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117 résultats trouvés avec une recherche vide

  • 1h-Chateau du Taureau | Auluxecommunal

    LE CHATEAU DU TAUREAU La geole de Blanqui au chateau du Taureau, en baie de Morlaix. C'est là qu'il écrivit "L'éternité par les astres" La prison depuis la fenêtre de la geôle de Blanqui Le 31 octobre 1870, a lieu à Paris une émeute contre le gouvernement qui capitule face à la Prusse. Flourens, Blanqui et d’autres prennent l’Hôtel de Ville, pour quelques heures seulement. Vallès prend le pouvoir à la mairie du dix-neuvième. Le 17 mars 1871, la veille de la Commune, Blanqui est arrêté chez sa nièce à Figeac pour sa participation à l'émeute, et est emprisonné au secret à Cahors. Il sera transféré au fort du Taureau en baie de Morlaix, où il restera du 24 mai au 12 novembre 1871, puis à Versailles, avant de passer devant un Conseil de guerre les 15 et 16 février 1872 comme « inspirateur » de la Commune ! Sa mauvaise santé lui évitera la déportation en Nouvelle-Calédonie. Il a passé, au total trente-six années de sa vie en prison. Marx écrivait de lui : « Le véritable meurtrier de l'archevêque Darboy, c'est Thiers. La Commune, à maintes reprises, avait offert d'échanger l'archevêque et tout un tas de prêtres par-dessus le marché, contre le seul Blanqui, alors aux mains de Thiers. Thiers refusa obstinément. Il savait qu'avec Blanqui, il donnerait une tête à la Commune ». La Guerre civile en France (la commune de Paris) , 1871, éd. Fayard/Mille et une nuits, 2007. Blanqui par Ernest Appert

  • 1e-Debeurdinoir | Auluxecommunal

    LE DÉBEURDINOIR Un beurdin (ou bredin), en Berry, est un simple d'esprit. Un débeurdinoir (ou débreudinoir) est un sarcophage qui permet, lorsqu'on introduit la tête à l'endroit prévu à cet effet, de débeurdiner un beurdin. Ce débeurdinoir spécifique est conçu pour les héritiers des versaillais qui persévèrent dans leurs entreprises de diffamation de la Commune, malgré l'histoire qui est passée par là. Il reste à intégrer les effets spéciaux de l'opération de débeurdinage qui devront, pour remplir leur mission, être spectaculaires. Descente vers le débeurdinoir sous l'estrade du café Débeurdinoir de St Menoux >>

  • 1h-Souterrains 1 | Auluxecommunal

    LES 7 GEÔLES D'AUGUSTE BLANQUI De la trappe du Kinetoscope descend une échelle qui mène vers les geôles de Blanqui. Obstruction : un fort vent ascendant fait remonter le visiteur vers la trappe, l'empêchant d'accé-der aux étages inférieurs. Un indice lui permettra de faire tomber le vent. Les geôles sont modélisées d'après le château du Taureau, en baie de Morlaix, utilisé comme prison depuis 1721. Auguste Blanqui, le dernier prisonnier, y fut enfermé pendant la Commune. Arrêté le 17 mars 1871, la veille des événements, Marx disait qu'il était la tête qui avait manqué à la Commune. Blanqui écrivit "L'éternité par les astres" pendant son incarcération au château du Taureau. Il tente d'y démontrer la répétition incessante de l'univers qui, pourvu d'un nombre limité de corps simples sur notre planète, est condamné à les répéter à l'infini pour peupler son infini et son éternité. Walter Benjamin écrivit sur le texte de Blanqui, et le mit en relation avec un poème de Baudelaire : "Les sept vieillards" . Sept geôles pour sept Blanquis, qui vont chacun lire un extrait de "L'éternité par les astres" Blanqui boutons "L'ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES" >> LE CHÂTEAU DU TAUREAU >> BLANQUI ET "L'ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES" >> LES 7 VIEILLARDS >> Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué. Frapper d'impôts le nécessaire, c'est voler ; frapper d'impôts le superflu, c'est restituer. Extrait de la défense d’Auguste Blanqui en Cour d’Assises, 1832 Ancre Baudelaire La dernière plateforme permettra au visiteur, suivi de Blanqui, de sauter sur un radeau, et de s'évader. Installé au gouvernail, le visiteur, sera guidé par les astres des hypothèses blanquistes, qui s'allumeront les uns après les autres. Ils seront conduits jusqu'à l'île du 18 mars, où Blanqui pourra participer à la Commune.

