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  • Communications | Auluxecommunal

    COMMUNICATIONS SUR LE PROJET 2021 – MicroFolie, Vierzon - 24 septembre – Ecole des arts décoratifs de Nancy, séminaire Manières de faire, gestes partagés de P. Devautour et L. Doerfinger - 7 octobre 2023 – Comité du Berry des ami.e.s de la Commune de Paris, St Georges sur Arnon - 23 septembre – Café associatif L'Antidote, Bourges - 10 novembre 2024 – Café associatif Théodore, Tredrez Loquemeau, Cotes d'Armor - 25 février – Galerie Santu, Shanghai + Sichuan Institute of Fine Arts, Chongqing - 6 & 10 avril >> – Interview (Re)Bonds, avril >> – Association des Amies et Amis de la Commune de Paris - Paris - 29 juin >> 2025 – Conférence - Archéologie et héritages , colloque Arts, anarchie et émancipation , Groupe Commune de Paris 1871 de la Fédération anarchiste, 14 juin >> – Actes du colloque Arts, anarchie et émancipation >> – Interview Radio Libertaire, 10 septembre – Librairie Publico, Paris - 8 novembre 2026 – Médiathèque de Saint Florent-sur-Cher - 30 septembre – Tiers Lieu L'Epicentre, Bourges - 1er octobre Papier peint de William Morris

  • 1a-Cafe extérieurs | Auluxecommunal

    LES MÉTAMORPHOSES DU CAFÉ Repasser la porte d'entrée du café dans l'autre sens modifie à chaque fois l'aspect du bâtiment et ses extérieurs. 1 Le premier passage de la porte conduit vers l'aspect originel de l'extérieur du bâtiment, déduites toutes ses salles fantômes. 2 Le deuxième passage de la porte mène le visiteur dans les ruines du café, après la semaine sanglante. 3 Dessin : Jiyoon Jang Le troisième passage de la porte d'entrée vers l'extérieur conduira vers un grand jardin potager, conçu selon le projet de Kropotkine. Un bateau en forme de coque de noix permet à Elisée Reclus de naviguer au fil du ruisseau : il entrera dans la cabane-bateau, qui se retournera, le mènera à travers les marais, puis vers l'océan où dériveront les continents de la Commune. Les jardins de Kropotkine >> L'histoire d'un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l'histoire de l'infini. Elisée Reclus, "Histoire d'un ruisseau", Libertalia, 2023.

  • Entrée | AuLuxeCommunal

    Luxe Communal - Les projets de la Commune de Paris (1871) - réalisés ou non, durablement ou non, les inventions de ses protagonistes, les projets-héritiers qui peuvent en être extrapolés - sont accueillis dans le café de Napoléon Gaillard. Les projets de la Commune de Paris 1871, réalisés, non-réalisés et extrapolés de ses valeurs, feront l’objet d’une plateforme interactive et immersive. Voici son StoryBoard. NAVIGATION PRÉAMBULE Ancre 1

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 4

    Dimanche 2 avril 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 4 Next Next Dimanche 2 avril 1871 DÉSORGANISATION DU SERVICE DES POSTES : UN FAIT INOUÏ (extrait, voir JO p329) Administration des postes Un fait inouï vient de se produire. Un service public, relevant directement des citoyens, et qui ne pouvait excuser son privilège que par la garantie qu’il devait assurer dans toutes les relations commerciales, a été indignement sacrifié à des questions d’intérêt purement politique. Le service des postes est, depuis quelques jours, systématiquement désorganisé par ceux qui avaient accepté le mandat de le diriger. On a privé Paris de toute communication avec la province, sans se soucier des intérêts qu’une semblable résolution a compromis à la veille de l’échéance d’avril. A qui incombe la responsabilité d’un pareil acte ? Nous en appelons à la conscience publique ! […] EDUCATION NOUVELLE (p335) Les délégués de la société l’Education nouvelle ont été reçus hier par les membres de la Commune, auxquels ils ont remis une requête conçue en ces termes : À la Commune de Paris. Considérant la nécessité qu’il y a, sous une république, à préparer la jeunesse au gouvernement d’elle-même par une éducation qui est toute à créer ; Considérant que la question de l’éducation, laquelle n’est exclusive d’aucune autre, est la question mère, qui embrase et domine toutes les questions politiques et sociales, et sans la solution de laquelle il ne sera jamais fait de réformes sérieuses et durables ; Considérant que les maisons d’instruction et d’éducation entretenues par la commune, ou par le département ou par l’Etat, doivent être ouvertes aux enfants de tous les membres de la collectivité, quelles que soient les croyances intimes de chacun d’eux ; Les soussignés délégués de la société l’Education nouvelle, demandent d’urgence, au nom de la liberté de conscience, au nom de la justice : Que l’instruction religieuse ou dogmatique soit laissée tout entière à l’initiative et à la direction libre des familles, et qu’elle soit immédiatement et radicalement supprimée, pour les deux sexes, dans toutes les écoles, dans tous les établissements dont les frais sont payés par l’impôt ; Que ces maisons d’instruction et d’éducation ne contiennent aux places exposées aux regards des élèves ou du public aucun objet de culte, aucune image religieuse ; Qu’il n’y soit enseigné ou pratiqué, en commun, ni prières, ni dogmes, ni rien de ce qui est réservé à la conscience individuelle ; Qu’on n’y emploie exclusivement que la méthode expérimentale ou scientifique, celle qui part toujours de l’observation des faits, quelle qu’en soit la nature, physiques, moraux, intellectuels ; […] La qualité de l’enseignement étant déterminée tout d’abord par l’instruction rationnelle, intégrale, qui deviendra le meilleur apprentissage possible de la vie privée, de la vie professionnelle et de la vie politique ou sociale, la société l’Education nouvelle émet en outre le vœu que l’instruction soit considérée com- me un service public de premier ordre ; qu’en conséquence, elle soit gratuite et complète pour tous les enfants des deux sexes, à la seule condition du concours pour les spécialités professionnelles. Enfin, elle demande que l’instruction soit obligatoire, en ce sens qu’elle de- vienne un droit à la portée de tout enfant, quelle que soit sa position sociale, et un devoir pour les parents ou pour les tuteurs, ou pour la société. Au nom de la société l’Education nouvelle, les délégués nommés dans la séance du 26 mars 1871, à l’Ecole Turgot Il a été répondu aux délégués que la Commune était complètement favorable à une réforme radicale de l’éducation dans le sens qu’ils indiquaient ; qu’elle com- prenait l’importance capitale de cette réforme, et qu’elle considérait la présente démarche comme un encouragement à entrer dans la voie où elle était résolue à marcher. L'ÉCOLE DES BEAUX ARTS (p340) Les élèves de notre Ecole des beaux-arts sont prévenus que, pour prendre part aux concours des grands prix de l’année 1871, il suffit d’être Français et de n’avoir pas atteint trente ans d’âge le 1er janvier dernier. LE DRAPEAU ROUGE (p340) Il y a présentement devant l’hôtel des Monnaies du quai Conti, sur le bassin qui a été ménagé entre l’écluse, la presqu’île du Vert-Galant et le Pont-Neuf, toute une flottille de chaloupes canonnières portant le nouveau drapeau rouge de la Commune de Paris. FAIT DIVERS - INCENDIE (p340) Avant-hier au soit, vers les six heures, un incendie, dû encore, dit-on, à une inflammation de pétrole, s’est déclaré chez M. Tinet, épicier, Faubourg-Saint- Antoine, 148. Malgré l’empressement des voisins et des passants à courir au secours des incendiés, un jeune homme de vingt-trois à vingt-cinq ans a été gravement brûlé à la figure et au corps ; il est mort, M. Tinet lui-même a été brûlé à la figure et aux mains, ainsi qu’une personne accourue pour porter secours. C’est le caporal Baguet, du 29e de ligne, qui, avec l’aide du sergent de pompiers Piron, a arraché des flammes, et au péril de ses jours, la première victime. Baguet a été cité à l’ordre du jour de la 12e légion. FAIT DIVERS - LE FANTÔME (p341) M. Edmond S..., agent principal d’une compagnie d’assurances domicilié rue Saint-Dominique, possède près de Ville-d’Avray une petite propriété. Lorsqu’il s’y rendit après le départ de l’ennemi, il fut satisfait de voir que la maison, qui avait été occupée par un officier prussien, avait subi peu de dégâts. Plusieurs arbres fruitiers et d’agrément avaient été coupés dans le jardin. Dans la chambre à coucher, la glace de la cheminée était brisée ; la tenture gris-bleu avait été arrachée en maints endroits, notamment dans l’alcôve, et avait laissé reparaître un ancien papier vert velouté sur lequel elle avait été collée. Cependant, le lit avec les rideaux étaient intacts, ainsi que les autres meubles. Après avoir fait ces constatations, M. Edmond S..., revint à Paris. Il y a deux jours, il s’en retournait à sa maison en compagnie d’un maçon qu’il connaissait et de son ouvrier. Le temps étant magnifique, les trois voyageurs s’attardèrent à examiner le ruines du palais et de la ville de Saint-Cloud, puis dînèrent chez un ami et se promenèrent tant et si bien, qu’il était nuit quand ils arrivèrent à la propriété. Il fallut remettre au lendemain l’examen des réparations à faire. M. Edmond S... gagna son lit ; ses compagnons s’installèrent comme ils purent dans la pièce voisine de la chambre à coucher. Vers quatre heures du matin, ces derniers furent éveillés par les cris : « Au secours ! à l’assassin ! à l’assassin ! » proférés d’une voix étouffée par M. Edmond S... et suivis de profonds gémissements. Après avoir inutilement frappé à la porte, intérieurement fermée au verrou, ils l’enfoncèrent et trouvèrent l’agent d’assurances étendu, presque mourant, sur son lit. Son visage était contracté et offrait l’image de la plus profonde terreur. Les volets étaient clos ; rien dans la chambre ne paraissait dérangé. Lorsque les soins donnés au sieur S... lui eurent rendu un peu de calme, il ra- conta qu’il avait été éveillé par un sentiment de pesanteur sur tout son corps. Alors il aperçut devant lui un monstre hideux, une sorte de grand singe verdâtre accroupi, avec un œil unique et rouge, le regardant d’un air sinistre. Le fantôme s’était jeté sur lui, avait fouillé longtemps au fond de sa poitrine en y enfonçant ses ongles aigus, puis lui avait brûlé les yeux d’un fer rouge et aurait disparu par une trappe enflammée. Le maître maçon envoya son ouvrier chercher un médecin. Le messager fut obligé d’aller jusqu’à Paris pour en ramener un. Le docteur examina le malade, visita sa chambre et lui dit : — Vous avez été empoisonné par de l’arséniate de cuivre. Le malade pâlit, ainsi que les deux hommes qui craignaient d’être accusés de ce crime. — Le coupable, continua le médecin, n’est point justiciable des tribunaux. C’est le papier de votre chambre, il a été préparé avec du vert de Scheele, qui contient une forte quantité d’arsenic. La tenture déchirée ayant mis à nu ce papier très ancien, on en fait tomber, comme vous voyez, au moindre mouvement, une poussière verte qui est empoisonnée. Pendant votre sommeil, cette poussière presque impalpable s’est introduite par les narines, par les yeux, par la gorge jusque dans les voies pulmonaires. La suffocation de votre poitrine et la fièvre de votre cerveau ont enfanté le cauchemar qui vous a obsédé. Si les secours eussent tardé, vous auriez été en danger de mort. Nous allons voir à vous changer d’air en vous transportant dans une maison voisine où je vous remettrai promptement sur pied. Dans l’intervalle, on arrachera le papier vert qu’on brûlera et qu’on remplacera par un autre, et vous pourrez sans crainte habiter votre chambre. Une médication énergique a effectivement triomphé de l’intoxication ; mais le médecin a déclaré au malade qu’il aurait à souffrir pendant quelques mois d’une conjonction palpébrale, sorte d’ophtalmie douloureuse et tenace, dont le temps seul amènerait la guérison. 21 mars Lundi 3 avril 1871 L'ATTAQUE DES ROYALISTES (p346) Les conspirateurs royalistes ont attaqué. Malgré la modération de notre attitude, ils ont attaqué. Ne pouvant plus compter sur l’armée française, ils ont attaqué avec les zouaves pontificaux et la police impériale. Non contents de couper les correspondances avec la province et de faire de vains efforts pour nous réduire par la famine, ces furieux ont voulu imiter jus- qu’au bout les prussiens et bombarder la capitale. Ce matin, les chouans de Charette, les vendéens de Cathelineau, les bretons de Trochu, flanqués de gendarmes de Valentin, ont couvert de mitraille et d’obus le village inoffensif de Neuilly et engagé la guerre civile avec nos gardes nationaux. Il y a eu des morts et des blessés. Elus par la population de Paris, notre devoir est de défendre la grande cité contre ces coupables agresseurs. Avec votre aide, nous la défendrons. Paris, 2 avril 1871. La Commission exécutive : Bergeret, Eudes, Duval, Lefrançais, Felix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant. ADOPTIONS DE FAMILLES (p348) La Commune de Paris adopte les familles des citoyens qui ont succombé ou succomberont en repoussant l’agression criminelle des royalistes conjurés contre Paris et la République française. OUVERTURE D'UNE ÉCOLE DE TÉLÉGRAPHIE (p351) Le directeur général des lignes télégraphiques invite les jeunes gens sans emploi à la fréquentation d’une école de télégraphie qui vient d’être ouverte à l’administration centrale. Il fait appel à tous les bons citoyens pour l’aider à reconstituer le personnel des différents bureaux de Paris, si traîtreusement désorganisés par le gouvernement de Versailles. Le stage nécessaire pour les hommes intelligents n’excédera pas vingt jours, et des appointements convenables leur seront immédiatement offerts. Un examen préalable permettra à l’administration de se fixer que la capacité des postulants. L’héroïque population de Paris ne sera pas longtemps victime de la désorganisation de tous les services, motivée par d’odieuses passions politiques. GET-APENS (p357) Deux bataillons de gardes nationaux occupaient le pont de Neuilly, lorsqu’ils virent arriver une colonne ayant en tête un colonel de gendarmerie, lequel, pour manifester des intentions pacifiques, s’avança avec ses hommes la crosse en l’air. Les gardes nationaux, espérant fraterniser, s’avancèrent à leur tour et furent reçus par une décharge qui les fusilla presque à bout portant. Pareil guet-apens n’a pas besoin d’autre commentaire. REPRISE DU SERVICE DES POSTES (p367) À force de zèle et d’activité, on a pu reconstituer le service postal dans l’intérieur de Paris. Hier les distributions ont été faites par les facteurs comme à l’ordinaire. On a dû, pour rétablir ce service, faire ouvrir les bureaux divisionnaires par des commissaires de police assistés de la force armée, afin que la formalité eût lieu dans les conditions légales. Quant au service extérieur, il dépend évidemment du bon vouloir du seul M. Thiers qu’il puisse être repris. C’est à cet ami de l’ordre et de la propriété que les commerçants et les industriels doivent faire remonter la responsabilité du petit coup d’Etat de la confiscation des postes, si préjudiciable à leurs relations à leurs intérêts. UN MALENTENDU DIPLOMATIQUE (p369) La Nouvelle Gazette de Prusse donne les détails suivants sur un conflit tragicomique qui s’est produit à un banquet diplomatique donné à Munich par le mi- nistre d’Italie, le marquis Migliorati : M. Migliorati porta un toast à l’empereur d’Allemagne. Le toast fut parfaitement accueilli, et M. le baron Werthern, ministre de Prusse, brisa son verre. On sait que c’est là une coutume allemande, d’après laquelle on est censé attacher au toast une importance telle, que l’on n’admet pas que le verre dont on s’est servi puisse encore être employé à un autre usage. Mais M. le ministre d’Italie, qui ne connaissait pas cette coutume, prit de fort mauvaise part l’action de M. de Werthern et s’emporta vivement. Soit qu’il fût animé par le banquet, soit qu’il ne comprit pas très bien les langues étrangères, toujours est-il qu’on ne put lui faire comprendre ce qu’avait voulu faire M. de Werthern. La discussion s’échauffa. L’amphitryon s’emporta de plus en plus, et la querelle devint tellement sérieuse qu’une dame tomba évanouie de sa chaise, entraînant dans sa chute l’ambassadeur d’Angleterre. On eut la plus grande peine à calmer M. Migliorati. LES ROUGES ET LES PÂLES, JEAN-BAPTISTE CLÉMENT (extrait, voir JO p370) On a toujours trompé le peuple ; le tromper pour en vivre, c’est l’affaire des gens qui se font du lard à se dépens et qui se pâment de bien-être pendant qu’il gèle dans les rues où leurs victimes battent la semelle sur les pavés, pendant qu’il fait faim dans les taudis où grouillent des enfants qui se blottissent comme de petits lapins pour avoir moins froid. Pour épouvanter ces pauvres diables et leur arracher leur sous, — et comme ils sont beaucoup sur terre ça finit par faire des pièces blanches pour nos exploiteurs, — on leur dit que les hommes de 89, de 93 et de 48, étaient des rouges, c’est-à-dire des coupeurs de têtes, des buveurs de sang, des mangeurs de chair fraîche. […] Maintenant voyons un peu les rouges et les pâles, deux espèces d’hommes qui ne boivent pas, ne mangent pas et ne pensent pas de même. Tout cela peut paraître monstrueux, mais vous allez voir que je dis vrai : d’abord vous n’avez pas le droit d’en douter. Les rouges Des hommes de mœurs douces et paisibles, qui se mettent au service de l’humanité quand les affaires de ce monde sont embrouillées et qui s’en reviennent sans orgueil et sans ambition reprendre le marteau, la plume ou la charrue. Ils s’habillent comme vous : ils portent une limousine ou un manteau de gros drap quand il fait froid ; une simple cotte et une vareuse quand il fait chaud ; ils habitent comme tout le monde, n’importe où ; ils vivent comme ils peuvent, et man- gent parce qu’il faut vivre. Les pâles Des hommes de mœurs frivoles et tapageuses, qui intriguent, cumulent les emplois et embrouillent les affaires de ce monde. Pétris d’orgueil et d’ambition, ils se drapent dans leur infamie et font la roue sur les coussins moelleux des voitures armoriées qui les transportent de la cour d’assises au bagne du tripot. Ils ne s’habillent point parce que les mœurs et la température l’exigent, ils se costument pour vous éblouir et vous faire croire qu’ils ne sont pas de chair et d’os comme vous ; […] Ils n’habitent point ceux-là, ils demeurent dans des hôtels : tout y est d’or, de marbre, de velours, tout y est doré sur tranches, depuis les meubles jusqu’aux larbins. Ils ont depuis des valets de pieds jusqu’à des donneurs de lavements. Leurs chevaux sont mieux vêtus que nous, leurs chiens sont mieux nourris et mieux soignés que vos enfants. Il est cent mille pauvres en France qui seraient heureux de demeurer dans les écuries de leurs chevaux ou dans les niches de leurs chiens. Les pâles ne mangent pas parce qu’il faut vivre, non ; ce sont des goinfres pour lesquels il existe des Chabot qu’on décore parce qu’ils ont trouvé l’art d’assaisonner une truffe ; des goinfres pour lesquels un Vatel se brûle la cervelle, quand sa sauce n’est pas dorée à point. […] J.-B. Clement 22 mars 23 mars 24 mars

