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  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 7

    Jeudi 6 avril 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 7 Next Next Jeudi 6 avril 1871 MASSACRE DES PRISONNIERS COMMUNARDS (p447) Citoyens, Chaque jour les bandits de Versailles égorgent ou fusillent nos prisonniers, et pas d’heure ne s’écoule sans nous apporter la nouvelle d’un de ces assassinats. Les coupables, vous les connaissez : ce sont les gendarmes et les sergents de ville de l’empire, ce sont les royalistes de Charette et de Cathelineau qui marchent sur Paris au cri de Vive le Roi et drapeau blanc en tête. Le gouvernement de Versailles se met en dehors des lois de la guerre et de l’humanité, force nous sera d’user de représailles. Si, continuant à méconnaître les conditions habituelles de la guerre entre peu- ples civilisés, nos ennemis massacrent encore un seul de nos soldats, nous répondrons par l’exécution d’un nombre égal ou double de prisonniers. Toujours généreux et juste même dans sa colère, le peuple abhorre la guerre civile ; mais il a le devoir de se protéger contre les attentats sauvages de ses ennemis, et, quoi qu’il lui en coûte, il rendra œil pour œil et dent pour dent. Paris, le 5 avril 1871, La Commune de Paris. RAPPORT DU DÉLÉGUÉ À LA GUERRE AUX MEMBRES DE LA COMMISSION EXÉCUTIVE (p449) Citoyens, Depuis mon entrée en fonctions, j’ai cherché à me rendre un compte exact de la situation militaire, tant au point de vue de ce qui motive une agression que rien ne justifie qu’à celui de ses résultats. Le motif paraît être, en première ligne, d’effrayer la population, en second lieu nous faire dépenser en pure perte nos munitions, enfin masquer un mouvement sur notre droite pour occuper les forts de la rive droite. Jusqu’à ce jour, l’espoir coupable de l’ennemi a été frustré, ses tentatives re- poussées. La population est restée calme et digne, et si nos munitions ont été gaspillées par des soldats trop jeunes, ils acquièrent chaque jour, par la pratique du feu, le sang-froid indispensable à la guerre. Quant au troisième point, il dépend plus des prussiens que de nous. Néan- moins, nous veillons. Au point de vue de l’action, elle se résume ainsi : soldats excellents, officiers mêlés, les uns très bons et les autres très mauvais. Beaucoup d’élan, assez peu de fermeté. Quand les compagnies de guerre seront formées et dégagées de l’élément sédentaire, on aura une troupe d’élite dont l’effectif dépassera 100 000 hommes. Je ne saurais trop recommander aux gardes de porter toute leur attention sur le choix de leurs chefs. Actuellement, les positions respectives des deux troupes peuvent se résumer ainsi : les Prussiens de Versailles occupent les positions de leurs congénères d’outre-Rhin. Nous occupons les tranchées, les Moulineaux, la gare de Clamart. En somme, notre position est celle de gens qui, forts de leurs droits, attendent patiemment qu’on vienne les attaquer, se contentant de se défendre. Des actes d’héroïsme se sont accomplis. A ce sujet, je proposerai à la Com- mune de vouloir bien faire don au 101e bataillon d’une mitrailleuse qu’il a enlevée aux Prussiens de Versailles avec son caisson et deux autres pièces d’artillerie. Que chaque bataillon tienne à l’honneur d’imiter le 101e, et bientôt l’artillerie de la Commune de Paris sera une des plus belles et des mieux servies. Je saisis cette occasion de rendre un public hommage à la justesse du tir de nos artilleurs. En terminant, citoyens, je pense que si nos troupes conservent leur sang-froid et ménagent leurs munitions, l’ennemi se fatiguera avant nous. Il ne restera alors de sa folle et criminelle tentative que les veuves et les orphelins, le souvenir et le mépris pour une action atroce. Le délégué à la guerre, Général E. Cluseret. INITIATION DES RELATIONS DIPLOMATIQUES (p451) La note suivante a été adressée hier aux représentants, à Paris, des puissances étrangères par le citoyen Paschal Grousset, membre de la Commune, délégué aux relations extérieures : « Le soussigné, membre de la Commune de Paris, délégué aux relations exté- rieures, a l’honneur de vous notifier officiellement la constitution du Gouverne- ment communal de Paris. « Il vous prie d’en porter la connaissance à votre Gouvernement, et saisit cette occasion de vous exprimer le désir de la Commune de resserrer les liens fraternels qui unissent le peuple de Paris au peuple N*** « Agréez, etc. Paris, le 5 avril 1871, Paschal Grousset. LETTRE DU GÉNÉRAL BERGERET À LA COMMISSION EXÉCUTIVE (p 455) Chers citoyens, Les craintes de certaines personnes sont exagérées. Je sais qu’il faut à notre brave garde nationale une nouvelle organisation ; mais la situation de notre cher Paris est bonne, nos forts sont pourvus de munitions et résistent fièrement aux attaques insensées et criminelles de ceux que j’ai la honte d’appeler les Français de Versailles. Quant à Neuilly, cet objectif de nos adversaires, je l’ai formidablement fortifié, et je défie à toute une armée de l’assaillir. J’y ai placé un homme intelligent et ferme, le citoyen Bourgoin ; il y tient d’une main sûre le drapeau de la Commune, et nul ne viendra l’en arracher. Donc, chers citoyens, organisons dans le calme et la sécurité vigilante de notre force nos bataillons, et laissons au temps, quelques jours à peine, le soin de démontrer à nos ennemis leur faiblesse et notre puissance. Jules Bergeret, Général commandant la place. TRAITEMENT VERSAILLAIS DES PRISONNIERS (p456) Nous recevons la communication suivante : Aux membres de la Commune de Paris, J’arrive de Versailles encore ému, indigné des faits horribles que j’ai vus de mes propres yeux. Les prisonniers sont reçus à Versailles d’une manière atroce. Ils sont frappés sans pitié. J’en ai vu sanglants, les oreilles arrachées, le visage et le cou déchirés comme par des griffes de bêtes féroces. J’ai vu le colonel Henry en cet état, et je dois ajouter à son honneur, à sa gloire, que, méprisant cette bande de barbares, il est passé fier, calme, marchant stoïquement à la mort. Une cour prévôtale fonctionne sous les regards du gouvernement. C’est dire que la mort fauche nos concitoyens faits prisonniers. Les caves où on les jette sont d’affreux bouges, confiés aux bons soins des gendarmes. J’ai cru de mon devoir de bon citoyen de vous faire part de ces cruautés, dont le souvenir seul provoquera encore longtemps mon indignation. Barrère. Je certifie que la présente déclaration a été faite devant moi. Paris, le 5 avril 1871 Jules Bergeret, Général commandant la place. Leroux, commandant au 84e bataillon de la garde nationale. SUPÉRIORITÉ MORALE DE LA GARDE NATIONALE (extrait, voir JO p459) […] L’offensive prise brusquement par le gouvernement de Versailles, alors que rien ne la faisait prévoir si prochaine, a déterminé un mouvement en avant de la garde nationale, mouvement audacieux, peu préparé, presque spontané, qui n’a pas eu, on peut le reconnaître sans honte après tant d’actes héroïques, le succès immédiat sur lequel les chefs avaient en somme quelques raisons de compter. Admettons même qu’il y ait eu excès d’audace et de confiance chez les vaillants citoyens, dont l’agression de la veille avait enflammé l’ardeur. Il n’en restera pas moins évident que si une faute a été commise, ou pour mieux dire n’a pu être évitée, cette faute même, reconnue et préparée, est pour la cause de la Commune le gage du futur triomphe. Et d’abord, nul n’oserait soutenir qu’au point de vue défensif la situation de Paris ait empiré. Ce qui est certain, au contraire, c’est que les mesures prises, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ont rendu Paris invincible. Les bataillons de marche réformés ont aussi acquis la faculté de procéder rapidement, mais avec méthode à leur réorganisation. Enfin le commandement supérieur a été placé entre les mains d’un militaire éprouvé qui, considéré il y a quinze ans dans l’armée française comme un officier du plus grand mérite, a depuis acquis, dans la guerre de sécession américaine, l’expérience qui eût pu, après le 4 septembre, nous assurer les revanches espérées. Ici comme en Amérique, mais avec des éléments incomparablement supérieurs, et dans des conditions bien plus favorables, le général Cluseret aura à montrer comment les troupes nouvelles, n’ayant pas fait campagne, peuvent triompher d’une armée régulière. Le courage héroïque, indomptable de la garde nationale parisienne, sa supériorité morale sur des troupes que ne soutient pas l’énergie d’une conviction ni même le sentiment du devoir, rendront la tâche du délégué à la guerre plus facile, et assureront le triomphe définitif à Paris, c’est-à-dire à la cause de l’humanité, de la justice, à la cause de la République. (sans signature) PROTECTION DU PATRIMOINE - LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE (p 463) Nous donnons ci-après les termes de l’engagement que le citoyen Vincent, délégué par la Commune à la Bibliothèque nationale, a fait prendre aux employés de cet établissement. C’est par des actes de cette nature que les hommes de la Commune prouvent qu’ils entendent conserver soigneusement aux générations futures tout ce qui se rapporte à la gloire et à la science du passé : Paris, le 1er avril 1871. Pour le comité de l’intérieur et de la sûreté générale : Les délégués, F. Cournet, Emile Oudet, Th. Ferré. Il a été convenu et arrêté ce qui suit : 1° Avec le concours de M. Jules Vincent, délégué à cet effet, les fonctionnaires et employés de la Bibliothèque nationale prendront toutes les mesures propres à sauvegarder l’intégrité et la conservation des collections qui leur sont confiées, sans qu’il soit porté d’ailleurs aucune atteinte aux règlements actuels de l’établissement. 2° Fidèles à leur devoir professionnel, les fonctionnaires et employés de la Bibliothèque continueront de se renfermer dans les strictes limites de leur rôle de gardiens des collections qui constituent les quatre départements et qui appartiennent à la Nation. Jules Vincent ; J. Ravenel, conservateur du département des imprimés ; O.-S. Barbris, conservateur adjoint au département des imprimés ; E.-J.