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- Video Spectres | Auluxecommunal
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- Inventeurs | Auluxecommunal
INVENTIONS DES COMMUNARD.ES NAPOLÉON GAILLARD : les chaussures en Gutta-percha. Avec son invention des chaussures en gutta-percha, une gomme de caoutchouc, Napoléon Gaillard poursuivait un double but : fabriquer des chaussures plus souples et plus imperméables que les chaussures cousues ou clouées, et alléger la tâche de l’ouvrier cordonnier. « Le public, écrivait-il, ignore toutes les fatigues de corps et d’esprit de l’ouvrier-cordonnier qui fabrique par des procédés ordinaires. Par mon système, il travaille sans fatigue aucune, développe son intelligence, obtient un beau travail et peut être classé au rang des modeleurs et des sculpteurs ». Son procédé fit l'objet d'une édition et de licences d'exploitations qui semblent avoir remporté un franc succès. JULES ALLIX : le doigt prussique et la boussole pasilalinique sympathique Jules Allix a été maire du VIIIème arrondissement de Paris pendant la Commune. Son frère est médecin et ami de Victor Hugo à Jersey. Ils s'intéressent ensemble au spiritisme et Jules participera à certaines de ces séances. Secrétaire d’un « Comité de la Commune de Paris dans le VIIIe », Jules Allix, futur maire de VIIIème arrondissement de Paris sous la Commune, préside en octobre 1870 une réunion de femmes au gymnase dirigé par son ami Hippolyte Triat et y prône l’emploi du « doigt prussique » : un tube contenant de l’acide et placé au bout d’un dé de caoutchouc serait la meilleure protection des femmes contre les assiduités des Allemands... "Jules Allix conçut l'idée (...) de confier cette redoutable "arme nouvelle" au corps des "Amazones de la Seine" créé en octobre, un bataillon de femmes destiné à seconder les hommes dans la défense des remparts et à secourir les blessés. Il écrit : Le prussien avance vers vous. Vous tendez la main, vous le piquez, il tombe raide mort et vous restez pure et tranquille (G. Soria, La grande histoire de la Commune , T1,p.227) « L'invention » la plus célèbre à laquelle Jules Allix est associé date de 1850 et se nomme la « boussole pasilalinique sympathique » ou « boussole escargotique ». Il s'agit d'une méthode de télégraphie basée sur la capacité supposée des escargots à maintenir un contact sympathique après l'acte sexuel. Autrement dit, un escargot est capable de transmettre à toutes distances, par le biais d'un fluide identifié à une forme de magnétisme animal propagé par le sol, son état d'excitation au congénère avec qui il a sympathisé, c'est la « commotion escargotique ». Jules Allix n'était pas vraiment l'inventeur de ce moyen de communication, mais abusé par une expérimentation manifestement truquée, il se fit le promoteur naïf de la prétendue découverte de Jacques Toussaint Benoît et Biat-Chrétien (personne fictive censée se trouver aux Amériques et être en contact escargotique quotidien avec Benoît). AUGUSTIN AVRIAL : le motocycle à pétrole, la couseuse pneumatique... Après l'amnistie de 1880, il revient en France, devient contrôleur du matériel à la compagnie des Chemins de fer de l'État (1880-1882). Parallèlement il mène une activité d'inventeur : un motocycle à pétrole (la pétrolette), une locomotive, un triporteur (salon de l'automobile de 1901), un tramway électrique, un ballon ascensionnel , un hippodrome mécanique... Avrial travaillera, en 1889, pour Gustave Eiffel, pour lequel il coordonnera plus de 60 corps de métiers pour bâtir la Tour et plusieurs bâtiments de l'Exposition Universelle. PASCHAL GROUSSET : le sport non basé sur la compétition. Ses articles sur le sport et l'éducation, publiés dans le journal Le Temps sous le pseudonyme de Philippe Daryl, ainsi que son ouvrage La Renaissance physique (1888), proposent une vision communarde des pratiques physiques opposée à la vision "versaillaise" des pratiques sportives. Il souhaite valoriser les plus faibles et les plus en difficulté ainsi que le plus grand nombre de pratiquants contrairement au modèle sportif qui valorise le champion et le plus petit nombre. En octobre 1888, il crée la Ligue nationale d'éducation physique qui, globalement, rejette la compétition sportive en la considérant comme politiquement et moralement néfaste. Il s'oppose ainsi frontalement à Jules Simon qui a créé en juin de la même année un Comité pour la propagation des exercices