  • 12 - L'ENSEIGNEMENT DE LA COMMUNE : DU MYTHE À L’HISTOIRE - DÉRÉALISATION

    L’enseignement scolaire détermine l’influence des périodes historiques élues par nos autorités éducatives sur des générations d’élèves. L’historien Pierre Guibbert1 réalise en 1992 un travail d’analyse sur l’enseignement de la Commune dans le primaire à travers 63 manuels d’histoire publiés depuis 18932. Contrairement aux a priori de l’époque, il constate que la Commune est présente dans 60% des manuels, ce qui est conforme aux prescriptions des textes réglementaires. Guibbert distingue deux grandes époques, l’une partant de la IIIème République (1870-1940) et l’autre de la Seconde guerre mondiale. La IIIème République oppose les manuels confessionnels qui « voient dans la Commune de Paris le syndrome hideux de la démocratie contemporaine » et les manuels laïques qui produisent des analyses, « en général plus fouillées, plus argumentées et plus cohérentes que celles de l'adversaire juré »3. C'est d'ailleurs la stabilité de ce discours qui constitue la Commune en objet mythologique plutôt qu'historique ce dont je m'autoriserai, dans un premier temps, pour considérer comme un texte unique ces leçons qui se développent pendant près de cinquante ans... 
 Le fait que la Commune est constituée en objet mythologique est crucial, mais pas élucidé à ce moment de l’analyse, nous y reviendrons. Demandons-nous, en attendant, ce qui, au fond, fait que la Commune n’est pas considérée comme un objet historique ? Guibbert montre que La Commune fait, parmi les historiographes de cette époque, l’objet d’un extrême dissensus, ce qui apparait dans ses relevés lexicaux : s’agit-il d’un gouvernement révolutionnaire ? D’un simple conseil municipal ? D’un soulèvement ? D’une insurrection ? Du premier gouvernement ouvrier qui ait jamais existé ? Ou encore d’une guerre civile ? Autant de définitions existent qu’il existe d’historiens et d’idéologies. On échoue à trouver un terrain historiographique commun qui permettrait d’ancrer la Commune dans l’histoire. Cette vigueur idéologique n'exclut pas les tâtonnements théoriques, ce qui peut s'interpréter positivement comme une reconnaissance de l'originalité de la Commune et, négativement, comme un refus d'intégrer l'événement au cours ordinaire de l'Histoire de France4. 
 En outre, la nature « impie » de la Commune, sa brièveté, son inachèvement, la nature censément « pathologique » du comportement des fédérés, renforcent, d’après Guibbert, cette difficulté d’inscrire la Commune dans le « cours normatif de l’histoire scolaire ». Il résume ainsi les tendances de cette période : Confusion et inconsistance. Anomalie de l'Histoire, la Commune de Paris est une gigantesque pagaille, un pandémonium, ce qui explique que nos auteurs n'éprouvent pas la nécessité de la raconter. A quoi bon charger la mémoire des écoliers avec des faits qui découragent le « sens de l'Histoire » ? A quoi bon leur imposer le récit d'une entreprise qui, à l'évidence, n'a laissé nulle trace dans le présent républicain des enfants de France ? Aussi, nulle date ne jalonne cette leçon extraordinaire. Et nulle décision, nulle réalisation de la Commune de Paris n'est évoquée, tant et si bien que la plupart de ces manuels succombent à la tentation d'abréger l'événement en le réduisant à la Semaine sanglante5. « Anomalie de l’histoire », la Commune serait donc, via le cours sinueux de sa transmission scolaire troisièmement républicaine, au mieux un objet mythologique dont le centre vide n'aurait « laissé nulle trace dans le présent républicain des enfants de France », un « tâtonnement théorique » « décourageant le sens de l’histoire »... Dans ce contexte, les effets de la « vigueur idéologique » relevée semblent consister à polariser l’histoire, à laisser dériver les passions, à oublier les faits, à constater l’impossibilité d’un consensus, puis à exclure la Commune hors du champ historique. Au début du XXème siècle, des pédagogues « scrupuleux »6 déclarent « impossible encore d’en faire l’histoire impartiale et exacte » car d’un coté les légalistes « ont montré un manque regrettable de sang-froid et d’habileté », mais de l’autre « la Commune s’est déconsidérée par d’abominables forfaits » (!), crimes contre l’humanité (exécution des otages) (!), et contre l’esprit (destruction du patrimoine) (!). Ernest Lavisse admet tout de même « que les versaillais exécutaient les prisonniers de guerre »... Les manuels de « l’école libre » orientaient discrètement les élèves vers la justification du châtiment, à partir d’illustrations ad hoc (Le massacre des otages de Jules David7). La répression y constitue une « sainte vengeance » et consacre « la majesté de l’ordre et de la loi ». Puis on assiste à « une atténuation générale de la sévérité des regards et des jugements », voire à une certaine « compassion à l’égard des coupables ». Le tableau de Henri-Alfred Darjou « Fusillade au mur des fédérés 8» apparait dans certains manuels. Après la Seconde Guerre Mondiale, « les pédagogues établiront la respectabilité de la Commune en la dotant d’une généalogie historique ». Elle apparait comme « l’héritière des révoltes parisiennes et nationales de 1830 à 1870, dont on indique le caractère social ». En conclusion de son analyse, Guibbert tente des hypothèses sur le sens de la présence ou de l’absence de la Commune à l’école primaire : - Question : n’y eut-il pas de grands hommes pour incarner « le sens d’un épisode de manière collective » ? - Réponse : « Les pédagogues excellent dans l’art et la manière de susciter des héros [...] Il ne tenait qu’à leur volonté ». - Question : s’agissait-il d’épargner aux enfants le « spectacle affreux de la discorde civile et son cortège d’atrocités » ? - Réponse : « Les manuels [...] ne répugnent jamais à illustrer la violence et la cruauté, pour peu qu’elles soient éducatives ». Il semble cependant que la Commune persiste à offenser « le sens principal de l’histoire scolaire ». « Les troubles de la Commune apparaissent [...] comme une bizarrerie, voire un anachronisme ». « Le sens principal de l’histoire de l’histoire scolaire » n’est pas défini par Guibbert, ni la raison pour laquelle « les troubles de la Commune apparaissent comme une bizarrerie, voire un anachronisme ». Il poursuit : La présentation de cette résurgence d’un passé archaïque, au niveau élémentaire, risquait de troubler les très jeunes intelligences encore incapables de distinguer l’accessoire du principal, le nécessaire de l’accidentel. [...] Dans cette perspective, la Commune n’est pas si laide que fausse. Et ce n’est pas tant une faute contre la morale civile qu’une faute politique contre la Nation et contre la république. On ne comprend pas non plus pourquoi la Commune constitue soudainement la « résurgence d’un passé archaïque »... Ces points restent tout à fait mystérieux, ce qui est ennuyeux dans le cadre d’une étude historiographique. Par contre, on comprend très bien, et toute l’analyse nous y conduisait sereinement, que les tendances de l’enseignement scolaire de la Commune consistaient à stigmatiser « une faute politique contre la Nation et contre la République », cette fois sans distinction de période de la part de Guibbert. La Commune de Paris, conclut Guibbert, apparait alors investie d’une double fonction : - négativement, pour certains auteurs, elle aggrave les conséquences de la guerre et serait responsable des rigueurs du traité de Francfort. Elle ne serait, en outre, porteuse d’aucun événement original pour l’avenir. Elle est ce qui pourrait advenir aux petits français dès lors qu’ils ne retiendraient pas bien les leçons de leur histoire. - positivement, pour d’autres auteurs, elle contrebalance les excès et les troubles des royalistes et des conservateurs qui vont comploter pour renverser la jeune République [...] Ici, la représentation de la Commune de Paris prend alors tout son sens politique. Elle établit la IIIème République naissante dans la légitimité idéale du Souverain Bien, dont chacun savait, à cette époque philosophique, qu’il a la particularité d’être hors de l’histoire. Elle l’établit dans la sphère de l’idéal, qui brille loin au-dessus de l’horizon historique. [...] Certains justifieront son progressif effacement, rançon de son inutilité contemporaine, en des temps où l’on répète de tous bords que la république est définitivement inscrite dans nos mentalités et que l’histoire est morte. La disparition de la dimension historique de la Commune au profit de son avènement mythologique dans l’idéal du Souverain Bien - qui lui confèrerait son sens politique - témoigne, dans le champ de l’enseignement scolaire de la Commune, d’une tentative de déréalisation que Lissagaray avait anticipé en 1896, alors qu’il rédigeait la préface de la deuxième édition de son livre9 : L’histoire de la Commune a été fabriquée par des escamoteurs. Et il ajoutait cette remarque infiniment actuelle : "Méconnaître ou haïr la classe qui produit tout est la caractéristique actuelle d’une bourgeoisie jadis grande, qu’affolent aujourd’hui les révolutions d’en bas10". L’escamotage de la dimension historique de la Commune et sa substitution par sa dimension mythologique dans l’ordre du « Souverain Bien » est une stratégie historiographique qui s’accordait merveilleusement à la troisième république... Sous la Troisième République, on considère que l’histoire scolaire doit servir le politique. Le « roman national » irrigue le projet patriote et républicain de la nouvelle11 école gratuite, laïque et obligatoire. Le projet de la troisième république est relativement limpide [... ] : une histoire au service de l’attachement à un passé glorieux commun. Le roman national repose alors sur la mise en avant de grands personnages héroïsés, cristallisant toutes les valeurs de l’époque, fonctionnant donc comme des modèles identificatoires. ... mais il était plus difficile d’imaginer qu’il ait pu traverser aussi aisément l’époque contemporaine. On observe donc, au fond de cette dialectique mythologie/histoire, liée à sa transmission, une tentative, chez certains historiens, de déréaliser la Commune en substituant aux faits sa dimension mythologique - qu’on ne saurait évacuer, par ailleurs, et qui lui a permis de traverser le temps - et qu’il sera intéressant d’aller traquer sur d’autres territoires : décrocher la Commune de sa réalité historique pour aller l’accrocher au coin des idéaux, et la sortir de l’histoire. Technique imparable d’exclusion des faits. Et des manuels scolaires. Et de notre héritage politique. Ces dernières années, un nombre impressionnant d’ouvrages ont paru sur la Commune, qui ont ramené les passions à leurs justes limites, l’imaginaire à sa dimension politique, et surtout les faits au centre de l’histoire12. La Commune comme fait politique et social. Comment l’enseignement scolaire contemporain de la Commune bénéficie-t-il des ces apports précieux ? Comment les autorités éducatives en font-elles aujourd’hui leur profit ? Notons préalablement, avec Jean-Marie Favière13, que la Commune était fort mal partie pour laisser des traces dans notre mémoire collective, puisqu’en 1880 : l’amnistie [des communards] n’a été accordée par le gouvernement en place qu’à la condition expresse qu’on enterre cet épisode dans un oubli général, et qu’on n’en parle plus, ni d’un camp, ni d’un autre... Aujourd’hui, l’enseignement de la Commune à l’école, fait-il remarquer, a pris la forme d’un paradoxe : si elle « fait l’objet d’un nombre considérable [...] de témoignages ou de recherches historiques et sociologiques », elle est également victime « d’un double filtrage qui a pour effet de l’éliminer quasi totalement de notre enseignement de l’histoire ».
 Un premier filtre conduit à une présence, non nulle mais déjà très restreinte, dans les manuels scolaires, et un second a pour effet une absence pratiquement totale en ce qui concerne les cours réellement dispensés [...] en quatrième et en première, [...] sans contact direct avec un examen, et donc sans impact marquant pour les élèves14.
 L’observation de l’enseignement scolaire de la Commune a ce mérite de révéler les frilosités, les ambiguïtés, les paradoxes que cultivent nos autorités éducatives et politiques successives vis à vis de la Commune. Laurence De Cock, dans son texte « L’enseignement de l’histoire : programmes et enjeux »15, écrit : Il y a, dans l’écriture scolaire de l’histoire, un processus de montage évènementiel reposant sur des choix de contenus considérés comme susceptibles de répondre aux préoccupations politiques du moment. Il s’agit d’une histoire ordonnée par sa fin ou, plus précisément, par les fins qu’on lui assigne. [...] Il y a bel et bien une « fabrique scolaire » des savoirs qui leur confère un sens et des finalités inhérentes aux fonctions assignées à l’Ecole elle-même. Les enjeux politiques sont posés, le cadre éducatif est donné, et les préoccupations politiques officielles du moment correspondent effectivement fort peu aux enjeux communards. Peut-être plus au cadre de la IIIème République de 1871. Ce qui explique cette résistance active à la faire entrer dans l’histoire. Pour en finir avec la dimension mythologique, et faire rebondir la notion vers des horizons propitiatoires, une définition du mythe est proposée par Alain Cabantou 16 : Construction imaginaire qui se veut explicative de phénomènes cosmiques ou sociaux et surtout fondatrice d'une pratique sociale en fonction des valeurs fondamentales d'une communauté à la recherche de sa cohésion. Dans ce sens précis, on reconnait à la Commune cette dimension mythologique qui ressurgit dans nos imaginaires contemporains et qui continue d’inquiéter le pouvoir17. 12 - L'ENSEIGNEMENT DE LA COMMUNE : DU MYTHE À L’HISTOIRE - DÉRÉALISATION Texte précédent Texte suivant L’enseignement scolaire détermine l’influence des périodes historiques élues par nos autorités éducatives sur des générations d’élèves. L’historien Pierre Guibbert1 réalise en 1992 un travail d’analyse sur l’enseignement de la Commune dans le primaire à travers 63 manuels d’histoire publiés depuis 18932. Contrairement aux a priori de l’époque, il constate que la Commune est présente dans 60% des manuels, ce qui est conforme aux prescriptions des textes réglementaires. Guibbert distingue deux grandes époques, l’une partant de la IIIème République (1870-1940) et l’autre de la Seconde guerre mondiale. La IIIème République oppose les manuels confessionnels qui « voient dans la Commune de Paris le syndrome hideux de la démocratie contemporaine » et les manuels laïques qui produisent des analyses, « en général plus fouillées, plus argumentées et plus cohérentes que celles de l'adversaire juré »3. C'est d'ailleurs la stabilité de ce discours qui constitue la Commune en objet mythologique plutôt qu'historique ce dont je m'autoriserai, dans un premier temps, pour considérer comme un texte unique ces leçons qui se développent pendant près de cinquante ans... 
