville, 29 mars 1871. Pour le Comité et par délégation, L. Boursier. __________________________________________________ COMMUNE DU CREUZOT (p244) Une dépêche officielle annonce que la commune vient d’être proclamée au Creuzot. Le drapeau rouge, arboré à l’Hôtel-de-Ville, puis enlevé par surprise, a été finalement rétabli par les amis de la Commune, — cela sans effusion de sang. __________________________________________________ SEMENCES ANGLAISES (p 245) M. Norcott, membre de la société anglaise des Amis pour la distribution des semences aux habitants des villages, autour de Paris invite les maires des communes qui n’ont pas encore pris livraison des semences qui leur ont été données par le lord maire de Londres, de venir de suite aux magasins de la ville, boulevard Morland, 9, où M. Norcott sera tous les jours de 10 heures du matin à 4 heures du soir, pour faire la distribution des semences et des laissez-passer, car le temps d’ensemencement est des plus urgents. Paris, le 29 mars 1871, W. B. Norcott __________________________________________________ SPECTACLE GRANDIOSE (p 247) Citoyens, aujourd’hui, il nous a été donné d’assister au spectacle populaire le plus grandiose qui ait jamais ému nos âmes : Paris saluait, acclamait sa Révolution ; Paris ouvrait à une page blanche le livre de l’histoire et y inscrivait son nom puissant. Deux cent mille homme libres sont venus affirmer leur liberté et proclamer au bruit du canon l’institution nouvelle. Que les espions de Versailles, qui rôdent autour de nos murs, aillent dire à leurs maîtres quelles sont les vibrations qui sortent de la poitrine d’une population tout entière, comme elles emplissent la cité et franchissent les murailles ; que ces espions, glissés dans nos rangs, leur rapportent l’image de ce spectacle grandiose d’un peuple reprenant sa souveraineté, et, sublime ambitieux, le faisant en criant ces mots : Mourir pour la Patrie ! __________________________________________________ COMMUNE DE TOULOUSE (p249) Le Comité central a remis la proclamation suivante aux délégués que Toulouse lui avait envoyés : Citoyens de Toulouse, Paris savait que vous entreriez les premiers dans le mouvement républicain, et il n’attendait que l’affirmation de votre indépendance pour vous tendre la main et saluer votre liberté. La révolution est faite, il faut maintenant reconstituer ; et il est nécessaire que la France entière suive une route commune et invariable. Le pacte national ne peut avoir que peu d’articles, mais encore faut-il qu’il soit l’expression unanime. Le voici tel que Paris vient de le poser : « Affirmation, au-dessus de toute discussion, de la République démocratique et sociale ; suppression de l’armée régulière et son remplacement par la garde nationale, seule force armée dans la cité et dans l’Etat, répondant de la police intérieure et du salut militaire de la patrie. « Election de tous les chefs sans exception, suppression des privilèges, protection au mérite et guerre au favoritisme. » Paris a jeté ces bases d’avenir en résistant aux provocations d’un gouverne- ment qui n’avait plus d’espoir que dans la guerre civile. Il a voulu prouver que la véritable force était dans la révolution pacifique, et que le peuple était assez puissant pour anéantir ceux qui l’attaquent à main armée par la seule majesté de son attitude. Que du Capitole comme de l’Hôtel-de-Ville vibre la grande voix du peuple aux paroles de force et de paix, et que la liberté féconde se dresse, vaillante et radieuse, sur le monde régénéré ! Vive la République ! __________________________________________________ LE KIOSQUE À MUSIQUE (p 250) Faits divers. Tous les dimanches, nous dit un correspondant, la population de Metz, qui n’a pas cessé de protester contre l’annexion, se donne rendez-vous de bonne heure sur la promenade de l’Esplanade, et, au moment où la musique prussienne s’installe dans le kiosque de la place pour commencer son concert de l’après-midi, tous les promeneurs se retirent et s’en vont par la porte Serpenoise, laissant les mélodies du Tannhauser s’exécuter dans le désert. 