-B. Rathery, conservateur adjoint au département des imprimés ; H. Baudement, bibliothécaire au département des manuscrits ; Chabouillet, conservateur, sous-directeur du département des médailles et antiques; H. Lavoix, conservateur, sous-directeur adjoint du département des médailles et antiques ; H. Delaborde, conservateur du département des estampes ; Dauban, conservateur, sous-directeur adjoint du dépar- tement des estampes ; Georges Duplessis, bibliothécaire ; J. Guérin, Bibliothécaire. NOUVELLES D'ITALIE (p465) Les jésuites ne se font pas d’illusion sur le sort qui les attend : ils prévoient qu’ils seront bientôt obligés de s’éloigner de Rome, et ils préparent leur déménagement. Ils ont déjà fait partir plusieurs de leurs élèves, qui ont été dirigés vers la Bavière et l’Allemagne. Leurs valeurs les plus précieuses ont été mises en sûreté ; ils ont brûlé une quantité énorme de papiers, et ils ont fait une vente simulée de leur couvent, ce qui n’empêchera pas l’expropriation, car cet immeuble est destiné à recevoir une administration publique. La vente dont il s’agit a été consentie, il y a plusieurs années, en faveur du prince Torlonia, qui n’a point d’héritiers mâles, et dont les jésuites se croyaient bien sûrs de recueillir l’héritage, évalué à plus de 120 millions de francs. Renoncer à cette bonne aubaine ne sera pas un des moindres regrets de la célèbre compagnie ; mais, lors même qu’ils ne devraient point quitter Rome, les jésuites auraient été frustrés dans leur convoitise par la publication du code italien, qui abolit les fiefs, le droit d’aînesse, les fidéicommis, et qui rend les filles aptes à hériter de leurs ascendants. RÉPONSE DE L’EMPEREUR D’ALLEMAGNE À L’ADRESSE DU REICHSTAG (extrait, voir JO p 465) J’ai reçu avec une reconnaissance sincère l’adresse du reichstag. Je me réjouis des sentiments que le reichstag y a exprimés. Ils prouvent que les paroles que j’ai prononcées dans mon discours du trône ont été parfaitement saisies par vous. Nous avons assurément à payer une dette de reconnaissance à l’héroïsme des armées allemandes qu’il m’a été donné de conduire, et à leurs incomparables exploits ; mais, avant tout, nous devons rendre grâces à la Providence divine, dont à chaque pas on a pu si clairement reconnaître le doigt. Nous voulons nous efforcer d’agir toujours de telle sorte qu’elle continue dans l’avenir à nous couvrir de sa protection. Le reichstag a compris le sens de la défaite de la France, qui maintenant encore, après la paix qu’elle a conclue avec nous, est en proie à des convulsions, suites d’une révolution de quatre-vingts ans dont l’œuvre a été de tout déraciner jusqu’à la dynastie, et dont la voie n’offre aucun terme. Ce doit être là aussi pour nous un avertissement, devenu d’ailleurs inutile après les sentiments exprimés par le reichstag. S’il est vrai que, dans les pays restitués à l’empire allemand, la nationalité allemande n’est pas entièrement détruite, elle est du moins en réalité très effacée. C’est pourquoi nous ne devons pas nous attendre à un trop prompt revirement ; mais il faut avoir de la patience et de l’indulgence. Il ne serait même ni désirable ni bon que des peuples arrachés à de tels liens demeurassent indifférents à cette séparation. Par mansuétude, nous réveillerons peu à peu le sentiment allemand dans ces provinces. C’est avec joie que nous en voyons déjà se manifester quelques signes. Puissent donc les représentants du peuple allemand persévérer dans l’accomplissement fidèle de leur devoir, et faire en sorte que le nouvel empire allemand réponde aux espérances que le monde fonde sur lui. Il mer sera encore donné, à un âge si avancé, de travailler aux fondements de l’édifice ; mais j’ai la confiance que mes successeurs y travailleront à leur tour dans le même esprit, avec le même cœur et le même dévouement. Je vous prie de donner au reichstag communication de mes paroles et de lui témoigner ma reconnaissance. En prenant congé de la députation, l’empereur a dit encore : Puisse l’arbre pousser des racines profondes et porter des fruits abondants ! TIR D'OBUS VERSAILLAIS SUR LA CROIX ROUGE (p470) Nous recevons la lettre suivante : Citoyen directeur, Nous tenons à porter à votre connaissance des honnêtes gens un fait inouï, accompli par les artilleurs du Mont-Valérien dans la journée du 3 avril. Une vingtaine de médecins, portant le brancard réglementaire, et accompagnés de sept voitures de la Société internationale, pourvues du drapeau blanc à croix rouge de la convention de Genève, ont été pris pour point de mire, et n’eût été un pli de terrain, médecins et blessés auraient été atteints par les obus. Nous préférons croire que les artilleurs n’ont pas les drapeaux de la convention de Genève, plutôt que de leur reprocher une atrocité si souvent mise à exécution par les Prussiens. Salut et fraternité. Le médecin en chef de l’Hôtel-de-Ville, Dr HERZFELD. Le médecin adjoint, Dr CLAUDE. CONSTRUCTION DE TUMULUS (p471) Le comité consultatif d’hygiène publique, composé de MM. Bussy, Fauvel, Michel Lévy, Bouley, Reynaud et Amédée Latour, a été chargé de présenter un rapport sur les travaux que nécessité, dans l’intérêt de la santé publique, l’état déplorable où ont été laissés les corps de tant de victimes dans les environs de la capitale. Voici la mesure proposée par le Comité à l’égard des tumulus : 1° Elévation d’un tumulus en terre de 40 à 50 centimètres de hauteur sur les fosses ou les tranchées renfermant un plus ou moins grand nombre de cadavres, et ensemencé de plantes à végétation rapide et avides d’azote. 2° Exhumation rapide des cadavres isolés, désinfectés et placés dans une fosse creusée parallèlement et le plus près possible de la fosse ancienne, et couchés sur un lit de chaux vive. 3° Culture et plantation des terrains dans la zone la plus rapprochée des sépultures. PROSCRITS ET CONDAMNÉS POLITIQUES DANS LA GARDE NATIONALE (p472) Les anciens proscrits et condamnés politiques ont décidé la formation d’un bataillon de la garde nationale dans lequel ils entreront. Un grand nombre se sont déjà fait inscrire. Un bureau d’inscription permanente est établi à la mairie du IVe arrondissement ; tous les anciens proscrits sont priés de venir de suite se faire inscrire. Aujourd’hui jeudi, réunion générale des proscrits à la mairie du IVe arrondissement. CONCERTATION SUR LES RÉFORMES DE L'ENSEIGNEMENT (p472) Appel aux instituteurs, institutrices et professeurs, ainsi qu’aux parents. Réunion à l’école Turgot, tous les dimanches et jeudis, à trois heures très précises. Études et résolutions pratiques sur les réformes à réaliser dans les programmes, méthodes et lois d’enseignement. APPEL DE COURBET (extrait, voir p472) M. Gustave Courbet, président des artistes, autorisé par la commune, a invité ses confrères à se réunir vendredi prochain, dans le monument de l’Ecole de médecine, à deux heures de l’après-midi. Il vient de leur adresser l’appel suivant, que nous nous faisons un devoir de publier : […] Aujourd’hui, Paris est libre et s’appartient, et la province est en servage. Quand la France fédérée pourra comprendre Paris, l’Europe sera sauvée. Aujourd’hui, j’en appelle aux artistes, j’en appelle à leur intelligence, à leur sentiment, à leur reconnaissance, Paris les a nourris comme une mère et leur a donné leur génie. Les artistes, à cette heure, doivent, par tous leurs efforts (c’est une dette d’honneur), concourir à la reconstitution de son état moral et au rétablis- sement des arts, qui sont sa fortune. Par conséquent, il est de toute urgence de rouvrir les musées et de songer sérieusement à une exposition prochaine ; que chacun, dès à présent se mette à l’œuvre, et les artistes des nations amies répondront à notre appel. […] Aujourd’hui, je le répète, que chacun se mette à l’œuvre avec désintéressement : c’est le devoir que nous avons tous vis-à-vis de nos frères soldats, ces héros qui meurent pour nous. Le bon droit est avec eux. Les criminels ont réservé leur courage pour la sainte cause. Oui, chacun se livrant à son génie sans entrave, Paris doublera son importance, et la ville internationale européenne pour offrir aux arts, à l’industrie, au commerce, aux transactions de toutes sortes, aux visiteurs de tous pays, un ordre impérissable, l’ordre par ses citoyens, qui ne pourra pas être interrompu par les ambitions monstrueuses de prétendants monstrueux. Notre ère va commencer ; coïncidence curieuse ! c’est dimanche prochain le jour de Pâques ; est-ce ce jour-là que notre résurrection aura lieu ? Adieu le vieux monde et sa diplomatie ! Gustave Courbet. LETTRE D’ALPHONSE KARR (extrait, voir p476) Extraite du Saturday Review. Plus ça change, plus c’est la même chose ! Voici M. Thiers, chef du pouvoir exécutif, sous l’autorité de l’Assemblée des représentants. C’est-à-dire à peu près président de la République, et peut-être vaut-il autant qu’on ne soit pas plus président que cela. L’idée républicaine a plusieurs griefs contre M. Thiers ; je ne parlerai que de deux : Son histoire si célèbre, si populaire du Consulat et de l’Empire a beaucoup contribué à propager cette légende, cette mythologie napoléonienne qui nous a amené le second Empire. Au 10 décembre, il a voté, et, qui pis est, a fait voter pour la présidence du prince Louis, sans laquelle la République eût peut-être été fondée. Aujourd’hui, élu par 26 départements, il apporte au service de la France en pé- ril une longue expérience des affaires et un esprit souple, subtil, très exercé, très pratique et presque toujours du bon sans, sauf sur quelques questions où il a conservé certains préjugés. Met-il également ces facultés, sans arrière-pensée, au service de la République ? THAT IS THE QUESTION !... […] Voici mes propositions : Aliénation ou appropriation à des objets d’utilité publique de tous les palais, châteaux, etc. Qu’il en soit de même des divers bâtiments assignés aux préfectures. On examinera s’il y a bien besoin de sous-préfets. Qu’il n’y ait pas en France d’appointements au-dessous de 1 200 fr. On parle aussi de reconstituer l’armée ; ça, c’est moins bien, — disons notre pensée, — c’est absurde. Si nous voulons sincèrement la République, IL FAUT BRÛLER NOS VAISSEAUX. […] C’est à ce triple titre que je fais les quelques propositions que voici : Démolissons ou fermons les niches où nous ne voulons pas mettre de saints ; Supprimons le tronc avec toute la piaffe et tous les bibelots de la royauté. Ne nous contentons plus des synonymes avec lesquels on a si longtemps abusé, mené et égaré la France, quand on disait : Plus de gendarmes, une garde municipale ! Plus de conscription, le recrutement ! Plus de royauté, la présidence, assise sur le même fauteuil que la royauté, avec le même pouvoir de corrompre !... N’essayons pas de construire une France nouvelle avec ces vieux matériaux hors de service, ces poutres pourries, ces pierres délitées des plâtras de démolition. ...Enfin, pour en finir avec les joujoux de la royauté et pour se procurer une grosse, très grosse somme d’argent, prenez-moi les divers joyaux, bibelots, etc., connus sous le nom de diamants de la couronne. Leur valeur commerciale est importante, mais elle sera centuplée, et au-delà, si vous les mettez en loterie, — comme on mit autrefois le lingot d’or ; — l’appât des lots et la sympathie des peuples (je ne parle pas des gouvernements de l’Europe et de l’Amérique pour la France), feront prendre tous les billets de cette loterie. En voilà assez pour commencer ; commençons. Situation du 31 mars : Nous avions dit que l’Assemblée de Versailles était la promiscuité du crime et de l’oppression ; que, d’un côté, l’on avait vendu la France, comme de l’autre, on l’avait achetée ; et qu’en échange de l’engagement pris, par les uns, de la livrer à l’Allemagne, les autres avaient pris celui de l’achever si elle osait se soustraire au joug de ses vendeurs. Les faits précis, éloquents, terribles, se pressent pour justifier notre dire. Le comte de Bismarck menace Paris dans l’Assemblée ; et Jules Favre, à Rouen, ose déclarer qu’il va s’entendre avec le général de Fabrice pour que Paris soit écrasé. Mais ce n’est pas tout, M. Jules Favre, fort de l’appui de l’étranger, dont il est devenu le complice, ne veut déjà plus partager avec personne le mérite d’être le bourreau de son pays. D’accord avec une majorité qui veut tout ce que veut la Prusse ; M. Jules Favre va jeter M. Thiers par-dessus le bord... 21 mars 22 mars 23 mars 24 mars