  • 1g-Discussion Vaillant/Jauress | Auluxecommunal

    DISCUSSION ÉDOUARD VAILLANT / JEAN JAURÈS par Jean-Marie Favière et J.M. A l’occasion de la commémoration du 100e anniversaire de la mort d’Edouard Vaillant, en 2015, je suis devenu propagandiste vaillantique assumé, et donc j’ai beaucoup milité pour le mettre en valeur, en commençant par Vierzon, sa ville natale et accessoirement aussi la mienne. Je dois dire que le résultat dépassa de beaucoup mes espérances, que les relais officiels ne m’ont pas fait défaut loin de là, que l’estime d’historiens reconnus comme Gilles Candar m’a plus que comblé. Bref, la réception fut, comme on dit, globalement positive… et au-delà ! C’est pourquoi je fus bien étonné de rencontrer une voix discordante. Ce fut celle d’un ami du même prénom que moi, Jean-Marie B., né à Castres, et qui n’a pas manqué de trouver que ma façon de hausser la stature de Vaillant, c’était faire un peu trop d’ombre à celle de son idole à lui, à savoir le grand Jean Jaurès. C’est lui qui initia notre échange fictif sous la forme d’une lettre dans laquelle, après moi, il glisse sans transition vers Vaillant. Je lui réponds en jouant le jeu, et en initiant ainsi une manière de dialogue des morts épistolaire. Jean-Marie Favière Mon cher Jean-Marie, puis mon cher Edouard, J'ai apprécié ta fougue oratoire concernant la défense de celui qui, comme disait Brassens, "est né quelque part", agitant même nerveusement tes petits poings face à ceux qui auraient eu l'outrecuidance de ne pas partager tes conclusions. J'ai été profondément choqué par tes classements de politiques, j'avais envie de participer au vote par SMS, mais de là où je suis !!! C'est fini les distributions des notes, M. le professeur, surtout lorsqu'on veut évaluer les plus belles promesses. Je considère qu’Edouard et Jean ont parlé de projets à des hommes debout, à eux de s'engager suivant leurs convictions. Que ceux qui viennent après récupèrent, essaient d’endosser - et de leur faire endosser - des habits trop grands, tentent de classer leurs poulains, on appellera simplement cela au mieux de la "politique fiction". Je te laisse donc bien fraternellement, mon cher Edouard, baptiser la gare à ton nom et tu peux me dédier une impasse si tu veux. Notre éclipse viendra un jour, vanitas... S'ils savaient comme on voit ça de haut tous les deux. Avec toute mon affection, Ton Jean Jaurès Mon cher Jean-Marie (cher homonyme), Étant moi aussi un imbécile malheureux qui pense qu'être né dans le réel de quelque part n'empêche nullement de viser l'idéal de l'ailleurs, ayant visité le musée qu'on a édifié à deux pas de chez toi, en ayant conçu quelque idée dépourvue de jalousie excessive pour ma ville, je te fais parvenir, afin que tu la transmettes à ton ami Jean, la missive que mon ami Edouard n'a pas manqué de me demander de te faire parvenir par voie de mailing, le temps des ballons montés étant désormais révolu. Voici donc : Mon cher Jean, Excuse-moi, mais ça te va bien de prôner le détachement du point de vue de Sirius, quand tous les successeurs, sur notre bonne vieille terre où ils vivent très concrètement, t’ont donné la vedette en reléguant tous les autres, et moi le premier, dans les oubliettes de l’histoire. Tous ceux qui ont des privilèges indus, depuis l’ancien régime jusqu’à notre belle République si égalitaire (n’est-ce pas ?), nous assènent ainsi le refrain du « à quoi bon ». Très bénins quand rien ne bouge, ils sortent vite les armes, depuis l’ironie pour commencer, jusqu’à la mitraillette pour finir, en passant par la calomnie, dès que leurs positions sont menacées. J’ai pu en faire l’expérience au moment de l’affreux massacre de la Commune de Paris, et heureusement pour toi, ta jeunesse t’en a préservé. Comme tu le sais, toi qui t’es compromis beaucoup plus que je l’aurais souhaité avec les notables bourgeois en place, et même avec les fusilleurs du peuple parisien, je suis sensiblement plus révolutionnaire que toi. Quant à mes poings, je te rappelle que ceux qui ont eu l’occasion de s’y frotter, foi de Berrichon robuste, ils ont pu très vite vérifier de très près leurs dimensions véritables. Il ne m’échappe pas que, dans ce dialogue des morts, tu vises plutôt, par un glissement épistémologique un peu rapide, les vivants que tu ne portes pas dans ton cœur. Mais ce professeur auquel tu reproches sa frénésie de mettre des notes, je le connais bien, et même très bien, depuis le temps que nous nous fréquentons, lui et moi. Ce qui l’anime en l’occurrence, ce n’est pas je ne sais quelle déformation professionnelle mal placée, c’est la conviction profonde de toute une vie que la vérité doit l’emporter sur la propagande, l’enfumage et le mensonge. Sa devise est celle que Rousseau emprunta à Juvénal: Vitam impendere vero, Consacrer sa vie à la vérité. Et il ne le fait pas que pour les vivants. Son cri du cœur est celui de Hugo : « Ciel ! oublier les morts ! ». Depuis longtemps il a défendu, c’est son côté Robin des Bois ou Don Quichotte - au choix -, ceux que la pensée dominante traite injustement. Ainsi, pour ne considérer que les sciences, mon domaine de prédilection, comme tu le sais, cher brillant littéraire : Descartes par rapport à Newton, Lamarck par rapport à Darwin, De Broglie par rapport à Einstein… Ce ne sont là que des moulins, peut-être, de ton point de vue purement utilitaire et terre à terre de Sancho Pança, mais je sais qu’il a envie de le faire d’abord parce que ça lui est nécessaire, et que les récupérations humainement possibles ne lui sont pas un motif suffisant pour s’abstenir. Il pense même qu’en règle générale les humains, vivants ou morts, ont trop souvent le réflexe de bondir aux arguments négatifs pour trouver des excuses confortables pour ne rien faire. Il est vrai qu’on y court moins de risques qu’en s’exposant, même dans le cadre de ces très modestes engagements qui n’ont rien à voir avec les nôtres (il est le premier à en convenir), car je ne suis pas le seul à avoir eu à subir le feu des basses calomnies, tu as eu largement ta part toi aussi, et tu m’as alors bien entendu trouvé aussitôt à tes côtés. Et puisqu’on parle des vivants, je sais qu’il se refuse absolument à les voir tous comme des endosseurs d’habits trop grands ou autres hypocrites médiocres. Il persiste à croire encore, pauvre naïf brélien qu’il est, qu’il y a aussi bien des contemporains dignes d’affection – Brel aurait même employé le mot « tendresse » -, voire d’estime, qui cherchent avec courage la vérité et qui ont envie de la dire, une fois qu’ils l’ont découverte, ou cru l’avoir découverte. Je crois que ça doit te rappeler quelque chose, mon cher citoyen Jean Jaurès. Oui, je ne trouve pas absurde de penser qu’il existe encore, même en des endroits reculés, même dans des professions obscures, des gens qui sont taillés dans la même étoffe que nous-mêmes. Nous n’avons pas vêtu nos grands habits pour que nos successeurs aillent tout nus. Ce qui semble nous différencier, c’est que moi, y compris de là-haut, je continue à me préoccuper du sort matériel de ceux qui vivent dans des conditions difficiles. Je les regarde, non de loin, mais au contraire de très près. Je leur ai consacré ma vie, j’entends bien leur consacrer aussi ma mort. Quant à ton avenue, tu en parles encore d’autant plus à ton aise que tu ne risques pas d’être victime de l’improbable disgrâce que tu fais semblant d’envisager pour faire croire qu’elle pourrait te faire peur. Certes, la mienne, dans ma ville, est plus longue que la tienne, elle est même la plus longue de Vierzon, mais c’est ma ville, quand même. Moi, ton copain, dans ton musée, je n’ai droit qu’à quelques gravures de seconde zone. Tu sais que la tienne, d’avenue, dans ma ville, si on la prolonge, elle mène jusqu’à Tours. La mienne, dans le même cas, mène directement à Paris. Tout un symbole. Mais l’important n’est-il pas que leurs prolongements, jusqu’au cœur de Vierzon, convergent dans l’avenue de la République ? Enfin, pour trouver une formule conclusive, symétrique de la tienne tirée de l’Ancien testament - ce qui ne m’étonne guère de ta part, soit dit en passant (mais non, je te charrie !) -, je citerai Cyrano, un de mes maîtres en athéisme, car même si ça ne sert à rien, je proclame que c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! Mais si depuis ton cher musée confortable, tu te sens un poil menacé, c'est peut-être que ce n'est pas aussi vain que cela. Mais assez de contrariétés entre nous. Tu cites Brassens, je cite Brel, et je les aime tous les deux. Comme quand nous n’étions pas d’accord vivants, c’est un irrépressible besoin de dialogue qui nous unit encore. Si tu crois que je n’ai pas deviné ton habituel petit jeu, qui consiste à me titiller pour te donner le plaisir de ma réaction disproportionnée de Vierzonnais soupe au lait… toi qui te flattes, bien abusivement d’ailleurs, d’être un Castrais tranquille. Continue, s’il-te-plaît, et sois assuré de mes réponses. Avec toute mon affection et toute ma tendresse, (et tu sais mieux que personne que ce n’est pas un vain mot. Autant que mes multiples activités, c’est bien ta disparition tragique qui a fait que j’ai été incapable de te survivre bien longtemps. Et tu as beau, depuis ce 18 décembre 1915 où je n’ai pas manqué de te rejoindre, me charrier constamment et lourdement à ce sujet, ce n’en est pas moins la VÉRITÉ. Je l’écris en bien gros, ce mot, pour que tu puisses facilement le voir. Je bois enfin spontanément, car je suis resté un bon vivant même au paradis des socialistes, à ta santé éternelle.) Ton Edouard Vaillant Mon cher Edouard, Je suis très fier d'avoir su provoquer chez mon cher E(lève) V (ierzonnais) cette fougue oratoire qui s'autoalimente à des convictions bien ancrées en toi et dans lesquelles j'ai reconnu des passerelles qui nous relient. A titre amical, je te serais très reconnaissant de ne pas trop insister sur mon lieu de naissance. Tu n'es pas sans savoir que dans les cours de récréation de nos chères écoles républicaines (je sais, pas assez selon toi...) il était de bon ton pour certains chenapans de se moquer de celui qui était "castrais de naissance". Pas toi mon cher EV ! Tu m'avais parlé récemment de ton idée d'école "polytechnique". D'où je suis, je me suis renseigné et on m'a affirmé que ce serait le terme exact employé après 1945 dans l'organisation d'un petit état appelé RDA. Tu vois, il y a de l'espoir pour tes idées et je m'en réjouis de façon fort charitable. Nous aurons peut-être l'occasion de continuer cette fausse "dispute" puisqu'il paraît que ça va être ta fête pendant un an. Ton JJ Mon cher J(eune) (J)aurès, Celui qui est né près de vingt ans avant l’autre ne saurait aisément en bonne logique mathématique être l’élève de son cadet. Je t’assure que je ne voyais aucune malice dans le gentilé de Castres, mais je veux bien trouver une périphrase qui t’agrée davantage, même si on a tous deux depuis longtemps déserté les cours de récréations, républicaines ou pas. Merci pour cette perche du « pas toi » que je saisis aussitôt à ton encontre. Par pitié, pas de ces arguments en forme d’amalgames indignes. Il y a d’autres écoles polytechniques qu’en RDA, et argument ad hominem après argument ad hominem, j’espère que tu n’oserais pas dire, en ce qui concerne le professeur qui se dévoue, sinon pour ma cause du moins pour ma mémoire, qu’il a choisi pendant près de trente ans comme sport favori le handball, dont on peut considérer qu’il était pourtant le sport national des nazis. Il existe, et c’est heureux, des clubs de handball en démocratie, et des écoles qui se soucient des sciences et des techniques également. Puisque je pense qu’il ne craint désormais plus rien de ce côté, et que je ne fournis plus en le disant du carburant à ta vindicte, je te signale qu’il roule aussi en Volkswagen. Je ne te dirai pas comme Hérodiade à sa nourrice : « Va, garde ta pitié comme ton ironie », puisque je ne souhaite rien tant que la fête continue. Dommage d'ailleurs qu'on soit si près au fond de la fin de l'année. Alors à l’imminente revoyure, cher JJ. Ton EV Mon cher Edouard, Tu dois t'interroger sur les raisons de ce silence épistolaire. Tu n'es pas sans savoir que ce début de printemps est concomitant avec les fêtes pascales comme avec tes premiers engagements. Je sais qu'avec tes amis vous avez parfois raillé mes rapports avec la religion (je te répondrai à ce sujet un autre jour lorsque j'aurai plus de disponibilité). Aux alentours de cette fête chrétienne, j'ai l'habitude d'emmener mes amis faire un peu de marche en montant le pittoresque « chemin de croix » qui s'élève au-dessus du Tarn sur la presqu'île d'Ambialet. Si tu as l'occasion de venir, tu ne seras pas déçu... Aujourd'hui je voudrais simplement, sinon confesser, du moins préciser ma position par rapport à la politique extérieure de notre pays impulsée par Jules Ferry. J’anticipe ainsi une éventuelle « autre remarque bienveillante » de ta part, sachant à quel point tu es, toi, parfaitement insoupçonnable en ce domaine, ayant même dans ton parti, et parmi tes proches, le champion de la cause anticolonialiste du temps, Paul Louis, l’auteur, en 1905, du fameux livre Le colonialisme… Cela étant dit, je revendique le droit à la nuance et à l’évolution positive. Tu sais combien j'admire Jules Ferry, et son idée de répandre les lumières de notre civilisation m'a semblé cohérente. Dès 1883, ma position pro-coloniale était bien connue. En 1895, mon ami Viviani m'a invité à me rendre en Algérie en sa compagnie. A Sidi Bel Abbès j'ai pu constater la différence des conditions, la morgue des colons, l'exploitation des indigènes. Il m'est revenu à l'esprit les propos pleins de mépris pour les Algériens que tenait mon aumônier au collège de Castres. C'était un aumônier militaire. J'ai même écrit à cette époque-là : « l'égoïsme des gouvernements et des classes dirigeantes françaises a consommé là-bas, par des moyens variés, le meurtre de tout un peuple. » En février 1898, j'ai déposé une proposition de loi visant à « l'émancipation des musulmans algériens par la qualité de citoyen français ». Tu penses bien que de nombreux obstacles se sont dressés face à cette proposition. Aussi j'ai remis l'ouvrage sur le métier dès le mois de juillet de la même année. Je demandais « l'élection d'un collège de délégués de populations arabes qui viendraient périodiquement devant la Chambre française, au moment du budget de l'Algérie, exposer