 Le fait que la Commune est constituée en objet mythologique est crucial, mais pas élucidé à ce moment de l’analyse, nous y reviendrons. Demandons-nous, en attendant, ce qui, au fond, fait que la Commune n’est pas considérée comme un objet historique ? Guibbert montre que La Commune fait, parmi les historiographes de cette époque, l’objet d’un extrême dissensus, ce qui apparait dans ses relevés lexicaux : s’agit-il d’un gouvernement révolutionnaire ? D’un simple conseil municipal ? D’un soulèvement ? D’une insurrection ? Du premier gouvernement ouvrier qui ait jamais existé ? Ou encore d’une guerre civile ? Autant de définitions existent qu’il existe d’historiens et d’idéologies. On échoue à trouver un terrain historiographique commun qui permettrait d’ancrer la Commune dans l’histoire. Cette vigueur idéologique n'exclut pas les tâtonnements théoriques, ce qui peut s'interpréter positivement comme une reconnaissance de l'originalité de la Commune et, négativement, comme un refus d'intégrer l'événement au cours ordinaire de l'Histoire de France4. 
 En outre, la nature « impie » de la Commune, sa brièveté, son inachèvement, la nature censément « pathologique » du comportement des fédérés, renforcent, d’après Guibbert, cette difficulté d’inscrire la Commune dans le « cours normatif de l’histoire scolaire ». Il résume ainsi les tendances de cette période : Confusion et inconsistance. Anomalie de l'Histoire, la Commune de Paris est une gigantesque pagaille, un pandémonium, ce qui explique que nos auteurs n'éprouvent pas la nécessité de la raconter. A quoi bon charger la mémoire des écoliers avec des faits qui découragent le « sens de l'Histoire » ? A quoi bon leur imposer le récit d'une entreprise qui, à l'évidence, n'a laissé nulle trace dans le présent républicain des enfants de France ? Aussi, nulle date ne jalonne cette leçon extraordinaire. Et nulle décision, nulle réalisation de la Commune de Paris n'est évoquée, tant et si bien que la plupart de ces manuels succombent à la tentation d'abréger l'événement en le réduisant à la Semaine sanglante5. « Anomalie de l’histoire », la Commune serait donc, via le cours sinueux de sa transmission scolaire troisièmement républicaine, au mieux un objet mythologique dont le centre vide n'aurait « laissé nulle trace dans le présent républicain des enfants de France », un « tâtonnement théorique » « décourageant le sens de l’histoire »... Dans ce contexte, les effets de la « vigueur idéologique » relevée semblent consister à polariser l’histoire, à laisser dériver les passions, à oublier les faits, à constater l’impossibilité d’un consensus, puis à exclure la Commune hors du champ historique. Au début du XXème siècle, des pédagogues « scrupuleux »6 déclarent « impossible encore d’en faire l’histoire impartiale et exacte » car d’un coté les légalistes « ont montré un manque regrettable de sang-froid et d’habileté », mais de l’autre « la Commune s’est déconsidérée par d’abominables forfaits » (!), crimes contre l’humanité (exécution des otages) (!), et contre l’esprit (destruction du patrimoine) (!). Ernest Lavisse admet tout de même « que les versaillais exécutaient les prisonniers de guerre »... Les manuels de « l’école libre » orientaient discrètement les élèves vers la justification du châtiment, à partir d’illustrations ad hoc (Le massacre des otages de Jules David7). La répression y constitue une « sainte vengeance » et consacre « la majesté de l’ordre et de la loi ». Puis on assiste à « une atténuation générale de la sévérité des regards et des jugements », voire à une certaine « compassion à l’égard des coupables ». Le tableau de Henri-Alfred Darjou « Fusillade au mur des fédérés 8» apparait dans certains manuels. Après la Seconde Guerre Mondiale, « les pédagogues établiront la respectabilité de la Commune en la dotant d’une généalogie historique ». Elle apparait comme « l’héritière des révoltes parisiennes et nationales de 1830 à 1870, dont on indique le caractère social ». En conclusion de son analyse, Guibbert tente des hypothèses sur le sens de la présence ou de l’absence de la Commune à l’école primaire : - Question : n’y eut-il pas de grands hommes pour incarner « le sens d’un épisode de manière collective » ? - Réponse : « Les pédagogues excellent dans l’art et la manière de susciter des héros [...] Il ne tenait qu’à leur volonté ». - Question : s’agissait-il d’épargner aux enfants le « spectacle affreux de la discorde civile et son cortège d’atrocités » ? - Réponse : « Les manuels [...] ne répugnent jamais à illustrer la violence et la cruauté, pour peu qu’elles soient éducatives ». Il semble cependant que la Commune persiste à offenser « le sens principal de l’histoire scolaire ». « Les troubles de la Commune apparaissent [...] comme une bizarrerie, voire un anachronisme ». « Le sens principal de l’histoire de l’histoire scolaire » n’est pas défini par Guibbert, ni la raison pour laquelle « les troubles de la Commune apparaissent comme une bizarrerie, voire un anachronisme ». Il poursuit : La présentation de cette résurgence d’un passé archaïque, au niveau élémentaire, risquait de troubler les très jeunes intelligences encore incapables de distinguer l’accessoire du principal, le nécessaire de l’accidentel. [...] Dans cette perspective, la Commune n’est pas si laide que fausse. Et ce n’est pas tant une faute contre la morale civile qu’une faute politique contre la Nation et contre la république. On ne comprend pas non plus pourquoi la Commune constitue soudainement la « résurgence d’un passé archaïque »... Ces points restent tout à fait mystérieux, ce qui est ennuyeux dans le cadre d’une étude historiographique. Par contre, on comprend très bien, et toute l’analyse nous y conduisait sereinement, que les tendances de l’enseignement scolaire de la Commune consistaient à stigmatiser « une faute politique contre la Nation et contre la République », cette fois sans distinction de période de la part de Guibbert. La Commune de Paris, conclut Guibbert, apparait alors investie d’une double fonction : - négativement, pour certains auteurs, elle aggrave les conséquences de la guerre et serait responsable des rigueurs du traité de Francfort. Elle ne serait, en outre, porteuse d’aucun événement original pour l’avenir. Elle est ce qui pourrait advenir aux petits français dès lors qu’ils ne retiendraient pas bien les leçons de leur histoire. - positivement, pour d’autres auteurs, elle contrebalance les excès et les troubles des royalistes et des conservateurs qui vont comploter pour renverser la jeune République [...] Ici, la représentation de la Commune de Paris prend alors tout son sens politique. Elle établit la IIIème République naissante dans la légitimité idéale du Souverain Bien, dont chacun savait, à cette époque philosophique, qu’il a la particularité d’être hors de l’histoire. Elle l’établit dans la sphère de l’idéal, qui brille loin au-dessus de l’horizon historique. [...] Certains justifieront son progressif effacement, rançon de son inutilité contemporaine, en des temps où l’on répète de tous bords que la république est définitivement inscrite dans nos mentalités et que l’histoire est morte. La disparition de la dimension historique de la Commune au profit de son avènement mythologique dans l’idéal du Souverain Bien - qui lui confèrerait son sens politique - témoigne, dans le champ de l’enseignement scolaire de la Commune, d’une tentative de déréalisation que Lissagaray avait anticipé en 1896, alors qu’il rédigeait la préface de la deuxième édition de son livre9 : L’histoire de la Commune a été fabriquée par des escamoteurs. Et il ajoutait cette remarque infiniment actuelle : "Méconnaître ou haïr la classe qui produit tout est la caractéristique actuelle d’une bourgeoisie jadis grande, qu’affolent aujourd’hui les révolutions d’en bas10". L’escamotage de la dimension historique de la Commune et sa substitution par sa dimension mythologique dans l’ordre du « Souverain Bien » est une stratégie historiographique qui s’accordait merveilleusement à la troisième république... Sous la Troisième République, on considère que l’histoire scolaire doit servir le politique. Le « roman national » irrigue le projet patriote et républicain de la nouvelle11 école gratuite, laïque et obligatoire. Le projet de la troisième république est relativement limpide [... ] : une histoire au service de l’attachement à un passé glorieux commun. Le roman national repose alors sur la mise en avant de grands personnages héroïsés, cristallisant toutes les valeurs de l’époque, fonctionnant donc comme des modèles identificatoires. ... mais il était plus difficile d’imaginer qu’il ait pu traverser aussi aisément l’époque contemporaine. On observe donc, au fond de cette dialectique mythologie/histoire, liée à sa transmission, une tentative, chez certains historiens, de déréaliser la Commune en substituant aux faits sa dimension mythologique - qu’on ne saurait évacuer, par ailleurs, et qui lui a permis de traverser le temps - et qu’il sera intéressant d’aller traquer sur d’autres territoires : décrocher la Commune de sa réalité historique pour aller l’accrocher au coin des idéaux, et la sortir de l’histoire. Technique imparable d’exclusion des faits. Et des manuels scolaires. Et de notre héritage politique. Ces dernières années, un nombre impressionnant d’ouvrages ont paru sur la Commune, qui ont ramené les passions à leurs justes limites, l’imaginaire à sa dimension politique, et surtout les faits au centre de l’histoire12. La Commune comme fait politique et social. Comment l’enseignement scolaire contemporain de la Commune bénéficie-t-il des ces apports précieux ? Comment les autorités éducatives en font-elles aujourd’hui leur profit ? Notons préalablement, avec Jean-Marie Favière13, que la Commune était fort mal partie pour laisser des traces dans notre mémoire collective, puisqu’en 1880 : l’amnistie [des communards] n’a été accordée par le gouvernement en place qu’à la condition expresse qu’on enterre cet épisode dans un oubli général, et qu’on n’en parle plus, ni d’un camp, ni d’un autre... Aujourd’hui, l’enseignement de la Commune à l’école, fait-il remarquer, a pris la forme d’un paradoxe : si elle « fait l’objet d’un nombre considérable [...] de témoignages ou de recherches historiques et sociologiques », elle est également victime « d’un double filtrage qui a pour effet de l’éliminer quasi totalement de notre enseignement de l’histoire ».
 Un premier filtre conduit à une présence, non nulle mais déjà très restreinte, dans les manuels scolaires, et un second a pour effet une absence pratiquement totale en ce qui concerne les cours réellement dispensés [...] en quatrième et en première, [...] sans contact direct avec un examen, et donc sans impact marquant pour les élèves14.
 L’observation de l’enseignement scolaire de la Commune a ce mérite de révéler les frilosités, les ambiguïtés, les paradoxes que cultivent nos autorités éducatives et politiques successives vis à vis de la Commune. Laurence De Cock, dans son texte « L’enseignement de l’histoire : programmes et enjeux »15, écrit : Il y a, dans l’écriture scolaire de l’histoire, un processus de montage évènementiel reposant sur des choix de contenus considérés comme susceptibles de répondre aux préoccupations politiques du moment. Il s’agit d’une histoire ordonnée par sa fin ou, plus précisément, par les fins qu’on lui assigne. [...] Il y a bel et bien une « fabrique scolaire » des savoirs qui leur confère un sens et des finalités inhérentes aux fonctions assignées à l’Ecole elle-même. Les enjeux politiques sont posés, le cadre éducatif est donné, et les préoccupations politiques officielles du moment correspondent effectivement fort peu aux enjeux communards. Peut-être plus au cadre de la IIIème République de 1871. Ce qui explique cette résistance active à la faire entrer dans l’histoire. Pour en finir avec la dimension mythologique, et faire rebondir la notion vers des horizons propitiatoires, une définition du mythe est proposée par Alain Cabantou 16 : Construction imaginaire qui se veut explicative de phénomènes cosmiques ou sociaux et surtout fondatrice d'une pratique sociale en fonction des valeurs fondamentales d'une communauté à la recherche de sa cohésion. Dans ce sens précis, on reconnait à la Commune cette dimension mythologique qui ressurgit dans nos imaginaires contemporains et qui continue d’inquiéter le pouvoir17. Texte précédent Texte suivant