21 mars Vendredi 31 mars 1871 CUMUL DES MANDATS, ADMISSION DES ÉTRANGERS À LA COMMUNE (extrait, voir JO p254) Rapport de la commission des élections Existe-t-il une incompatibilité entre le mandat de député à l’Assemblée de Versailles et celui de membre de la Commune ? Considérant que l’Assemblée de Versailles, en refusant de reconnaître la Commune élue par le peuple de Paris, mérite par cela même de ne pas être reconnue par cette Commune. Que le cumul doit être interdit ; Qu’il y a du reste impossibilité matérielle à suivre les travaux des deux Assemblées. La commission pense que les fonctions sont incompatibles. Les étrangers peuvent-ils être admis à la Commune ? Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la république universelle ; Considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyens aux étrangers qui la servent ; Que cet usage existe depuis longtemps chez les nations voisines ; Considérant que le titre de membre de la Commune étant une marque de confiance plus grande encore que le titre de citoyen, comporte implicitement cette dernière qualité. La commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel. __________________________________________________ HISTOIRE DU DRAPEAU ROUGE (voir JO p285) __________________________________________________ FERMENTATION BELGE (p289) A la suite des événements de Paris, un mouvement s’est déclaré parmi les membres de l’Internationale dans plusieurs centres industriels de la Belgique. Il règne une grande fermentation principalement à Verviers, à Liège, et dans les environs de Charleroi. 22 mars Samedi 1er avril 1871 SOLDE DE LA GARDE NATIONALE (p294) Délégation aux finances : la solde de 1 fr. 50 allouée aux gardes nationaux est essentiellement personnelle. Il est expressément interdit aux offices payeurs ou sergents-majors de distribuer entre les gardes présents la solde destinée aux citoyens gardes qui ne répondent pas à l’appel, ou qui ont cessé d’avoir droit à cette solde. Les payeurs qui enfreindraient cet ordre seraient rendus responsables envers le trésor. Paris le 31 mars 1871 Les délégués aux finances, membres de la commune : Fr. Jourde, E. Varlin __________________________________________________ LE COMITÉ RADICAL DE MÂCON (extrait, voir JO p302) Nous publions le programme du comité républicain radical de Mâcon : Les membres du comité inscrivent en tête de leur programme la grande devise politique et sociale : Liberté, Egalité, Fraternité. La République est au-dessus du suffrage universel. Une génération est au-dessus du suffrage universel. Une génération ne peut pas engager les générations à venir. Les coups d’Etat et les plébiscites sont les causes directes de tous les malheurs qui nous accablent. « Les rois, disait le conventionnel Grégoire, sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique... L’histoire des rois est le martyrologue des nations... » En conséquence, tous les prétendants doivent être à jamais bannis de France et mis hors la loi. Ils serviraient, par leur présence, de prétextes perpétuels à des discordes civiles. Les deux bases fondamentales de la tyrannie sont l’ignorance et la superstition. Il y a deux moyens de les faire crouler : L’instruction gratuite, obligatoire et radicalement laïque. L’instruction de l’Eglise et de l’Etat, comprenant la suppression du budget des cultes. Les écoles doivent être communes, afin de faire disparaître chez les enfants tous les préjugés de caste, qui sont des obstacles à l’égalité, à la fraternité. L’enseignement de principes religieux doit y être interdit ; c’est aux parents seuls que la liberté de conscience réserve ce droit. __________________________________________________ LA GAZETTE DE TURIN (extrait, voir JO p305) On lit dans la Gazette de Turin : « Nous ne cesserons pas de répéter qu’à nos yeux l’unique moyen de ramener la tranquillité, la paix et la