physiques. En effet, si Grousset est favorable à la pratique des sports en tant qu'hygiène de vie, il rejette toute idée de compétition, au profit d'un idéal de fraternisation et d'éducation populaire. Cela le place, à tous les égards (tant en politique qu'au niveau de l'idéal sportif), totalement à l'opposé d'un Pierre de Coubertin 6 . Grousset, le vieux et Coubertin, le jeune, se détestent réciproquement. Coubertin écrit dans une correspondance avec Philippe Tissié : Ce « Monsieur Paschal Grousset qui est un homme que je méprise et avec lequel je ne veux point avoir de rapports » Paschal Grousset écrit aussi avec et pour Jules Verne. EDMOND-ALFRED GOUPIL : le kiosque-signal de circulation Ancêtre des feux tricolores 14 , présenté à l'exposition d'hygiène en 1896 15 . Un kiosque-signal est installé à titre expérimental en 1912 au Carrefour Montmartre16 , mais retiré après 20 jours d'utilisation 17 . Il y en a un aussi à la même époque sur le Boulevard des Italiens. HERMINIE CADOLLE : le corselet-gorge Herminie fait partie de l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés , et devient une amie de Louise Michel. Elle fait partie du comité de soutien aux déportés de la Commune, le comité socialiste révolutionnaire, dont elle est trésorière. Elle décide de quitter la France en début d'année 1887 et s'installe en Argentine . Elle ouvre une boutique de lingerie à Buenos Aires . Elle a l'idée de couper le corset en deux pour libérer le corps, de rajouter une armature, et crée ainsi le corselet-gorge, ou maintien-gorge, qui deviendra le soutien-gorge . Elle est de retour en France pour présenter ses créations lors de l'exposition universelle de 1889 . Elle dépose un brevet sur le corselet-gorge en 189810 . Elle participe ensuite à l'exposition universelle de 1900 à Paris. En 1910, elle décide de créer un atelier et une boutique au 24 de la rue de la Chaussée-d'Antin 11 , et confie ce lieu parisien à sa belle-fille Marie. Elle devient ainsi la fondatrice de la maison Cadolle, entreprise familiale qui existe toujours, depuis six générations BLANCHE CAVELLI & MAXIME LISBONNE : le striptease De mars à juin 1894 , Blanche Cavelli s'illustre dans Le Coucher d'Yvette appelé aussi Le Coucher de la mariée, pantomime lyrique en un acte de Francisque Verdellet accompagnée d'une musique d'Eugène Arnaud . Au XIXème siècle, les cafés-concerts et les music-halls se mettent à produire des pantomimes très légèrement fictionnelles, qui sont en fait les ancêtres du strip-tease [...] L'argument en est fort simple. Yvette, jeune femme, se languit en l'absence de son mari, parti faire ses vingt-huit jours au service de la patrie. Au moment de se coucher, elle se déshabille, en contemplant le portrait de l'absent. Puis, après avoir enlevé ses principaux vêtements - corsage, robe, jupons blancs et roses, pantalon, bas et chemise-, elle écrit une lettre à son époux pour lui faire part de ses sentiments [...] Dans les vingt années suivantes, le motif du "coucher" ou du lever" prospère sur les scènes de music-hall et inspire le cinéma naissant. Examen de censure pour Blanche Cavelli dans le Coucher d'Yvette, cité dans l'article "l'anniversaire du nu", revue Frou Frou n°24. Précédemment refusée par l'Eden-Théâtre , la pièce fait l'objet d'une répétition spéciale pour la censure. Blanche Cavelli procède à l'effeuillage devant M. Bourdon qui donne son aval à condition de quelques remaniements. C'est donc le 3 mars 1894 qu'a lieu la première représentation18 de ce spectacle en soirée de gala puis en nocturne sur invitation chez Maxime Lisbonne propriétaire du Concert Lisbonne alias Le Divan Japonais , célèbre cabaret parisien fréquenté par Toulouse-Lautrec . Blanche y reprend l'histoire d'Yvette qui se déshabille pour aller se coucher mais elle ose pour la première fois procéder au déshabillage complet, ce qui vaut salle comble pour de nombreuses représentations. Dans ce "premier déshabillé risqué sur une scène de théâtre" (...) "Yvette défait son corsage, sa jolie robe qui lui va si bien, ses jupons blancs, ses jupons roses. Le pantalon tombe, les bas s’enlèvent, la chemise de nuit remplace la batiste du jour". "Cette scène muette étonne Sarcey par sa nouveauté, et par la manière dont elle tient le spectateur en haleine, sans pour autant nécessiter aucun coup de théâtre ni péripétie [...] la dramatisation du geste érotique supplante la construction dramatique de l'action. - Marcel Cerf : "Maxime Lisbonne, le d’Artagnan de la Commune de Paris", Ed. du Panorama, Bienne 1967 - Didier Daenincks : « Le banquet des affamés », éd. Gallimard 2012, et « 12 rue Meckert », Folio policier, éd. Gallimard 2013 ...