  • 13 - LE SACRE COEUR OU L’ENFER DES « BONNES » INTENTIONS

    Un exemple très actuel de ces contradictoires positions officielles est lié à l’inscription récente du Sacré Cœur de Montmartre aux monuments historiques, quatre années seulement après la réhabilitation en 2016, par l’Assemblée Nationale, des victimes de la Commune (supra). Un article du Monde rapporte de manière bienveillante les propos du Ministère de la Culture1 qui acte ce statut dans le cadre d’une « signification symbolique de réconciliation, puisqu’il protège en même temps un lieu du culte catholique et le théâtre de la révolte du peuple de Paris », c’est à dire la basilique, ses abords, et le square Louise Michel. Le Monde rappelle opportunément et fidèlement que « le Sacré-Cœur est visité par 10 millions de personnes par an » et aussi, dans un souci de précision, que la construction de la basilique « avait répondu à un vœu émis en octobre 1871 pour expier la défaite de la France face à la Prusse », ce qui n’est pas tout à fait exact, comme nous allons le voir. Nous rappellerons à notre tour, tout aussi utilement, les étapes et le contexte politique de la construction de la basilique : - le 4 septembre 1870, Félix Fournier, évêque de Nantes, adresse un courrier aux curés de son évêché dans lequel attribue la défaite française à un châtiment divin, « après un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 1789 » (et donc celles qui ont suivi, 1830 et 1848). Ce document est fort probablement à l’origine du vœu d’Alexandre Legentil, et du projet du Sacré Cœur. - en 1870, Alexandre Legentil, propriétaire du grand magasin Au Petit Saint-Thomas à Paris, et président de la société Saint-Vincent-de-Paul, rebondissant sur cette volonté d’absolution créé, avec son beau-frère Hubert Rohault de Fleury et le soutien du cardinal Pie, évêque de Poitiers2, une confrérie patriotique et spirituelle, le « Vœu national » dans le but de réaliser la « consécration nationale de la France ». Ils souhaitent construire un sanctuaire dédié au Sacré Cœur de Jésus, principe qui repose sur l’esprit d'expiation. Les deux beaux-frères sont en outre disciples de Frédéric Ozanam, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul qui « a uni au service des plus pauvres le monde orléaniste des affaires de la rive droite au monde légitimiste de l'aristocratie terrienne de la rive gauche3 ». - en janvier 1871, Alexandre Legentil rédige un vœu: En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l'Église et du Saint-Siège, et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ nous nous humilions devant Dieu et réunissant dans notre amour l'Église et notre Patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés. [...] Nous promettons de contribuer à l'érection à Paris d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus. Le vœu d’Alexandre Legentil entre dans un contexte politique, militaire et religieux qu’il est nécessaire de resituer pour en prendre la mesure : - le contexte politico-religieux français : le 24 mai 1873, le Maréchal Mac Mahon est élu président de la République par l’Assemblée Nationale, alors dirigée par une majorité de députés royalistes élus en février 1871. La politique menée est celle de l’Ordre moral, favorable à une « reprise en main » de la société par l’église catholique. La France rurale (2/3 des votants en 1876), effrayée par les républicains, de dangereux « partageux qui veulent modifier la répartition de la propriété des terres »4 est très majoritairement en faveur des monarchistes. A Paris, les communards avaient en outre pris des mesures sociales qui avaient malmené leur attachement traditionaliste à la famille et à la religion catholique. Le 23 juillet 1873, cette assemblée nationale vote la basilique d’utilité publique. Janice Best, dans « Les Monuments de Paris sous la Troisième République, contestation et commémoration du passé » 5, écrit : [La basilique] devint une partie intégrante du programme du gouvernement Mac-Mahon de rétablir l'ordre moral et la Monarchie, à la suite des événements de la Commune de Paris. - Le Resorgimento : une autre dimension du contexte politico-religieux est celle de l’unification de l’Italie, appelée Resorgimento. Les troupes de Napoléon III participent d’abord à l’unification italienne contre l'empire d'Autriche en 1859, afin de « favoriser le principe de souveraineté des peuples », mais aussi dans l’espoir d’annexer Nice et la Savoie6. Napoléon finit par modérer son action italienne en raison de la menace prussienne, mais aussi pour rassurer les catholiques, inquiets des torts causés aux intérêts de Pie IX par l’annexion de Rome, capitale des états pontificaux, en septembre 1870. Ce sont les « attentats sacrilèges » qu’évoque Legentil dans le texte de son vœu. Napoléon III, s’opposant à l’annexion par l’Italie des dernières possessions du pape, Victor-Emmanuel, premier roi d’Italie, profitera de sa chute pour achever l’unification de la péninsule. Le pape Pie IX se considère dès lors « prisonnier au Vatican ». C’est cette déclaration, provoquée par l’achèvement de l’unification italienne, qui va faire dire à Legentil : « nous avons été coupables et justement châtiés » [...] « par nos malheurs ». Quelques uns des accomplissements de Pie IX donneront une idée du contexte religieux de l’époque, soutenu par Legentil : - reconnaissance de l'esclavage qui, « en lui-même, n'est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d'esclavage » ; - rédaction du Syllabus de l’encyclique Quanta cura en 1864, « Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps », qui condamne le monde moderne, le rationalisme, le socialisme, la science. Le Syllabus inclut dans la liste de ces erreur le fait que « le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » ; - proclamation du dogme de l’immaculée conception ; - proclamation de l’infaillibilité pontificale. - la notion de « recharge sacrale » encadre également le contexte de la construction de la basilique : celle-ci est liée à la volonté, au XIXème, des autorités catholiques de « reconstituer la puissance sacrale des pratiques religieuses, des objets et lieux saints, à la suite de la désacralisation radicale et destructrice opérée par la Révolution française »7. - le contexte géographique : la loi d’utilité publique offre à l’archevêque de Paris la possibilité d’acquérir un terrain sur la colline de Montmartre, par voie d’expropriation si nécessaire. Ce site présente un double intérêt : il fera de la basilique le bâtiment le plus haut et donc le plus visible de la capitale, et il se trouve précisément sur les lieux où commença la Commune de Paris, là où étaient entreposés les canons de la Garde nationale que Thiers tenta de récupérer en envoyant l’armée. L’occupation de ce terrain va permettre d’achever l’œuvre d’expiation. A la suite du vote d’utilité publique de 1873, a lieu le 16 juin 1875 la cérémonie de pose de la première pierre de la basilique. Rohault de Fleury écrira : Oui, c’est là où la Commune a commencé, là où ont été assassinés les généraux Clément-Thomas et Lecomte, que s’élèvera l’église du Sacré Cœur ! Malgré nous, cette pensée ne pouvait nous quitter pendant la cérémonie dont on vient de lire les détails. Nous nous rappelions cette butte garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une population qui paraissait hostile à toute idée religieuse et que la haine de l’Église semblait surtout animer. La basilique sera achevée en 1923. Elle s'est imposée, indique la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d'Ile-de-France comme une référence en matière d'architecture religieuse au moins jusque dans les années 1950, et est devenue un édifice parisien incontournable voire iconique pour les nombreux visiteurs de la capitale. Il n’est plus très utile de commenter les raisons pour lesquelles l’inscription du Sacré Cœur de Montmartre aux monuments historiques n’a pas une « signification symbolique de réconciliation ». Elles s’imposent d’elles-mêmes par le récit du contexte. Il ne s’agit pas de n’importe quelle version du culte catholique, dans n’importe quel contexte, ni de n’importe quelle révolte du peuple de Paris. La votation va plutôt consacrer une irréductible irréconciliation. Pour conclure ce délicat chapitre, notons la position intéressante, mais ajoutant quelque peu à la confusion générale, du Ministère des armées, qui propose, afin « d’étoffer votre culture générale et briller le matin devant vos collègues à la machine à café », sa version de la réconciliation que constitue le Sacré Coeur : Les mémoires collectives ont retenu que l’Assemblée nationale vote le 23 juillet 1873 l’édification d’une église à Montmartre, lieu où débuta le soulèvement parisien, comme symbole de réconciliation et pour laver les crimes commis lors de ce conflit franco-français8. Quant à la thèse souvent avancée de « la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, érigée pour expier les crimes de la Commune en application de la loi du 24 juillet 1873 », qui opère un raccourci avec l’histoire, elle nous vient, de manière étonnante, du « rapport d’information fait en application de l’article 145 du règlement au nom de la mission d’information sur les questions mémorielles » du 18 novembre 2008, signé du président de l'Assemblée nationale d’alors, Bernard Accoyer, UMP accompli. Saluons les bonnes intentions. 13 - LE SACRE COEUR OU L’ENFER DES « BONNES » INTENTIONS Texte précédent Texte suivant Un exemple très actuel de ces contradictoires positions officielles est lié à l’inscription récente du Sacré Cœur de Montmartre aux monuments historiques, quatre années seulement après la réhabilitation en 2016, par l’Assemblée Nationale, des victimes de la Commune (supra). Un article du Monde rapporte de manière bienveillante les propos du Ministère de la Culture1 qui acte ce statut dans le cadre d’une « signification symbolique de réconciliation, puisqu’il protège en même temps un lieu du culte catholique et le théâtre de la révolte du peuple de Paris », c’est à dire la basilique, ses abords, et le square Louise Michel. Le Monde rappelle opportunément et fidèlement que « le Sacré-Cœur est visité par 10 millions de personnes par an » et aussi, dans un souci de précision, que la construction de la basilique « avait répondu à un vœu émis en octobre 1871 pour expier la défaite de la France face à la Prusse », ce qui n’est pas tout à fait exact, comme nous allons le voir. Nous rappellerons à notre tour, tout aussi utilement, les étapes et le contexte politique de la construction de la basilique : - le 4 septembre 1870, Félix Fournier, évêque de Nantes, adresse un courrier aux curés de son évêché dans lequel attribue la défaite française à un châtiment divin, « après un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 1789 » (et donc celles qui ont suivi, 1830 et 1848). Ce document est fort probablement à l’origine du vœu d’Alexandre Legentil, et du projet du Sacré Cœur. - en 1870, Alexandre Legentil, propriétaire du grand magasin Au Petit Saint-Thomas à Paris, et président de la société Saint-Vincent-de-Paul, rebondissant sur cette volonté d’absolution créé, avec son beau-frère Hubert Rohault de Fleury et le soutien du cardinal Pie, évêque de Poitiers2, une confrérie patriotique et spirituelle, le « Vœu national » dans le but de réaliser la « consécration nationale de la France ». Ils souhaitent construire un sanctuaire dédié au Sacré Cœur de Jésus, principe qui repose sur l’esprit d'expiation. Les deux beaux-frères sont en outre disciples de Frédéric Ozanam, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul qui « a uni au service des plus pauvres le monde orléaniste des affaires de la rive droite au monde légitimiste de l'aristocratie terrienne de la rive gauche3 ». - en janvier 1871, Alexandre Legentil rédige un vœu: En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l'Église et du Saint-Siège, et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ nous nous humilions devant Dieu et réunissant dans notre amour l'Église et notre Patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés. [...] Nous promettons de contribuer à l'érection à Paris d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus. Le vœu d’Alexandre Legentil entre dans un contexte politique, militaire et religieux qu’il est nécessaire de resituer pour en prendre la mesure : - le contexte politico-religieux français : le 24 mai 1873, le Maréchal Mac Mahon est élu président de la République par l’Assemblée Nationale, alors dirigée par une majorité de députés royalistes élus en février 1871. La politique menée est celle de l’Ordre moral, favorable à une « reprise en main » de la société par l’église catholique. La France rurale (2/3 des votants en 1876), effrayée par les républicains, de dangereux « partageux qui veulent modifier la répartition de la propriété des terres »4 est très majoritairement en faveur des monarchistes. A Paris, les communards avaient en outre pris des mesures sociales qui avaient malmené leur attachement traditionaliste à la famille et à la religion catholique. Le 23 juillet 1873, cette assemblée nationale vote la basilique d’utilité publique. Janice Best, dans « Les Monuments de Paris sous la Troisième République, contestation et commémoration du passé » 5, écrit : [La basilique] devint une partie intégrante du programme du gouvernement Mac-Mahon de rétablir l'ordre moral et la Monarchie, à la suite des événements de la Commune de Paris. - Le Resorgimento : une autre dimension du contexte politico-religieux est celle de l’unification de l’Italie, appelée Resorgimento. Les troupes de Napoléon III participent d’abord à l’unification italienne contre l'empire d'Autriche en 1859, afin de « favoriser le principe de souveraineté des peuples », mais aussi dans l’espoir d’annexer Nice et la Savoie6. Napoléon finit par modérer son action italienne en raison de la menace prussienne, mais aussi pour rassurer les catholiques, inquiets des torts causés aux intérêts de Pie IX par l’annexion de Rome, capitale des états pontificaux, en septembre 1870. Ce sont les « attentats sacrilèges » qu’évoque Legentil dans le texte de son vœu. Napoléon III, s’opposant à l’annexion par l’Italie des dernières possessions du pape, Victor-Emmanuel, premier roi d’Italie, profitera de sa chute pour achever l’unification de la péninsule. Le pape Pie IX se considère dès lors « prisonnier au Vatican ». C’est cette déclaration, provoquée par l’achèvement de l’unification italienne, qui va faire dire à Legentil : « nous avons été coupables et justement châtiés » [...] « par nos malheurs ». Quelques uns des accomplissements de Pie IX donneront une idée du contexte religieux de l’époque, soutenu par Legentil : - reconnaissance de l'esclavage qui, « en lui-même, n'est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d'esclavage » ; - rédaction du Syllabus de l’encyclique Quanta cura en 1864, « Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps », qui condamne le monde moderne, le rationalisme, le socialisme, la science. Le Syllabus inclut dans la liste de ces erreur le fait que « le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » ; - proclamation du dogme de l’immaculée conception ; - proclamation de l’infaillibilité pontificale. - la notion de « recharge sacrale » encadre également le contexte de la construction de la basilique : celle-ci est liée à la volonté, au XIXème, des autorités catholiques de « reconstituer la puissance sacrale des pratiques religieuses, des objets et lieux saints, à la suite de la désacralisation radicale et destructrice opérée par la Révolution française »7. - le contexte géographique : la loi d’utilité publique offre à l’archevêque de Paris la possibilité d’acquérir un terrain sur la colline de Montmartre, par voie d’expropriation si nécessaire. Ce site présente un double intérêt : il fera de la basilique le bâtiment le plus haut et donc le plus visible de la capitale, et il se trouve précisément sur les lieux où commença la Commune de Paris, là où étaient entreposés les canons de la Garde nationale que Thiers tenta de récupérer en envoyant l’armée. L’occupation de ce terrain va permettre d’achever l’œuvre d’expiation. A la suite du vote d’utilité publique de 1873, a lieu le 16 juin 1875 la cérémonie de pose de la première pierre de la basilique. Rohault de Fleury écrira : Oui, c’est là où la Commune a commencé, là où ont été assassinés les généraux Clément-Thomas et Lecomte, que s’élèvera l’église du Sacré Cœur ! Malgré nous, cette pensée ne pouvait nous quitter pendant la cérémonie dont on vient de lire les détails. Nous nous rappelions cette butte garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une population qui paraissait hostile à toute idée religieuse et que la haine de l’Église semblait surtout animer. La basilique sera achevée en 1923. Elle s'est imposée, indique la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d'Ile-de-France comme une référence en matière d'architecture religieuse au moins jusque dans les années 1950, et est devenue un édifice parisien incontournable voire iconique pour les nombreux visiteurs de la capitale. Il n’est plus très utile de commenter les raisons pour lesquelles l’inscription du Sacré Cœur de Montmartre aux monuments historiques n’a pas une « signification symbolique de réconciliation ». Elles s’imposent d’elles-mêmes par le récit du contexte. Il ne s’agit pas de n’importe quelle version du culte catholique, dans n’importe quel contexte, ni de n’importe quelle révolte du peuple de Paris. La votation va plutôt consacrer une irréductible irréconciliation. Pour conclure ce délicat chapitre, notons la position intéressante, mais ajoutant quelque peu à la confusion générale, du Ministère des armées, qui propose, afin « d’étoffer votre culture générale et briller le matin devant vos collègues à la machine à café », sa version de la réconciliation que constitue le Sacré Coeur : Les mémoires collectives ont retenu que l’Assemblée nationale vote le 23 juillet 1873 l’édification d’une église à Montmartre, lieu où débuta le soulèvement parisien, comme symbole de réconciliation et pour laver les crimes commis lors de ce conflit franco-français8. Quant à la thèse souvent avancée de « la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, érigée pour expier les crimes de la Commune en application de la loi du 24 juillet 1873 », qui opère un raccourci avec l’histoire, elle nous vient, de manière étonnante, du « rapport d’information fait en application de l’article 145 du règlement au nom de la mission d’information sur les questions mémorielles » du 18 novembre 2008, signé du président de l'Assemblée nationale d’alors, Bernard Accoyer, UMP accompli. Saluons les bonnes intentions. Texte précédent Texte suivant

  • 1 - RUSES ET BRICOLAGES - UN "ART DE FAIRE" À LA MICHEL DE CERTEAU

    Les pensées et les actions qui ont motivé ces projets, qui se motivent les unes les autres encore aujourd'hui dans un mouvement auto-générateur de renouvellement, constituent le carburateur de ce laboratoire : agiter l’immense créativité sociale, politique, culturelle de ces 72 jours, en souligner l’actualité, l’incarnation contemporaine, les possibilités d’extensions, de projections en actions et en formes dans le réel. Inviter à des mutations inédites qui, aussi infimes soient-elles, sont espérées multiples et productrices de réseaux. Agir sur l’imaginaire contemporain de la commune pour qu’il produise de nouveaux niveaux de projets, entrainant de nouveaux niveaux d’actions. Attractions, convergences et bricolages de projets, un « art de faire » à la Michel de Certeau : La Raison technicienne croit savoir comment organiser au mieux les choses et les gens, assignant à chacun une place, un rôle, des produits à consommer. Mais l'homme ordinaire se soustrait en silence à cette conformation. Il invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et les codes, se réapproprie l'espace et l'usage à sa façon. Tours et traverses, manières de faire des coups, astuces de chasseurs, mobilités, mises en récit et trouvailles de mots, mille pratiques inventives prouvent, à qui sait les voir, que la foule sans qualité n'est pas obéissante et passive, mais pratique l'écart dans l'usage des produits imposés, dans une liberté buissonnière par laquelle chacun tâche de vivre au mieux l'ordre social et la violence des choses1. L’objectif totalement immodeste de ce site est de relever, dans les pratiques et les rêves de la Commune, les projets qui pourront constituer des modèles et des leviers pour débouter cette raison technicienne, et donner lieu à des envies de les prolonger dans les imaginaires de nos futurs à nous. Trouver des méthodes, imaginer des organisations du quotidien à partir de nos expériences propres de résistance et de nos consciences spéculatives particulières, inventer mille nouvelles pratiques, astuces de chasseurs et ruses de sioux, produire des écarts à partir des écarts infiniment inventifs déjà produits, dans l’urgence, par la Commune. __________________________________________________________ 1 - « L’invention du quotidien », Folio Essais, éd. Gallimard, 1990. 1 - RUSES ET BRICOLAGES - UN "ART DE FAIRE" À LA MICHEL DE CERTEAU Texte précédent Texte suivant Les pensées et les actions qui ont motivé ces projets, qui se motivent les unes les autres encore aujourd'hui dans un mouvement auto-générateur de renouvellement, constituent le carburateur de ce laboratoire : agiter l’immense créativité sociale, politique, culturelle de ces 72 jours, en souligner l’actualité, l’incarnation contemporaine, les possibilités d’extensions, de projections en actions et en formes dans le réel. Inviter à des mutations inédites qui, aussi infimes soient-elles, sont espérées multiples et productrices de réseaux. Agir sur l’imaginaire contemporain de la commune pour qu’il produise de nouveaux niveaux de projets, entrainant de nouveaux niveaux d’actions. Attractions, convergences et bricolages de projets, un « art de faire » à la Michel de Certeau : La Raison technicienne croit savoir comment organiser au mieux les choses et les gens, assignant à chacun une place, un rôle, des produits à consommer. Mais l'homme ordinaire se soustrait en silence à cette conformation. Il invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et les codes, se réapproprie l'espace et l'usage à sa façon. Tours et traverses, manières de faire des coups, astuces de chasseurs, mobilités, mises en récit et trouvailles de mots, mille pratiques inventives prouvent, à qui sait les voir, que la foule sans qualité n'est pas obéissante et passive, mais pratique l'écart dans l'usage des produits imposés, dans une liberté buissonnière par laquelle chacun tâche de vivre au mieux l'ordre social et la violence des choses1. L’objectif totalement immodeste de ce site est de relever, dans les pratiques et les rêves de la Commune, les projets qui pourront constituer des modèles et des leviers pour débouter cette raison technicienne, et donner lieu à des envies de les prolonger dans les imaginaires de nos futurs à nous. Trouver des méthodes, imaginer des organisations du quotidien à partir de nos expériences propres de résistance et de nos consciences spéculatives particulières, inventer mille nouvelles pratiques, astuces de chasseurs et ruses de sioux, produire des écarts à partir des écarts infiniment inventifs déjà produits, dans l’urgence, par la Commune. __________________________________________________________ 1 - « L’invention du quotidien », Folio Essais, éd. Gallimard, 1990. Texte précédent Texte suivant