prospérité, non seulement à Paris, mais dans toute la France, serait s’assurer d’une manière sérieuse et efficace l’existence de la république. Cela peut-il se faire ? Question à l’adresse de l’Assemblée et des gouvernants actuels ». __________________________________________________ AUTONOMIE DE L'ALSACE-LORRAINE (p310) L’organisation future de l’Alsace-Lorraine fera l’objet d’un projet de loi qui est déjà préparé et dont le Parlement allemand doit être saisi prochainement. Ainsi qu’on nous l’avait fait pressentir, les territoires cédés seront réunis en une seule province, qui ne relèvera que de l’empire, dont elle sera une des parties constituantes. Le nouveau « pays de l’empire » n’aura d’autre souverain que l’empire lui-même, et c’est au chef de l’empire, à l’empereur, que sera confiée l’administration, qu’il exercera avec le concours du conseil fédéral. Toutefois, l’Alsace-Lorraine sera placée provisoirement sous un régime transitoire jusqu’au 1er janvier 1873, époque à laquelle elle entrera en pleine jouissance de son autonomie, et sera dotée de toutes les institutions qui la constitueront en Etat indépendant, mais relié à l’empire par la Constitution et les lois fédérales. Le projet de loi, nous dit-on, ne fait aucune mention de la cession d’une partie de l’Alsace à la Bavière. Il est donc à croire qu’on a renoncé à l’idée malheureusement d’un démembrement si tant est qu’elle ait jamais été débattue sérieusement. __________________________________________________ CHOLERA FOUDROYANT (p310) Une épidémie terrible, le choléra foudroyant, sévit à Saint-Petersbourg, où il a déjà fait un grand nombre de victimes. Le prince d’Oldenbourg, troisième fils du prince Pierre, cousin de l’empereur, la princesse Tcherkasky, et plusieurs autres personnes, sont mortes après quelques heures de souffrances horribles. __________________________________________________ LES AMÉRICAINS (p311) Les Américains, ces hardis promoteurs du go ahead, ne savent pas rester en arrière quand il s’agit d’une œuvre libérale, philanthropique, capable de témoigner leur sympathie pour la France. Le port du Havre, particulièrement, vient de recevoir une nouvelle preuve de l’esprit généreux et confraternel d’un habitant de New-York. Le navire américain Hunler, capitaine Robert Mac York, consigné à MM. J.- A. Laude et Cie, apporte de New-York un chargement de 3 812 barils de farine qui sont envoyés par une des plus puissantes et honorables maisons de New-York, MM. A.-T. Stewart et Cie, pour être répartis gratuitement, à titre de secours, aux ouvriers nécessiteux de nos divers districts manufacturiers, en attendant la reprise des travaux. MM. Stewart possèdent, à New-York, l’un des plus beaux et des plus vastes magasins de nouveautés, scieries, etc., qui soient dans l’univers entier, et capable d’être comparé avec avantage à ce que Paris possède de plus grandiose. __________________________________________________ LA CHASSE AUX GRENOUILLES (p312) Les prisonniers français internés dans le camp d’Erfurt se sont révoltés samedi dernier. La Gazette de Weimar donne sur cette affaire les détails suivants : […] Sept prisonniers français, mettant à profit quelques heures de congé, s’étaient amusés hier à aller faire la chasse aux grenouilles et étaient rentrés trop tard dans leurs campements. Pour les punir, on les lia et on les attacha pendant une heure aux cloisons de leurs baraques. Cette punition n’étant pas d’usage en France, les autres Français n’y voulurent pas consentir et délivrèrent leurs camarades. Les gardes de Brunswick s’y étant opposés et les ayant en partie rattachés, les prisonniers, — il s’en trouve encore 8000 au camp, — sortirent en tumulte et s’attroupèrent devant le corps de garde. Des pierres furent lancées, et les internés brandissaient des bâtons et des couteaux dont ils menaçaient les gardes brunswickois. Ceux-ci, au nombre de 40, étaient prêts à faire feu, mais le vice-caporal Hartmann, dans un louable esprit de modération, n’en