ses voeux, les doléances du peuple arabe, et participer à la discussion et au vote des lois intéressant l'Algérie ». Tu sais bien sûr qu'en 1907 je me suis opposé à l'expédition au Maroc. Ce que j'écrivais à l'époque : « Evidemment ces hommes paraissent s'incliner, se résigner, quand la force brutale est sur eux; puis ils se relèvent, la haine au coeur. Il en sera ainsi jusqu'à ce que nous ayons ou conquis le Maroc tout entier ou renoncé à violenter ce peuple. » On est loin de ce que certains ont pu me faire dire, en se focalisant sur une seule période. Je persiste à réclamer une évolution de la pensée en la confrontant avec le réel. Rappelle-toi, en 1912, après le traité de protectorat de la France avec le sultan du Maroc... Je disais ceci: « Eh bien! je dis que parmi tous ces peuples longtemps ou endormis ou séparés de l'Europe par des océans d'indifférence, je dis que partout il y a des forces morales neuves qui s'éveillent, un appétit de liberté, un appétit d'indépendance, le sens du droit , qui pour s'affirmer nous emprunte quelquefois nos propres formules. Et je dis que pour le peuple qui aurait le courage, la sagesse, la généreuse clairvoyance de ne se livrer nulle part dans le monde à une politique de conquête et d'expropriation brutale, pour ce peuple-là, il y aurait eu chez toutes ces races qui s'éveillent et qui veulent leur droit une force de sympathie qui était une puissance réelle ». Je te laisse à regret, d'autres tâches urgentes m'appellent. Nous aurons d'autres sujets d'échange qui ne manqueront pas d'affiner nos positions. Bien cordialement et avec tout mon respect, Jean Mon cher Jean, En ce qui me concerne, jamais je n’ai pu dire le moindre bien de Ferry, qui m’a fait détester jusqu’au mot « opportuniste » lui-même, étant de ces opportunistes qui furent complices actifs dans le camp et la droite ligne de celui qui fut à la fois un proto et super opportuniste, à savoir l’abominable Thiers. Thiers, qui prétendit maintenir les privilèges d’un nombre infime de grands possédants en fusillant cyniquement des dizaines de millier d’hommes, de femmes et d’enfants du peuple de Paris. Ce peuple de Paris qui n’est autre qu’un condensé du peuple de France dans la capitale. Il est vrai que ce peuple était menaçant et dangereux pour les privilégiés s’il s’organisait un peu plus, et s’il lui venait le mauvais goût de revendiquer si peu que ce soit. Le dernier livre de Thomas Picketty sur Le capital au XXIe siècle présente des données qui remontent à 1870. A côté de cette époque, la nôtre, qui pourtant évolue d’une manière vertigineuse depuis plusieurs décennies dans le sens d’un accroissement des inégalités, ferait figure, à côté, de modèle d’égalitarisme. On trouve alors non seulement normal, mais aussi nécessaire, que 99,5% des Français survivent à peine pour entretenir une élite sociale et culturelle qui dirige et représente la France. Comme disent les économistes, le décile supérieur possède alors 81% du capital (ou du patrimoine, c’est synonyme), et c’est 50% pour le seul centile supérieur. Pour comparer avec 2010, où c’est pourtant énorme, scandaleux et indécent, il faut retirer près d’une vingtaine pour l’un, à 62%, et près d’une trentaine pour l’autre, à 23%. Tu comprends que je n’ai jamais eu de tendresse particulière pour ceux qui mobilisaient toutes leurs forces pour empêcher qu’on corrigeât si peu que ce fût cette injustice. Quand les lois éducatives en question sont passées, je n’ai rien dit, ni dans un sens, ni dans l’autre. J’ai méprisé cette récupération des engagements d’autres acteurs, à commencer par les miens, depuis 1871, après que Ferry a remis les écoles parisiennes dans les griffes des congrégations d’où je les avais sorties, retardant ainsi des réformes déjà faites d’au moins dix ans. D’autres acteurs : c’est-à-dire Jean Macé, Paul Bert, et même Charles de Freycinet ou Jules Grévy. Je n’ai même pas cherché à argumenter pour en relativiser les effets de propagande, qui tendaient à faire croire qu’il n’y avait rien avant et tout après, alors que les effectifs scolarisés à l’école primaire n’ont pas bougé, ou si peu. Quant à la fameuse obligation qu’on prétend associer à la laïcité, elle fait oublier, présentée en paquet cadeau global, qu’il n’y a aucune obligation d’enseignement laïque, mais seulement d’enseignement. Si bien qu’en 1887, les congrégations, très peu inquiétées malgré leurs cris d’orfraie, ont encore la main sur un bon tiers des élèves du primaire. Comment aurait-il pu en être autrement, quand la fameuse lettre de Ferry aux instituteurs interdit à ces derniers d’envisager quoi que ce soit qu’un seul père de famille serait susceptible de leur reprocher ? Avec de pareils principes, qui sont, plus que des freins, des bâtons dans les roues, il est évidemment impossible d’avancer. Quant au secondaire, inutile de rappeler qu’étant totalement en dehors de la réforme, il continue donc, par le biais de son enseignement payant et cher, de reproduire la même élite sociale qu’auparavant, destinée à fournir les cadres du régime. La cohésion sociale, recherchée au moyen d’un nouveau contenu des cours - à peu près la seule chose qui change avec l’allongement du temps d’enseignement -, c’est d’abord contre les contestataires de gauche qu’elle se constitue. De l’aveu même de Ferry. Dans ses discours de Rouen et du Havre, en 1883 – l’année où il m’exproprie de mon domicile de la route de Paris pour y construire le lycée Henri Brisson -, il déclare, ce sont ses mots, la « guerre aux intransigeants », la guerre à ceux qui sont plus à gauche que lui, guerre qu’il avait commencée avec les lois scolaires, lesquelles n’étaient pas tant promulguées pour les beaux yeux d’un peuple qu’il ne fréquentait guère, mais pour assurer le maintien au pouvoir de son parti. Il le disait explicitement dans son discours de 1879 au conseil général des Vosges : « Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. […] Si cet état de choses se perpétue, il est à craindre que d'autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d'ouvriers et de paysans, où l'on enseignera des principes totalement opposés, inspirés peut-être d'un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871. » Qu’il puisse y avoir soupçon d’inspiration socialiste ou communiste, voilà bien ce qui pour Ferry était plus à craindre que le diable. Quand mon école visait à l’émancipation, la sienne visait à la soumission à l’ordre établi. Dans le contexte tragique de l’époque, j’allais même jusqu’à trouver pertinent ce que disait mon amie Louise Michel : « La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter. » Inutile de dire qu’il n’était pas du même camp que nous. Quant à mon éventuelle moquerie, nous nous connaissons assez pour que je n’aie pas à faire l’effort d’esquiver, en ce qui me concerne, ton argument issu de La Fontaine ; tu sais : « Car vous ne m’épargnez guère, vous, vos bergers et vos chiens… ». Autant je milite pour éradiquer la religion dans la vie politique et éducative, soucieux que je suis de voir les citoyens français former leur personnalité en exerçant pleinement leur liberté, laquelle ne se conçoit pas sans une rationalité fondée sur la science et éloignée de la superstition, autant je ne prétends pas condamner sur cette base des convictions sincères qui s’exercent dans le domaine privé. Il me semble en avoir donné un parfait exemple dans ma filiation directe : la personne que j’aime le plus au monde c’est ma mère, et réciproquement. Or, elle ne m’a jamais embêté avec mon athéisme, je ne lui ai jamais manqué de respect en ce qui concerne ses croyances religieuses. Et je n’ai jamais été de ceux qui ont voulu douter de toi sur ce sujet-là. Voici maintenant, pour finir, ce que j’écrivais dans le manifeste Aux Communeux, lorsqu’en juin 1874 j’étais depuis trois ans en exil à Londres après la répression sauvage et meurtrière du mouvement communaliste, répression à laquelle l’Eglise s’est empressée de donner son soutien et sa bénédiction, quand elle n’a pas directement soufflé sur les braises. C’est d’ailleurs une constante de notre histoire de France, et ce que je dis ici en d’autres termes, dans le contexte de légitime colère qui était le nôtre à l’époque, c’est d’abord « plus jamais ça » : « Nous sommes athées, parce que l’homme ne sera jamais libre, tant qu’il n’aura pas chassé Dieu de son intelligence et de sa raison. Produit de la vision de l’inconnu, créée par l’ignorance, exploitée par l’intrigue et subie par l’imbécillité, cette notion monstrueuse d'un être, d’un principe en dehors du monde et de l'homme, forme la trame de toutes les misères dans lesquelles s'est débattue l’humanité et constitue l’obstacle principal à son affranchissement. » Bien à toi, Edouard Mon cher Edouard, La canicule aidant, les vacances parlementaires étant en vue, je viens converser avec toi, libres propos que, j'espère, tu n'iras pas (c'est ton péché mignon) transformer en contre thèses… Laissons-nous aller... J'ai eu vent, de là où je suis, que tu serais l'inventeur de l'autogestion. Attention Edouard, on va bientôt te coller l'écologie ! Ta béatification est en bonne voie, l'imprimatur te guette. Je suis passé par là moi aussi et ça ne dure pas longtemps. Permets-moi de te rappeler, en quelques mots, le 24 novembre 1924, jour du transfert de mes cendres au Panthéon. C'est Edouard Herriot, président du conseil, radical investi après la victoire du cartel des gauches, qui avait pris l'initiative de ce témoignage de la nation. Des tensions se sont fait jour entre radicaux et socialistes concernant la signification à donner à l'événement. Hésitations sur la date, discordances sur l'organisation. D'autant plus que les radicaux étaient absents du comité qui en était chargé. De leur côté, les communistes avaient décidé de bouder la cérémonie officielle et d'organiser leur propre défilé où les slogans étaient en majorité des appels à la révolution prolétarienne. En plus, pas de représentant de la municipalité toulousaine (radicale) aux manifestations de Paris et de Toulouse. Evidemment, il s'en suivit beaucoup d'incompréhensions et de critiques... Dieu m'est témoin que je n'ai jamais voulu cela !!! Cela me rappelle nos différents. Te souviens-tu de ce que tu me disais au parlement ? « Peut-on concevoir qu'un socialiste , engagé dans le combat pour le remplacement du régime capitaliste par un régime collectiviste, puisse s'intégrer à un gouvernement bourgeois ? » Tu sais bien que je n'ai pas revendiqué pour moi-même cette participation, mais je l'ai appuyée. Vous m'avez attaqué rudement. Je pense au « clash » de ce fameux Congrès d'Unité de la salle Japy en décembre 99, puis à la fondation en 1901, qui fut ton oeuvre, d'un Parti Socialiste de France . Vous avez été virulents à mon égard sur le terrain, dans la presse. Mais beaucoup moins sur le plan parlementaire… Tu sais qu'avec mes amis radicaux, nous nous sommes toujours réclamés d'une culture républicaine fondée sur un caractère démocratique du pouvoir, un respect des libertés individuelles, la primauté de la justice sur la charité. J'ai toujours récusé l'idée de la dictature du prolétariat ou la conception d'un Etat de classe. J'ai toujours soutenu la République qui permet de « ménager des transitions » et d’« émousser la révolte des habitudes ». Rappelle-toi ce que j'écrivais dans les Etudes Socialistes de 1902 : « Ce que propose le Manifeste (de Marx), ce n'est pas la méthode de Révolution d'une Classe impatiente et faible, qui veut brusquer par artifice la marche des choses ». Et j'ajoutais : « seul un programme révolutionnaire reposant sur une acceptation de la démocratie et de la légalité permettra, plus que l'attente quasi mystique d'une catastrophe, de donner substances aux aspirations révolutionnaires, de transformer le régime de la propriété, de renforcer les libertés. » Et vois-tu, mon cher Edouard, aujourd'hui je persiste et signe dans ce que je déclarais en 1904 à la tribune de l'Assemblée Nationale : « Je n'ai pas la prétention puérile de n'avoir pas changé en vingt ans d'expérience, d'étude et de combat. Ou plutôt je ne me calomnie point assez moi-même pour dire que la vie ne m'a rien appris. » Voilà, mon cher Edouard, ces quelques réflexions, en filigrane de ta béatification républicaine, de la part de ton ami Jean. Je vais maintenant te taquiner. Ton patronyme me semble éternel ; en témoigne la devise de Jacques Coeur, un Berrichon lui aussi. Et même au 20e siècle !!! Donné comme exemple aux bons enfants les magazines Coeur Vaillant et Âmes Vaillante. Donné comme exemple aux enfants de gauche, le magazine... Vaillant !!! Etonnant , non ? Te voilà consensuel ! Je vais rejoindre mes amis du Tarn. On me dit que tu fais une escapade en Ariège. Belle région ! Je t'embrasse Ton Jean Mon cher Jea n, Je ne disconviens pas que les vacances doivent inciter à une certaine détente, mais pas au point de ne pas me rendre compte que les taquineries commencent bien avant la conclusion où tu fais mine de les annoncer. Je n'ai pas besoin de récupération pour faire état de mes actions. Même avec l'écologie - que fidèle à mon athéisme je n'hypostasie pas - je m'étonne de t'étonner, puisqu'il est de notoriété ancienne qu'elle fut parmi mes préoccupations prioritaires, et le médecin que je suis mesure le nombre de vies humaines que l'on peut immédiatement sauver par ce moyen. Je rappellerai juste ma réussite en ce qui concerne la fusion préalable des mouvements marxistes, mon Comité Révolutionnaire Central et le Parti Ouvrier Français de Guesde dans le cadre du Parti Socialiste de France, qui permit ensuite de nous regrouper entre nous dans la SFIO, ce qui eût été largement impossible sans cela, tant tes positions et celles de Guesde étaient antinomiques alors. Ma position sans compromission et clairement affirmée en toute occasion ont rassuré les guesdistes, tandis que la fidélité de mes votes en faveur de la République a rassuré tes partisans : la voie vers l'unité était alors ouverte. Par ailleurs, il est vrai que je ne déteste pas mon patronyme ni les connotations qui s'y rattachent. L'Ariège, terre de luttes, me va bien, ainsi que son slogan « Terre courage ! », même s'ils ont cru bon d'en changer récemment sous prétexte que ça n'évoquait pas suffisamment les loisirs « cool » aux touristes qu'on veut attirer. Bonnes vacances et bon courage donc, car je sais que tu ne les conçois pas dans la paresse. Ton fidèle Edouard