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 4

    Samedi 8 avril 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 4 Next Next Samedi 8 avril 1871 DÉCLARATION - COMMUNE DE PARIS (p510) Instruction d'enquêtes sur les arrestations réalisées par le Comité central et la Commission de sûreté, respect du principe de liberté. Vu le vote de la Commune du 5 avril, relatif à une enquête sur les arrestations faites par le Comité central et par la Commission de sûreté, la commission exécutive invite la commission de justice à instruire immédiatement sur le nombre et la cause de ces arrestations, et à donner l’ordre de l’élargissement ou de la comparution devant un tribunal et un jury d’accusation. La commission de justice doit d’urgence s’occuper d’une mesure qui intéresse si particulièrement l’un des grands principes de la République, la liberté. Paris, le 7 avril 1871. La commission exécutive : F. Cournet, Delescluze, Félix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant, Vermorel _________________________________________________ DÉCRET (MODIFICATION) – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 511) Suppression du grade de général, incompatible avec l’organisation démocratique de la Garde nationale - Dombrowski nommé commandant de Paris Considérant que les grades de généraux sont incompatibles avec l’organisation démocratique de la garde nationale et ne sauraient être que temporaires : Art. 1er. Le grade de général est supprimé. Art. 2. Le citoyen Ladislas Dombrowski, commandant de la 12e légion, est nommé commandant de Paris, en remplacement du citoyen Bergeret, appelé à d’autres fonctions. Paris, le 7 avril 1871 La commission exécutive : Cournet, Delescluze, Félix Pyat, Tridon, Ed. Vaillant, Vermorel _________________________________________________ DÉCRET (MODIFICATION) – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 513) Modification de l'âge de recrutement des gardes nationaux, service obligatoire de dix-neuf à quarante ans pour les gardes nationaux, mariés ou non. Considérant les patriotes réclamations d’un grand nombre de gardes nationaux qui tiennent, quoique mariés, à l’honneur de défendre leur indépendance municipale, même au prix de leur vie, le décret du 5 avril est ainsi modifié : De dix-sept à dix-neuf ans, le service dans les compagnes de guerre sera volontaire, et de dix-neuf à quarante obligatoire pour les gardes nationaux, mariés ou non. J’engage les bons patriotes à faire eux-mêmes la police dans leur arrondissement et à forcer les réfractaires à servir. Le délégué à la guerre : G. Cluseret. _________________________________________________ DÉCLARATION – INCENDIE DE LA GUILLOTINE (p 526) Réquisition et incendie de la guillotine par le 137e bataillon du XIe arrondissement Jeudi, à neuf heures du matin, le 137e bataillon, appartenant au XIe arrondissement, est allée rue Folie-Méricourt ; il a réquisitionné et pris la guillotine, il a brisé en morceaux la hideuse machine, et, aux applaudissements d’une foule immense, il l’a brûlée. Il l’a brûlée au pied de la statue du défenseur de Sirven et de Calas, de l’apôtre de l’humanité, du précurseur de la Révolution française, — au pied de la statue de Voltaire. Dimanche 9 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 537) Indemnisation des soldats blessés, établissement d'une pension annuelle et viagère fixée par commission spéciale La Commune de Paris DÉCRÈTE : Tout citoyen blessé à l’ennemi pour la défense des droits de Paris recevra, si sa blessure entraîne une incapacité de travail absolue, une pension annuelle et viagère dont le chiffre sera fixé par une commission spéciale, dans les limites de trois cents à douze cents francs. La Commune statuera aujourd’hui sur les pensions attribuées aux familles des citoyens morts pour la défense des droits du peuple. _________________________________________________ PROCLAMATION – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p537) Nomination de Dombrowski au commandement de la place de Paris Ministère de la guerre En exécution des ordres de la Commune, le citoyen J. Dombrowski prendra le commandement de la place de Paris, en remplacement du citoyen de la place de Paris, en remplacement du citoyen Bergeret. En conséquence, à partir d’aujourd’hui 8 avril, tous les ordres relatifs aux mouvements de troupes seront donnés par le commandant de la place, J. Dombrowski. Paris, le 8 avril 1871, le délégué à la guerre, E. Cluseret _________________________________________________ PROCLAMATION – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p537) Institution d'une commission des barricades Une commission des barricades, présidée par le commandant de place et composée des capitaines du génie, de deux membres de la Commune et d’un membre élu par chaque arrondissement, est instituée à partir du 9 avril, à une heure. Paris, le 8 avril 1871 Le délégué à la guerre, E. Cluseret. _________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU XIIème ARRONDISSEMENT (p 544) Drapeau rouge arboré sur tous les monuments publics de l’arrondissement en remplacement du drapeau tricolore, bannière flétrie des assassins de Versailles. Mairie du XIIe arrondissement. La commission municipale ARRÊTE : 1° Le drapeau de la Commune, drapeau rouge, sera immédiatement arboré sur tous les monuments publics de l’arrondissement. 2° Aucun édifice particulier ne sera pavoisé d’un autre drapeau que celui de la Commune ; en conséquence, les citoyens devront faire disparaître dans le plus bref délai le drapeau tricolore, qui après avoir été celui de la Révolution, sa gloire ; après avoir été souillé de toutes les trahisons et de toutes les hontes de la monarchie, est devenu la bannière flétrie des assassins de Versailles. La France communale le répudie. 3° Les commissaires de police de l’arrondissement sont chargés de l’exécution du présent arrêté. Paris, le 7 avril 1871. Les membres de la commission, Philippe, Magot, Ambroise Lyaz Lundi 10 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 569) Ajournement des élections en raison de la défense des remparts de la cité Paris, le 9 Avril 1871. La Commune de Paris, Considérant qu’il est matériellement impossible de convoquer au scrutin les électeurs qui défendent les remparts de la cité DÉCRÈTE : Les élections sont ajournées. La date de la nouvelle convocation des électeurs sera prochainement fixée. Paris, le 10 avril 1871. _________________________________________________ DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 570) Collecte d'informations sur les gardes nationaux morts ou blessés pour la Commune – Photographies des morts non reconnus envoyées au bureau central des renseignements - Tous les morts enterrés au Père Lachaise La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Art. 1er. Tous les renseignements au sujet des gardes nationaux morts ou blessés dont l’identité sera constatée, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur de Paris, seront envoyés à l’Hôtel-de-Ville, au bureau central des renseignements. Art. 2. Les gardes nationaux dont l’identité ne sera pas constatée seront envoyés à l’Hôtel-Dieu. Les familles pourront les y reconnaître. Les identités constatées de cette façon seront communiquées au bureau centra des renseignements, à l’Hôtel-de-Ville. Art. 3. Les morts non reconnus seront photographiés aux endroits désignés ci- dessus, où ils seront déposés. Ces photographies, munies d’un numéro d’ordre correspondant aux effets du mort et de la bière, seront envoyées au bureau central des renseignements, à l’Hôtel-de-Ville. Art. 4. Tous les morts reconnus rentrés dans Paris et ceux non reconnus rentrés dans Paris et ceux non reconnus seront enterrés aux frais de la Commune, au cimetière du Père-Lachaise, dans un lieu désigné à cet effet. A moins de réclamations de la part des familles, le bureau central des renseignements de l’Hôtel-de-Ville est chargé de l’exécution du présent article. Paris, le 10 avril 1871. La Commune de Paris _________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ AU MINISTÈRE DU COMMERCE (p 570) Lutte contre le gaspillage des subsistances – Intendance militaire seule responsable – Subsistances attribuées aux mairies sur justification du nombre de leurs nécessiteux. Le délégué au ministère de l’agriculture et du commerce : Attendu qu’il est urgent d’éviter tout gaspillage de subsistances ; Que l’ordre le plus strict peut seul empêcher des dommages qui seraient peut-être irrémédiables, ARRÊTE : 1° L’intendance militaire a seule le droit, sur un bon portant le timbre de la commission des subsistances, de se faire délivrer des approvisionnements aux stocks qui dépendent du ministère du commerce. 2° Toutes les subsistances appartenant à l’Etat ou à la ville seront emmagasinées dans les stocks de la commission. 3° Les mairies pourront, sur des bons qu’elles feront viser et timbrer au ministère, se faire délivrer des subsistances, mais seulement pour les cantines nationales, et après avoir justifié du chiffre de leurs nécessiteux. Le magasin où les vivres leur seront délivrés sera le plus rapproché possible de leur arrondissement. 4° Les gardes nationaux doivent demander leurs vivres à l’intendance ou aux sous-intendances, et les prendre à la manutention ou à ses annexes, sur un bon des intendants. 5° Toute réquisition de vivres est désormais interdite, à moins d’urgence bien constatée, et si cette urgence n’est pas imputable à la négligence. Le membre de la commune délégué au ministère du commerce, Parisel Mardi 11 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 601) Attributions de pensions aux familles des morts de la Commune La Commune de Paris, Ayant adopté les veuves et les enfants de tous les citoyens morts pour la défense des droits du peuple, DÉCRÈTE : Art. 1er. Une pension de 600 fr. sera accordée à la femme du garde national tué pour la défense des droits du peuple, après enquête qui établira ses droits et ses besoins. Art. 2. Chacun des enfants, reconnus ou non, recevra, jusqu’à l’âge de dix-huit ans, une pension annuelle de trois cent soixante-cinq francs, payable en douzièmes. Art. 3. Dans le cas où les enfants seraient déjà privés de leur mère, ils seront élevés aux frais de la Commune, qui leur fera donner l’éducation intégrale nécessaire pour être en mesure de se suffire dans la société. Art. 4. Les ascendants, père, mère, frères et sœurs de tout citoyen mort pour la défense des droits de Paris, et qui prouveront que le défunt était pour eux un soutien nécessaire, pourront être admis à recevoir une pension proportionnelle à leurs besoins, dans les limites de 100 à 800 fr. par personne. Art. 5. Toute enquête nécessitée par l’application des articles ci-dessus sera faite par une commission spéciale, composée de six membres délégués à cet effet dans chaque arrondissement, et présidée par un membre de la commune appartenant à l’arrondissement. Art. 6. Un comité composé de trois membres de la Commune, centralisera les résultats produits par l’enquête et statuera en dernier ressort. Paris, le 10 avril 1871. _________________________________________________ ORDRE - COMMANDANT DE LA PLACE (p 604) Obligation de détention d'un laissez-passer pour sortir de Paris Consigne formelle Ne laisser sortir de Paris que tout individu muni d’un laissez-passer de la place ou de la préfecture de police, s’il est garde national et en dehors du service. Quant aux autres personnes, il leur faut un laissez-passer de l’ex-préfecture de police. Tout contrevenant à cette consigne sera sévèrement puni. Chaque officier relevant de la garde doit prendre connaissance de cette consigne. Les officiers qui seraient trouvés en défaut passeront en cour martiale. Le commandant de la place

  • 1k-Courbet Vendome | Auluxecommunal

    COURBET ET LA COLONNE VENDÔME Le 14 septembre 1870, Gustave Courbet souhaite "donner lecture d'une proposition qu'il a à faire relativement à la colonne Vendôme" à la Commission artistique pour la sauvegarde des musées nationaux. La Commission renvoie la proposition à la séance plénière du 18 septembre : Attendu que la colonne Vendôme est un monument dénué de toute valeur artistique, tendant à perpétuer par son expression les idées de guerre et de conquête qui étaient dans la dynastie impériale, mais que réprouve le sentiment d’une nation républicaine, [le citoyen Courbet] émet le vœu que le gouvernement de la Défense nationale veuille bien l’autoriser à déboulonner cette colonne. Courbet propose de la remiser aux Invalides. La proposition reste sans suite. Après un appel de Vallès, le 4 avril 1871, dans Le Cri du peuple , la Commune décide, le 12, sur une proposition de Félix Pyat, d’abattre - et non de déboulonner - la colonne Vendôme. Paschal Grousset veillera à son exécution. Courbet n'a pas pu voter pour sa démolition le 12, car il n'est en poste que le 20. Décision de la Commune du 12 avril 1871 : La Commune de Paris considère que la colonne impériale de la Place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grands principes de la République : la fraternité! Plusieurs fois repoussée, la cérémonie a lieu le 16 mai 1871, la colonne est abattue, non sans difficultés sous le contrôle de l'ingénieur Iribe, à 17 h 30. APRÈS LA CHUTE DE LA COLONNE - Gustave Courbet est arrêté après la Semaine Sanglante et condamné à six mois de prison, 500 francs d'amende, plus les frais de justice (6850 francs), pour "attentat, excitation et levée de troupes, usurpation de fonctions et complicité de destruction de monuments". La sentence est clémente comparée à celle de ses co-accusé.e.s, condamné.e.s à la déportation, aux travaux forcés à perpétuité (Jules Dalou) ou à la mort. La démolition de la colonne Vendôme, décrétée le 12 avril 1871, ne peut lui être imputée : son élection à la Commune ne date que du 16 avril ! Alors qu'il purge sa peine, le peintre adresse en juin 1871 un courrier au ministre Jules Simon , se défendant d'avoir voulu cette destruction. Il écrit également à Victor Lefranc, Ministre du Commerce et à Jules Grévy, président de l'Assemblée Nationale, auxquels il propose, "puisqu'on s'obstine à me rendre responsable de la chute de cette colonne, quoique véritablement je n'aie d'autre tort que d'avoir adressé une proposition à l'Assemblée du 4 septembre 1870 (qui n'eut pas de conséquence, cédant à l'opinion publique) de la relever à mes frais en me permettant de mettre en vente publique ces deux cents tableaux qui subviendraient bien au-delà des frais nécessaires à cette reconstruction". Les courriers restent sans retour. Mais en mai 1873, le nouveau président de la République, le maréchal de Mac Mahon , décide de faire reconstruire la colonne Vendôme aux frais de Courbet. Le devis s'élève à 323 091,68 francs. Courbet est acculé à la ruine, ses biens mis sous séquestre, ses toiles confisquées. En juillet 1873, il passe la frontière suisse et s'établit au bord du lac Léman, à la Tour de Peilz. Il meurt le 31 décembre 1877 d'un arrêt cardiaque, juste avant la première échéance pour la reconstruction de la colonne Vendôme... BERTALL : Humble supplique des hommes de bronze de Paris qui demandent à ne pas être fondus. Les statues de bronze de Paris sont menacées de disparition à chaque changement de régime : le bronze de Napoléon 1er avait été fondu par Louis XVIII pour réaliser la statue de Henry IV au Pont Neuf, qui avait été réquisitionnée par la Révolution (avec celles de Louis XIII place Royale et de Louis XIV place des Victoires et place Vendôme) pour fabriquer des canons. En janvier 1871, Courbet avait donné une toile pour une loterie. Sa vente permit au 45ème bataillon de la Garde nationale d'acheter un canon, qui sera baptisé du nom de l'artiste. Voir "Courbet et la Commune", musée d'Orsay, 2000