à suivre... DES INVENTEURS DE LA GUERRE DE PRUSSE L'inaction du Gouvernement de défense nationale contre les Prussiens provoqua les propositions les plus fantastiques pour gagner la guerre et de nombreux mémoires furent adressés au "Comité scientifique de Paris" qui firent les propositions suivantes : - empoisonner la Seine en aval de Paris; - décomposer l'air que respirent les Prussiens; - placer à Versailles des mines actionnées électriquement de Paris; - suspendre à des ballons attachés en grappe une masse pesant dix millions de tonnes et d'un diamètre de vingt-cinq kilomètres qui serait larguée au-dessus de l'état major de Helmuth Karl Bernhard Moltke, chef du Grand État-Major général de l'armée prussienne, et le réduirait instantanément à l'état de mauvais souvenir; - attirer les Prussiens par une "mitrailleuse musicale" en leur jouant du Schubert, qui les faucherait ensuite. - fabriquer mille montgolfières qui feraient l'aller sur Paris avec une vache pour assurer le ravitaillement, et le retour avec des personnes ne pouvant pas porter les armes; - harnacher dix mille pigeons en un attelage aérien de grande puissance. - La Petite Presse raconta une expérience menée au Jardin des plantes : quatre aigles pouvaient soulever un poids de cinq tonnes : il suffisait qu'un aéronaute soit juché dans une nacelle et tienne devant leur bec un morceau de chair crue piqué au bout d'une lance; - Pour réassurer la communication de Paris avec la Province, on suggéra des chiens-messagers, des boules de verre lancées dans la Seine, portées par le courant, des sous-marins, et bien sûr, la boussole pasilalinique sympathique de Jules Allix. Le moyen le plus sûr, le moins couteux fut le moins ambitieux : le pigeon-voyageur qui transportait accroché aux pattes des microfilms, petites pellicules au collodions, dont chacun était l'équivalent d'environ quarante mille messages. 302 pigeons furent employés pendant le siège, 59 seulement revienrent dans la capital, les autres périrent du froid, des balles prussiennes, ou des faucons que les Prussiens lancèrent contre eux. D'autres propositions, tenues alors pour chimériques, sont entrées depuis dans l'arsenal des armées modernes : - les "remparts mobiles", ancêtres des chars d'assaut; - les "poches de Satan", emplies de pétrole, annonciatrices du napalm; - jets sur les lignes prussiennes de bouteilles contenant la petite vérole. Voir Georges Soria, La grande histoire de la Commune, Tome 1, p. 227-228
- Fourier Archibras | Auluxecommunal
L'ARCHIBRAS DE CHARLES FOURIER Archi-bras - Animaux, anti-animaux et contre-animaux. MÉTAMORPHOSES FOURIÉRISTES La pratique de l'Harmonie par les phalanstériens permettra, au cours du temps, d'engendrer des métamorphoses corporelles. Les nouvelles créations surgiront 5 ans après les premiers Phalanstères. Fourier (IV, 255) Ainsi du Bras d'Harmonie, aussi appelé Archibras, dont Victor Considérant, le principal disciple de Fourier, fut équipé par de nombreux caricaturistes. Victor Considérant, principal disciple de Fourier, dans la pose de l'anti-lion, avec l'attribut de l'archi-bras. L'extrait suivant fut supprimé de la publication de certains cahiers de Fourier par ses disciples, soucieux de développer les aspects économiques et politiques de la doctrine, sans exposer l'association fouriériste aux conséquences qu'entrainerait la publication des écrits les plus extravagants, comme « Le nouveau monde amoureux », très licencieux pour l'époque, ou les théories liée à la « Régénération du corps humain » (les métamorphoses humaines ou animales). Quoique les hommes soient une race identique dans tous les globes, ils ont dans les soleils un avantage bien éminent sur ceux des autres globes : c’est le BRAS D'HARMONIE ou ARCHIBRAS réunissant diverses facultés réparties entre nos animaux, celles de la trompe de l’éléphant, celles de la queue prenante du singe. Ce bras d’harmonie est une véritable queue d’une immense longueur à 144 vertèbres partant du coccyx. Elle se relève et s’appuie sur l’épaule d’où elle doit porter à la double hauteur du corps, ainsi selon notre hauteur elle aurait environ 16 pieds de longueur dont 3 de perdus pour l’appui sur l’épaule et au moins 12 de