donna pas l’ordre, parce qu’il était sûr d’avance que tous les gardes auraient été massacrés. Il commanda seulement un signal de trois coups de canon, sur quoi on battit la générale dans toute la ville. À mon retour sur la place Guillaume-Frédéric, je vis des soldats prussiens conduisant trois Français qui avaient été gravement maltraités au lazaret ; des personnes dignes de foi m’assuraient que quelques internés avaient même été tués, mais je ne rapporte ce dire que sous toutes réserves. Aujourd’hui, on annonce que quatre Français ont été tués, mais ce bruit est également sujet à caution. Le calme est complet. __________________________________________________ LES CHIFFRES DE LA MORTALITÉ (extrait, voir JO p 314) La mortalité continue à diminuer. Le chiffre de décès du 11 au 17 mars n’est que de 2 576 au lieu de 2 993, comme l’autre semaine. La variole a un peu augmenté (98 au lieu de 85) ; la cholérine aussi (5 au lieu de 1) ; la rougeole est restée au même chiffre (20). Toutes les autres maladies sont en décroissance. La maladie la plus meurtrière est toujours la bronchite (301 décès) ; Puis viennent la fièvre typhoïde (329), la pneumonie (188), la diarrhée (104), la variole (98), la dyssenterie (47), la rougeole (20), le croup (14), etc. La bronchite a surtout frappé les enfants et les vieillards. De 15 à 50 ans, elle n’a fait que trente-sept victimes, un peu plus d’un dixième du chiffre total. La fièvre typhoïde frappe toujours principalement l’armée, qui a fourni plus de la moitié du chiffre des décès (122 sur 229). La pneumonie a atteint à peu près également tous les âges. La diarrhée, comme la bronchite, a surtout enlevé les enfants et les vieillards. Les adultes, de 15 à 50 ans, entrent à peine pour un dixième dans le chiffre total (10 sur 104). […] __________________________________________________ RECRUTEMENT VERSAILLAIS (p316) Le préfet de Lille a fait annoncer qu’un train spécial serait mis à la disposition des volontaires appelés par l’Assemblée nationale à Versailles. À l’heure indiquée pour le départ du train, il s’est présenté vingt volontaires ! C’étaient vingt ouvriers belges sans travail. __________________________________________________ L'ANNIVERSAIRE DU ROI GUILLAUME (p317) On écrit de Lons-le-Saulnier, 25 mars : « C’était hier l’anniversaire de la naissance de l’excellent roi Guillaume. A cette occasion, les Prussiens se sont livrés à de grandes réjouissances dont nous, pauvres habitants inoffensifs, avons été les victimes. Après la journée, consacrée à des revues, parades, allocutions, salves d’artillerie, etc., a eu lieu à cinq heures, à la préfecture un grand repas offert par le général à ses officiers ; pareil festin pour les sous-officiers et soldats, qui avaient reçu double ration. A huit heures du soir, toute cette soldatesque était complètement ivre, voire les officiers. Elle s’est alors répandue dans la ville comme un torrent, envahissant les cafés, insultant la population ; quelques personnes ayant voulu résister à ces injures, il s’est passé une scène de carnage, digne d’une ville prise d’assaut : les soldats se sont rués sur les habitants, le sabre au poing, frappant à droite et à gauche sur tout ce qui se trouvait devant eux : femmes, enfants vieillards, rien ne fut respecté ; deux ou trois établissements ont été livré au pillage. Des patrouilles prussiennes sont alors intervenues, mais les soldats qui les composaient étaient aussi ivres que les autres, ils se sont mis de la partie : malheur aux retardataires qui ne rentraient pas assez vite chez eux ! Ces scènes de brutalité ont duré jusqu’à minuit ; le résultat a été deux ou trois prussiens blessés ou du moins contusionnés, et un mort ; du côté de la population, trois morts et environ quinze personnes blessées plus ou moins grièvement, dont deux jeunes filles qui ont eux les poignets coupés. Suivant le dire de quelques soldats prussiens qui n’ont pas participé à cette orgie, il paraît que chaque année la fête