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 6

    Mercredi 5 avril 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 6 Next Next Mercredi 5 avril 1871 PROCLAMATION AU PEUPLE DE PARIS (extrait, voir JO p416) Commune de Paris Les monarchistes qui siègent à Versailles, ne vous font pas une guerre d’hommes civilisés ; ils vous font une guerre sauvage. Les Vendéens de Charette, les agents de Piétri fusillent les prisonniers, égorgent les blessés, tirent sur les ambulances. Vingt fois les misérables qui déshonorent l’uniforme de la ligne ont levé la crosse en l’air, puis, traîtreusement, ont fait feu sur nos braves et confiants concitoyens. Ces trahisons et ces atrocités ne donneront pas la victoire aux éternels ennemis de nos droits. Nous en avons pour garants l’énergie, le courage et le dévouement à la République de la garde nationale. Son héroïsme et sa constance sont admirables. Ses artilleurs ont pointé leurs pièces avec une justesse et une précision merveilleuses. Leur tir a plusieurs fois éteint le feu de l’ennemi, qui a dû laisser une mitrailleuse entre nos mains. Citoyens, La Commune de Paris ne doute pas de la victoire. […] La Commission Exécutive : Bergeret, Delescluze, Duval, Eudes, Félix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant. RÉORGANISATION DES COMPAGNIES DE MARCHE (p418) Les compagnies de marche seront immédiatement réorganisées. Les officiers, sous-officiers et gardent entreront en solde à partir du 7 avril. Les gardes toucheront 1 fr. 50 et les vivres. Les sous-officiers, 2 fr. Les officiers, 2 fr. 50. Quand les compagnies agiront en dehors du service, les officiers toucheront la solde de leur grade dans l’armée. Les quatre compagnies de chaque bataillon éliront un chef de bataillon spécial. Les élections auront lieu le 6 avril. La revue sera passée au Champ-de-Mars par les membres de la commune, le 7 avril, à deux heures de l’après-midi. Bureau d’organisation et de renseignements au ministère de la guerre et à la place. Font partie des bataillons de guerre tous les citoyens de 17 à 35 ans non mariés, les gardes mobiles licenciés, les volontaires de l’armée ou civils. Les effets de campement seront complétés dans le plus bref délai. Paris, le 4 avril 1871. Par ordre de la Commune, le délégué au ministère de la guerre, Cluseret. GESTION DES BAUX (P 421) Avis très important Les locataires qui ont retenu un nouveau logement pour le terme d’avril sont instamment priés de s’informer à l’avance su ce logement sera libre pour le terme, ou si le locataire qui l’occupe actuellement n’entend pas profiter du décret de la Commune, qui l’autorise à prolonger sa location de trois mois. La municipalité ne saurait parer aux inconvénients résultant de cette situation, si les locataires ne se préoccupent pas de se mettre immédiatement en quête d’un autre logement. A dater du 5 avril, une commission municipale siégera tous les jours de deux à cinq heures à la mairie. Elle sera chargée de concilier tous les différends qui pourraient surgir entre les propriétaires et les locataires. L’administrateur délégué fait appel à la bonne foi et au patriotisme de tous, pour que le décret de la commune rencontre dans son application le moins de difficultés possible. L’administrateur délégué à la mairie du IXe, Bayeux-Dumesnil JULES ALLIX ET LE GYMNASIARQUE (p 421) Mairie du VIIIe Arrondissement Corps des gymnastes Il est établi, sous la direction et le commandement du citoyen Hippolyte Triat, gymnasiarque, un corps spécial de gymnastes, destiné à former des professeurs de gymnastique civile et militaire pour les écoles et pour les armées citoyennes. Les élèves devront être âgés de seize à vingt ans. Ils sont admis et inscrits dès à présent au gymnase Triat, avenue Montaigne, 55, et seront immédiatement exercés à différents cours de gymnastique proportionnels à leur âge. Aux effets de l’organisation régulière et de l’administration du corps des gymnastes dont s’agit, il sera fondé un gymnase-école, pour lequel la caserne de la Pépinière est dès à présent et provisoirement attribuée. Les élèves du gymnase-école choisis parmi tous les élèves de 16 à 20 ans, dont les dispositions et les aptitudes au professorat auront été reconnues. Se faire inscrire dès à présent au gymnase Triat, avenue Montaigne, 55 Champs-Elysées, où les élèves trouveront l’indication des cours, qui vont être immédiatement commencés. Ces cours étant faits sous le patronage de la municipalité du 8e arrondissement, seront entièrement gratuits. Le maire du 8e arrondissement, Jules Allix RAPPORT DU CITOYEN X..., ENVOYÉ EN MISSION PAR LE DIRECTEUR DES LIGNES TÉLÉPHONIQUES (extrait voir JO p423) M. le comte de Choiseul a été nommé par M. Thiers ambassadeur pour l’Italie. Les plus grandes calomnies sont répandues sur la Commune de Paris : pillage des caisses publiques, des assurances et des chemins de fer, etc. On a affiché une dépêche de Thiers annonçant que toutes les grandes villes étaient tranquilles, engageant tous les amis de l’ordre à se rallier autour du gouvernement de Versailles, et, finalement, faisant un appel aux armes. Grand mouvement militaire d’Allemands dans Melun. Des officiers supérieurs expriment hautement leur rage de ce que, sur l’invitation et le désir de Versailles, on les faisait revenir sur Paris. Les soldats sont très fatigués. Les soldats qui rentrent dans leurs foyers sont arrêtés, casernés et forcés de servir Versailles (par tous les moyens). ON ÉCRIT DE KIEW (p425) « Il a été défendu à tous les journaux russes, sous des peines sévères, de parler des faits et manifestations qui ont eu lieu dernièrement à Pétersbourg. Il ne sera donc pas sans intérêt pour tous d’apprendre qu’à l’occasion d’un banquet offert par les étudiants de Pétersbourg à ceux de Moscou, des toasts chaleureux furent portés avec enthousiasme à la République française et aux principes démocratiques. On termina par un toast à Gambetta, et on décida qu’on lui adresserait des vœux sympathiques à Bordeaux. Seulement, on eut la légèreté juvénile d’expédier tout simplement la dépêche par le bureau du télégraphe, lequel au lieu de l’envoyer à Bordeaux, la remit au ministre de la police. « Le czar, qui a eu de violentes et fréquentes attaques de nerfs récemment, de- vint furieux en apprenant la nouvelle, et depuis on fait des arrestations nombreuses à Pétersbourg et dans les autres grandes villes de Russie. A Kiew également, on a arrêté une vingtaine de jeunes gans. La police prétend être sur les traces d’une conspiration démocratique ayant des ramifications dans tout l’empire, et dont le but serait le renversement de l’ordre actuel et l’établissement de la république en Russie. On croit que l’explosion démocratique à Pétersbourg n’a été que l’expression d’idées et d’opinions longuement préparées. « C’est pour cela qu’on traite avec une cruauté extrême les prisonniers qui n’avouent pas. Ils sont enfermés pendant de longues journées dans des trous sans feu, par une température de 25° de froid, sans nourriture et sans eau. Quelques- uns d’entre eux préfèrent avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis, pour mettre un terme à leurs souffrances. « Il y a aussi des femmes parmi les personnes arrêtées. La peine du fouet, abolie par un oukase impérial, vient d’être rétablie à leur égard. La police veut à tout prix des aveux pour donner cause à la fureur de czar. » L'ARMÉE DE M. THIERS (extrait voir JO p429) Quand se discutait le traité de paix qui devait livrer à l’Allemagne deux provinces et nous coûter cinq milliards ; quand les députés demandaient, non pas qu’on continuât une guerre qui nous avait été si désastreuse, mais qu’on examinât, dans le cas où le traité serait inacceptable, les ressources de la France pour forcer, par son attitude, la Prusse à faire des conditions meilleures, M. Thiers interrompait par ce cri de désespoir incroyable : « Le moyen ? le moyen ? » M. Thiers ignorait le moyen de créer à la France une puissance militaire et de lui trouver des ressources capables, non pas de la rendre victorienne de l’armée prussienne, mais de contraindre l’Allemagne à nous imposer une charge moins lourde, une humiliation moins grande. Il prenait des airs dédaigneux à l’égard des hommes dont la foi patriotique inquiétait son scepticisme réactionnaire et sa diplomatie monarchique. […] Mais aujourd’hui, il s’agit de combattre des Français, de réduire Paris, la cité républicaine, objet de la haine aveugle, brutale, féroce, implacable des ruraux. Le « moyen » que M. Thiers ignorait le 9 mars ; il le connaît le 2 avril. Il a eu dans le mois une révélation. Ce qu’il déclarait être impossible quand il fallait épargner à la France un peu de honte, de douleurs et de dettes, il le déclare possible aujourd’hui qu’il songe à faire couler le sang français, à remplir Paris de ruines et de deuil, à y rentrer comme les Prussiens sont entrés à Francfort, les Turcs à Vienne. Quand il y avait à défendre l’honneur et le territoire français, M. Thiers ne croyait pas qu’on pût organiser une armée. Mais il y a à souiller notre histoire d’un malheur criminel, il y a à rougir de sang une de ses pages, à provoquer la guerre civile, c’est alors une autre affaire : M. Thiers nous apprend, par une dépêche adressée aux fonctionnaires chargés de gouverner la France en son nom, que, à Versailles « s’achève de s’organiser une des plus belles armées que la France ait possédées. » Si M. Thiers était capable d’organiser une des plus belles armées que la Fran- ce ait possédées, pourquoi ne l’a-t-il pas organisée quand il y avait à tenir tête à la Prusse ? La France ne posséda-t-elle donc une des plus belles armées qu’elle ait jamais eues que pour payer cinq milliards à l’Allemagne et ruiner Paris ? L’homme qui ose écrire, en de semblables circonstances, de pareilles choses, sans se souvenir de ce qu’il osait dire à peine un mois avant, rend contre lui-même un verdict de haute trahison et de crime de lèse-nation. Il n’y a plus qu’à expliquer sa propre sentence. TIMBRES-POSTE EMPORTÉS À VERSAILLES (p435) Tous les timbres-poste ont été emportés à Versailles. Leur valeur se montait à deux millions. Or, les bureaux de Paris n’en possédant pas un, les employés renvoient chez les marchands de tabac qui en tiennent en réserve, ou, comme au vieux temps, affranchissent nos correspondances avec un signe tracé à la plume. LIGUE DE LA DÉLIVRANCE (extrait, voir JO p435) Les alsaciens et lorrains présents à Paris se sont réunis il y a quelques jours à l’Alcazar, et ont décidé à l’unanimité de former une association ayant pour but : 1° De perpétuer le souvenir de la France dans les pays qui lui sont arrachés par la force ; 2° d’engager énergiquement leurs compatriotes à ne point quitter leur pays natal et de venir en aide à ceux d’entre eux qui se verraient dans la nécessité d’émigrer ; 3° d’étudier les voies et moyens qui pourraient amener la revendication des deux provinces si françaises de cœur. Cette association prend le titre de Ligue de la Délivrance. […] Le Comité central PESTE BOVINE (p436) La peste bovine sévit avec une telle vigueur, qu’on a dû suspendre toutes les foires en Normandie, où se font à cette époque de l’année les ventes de bestiaux. Les bœufs qui alimentent Paris viennent tous maintenant du Portugal. LE DON DE NOBLES & HOARES (p 437) M. Lefèvre, rue Saint-Lazare, 126, prévient les peintres en bâtiment qui se sont fait inscrire chez lui peuvent se présenter (munis de leurs numéros d’inscription) du lundi 3 avril au jeudi 6 inclus, de neuf heures du matin à une heure, pour recevoir leur part des 900 kilogrammes de viande conservée, envoyés par la maison Nobles et Hoares, de Londres, toutes les recherches pour retrouver les biscuits qui ne lui sont pas parvenus étant restées infructueuses. Un envoi à titre de don avait été adressé par MM. Nobles et Hoares, fabricants de vernis à Londres, à M. Pilon, carrossier, avenue des Champs-Elysées, 23, pour être distribué aux familles nécessiteuses des ouvriers peintres en voitures de Paris. Ce don consistant en 5 tonneaux de viande conservée et 50 barils de biscuits, les 5 tonneaux de viande sont seuls arrivés à destination au commencement de février ; quant aux 50 barils de biscuits, malgré toutes les démarches faites par M. Pilon auprès de l’administration du chemin de fer du Nord, il lui a été impossible de savoir quelle destination ils ont prise, enfin il a été impossible de les retrouver. M. X, PRÉFET PSEUDONYME (p438) Le gouvernement du 4 septembre, dans son empressement à distribuer des préfectures et des sous-préfectures à ses amis, a nommé préfet d’un département très important, un « pseudonyme. » Un journaliste, dont la vie a été ornée d’aventures assez bizarres, écrivait sous un nom de fantaisie dans un journal qui comptait des amis parmi les membres du nouveau pouvoir. Il fut nommé préfet immédiatement, mais nommé sous son nom supposé. Il est parti pour son département et l’a administré, toujours sous le déguisement de son pseudonyme ; de telle façon que certains de ses administrés, croyant avoir pour préfet M. X..., un inconnu, ne se doutaient guère qu’ils avaient en réalité M. Z..., dont la nomination les aurait passablement étonnés, car ils le connaissaient à merveille. Cette aventure trop plaisante dure-t-elle encore ? On affirme du moins qu’elle est authentique. (Nouvelliste de Rouen.) SITUATION DE PARIS, LA FRANCE (p438) La France, dans son numéro du 3 avril, émet les réflexions suivantes sur la situation de Paris : Il faut reconnaître, cependant, que les attentats contre les personnes se chiffrent par zéro. On ne cite aucune violence contre les individus. Il y a des arrestations, mais elles ne sont, généralement, que momentanées. Quand aux prétendues condamnations à mort prononcées par le Comité contre des journalistes ou autres, nous ne serions pas étonnés d’apprendre qu’elles n’ont existé, en réalité, que dans l’imagination de ceux qui les ont fuies. La Commune franchira-t-elle quelquefois la ligne modérée qu’elle a observée jusqu’à présent ? Nous l’ignorons ; mais nous croyons fermement encore à l’adoucissement de nos mœurs privées et publiques. 21 mars 22 mars 23 mars 24 mars