développement. Ce membre est aussi redoutable qu’industrieux, il est arme naturelle. Un habitant du soleil attendrait un lion et un taureau de pied ferme, et à 6 pas il casserait au lion l’échine d’un coup d’archibras et renverserait le taureau par les cornes ou les jambes sans l’approcher, et il couperait d’un [blanc] la tête du serpent. Enfin il est armé de résistance contre tous les animaux et met l’homme sans arme à niveau avec eux. On conçoit quelle est sa supériorité quand il est armé d’une épée. L’archibras est terminé par une main très petite, allongée, aussi forte que les serres de l’aigle ou du cancre. Les doigts sont de dimension inverse : les 1 et 4 plus grands que les 2 et 3, le pouce très allongé. Cette main a comme la patte du lion des griffes mobiles et rentrantes. L’archibras à la nage fait avancer un homme aussi vite qu’un poisson. Il fouille au fond des eaux, y porte et assure les filets. Avec son appui un homme atteint une branche de 12 pieds de hauteur, saute sur l’arbre et descend de même, va pincer des fruits à l’extrémité de l’arbre et les rassemble dans le panier noué à l’archimain. Il sert de fouet et de guide à celui qui tient la charrue ou qui, placé dans une voiture, peut de l’intérieur ramasser un fétu et enrayer sans descendre. Il sert à dompter un cheval mutin : le cavalier avec son archibras lui noue les deux jambes. Il sert de même à diriger par la corne tous les bestiaux et l’éléphant par les défenses. Il dirige les ballons et les ailes. Il est infiniment utile, et dans le jeu des instruments il double les facultés manuelles, ses doigts, quoique très petits, étant très extensibles. Enfin ses emplois sont si brillants et si nombreux qu’il est plus aisé de les concevoir que de les décrire. Ce membre, en accélérant prodigieusement les travaux donne d’immenses richesses aux habitants solaires. Si nous pouvions voir les habitants du globe solaire, chacun d’eux, homme et femme, nous paraîtrait entortillé d’un grand serpent blanc dont la tête et le col se développerait à partir de l’épaule qui en serait le point d’appui. Car on développe toujours de l’archibras une longueur égale au double du bras. On ne le déroule en plein que pour les grands emplois. S’agit-il d’un saut : dès que l’élan est pris l’archibras s’appuie en spirale. Il doit tripler au moins l’élan naturel. Il affaiblit la chute des deux tiers. On le fait tournoyer en cône pour ralentir le corps et former parachute inférieur au moyen duquel on peut tomber d’un lieu fort élevé sans autre danger qu’une contusion, vu que le premier choc est supporté par l’archibras arrivant à terre et s’y roulant en spirale pour former appui. L’homme pourvu d’archibras ne se baisse jamais ou presque jamais dans le travail. S’il faut agir de la bêche ou de la pioche, on les emploie d’une grande longueur parce l’archibras les dirige du fer, tandis qu’ils sont du bout du manche soutenus par les deux mains. Le levier ainsi renforcé par sa longueur et son double appui peut faire un ouvrage au moins triple du nôtre à force égale. Si le maçon monte au sommet d’une flèche, l’archibras lui sert à se nouer et garantir de chute en lui laissant l’usage des deux mains et de l’archimain. Les emplois sont bien plus étendus dans les travaux du matelot qui au moyen de ce membre grimpera aux mâts avec la vélocité d’un singe et y travaillerait bien noué et muni de trois mains dont l’une atteindra à 12 pieds du matelot. On remplirait cent pages s’il fallait décrire en plein les précieux usages de ce membre sans lequel le corps humain est vraiment un avorton. On pourrait s’étonner que Dieu n’ait pas favorisé d’un membre si utile la race qui habite notre globe. Elle se détruirait elle-même si elle était pourvue de cette arme naturelle qui ne convient qu’aux hommes exempts de passer par les périodes de lymbe sujettes à la discorde. Il y a bien quelques discordes individuelles entre les Solariens, mais dans leurs luttes il est défendu par point d’honneur de faire usage de l’archibras au moyen duquel deux hommes pourraient par coups simultanés s’entrouvrir le ventre à tous deux. On objectera que nous serons exempts de pareil danger dans l’harmonie où par l’effet de la politesse générale les disputes seront traitées avec civilité comme aujourd’hui celle des gens de cour. L’observation est juste mais il n’est pas moins vrai que nous avions plusieurs mille ans à passer dans un état de discorde pendant lequel