  • Entrée | AuLuxeCommunal

    Luxe Communal - Les projets de la Commune de Paris (1871) - réalisés ou non, durablement ou non, les inventions de ses protagonistes, les projets-héritiers qui peuvent en être extrapolés - sont accueillis dans le café de Napoléon Gaillard. LE LUXE CO MMUNAL SER A UNE PLATEFORME INTERACTIVE EN 3D. LE PRÉSENT SITE EST SO N STORYBO ARD . UNE HISTOIRE POLARISÉE Le Luxe Communal explore les projets sociaux, politiques, culturels de la Commune de Paris : les projets réalisés, les projets non-réalisés (auxquels on proposera une forme), les projets-héritiers qui en sont extrapolés ; mais aussi ses inventions, ses imaginaires d'hier et d'aujourd'hui, et les récits contradictoires qui en ont été faits. Car l’héritage historique de la Commune est un territoire de tensions, peuplé de rêves et de cauchemars. Une forte polarisation s'exerce qui pose, d’un côté la Fédération des artistes et les positions communardes de Courbet, Michel, Pottier, Rimbaud, Vallès ; de l’autre, un rejet viscéral porté par des figures comme Daudet, Du Camp, Flaubert, Gauthier, Sand qui révèlent la violence de leur critique par l'usage d'un véritable « bestiaire » animalier et pathologique*. A cet héritage à charge s'ajoute ceux des deux Appert : Félix Antoine, général de corps d'armée et Ernest, photographe, qui mettront leurs compétences, militaire (jugement des Communards à Versailles) et artistique (invention du photomontage), à disposition d’une réécriture versaillaise de l'histoire. Récit contre récit, image contre image, le projet met en perspective ces conflits, jusqu'à la bataille finale qui générera les constellations de la Commune. * Paul, LIDZKY « Les écrivains contre la Commune », Maspero, 1982 Gustave Courbet Teaser Maxime Du Camp ARCHITECTURE PARADOXALE « Le Luxe Communal » propose un double mouvement : un accès documentaire immédiat aux archives ou une odyssée ludique au cœur d’un espace « élastique » qui se déploie au rythme de la progression. Mais le bâtiment résiste : à chaque étage, l'architecture dresse des obstructions que seule une enquête minutieuse permet de lever. En transformant les indices historiques disséminés en clés d'action, le.la joueur.se force le passage et poursuit son parcours. Le bâtiment (estaminet, épicerie, cordonnerie, cinémas, cabaret, bibliothèque, musées, geôles, hune, barge, radeau...) est un organisme vivant, sujet à des cycles de dégradation et de régénération, où la progression ludique sert de moteur à une réflexion sur les bifurcations de l'histoire et les utopies sociales. Théophile Gauthier Jules Vallès PUBLICS ET USAGES Le Luxe Communal s’adresse aussi bien aux chercheur.se.s et enseignant.e.s (archives iconographiques et textuelles) qu’aux jeunes publics familiers des immersions numériques (chaines d'histoire, jeux en ligne). Dès l’entrée, le.la visiteur.se choisit d’activer ou non la dimension ludique. Plongé au cœur de récits polarisés et d'archives contradictoires, le visiteur devient acteur de l'histoire. Il ne se contente plus de contempler le passé, il l'impacte : en résolvant des énigmes uchroniques, il orchestre l’évasion de Blanqui ou désimpérialise la place Vendôme selon les utopies de William Morris. Ce labyrinthe hétérotopique — qui a ce pouvoir, selon Michel Foucault, "de juxtaposer en un seul lieu réel plusieurs espaces incompatibles"*, plus vaste à l’intérieur qu’à l’extérieur, ancré simultanément sur terre, sur mer et dans le ciel — se métamorphose sous ses yeux, faisant de chaque étape une transition mouvante entre l'histoire vécue et les horizons du possible. A terme, chacun pourra déposer ses projets extrapolés sur le site et des ateliers seront proposés dans ce sens. * "Des espaces autres", 1967 George Sand Napoléon Gaillard LE GUIDE : NAPOLÉON GAILLARD Au cœur de ce dédale architectural se trouve l'ombre tutélaire de Napoléon Gaillard, patron de l’estaminet. L'ancien chef des barricades assure la fonction de guide narratif et de médiateur, accompagne la progression, aide le.la joueur.se à décrypter les indices et fournit les clés contextuelles nécessaires à lever les résistances du bâtiment. En tant que « gardien des mémoires », il orchestre le passage entre les strates documentaires et les bifurcations uchroniques, garantissant la fluidité de l'expérience sans jamais ôter au visiteur sa liberté d'acteur. Louise Michel FICTIONS ET POUVOIRS Roman national - Histoire(s) - Propagande. Satire - Caricature - Mensonge - Fabulation - Calomnie - Camouflage - Déréalisation - Mythe - Substitution - Falsification - Utopie - Dystopie - Uchronie. La fiction irrigue la construction de l'histoire. La dimension passionnelle attachée à la Commune polarise et radicalise les récits, créant un tressage narratif où les récits s’affrontent "sabre au clair", s’escamotent les uns les autres, s’entre-sabordent. Les propositions contrefactuelles (l'histoire avec des «si») permettent de se hausser sur les épaules de la Commune avec les yeux de ses imaginaires, autorisant de nouveaux outils à la construction du projet. Comme le soulignait Michel Foucault, "tout pouvoir est un pouvoir de mise en récit" : le projet interroge autant la manière dont la Commune nous a été contée que la façon dont nous entendons, à notre tour, la raconter. L'ÉQUIPE (dans l'ordre d'apparition) Christiane Carlut, conception et pré-maquette 3D - Artiste, enseignante en histoire de l'art et video aux beaux arts de Nantes de 1989 à 2020. Yannick Parra-Cabrolié, images numériques du projet, intégration sous le moteur Unreal Engine - Futuroscope, musée Grévin, Musée du Vaudou Porto-Novo, d'Abomey et de Ouidah au Bénin, Musées de Lyon... Agence Les crayons. Nicolas Lainé-Soulier, producteur du projet - Ancien d’Ubisoft, conception et production 3D temps réel, gestion d’équipe. Olivier Montoro, animations, cinétiques du projet - Artiste, réalisateur et producteur télévision et cinéma. A créé "Toutes les télés du monde" pour Arte, réalisé "Bref" et "Gaza Sdérot" pour Canal+, réalisé et produit 3 clips musicaux pour la chanteuse Camille. Natalya Buryka, co-scénarisation, dessins du projet, brain storming - Historienne (ENS Cachan/Paris-Saclay), médiatrice culturelle et scientifique trilingue (public history, Université Paris-Est Créteil), dessinatrice. Alexandre Elazazi, animation des personnages, intégration sous le moteur Unreal Engine - Concepteur en images numériques. Gustave Flaubert on rencontrera : des protagonistes de la Commune et des Versaillais en embuscade ; on découvrira : la polarisation des récits (contradictoires, factuels / fabulateurs), les principales mesures de la Commune, ses faits divers, son Journal Officiel ; on traversera : des chambres à transformations (uchronies, Communes d’ailleurs, bestiaire de l’ennemi, du Luxe Communal), des cinémas, des musées (des copies, de Paris-brûlé, des inventions, de la photographie, des barricades, des pétroleuses...), des cafés, un cabaret, des bibliothèques, un débeurdinoir, un atelier de chaussurier, un panoptique, des jardins utopiques et dystopiques ; on apercevra : des continents qui dérivent, une bataille céleste, des Communes d’ailleurs, le vaisseau vers la croisière des continents communards ; on constatera : l’essor de la photographie, l'invention du photo-montage par un Appert et la falsification de l'histoire par l’autre, le bestiaire-véhicules de Fourier et la puissance de son archi-bras ; on empruntera : un pyroscaphe, une barge, une coquille de noix à aube, une anti-baleine et un anti-lion de Fourier (ventre à terre), des chaussures en gutta-percha à propulsion aléatoire ; on admirera : un globe-terrestre de Reclus, une Grue de la paix de Courbet, une statue de Thiers en cours de régénération, les projets de remplacement de la colonne-Vendôme, une sculpture de Carpeaux en plein vol, le Chateau-Gaillard de la Concorde ; on essuiera : des distorsions spatiales et temporelles, des obstructions climatiques : vents ascendants, averses de bibliothèque, brouillards spectraux, corrosion architecturale ; on écoutera : la musique du "Clavier d'Outre-Rêve" de Louise Michel, des querelles de comptoir, le rire du Magicien de Versailles, la chanson de la Semaine sanglante et autres récits sonores. On suivra : les fils rouges des parcours dans l'onglet "PLAN DU SITE".