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 1

    Lundi 20 mars 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 1 Next Next Lundi 20 mars 1871 L'EXÉCUTION DES GENERAUX LECOMTE ET CLÉMENT THOMAS (p 10) - Nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaye de flétrir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arrêt d’exécution n’a été signé par nous ; jamais la garde nationale n’a pris part à l’exécution d’un crime. Quel intérêt y aurait-elle ? Quel intérêt y aurions-nous ? C’est aussi absurde qu’infâme. Les membres du Comité central (de la Garde nationale) _____________________________________________________ LES BARRICADES (p14) Les habitants limitrophes des grandes voies de communication servant au transport des vivres pour l’alimentation de Paris sont invités à disposer leurs barricades de manière à laisser la libre circulation des voitures. Comité central de la garde nationale. _____________________________________________________ LA LIBERTE DE LA PRESSE (p19) - Les autorités républicaines de la capitale veulent faire respecter la liberté de la presse, ainsi que toutes les autres ; elles espèrent que tous les journaux comprendront que le premier de leurs devoirs est le respect dû à la République, à la vérité, à la justice et au droit, qui sont placés sous la sauvegarde de tous. - Le Journal officiel de la République française donne le démenti le plus formel aux bruits alarmants et aux calomnies répandus à dessein, par une certaine presse, depuis trois jours. Il met la capitale et la province en garde contre ces manœuvres coupables, qui doivent cesser sous la République et qui deviendraient bientôt un véritable danger. 21 mars Mardi 21 mars 1871 REPRIS DE JUSTICE (p37) - De nombreux repris de justice, rentrés à Paris, ont été envoyés pour commettre quelques attentats à la propriété, afin que nos ennemis puissent nous accuser encore. Nous engageons la garde nationale à la plus grande vigilance dans ses patrouilles. Chaque caporal devra veiller à ce qu’aucun étranger ne se glisse, caché sou s l’uniforme, dans les rangs de son escouade. C’est l’honneur du peuple qui est en jeu ; c’est au peuple à le garder. Fédération républicaine de la Garde nationale _____________________________________________________ ECHEANCES DES EFFETS DE COMMERCE (p24) - Considérant que, par exemple, la loi récente relative aux échéances des effets de commerce produira, si elle n’est rapportée, ou considérablement modifiée, les plus désastreux résultats, puisqu’en exigeant le payement à termes rapprochés des autres effets en souffrance, elle semble indiquer que la situation des souscripteurs qui se sont trouvés impuissants à payer avant ou pendant la période du siège, s’est améliorée depuis, ce qui est contraire à la vérité et au bon sens, et qu’en définitive ce décret a pour conséquence de laisser le débiteur à la merci du créancier, ce qu’il devait précisément avoir pour but d’éviter, comme l’ont sagement compris et décidé les Etats-Unis d’Amérique, après la guerre de sécession ; Proposition de Jules Mottu, maire du XIème arrondissement, à l'approbation de l'Assemblée nationale _____________________________________________________ REMISE DES LOYERS (p24) Jules Mottu propose à l’approbation de l’Assemblée nationale le projet de loi suivant : Art. 1er. Remise pleine et entière est faite aux locataires, habitant la ville de Paris, du payement des trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. Art. 2. Les sommes déjà payées par les locataires pour acquit ou comme acompte de ces trois termes seront comptées en déduction des prochains termes. Art. 3. La ville de Paris prend à sa charge le payement intégral aux propriétaires du montant de leurs locations pour les trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. _____________________________________________________ ELECTIONS MUNICIPALES (p39) Paris, ville libre, demande : 1- l'élection de la mairie de Paris, 2- l’élection des maires, adjoints et conseillers municipaux des vingt arrondissements de la ville de Paris ; 3° l’élection de tous les chefs de la garde nationale. 4° Paris n’a nullement l’intention de se séparer de la France, loin de là : il a souffert pour elle l’Empire, le gouvernement de la défense nationale, toutes ses trahisons et toutes ses lâchetés. Ce n’est pas, à coup sûr, pour l’abandonner aujourd’hui, mais seulement pour lui dire, en qualité de sœur aînée : Soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenu ; oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé ! Le commandant délégué à l’ex-préfecture de police, E. Duval. _____________________________________________________ INTERDICTION DE CONGEDIER LES LOCATAIRES (p41) Jusqu’à nouvel ordre, et dans le seul but de maintenir la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d’hôtel ne pourront congédier leurs locataires. _____________________________________________________ PAIEMENT DES INDEMNITES DE GUERRE (p42) Le comité central de la garde nationale est décidé à respecter les conditions de la paix. Seulement, il lui paraît de toute justice que les auteurs de la guerre maudite dont nous souffrons subissent la plus grande partie de l’indemnité imposée par nos impitoyables vainqueurs. Grêlier, Délégué à l’intérieur. _____________________________________________________ EMANCIPATION DES PROLETAIRES (p45) Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en mains la direction des affaires publiques. […] Ils ont fait preuve du plus grand désintéressement et de l’abnégation la plus absolue. A peine arrivés au pouvoir, ils ont eu hâte de convoquer dans ses comices le peuple de Paris, afin qu’il nomme immédiatement une municipalité communale dans les mains de laquelle ils abdiqueront leur autorité d’un jour. Il n’est pas d’exemple dans l’histoire d’un gouvernement provisoire qui se soit plus empressé de déposer son mandat dans les mains des élus du suffrage universel. En présence de cette conduite si désintéressée, si honnête et si démocratique, on se demande avec étonnement comment il peut se trouver une presse assez injuste, malhonnête et éhontée pour déverser la calomnie, l’injure et l’outrage sur des citoyens respectables, dont les actes ne méritent jusqu’à ce jour qu’éloge et admiration. Les amis de l’humanité, les défenseurs du droit, victorieux ou vaincus, seront toujours les victimes du mensonge et de la calomnie ? Les travailleurs, ceux qui produisent tout et qui ne jouissent de rien, ceux qui souffrent de la misère au milieu des produits accumulés, fruit de leur labeur et de leurs sueurs, devront-ils donc sans cesse être battus à l’outrage ? Ne leur sera-t-il jamais permis de travailler à leur émancipation sans soulever contre eux un concert de malédictions ? La bourgeoisie, leur aînée, qui a accompli son émancipation il y a plus de trois quarts de siècles, qui les a précédés dans la voie de la révolution, ne comprend- elle pas aujourd’hui que le tour de l’émancipation du prolétariat est arrivé ? Les désastres et les calamités publiques dans lesquels son incapacité politique et sa décrépitude morale et intellectuelle ont plongé la France devraient pourtant lui prouver qu’elle a fini son temps, qu’elle a accompli la tâche qui lui avait été imposée en 89, et qu’elle doit sinon céder la place aux travailleurs, au moins les laisser arriver à leur tour à l’émancipation sociale. Le prolétariat, en face de la menace permanente de ses droits, de la négation absolue de toutes ses légitimes aspirations, de la ruine de la patrie et de toutes ses espérances, a compris qu’il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées et d’en assurer le triomphe en s’emparant du pouvoir. C’est pourquoi il a répondu par la révolution aux provocations insensées et criminelles d’un gouvernement aveugle et coupable, qui n’a pas craint de déchaîner la guerre civile en présence de l’invasion et de l’occupation étrangères. L’armée, que le pouvoir espérait faire marcher contre le peuple, a refusé détourner ses armes contre lui, elle lui a tendu une main fraternelle et s’est jointe à ses frères. Que les quelques gouttes de sang versé, toujours regrettables, retombent sur la tête des provocateurs de la guerre civile et des ennemis du peuple, qui, depuis près d’un demi-siècle, ont été les auteurs de toutes nos ruines nationales. Le cours du progrès, un instant interrompu, reprendra sa marche, et le prolétariat accomplira, malgré tout, son émancipation ! Le délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ LECOMTE ET CLÉMENT THOMAS (p51) Tous les journaux réactionnaires publient des récits plus ou moins dramatiques sur ce qu’ils appellent « l’assassinat » des généraux Lecomte et Clément Thomas. Sans doute ces actes sont regrettables. Mais il importe, pour être impartial, de constater deux faits : 1° Que le général Lecomte avait commandé à quatre reprises, sur la place Pigalle, de charger une foule inoffensive de femmes et d’enfants ; 2° Que le général Thomas a été arrêté au moment où il levait, en vêtements civils, un plan des barricades de Montmartre. Ces deux hommes ont donc subi la loi de la guerre, qui n’admet ni l’assassinat des femmes ni l’espionnage. On nous raconte que l’exécution du général Lecomte a été opérée par des soldats de la ligne et celle du soldat Clément Thomas par des gardes nationaux. Il est faux que ces exécutions aient eu lieu sous les yeux et par les ordres du comité central de la garde nationale. Le comité central siégeait avant-hier rue Onfroy, près de la bastille, jusqu’à l’heure où il a pris possession de l’Hôtel-de- Ville ; et il a appris en même temps l’arrestation et la mort des deux victimes de la justice populaire. Ajoutons qu’il a ordonné une enquête immédiate sur ces faits. (20 mars : Le comité de la Fédération de la garde nationale, pour rendre hommage à la vérité, déclare qu’il est étranger à ces deux exécutions.) _____________________________________________________ CONSTITUTION DE L'ARMEE VERSAILLAISE (p 53) L’autorité militaire vient de recevoir avis de la prochaine arrivée dans Saône- et-Loire de 60 000 de nos soldats prisonniers revenant d’Allemagne. Ils seraient répartis entre les villes de Mâcon, chalon et Autun, mais n’y feraient qu’un court séjour. Ils recevront dans ces villes les effets dont ils manquent, et seront dirigés sur les corps auxquels ils appartiennent. Les magasins généraux d’habillement et de rééquipement seraient installés à Mâcon. 22 mars Mercredi 22 mars 1871 LE VOTE NOMINAL (p 64) Le comité central remet aux mains du peuple de Paris le pouvoir tombé de mains indignes. Les élections communales se feront d’après le mode ordinaire ; mais le comité central exprime le vœu qu’à l’avenir le vote nominal soit considéré comme le seul vraiment moral et digne des principes démocratiques. Le Comité central de la garde nationale _____________________________________________________ SOUVERAINETE DU PEUPLE (P 67) C’est à Paris qu’incombe le devoir de faire respecter la souveraineté du peuple et d’exiger qu’il ne soit point porté atteinte à ses droits. Paris ne peut se séparer de la province, ni souffrir qu’on la détache de lui. Paris a été, est encore et doit rester définitivement la capitale de la France, la tête et le cœur de la République démocratique, une et indivisible. Il a donc le droit incontestable de procéder aux élections d’un conseil communal, de s’administrer lui-même, ainsi que cela convient à toute cité démocratique, et de veiller à la liberté et au repos publics à l’aide de la garde nationale, composée de tous les citoyens élisant directement leurs chefs par le suffrage universel. Le comité central de la garde nationale, en prenant les mesures nécessaires pour assurer l’établissement du conseil communal de Paris et l’élection de tous les chefs de la garde nationale, a donc pris des mesures très sages, indispensables et de première nécessité. Le délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ LA PRESSE REACTIONNAIRE (p 68) AVERTISSEMENT : après les excitations à la guerre civile, les injures grossières et les calomnies odieuses, devaient nécessairement venir la provocation ouverte à la désobéissance aux décrets du Gouvernement siégeant à l’Hôtel-de-Ville, régulièrement élu par l’immense majorité des bataillons de la garde nationale de Paris (215 voix sur 266 environ). Plusieurs journaux publient en effet aujourd’hui une provocation à la désobéissance à l’arrêté du comité central de la garde nationale, convoquant les électeurs pour le 22 courant, pour la nomination de la commission communale de la ville de Paris. Voici cette pièce, véritable attentat contre la souveraineté du peuple de Paris, commis par des rédacteurs de la presse réactionnaire : Aux électeurs de Paris - déclaration de la presse Attendu que la convocation des électeurs est un acte de souveraineté nationale. Que l’exercice de cette souveraineté n’appartient qu’aux pouvoirs émanés du suffrage universel. Que par suite, le comité qui s’est installé à l’Hôtel-de-Ville n’a ni droit ni qualité pour faire cette convocation ; Les représentants des journaux soussignés regardent la convocation, affichée pour le 22 courant, comme nulle et non avenue, et engagent les électeurs à n’en pas tenir compte. Comme il l’a déjà déclaré, le comité central de la garde nationale, siégeant à l’Hôtel-de-Ville, respecte la liberté de la presse, c’est-à-dire le droit qu’ont tous les citoyens de contrôler, de discuter et de critiquer ses actes à l’aide de tout les moyens de publicité, mais il entend faire respecter les décisions des représentants de la souveraineté du peuple de Paris, et il ne permettra pas impunément que l’on y porte atteinte plus longtemps en continuant à exciter à la désobéissance à ses décisions et à ses ordres. Une répression sévère sera la conséquence de tels attentas, s’ils continuent à se produire. 23 mars Jeudi 23 mars 1871 DEPÊCHE PRUSSIENNE AU COMITE CENTRAL (p 73) Citoyens, le Comité centra a reçu du quartier général prussien la dépêche suivante : Commandement en Chef du 3e Corps d’armee Quartier général de Compiègne, le 21 mars 1871. Au commandant actuel de Paris. Le soussigné, commandant en chef, prend la liberté de vous informer que les troupes allemandes qui occupent les forts du nord et de l’est de Paris, ainsi que les environs de la rive droite de la Seine, ont reçu l’ordre de garder une attitude amicale et passive tant que les événements dont l’intérieur de Paris est le théâtre ne prendront point, à l’égard des armées allemandes, un caractère hostile et de nature à les mettre en danger, mais se maintiendront dans les termes arrêtés par les préliminaires de la paix. Le chef du quartier général, Signé : Von Schlotheim, Major général. _____________________________________________________ REPONSE Paris, le 22 mars 1871. Au commandant en chef du 2e corps des armées impériales prussiennes. Le soussigné, délégué du Comité central aux affaires extérieures, en réponse à votre dépêche en date de Compiègne, 21 mars courant, vous informe que la révolution accomplie à Paris par le Comité central, ayant un caractère essentiellement municipal, n’est en aucune façon agressive contre les armées allemandes. Nous n’avons pas qualité pour discuter les préliminaires de la paix votés par l’Assemblée de Bordeaux. Le Comité central et son délégué aux affaires extérieures. _____________________________________________________ LA LIBERTE DE LA PRESSE (p 74) La presse réactionnaire a recours au mensonge et à la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher les droits du peuple. Nous ne pouvons pas attenter à la liberté de la presse : seulement le gouvernement de Versailles ayant suspendu le cours ordinaire des tribunaux, nous prévenons les écrivains de mauvaise foi auxquels seraient applicables en temps ordinaires les lois de droit commun sur la calomnie et l’outrage, qu’ils seront immédiatement déférés au Comité central de la garde nationale. _____________________________________________________ DÉSERTIONS DANS LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES (p 74) Par suite de la désertion générale des employés du gouvernement, les services publics sont complètement désorganisés. Tous les employés administrations publiques qui, à partir du 25 de ce mois, n’auront pas repris leurs occupations habituelles, seront irrémissiblement destitués. (sans signature) _____________________________________________________ LA CHAMBRE SYNDICALE DES OUVRIERS TAILLEURS ET SCIEURS DE PIERRE (p 78) Citoyens, à l’appel de la patrie en danger, nous avons pris les armes, là était notre devoir, aujourd’hui, la misère et le lèpre nous ont atteints. Ce n’est que par un sublime effort que nous pourrons améliorer notre avenir. L’époque difficile que nous traversons doit nous avoir amenés à des réflexions sérieuses au sujet de notre position sociale comme travailleurs. Nous devons nous demander si nous, producteurs, nous devons continuer à faire vivre grassement ceux qui ne produisent rien ; si le système que l’on a suivi jusqu’ici est destiné à exister toujours, alors même qu’il nous est complètement opposé. Prouvons par notre attachement à la sainte cause de la démocratie que nous sommes dignes de tous les égards qui nous sont dus. Donc, travailleurs, à l’ouvrage ! car nos patrons ne songent en ce moment qu’à profiter de notre misère pour nous exploiter encore davantage, si cela est possible ; et, si nous savons nous entendre, nous mettrons un frein à leurs basses rapacités. À cet effet, nous convoquons les ouvriers tailleurs et scieurs de pierres à une réunion qui aura lieu jeudi, 23 mars 1871, à midi, place de la Corderie-du- Temple, 6 (salle Montier). _____________________________________________________ À NOUS LES AUDACIEUX ! (extrait, voir JO p 79) Quelques jours après la révolution du 4 septembre, le journal Le Siècle publiait l’article suivant, que nous nous empressons de reproduire. Il est certain que s’il eût servi d’inspiration aux habitants de Paris, ils n’auraient pas eu à subir les douleurs d’une honteuse capitulation. À NOUS LES AUDACIEUX ! Dans les situations difficiles, il faut l’intelligence prompte et les hardiesses in- connues. Les jeunes, les téméraires, les audacieux, les savants indisciplinés, de- viennent nos hommes. L’idée et l’action doivent être libres ; ne nous gênez plus, ne réglementez plus, débarrassez-vous une bonne fois des vieux colliers et des vieilles cordes. C’est le conseil que donnait l’autre jour notre ami Louis Jourdan, et ce conseil, c’est le salut. Les meilleurs en ces temps-ci sont ceux qui voient de loin et qui ont le jarret solide ; les meilleurs sont les intrépides du cerveau et du bras ; ce n’est point avec de vieux outils et de vieilles traditions qu’on défera le passé et qu’on fera l’avenir. Essayez donc du pas gymnastique avec les invalides, et vous verrez quelle carrière ils fourniront. Nous sentons cela, nous autres ; mais il s’en trouve qui ne le sentent point et ont le tort de se mettre à la place des éclaireurs, quand pour eux et pour nous ils seraient mieux dans la réserve et au dépôt. P. JOIGNEAUX. _____________________________________________________ LES AMBASSADES A PARIS (p 81) La Presse annonce que l’ambassade de Russie est la seule qui ait suivi le gouvernement exécutif à Versailles. Les représentants de l’Angleterre, de l’Autriche, de la Turquie, de l’Italie, etc., n’ont pas quitté Paris. Ils en ont référé à leurs gouvernements respectifs, dont ils attendent les réponses pour prendre une résolution. 24 mars Vendredi 24 mars 1871 CORRUPTION (p 87) De nombreux agents bonapartistes et orléanistes ont été surpris faisant des distributions d’argent pour détourner les habitants de leurs devoirs civiques. Tout individu convaincu de corruption ou de tentative de corruption sera immédiatement déféré au comité Central de la garde nationale. Pour le comité central, E. Lebeau, Délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ MORT AUX VOLEURS (p 88) On voit placardée sur une des portes de l’Hôtel-de-Ville l’affiche suivante : République Française Liberté — Egalité — Fraternité — Justice MORT AUX VOLEURS Tout individu pris en flagrant délit de vol sera immédiatement fusillé. _____________________________________________________ LES ELECTIONS (p 88) Votre légitime colère nous a placés le 18 mars au poste que nous ne devions occuper que le temps strictement nécessaire pour procéder aux élections communales. Vos maires, vos députés, répudiant les engagements pris à l’heure où ils étaient des candidats, ont tout mis en œuvre pour entraver ces élections, que nous voulions faire à bref délai. La réaction, soulevée par eux, nous déclare la guerre. Nous devons accepter la lutte et briser la résistance, afin que vous puissiez y procéder dans le calme de votre volonté et de votre force. Jusque-là, les mesures les plus énergiques seront prises pour faire respecter les droits que vous avez revendiqués. Hôtel-de-Ville, 22 mars 1871. Le Comité central de la garde nationale _____________________________________________________ REINCARCERATIONS (p 89) Dès son arrivée au pouvoir, M. Jules Favre s’est empressé de faire mettre en liberté Pic et Taillefer, condamnés pour vol et faux en écriture dans l’affaire de l’Etendard. Ledit Taillefer, rencontré hier par une de ses anciennes connaissances, a été de suite mené devant un commissaire de police récemment nommé, qui a ordonné sa réincarcération immédiate. _____________________________________________________ CONDAMNATION À MORT DE BLANQUI (p90) Nous avons publié la protestation du citoyen Blanqui contre sa condamnation à mort, prononcée par les hommes du 4 septembre. Nous donnons aujourd’hui celle du citoyen Flourens : Citoyens, en présence du jugement qui me frappe, il est de mon devoir de protester de la façon la plus énergique contre la violation de tous les droits inscrits dans toutes les constitutions. L’accusé doit être jugé par ses pairs. Tel est le texte de la loi. Or, je dénie complètement aux assassins patentés de la réaction le titre de juges. Nommés par un pouvoir qui n’avait encore été reconnu par personne le 31 octobre 1870, ils ne peuvent puiser leur peuvent puiser leur puissance qu’en dehors de la loi. D’ailleurs j’ai appris, par une longue expérience des choses humaines, que la liberté se fortifiait par le sang des martyrs. Si le mien peut servir à cimenter l’union de la patrie et de la liberté, je l’offre volontiers aux assassins du pays et aux massacreurs de janvier. Salut et fraternité. G. Flourens. _____________________________________________________ FORTUNES (extrait voir JO p95) On nous communique la lettre suivante1 : On se préoccupe beaucoup d’arracher la France à l’occupation prussienne en payant à nos vainqueurs l’énorme indemnité qu’ils réclament, et on propose plusieurs expédients, tous plus insuffisants les uns que les autres. Permettez-moi de vous exposer la seule mesure qui soit vraiment équitable et vraiment rationnelle. En étudiant le jeu de nos institutions économiques, on constate que les diverses fortunes se forment et se développent dans la proportion suivante : 1, 2, 3, 4, 8, 16 ; et inversement que les ménages, possédant ces diverses fortunes, sont dans le rapport dans le rapport de 16, 8, 4, 2, 1. Il ne peut pas en être autrement, sans quoi la misère ou l’opulence serait générale. (…) Eh bien ! que les fortunes de ce dernier groupe composé en grande partie des organisateurs ou des favoris du banditisme soient taxées d’une remise de 3 à 4 %, et on réalisera immédiatement la somme nécessaire à la rapacité allemande. Les statistiques des économistes des économies sont d’accord avec moi dans cette répartition de la richesse publique. _________ 1-anonyme