Dieu a dû nous refuser l’archibras. Il ne nous sera donné que lorsque nous aurons passé à l’Harmonie Composée qui commencera après 16 générations d’Harmonie Simple — environ 400 ans. La race humaine à cette époque sera enfin pourvue de l’archibras comme les habitants du soleil. Elle le perdra à la fin du monde lorsqu’elle sera retombée en Harmonie Simple ou 25e période sociale. De nombreux communards étaient fouriéristes : Eugène Varlin, ouvrier relieur, financier et intendant de la Commune, l'artiste Auguste Ottin, l'architecte Joseph Delbrouck, le poète-maroquinier Fortuné Henry. Eugène Pottier, dessinateur sur étoffes et chansonnier (L'internationale), qui intégra la notion de Luxe Communal dans le manifeste de la Fédération des artistes, parlait de la « cosmogonie à la fois mystique et matérialiste" de Fourier. Charles Fourier, considéré par Marx et Engels comme figure du « socialisme critico-utopique », était à la recherche de l'Harmonie universelle. "L'oeuvre de Fourier, écrit Engels, est un poème mathématique et l'on ne peut mieux définir les superbes concerts de passions inventées, puissances d'harmonie qui passent la raison, mais que l'étrange rêveur maîtrise et mesure selon la science la plus juste : les mathématiques." Engels , Dialectique de la nature, Paris 1950 Animaux, anti-animaux, contre-animaux >>
- 1a-Cafe extérieurs | Auluxecommunal
LES MÉTAMORPHOSES DU CAFÉ Repasser la porte d'entrée du café dans l'autre sens modifie à chaque fois l'aspect du bâtiment et ses extérieurs. 1 Le premier passage de la porte conduit vers l'aspect originel de l'extérieur du bâtiment, déduites toutes ses salles fantômes. 2 Le deuxième passage de la porte mène le visiteur dans les ruines du café, après la semaine sanglante. 3 Dessin : Jiyoon Jang Le troisième passage de la porte d'entrée vers l'extérieur conduira vers un grand jardin potager, conçu selon le projet de Kropotkine. Un bateau en forme de coque de noix permet à Elisée Reclus de naviguer au fil du ruisseau : il entrera dans la cabane-bateau, qui se retournera, le mènera à travers les marais, puis vers l'océan où dériveront les continents de la Commune. Les jardins de Kropotkine >> L'histoire d'un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l'histoire de l'infini. Elisée Reclus, "Histoire d'un ruisseau", Libertalia, 2023.
- Pierre d'asile | Auluxecommunal
LA PIERRE D'ASILE ÉLÉMENTS DU PROJET Pierre d'asile - Place Robert-Humblot, Ornans, Franche-Comté. Hauteur : environ 2 m / diamètre : environ 0.80 m D'après les archives municipales, de 1514 à 1674, Ornans, ville natale de Gustave Courbet, a bénéficié d'un droit d'asile pour ceux qui avaient commis un homicide par accident ou par autre circonstance méritant grâce. Prenant de chacun d'eux dix florins en monnaie pour leur réception. Le réfugié qui sollicitait l'asile devait probablement toucher une statuette, aujourd'hui disparue, dans la niche creusée dans la colonne qui supportait une croix. Celle-ci était érigée près du Grand pont (côté rue Pierre-Vernier). La croix a été supprimée à la révolution et la colonne a servi de pilier pour une maison au bord de la rive droite de la Loue. Elle y était encore en 1967. Après cette date, la colonne a été déplacée sur la place Robert-Humblot", en face du musée Courbet, de l'autre côté de la Loue. PROJET - Acquisition d’1 m2 de terrain dans différentes villes en vue de l’érection de pierres d’asile sur le modèle d’Ornans. Les demandeurs d'asile seraient invités, lors d’une cérémonie proche des parrainages républicains, à venir poser la main dans la niche de la pierre. Le rituel serait à la fois symbolique et déclaratif/performatif. - Courbet aurait pu en être usager, accusé à tort d'avoir fait tomber la colonne Vendôme, et condamné à en rembourser les frais de reconstruction. Pierre d'asile d'Ornans >>
- Pierre Kropotkine | Auluxecommunal