  • 3 - L'HISTOIRE CONTREFACTUELLE OU UCHRONIE

    Elle émerge au milieu du XIXème siècle avec l’essor du roman et l’intérêt croissant pour l’histoire. Il s’agit d’une « œuvre de fiction qui part de l’histoire telle qu’elle s’est déroulée pour présenter une histoire alternative à partir d’un point de bifurcation 1». Elle a un « caractère ludique, ironique, distancié ». La révolution française, selon l’historien François Hartog2 constitue précisément un point historique de bifurcation temporelle3 qui voit le rapport privilégié au passé de la population s’inverser et s’orienter en direction d’un futur marqué par la possibilité d’une modification du cours de l’histoire et de l’idée de progrès. Aujourd’hui, par contre : ...le raisonnement contrefactuel est favorisé [...] par une période d’incertitude traversée par la mondialisation, la fin supposée des grandes idéologies, la dissolution de l’idée de progrès, et une nouvelle obsession pour le présent (présentisme), une crise du futur avec difficulté de se projeter dans l’avenir. La période actuelle est caractérisée par la confusion croissante entre réel et fiction et un puissant désir d’autres horizons. Ce contexte est particulièrement propice aux expériences contrefactuelles4. Le premier auteur d’une « histoire alternative » est Louis Geoffroy qui publie en 1836 « Napoléon et la conquête du monde 1812-1832, histoire de la monarchie universelle », dans laquelle Napoléon soumet la Russie et la Grande-Bretagne, achève la conquête égyptienne, puis s’attaque à l’Asie pour finir empereur du monde. Charles Renouvier publie ensuite son « Uchronie » en 1857. Il « démontre le rôle de la liberté face au fatalisme historique, au déterminisme, au rôle de la Prédestination et de la Providence. Du point de vue méthodologique, l’Uchronie assume sa forme fictionnelle et ses ambitions philosophiques5 ». L’usage de la démarche contrefactuelle traverse les sciences sociales, l’histoire bien sûr, mais aussi les relations internationales, l’économie, l’art et la littérature. Tite Live, Blaise Pascal, Louis-Auguste Blanqui, William Morris, Max Weber, Winston Churchill, Fernand Braudel, Pierre Bourdieu, Robert Vobel, Mona Ozouf, Jared Diamond en ont emprunté les outils, dans un sens scientifique ou littéraire. Max Weber avançait, dans ses « Essais sur la théorie de la science6 » en 1906, que seule l’analyse contrefactuelle peut conférer à l’histoire le statut d’une véritable science, en identifiant et en hiérarchisant les causes en histoire, et donc en mesurant la signification historique d’un événement. Il faut sélectionner une cause parmi une infinité d’autres, puis, pour prouver l’existence d’une relation causale entre la cause sélectionnée et les effets constatés par l’historien, le chercheur doit faire abstraction de cette cause ou bien la modifier. Cette expérience imaginaire doit pouvoir déterminer des « possibilités objectives » qui vont permettre de hiérarchiser les causes7. Fernand Braudel a également utilisé la méthode pour « mesurer l’impact des grands hommes et l‘importance des structures 8». Robert Vobel a appliqué au champ économique l’analyse contrefactuelle dans une étude sur l’importance du chemin du chemin de fer dans la croissance économique des USA au XIXème. En substituant au chemin de fer les canaux de navigation et en projetant des statistiques fictives, il a pu identifier avec certitude des facteurs de causalité et établir une équivalence de ce niveau de croissance. Cette approche s’est institutionnalisée dans la Cliométrie9. Dans le champ des relations internationales, la démarche contrefactuelle permet d’analyser les crises, en particulier les crises militaires qui permettent de définir des événements décisifs, sujets à la définition claire d’un avant et d’un après. La relation entre fiction et histoire est précisée par l’historien Carlo Ginzburg, qui rappelle que la connaissance historique est indirecte, indiciaire et conjecturale : - indirecte car l’historien n’a pas vécu l’époque qu’il étudie, et doit donc recourir à l’imagination ; - indiciaire, la connaissance historique l’est par définition : elle est trouée, incomplète, par trace, et fondée sur les archives. Ses conditions de production confèrent à cette discipline un statut flou, ambigu, entre la science et la littérature ; - conjecturale : le chercheur recourt à l’imagination pour formuler des hypothèses de travail10... Mona Ozouf, dans « Varenne », emprunte la méthode contrefactuelle pour tenter de se situer en dehors de la certitude que confère à l’historien la connaissance de la suite des événements. La posture téléologique qui consiste à expliquer un fait historique en fonction d’évènements postérieurs ou d’une finalité, donne l’impression que ce qui est advenu était inévitable. Le raisonnement contrefactuel permet d’y échapper. Cette analyse, dit Pierre Singaravelou, « permet de montrer que les processus sociaux ne sont pas univoques, que l’histoire est aussi l’opportunité de choix, d’opportunités plurielles. Le contrefactuel permet d’éprouver un devenir historique moins linéaire, plus irrégulier, il peut bousculer les continuités et les déterminismes trop lisses [...] et appréhender dans les archives les futurs craints, les futurs espérés du passé, pour saisir plus finement les moments d’ouverture des possibles : les révoltes, les révolutions»11. Pour Quentin Deluermoz et Pierre Singaravelou, l’histoire contrefactuelle peut rendre la parole aux perdants de l’histoire, « histoire souvent écrite par les vainqueurs et qui a tendance à écraser les potentialités ». « L’histoire ferme l’éventail des possibles à chaque instant » écrivait Bourdieu. Tous les possibles, pour Bourdieu, sont révoqués une fois pour toutes par l’histoire, et pire, deviennent impensables a posteriori. C’est peut-être le rôle du chercheur en sciences sociales de retrouver ces possibles du passé, de les documenter afin de restituer les luttes et les horizons de l’époque étudiée. On aborde ici la dimension politique de l’histoire contrefactuelle en rouvrant les potentialités du passé. Cette démarche peut permettre de libérer les possibles du futur et donc de réarmer notre capacité d’action dans le présent12. Ce que nous avions avancé plus haut comme présupposé du projet. _________________________________________________ 1 - Pour une histoire des possibles : analyses contrefactuelles et futurs non advenus, conférence de Pierre Singaravelou, Maison des sciences de l’homme, https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-WIoWiITV- c 2 - Régimes d'historicité - Présentisme et expériences du temps, Sciences humaines, Histoire, La Librairie du XXIème siècle, 2003 3 - Les éléments présentés ici sur la démarche contrefactuelle, sont tirés de Singaravelou et Deluermoz : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2012-3-page-70.htm et https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-wiowiitv-c 4 - Ibidem. 5 - Ibidem 6 - éd. Plon, 1965 7 - Pierre Singaravelou, ibidem. 8 - Ibidem 9 - Réconciliation de l'histoire et de la science économique. 10 - Singaravelou, Ibidem 11 - Ibidem 12 - Ibidem 3 - L'HISTOIRE CONTREFACTUELLE OU UCHRONIE Texte précédent Texte suivant Elle émerge au milieu du XIXème siècle avec l’essor du roman et l’intérêt croissant pour l’histoire. Il s’agit d’une « œuvre de fiction qui part de l’histoire telle qu’elle s’est déroulée pour présenter une histoire alternative à partir d’un point de bifurcation 1». Elle a un « caractère ludique, ironique, distancié ». La révolution française, selon l’historien François Hartog2 constitue précisément un point historique de bifurcation temporelle3 qui voit le rapport privilégié au passé de la population s’inverser et s’orienter en direction d’un futur marqué par la possibilité d’une modification du cours de l’histoire et de l’idée de progrès. Aujourd’hui, par contre : ...le raisonnement contrefactuel est favorisé [...] par une période d’incertitude traversée par la mondialisation, la fin supposée des grandes idéologies, la dissolution de l’idée de progrès, et une nouvelle obsession pour le présent (présentisme), une crise du futur avec difficulté de se projeter dans l’avenir. La période actuelle est caractérisée par la confusion croissante entre réel et fiction et un puissant désir d’autres horizons. Ce contexte est particulièrement propice aux expériences contrefactuelles4. Le premier auteur d’une « histoire alternative » est Louis Geoffroy qui publie en 1836 « Napoléon et la conquête du monde 1812-1832, histoire de la monarchie universelle », dans laquelle Napoléon soumet la Russie et la Grande-Bretagne, achève la conquête égyptienne, puis s’attaque à l’Asie pour finir empereur du monde. Charles Renouvier publie ensuite son « Uchronie » en 1857. Il « démontre le rôle de la liberté face au fatalisme historique, au déterminisme, au rôle de la Prédestination et de la Providence. Du point de vue méthodologique, l’Uchronie assume sa forme fictionnelle et ses ambitions philosophiques5 ». L’usage de la démarche contrefactuelle traverse les sciences sociales, l’histoire bien sûr, mais aussi les relations internationales, l’économie, l’art et la littérature. Tite Live, Blaise Pascal, Louis-Auguste Blanqui, William Morris, Max Weber, Winston Churchill, Fernand Braudel, Pierre Bourdieu, Robert Vobel, Mona Ozouf, Jared Diamond en ont emprunté les outils, dans un sens scientifique ou littéraire. Max Weber avançait, dans ses « Essais sur la théorie de la science6 » en 1906, que seule l’analyse contrefactuelle peut conférer à l’histoire le statut d’une véritable science, en identifiant et en hiérarchisant les causes en histoire, et donc en mesurant la signification historique d’un événement. Il faut sélectionner une cause parmi une infinité d’autres, puis, pour prouver l’existence d’une relation causale entre la cause sélectionnée et les effets constatés par l’historien, le chercheur doit faire abstraction de cette cause ou bien la modifier. Cette expérience imaginaire doit pouvoir déterminer des « possibilités objectives » qui vont permettre de hiérarchiser les causes7. Fernand Braudel a également utilisé la méthode pour « mesurer l’impact des grands hommes et l‘importance des structures 8». Robert Vobel a appliqué au champ économique l’analyse contrefactuelle dans une étude sur l’importance du chemin du chemin de fer dans la croissance économique des USA au XIXème. En substituant au chemin de fer les canaux de navigation et en projetant des statistiques fictives, il a pu identifier avec certitude des facteurs de causalité et établir une équivalence de ce niveau de croissance. Cette approche s’est institutionnalisée dans la Cliométrie9. Dans le champ des relations internationales, la démarche contrefactuelle permet d’analyser les crises, en particulier les crises militaires qui permettent de définir des événements décisifs, sujets à la définition claire d’un avant et d’un après. La relation entre fiction et histoire est précisée par l’historien Carlo Ginzburg, qui rappelle que la connaissance historique est indirecte, indiciaire et conjecturale : - indirecte car l’historien n’a pas vécu l’époque qu’il étudie, et doit donc recourir à l’imagination ; - indiciaire, la connaissance historique l’est par définition : elle est trouée, incomplète, par trace, et fondée sur les archives. Ses conditions de production confèrent à cette discipline un statut flou, ambigu, entre la science et la littérature ; - conjecturale : le chercheur recourt à l’imagination pour formuler des hypothèses de travail10... Mona Ozouf, dans « Varenne », emprunte la méthode contrefactuelle pour tenter de se situer en dehors de la certitude que confère à l’historien la connaissance de la suite des événements. La posture téléologique qui consiste à expliquer un fait historique en fonction d’évènements postérieurs ou d’une finalité, donne l’impression que ce qui est advenu était inévitable. Le raisonnement contrefactuel permet d’y échapper. Cette analyse, dit Pierre Singaravelou, « permet de montrer que les processus sociaux ne sont pas univoques, que l’histoire est aussi l’opportunité de choix, d’opportunités plurielles. Le contrefactuel permet d’éprouver un devenir historique moins linéaire, plus irrégulier, il peut bousculer les continuités et les déterminismes trop lisses [...] et appréhender dans les archives les futurs craints, les futurs espérés du passé, pour saisir plus finement les moments d’ouverture des possibles : les révoltes, les révolutions»11. Pour Quentin Deluermoz et Pierre Singaravelou, l’histoire contrefactuelle peut rendre la parole aux perdants de l’histoire, « histoire souvent écrite par les vainqueurs et qui a tendance à écraser les potentialités ». « L’histoire ferme l’éventail des possibles à chaque instant » écrivait Bourdieu. Tous les possibles, pour Bourdieu, sont révoqués une fois pour toutes par l’histoire, et pire, deviennent impensables a posteriori. C’est peut-être le rôle du chercheur en sciences sociales de retrouver ces possibles du passé, de les documenter afin de restituer les luttes et les horizons de l’époque étudiée. On aborde ici la dimension politique de l’histoire contrefactuelle en rouvrant les potentialités du passé. Cette démarche peut permettre de libérer les possibles du futur et donc de réarmer notre capacité d’action dans le présent12. Ce que nous avions avancé plus haut comme présupposé du projet. _________________________________________________ 1 - Pour une histoire des possibles : analyses contrefactuelles et futurs non advenus, conférence de Pierre Singaravelou, Maison des sciences de l’homme, https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-WIoWiITV- c 2 - Régimes d'historicité - Présentisme et expériences du temps, Sciences humaines, Histoire, La Librairie du XXIème siècle, 2003 3 - Les éléments présentés ici sur la démarche contrefactuelle, sont tirés de Singaravelou et Deluermoz : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2012-3-page-70.htm et https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-wiowiitv-c 4 - Ibidem. 5 - Ibidem 6 - éd. Plon, 1965 7 - Pierre Singaravelou, ibidem. 8 - Ibidem 9 - Réconciliation de l'histoire et de la science économique. 10 - Singaravelou, Ibidem 11 - Ibidem 12 - Ibidem Texte précédent Texte suivant