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 7

    Jeudi 6 avril 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 7 Next Next Jeudi 6 avril 1871 MASSACRE DES PRISONNIERS COMMUNARDS (p447) Citoyens, Chaque jour les bandits de Versailles égorgent ou fusillent nos prisonniers, et pas d’heure ne s’écoule sans nous apporter la nouvelle d’un de ces assassinats. Les coupables, vous les connaissez : ce sont les gendarmes et les sergents de ville de l’empire, ce sont les royalistes de Charette et de Cathelineau qui marchent sur Paris au cri de Vive le Roi et drapeau blanc en tête. Le gouvernement de Versailles se met en dehors des lois de la guerre et de l’humanité, force nous sera d’user de représailles. Si, continuant à méconnaître les conditions habituelles de la guerre entre peu- ples civilisés, nos ennemis massacrent encore un seul de nos soldats, nous répondrons par l’exécution d’un nombre égal ou double de prisonniers. Toujours généreux et juste même dans sa colère, le peuple abhorre la guerre civile ; mais il a le devoir de se protéger contre les attentats sauvages de ses ennemis, et, quoi qu’il lui en coûte, il rendra œil pour œil et dent pour dent. Paris, le 5 avril 1871, La Commune de Paris. RAPPORT DU DÉLÉGUÉ À LA GUERRE AUX MEMBRES DE LA COMMISSION EXÉCUTIVE (p449) Citoyens, Depuis mon entrée en fonctions, j’ai cherché à me rendre un compte exact de la situation militaire, tant au point de vue de ce qui motive une agression que rien ne justifie qu’à celui de ses résultats. Le motif paraît être, en première ligne, d’effrayer la population, en second lieu nous faire dépenser en pure perte nos munitions, enfin masquer un mouvement sur notre droite pour occuper les forts de la rive droite. Jusqu’à ce jour, l’espoir coupable de l’ennemi a été frustré, ses tentatives re- poussées. La population est restée calme et digne, et si nos munitions ont été gaspillées par des soldats trop jeunes, ils acquièrent chaque jour, par la pratique du feu, le sang-froid indispensable à la guerre. Quant au troisième point, il dépend plus des prussiens que de nous. Néan- moins, nous veillons. Au point de vue de l’action, elle se résume ainsi : soldats excellents, officiers mêlés, les uns très bons et les autres très mauvais. Beaucoup d’élan, assez peu de fermeté. Quand les compagnies de guerre seront formées et dégagées de l’élément sédentaire, on aura une troupe d’élite dont l’effectif dépassera 100 000 hommes. Je ne saurais trop recommander aux gardes de porter toute leur attention sur le choix de leurs chefs. Actuellement, les positions respectives des deux troupes peuvent se résumer ainsi : les Prussiens de Versailles occupent les positions de leurs congénères d’outre-Rhin. Nous occupons les tranchées, les Moulineaux, la gare de Clamart. En somme, notre position est celle de gens qui, forts de leurs droits, attendent patiemment qu’on vienne les attaquer, se contentant de se défendre. Des actes d’héroïsme se sont accomplis. A ce sujet, je proposerai à la Com- mune de vouloir bien faire don au 101e bataillon d’une mitrailleuse qu’il a enlevée aux Prussiens de Versailles avec son caisson et deux autres pièces d’artillerie. Que chaque bataillon tienne à l’honneur d’imiter le 101e, et bientôt l’artillerie de la Commune de Paris sera une des plus belles et des mieux servies. Je saisis cette occasion de rendre un public hommage à la justesse du tir de nos artilleurs. En terminant, citoyens, je pense que si nos troupes conservent leur sang-froid et ménagent leurs munitions, l’ennemi se fatiguera avant nous. Il ne restera alors de sa folle et criminelle tentative que les veuves et les orphelins, le souvenir et le mépris pour une action atroce. Le délégué à la guerre, Général E. Cluseret. INITIATION DES RELATIONS DIPLOMATIQUES (p451) La note suivante a été adressée hier aux représentants, à Paris, des puissances étrangères par le citoyen Paschal Grousset, membre de la Commune, délégué aux relations extérieures : « Le soussigné, membre de la Commune de Paris, délégué aux relations exté- rieures, a l’honneur de vous notifier officiellement la constitution du Gouverne- ment communal de Paris. « Il vous prie d’en porter la connaissance à votre Gouvernement, et saisit cette occasion de vous exprimer le désir de la Commune de resserrer les liens fraternels qui unissent le peuple de Paris au peuple N*** « Agréez, etc. Paris, le 5 avril 1871, Paschal Grousset. LETTRE DU GÉNÉRAL BERGERET À LA COMMISSION EXÉCUTIVE (p 455) Chers citoyens, Les craintes de certaines personnes sont exagérées. Je sais qu’il faut à notre brave garde nationale une nouvelle organisation ; mais la situation de notre cher Paris est bonne, nos forts sont pourvus de munitions et résistent fièrement aux attaques insensées et criminelles de ceux que j’ai la honte d’appeler les Français de Versailles. Quant à Neuilly, cet objectif de nos adversaires, je l’ai formidablement fortifié, et je défie à toute une armée de l’assaillir. J’y ai placé un homme intelligent et ferme, le citoyen Bourgoin ; il y tient d’une main sûre le drapeau de la Commune, et nul ne viendra l’en arracher. Donc, chers citoyens, organisons dans le calme et la sécurité vigilante de notre force nos bataillons, et laissons au temps, quelques jours à peine, le soin de démontrer à nos ennemis leur faiblesse et notre puissance. Jules Bergeret, Général commandant la place. TRAITEMENT VERSAILLAIS DES PRISONNIERS (p456) Nous recevons la communication suivante : Aux membres de la Commune de Paris, J’arrive de Versailles encore ému, indigné des faits horribles que j’ai vus de mes propres yeux. Les prisonniers sont reçus à Versailles d’une manière atroce. Ils sont frappés sans pitié. J’en ai vu sanglants, les oreilles arrachées, le visage et le cou déchirés comme par des griffes de bêtes féroces. J’ai vu le colonel Henry en cet état, et je dois ajouter à son honneur, à sa gloire, que, méprisant cette bande de barbares, il est passé fier, calme, marchant stoïquement à la mort. Une cour prévôtale fonctionne sous les regards du gouvernement. C’est dire que la mort fauche nos concitoyens faits prisonniers. Les caves où on les jette sont d’affreux bouges, confiés aux bons soins des gendarmes. J’ai cru de mon devoir de bon citoyen de vous faire part de ces cruautés, dont le souvenir seul provoquera encore longtemps mon indignation. Barrère. Je certifie que la présente déclaration a été faite devant moi. Paris, le 5 avril 1871 Jules Bergeret, Général commandant la place. Leroux, commandant au 84e bataillon de la garde nationale. SUPÉRIORITÉ MORALE DE LA GARDE NATIONALE (extrait, voir JO p459) […] L’offensive prise brusquement par le gouvernement de Versailles, alors que rien ne la faisait prévoir si prochaine, a déterminé un mouvement en avant de la garde nationale, mouvement audacieux, peu préparé, presque spontané, qui n’a pas eu, on peut le reconnaître sans honte après tant d’actes héroïques, le succès immédiat sur lequel les chefs avaient en somme quelques raisons de compter. Admettons même qu’il y ait eu excès d’audace et de confiance chez les vaillants citoyens, dont l’agression de la veille avait enflammé l’ardeur. Il n’en restera pas moins évident que si une faute a été commise, ou pour mieux dire n’a pu être évitée, cette faute même, reconnue et préparée, est pour la cause de la Commune le gage du futur triomphe. Et d’abord, nul n’oserait soutenir qu’au point de vue défensif la situation de Paris ait empiré. Ce qui est certain, au contraire, c’est que les mesures prises, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ont rendu Paris invincible. Les bataillons de marche réformés ont aussi acquis la faculté de procéder rapidement, mais avec méthode à leur réorganisation. Enfin le commandement supérieur a été placé entre les mains d’un militaire éprouvé qui, considéré il y a quinze ans dans l’armée française comme un officier du plus grand mérite, a depuis acquis, dans la guerre de sécession américaine, l’expérience qui eût pu, après le 4 septembre, nous assurer les revanches espérées. Ici comme en Amérique, mais avec des éléments incomparablement supérieurs, et dans des conditions bien plus favorables, le général Cluseret aura à montrer comment les troupes nouvelles, n’ayant pas fait campagne, peuvent triompher d’une armée régulière. Le courage héroïque, indomptable de la garde nationale parisienne, sa supériorité morale sur des troupes que ne soutient pas l’énergie d’une conviction ni même le sentiment du devoir, rendront la tâche du délégué à la guerre plus facile, et assureront le triomphe définitif à Paris, c’est-à-dire à la cause de l’humanité, de la justice, à la cause de la République. (sans signature) PROTECTION DU PATRIMOINE - LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE (p 463) Nous donnons ci-après les termes de l’engagement que le citoyen Vincent, délégué par la Commune à la Bibliothèque nationale, a fait prendre aux employés de cet établissement. C’est par des actes de cette nature que les hommes de la Commune prouvent qu’ils entendent conserver soigneusement aux générations futures tout ce qui se rapporte à la gloire et à la science du passé : Paris, le 1er avril 1871. Pour le comité de l’intérieur et de la sûreté générale : Les délégués, F. Cournet, Emile Oudet, Th. Ferré. Il a été convenu et arrêté ce qui suit : 1° Avec le concours de M. Jules Vincent, délégué à cet effet, les fonctionnaires et employés de la Bibliothèque nationale prendront toutes les mesures propres à sauvegarder l’intégrité et la conservation des collections qui leur sont confiées, sans qu’il soit porté d’ailleurs aucune atteinte aux règlements actuels de l’établissement. 2° Fidèles à leur devoir professionnel, les fonctionnaires et employés de la Bibliothèque continueront de se renfermer dans les strictes limites de leur rôle de gardiens des collections qui constituent les quatre départements et qui appartiennent à la Nation. Jules Vincent ; J. Ravenel, conservateur du département des imprimés ; O.-S. Barbris, conservateur adjoint au département des imprimés ; E.-J.