Vers les projets non-réalisés Vers les extérieurs - Jardin LES JARDINS DE PIERRE KROPOTKINE Dessin : JiYoon Jang Kropotkine : g éographe , explorateur , zoologiste , anthropologue , géologue et théoricien du com- munisme libertaire. Le projet de Kroptkine est visible lorsque le visiteur repasse la porte d'entrée du café pour la première fois. Le jardin le conduit vers les marais, où Elisée Reclus lui permettra d'accéder, par le ruisseau, vers la cabane à toit de bateau, qui se retournera et le conduira vers la haute mer. L’insurrection de 1871 est réimaginée par Kropotkine à partir de ses expériences de jardinage menées lors de son incarcération en Russie et de sa lecture des théories du zoologue Karl Kessler sur les instincts de coopération dans la nature. Selon ce plan, tous les grands parcs de Paris, mais surtout les domaines de l’aristocratie, les grandes réserves de chasse de Rambouillet et au-delà, les forêts et les terres des châteaux, sont expropriés et consacrés à des potagers à haut rendement. Kristin Ross, L'imaginaire de la Commune , La fabrique, p. 144 Lorsque Pierre Kropotkine réécrit l'histoire de la Commune de Paris dans "La conquête du pain" (1892), il se prend à rêver d'une Île de France entièrement appropriée et transformée en un vaste potager autogéré pour faire vivre la ville révolutionnaire. Son livre est sans doute le premier à avoir défendu l'idée que la proximité avec les moyens de subsistance et la participation directe à leur production étaient essentielles non seulement pour créer et maintenir une intimité vécue avec le territoire, mais aussi pour inscrire un mouvement dans la durée. Kristin Ross, La forme-Commune - La lutte comme manière d'habiter , La fabrique, p. 24 Pierre KROPOTKINE >> Vers les projets non-réalisés Vers les extérieurs - Jardin
- 1g-Discussion Michel/Sand | Auluxecommunal
Rencontre GEORGE SAND - LOUISE MICHEL Michel Pinglaut : uchronie librement inspirée de « Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? » de Mariecke de Bussac Louise Michel : Salut la bourgeoise ! Georges Sand : Fi, la sauvageonne ! - Ah oui, je suis une sorte d’épouvantail, une ogresse, puisque tu affirmes, bourgeoise insensée, qu’à Paris, nous nous mangeons entre nous. - N’êtes vous pas appelée la Vierge rouge ? - C’est ce qu’en disent les journaux, que tu reçois à Nohant. Tu as le choix, puisque les journaux communeux y arrivent aussi. - Vous êtes, fauve déchaînée, complice de la Commune. - La Commune veut la République sociale et universelle. En quoi, avons-nous notre place au zoo de Vincennes ? La Révolution sociale, ça doit te dire aussi, sauvageonne de 1848 ! - Mais regardez ce que la populace a fait de Paris : une ruine et un égout de vomis d’alcooliques. - Les destructions, les incendies, ma vielle, aux Prussiens d’abord, aux obus versaillais ensuite. Toi, romancière, tu sais ce que signifie « tirer à boulets rouges ». Les espions napoléoniens sabotaient aussi. Ils voulaient retrouver le lupanar de Badinguet et de l’Eugénie. - Mais l’Hôtel de ville ? - Oui ! Nous ne voulions pas que les versaillais triomphent dans ce que fut le symbole de l’expression du Peuple. Vercingétorix, l’arverne, n’a-t-il pas voulu faire la terre brûlée devant Jules. Nous avons aussi détruit la colonne Vendôme, symbole du césarisme des Napoléons, le 1er et l’autre, le petit. Nous avons brûlé les Tuileries dont les ors provenaient des profits tirés sur le travail des malheureuses et des humbles. - Pourquoi cette fièvre obsidionale ? - Ma petite, voilà encore une pensée issue des cerveaux versaillais. Ignoble de reprocher aux Parisiens de vouloir défendre Paris, de ne pas céder devant les Prussiens. - Il fallait arrêter cette guerre qui a meurtri la jeunesse de nos campagnes. - Les Jules ont été des capitulards. Les Communeux ne sont pas des traîtres, des lâches. - Ecoute. Moi aussi, j’ai été sociale et rouge. Mais je hais la violence. - La violence est née de votre peur de perdre vos petits privilèges bourgeois, d’avoir reconnu que les Communeuses et les Communeux voulaient sortir de la misère. J’ai d’ailleurs écrit un roman feuilleton populaire La Misère en 1881. - Oui, je me souviens des jeunes filles de Lyon, face à leurs métiers à tisser et la réponse d’un député : « Si on interdit aux enfants de travailler, de quoi vivraient leurs familles ». Moi, j’étais une indignée. - Alors, pourquoi nous avoir abandonné en 1871 ? - J’ai préféré le rejet de la guerre et le calme des paysans, touchés par les morts de 70. Je ne voulais pas que les rêves révolutionnaires se réalisent dans le sang des révolutions. - Il y en a marre de la domination, pour les femmes surtout. Nous voulons une Humanité nouvelle, un monde nouveau, une République sociale, universelle, sans le poids des bondieuseries et de la religion. - Mais elle ne doit pas croître dans le sang ! - Qui a été sanguinaire ? Qui a attaqué Paris dès le 2 avril ? Quelques centaines - oui, c’est trop –, bien sûr, de victimes de la Commune et de la population