  • Teaser Luxe Communal | Auluxecommunal

    Réalisation : Olivier Montoro / Musique Originale : Sylvain Neveu

  • 1b-Peniche | Auluxecommunal

    LA PÉNICHE DE HAUTE MER Au passage de la porte, le visiteur se retrouve sur le pont d'une péniche, au milieu de l'océan. Le café de Napoléon est sur la terre et sur l'eau. Une statue de Thiers est arrimée au ponton. Le café s'est transformé en cabaret. Thiers à Nou Cette colonne "constituerait un monument commun qui scellerait une paix définitive et remplacerait la colonne Vendôme". Courbet, in Lettres à l’armée allemande et aux artistes allemands. PROJET DÉPORTATION ET FONDAGE DE LA DERNIÈRE STATUE DE THIERS EXPOSÉE SUR UNE PLACE PUBLIQUE EN PERSPECTIVE DE SA TRANSFORMATION EN "COLONNE DES PEUPLES ET DE LA PAIX" PROJETÉE PAR COURBET. Statue de Thiers à Saint-Savin-sur-Gartempes (Vienne) LA COLONNE DES PEUPLES DE COURBET >> Où l'on constate que, de l'extérieur, le café passe à de modestes dimensions. Il abrite le cabaret de Maxime Lisbonne Maxime Lisbonne Marcel Cerf

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 6

    Lundi 17 avril 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 6 Next Next Lundi 17 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 791) Commission d'enquête des chambres syndicales ouvrières : recensement et états des ateliers abandonnés, conditions de remise en exploitation, création d'associations coopératives des travailleurs, définition des conditions de cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières au retour des patrons Paris, le 16 avril 1871. La Commune de Paris, Considérant qu’une quantité d’ateliers ont été abandonnés par ceux qui les dirigeaient afin d’échapper aux obligations civiques, et sans tenir compte des intérêts des travailleurs ; Considérant que par suite de ce lâche abandon, de nombreux travaux essentiels à la vie communale se trouvent interrompus, l’existence des travailleurs compromise, DÉCRÈTE : Les chambres syndicales ouvrières sont convoquées à l’effet d’instituer une commission d’enquête ayant pour but : 1° De dresser une statistique des ateliers abandonnés, ainsi qu’un inventaire exact de l’état dans lequel ils se trouvent et des instruments de travail qu’ils renferment ; 2° De présenter un rapport établissant les conditions pratiques de la prompte mise en exploitation de ces ateliers, non plus par les déserteurs qui les ont abandonnés, mais par l’association coopérative des travailleurs qui y étaient employés ; 3° D’élaborer un projet de constitution de ces sociétés coopératives ouvrières ; 4° De constituer un jury arbitral qui devra statuer, au retour desdits patrons, sur les conditions de la cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières, et sur la quotité de l’indemnité qu’auront à payer les sociétés aux patrons. Cette commission d’enquête devra adresser son rapport à la commission communale du travail et de l’échange, qui sera tenue de présenter à la Commune, dans le plus bref délai, le projet de décret donnant satisfaction aux intérêts de la Commune et des travailleurs. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 792) Réglementation de la restitution des armes aux mairies par les bataillons dissous, les émigrés, les réfractaires, afin d'armer les nouveaux bataillons La commission exécutive, Sur la proposition du délégué à la guerre ARRÊTE : Art. 1er. Les armes des bataillons dissous seront immédiatement restituées aux mairies. Art. 2. Seront pareillement restituées aux mairies les armes des émigrés, des réfractaires jugés comme tels par le conseil de discipline. Art. 3. Les municipalités devront faire faire des perquisitions méthodiques par rues et par maisons, afin d’assurer dans le plus bref délai la rentrée de toutes ces armes. Art. 4. Toutes fausses déclarations faites par les concierges entraîneront leur arrestation immédiate. Art. 5. Toutes les armes recueillies par les mairies seront renvoyées à l’arsenal de Saint-Thomas-d’Aquin. Art. 6. Les armes ainsi restituées serviront à armer les nouveaux bataillons. Les fusils Chassepot ne seront donnés qu’aux bataillons de marche, en attendant qu’on en puisse donner à tous. Paris, le 16 avril 1871. La commission exécutive : Avrial, Cournet, Delescluze, Félix Pyat, Tridon, Ed. Vaillant, Vermorel. __________________________________________________ PROCLAMATION - COMMUNE DE PARIS (p 793) Incompatibilité de la fonction de chef de légion et de membre de la Commune La Commune décide : La fonction de chef de légion est incompatible avec celle de membre de la Commune. Le chef de légion est subordonné à l’autorité des membres de la Commune Mardi 18 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 831) Loi sur les échéances - Remboursement des dettes de toutes natures sous trois ans, sans que ces dettes portent intérêt - Détournement, aliénation ou anéantissement des acquis seront poursuivis. Paris, le 17 avril 1871. Loi sur les échéances La Commune DÉCRÈTE : Art. 1er. Le remboursement des dettes de toutes natures souscrites jusqu’à ce jour et portant échéance, billets à ordre, mandants, lettres de change, factures réglées, dettes concordataires, etc., sera effectué dans un délai de trois années à partir du 15 juillet prochain, et sans que ces dettes portent intérêt. Art. 2. Le total des sommes dues sera divisé en douze coupures égales, payables par trimestre, à partir de la même date. Art. 3. Les porteurs des créances ci-dessus énoncées pourront, en conservant les titres primitifs, poursuivre le remboursement desdites créances par voie de mandats, traites ou lettres de change mentionnant la nature de la dette et de la garantie, conformément à l’article 2. Art. 4. Les poursuites, en cas de non-acceptation ou de non-paiement, s’exerceront seulement sur la coupure qui y donnera lieu. Art. 5. Tout débiteur qui, profitant des délais accordés par le présent décret, aura pendant ces délais détourné, aliéné ou anéanti son actif en fraude des droits de son créancier, sera considéré, s’il est commerçant, comme coupable de banque- route frauduleuse, et, s’il n’est pas commerçant, comme coupable d’escroquerie. Il pourra être poursuivi comme tel, soit par son créancier, soit par le ministère public. Paris, le 16 avril 1871. __________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 834) Délivrance de laissez-sortir aux citoyens entrant dans Paris avec des marchandises. Considérant que toute facilité et protection doivent être accordées à tout citoyen approvisionnant Paris, la Commune DÉCRÈTE : Tout citoyen arrivant à paris, y amenant une marchandise quelconque recevra gratuitement, à son entrée, un laissez-sortir à sa volonté, portant sa propre signature, son âge, sa taille, l’énumération et la nature des marchandises objet de son voyage. Paris, le 15 avril 1871. Le membre de la commune délégué au ministère du commerce, Parise Mercredi 19 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 868) Réglementation de la rédaction des arrêts et jugements, désormais rendus au nom du peuple. Paris, le 18 avril 1871. La Commune de Paris DÉCRÈTE : Art. 1er. Tous les arrêts et jugements seront rendus au nom du peuple. Art. 2. Les grosses et expéditions des arrêts ou jugements et les mandats de justice seront intitulés ainsi qu’il suit : « Commune de Paris. « La ... section du jury d’accusation, la cour ou tribunal, etc., a rendu l’arrêt ou le jugement dont la teneur suit : » Art. 3. Les arrêts, jugements et mandats de justice seront terminés comme suit : « En conséquence, la Commune de Paris mande à tous officiers de police et gardes nationaux de mettre ledit arrêt, jugement ou mandat à exécution, au procu- reur de la Commune, à ses substituts d’y tenir la main, à tous officiers de police et gardes nationaux de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis. « En foi de quoi le présent arrêt, jugement ou mandat a été signé par nous, etc... (le délégué à la justice, les président et greffier de la section du jury ou du tribunal, le procureur de la Commune, le substitut ou le juge d’instruction.) » Eugène Protot. __________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 869) Réglementation des arrestations et flagrant-délits : établissement immédiat d'un procès-verbal notifié au délégué à la justice, précisant les causes et les témoins. Les contrevenants seront poursuivis pour crime de séquestration illégale. La Commune de Paris DÉCRÈTE : Art. 1er. Tous magistrats, officiers de police ou gardes nationaux qui opéreront une arrestation en dresseront procès-verbal sur-le-champ, et le notifieront au délégué à la justice. Le procès-verbal énoncera les causes de l’arrestation, les témoins à entendre pour ou contre la personne arrêtée. Toute contravention à ces prescriptions sera rigoureusement réprimée. Les mêmes dispositions seront applicables aux citoyens agissant en vertu de la loi sur les flagrants délits. Art. 2. Tous directeurs de prisons, de maisons d’arrêt ou de correction, tous geôliers ou greffiers qui omettront de mentionner sur l’acte d’écrou les causes de l’arrestation, seront poursuivis pour crime de séquestration illégale. Art. 3. Les papiers, valeurs mobilières, effets de nature quelconque appartenant aux personnes arrêtées, et dont la saisie aura été effectuée, seront déposés à la Caisse des dépôts et consignations. Les pièces à conviction seront adressées au délégué à la police. Eugène Protot. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMUNE DE PARIS (p 870) Suppression de journaux prêchant la guerre civile, donnant des renseignements militaires à l'ennemi, et propageant la calomnie contre les défenseurs de la République. La Commune, considérant qu’il est impossible de tolérer dans Paris assiégé des journaux qui prêchent ouvertement la guerre civile, donnent des renseignements militaires à l’ennemi, et propagent la calomnie contre les défenseurs de la République, a arrêté la suppression des journaux le Soir, la Cloche, l’Opinion nationale et le Bien public. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 870) Suppression du service médical de l'Hotel de Ville, création d'un nouveau service. Attendu qu’un nouveau service médical est créé 86, rue Saint-Dominique- Saint-Germain ; Qu’il importe d’établir l’unité de direction du service médical ; La Commission exécutive, ARRETE : Art. 1er. Le service médical de l’Hôtel-de-Ville est supprimé. Art. 2. Les citoyens du service médical de l’Hôtel-de-Ville qui voudront continuer à servir l’humanité et leur pays, sont priés de se faire admettre par l’administration de la rue Saint-Dominique-Saint-Germain. Paris, le 18 avril 1871. Pour la Commission exécutive : F. Cournet, Ch. Delescluze, G. Tridon, Félix Pyat, Avrial, E. Vaillant, A.Vermorel. __________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 871) Obligation aux gardes sédentaires d'échanger leurs chassepots contre les fusils inférieurs des gardes des compagnies de guerre. Le délégué à la guerre, Considérant qu’il importe d’armer de fusils de précision et à tir rapide les compagnies de guerre ; Considérant qu’un grand nombre de sédentaires se refuse à changer leurs chassepots contre d’autres armes appartenant aux hommes des compagnies de guerre, ARRETE : Les chassepots ou autres armes de précision des gardes sédentaires seront échangés contre les fusils inférieurs des gardes des compagnies de guerre. Tout garde sédentaire qui se refusera à cet échange perdra sa solde, et sera poursuivi pour refus d’obéissance en face de l’ennemi. Le délégué à la guerre espère que le patriotisme des gardes sédentaires rendra cette disposition inutile. Paris, le 18 avril 1871. Le délégué à la guerre, Cluseret. __________________________________________________ RAPPEL ARRÊTÉ – BUREAU CENTRAL DE L'ASSISTANCE EXTÉRIEURE (p 873) Mesures rigoureuses prises contre les boulangers refusant les bons de pain de l’assistance des communes. Bureau central de l’assistance extérieure. Le bureau central de l’assistance extérieure apprend que plusieurs boulangers refusent les bons de pain de l’assistance des communes. Il croit devoir leur rappeler que l’arrêté du 7 octobre dernier est et reste toujours en vigueur. Des mesures rigoureuses seraient prises contre ceux qui refuseraient de recevoir ces bons à l’avenir. Le chef du bureau central de l’assistance extérieure, Ch. Devaux __________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p 874) Défense aux regrattières entrant aux concurrence avec les marchandes placées sous la surveillance de l’administration et présentant plus de garanties aux consommateurs, de stationner aux abords des marchés d’arrondissement. Considérant qu’un grand nombre de regrattières ont envahi depuis quelque temps les abords des marchés d’arrondissement ; Qu’elles empêchent le public d’arriver jusqu’aux marchandises installées sous les abris, et qui, étant connues, autorisées et placées sous la surveillance de l’administration, présentent plus de garanties aux consommateurs ; Qu’elles ont amené les marchandes placées sous lesdits abris à abandonner leurs places, pour se porter sur la voie publique, afin d’entrer en concurrence avec les regrattières ; Que cet état de choses trouble la tranquillité, gêne la circulation et peut donner lieu à de graves accidents ; Qu’il importe de faire immédiatement cesser cet abus, contre lequel des plaintes sont adressées journellement, ARRETE : Art. 1er. Il est défendu aux marchands de stationner ailleurs qu’aux places qui leur ont été concédées. Art. 2. Les regrattières et autres, qui vendent sur éventaires, mannes, mannettes, etc., ne pourront stationner à l’avenir aux abords des marchés d’arrondissement. Art. 3. Le chef de la 2e division de la sûreté générale est chargé de l’exécution du présent arrêté. Paris, le 18 avril 1871. Raoul Rigault. __________________________________________________ ARRÊT – PRÉSIDENT DE LA COUR MARTIALE (p 878) Réglementation de la procédure de jugement et de l'exécution des peines de la Cour martiale. Nous reproduisons, dans l’intérêt des habitants de Paris, l’arrêt important concernant la cour martiale. Cour martiale N° 1. — Arrêt réglant la procédure et les peines Art. 1er. La police judiciaire martiale est exercée par tous magistrats, officiers ou délégués, procédant de l’élection, dans l’exercice des fonctions que leur assigne leur mandat. Art. 2. Les officiers de police judiciaire reçoivent en cette qualité les dénonciations et les plaintes qui leur sont adressées. Ils rédigent les procès-verbaux nécessaires pour constater le corps du délit et l’état des lieux. Ils reçoivent les déclarations des personnes présentes ou qui auraient des renseignements à donner. Ils se saisissent des armes, effets, papiers et pièces tant à charge qu’à décharge, et, en général, de tout ce qui peut servir à la manifestation de la vérité. Art. 3. Ils sont autorisés à faire saisir les inculpés, les font conduire immédiatement à la prison du Cherche-Midi, et dressent procès-verbal de l’arrestation, en y consignant les noms, qualités et signalement des inculpés. Art. 4. Les officiers de police judiciaire martiale ne peuvent s’introduire dans une maison particulière, si ce n’est avec l’assistance du juge de paix ou de son suppléant, ou du maire, ou d’un adjoint, ou du commissaire de police. Art. 5. Chaque feuillet du procès-verbal, dressé par un officier de police judiciaire martiale, est signé par lui et par les personnes qui y ont assisté. Art. 6. Les actes et procès-verbaux dressés par les officiers de police judiciaire martiale sont transmis sans délai, avec les pièces et documents, à la cour martiale. Art. 7. La poursuite des crimes et délits a lieu d’office, d’après les rapports ou procès-verbaux dressés conformément aux articles précédents. Art. 8. La Cour désigne pour l’information soit un de ses membres, soit un rapporteur qu’elle choisit ; l’information a lieu d’urgence et sans délai. Art. 9. L’accusé est défendu. Le défenseur, choisi par l’accusé ou désigné d’office, a droit de communiquer avec l’accusé ; il peut prendre, sans déplacement, communication des pièces de la procédure. Art. 10. Les séances sont publiques. Art. 11. Le président a la police des audiences, les assistants sont sans armes. Les crimes ou délits commis à l’audience sont jugés séance tenante. Art. 12. Le président fait amener l’accusé. Art. 13. Le président fait lire par le greffier, les pièces dont il lui paraît nécessaire de donner connaissance à la cour. Art. 14. Le président fait appeler ou amener toute personne dont l’audition paraît nécessaire ; il peut aussi faire apporter toute pièce qui lui paraît utile à la manifestation de la vérité. Art. 15. Le président procède à l’interrogatoire de l’accusé et reçoit les dépositions des témoins. Le rapporteur est entendu. L’accusé demande à l’accusé s’il n’a rien à ajouter pour sa défense, et déclare que les débats sont terminés. Art. 16. La culpabilité est résolue à la majorité des membres présents ; en cas de partage, l’accusé bénéficie du partage. Art. 17. L’arrêt est prononcé en séance publique. Art. 18. Tout individu acquitté ne peut être repris ou accusé à raison du même fait. Art. 19. Tous les frais de justice sont à la charge de la Commune. Art. 20. Le rapporteur fait donner lecture de l’arrêt à l’accusé par le greffier, en sa présence et devant de la Commune. Art. 21. L’arrêt de condamnation est exécuté dans les vingt-quatre heures après qu’il a été prononcé, ou, dans le cas de condamnation à mort, dans les vingt-quatre heures après la sanction de la commission exécutive. Art. 22. Toutes assignations, citations et notifications aux témoins, inculpés ou accusés, sont faites par tous magistrats, officiers ou délégués procédant de l’élection, requis à cet effet par le rapporteur. TITRE II. — Des crimes, des délits et des peines. Art. 23. Les peines qui peuvent être appliquées par la cour martiale sont : La mort, Les travaux forcés, La détention, La réclusion, La dégradation civique, La dégradation militaire, La destitution, L ’ emprisonnement, L ’ amende. Art. 24. Tout individu condamné à la peine de mort par la cour martiale est fusillé. Art. 25. La cour se conforme, pour les peines, au Code pénal et au Code de justice militaire. Elle applique, en outre, la jurisprudence martiale à tous les faits intéressant le salut public. Fait à Paris, le 17 avril 1871. Le colonel chef d’état-major, président de la cour martiale. Rossel. L. Boursier, Collet, Chardon, P. Henry Jeudi 20 avril 1871 PROCLAMATION – COMMISSION EXÉCUTIVE (p909) Commutation de la peine de mort du citoyen Girot, pour avoir refusé de marcher contre l’ennemi, en considération de ses antécédents démocratiques. La commission exécutive, prenant en considération les antécédents démocratiques du citoyen Girot, chef du 74e bataillon, condamné à mort par la cour martiale pour avoir refusé de marcher contre l’ennemi, a commué sa peine. Le condamné Girot subira la dégradation civique et militaire, et restera emprisonné pendant la durée de la guerre. La Commission exécutive