-B. Rathery, conservateur adjoint au département des imprimés ; H. Baudement, bibliothécaire au département des manuscrits ; Chabouillet, conservateur, sous-directeur du département des médailles et antiques; H. Lavoix, conservateur, sous-directeur adjoint du département des médailles et antiques ; H. Delaborde, conservateur du département des estampes ; Dauban, conservateur, sous-directeur adjoint du dépar- tement des estampes ; Georges Duplessis, bibliothécaire ; J. Guérin, Bibliothécaire. NOUVELLES D'ITALIE (p465) Les jésuites ne se font pas d’illusion sur le sort qui les attend : ils prévoient qu’ils seront bientôt obligés de s’éloigner de Rome, et ils préparent leur déménagement. Ils ont déjà fait partir plusieurs de leurs élèves, qui ont été dirigés vers la Bavière et l’Allemagne. Leurs valeurs les plus précieuses ont été mises en sûreté ; ils ont brûlé une quantité énorme de papiers, et ils ont fait une vente simulée de leur couvent, ce qui n’empêchera pas l’expropriation, car cet immeuble est destiné à recevoir une administration publique. La vente dont il s’agit a été consentie, il y a plusieurs années, en faveur du prince Torlonia, qui n’a point d’héritiers mâles, et dont les jésuites se croyaient bien sûrs de recueillir l’héritage, évalué à plus de 120 millions de francs. Renoncer à cette bonne aubaine ne sera pas un des moindres regrets de la célèbre compagnie ; mais, lors même qu’ils ne devraient point quitter Rome, les jésuites auraient été frustrés dans leur convoitise par la publication du code italien, qui abolit les fiefs, le droit d’aînesse, les fidéicommis, et qui rend les filles aptes à hériter de leurs ascendants. RÉPONSE DE L’EMPEREUR D’ALLEMAGNE À L’ADRESSE DU REICHSTAG (extrait, voir JO p 465) J’ai reçu avec une reconnaissance sincère l’adresse du reichstag. Je me réjouis des sentiments que le reichstag y a exprimés. Ils prouvent que les paroles que j’ai prononcées dans mon discours du trône ont été parfaitement saisies par vous. Nous avons assurément à payer une dette de reconnaissance à l’héroïsme des armées allemandes qu’il m’a été donné de conduire, et à leurs incomparables exploits ; mais, avant tout, nous devons rendre grâces à la Providence divine, dont à chaque pas on a pu si clairement reconnaître le doigt. Nous voulons nous efforcer d’agir toujours de telle sorte qu’elle continue dans l’avenir à nous couvrir de sa protection. Le reichstag a compris le sens de la défaite de la France, qui maintenant encore, après la paix qu’elle a conclue avec nous, est en proie à des convulsions, suites d’une révolution de quatre-vingts ans dont l’œuvre a été de tout déraciner jusqu’à la dynastie, et dont la voie n’offre aucun terme. Ce doit être là aussi pour nous un avertissement, devenu d’ailleurs inutile après les sentiments exprimés par le reichstag. S’il est vrai que, dans les pays restitués à l’empire allemand, la nationalité allemande n’est pas entièrement détruite, elle est du moins en réalité très effacée. C’est pourquoi nous ne devons pas nous attendre à un trop prompt revirement ; mais il faut avoir de la patience et de l’indulgence. Il ne serait même ni désirable ni bon que des peuples arrachés à de tels liens demeurassent indifférents à cette séparation. Par mansuétude, nous réveillerons peu à peu le sentiment allemand dans ces provinces. C’est avec joie que nous en voyons déjà se manifester quelques signes. Puissent donc les représentants du peuple allemand persévérer dans l’accomplissement fidèle de leur devoir, et faire en sorte que le nouvel empire allemand réponde aux espérances que le monde fonde sur lui. Il mer sera encore donné, à un âge si avancé, de travailler aux fondements de l’édifice ; mais j’ai la confiance que mes successeurs y travailleront à leur tour dans le même esprit, avec le même cœur et le même dévouement. Je vous prie de donner au reichstag communication de mes paroles et de lui témoigner ma reconnaissance. En prenant congé de la députation, l’empereur a dit encore : Puisse l’arbre pousser des racines profondes et porter des fruits abondants ! TIR D'OBUS VERSAILLAIS SUR LA CROIX ROUGE (p470) Nous recevons la lettre suivante : Citoyen directeur, Nous tenons à porter à votre connaissance des honnêtes gens un fait inouï, accompli par les artilleurs du Mont-Valérien dans la journée du 3 avril. Une vingtaine de médecins, portant le brancard réglementaire, et accompagnés de sept voitures de la Société internationale, pourvues du drapeau blanc à croix rouge de la convention de Genève, ont été pris pour point de mire, et n’eût été un pli de terrain, médecins et blessés auraient été atteints par les obus. Nous préférons croire que les artilleurs n’ont pas les drapeaux de la convention de Genève, plutôt que de leur reprocher une atrocité si souvent mise à exécution par les Prussiens. Salut et fraternité. Le médecin en chef de l’Hôtel-de-Ville, Dr HERZFELD. Le médecin adjoint, Dr CLAUDE. CONSTRUCTION DE TUMULUS (p471) Le comité consultatif d’hygiène publique, composé de MM. Bussy, Fauvel, Michel Lévy, Bouley, Reynaud et Amédée Latour, a été chargé de présenter un rapport sur les travaux que nécessité, dans l’intérêt de la santé publique, l’état déplorable où ont été laissés les corps de tant de victimes dans les environs de la capitale. Voici la mesure proposée par le Comité à l’égard des tumulus : 1° Elévation d’un tumulus en terre de 40 à 50 centimètres de hauteur sur les fosses ou les tranchées renfermant un plus ou moins grand nombre de cadavres, et ensemencé de plantes à végétation rapide et avides d’azote. 2° Exhumation rapide des cadavres isolés, désinfectés et placés dans une fosse creusée parallèlement et le plus près possible de la fosse ancienne, et couchés sur un lit de chaux vive. 3° Culture et plantation des terrains dans la zone la plus rapprochée des sépultures. PROSCRITS ET CONDAMNÉS POLITIQUES DANS LA GARDE NATIONALE (p472) Les anciens proscrits et condamnés politiques ont décidé la formation d’un bataillon de la garde nationale dans lequel ils entreront. Un grand nombre se sont déjà fait inscrire. Un bureau d’inscription permanente est établi à la mairie du IVe arrondissement ; tous les anciens proscrits sont priés de venir de suite se faire inscrire. Aujourd’hui jeudi, réunion générale des proscrits à la mairie du IVe arrondissement. CONCERTATION SUR LES RÉFORMES DE L'ENSEIGNEMENT (p472) Appel aux instituteurs, institutrices et professeurs, ainsi qu’aux parents. Réunion à l’école Turgot, tous les dimanches et jeudis, à trois heures très précises. Études et résolutions pratiques sur les réformes à réaliser dans les programmes, méthodes et lois d’enseignement. APPEL DE COURBET (extrait, voir p472) M. Gustave Courbet, président des artistes, autorisé par la commune, a invité ses confrères à se réunir vendredi prochain, dans le monument de l’Ecole de médecine, à deux heures de l’après-midi. Il vient de leur adresser l’appel suivant, que nous nous faisons un devoir de publier : […] Aujourd’hui, Paris est libre et s’appartient, et la province est en servage. Quand la France fédérée pourra comprendre Paris, l’Europe sera sauvée. Aujourd’hui, j’en appelle aux artistes, j’en appelle à leur intelligence, à leur sentiment, à leur reconnaissance, Paris les a nourris comme une mère et leur a donné leur génie. Les artistes, à cette heure, doivent, par tous leurs efforts (c’est une dette d’honneur), concourir à la reconstitution de son état moral et au rétablis- sement des arts, qui sont sa fortune. Par conséquent, il est de toute urgence de rouvrir les musées et de songer sérieusement à une exposition prochaine ; que chacun, dès à présent se mette à l’œuvre, et les artistes des nations amies répondront à notre appel. […] Aujourd’hui, je le répète, que chacun se mette à l’œuvre avec désintéressement : c’est le devoir que nous avons tous vis-à-vis de nos frères soldats, ces héros qui meurent pour nous. Le bon droit est avec eux. Les criminels ont réservé leur courage pour la sainte cause. Oui, chacun se livrant à son génie sans entrave, Paris doublera son importance, et la ville internationale européenne pour offrir aux arts, à l’industrie, au commerce, aux transactions de toutes sortes, aux visiteurs de tous pays, un ordre impérissable, l’ordre par ses citoyens, qui ne pourra pas être interrompu par les ambitions monstrueuses de prétendants monstrueux. Notre ère va commencer ; coïncidence curieuse ! c’est dimanche prochain le jour de Pâques ; est-ce ce jour-là que notre résurrection aura lieu ? Adieu le vieux monde et sa diplomatie ! Gustave Courbet. LETTRE D’ALPHONSE KARR (extrait, voir p476) Extraite du Saturday Review. Plus ça change, plus c’est la même chose ! Voici M. Thiers, chef du pouvoir exécutif, sous l’autorité de l’Assemblée des représentants. C’est-à-dire à peu près président de la République, et peut-être vaut-il autant qu’on ne soit pas plus président que cela. L’idée républicaine a plusieurs griefs contre M. Thiers ; je ne parlerai que de deux : Son histoire si célèbre, si populaire du Consulat et de l’Empire a beaucoup contribué à propager cette légende, cette mythologie napoléonienne qui nous a amené le second Empire. Au 10 décembre, il a voté, et, qui pis est, a fait voter pour la présidence du prince Louis, sans laquelle la République eût peut-être été fondée. Aujourd’hui, élu par 26 départements, il apporte au service de la France en pé- ril une longue expérience des affaires et un esprit souple, subtil, très exercé, très pratique et presque toujours du bon sans, sauf sur quelques questions où il a conservé certains préjugés. Met-il également ces facultés, sans arrière-pensée, au service de la République ? THAT IS THE QUESTION !... […] Voici mes propositions : Aliénation ou appropriation à des objets d’utilité publique de tous les palais, châteaux, etc. Qu’il en soit de même des divers bâtiments assignés aux préfectures. On examinera s’il y a bien besoin de sous-préfets. Qu’il n’y ait pas en France d’appointements au-dessous de 1 200 fr. On parle aussi de reconstituer l’armée ; ça, c’est moins bien, — disons notre pensée, — c’est absurde. Si nous voulons sincèrement la République, IL FAUT BRÛLER NOS VAISSEAUX. […] C’est à ce triple titre que je fais les quelques propositions que voici : Démolissons ou fermons les niches où nous ne voulons pas mettre de saints ; Supprimons le tronc avec toute la piaffe et tous les bibelots de la royauté. Ne nous contentons plus des synonymes avec lesquels on a si longtemps abusé, mené et égaré la France, quand on disait : Plus de gendarmes, une garde municipale ! Plus de conscription, le recrutement ! Plus de royauté, la présidence, assise sur le même fauteuil que la royauté, avec le même pouvoir de corrompre !... N’essayons pas de construire une France nouvelle avec ces vieux matériaux hors de service, ces poutres pourries, ces pierres délitées des plâtras de démolition. ...Enfin, pour en finir avec les joujoux de la royauté et pour se procurer une grosse, très grosse somme d’argent, prenez-moi les divers joyaux, bibelots, etc., connus sous le nom de diamants de la couronne. Leur valeur commerciale est importante, mais elle sera centuplée, et au-delà, si vous les mettez en loterie, — comme on mit autrefois le lingot d’or ; — l’appât des lots et la sympathie des peuples (je ne parle pas des gouvernements de l’Europe et de l’Amérique pour la France), feront prendre tous les billets de cette loterie. En voilà assez pour commencer ; commençons. Situation du 31 mars : Nous avions dit que l’Assemblée de Versailles était la promiscuité du crime et de l’oppression ; que, d’un côté, l’on avait vendu la France, comme de l’autre, on l’avait achetée ; et qu’en échange de l’engagement pris, par les uns, de la livrer à l’Allemagne, les autres avaient pris celui de l’achever si elle osait se soustraire au joug de ses vendeurs. Les faits précis, éloquents, terribles, se pressent pour justifier notre dire. Le comte de Bismarck menace Paris dans l’Assemblée ; et Jules Favre, à Rouen, ose déclarer qu’il va s’entendre avec le général de Fabrice pour que Paris soit écrasé. Mais ce n’est pas tout, M. Jules Favre, fort de l’appui de l’étranger, dont il est devenu le complice, ne veut déjà plus partager avec personne le mérite d’être le bourreau de son pays. D’accord avec une majorité qui veut tout ce que veut la Prusse ; M. Jules Favre va jeter M. Thiers par-dessus le bord... 21 mars 22 mars 23 mars 24 mars