outrée de tant d’injustices. Mais les 25 000 morts de la Semaine sanglante ? De cette guerre civile déclenchée par Versailles. M. Thiers est un foutriquet qui a les mains rouges de sang. - Je n’aimais pas particulièrement Thiers. - Alors ? - Les Communards ont été excessifs, je les crois insensés dans leur construction du monde. C’était une aventure dangereuse. Mais vous, institutrice, d’où vous viennent ces pensées d’insoumission ? - Les parents et grands parents qui m’ont recueillie m’ont fait lire les philosophes du siècle des Lumières, Voltaire en particulier. Mais toi aussi, George, tu as été initiée à ces philosophes ? - J’ai été moi aussi , effectivement révoltée par l’injustice sociale, par les affronts faits aux femmes. - J’ai lu Les paroles d’un croyant de Lamenais et cela m’a marqué. - Ah, Lamenais ! Je me suis disputée avec lui, à cause du divorce. J’ai eu aussi une éducation voltairienne. Jean-Jacques Rousseau m’est familier. La gestion du domaine de Nohant est l’occasion de mettre ses préceptes en pratique . - Grand-père m’a raconté l’épopée de la Grande Révolution. Nous lisions nombre de livres ensemble. - Bon sang ! Mais chez moi aussi, mon père a approuvé la fin des privilèges ! - J’ai connu, enfant, la vie heureuse de la campagne. Je me suis intéressée à la lutte contre la maltraitance des animaux. Même sur La Virginie, le bateau d’exil pour atteindre la Nouvelle Calédonie, je ne pouvais pas supporter la chasse aux cormorans. - Mais moi aussi, j’aime les animaux et les plantes de mon cher Berry. Pour les plantes, je cherchais les secrets de leur usage. - Dans mon enfance, j’ai pratiqué les veillées, écouter les bonnes vieilles histoires du terroir. Cela ne m’a pas empêché d’apparaître comme une jument folle de liberté. - Bon sang ! Les veillées du Berry ont bercé mon enfance et toute ma vie rurale. Vous savez bien, nom d’un chien,que j’ai voulu redonner tous ces faits charmants dans mes romans pour qu’une jeune fille du pays d’Oïl comprenne et ressente toutes mes pensées et mes pratiques. - Mais, le pain issu du terroir est dur à gagner, bourgeoise ! C’est pourquoi il ne faut pas se résigner à crever de faim, à accepter la fatalité, à être une ouaille du Seigneur. - Arrêtez ! Je comprends tout cela ! - Alors, le programme de la Commune aurait dû vous toucher, toi et tes amis de la littérature et des arts. L’école, l’égalité institutrice-instituteur, le soutien pour une vie meilleure aux déshérités… Quel beau programme ! - Ne revenons pas sur la Commune, nous allons nous crêper le chignon. Mais je partage vos idées sur l’injustice. Certains meurent d’indigestion et les autres crèvent de faim. - Donc, la justice divine n’existe pas. - Je veux croire qu’une divinité puissante soit capable de créer un monde vivable. Mais je pense que cette divinité ne croit pas en l’homme ou plutôt utilise sa folie et ses défauts. - Cet être suprême n’a engendré que religiosité, despotisme, propriété, guerres. - Je ne suis pas spécialement dans la religion, mais je crois qu’elle peut agir contre les puissants. - L’homme, et bien sûr, la femme ne seront jamais libres tant qu’ils croiront et obéiront à un dieu. - Mais Dieu inspire la charité chrétienne. C’est comme cela que j’agis vis à vis de mes paysans du Berry. - Employons donc le mot de solidarité qui ne se conçoit pas avec un être faible et isolé. - Toutes les existences sont solidaires les unes des autres. - Dis donc, bourgeoise, ton Jésus n’a-t-il pas été crucifié pour avoir dit « aimons-nous les uns les autres » ? - J’ai pensé (je pensais ?) au communisme. D’ailleurs, dans ma province, ne dit-on pas que je suis communisque. C’est une manière de christianisme. - J’ai aussi pensé au communisme pour dépasser la notion de charité. Puis à l’anarchie, pour éviter le pouvoir de l’état-patron. - Les hommes ne sont pas mûrs pour le communisme et l’anarchisme. Le communisme peut devenir une religion. Mais peut-il être forme de société? Mais j’ajoute : malheur à la richesse. Comment le communisme, l’anarchisme peuvent-ils devenir une force de reconstruction sociale ? - Et comment concevoir l’amour dans cette société ? - Pour moi, je n’ai pas pu, je n’ai pas voulu vivre sans amour Et l’amour (m') a fait, par la maternité, le plaisir immense d’avoir mon fils Maurice. - Moi, je n’ai jamais voulu donner d’esclaves aux puissants ! - Bon sang, l’amour est donc politique chez vous ? - L’amour ne doit pas faire oublier