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 4

    Dimanche 2 avril 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 4 Next Next Dimanche 2 avril 1871 DÉSORGANISATION DU SERVICE DES POSTES : UN FAIT INOUÏ (extrait, voir JO p329) Administration des postes Un fait inouï vient de se produire. Un service public, relevant directement des citoyens, et qui ne pouvait excuser son privilège que par la garantie qu’il devait assurer dans toutes les relations commerciales, a été indignement sacrifié à des questions d’intérêt purement politique. Le service des postes est, depuis quelques jours, systématiquement désorganisé par ceux qui avaient accepté le mandat de le diriger. On a privé Paris de toute communication avec la province, sans se soucier des intérêts qu’une semblable résolution a compromis à la veille de l’échéance d’avril. A qui incombe la responsabilité d’un pareil acte ? Nous en appelons à la conscience publique ! […] EDUCATION NOUVELLE (p335) Les délégués de la société l’Education nouvelle ont été reçus hier par les membres de la Commune, auxquels ils ont remis une requête conçue en ces termes : À la Commune de Paris. Considérant la nécessité qu’il y a, sous une république, à préparer la jeunesse au gouvernement d’elle-même par une éducation qui est toute à créer ; Considérant que la question de l’éducation, laquelle n’est exclusive d’aucune autre, est la question mère, qui embrase et domine toutes les questions politiques et sociales, et sans la solution de laquelle il ne sera jamais fait de réformes sérieuses et durables ; Considérant que les maisons d’instruction et d’éducation entretenues par la commune, ou par le département ou par l’Etat, doivent être ouvertes aux enfants de tous les membres de la collectivité, quelles que soient les croyances intimes de chacun d’eux ; Les soussignés délégués de la société l’Education nouvelle, demandent d’urgence, au nom de la liberté de conscience, au nom de la justice : Que l’instruction religieuse ou dogmatique soit laissée tout entière à l’initiative et à la direction libre des familles, et qu’elle soit immédiatement et radicalement supprimée, pour les deux sexes, dans toutes les écoles, dans tous les établissements dont les frais sont payés par l’impôt ; Que ces maisons d’instruction et d’éducation ne contiennent aux places exposées aux regards des élèves ou du public aucun objet de culte, aucune image religieuse ; Qu’il n’y soit enseigné ou pratiqué, en commun, ni prières, ni dogmes, ni rien de ce qui est réservé à la conscience individuelle ; Qu’on n’y emploie exclusivement que la méthode expérimentale ou scientifique, celle qui part toujours de l’observation des faits, quelle qu’en soit la nature, physiques, moraux, intellectuels ; […] La qualité de l’enseignement étant déterminée tout d’abord par l’instruction rationnelle, intégrale, qui deviendra le meilleur apprentissage possible de la vie privée, de la vie professionnelle et de la vie politique ou sociale, la société l’Education nouvelle émet en outre le vœu que l’instruction soit considérée com- me un service public de premier ordre ; qu’en conséquence, elle soit gratuite et complète pour tous les enfants des deux sexes, à la seule condition du concours pour les spécialités professionnelles. Enfin, elle demande que l’instruction soit obligatoire, en ce sens qu’elle de- vienne un droit à la portée de tout enfant, quelle que soit sa position sociale, et un devoir pour les parents ou pour les tuteurs, ou pour la société. Au nom de la société l’Education nouvelle, les délégués nommés dans la séance du 26 mars 1871, à l’Ecole Turgot Il a été répondu aux délégués que la Commune était complètement favorable à une réforme radicale de l’éducation dans le sens qu’ils indiquaient ; qu’elle com- prenait l’importance capitale de cette réforme, et qu’elle considérait la présente démarche comme un encouragement à entrer dans la voie où elle était résolue à marcher. L'ÉCOLE DES BEAUX ARTS (p340) Les élèves de notre Ecole des beaux-arts sont prévenus que, pour prendre part aux concours des grands prix de l’année 1871, il suffit d’être Français et de n’avoir pas atteint trente ans d’âge le 1er janvier dernier. LE DRAPEAU ROUGE (p340) Il y a présentement devant l’hôtel des Monnaies du quai Conti, sur le bassin qui a été ménagé entre l’écluse, la presqu’île du Vert-Galant et le Pont-Neuf, toute une flottille de chaloupes canonnières portant le nouveau drapeau rouge de la Commune de Paris. FAIT DIVERS - INCENDIE (p340) Avant-hier au soit, vers les six heures, un incendie, dû encore, dit-on, à une inflammation de pétrole, s’est déclaré chez M. Tinet, épicier, Faubourg-Saint- Antoine, 148. Malgré l’empressement des voisins et des passants à courir au secours des incendiés, un jeune homme de vingt-trois à vingt-cinq ans a été gravement brûlé à la figure et au corps ; il est mort, M. Tinet lui-même a été brûlé à la figure et aux mains, ainsi qu’une personne accourue pour porter secours. C’est le caporal Baguet, du 29e de ligne, qui, avec l’aide du sergent de pompiers Piron, a arraché des flammes, et au péril de ses jours, la première victime. Baguet a été cité à l’ordre du jour de la 12e légion. FAIT DIVERS - LE FANTÔME (p341) M. Edmond S..., agent principal d’une compagnie d’assurances domicilié rue Saint-Dominique, possède près de Ville-d’Avray une petite propriété. Lorsqu’il s’y rendit après le départ de l’ennemi, il fut satisfait de voir que la maison, qui avait été occupée par un officier prussien, avait subi peu de dégâts. Plusieurs arbres fruitiers et d’agrément avaient été coupés dans le jardin. Dans la chambre à coucher, la glace de la cheminée était brisée ; la tenture gris-bleu avait été arrachée en maints endroits, notamment dans l’alcôve, et avait laissé reparaître un ancien papier vert velouté sur lequel elle avait été collée. Cependant, le lit avec les rideaux étaient intacts, ainsi que les autres meubles. Après avoir fait ces constatations, M. Edmond S..., revint à Paris. Il y a deux jours, il s’en retournait à sa maison en compagnie d’un maçon qu’il connaissait et de son ouvrier. Le temps étant magnifique, les trois voyageurs s’attardèrent à examiner le ruines du palais et de la ville de Saint-Cloud, puis dînèrent chez un ami et se promenèrent tant et si bien, qu’il était nuit quand ils arrivèrent à la propriété. Il fallut remettre au lendemain l’examen des réparations à faire. M. Edmond S... gagna son lit ; ses compagnons s’installèrent comme ils purent dans la pièce voisine de la chambre à coucher. Vers quatre heures du matin, ces derniers furent éveillés par les cris : « Au secours ! à l’assassin ! à l’assassin ! » proférés d’une voix étouffée par M. Edmond S... et suivis de profonds gémissements. Après avoir inutilement frappé à la porte, intérieurement fermée au verrou, ils l’enfoncèrent et trouvèrent l’agent d’assurances étendu, presque mourant, sur son lit. Son visage était contracté et offrait l’image de la plus profonde terreur. Les volets étaient clos ; rien dans la chambre ne paraissait dérangé. Lorsque les soins donnés au sieur S... lui eurent rendu un peu de calme, il ra- conta qu’il avait été éveillé par un sentiment de pesanteur sur tout son corps. Alors il aperçut devant lui un monstre hideux, une sorte de grand singe verdâtre accroupi, avec un œil unique et rouge, le regardant d’un air sinistre. Le fantôme s’était jeté sur lui, avait fouillé longtemps au fond de sa poitrine en y enfonçant ses ongles aigus, puis lui avait brûlé les yeux d’un fer rouge et aurait disparu par une trappe enflammée. Le maître maçon envoya son ouvrier chercher un médecin. Le messager fut obligé d’aller jusqu’à Paris pour en ramener un. Le docteur examina le malade, visita sa chambre et lui dit : — Vous avez été empoisonné par de l’arséniate de cuivre. Le malade pâlit, ainsi que les deux hommes qui craignaient d’être accusés de ce crime. — Le coupable, continua le médecin, n’est point justiciable des tribunaux. C’est le papier de votre chambre, il a été préparé avec du vert de Scheele, qui contient une forte quantité d’arsenic. La tenture déchirée ayant mis à nu ce papier très ancien, on en fait tomber, comme vous voyez, au moindre mouvement, une poussière verte qui est empoisonnée. Pendant votre sommeil, cette poussière presque impalpable s’est introduite par les narines, par les yeux, par la gorge jusque dans les voies pulmonaires. La suffocation de votre poitrine et la fièvre de votre cerveau ont enfanté le cauchemar qui vous a obsédé. Si les secours eussent tardé, vous auriez été en danger de mort. Nous allons voir à vous changer d’air en vous transportant dans une maison voisine où je vous remettrai promptement sur pied. Dans l’intervalle, on arrachera le papier vert qu’on brûlera et qu’on remplacera par un autre, et vous pourrez sans crainte habiter votre chambre. Une médication énergique a effectivement triomphé de l’intoxication ; mais le médecin a déclaré au malade qu’il aurait à souffrir pendant quelques mois d’une conjonction palpébrale, sorte d’ophtalmie douloureuse et tenace, dont le temps seul amènerait la guérison. 21 mars Lundi 3 avril 1871 L'ATTAQUE DES ROYALISTES (p346) Les conspirateurs royalistes ont attaqué. Malgré la modération de notre attitude, ils ont attaqué. Ne pouvant plus compter sur l’armée française, ils ont attaqué avec les zouaves pontificaux et la police impériale. Non contents de couper les correspondances avec la province et de faire de vains efforts pour nous réduire par la famine, ces furieux ont voulu imiter jus- qu’au bout les prussiens et bombarder la capitale. Ce matin, les chouans de Charette, les vendéens de Cathelineau, les bretons de Trochu, flanqués de gendarmes de Valentin, ont couvert de mitraille et d’obus le village inoffensif de Neuilly et engagé la guerre civile avec nos gardes nationaux. Il y a eu des morts et des blessés. Elus par la population de Paris, notre devoir est de défendre la grande cité contre ces coupables agresseurs. Avec votre aide, nous la défendrons. Paris, 2 avril 1871. La Commission exécutive : Bergeret, Eudes, Duval, Lefrançais, Felix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant. ADOPTIONS DE FAMILLES (p348) La Commune de Paris adopte les familles des citoyens qui ont succombé ou succomberont en repoussant l’agression criminelle des royalistes conjurés contre Paris et la République française. OUVERTURE D'UNE ÉCOLE DE TÉLÉGRAPHIE (p351) Le directeur général des lignes télégraphiques invite les jeunes gens sans emploi à la fréquentation d’une école de télégraphie qui vient d’être ouverte à l’administration centrale. Il fait appel à tous les bons citoyens pour l’aider à reconstituer le personnel des différents bureaux de Paris, si traîtreusement désorganisés par le gouvernement de Versailles. Le stage nécessaire pour les hommes intelligents n’excédera pas vingt jours, et des appointements convenables leur seront immédiatement offerts. Un examen préalable permettra à l’administration de se fixer que la capacité des postulants. L’héroïque population de Paris ne sera pas longtemps victime de la désorganisation de tous les services, motivée par d’odieuses passions politiques. GET-APENS (p357) Deux bataillons de gardes nationaux occupaient le pont de Neuilly, lorsqu’ils virent arriver une colonne ayant en tête un colonel de gendarmerie, lequel, pour manifester des intentions pacifiques, s’avança avec ses hommes la crosse en l’air. Les gardes nationaux, espérant fraterniser, s’avancèrent à leur tour et furent reçus par une décharge qui les fusilla presque à bout portant. Pareil guet-apens n’a pas besoin d’autre commentaire. REPRISE DU SERVICE DES POSTES (p367) À force de zèle et d’activité, on a pu reconstituer le service postal dans l’intérieur de Paris. Hier les distributions ont été faites par les facteurs comme à l’ordinaire. On a dû, pour rétablir ce service, faire ouvrir les bureaux divisionnaires par des commissaires de police assistés de la force armée, afin que la formalité eût lieu dans les conditions légales. Quant au service extérieur, il dépend évidemment du bon vouloir du seul M. Thiers qu’il puisse être repris. C’est à cet ami de l’ordre et de la propriété que les commerçants et les industriels doivent faire remonter la responsabilité du petit coup d’Etat de la confiscation des postes, si préjudiciable à leurs relations à leurs intérêts. UN MALENTENDU DIPLOMATIQUE (p369) La Nouvelle Gazette de Prusse donne les détails suivants sur un conflit tragicomique qui s’est produit à un banquet diplomatique donné à Munich par le mi- nistre d’Italie, le marquis Migliorati : M. Migliorati porta un toast à l’empereur d’Allemagne. Le toast fut parfaitement accueilli, et M. le baron Werthern, ministre de Prusse, brisa son verre. On sait que c’est là une coutume allemande, d’après laquelle on est censé attacher au toast une importance telle, que l’on n’admet pas que le verre dont on s’est servi puisse encore être employé à un autre usage. Mais M. le ministre d’Italie, qui ne connaissait pas cette coutume, prit de fort mauvaise part l’action de M. de Werthern et s’emporta vivement. Soit qu’il fût animé par le banquet, soit qu’il ne comprit pas très bien les langues étrangères, toujours est-il qu’on ne put lui faire comprendre ce qu’avait voulu faire M. de Werthern. La discussion s’échauffa. L’amphitryon s’emporta de plus en plus, et la querelle devint tellement sérieuse qu’une dame tomba évanouie de sa chaise, entraînant dans sa chute l’ambassadeur d’Angleterre. On eut la plus grande peine à calmer M. Migliorati. LES ROUGES ET LES PÂLES, JEAN-BAPTISTE CLÉMENT (extrait, voir JO p370) On a toujours trompé le peuple ; le tromper pour en vivre, c’est l’affaire des gens qui se font du lard à se dépens et qui se pâment de bien-être pendant qu’il gèle dans les rues où leurs victimes battent la semelle sur les pavés, pendant qu’il fait faim dans les taudis où grouillent des enfants qui se blottissent comme de petits lapins pour avoir moins froid. Pour épouvanter ces pauvres diables et leur arracher leur sous, — et comme ils sont beaucoup sur terre ça finit par faire des pièces blanches pour nos exploiteurs, — on leur dit que les hommes de 89, de 93 et de 48, étaient des rouges, c’est-à-dire des coupeurs de têtes, des buveurs de sang, des mangeurs de chair fraîche. […] Maintenant voyons un peu les rouges et les pâles, deux espèces d’hommes qui ne boivent pas, ne mangent pas et ne pensent pas de même. Tout cela peut paraître monstrueux, mais vous allez voir que je dis vrai : d’abord vous n’avez pas le droit d’en douter. Les rouges Des hommes de mœurs douces et paisibles, qui se mettent au service de l’humanité quand les affaires de ce monde sont embrouillées et qui s’en reviennent sans orgueil et sans ambition reprendre le marteau, la plume ou la charrue. Ils s’habillent comme vous : ils portent une limousine ou un manteau de gros drap quand il fait froid ; une simple cotte et une vareuse quand il fait chaud ; ils habitent comme tout le monde, n’importe où ; ils vivent comme ils peuvent, et man- gent parce qu’il faut vivre. Les pâles Des hommes de mœurs frivoles et tapageuses, qui intriguent, cumulent les emplois et embrouillent les affaires de ce monde. Pétris d’orgueil et d’ambition, ils se drapent dans leur infamie et font la roue sur les coussins moelleux des voitures armoriées qui les transportent de la cour d’assises au bagne du tripot. Ils ne s’habillent point parce que les mœurs et la température l’exigent, ils se costument pour vous éblouir et vous faire croire qu’ils ne sont pas de chair et d’os comme vous ; […] Ils n’habitent point ceux-là, ils demeurent dans des hôtels : tout y est d’or, de marbre, de velours, tout y est doré sur tranches, depuis les meubles jusqu’aux larbins. Ils ont depuis des valets de pieds jusqu’à des donneurs de lavements. Leurs chevaux sont mieux vêtus que nous, leurs chiens sont mieux nourris et mieux soignés que vos enfants. Il est cent mille pauvres en France qui seraient heureux de demeurer dans les écuries de leurs chevaux ou dans les niches de leurs chiens. Les pâles ne mangent pas parce qu’il faut vivre, non ; ce sont des goinfres pour lesquels il existe des Chabot qu’on décore parce qu’ils ont trouvé l’art d’assaisonner une truffe ; des goinfres pour lesquels un Vatel se brûle la cervelle, quand sa sauce n’est pas dorée à point. […] J.-B. Clement 22 mars 23 mars 24 mars