  • 4 - WILLIAM MORRIS, "NOUVELLES DE NULLE PART"

    WILLIAM MORRIS, éditeur britannique, designer, écrivain, imprimeur, inspirateur des mouvements Arts & Crafts et Art Nouveau et activiste socialiste puis libertaire, publie en 1890 les « Nouvelles de nulle part - Une ère de repos1 ». Le narrateur se réveille à Londres en 2102, et constate qu’une société telle que rêvée par la Commune est advenue : une société égalitaire, où s'exerce la démocratie directe, où l’argent et le mariage ont disparu, où l’état ne dispose plus que d’un faible rôle. Le travail n’est plus contraint mais d’un caractère épanouissant pour les individus, et les activités sociales, marquées par l’artisanat plus que par l’industrie, sont engagées dans un lien harmonieux avec la nature. La première traduction complète du roman paraît en 1902 chez l'éditeur G. Bellais. L’uchronie de Morris est résolument du côté littéraire, et constitue une réponse critique au roman de science-fiction socialiste d’Edward Bellamy, « Cent ans après ou l’an 2000 », paru en 1888 à Boston. Morris imagine, à la suite de l'idée de « déboulonnage » de la colonne Vendôme par Gustave Courbet, Trafalgar Square débarrassé de sa statue de l'amiral Nelson, et recouvert d'abricotiers qui lui confèrent un aspect champêtre... 4 - WILLIAM MORRIS, "NOUVELLES DE NULLE PART" Texte précédent Texte suivant WILLIAM MORRIS, éditeur britannique, designer, écrivain, imprimeur, inspirateur des mouvements Arts & Crafts et Art Nouveau et activiste socialiste puis libertaire, publie en 1890 les « Nouvelles de nulle part - Une ère de repos1 ». Le narrateur se réveille à Londres en 2102, et constate qu’une société telle que rêvée par la Commune est advenue : une société égalitaire, où s'exerce la démocratie directe, où l’argent et le mariage ont disparu, où l’état ne dispose plus que d’un faible rôle. Le travail n’est plus contraint mais d’un caractère épanouissant pour les individus, et les activités sociales, marquées par l’artisanat plus que par l’industrie, sont engagées dans un lien harmonieux avec la nature. La première traduction complète du roman paraît en 1902 chez l'éditeur G. Bellais. L’uchronie de Morris est résolument du côté littéraire, et constitue une réponse critique au roman de science-fiction socialiste d’Edward Bellamy, « Cent ans après ou l’an 2000 », paru en 1888 à Boston. Morris imagine, à la suite de l'idée de « déboulonnage » de la colonne Vendôme par Gustave Courbet, Trafalgar Square débarrassé de sa statue de l'amiral Nelson, et recouvert d'abricotiers qui lui confèrent un aspect champêtre... Texte précédent Texte suivant

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 9

    Dimanche 9 avril 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 9 Next Next Dimanche 9 avril 1871 CRÉATION D'UNE COMMISSION DES BARRICADES (p537) Une commission des barricades, présidée par le commandant de place et composée des capitaines du génie, de deux membres de la Commune et d’un membre élu par chaque arrondissement, est instituée à partir du 9 avril, à une heure. Paris, le 8 avril 1871, le délégué à la guerre, E. Cluseret. DÉSORGANISATION VOLONTAIRE DE LA GARDE NATIONALE (p538) Depuis quelques jours, il règne une grande confusion dans certains arrondissements ; on dirait que des gens payés par Versailles prennent à tâche : 1° de fatiguer la garde nationale ; 2° de la désorganiser. On fait battre la générale pendant la nuit. On bat le rappel à tort et à travers. En sorte que personne ne sachant plus auquel entendre, on ne se dérange même plus, et cette puissante institution, cette armée, espoir et salut du peuple, est à la veille de sombrer sous son triomphe. Un tel état de choses ne saurait subsister plus longtemps. En conséquence, j’invite tous les bons citoyens à se pénétrer des instructions suivantes : La générale ne sera battue que sur mon ordre ou celui de la commission exécutive, et dans le cas seul de prise d’armes générale. Le rappel ne sera battu, dans les arrondissements que par ordre de la place, et pour la réunion d’un certain nombre de bataillons commandés pour un service spécial. Ce n’est pas tout : malgré mes ordres formels, une canonnade incessante diminue nos provisions, fatigue la population, irrite les esprits et amène d’un côté la fatigue, de l’autre la colère et la passion. En sorte que cette Révolution si grande, si belle et si pacifique, pourrait devenir violente, c’est-à-dire faible. Nous sommes forts ; restons calmes ! Cet état de choses est dû en parties à des chefs militaires trop jeunes et surtout faibles pour résister à la pression populaire. L’homme du devoir ne connaît que sa conscience et méprise la popularité. Je réitère l’ordre d’avoir à se tenir sur la plus stricte défensive, et à ne pas jouer le jeu de nos adversaires, en gaspillant et nos munitions et nos forces, et surtout la vie de ces grands citoyens, enfants du peuple, qui ont fait la Révolution actuelle. Quand le bruit aura cessé, que le calme de la rue aura passé dans les esprits, nous serons beaucoup plus aptes à perfectionner notre organisation, d’où dépend notre avenir. Paris, le 8 avril 1871, le délégué à la guerre, E. Cluseret HOMMAGE À MARGUERITE GAINDER (p541) Aux citoyens membres de la Commune de Paris. Citoyens, Les citoyens soussignés, appartenant au 66e bataillon de la garde nationale de Paris déclarent que Marguerite Gainder, épouse Lachaise, cantinière audit bataillon, demeurant rue Sedaine, 65, a, dans le combat du 3 courant, en avant de Meudon, tenu une conduite au-dessus de tout éloge et de la plus grande virilité en restant toute la journée sur le champ de bataille, malgré la moisson que faisait autour d’elle la mitraille, occupée à soigner et panser les nombreux blessés, en l’absence de tout service chirurgical. En foi de quoi, citoyens membres de la Commune, nous venons appeler votre attention sur ces actes, afin qu’il soit rendu justice au courage et au désintéressement de cette citoyenne, républicaine des plus accomplies. Salut et fraternité. AUTORITÉ MILITAIRE (p543) Mairie du Ve arrondissement Plusieurs bataillons éloignés de Paris peuvent ignorer encore le décret de la Commune qui concentre dans une seule main l’autorité militaire. Quelques délégués des bataillons ont pu intervenir dans les opérations de guerre en voie d’exécution. Il importe de leur répéter que leurs attributions ne leur donnent pas ce droit, dont l’exercice aurait, au point de vue de la discipline, les plus fâcheux résultats. C’est aux seuls ordres du ministère de la guerre ou de la place Vendôme, qui est son émanation, que les bataillons doivent désormais obéir. D. M. Régère. EXÉCUTION DES OFFICIERS AYANT REFUSÉ DE TIRER SUR LE PEUPLE (p545) L’affiche suivante a été posée hier sur les murs de Paris : L’infanterie de ligne à la population de Paris. Citoyens, Un conseil de guerre siégeant à Versailles vient de condamner à la peine de mort les officiers et sous-officiers de l’armée qui ont refusé de faire feu sur le peuple. Aux habitants de Paris de nous juger, et si nous sommes coupables, nos poitrines sont là pour répondre. Nous ne tomberons pas en lâches. Le capitaine d’infanterie délégué A. Pierre. Bonaventure, caporal, Philipot, Sergent. NOUVELLES ÉTRANGÈRES - SOUTIEN ANGLAIS À L'EXPOSITION UNIVERSELLE (p547) La commission royale de l’exposition universelle de 1871 s’est réunie hier à Marlborough House, sous la présidence du prince de galles, à l’effet d’aviser aux démarches qu’il y aurait à faire pour arriver à obtenir le concours de la France dans la prochaine exposition internationale, si toutefois la chose était possible dans les conjonctures actuelles. Le prince de Galles annonce que l’objet de la réunion est d’inviter les possesseurs d’œuvres d’art à présenter pour aider la commission française à compléter la section qui lui a été réservée à cette exposition par un prêt temporaire d’ouvrages de peinture et de sculpture, de meubles de salon et autres pièces importantes de travaux d’art appliqués à l’industrie. Le prince fait observer que dans les tristes circonstances où la récente guerre avait placé la France, cette demande pour obtenir le concours individuel devenait nécessaire. Les prêts que l’on arriverait à obtenir ainsi ne seraient que pour peu de temps, et seraient utilisées en attendant que les commissaires de France, aient le temps d’en faire venir d’autres directement de leur pays. Mais au cas où les difficultés actuelles continueraient d’exister pour la durée tout entière de l’exposition. M. du Sommerard, commissaire général, au nom de la France, auprès de l’exposition internationale de 1871, fait observer que bien que les principaux artistes et manufacturiers de Paris fussent prêts et bien disposés à contribuer à l’exposition, il était toutefois peu probable qu’en raison des obstacles qui s’opposaient, quant à présent, à la transmission des colis de Paris, il pût en arriver un assez grand nombre pour être placés assez à temps et figurer à l’ouverture de l’exposition. Il croit donc que dans de semblables conjonctures, il valait mieux faire appel aux prêts individuels. Tous les français qui se trouvaient présents à la réunion ont fait offre de service, en proposant les tableaux et autres objet d’art qu’ils ont en leur possession, en se chargeant en même temps d’inviter leurs amis à en faire autant et à concourir, par tous les moyens en leur pouvoir, à la réalisation du plan formé par la commission de Londres. NOUVELLES ÉTRANGÈRES - CESSION DU LUXEMBOURG À LA PRUSSE (p548) Grand-Duché de Luxembourg La nouvelle de la cession du Luxembourg à la Prusse prend chaque jour plus de consistance. Nouvelle preuve du peu de respect des grandes puissances militaires du continent pour les engagements solennelles et pour le droit des gens, et que l’on méprise profondément les droits et l’opinion de l’Angleterre. L’affaire a été conduite secrètement entre deux ou au moins trois gouvernements, sans tenir compte des vues du reste. Il paraît probable que l’on s’était assuré d’avance de l’acquiescement de la Russie. Il paraîtrait que l’arrangement aurait été communiqué aux gouvernements de l’Angleterre et de l’Autriche qui auraient aussi donné leur assentiment sans se préoccuper des vœux de leurs populations. NOUVELLES ÉTRANGÈRES – SOUTIEN DE L'AMIRAUTÉ ANGLAISE AU PAPE (p549) Le vice-amiral Yelverton a rendu visite au pape, qui a été d’une extrême affabilité ; il a été enchanté de la visite du vice-amiral, et surtout de son assurance que l’escadre anglaise de la Méditerranée sera toujours à la disposition de Sa Sainteté en cas d’éventualités. Il est assez curieux de voir un gouvernement protestant mettre ses escadres au service d’un pape catholique. PROTESTATION DE M. DUPONT DE BUSSAC M. Dupont de Bussac a adressé à la Patrie la lettre suivante : À M. le rédacteur en chef de la Patrie Monsieur, Vous avez publié, d’après le journal la Vérité, le projet d’une singulière combinaison ministérielle, où M. Thiers et les députés bien pensants de Paris auraient mêlé mon nom à ceux d’hommes politiques avec lesquels j’ai toujours été et suis plus que jamais en hostilité. Je proteste contre un rapprochement que je regarde comme une mauvaise plaisanterie et presque comme un outrage à tout mon passé. Agréez mes civilités. DUPONT (de Bussac), ancien représentant du peuple en 1848-51, proscrit de décembre. 21 mars 22 mars 23 mars 24 mars