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 1

    Lundi 20 mars 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 1 Next Next Lundi 20 mars 1871 DÉCLARATION - COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE (p 11) Levée de l'état de siège, convocation des élections communales Au peuple, Le peuple de Paris a secoué le joug qu’on essayait de lui imposer. Calme, impassible dans sa force, il a attendu, sans crainte comme sans provocation, les fous éhontés qui voulaient toucher la République. Cette fois, nos frères de l’armée n’ont pas voulu porter la main sur l’arche sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent ensemble les bases d’une République acclamée avec toutes ses conséquences, le seul Gouvernement qui fermera pour toujours l’ère des invasions et des guerres civiles. L’état de siège est levé. Le peuple Paris (sic) est convoqué dans ses sections pour faire ses élections communales. La sûreté de tous les citoyens est assurée par le concours de la garde nationale. Hôtel-de-Ville, ce 19 mars 1871. Le Comité central de la garde nationale, Assi, Billioray, Ferrat, Babick, Édouard Moreau, C. Dupont, Varlin, Boursier, Mortier, Gouhier, Lavalette, Fr. Jourde, Rousseau, Ch. Lullier, Blanchet, J. Grollard, Barroud, H. Géresme, Fabre, Pougeret. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE (p 12) Elections du conseil communal de Paris Le Comité central de la garde nationale, considérant : Qu’il y a urgence de constituer immédiatement l’administration communale de la ville de Paris, ARRÊTE : 1° Les élections du conseil communal de la ville de Paris auront lieu mercredi prochain, 22 mars. 2° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement. Chaque arrondissement nommera un conseiller par chaque vingt mille habitants ou fraction excédante de plus de dix mille. 3° Le scrutin sera ouvert de 8 heures du matin à 6 heures du soir. Le dépouillement aura lieu immédiatement. 4° Les municipalités des vingt arrondissements sont chargées, chacune en ce qui la concerne, de l’exécution du présent arrêté. Un avis ultérieur indiquera le nombre de conseillers à élire par arrondissement. Hôtel-de-Ville, ce 19 mars 1871. Le Comité central de la garde nationale, assi, billioray, ferrat, babick, édouard moreau, c. dupont, varlin, boursier, mortier, gouhier, lavalette, fr. jourde, rousseau, ch. lullier, blanchet, j. grollard, barroud, h. géresme, fabre, pougeret. _________________________________________________ DEMANDE - COMMANDANT DÉLÉGUÉ À L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p 39) Elections de conseils municipaux, élections des chefs de la Garde nationale Paris, depuis le 18 mars, n’a d’autre gouvernement que celui du peuple : c’est le meilleur ! Jamais révolution ne s’est accomplie dans des conditions pareilles à celles où nous sommes. Paris est devenu ville libre. Sa puissante centralisation n’existe plus. La monarchie est morte de cette constatation d’impuissance. Dans cette ville libre, chacun a le droit de parler, sans prétendre influer en quoi que ce soit sur les destinées de la France. Or, Paris demande : 1° L’élection de la marie de Paris ; 2° L’élection des maires, adjoints et conseillers municipaux des vingt arrondissements de la ville de Paris ; 3° L’élection de tous les chefs de la garde nationale depuis le premier jusqu’au dernier ; 4° Paris n’a nullement l’intention de se séparer de la France, loin de là : il a souffert pour elle l’Empire, le gouvernement de la défense nationale, toutes ses trahisons et toutes ses lâchetés. Ce n’est pas, à coup sûr, pour l’abandonner aujourd’hui, mais seulement pour lui dire, en qualité de sœur aînée : Soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenu ; oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé ! Le commandant délégué à l’ex-préfecture de police. E. Duval. Les délégués adjoints E. Teuillière, Édouard Rouiller, L. Duvivier, Chardon, Vergnaud, Mouton. _________________________________________________ DÉCLARATION - DÉLÉGUÉ À L’INTÉRIEUR (p 41) Vente des objets du Mont-de-piété, échéances des effets de commerce, interdiction aux propriétaires de congédier leurs locataires, respect des conditions de paix, aux auteurs de la guerre d'assumer l'indemnité imposée par les vainqueurs. - L’arrêté relatif à la vente des objets engagés au Mont-de-piété est rapporté. - Prorogation d’un mois des échéances des effets de commerce. - Jusqu’à nouvel ordre, et dans le seul but de maintenir la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d’hôtel ne pourront congédier leurs locataires. - Le comité central de la garde national est décidé à respecter les conditions de la paix. Seulement, il lui paraît de toute justice que les auteurs de la guerre maudite dont nous souffrons subissent la plus grande partie de l’indemnité imposée par nos impitoyables vainqueurs. Grêlier, Délégué à l’intérieur. _________________________________________________ DÉCLARATION - FÉDÉRATION RÉPUBLICAINE DE LA GARDE NATIONALE (p 42) Adoption des statuts de la Garde nationale - République seul gouvernement possible Le comité de la Fédération républicaine et le comité central de la garde nationale ont opéré leur fusion et adopté les statuts suivants : STATUTS Déclaration préalable La République est le seul gouvernement possible ; elle ne peut être mise en discussion. La garde nationale a le droit absolu de nommer tous ses chefs et de les révoquer dès qu’ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont élus, toutefois après une enquête préalablement destinée à sauvegarder les droits de la justice. Art. 1er. — La Fédération républicaine de la garde nationale est organisée, ainsi qu’il suit : 1° L’assemblée générale des délégués; 2° Le cercle de bataillon; 3° Le corps de guerre; 4° Le comité central; Art. 2. — L’assemblée générale est formée : 1° D’un délégué élu à cet effet dans chaque compagnie, sans distinction de grade ; 2° D’un officier par bataillon élu par le corps des officiers; 3° Du chef de chaque bataillon. Ces délégués, quels qu’ils soient, sont toujours révocables par ceux qui les ont nommés. Art. 3. — Le cercle de bataillon est formé : 1° De trois délégués par compagnie, élus sans distinction de grade; 2° De l’officier délégué à l’assemblée générale; 3° Du chef de bataillon. Art. 4. — Le conseil de légion est formé : 1° de deux délégués par cercle de bataillon élus sans distinction de grade ; 2° des chefs de bataillon de l’arrondissement. Art. 5. — Le comité central est dorme : 1° de deux délégués par arrondissement, élus sans distinction de grade par le conseil de légion ; 2° D’un chef de bataillon par légion, élu par ses collègues. Art. 6. — Les délégués aux cercles de bataillon, conseil de légion et comité central sont les défenseurs naturels de tous les intérêts de la garde nationale. Ils devront veiller au maintien de l’armement de tous les corps spéciaux et autres de ladite garde, et prévenir toute tentative qui aurait pour but le renversement de la République. Ils ont également pour mission d’élaborer un projet de réorganisation complète des forces nationales. Art. 7. — Les réunions de l’Assemblée générale auront lieu les premiers dimanches du mois, sauf l’urgence. Les diverses fractions constituées de la Fédération fixeront par un règlement intérieur les modes, lieux et heures de leurs délibérations. Art. 8. — Pour subvenir aux frais généraux d’administration, de publicité et autres du comité central, il sera établi dans chaque compagnie une cotisation qui devra produire au minimum un versement mensuel de cinq francs, lequel sera effectué du 1er au 5 du mois, entre les mains du trésorier, par les soins des délégués. Art. 9. — Il sera délivré à chaque délégué, membre de l’assemblée générale, une carte personnelle qui lui servira d’entrée à ses réunions. Art. 10 — Tous les gardes nationaux sont solidaires, et les délégués de la fédération sont placés sous la sauvegarde immédiate et directe de la garde nationale tout entière. Mercredi 21 mars 1871 ARRÊTÉ - FÉDÉRATION RÉPUBLICAINE DE LA GARDE NATIONALE (p 62) Modalités des élections municipales Paris, le 21 Mars 1871. Le comité central, n’ayant pu établir une entente parfaite avec les maires, se voit forcé de procéder aux élections sans leur concours. En conséquence, le comité arrête : 1° Les élections se feront dans chaque arrondissement par les soins d’une commission électorale nommée à cet effet par le comité central ; 2° Les électeurs de la ville de Paris sont convoqués jeudi 23 mars 1871, dans leurs collègues électoraux, à l’effet d’élire le conseil communal de Paris ; 3° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement ; 4° Le nombre de conseillers est fixé à 90, soit 1 pour 20 000 habitants et par fraction de plus de 10 000 ; 5° Ils sont répartis d’après la population, ainsi qu’il suit : 6° Les électeurs voteront sur la présentation de la carte qui leur a été délivrée pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale, le 8 février 1871, et dans les mêmes locaux ; 7° Ceux des électeurs qui n’auraient pas retiré leur carte à cette époque ou l’auraient égarée depuis, prendront part au vote, après vérification de leur inscription sur la liste électorale. Ils devront faire constater leur identité par deux électeurs inscrits dans leur section ; 8° Le scrutin ouvrira à 8 heures du matin et sera clos à 7 heures du soir ; le dépouillement commencera immédiatement après la clôture du scrutin. _________________________________________________ PROCLAMATION - DÉPUTÉS ET MAIRES DE PARIS (p 64) Elections des chefs de la Garde nationale et d'un conseil municipal Citoyens, Pénétrés de la nécessité absolue de sauver Paris et la République en écartant toute cause de collision, et convaincus que le meilleur moyen d’atteindre ce but suprême est de donner satisfaction aux vœux légitimes du peuple, nous avons satisfaction aux vœux légitimes du peuple, nous avons résolu de demander au- jourd’hui même à l’Assemblée nationale l’adoption de deux mesures qui, nous en avons l’espoir, contribueront, si elles sont adoptées, à ramener le calme dans les esprits. Ces deux mesures sont : l’élection de tous les chefs de la garde nationale et l’établissement d’un conseil municipal élu par tous les citoyens. Ce que nous voulons, ce que le bien public réclame en toute circonstance et ce que ma situation présente rend plus indispensable que jamais, c’est l’ordre dans la liberté par la liberté. Vive la France ! vive la République ! (Suivent les signatures.) Vendredi 24 mars 1871 DÉCLARATION - COMITÉ CENTRAL (p 87) Sur les tentatives de corruption d'agents bonapartistes et orléanistes Paris, le 23 Mars 1871. De nombreux agents bonapartistes et orléanistes ont été surpris faisant des distributions d’argent pour détourner les habitants de leurs devoirs civiques. Tout individu convaincu de corruption ou de tentative de corruption sera immédiatement déféré au comité Central de la garde nationale. Pour le Comité central E. Lebeau, délégué au journal officiel Jeudi 30 mars 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 237) Abolition de la conscription, tous les citoyens valides font partie de la garde nationale La Commune de Paris décrète : 1° La conscription est abolie ; 2° Aucune force militaire, autre que la garde nationale, ne pourra être créée ou introduite dans Paris ; 3° Tous les citoyens valides font partie de la garde nationale. Hôtel-de-Ville, 29 mars 1871. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p238) Remise des loyers d'octobre 1870, janvier et avril 1871 La Commune de Paris, considérant que le travail, l’industrie et le commerce ont supporté toutes les charges de la guerre qu’il est juste que la propriété fasse au pays sa part de sacrifices, décrète : Art. 1er. Remise générale est faite aux locataires des termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. Art. 2. Toutes les sommes payées par les locataires pendant les neuf mois seront imputables sur les termes à venir. Art. 3. Il est fait également remise des sommes dues pour les locations en garni. Art. 4. Tous les baux sont résiliables, à la volonté des locataires, pendant une durée de six mois, à partir du présent décret. Art. 5. Tous les congés donnés seront, sur la demande des locataires, prorogés de trois mois. Nota — Un décret spécial réglera la question des intérêts hypothécaires. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p238) Suspension de la vente des objets déposés au Mont-de-pitié La Commune de Paris DÉCRÈTE : Article unique. La vente des objets déposés au mont-de-piété est suspendue. Hôtel-de-Ville, 29 mars 1871. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p240) Nullité des ordres du gouvernement de Versailles Citoyens, la Commune étant actuellement le seul pouvoir, décrète : Art. 1er. Les employés des divers services publics tiendront désormais pour nuls et non avenus les ordres ou communications émanant du gouvernement de Versailles ou de ses adhérents. Art. 2. tout fonctionnaire ou employé qui ne se conformerait pas à ce décret sera immédiatement révoqué. Hôtel-de-ville, 29 mars 1871. Pour la commune, par délégation : Le président, Lefrançais assesseurs, Ranc, Ed Vaillant. _________________________________________________ DÉCRET - COMMISSION MILITAIRE (p241) Roulement du service militaire de la place de Paris La commission militaire DÉCRÈTE : Le roulement du service militaire de la place de Paris sera fait tous les jours par l’état-major de la place Vendôme, et le mot d’ordre partira également de la même place. A cet effet, les chefs de légions pour les légions organisées, et les chefs de bataillons pour celles qui ne le sont pas encore, enverront tous les jours, à neuf heures du matin, à l’état-major de la place Vendôme (bureau du service), un capitaine adjudant-major pour prendre le service du lendemain, et à trois heures du soir un adjudant sous-officier pour le mot d’ordre. Tout ordre de service et tout mot d’ordre émanant d’une autre source seront considérés comme nuls et non avenus et leurs auteurs rigoureusement poursuivis. Le général Bergeret, commandant la place Paris, membre de la commission militaire, est chargé de l’exécution du présent décret. Les membres de la Commission militaire, Pindy, Eudes, Bergeret (Jules), E. Duval, Chardon, Flourens, (G.) Ranvier. _________________________________________________ DÉCRET - DÉLÉGUÉ CIVIL ET COMMANDANT MILITAIRE DE L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p242) Interdiction des jeux de hasard, enjeux confisqués au profit de la République. Le délégué civil et le commandant militaire de l’ex-préfecture de police, Considérant qu’un exemple pernicieux est donné à la population par des chevaliers d’industrie qui encombrent la voie publique et excitent les patriotes aux jeux de hasard de toute sorte ; Qu’il est immoral et contre toute justice que des hommes puissent, sur un coup de dé et sans peine, supprimer le peu de bien-être qu’apporte la solde dans l’intérieur des familles ; Considérant que le jeu conduit à tous les vices, même au crime, arrêtent : Art. 1er. Les jeux de hasard sont formellement interdits. Tout joueur de dés, roulette, lotos, etc., sera immédiatement arrêté et conduit à l’ex-préfecture. Les enjeux seront confisqués au profit de la République. Art. 2. La garde nationale est chargée de l’exécution du présent décret. Paris, le 29 mars 1871. Le commandant militaire, Général E. Duval, Le délégué civil, Raoul Rigault.