du roi Guillaume se célèbre de la même manière : quand ces messieurs n’ont pas d’ennemis sous la main, ils se battent entre eux. Pour couronner l’œuvre, le général commandant, prétendant que ses soldats sont de véritables saints qui ont été provoqués, va nous donner à loger quelques centaines d’hommes de plus afin de maintenir le bon ordre. Inutile d’ajouter que cette occupation nous ruine complètement. Un ordre du commandant prussien de Lons-le-Saulnier défend aux journaux de la ville de rendre compte de ce qui s’est passé. L’enterrement des victimes a eu lieu au milieu d’un grand concours de population protestant silencieusement contre cet horrible abus de la force ». __________________________________________________ FAIT DIVERS - MEURTRE À BORDEAUX (extrait, voir JO p319) Les événements tragiques se succèdent à Bordeaux. La population est à peine remise d’une émotion de la veille, que le lendemain elle a à enregistrer quelque nouveau fait non moins tragique. Ce matin, il n’était bruit à Bordeaux que d’un meurtre commis pendant la nuit dans le 3e arrondissement, quartier de Saint-Ferdinand Un militaire avait été frappé à la tête de deux coups de hache ; son corps en- sanglanté était, par les soins du commissaire de police, transporté à l’hôpital Saint-André ; une femme était en fuite, et le mari de cette dernière, auteur du meurtre, allait lui-même se constituer prisonnier. Voilà les faits qui, dans le quartier Saint-Ferdinand, étaient ce matin le sujet de toutes les conversations. Un meurtre a en effet été commis, et voici dans quelles circonstances....[…] __________________________________________________ FAIT DIVERS - LA BLESSURE MYSTÉRIEUSE (extrait, voir JO p320) L’un des omnibus qui suivaient le quai Saint-Bernard s’était arrêté hier pour laisser monter plusieurs personnes, dont trois à l’intérieur. L’un de ces derniers voyageurs, le sieur J..., âgé de soixante-quatre ans, venait à peine de s’asseoir, qu’il se leva brusquement, pâlit, et, chancelant, se disposa à sortir de la voiture en s’écriant : — A mon secours, je suis blessé ! On vit, en effet, le sang ruisseler de son pantalon, en même temps que sa pâleur augmentait. On l’entoura, on le soutint et on le fit entrer dans une maison voisine dont l’un des locataires était précisément un médecin qui le visita, remarqua qu’il portait en haut de la cuisse une large et profonde blessure, et s’empressa de lui donner des soins. Dans le premier moment, on avait cru qu’il s’agissait d’une tentative de meurtre ; mais les renseignements recueillis ne tardèrent pas à donner aux faits leur véritable caractère.... […] __________________________________________________ PESTE BOVINE (p321) On lit dans la Chronique de Fougères l’indication des moyens suivants qui, dans beaucoup de cas, suffisent pour prévenir la peste bovine : 1° Saler la nourriture; 2° Changer souvent la litière, tous les jours s’il est possible; 3° Mettre un peu de chaux vive dans la litière 4° Mettre dans les étables un feu de goudron de gaz qu’on renouvelle aussitôt qu’il a cessé de répandre de l’odeur. Ces moyens sont bien simples, très peu coûteux, et leur action désinfectante ne peut être mise en doute. Si leur efficacité n’est pas absolue, ils sont du moins incontestablement utiles. 23 mars 24 mars

  • 4a-Astres et Désastres | Auluxecommunal

    NAISSANCE DES CONSTELLATIONS DE LA COMMUNE — LA BATAILLE CÉLESTE DES ASTRES ET DES DÉSASTRES — La dernière touche de la télécommande de la Hune mène à l'ultime étape du projet : la bataille finale des ASTRES et des DÉSASTRES, qui engendrera les constellations de la Commune, clôturant le premier cycle du Luxe Communal. En ordre de bataille, face à face, Astres et Désastres vont entrer en collision, et s'affronter en une bataille céleste violente et lumineuse, à l'issue de laquelle seront générées les constellations de la Commune, par la fusion des combattants. La bataille sera visible de la Hune, tout en haut du site, mais aussi de la