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 2

    Vendredi 31 mars 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 2 Next Next Vendredi 31 mars 1871 DÉCLARATION - COMMISSION DES ELECTIONS (p 254) Cumul des mandats, admission des étrangers à la commune, validation du huitième des électeurs Paris, le 30 mars 1871. La commission qui a été chargée de l’examen des élections a dû examiner les questions suivantes : Existe-t-il une incompatibilité entre le mandat de député à l’Assemblée de Versailles et celui de membre de la Commune ? Considérant que l’Assemblée de Versailles, en refusant de reconnaître la Commune élue par le peuple de Paris, mérite par cela même de ne pas être reconnue par cette Commune. Que le cumul doit être interdit ; Qu’il y a du reste impossibilité matérielle à suivre les travaux des deux Assemblées. La commission pense que les fonctions sont incompatibles. Les étrangers peuvent-ils être admis à la Commune ? Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la république universelle ; Considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyens aux étrangers qui la servent ; Que cet usage existe depuis longtemps chez les nations voisines ; Considérant que le titre de membre de la Commune étant une marque de confiance plus grande encore que le titre de citoyen, comporte implicitement cette dernière qualité. La commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel. Les élections doivent-elles être validées d’après la loi de 1849 exigeant pour les élus le huitième des électeurs inscrits ? Considérant qu’il a été établi que les élections seraient faites d’après la loi de 1849, la commission est d’avis que le huitième des voix est nécessaire en principe ; Mais considérant que l’examen des listes électorales de 1871 a fait reconnaître des irrégularités qui sont d’une importance telle, qu’elles ne présentent plus aucune certitude sur le véritable chiffre des électeurs inscrits. Les causes qui ont influé sur l’inexactitude des listes sont de différente nature : c’est le plébiscite impérial, pour lequel une augmentation insolite s’est produite, le plébiscite du 3 novembre, les décès pendant le siège, le chiffre élevé des habitants qui ont abandonné Paris après la capitulation, et d’un autre côté le chiffre considérable pendant le siège des réfugiés étrangers à Paris, etc., etc. ; Considérant qu’il a été matériellement impossible de rectifier à temps toutes les erreurs, et qu’on ne peut s’en rapporter à une base légale aussi évidemment faussée ; En conséquence, la commission propose de déclarer validées, aussi bien que toutes les élections qui ont obtenu le huitième de voix, les six élections qui resteraient en suspens, et s’en rapportant à la majorité relative des citoyens qui ont rempli leur devoir étroit en allant au scrutin. Pour la Commission : Le rapporteur, PARISEL. La commission a adopté les conclusions du rapport. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p276) Direction administrative des arrondissements, Commune a qualité pour les actes d'état civil La Commune de Paris DÉCRÈTE : Art. 1er. Les membres de la Commune ont la direction administrative de leur arrondissement. Art. 2. Ils sont invités à s’adjoindre, à leur choix et sous leur responsabilité, une commission pour l’expédition des affaires. Art. 3. Les membres de la Commune ont seuls qualité pour procéder aux actes de l’état civil. Délégation des finances A partir du 2 avril, les fonctions d’officiers et d’adjudants-payeurs de la garde nationale sont supprimées. Le service de la solde sera fait par le sergent-major de chaque compagnie, sous la direction d’un officier payeur de bataillon responsable, nommé par les gardes. Les délégués aux finances, Varlin, Jourde. N. B. — Les officiers et adjudants-payeurs sont invités à effectuer immédiatement le versement des reliquats de solde à la Caisse des finances. _________________________________________________ DÉCRET – LA COMMUNE DE PARIS (p 276) Autorisation de levée des scellées de compagnies d'assurance La Commune de Paris DÉCRÈTE : Les cinq compagnies d’assurances la Nationale, l’Urbaine, le Phénix, la Générale, l’Union, sont autorisées à lever les scellés apposés sur leurs livres et caisses à la date du 29 courant. La saisie pratiquée à la requête de la Commune est maintenue. La Commune de Paris _________________________________________________ ORDONNANCE - DÉLÉGUÉ CIVIL À L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (extrait, voir p277) Organisation de la foire aux jambons Nous, délégué civil à l’ex-préfecture de police, Vu 1° la loi des 16-24 août 1790, titre 11, art. 3 § 3, 4 et 5 ; 2° L’arrêté du gouvernement du 12 messidor an VIII (1er juillet 1800), Ordonnons ce qui suit : Art. Ier. La foire aux jambons se tiendra suivant l’usage, pendant trois jours consécutifs, les mardi, mercredi et jeudi (4, 5 et 6 avril), depuis six heures du ma- tin jusqu’à sept heures du soir. L’ouverture et la clôture des ventes seront annoncées à son de cloche. II. La foire aura lieu sur le boulevard Richard-Lenoir, à partir de la rue Daval, en se prolongeant, suivant les besoins, vers la rue Saint-Sébastien. Les voitures des marchands forains seront placées sur un seul rang, du côté du boulevard. Elles seront rangées roues contre roues, sur la chaussées, pavée et contre la bordure du trottoir derrière chaque boutique ou échoppe. Les étalages des marchands qui ne conservent pas de voitures seront installés sur le côté ouest du boulevard. Les baraques auront chacune 2 mètres de façade sur 2 mètres de profondeur. Celles qui n’auraient pas les dimensions voulues seront rigoureusement refusées. Elles seront alignées de manière à laisser complètement libres les trottoirs bordant les chaussées, plus un espace de 25 centimètres entre la rangée d’arbres et le fond des boutiques. Elles seront accotées l’une à l’autre par groupes de douze, en réservant entre les groupes un passage de 6 mètres. Les marchands vendant sur voitures seront classés par départements. […] _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ CENTRAL (p 281) Elections complémentaires dans la Garde nationale En attendant la loi sur la réorganisation de la garde nationale, et vu l’urgence, Le Comité central ARRÊTE : Tous les bataillons de la garde nationale de Paris procéderont vendredi prochain aux élections nécessaires pour compléter leurs cadres. Il sera également procédé, dans les compagnies qui ne l’ont pas encore fait, à l’élection des délégués de la Fédération républicaine de la garde nationale. Les procès-verbaux de ces élections, ainsi que les états nominatifs des cadres de tous les bataillons devront être parvenus au Comité central samedi prochain au plus tard. Le Comité central rappelle aux gardes nationaux qu’ils ont le droit de révoquer leurs chefs dès qu’ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont nommés. Paris, le 29 mars 1871. Les membres du Comité central. Prudhomme, Lavalette, Ed. Moreau, Fougeret, Baroud. Samedi 1er avril 1871 ARRÊTÉ - COMMISSION DE LA JUSTICE (p 293) Nomination du citoyen Protot à la commission de justice La commission de la justice ARRÊTE : Le citoyen Protot est chargé d’expédier les affaires civiles et criminelles les plus urgentes, et de prendre les mesures nécessaires pour garantir la liberté individuelle de tous les citoyens. Les membres de la Commune de Paris, membres de la commission de justice, Ranc, Vermorel, Léo Meillet, Babick, Billioray. _________________________________________________ DÉCLARATION DE LA DÉLÉGATION AUX FINANCES (p294) Attribution de la solde (nominative) des gardes nationaux Délégation aux finances. La solde de 1 fr. 50 allouée aux gardes nationaux est essentiellement personnelle. Il est expressément interdit aux officiers payeurs ou sergents-majors de distribuer entre les gardes présents la solde destinée aux citoyens gardes qui ne répondent pas à l’appel, ou qui ont cessé d’avoir droit à cette solde. Les payeurs qui enfreindraient cet ordre seraient rendus responsables envers le trésor. Paris le 31 mars 1871 Les délégués aux finances, membres de la commune, Fr. Jourde, E. Varlin _________________________________________________ ORDRE - DÉLÉGUÉ CIVIL À L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p 294) Attribution des laissez-passer par la Préfecture de police Nous, délégué civil à l’ex-préfecture de police, Attendu que la délivrance des laissez-passer exige une surveillance spéciale, DÉCRÉTONS : Il ne sera délivré de laissez-passer qu’à la préfecture de police, bureau des passeports. Paris, 31 mars 1871. Le délégué civil, Raoul Rigault. _________________________________________________ AVIS - COMMUNE DE PARIS (p295) Pas de président à la Commune ! AVIS IMPORTANT Un grand nombre de lettres arrivent à l’Hôtel-de-Ville, portant cette suscription : Au président de la Commune. Nous ne saurions trop le répéter : il n’y a pas de président temporaire du bureau, mais la commune de Paris n’a et ne saurait avoir de président. Prière aux intéressés d’adresser leurs correspondances avec cette suscription : à l’Hôtel-de-Ville. Aux membres de la Commune, Dimanche 2 avril 1971 DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 326) Elections complémentaires de membres de la commune Paris, le 1er avril 1871. La commune de Paris, Considérant que les citoyens Adam, Méline, Rochart, Barré, Brelay, Loiseau, Tirard, Chéron, Leroy, Robinet, Desmarest, Ferry, Nast, Fruneau, Marmottan, de Bouteiller, élus le 26 mars, se sont démis des fonctions de membre de la Commune ; Que d’un autre côté, des options ont dû être exercées par les citoyens A. Arnould, Varlin, Delescluze, Theisz et Blanqui, élus dans plusieurs arrondissements ; Qu’un certain nombre de vacances se sont ainsi produites, et qu’il importe, pour compléter le nombre égal, de procéder à de nouvelles élections dans les arrondissements et pour le nombre de membres de la Commune indiqués au tableau ci-après. DECRÈTE : Art. 1er. Les électeurs des 1er, 2e, 6e, 8e, 9e, 12e, 16e, 17e, 18e et 19e arrondissements, sont convoqués pour le mercredi prochain 5 avril, à l’effet d’élire le nombre de membres dont suit le détail : 1er arrondissement, 4 élections 2e — 4— 6e — 2— 8e — 1— 12e — 2 — 16e — 2 — 17e — 1 — 18e — 2 — 19e — 1 — Art. 2. Le scrutin sera ouvert de 8 heures du matin et fermé à 8 heures du soir. Art. 3. Les administrations municipales des dits arrondissements sont chargés de l’exécution du présent décret. La Commune de Paris _________________________________________________ DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 327) Suppression de la fonction de général en chef, Eudes nommé délégué à la guerre La Commune de Paris DÉCRÈTE : 1° Le titre et les fonctions de général en chef sont supprimées ; 2° Le citoyen Brunel est mis en disponibilité ; 3° Le citoyen Eudes est délégué à la guerre, Bergeret à l’état-major de la garde nationale, et Duval au commandement militaire de l’ex-préfecture de police. Paris le 1er avril 1871. La commission exécutive : Général Eudes, Felix Pyat, G. Tridon, Général Jules Bergeret, Lefrançais, E. Duval, Ed. Vaillant. _________________________________________________ DÉCRET DE LA COMMUNE DE PARIS (p327) Traitement maximum des employés communaux fixé à 6000 francs annuels La Commune de Paris, Considérant : Que jusqu’à ce jour, les emplois supérieurs des services publics, par les appointements élevés qui leur ont été distribués, ont été recherchés et accordés comme places de faveur ; Considérant : Que dans une République réellement démocratique, il ne peut y avoir ni sinécure ni exagération de traitement ; DECRÈTE : Article unique. Le maximum de traitement des employés aux divers services communaux est fixé à six mille francs par an. Hôtel-de-Ville, 2 avril 1871. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMISSION DU TRAVAIL ET DE L’ÉCHANGE (p 328) Nomination d'une commission sur les travaux inachevés La commission du travail et de l’échange, ARRÊTE : Article unique. Une sous-commission composée des citoyens Bertin, Lévy Lazare, Minet et Rouveyrolles est nommée à l’effet de présenter, dans le plus bref délai, un état détaillé des travaux de construction et de réparation inachevés et de présenter, s’il y a lieu, un projet relatif à l’achèvement de ces travaux par la commune de Paris. Hôtel-de-Ville, 1er avril 1871 (Suivent les signatures.) Lundi 3 avril 1871 DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 347) Mise en accusation du gouvernement de Versailles qui a commencé la guerre civile, saisies de ses biens La Commune de Paris, Considérant que les hommes du gouvernement de Versailles ont ordonné et commencé la guerre civile, attaqué Paris, tué et blessé des gardes nationaux, des soldats de ligne, des femmes et des enfants ; Considérant que ce crime a été commis avec préméditation et guet-apens contre tout droit et sans provocation, DÉCRÈTE : Art. 1er. MM. Thiers, Favre, Picard, Dufaure, Simon et Ponthuau sont mis en accusation. Art. 2. Leurs biens seront saisis et mis sous séquestre, jusqu’à ce qu’ils aient comparu devant la justice du peuple. Les délégués de la justice et de la sûreté générale sont chargés de l’exécution du présent décret. _________________________________________________ DÉCLARATION - COMMUNE DE PARIS (p 348) Adoption des familles des citoyens mort au combat La Commune de Paris adopte les familles des citoyens qui ont succombé ou succomberont en repoussant l’agression criminelle des royalistes conjurés contre Paris et la République française. _________________________________________________ DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p348) Séparation de l'église et de l'état, suppression du budget des cultes, biens des congrégations religieuses propriétés de l'état La Commune de Paris, Considérant que le premier des principes de la République est la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ; Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté. DÉCRÈTE : Art. 1er. L’Eglise est séparée de l’Etat. Art. 2. Le budget des cultes est supprimé. Art. 3. Les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, meubles ou immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art. 4. Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p 349) Compagnies spéciales mises au service de la Garde nationale, réélection des officiers La Commune de Paris, Considérant que diverses administrations publiques et particulières de Paris ont formé leurs employés de tout ordre en compagnies spéciales de la garde nationale ; que ces compagnies ont échappé jusqu’ici à tout service régulier ; Qu’il y a là un abus redoutable pour la sécurité générale et une atteinte au principe d’égalité. ARRÊTE : Article 1er. Ces compagnies spéciales seront immédiatement versées dans les bataillons de la garde nationale. Art. 2. Elles procéderont immédiatement à la réélection de leurs officiers. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMISSION DES SUBSISTANCES (p 349) Nomination de Parisel au ministère du commerce La commission des subsistances ARRÊTE : Le citoyen Parisel, membre de la Commune, est délégué au ministère du commerce. Dereure, Henri Fortuné, Champy, Ostyn, E. Clément. _________________________________________________ DÉCLARATION – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 349) Traitement maximum s'entend pour tous les services publics, civils et militaires - Nomination de Cluseret à la guerre, conjointement avec Eudes Dans sa séance du 1er avril, la Commune de Paris a décidé que le maximum de traitement affecté aux divers services communaux serait de 6 000 fr. par an. Par services communaux, il faut entendre tous les services publics, civils et militaires. Le citoyen Cluseret est nommé délégué à la guerre, conjointement avec le citoyen Eudes. Il entrera de suite en fonctions Hôtel-de-Ville, 2 avril 1871 Le délégué à la commission (exécutive), G. Lefrançais _________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉS CIVILS ET MILITAIRES DE L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p350) Interdiction de la vente des tabacs sur la voie publique, non soumis au contrôle de l’administration des tabacs Les délégués civils et militaires de l’ex-préfecture de police. Attendu que les rues sont encombrées tous les jours par des marchands qui débitent au public des tabacs et des cigares de provenance étrangère ; Considérant que ces cigares n’ayant pas été soumis au contrôle de l’administration des tabacs, peuvent être un danger pour la santé publique ; Qu’au surplus, la vente des tabacs constitue l’une des principales sources de revenus de l’Etat à laquelle il importe de ne pas porter atteinte. ARRÊTENT : Art. 1er. La vente des tabacs sur la voie publique est formellement interdite. Les contrevenants au présent arrêté seront poursuivis et leurs marchandises saisies. Art. 2. L’exécution du présent arrêté est confiée à la garde nationale. Paris, le 31 mars 1871 Le délégué militaire, Général E. Duval. Le délégué civil, Raoul Rigault _________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉS AUX FINANCES (p 350) Autorisation du transport des journaux par toutes les voies possibles Vu les entraves apportées au service de la poste par le gouvernement de Versailles, dans le but de faciliter la circulation des journaux, ARRÊTE : Article unique. Jusqu’à nouvel ordre, le transport des journaux est autorisé par toutes les voies possibles. Les membres de la commune délégués aux finances. Victor Clément, Ch. Beslay, E. Varlin, Régère, Fr. Jourde

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