  • 6 - L’HISTOIRE COMME BIFURCATION

    L’histoire contrefactuelle a montré comment l’histoire n’est plus nécessairement pensée aujourd’hui comme un continuum ordonné et linéaire, un enchainement de causes à effets, mais tend à la considérer comme formée de retournements et de bifurcations. C’est la proposition que fait le philosophe Manuel DeLanda dans son ouvrage A Thousand Years of Non Linear History1. Les artistes se sont largement emparés de la question de l’histoire, mettant en place des « méthodologies délinéarisant l’écriture de l’Histoire, telles que l’anachronisme, la bifurcation, l’uchronie ou la reconstitution »2. Ils ont, écrit Le Peuple qui manque, « exacerbé ce mouvement de déconstruction de la représentation séquentielle du temps historique3 ». 6 - L’HISTOIRE COMME BIFURCATION Texte précédent Texte suivant L’histoire contrefactuelle a montré comment l’histoire n’est plus nécessairement pensée aujourd’hui comme un continuum ordonné et linéaire, un enchainement de causes à effets, mais tend à la considérer comme formée de retournements et de bifurcations. C’est la proposition que fait le philosophe Manuel DeLanda dans son ouvrage A Thousand Years of Non Linear History1. Les artistes se sont largement emparés de la question de l’histoire, mettant en place des « méthodologies délinéarisant l’écriture de l’Histoire, telles que l’anachronisme, la bifurcation, l’uchronie ou la reconstitution »2. Ils ont, écrit Le Peuple qui manque, « exacerbé ce mouvement de déconstruction de la représentation séquentielle du temps historique3 ». Texte précédent Texte suivant