barge et des souterrains de Blanqui, qui partagent le même ciel. Test film réalisé par IA LES ASTRES Les Astres représentent les valeurs, les projets, les réalisations de la Commune, à l'origine de nos plus grandes conquêtes politiques, sociales, culturelles. Ils seront figurés par des étoiles, en lien avec les réflexions célestes de Blanqui. LES DESASTRES Les Désastres (étymologiquement "mauvais astres") représentent le chaos engendré par la répression sanglante de la IIIème République. Ils seront figurés par le bestiaire versaillais des E crivains contre la Commune >> , les monstres issus de ses caricatures littéraires. Ici, les aspirations et constructions sociales, politiques et culturelles de la Commune s'opposent aux forces puissamment répressives et destructrices de la IIIème République à l'égard de la Commune. Le bestiaire des "écrivains contre la Commune " donne son incarnation au chaos . GEORGE SAND Les communard.es sont des "ânes grossièrement bêtes ou des coquins de bas étage. La foule qui les suit est en partie dupe et folle, en partie ignoble et malfaisante. C’est une émeute de fous et d’imbéciles mêlés de bandits. GUSTAVE FLAUBERT Je trouve qu'on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats. Mais cela aurait blessé l'humanité. On est tendre pour les chiens enragés, et point pour ceux qu'ils ont mordus. MAXIME DU CAMP (sur les enfants de la Commune) Tous ces êtres chétifs, malsains, moitié loups et moitié furets, que la libre vie en commun a prématurément dépravés, que des poètes mal inspirés ont essayé de glorifier (Ô Hugo!), qui tirent l'étymologie de leur nom banal de la voie publique où ils vaquent comme des chiens errants. THÉOPHILE GAUTIER Il y a sous toutes les grandes villes des fosses aux lions, des cavernes fermées d’épais barreaux où l’on parque les bêtes puantes, les bêtes venimeuses, toutes perversités réfractaires que la civilisation n’a pu apprivoiser, ceux qui aiment le sang, ceux que l’incendie amuse comme un feu d’artifice, ceux que le vol délecte, ceux pour qui l’attentat à la pudeur représente l’amour, tous les monstres du cœur, tous les difformes de l’âme ; population immonde, inconnue au jour, et qui grouille sinistrement dans les profondeurs des ténèbres souterraines. Un jour, il advient ceci que le belluaire distrait oublie ses clefs aux portes de la ménagerie, et les animaux féroces se répandent par la ville épouvantée avec des hurlements sauvages. Des cages ouvertes s’élancent les hyènes de 93 et les gorilles de la Commune.

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 15

    Mercredi 24 mai 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 15 Next Next Mercredi 24 mai 1871 PROCLAMATION - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 2161) Le Peuple de Paris aux soldats de Versailles. Paris, le 23 mai. Le peuple de Paris aux soldats de Versailles Frères, L’heure du grand combat des peuples contre leurs oppresseurs est arrivée ! N’abandonnez pas la cause des travailleurs ! Faites comme vos frères du 18 mars ! Unissez-vous au Peuple, dont vous faites partie ! Laissez les aristocrates les privilégiés, les bourreaux de l’humanité se défendre eux-mêmes, et le règne de la justice sera facile à établir. Quittez vos rangs ! Entrez dans nos demeures. Venez à nos, au milieu de nos familles. Vous serez accueillis fraternellement et avec joie. Le peuple de Paris a confiance en cotre patriotisme. VIVE LA RÉPUBLIQUE ! VIVE LA COMMUNE ! 