  • 3h-Salle des ruines | Auluxecommunal

    PHOTOGRAPHIES DES RUINES et leurs petits livrets Thomas Cook La photographie, qui s'était développée pendant la Commune, prend son essor commercial après la semaine sanglante : photos des sites incendiés vendus aux touristes venus "admirer" les ruines, portraits des communard.e.s incarcéré.e.s vendus par Appert. L'Archevêque de Canterbury et Thomas Cook Le tourisme des ruines rencontrera un grand succès, en France et en Angleterre. Thomas Cook organisera des voyages et accompagnera lui-même l'archevêque de Canterbury et sa soeur. Marville : ruines de l'Hotel de Ville, salle de réception Rotonde la Villette, arrière du combat Grenier d'abondance Porte Maillot ERIC FOURNIER ET LA DESTRUCTION DE PARIS "Les Parisiens confrontés à la destruction de leur ville en 1871" >> "Les photographies des ruines de Paris en 1871 ou les faux-semblants de l’image" >> L'Archevêque de Canterbury, Archibald Campbell Tait Des livrets sont publiés et vendus aux touristes, proposant des itinéraires de visite, accompagnés ou non de photos. LES GUIDES DE PARIS-BRÛLÉ "Le guide-recueil de Paris-brûlé – Evénements de mai 1871" >> , contient le récit de l'entrée de l'armée versaillaise à Paris et la bataille des rues, des notes historiques et archéologiques sur tous les monuments et maisons particulières incendiés ou détruits – Un joli plan de Paris colorié et une collection de photographies avant et après l'incendie par Pierre Petit. Paris, E. Dentu, libraire-éditeur, introduction de Ed. Moreau. "Le Guide à travers les ruines. Paris et ses environs, avec un plan détaillé" >> , de Ludovic Hand et J-J Blanc, Paris Alphonse Lemerre, éditeur. "Paris incendié" >> , de Henri de Bleignerie et Édouard Dangin , qui fait état de 11 bâtiments disparus et de dégradations dans cinq rues du centre de la capitale. John Mottu édite, dans le Moniteur universel, des chroniques sur les destructions : " Les désastres ordonnés et causés par la Commune dans la seconde quinzaine de mai 1871" >> . Sa démarche, écrit Lewandowki, est motivée par le fait que : "Plusieurs journaux, sous la légitime émotion du premier moment, ont exagéré les incendies et destructions, de sorte que les étrangers qui arrivent à Paris croient trouver une ville en ruines, et sont fort étonnés […] de trouver des quartiers intacts, sans aucune trace d’incendie ou de projectile." "Des plans illustrés, écrit encore Lewandowski, sont également mis à la disposition des touristes qui ne manquent pas d’acheter, en souvenir de leur promenade, toutes les séries de photographies. Ce tourisme qui remplit les hôtels et les restaurants va favoriser la reprise de l’économie, paralysée depuis plus d’un an par la guerre franco-prussienne, puis par l’insurrection." PARIS, SES MONUMENTS ET SES RUINES - CARTE 1870-71 >> Pour embellir cet affreux Paris que nous devons à la misérable munificence des maçons modernes, ne pourrait-on semer çà et là quelques ruines, brûler la Bourse, la Madeleine, le Ministère de la Guerre, l'église Saint-Xavier, l'Opéra et l'Odéon ? Joris-Karl Huysmans, L'architecture cuite et autres textes , 1893

  • Retitrage tableaux Courbet | Auluxecommunal

    RETITRAGES DES TABLEAUX DE COURBET LA REMISE AUX CHEVREUILS Courbet, à ses débuts, revendiquait parfois des interprétations allégoriques pour des sujets assez ordinaires. Dans les années 1860, les critiques en avaient fait un sujet de moquerie (1) récurrent, ce dont Courbet s'amusait à son tour : en 1866, il notait que son tableau "La remise aux chevreuils" était susceptible d'évoquer "la conspiration d'une société secrète de chevreuils qui s’assemblent dans les bois pour proclamer la république ". Ce qui produit un fort beau titre, tout en harmonie avec ses idées politiques. (1) : Courbet et la Commune, musée d'Orsay, mars-juin 2000, p19 & 26 (note 78) Un atelier sera donc ouvert ici qui invitera les visiteur.ses à retitrer les tableaux de Courbet. Un musée virtuel permettrait d'explorer ces tableaux sous leurs nouvelles appellations. DIGRESSION DIGRESSION ARTIFICIELLEMENT INTELLIGENTE Recherche, sur Internet, de la source mentionnant le titre secondaire : "Société secrète de chevreuils qui s’assemblent dans les bois pour proclamer la république". Réponse de l'IA : La Société secrète de chevreuils qui s’assemblent dans les bois pour proclamer la république est un phénomène qui n’existe pas dans les faits. (...) Il n’y a pas de preuve de l’existence d’une société secrète de chevreuils qui se réunissent pour proclamer la république. Il est important de noter que les chevreuils sont des animaux sauvages qui vivent dans les forêts et les montagnes, et ils ne possèdent pas la capacité de créer des sociétés secrètes ou de proclamer des républiques. Ils sont principalement préoccupés par la recherche de nourriture, la reproduction et la protection de leur territoire. Il est possible que vous ayez confondu les chevreuils avec d’autres animaux ou phénomènes naturels qui peuvent sembler mystérieux ou inhabituels. Il est important de rester sceptique face aux informations qui semblent trop étranges ou incohérentes.

  • 3g-Salle des petroleuses | Auluxecommunal

    SALLE DES PÉTROLEUSES Le mot « pétroleuse* » a été inventé dans les jours qui ont suivi la Semaine sanglante 22-28 mai 1871, au cours de laquelle les troupes gouvernementales de Versailles ont repris Paris, tuant et fusillant environ 20 000 insurgés, y compris de nombreuses femmes. La presse versaillaise a accusé les communardes d'avoir allumé des incendies dans les rues où l'on ne se battait plus. Édith Thomas, auteur d'un ouvrage sur les femmes de la Commune, Les "Pétroleuses" , Gallimard, 1963, distingue les combattantes qui, comme les hommes, ont pu mettre le feu dans les rues où elles se repliaient, de ces prétendues furies qui, sillonnant Paris des seaux à la main, et allumaient des incendies dans le reste de la ville — on pourra aussi se référer à l'article de Michèle Riot-Sarcey, De la "tricoteuse" à la "pétroleuse" , La Revue du musée d'Orsay n°10, 2000. Mais le mot était lancé, il fera fortune, à l'usage des misogynes, pas mécontents de compléter leur bagage d'injures. https://www.lhistoire.fr/gare-aux-pétroleuses) " Cette figure totalement fantasmatique est inventée pendant la semaine sanglante, sans doute par deux journalistes du Figaro et de Paris-Journal, Villemessant et de Pène." Eric Fournier, Les pétroleuses , in La Commune de Paris - 1871 - Les acteurs, l'événement, les lieux , Ed. de l'Atelier, 2021, p.960. Maxime Du Camp, l'ami de Flaubert, l'un des adversaires les plus acharnés de la Commune, démentait lui-même la légende des Pétroleuses dans Les Convulsions de Paris : "Dès la matinée du 24 [mai], Paris fut pris de folie. On racontait que des femmes se glissaient dans les quartiers déjà délivrés par nos troupes, qu'elles jetaient des mèches soufrées par les soupiraux, versaient du pétrole sur le contrevent des boutiques et allumaient partout des incendies. Cette légende excusée, sinon justifiée, par l'horrible spectacle que l'on avait sous les yeux, était absolument fausse ; nulle maison ne brûla dans le périmètre occupé par l'armée française." Du Camp écrivit aussi : " QUANT AUX PÉTROLEUSES, C'ÉTAIT DES ÊTRES CHIMÉRIQUES ANALOGUES AUX SALAMANDRES ET AUX ELFES. LES CONSEILS DE GUERRE NE PARVINRENT PAS À EN EXHIBER UNE." SUITE DE LA VISITE

  • Elisee Reclus | Auluxecommunal

    ELISEE RECLUS Projet pour l’Exposition Universelle de 1900, globe terrestre de 160 mètres de diamètre, au sommet de la colline de Chaillot, face à la Tour Eiffel Géographe et militant anarchiste français, membre de la Première Internationale, Elisée Reclus participe avec Pierre Kropotkine au journal "Le Révolté". Précurseur de la géographie sociale , de la géopolitique , de la géohistoire et de l'écologie, il était végétarien, naturiste, partisan de l'union libre et espérantiste. Elisée Reclus >> Elisée Reclus : projet de globe terrestre >>

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