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 14

    Vendredi 19 mai 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 14 Next Next Vendredi 19 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1966) Interdiction de parution de nouveaux journaux avant la fin de la guerre - Obligation aux auteurs de signer leurs articles - Attaques contre la Commune déférées à la cour martiale. Paris, le 18 mai. Le comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. Les journaux la Commune, l’Echo de Paris, l’Indépendance française, l’Avenir national, la Patrie, le Pirate, le Républicain, la Revue des Deux Mondes, l’Echo de Ultramar et la Justice sont et demeurent supprimés. Art. 2. Aucun nouveau journal ou écrit périodique politique ne pourra paraître avant la fin de la guerre. Art. 3. Tous les articles devront être signés par leurs auteurs. Art. 4. Les attaques contre la République et la Commune seront déférées à la cour martiale. Art. 5. Les imprimeurs contrevenants seront poursuivis comme complices, et leurs presses mises sous scellés. Art. 6. Le présent arrêté sera immédiatement signifié aux journaux supprimés par les soins du citoyen Le Moussu, commissaire civil délégué à cet effet. Art. 7. La sûreté générale est chargée de veiller à l’exécution du présent arrêté. Le comité de salut public : Ant. Arnaud, Eudes, Billioray, F. Gambon, G. Ranvier. Hôtel de ville, le 28 floréal an 79. _______________________________________________________ PROCLAMATION - COMMUNE DE PARIS (p 1966) Etat dressé des établissement d'enseignement toujours tenus par des congrégationnistes – Publication des noms des membres de la Commune n'ayant pas respecté la laïcité dans les établissements d'enseignement. Sur la proposition de la délégation à l’enseignement, La Commune DÉCIDE : Dans les quarante-huit heures, un état sera dressé de tous les établissements d’enseignement tenus encore, malgré les ordres de la Commune, par des congréganistes. Les noms des membres de la Commune délégués à la municipalité de l’arrondissement où les ordres de la Commune relatifs à l’établissement de l’enseignement exclusivement laïque, n’auront pas été exécutés, seront publiés chaque jour dans l’Officiel. La Commune de ParisParis, le 18 mai 1871. _______________________________________________________ PROCLAMATION - MUNICIPALITÉ DU VIe ARRONDISSEMENT (p 1968) Election du colonel et de l’état-major de la 6e légion, en remplacement du citoyen Combatz et de son état-major, relevés de leurs fonctions, à la suite de nombreuses plaintes. Considérant que des plaintes nombreuses sont formulées contre le citoyen Combatz, colonel de la 6e légion, ainsi que contre son état-major, au nom de tous les bataillons existant dans le VIe arrondissement ; Que notamment, et grâce à leur inertie, il n’a pas été procédé au désarmement complet des bataillons dont la dissolution avait été prononcée pour incivisme et refus de service. Le délégué civil à la guerre, ARRÊTE : La municipalité du VIe arrondissement fera procéder, dans le plus bref délai, à l’élection régulière du colonel et de l’état-major de la 6e légion, en remplacement du citoyen Combatz et de son état-major, qui sont relevés de leurs fonctions. Notification du présent arrêté sera faite à qui de droit par la commission communale du VIe arrondissement. Paris, le 28 floréal an 79. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - MUNICIPALITÉ DU XVIe ARRONDISSEMENT (p 1976) Mesures contre la prostitution en croissance, et l'ivresse, en particulier celle des gardes nationaux - Leurs soldes de 4 jours distribuées aux conseils de famille – Interdiction aux marchands de vin de recevoir un citoyen en état d'ivresse. Les membres de la Commune représentant le XIVe arrondissement : Considérant, 1° que la prostitution sur la voie publique prend des proportions considérables, et qu’elle est une cause permanente de démoralisation en même temps qu’une atteinte aux mœurs et un appel incessant aux plus viles passions ; 2° Considérant, en outre, que l’ivrognerie est un vice dégradant en tout temps, mais plus ignoble encore dans la situation où nous sommes en ce moment, et qu’il est douloureux de voir certains gardes nationaux, indignes de ce nom, se mettre en état d’ivresse, ce qui est compromettant pour la noble cause que nous avons tous le devoir de défendre ; Qu’il est temps, par conséquent, de prendre des mesures énergiques pour réprimer un tel état de choses, ARRÊTENT : Art. 1er. Les commissaires de police et la garde nationale sont chargés de veiller à ce que la morale publique ne soit plus offensée par la vue de ces femmes qui font un métier de la prostitution ; celles qui seront arrêtées dans la rue seront conduites devant le commissaire de police qui, après un interrogatoire, statuera sur les mesures à prendre à leur égard. Art. 2. D’arrêter et de conduire au poste le plus proche tout citoyen reconnu en état d’ivresse. Le chef du poste devra le garder au moins deux heures ; et, à partir de minuit, il le gardera jusqu’au jour. Art. 3. Tout garde national qui se sera mis dans le cas d’être arrêté pour cause d’ivresse sera privé de sa solde pendant quatre jours, et le montant en sera distribué par les soins des conseils de famille aux enfants les plus nécessiteux de sa compagnie. Art. 4. Tout limonadier ou marchand de vins qui recevra un citoyen en état d’ivresse sera passible d’une amende qui sera versée dans la caisse de l’assistance communale. En cas de récidive, l’amende sera doublée, et la troisième fois, la maison sera fermée. Paris, le 16 mai 1871. Les membres de la Commune, Billioray, Martelet, Descamps Le délégué, Pouget _______________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU IIIe ARRONDISSEMENT (p 1979) Indemnité aux femmes, légitimes ou non, des gardes nationaux qui remplissent leurs devoirs de citoyens. Mairie du IIIe arrondissement Indemnité aux femmes, légitimes ou non, des gardes nationaux Citoyen délégué à la mairie du IIIe arrondissement, J’ai l’honneur de vous annoncer qu’en exécution d’un arrêté du délégué à la guerre, les sergents-majors doivent donner l’indemnité à toutes les femmes, légitime ou non, des gardes nationaux qui remplissent leurs devoirs de citoyens. Salut et fraternité. Le chef de la 2e légion, Colonel Spinoy. Les citoyennes qui recevaient l’indemnité de la mairie sont invitées à se confronter à l’avis ci-dessous. Les secours patriotiques que nous accordons chaque semaine ne seront plus à l’avenir distribués qu’aux pères, mères ou sœurs des gardes nationaux dont les droits seront établis. Paris, le 17 mai 1871. Les membres de la Commune, Ant. Arnaud, Demay, Pindy, Clovis Dupont Samedi 20 mai 1871 DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 2009) Création d'une commission supérieure de comptabilité chargée de la vérification générale des comptes des différentes administrations communales. La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Art. 1er. Une commission supérieure de comptabilité est instituée. Art. 2. Elle se composera de quatre comptables, nommés par la Commune. Art. 3. Elle sera chargée de la vérification générale des comptes des différentes administrations communales. Art. 4. Elle devra fournir à la commune un rapport mensuel de ses travaux. La Commune de Paris. _______________________________________________________ DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 2009) Cour martiale pour les accusés de concussion, déprédation et vol – Peine de mort pour ceux reconnus coupables - Après la guerre, une enquête sera faite sur tous ceux qui auront eu le maniement des fonds publics. Considérant que dans les jours de Révolution, le peuple, inspiré par son instinct de justice et de moralité, a toujours proclamé cette maxime : « Mort aux voleurs ! » La Commune DÉCRÈTE Art. 1er. Jusqu’à la fin de la guerre, tous les fonctionnaires ou fournisseurs accusés de concussion, déprédation, vol, seront traduits devant la cour martiale ; la seule peine appliquée à ceux qui seront reconnus coupables sera la peine de mort. Art. 2. aussitôt que les bandes versaillaises auront été vaincues, une enquête sera faite sur tous ceux qui, de près ou de loin, auront eu le maniement des fonds publics. _______________________________________________________ DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 2010) Pensions pour les parents des victimes de la cartoucherie de l’avenue Rapp. La Commune de Paris DÉCRÈTE Il sera fait application aux parents des victimes de la cartoucherie de l’avenue Rapp du décret du 10 avril 1871, concernant les veuves et les orphelins. _______________________________________________________ DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 2010) Interdiction du cumul des traitements - A chaque fonction doit être allouée une indemnité suffisante pour assurer l’existence et la dignité de celui qui la remplit. Considérant que sous le régime communal à chaque fonction doit être allouée une indemnité suffisante pour assurer l’existence et la dignité de celui qui la remplit, La Commune DÉCRÈTE Tout cumul de traitement est interdit. Tout fonctionnaire de la Commune, appelé en dehors de ses occupations normales à rendre un service d’ordre différent, n’a droit à aucune indemnité nouvelle. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À L’ENSEIGNEMENT (p 2012) Création du Bulletin des lois, réunissant tous les actes de la Commune : décrets, arrêtés, circulaires - Mise en sécurité au Louvre des œuvres du palais de l'industrie. Considérant qu’il est de toute utilité que les actes de la Commune, décrets, arrêtés, circulaires, soient réunis dans un recueil spécial, La Commune de Paris a pris l’arrêté suivant. Art. 1er. Tous les actes officiels de la Commune de Paris seront insérés dans un journal ayant pour titre : Bulletin des lois, qui paraîtra hebdomadairement. Art. 2. Le délégué à la justice est chargé de l’exécution du présent arrêté. Sur la proposition de la commission fédérale des artistes : Le citoyen Buon, inspecteur des beaux-arts au palais de l’Industrie, ayant abandonné son poste, est relevé de ses fonctions ; Les citoyens Deblézer et Meyer, délégués, chargés de faire transporter au Louvre et au Luxembourg, les sculptures et peintures appartenant à l’Etat, et qui ne paraissent pas en sûreté au palais de l’Industrie. Le membre de la Commune délégué à l’enseignement, Edouard Vaillant. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À L’ENSEIGNEMENT (p 2013) Uniformisation du paiement des logements dus aux maîtres d’hôtel – Créances antérieures au 18 mars non payées. Le membre de la commune délégué aux services publics, Considérant qu’il est indispensable qu’une mesure uniforme soit adoptée par tous les arrondissements de Paris, en ce qui concerne le payement des logements dus aux maîtres d’hôtel, ARRÊTE : Il ne sera payé, jusqu’à nouvel ordre, aux maîtres d’hôtel, aucune réquisition de logements antérieure au 18 mars. La vérification des créances postérieures au 18 mars se fera au bureau du vérificateur (ministère des finances), et aucun payement ne sera effectué sans le visa du chef vérificateur. En conséquence, il est formellement interdit aux caissiers des municipalités de Paris, chargés de ce service, de solder tout ou partie de ce qui peut être dû avant le 18 mars. Tout compte présenté à la vérification devra être accompagné des bons et pièces justificatives. Le membre de la Commune délégué aux services publics, J. Andrieu. Le chef du bureau des vérificateurs, Hamlet. Paris, le 18 mai 1871. _______________________________________________________ ARRÊTÉ (extrait, voir p 2014) Nominations de 6 chirurgiens-major, 5 médecins d'état-major, et 6 aides-major. Par arrêtés en date du 18 mai, ont été nommés : Le docteur Letourneau, chirurgien principal d’état-major à l’Ecole militaire Le citoyen Masseron, chirurgien-major du 196e bataillon. Le citoyen Callongues, chirurgien-major du 1er bataillon. Et par autres arrêtés du 19 mai : Le docteur Biondetti (Annibal-Napoléon), chirurgien-major du 233e bataillon. Le docteur Molinier, chirurgien-major de la 13e batterie d’artillerie. […] _______________________________________________________ ARRÊTÉ - Comité central (p 2017) Représentation des conseils de légion au rapport journalier du Ministère de la guerre – Importance de la Fédération de la garde nationale pour exécution des décrets de la Commune et des ordres de la Guerre - Nécessité de solidariser les intérêts des corps d'armée avec la Fédération. Considérant qu’il importe de faire servir au succès de la Révolution du 18 mars toutes les ressources qu’offre la Fédération de la garde nationale ; Considérant que c’est en elle seulement que l’on peut trouver les puissants moyens d’action révolutionnaire et de contrôle efficace qui donneront aux décrets de la Commune et aux ordres de la Guerre la sanction qui leur a manquée jusqu’ici. Le Comité central ARRÊTE : Art. 1er. A partir du dimanche 21 mai, les conseils de légion enverront un délégué pour assister au rapport qui aura lieu chaque jour, à deux heures précises, au ministère de la guerre, salle de la Fédération. Art. 2. Les divers corps ou fractions de corps de l’armée communale sont invités à se conformer aux principes de la Fédération, afin de solidariser leurs intérêts et d’en assurer la satisfaction. La cavalerie, l’artillerie, le génie et le train ont le droit d’être représentés par un délégué au Comité central. Paris, le 29 floréal an 79. Pour le Comité central et par délégation : La commission d’organisation, Baroud, Lacord, Tournois. Dimanche 21 mai 1871 PROCLAMATION - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 2056) Tentatives de corruption pour faits d’embauchage jugées comme crimes de haute trahison en cour martiale. Paris, le 20 mai. Le Comité de salut public, en présence des tentatives de corruption qui lui sont signalés de toutes parts, rappelle que tout individu d’avoir offert ou accepté de l’argent pour faits d’embauchage, se rend coupable du crime de haute trahison et sera déféré à la cour martiale. Paris, le 1er prairial an 79. Le Comité de salut public : Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 2056) Suppression de l’uniforme et des galons, établissant une assimilation aux grades militaires, dans le corps de l’intendance. Sur la proposition du citoyen directeur général de l’intendance, Le délégué civil à la guerre ARRÊTE : L’uniforme et les galons tendant à établir une assimilation aux grades militaires sont supprimés dans le corps de l’intendance. Le directeur de l’intendance soumettra à la délégation à la guerre un système aussi simple que possible de marques distinctives suffisant à constater les qualités des employés du dit corps. Paris, le 29 floréal an 79. Le délégué à la guerre, Ch. Delescluze. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 2057) Suppression des insignes militaires pour les employés d’intendance – Description des uniformes. Sur la proposition du membre du Comité central directeur de l’intendance, Le délégué à la guerre. ARRÊTE : 1° Les employés d’intendance ne porteront plus d’insignes militaires, mais un costume uniforme comme suit : Frac noir à collet rouge rabattu ; Gilet fermé ; Pantalon à bande rouge ; Képi à bande et filet rouges ; Les insignes seront les étoiles d’argent placées au collet et au képi ; Une étoile pour les sous-chefs de service ; Deux pour les chefs de service ; Trois, côte à côte, pour les inspecteurs d’administration ; 2° Il sera établi un état-major d’intendance qui ajoutera au costume ordinaire de petite tenue une étoile au collet et une autre au képi. Cet état-major n’aura qu’un capitaine dirigeant le service ayant rangs d’inspecteur, et des sous-lieutenants. Commission de la guerre Paris, 1er prairial an 79. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p 2057) Théâtres relèvent de la délégation à l’enseignement - Suppression de leurs subventions et monopole - Remplacement des directeurs ou sociétés par le régime de l'association. La Commune de Paris, Conformément aux principes établis par la première République, et déterminés par la loi du 11 germinal an II DÉCRÈTE : Les théâtres relèvent de la délégation à l’enseignement. Toute subvention et monopole des théâtres sont supprimés. La délégation est chargée de faire cesser, pour les théâtres, le régime de l’exploitation par un directeur ou une société, et d’y substituer, dans le plus bref délai, le régime de l’association. _______________________________________________________ EXÉCUTION DE DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 2062) Tirage au sort de nouvelles séries d'objets à retirer gratuitement au Mont-de-piété. En exécution du décret communal du 6 mai courant, il a été procédé hier 20 mai, à deux heures, à l’hôtel de ville, salle Saint-Jean, en séance publique, présidée par le citoyen Lefrançais, membre de la Commune, à un second tirage au sort de quatre nouvelles séries d’objets engagés au Mont-de-Piété, qui devront être délivrés gratuitement. Ce tirage a donné les résultats suivants : 1° Du 16 au 31 janvier 1870 ; 2° Du 16 au 30 novembre 1869 ; 3° Du 16 au 31 mai 1870 ; 4° Du 1er au 15 février 1871. Le retrait des objets compris dans chacune de ces séries peut se faire immédiatement, aux établissements où ils sont déposés: à l’administration centrale, rue des Blancs-Manteaux, rue du 31 Octobre (ancienne rue Bonaparte) ; ou rue Servan. L’administration rappelle que les habitants de la commune de Paris peuvent seuls bénéficier du droit du 6 mai ; les habitants des communes suburbaines n’y ont aucun droit. Chaque reconnaissance devra porter le cachet de la mairie, du commissaire de police, du juge de paix ou du conseil de famille du bataillon de l’arrondissement de l’emprunteur. Lundi 22 mai 1871 ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 2091) Dissolution du 7e bataillon pour refus de son concours à la défense de la République et de la Commune - Hommes de 19 à 40 ans versés dans d’autres bataillons. Le délégué civil à la guerre, Attendu que le 7e bataillon refuse son concours à la défense de la République et de la Commune, Vu le rapport du chef de la 9e légion, ARRÊTE : Le 7e bataillon est dissous. Les hommes de dix-neuf à quarante ans tombant sous l’application de l’arrêté du 7 avril 1871 seront versés dans d’autres bataillons. Le colonel de la 9e légion est chargé de l’exécution du présent arrêté. Paris, le 21 mai 1871.Le délégué civil à la guerre, Ch. Delescluze. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À L’ENSEIGNEMENT (p 2062) Création d'une commission pour organiser et surveiller l'enseignement dans les écoles de filles. Le délégué de la Commune à l’enseignement, ARRÊTE : Une Commission est instituée pour organiser et surveiller l’enseignement dans les écoles de filles. Elle est composée des citoyennes André Léo, Jaclare, Périer, Reclus, Sapia. Le membre de la Commune délégué à l’enseignement, Vaillant. _______________________________________________________ ORDRE - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 2093) Obligation de présence à l'appel journalier du 15e bataillon (Fédération des artistes) pour communication des ordres de service – Absents privés de leur soldes, considérés réfractaires et traduits devant la Cour martiale. Ministère de la guerre. Bataillon de la fédération artistique. ORDRE Le chef de bataillon commandant le 15e bataillon (Fédération artistique) rappelle à tous les officiers, sous-officiers et gardes du bataillon qu’il y a appel (service obligatoire) tous les jours à dix heures du matin, cour du Conservatoire, Faubourg-Poissonnière, en tenue, pour prendre communication des ordres de service. En conséquence, tout officier, sous-officier ou garde qui ne se présentera pas auxdits appels, sera privé de sa solde, recherché comme réfractaire et traduit comme tel devant la Cour martiale. La commission de la guerre, membres de la Commune, H. Géresme. Le délégué civil à la guerre, Ch. Delescluze. _______________________________________________________ PROCLAMATION - MAIRIE DU IXe ARRONDISSEMENT (p 2096) Appel à communication de renseignements d'utilité générale, qui seront examinés et transmis aux divers services publics. Mairie du IXe arrondissement Les habitants du IXe arrondissement sont invités à faire parvenir par écrit aux délégués de la Commune, siégeant à la mairie de la rue Drouot, tous les renseignements qu’ils jugeront d’utilité générale. Leurs correspondances seront scrupuleusement examinées et transmises aux divers services publics. Les délégués, P. Guérin, Portalier. Paris, le 18 mai 1871. _______________________________________________________ ORDRE - CHEF DE LA 3e LÉGION (p 2097) Obligation aux citoyens du IIIe arrondissement de rejoindre leurs compagnies de guerre ou sédentaires – Absents arrêtés et traduits devant la Cour martiale – Magasins de réfractaires seront fermés et les scellés apposés. ORDRE Malgré le zèle déployé par les commissions d’enquête et de recensement, un grand nombre de gardes ne rejoignent pas leurs compagnies. C’est plutôt indifférence que manque de patriotisme ; mais à l’heure présente, l’indifférence est un crime. Lorsque les hommes qui nous ont livrés à l’étranger employent, aujourd’hui que leur position et leur fortune est en jeu, un courage et des moyens de destruction dont ils n’ont pas voulu se servir contre l’ennemi ; lorsque des vieillards ayant déjà un pied dans la tombe, frappent sans pitié les vieillards, les femmes et les enfants ; lorsqu’on discute ouvertement à Versailles si Paris sera détruit en tout ou en partie ; lorsque le sang le plus pur et le plus généreux de la France est versé chaque jour par ceux qui, non contents de vous assassiner, tentent de nous déshonorer ; en ce moment suprême, le devoir de tout citoyen est de prendre les armes et d’aller aux remparts défendre notre chère cité. Tous les intérêts doivent s’effacer devant celui de la cause sacrée, du droit et de la justice. EN CONSÉQUENCE : 1° Tous les citoyens du IIIe arrondissement qui, dans un délai de quarante-huit heures, n’auront pas rejoint leurs compagnies de guerre ou sédentaires ; tous ceux qui ne faisant partie d’aucun bataillon, ne se seront pas présentés à l’état-major de la légion pour être incorporés et ce dans le même délai, seront immédiatement arrêtés et traduits devant la Cour martiale. Des pouvoirs réguliers seront délivrés à cet effet à des délégués de la municipalité. 2° Les magasins, débits et établissements de commerce tenus par des réfractaires ou par leurs représentants, seront immédiatement fermés et les scellés y seront apposés. 3° Les chefs de bataillon me remettront le 22, au rapport, des listes nominatives, qui devront être établies avec la plus grande exactitude, de tous les gardes présents et faisant service. Ces listes signées par les commandants de compagnie et visées par eux, seront confrontées avec les listes de recensement et devront servir à constater l’absence des réfractaires. Paris, le 21 mai 1871. Le chef de la 3e légion, Spinox. Vu et approuvé : Les membres de la Commune du IIIe arrondissement, Ant. Arnaud, Demay, Pindy, Clovis Dupont

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