3 prairial an 79. La Commune de Paris. ______________________________________________________ PROCLAMATION - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 2161) Le Peuple de Paris aux soldats de Versailles Le Peuple de Paris aux soldats de Versailles Que tous les bons citoyens se lèvent ! Aux barricades ! L’ennemi est dans nos murs ! Pas d’hésitations ! En avant pour la République, pour la Commune et pour la Liberté ! AUX ARMES ! Paris, le 3 prairial an 79. Le Comité de Salut public : Ant. Arnaud, Billioray, Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. ______________________________________________________ PROCLAMATION - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 2162) Autorisation aux chefs de barricades à requérir l’ouverture des portes des maisons et à réquisitionner vivres et objets utiles à la défense. Le Comité de Salut public autorise les chefs de barricades à requérir l’ouverture des portes des maisons, là où ils le jugeront nécessaire ; A réquisitionner pour leurs hommes tous les vivres et objets utiles à la défense, dont ils feront récépissé et dont la Commune fera état à qui de droit. Le membre du Comité de salut public. G. Ranvier. Hôtel de Ville, le 3 prairial an 79. ______________________________________________________ PROCLAMATION - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 2162) Le Peuple de Paris aux soldats de Versailles Soldats de l’armée de Versailles, Le peuple de Paris ne croira jamais que vous puissiez diriger contre lui cos armes quand sa poitrine touchera les vôtres ; vos mains reculeraient devant un acte qui serait un véritable fratricide. Comme nous, vous êtes prolétaires ; comme nous, vous avez intérêt à ne plus laisser aux monarchistes conjurés le droit de boire votre sang comme ils boivent nos sueurs. Ce que vous avez fait le 18 mars, vous le ferez encore, et le peuple n’aura pas la douleur de combattre des hommes qu’il regarde comme des frères et qu’il voudrait voir s’asseoir avec lui au banquet civique de la Liberté et de l’Egalité. Venez à nous, frères, venez à nous ! nos bras vous sont ouverts ! 3 prairial an 79. Le Comité de Salut public, Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes, F. Gambon G ; Ranvier. ______________________________________________________ PROCLAMATION - COMITÉ CENTRAL (p 2163) Le Peuple de Paris aux soldats de Versailles Soldats de l’armée de Versailles, Nous sommes des pères de famille. Nous combattons pour empêcher nos enfants d’être un jour courbés, comme vous, sous le despotisme militaire. Vous serez un jour pères de famille. Si vous tirez sur le peuple aujourd’hui, vos fils vous maudiront, comme nous maudissons les soldats qui ont déchiré les entrailles du Peuple en Juin 1848 et décembre 1851. Il y a deux mois, au 18 mars, vos frères de l’armée de Paris, le cœur ulcéré contre les lâches qui ont vendu la France, ont fraternisé avec le Peuple : imitez-les. Soldats, nos enfants et nos frères, écoutez bien ceci, et que votre conscience décide : Lorsque la consigne est infâme, la désobéissance est un devoir. 4 prairial an 79. Le Comité Central

  • Hector Horeau | Auluxecommunal

    HECTOR HOREAU Plan pour la reconstruction de l’hôtel de Ville de Paris intégrant un hall central en fer sous un lanterneau de verre. Horeau : architecte, communard, chef de l'édilité hygiénique >>

  • Communications | Auluxecommunal

    COMMUNICATIONS SUR LE PROJET 2021 – MicroFolie, Vierzon - 24 septembre – Ecole des arts décoratifs de Nancy, séminaire Manières de faire, gestes partagés de P. Devautour et L. Doerfinger - 7 octobre 2023 – Comité du Berry des ami.e.s de la Commune de Paris, St Georges sur Arnon - 23 septembre – Café associatif L'Antidote, Bourges - 10 novembre 2024 – Café associatif Théodore, Tredrez Loquemeau, Cotes d'Armor - 25 février – Galerie Santu, Shanghai + Sichuan Institute of Fine Arts, Chongqing - 6 & 10 avril >> – Interview (Re)Bonds, avril >> – Association des Amies et Amis de la Commune de Paris - Paris - 29 juin >> 2025 – Conférence - Archéologie et héritages , colloque Arts, anarchie et émancipation , Groupe Commune de Paris 1871 de la Fédération anarchiste, 14 juin >> – Actes du colloque Arts, anarchie et émancipation >> – Interview Radio Libertaire, 10 septembre – Librairie Publico, Paris - 8 novembre 2026 – Médiathèque de Saint Florent-sur-Cher - 30 septembre – Tiers Lieu L'Epicentre, Bourges - 1er octobre Papier peint de William Morris

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