les combats d’idées. - Aimer ne m’a jamais empêché d’agir, de combattre, de convaincre pour des idées. - Et le mariage dans tout ça ? - Je ne défends pas le mariage. C’est une institution faite de barbarie. Il doit être aboli. - L’ homme et la femme doivent cependant être main dans la main. - L’espèce humaine doit progresser vers la justice et la raison. Les enfants doivent profiter de cela. - Mais toi, George, tu n’es pas restée main dans la main avec le même homme ? - J’ai d’abord aimé mon mari, enfant illégitime du baron Dudevant. Je me suis mariée à 18 ans. Lui en avait 27. Nous n’avions rien en commun. La chasse ! La chasse! C’était son intérêt. J’ai aimé follement de nombreux hommes. Physiquement, j’étais dyspareunique, j’avais mal pour accomplir l’acte d’union. Alors, par instinct, je changeais. Je voulais aussi montrer que la femme est forte, qu’elle peut mener un homme. Je n’avais pas peur du scandale. Par mon prénom, par ma façon de m’habiller, de fumer. Et vous, Louise, vous avez pris un nom d’homme (aussi ?) ? - Enjolras, oui. En signant, ma chance d’être insérée, éditée, lue s’en trouvait meilleure. André Léo a fait de même. - Il y a un grand pas à faire contre la bêtise humaine qui induit que l’intelligence n’est réservée qu’aux hommes. - Bravo, George ! - Le monde masculin veut régner par la force brutale et étouffer notre intelligence. Nous laisser incultes. - Nous voulons la science et la liberté. Comme institutrice, ma méthode était expérimentale. Elle irriguait le cerveau mieux que les leçons apprises par coeur. - J’ai inscrit ma fille dans votre école. Je lui voulais aussi un enseignement laïque. - En Nouvelle-Calédonie, j’ai mêlé enfants de métropolitains et kanak. - Ne trouves-tu pas que la femme est plus sensible, plus artiste, plus poète ? - Quoi ? C’est toi, George qui parle ainsi ? - Mais, en poésie, tu as été encouragée par Victor Hugo. Je ne l’ai jamais rencontré. Mais à la mort de sa fille, je lui ai écrit, le 30 août 1868. « Mon coeur a été avec le vôtre durant ces jours amers, en cette épreuve bien grande, d’un grand courage. Que peut-on vous dire, à vous, que votre grande âme ne vous dise plus et mieux. On peut seulement vous dire que plus le malheur vous frappe, plus on vous respecte et vous aime ». - Il m’a toujours soutenue, même dans les jours d’emprisonnement. C’était mon maître en poésie. - Tiens, tiens ! Drôle de qualificatif pour une révolutionnaire : « Mon maître ». On dit que vous avez été sa maîtresse ? - Ah ! Ragots ! Il paraît même que j’aurais eu une fille de lui. - Mais le public préfère nos amours à nos idées. Ragots aussi pour moi avec ce pauvre Musset. Ecrire est une passion, mais surtout un travail, pour tirer revenu de ma plume. - Mais le monde de l’édition et un univers de bassesses. J’ai rempli des pages et des pages. Même si je n’étais pas payée par ces chicaneurs. - Nous nous ressemblons donc. Il faut toujours travailler, travailler. - Travailler, travailler. - Travailler en musique. Enfant, j’étais déjà sensible à la musique… Et puis. .. Chopin… - J’aime le violon par-dessus tout. - La musique adoucit les mœurs. - Dommage que les policiers ne soient pas suffisamment musiciens. - Alors, pourquoi faites-vous de la politique ? - C’est plutôt de l’humanité. Les inégalités tomberont quand homme et femme seront ensemble pour la lutte finale. - L’homme et le femme pourront remplir des fonctions différentes ou semblables sans que la femme soit tenue dans un état d’infériorité. - Je revendique le droit des femmes non-esclaves de l’homme. Nous sommes la moitié de l’humanité. - Pour que notre condition de femmes soit transformée, il faut que la société soit transformée radicalement. - Nous ne voulons pas quelques cris isolés, mais que le peuple entier, debout, réclame la délivrance de tous les esclavages, qu’ils s’appellent le prolétaire ou la femme. - Nous savons, pauvre Louise, que la majorité du peuple français est crédule, ignorante, bête et méchante, aveugle, ingrate. - Elle est bourgeoise, donc ! On protège trop celui qui possède contre celui qui n’a rien. - Vous méritez (gagnez ?) à être connue. Il paraît qu’à Londres, on vous appelait Good Woman. - Ce n’était pas pour me déplaire. C’est mieux que voleuse, massacreuse, pétroleuse, incendiaire, furie. - Moi, c’est la bonne dame de Nohant. - J’ai le mal des morts, tant de mes amies et amis ont disparu. - Allez, nous allons nous quitter. Voulez-vous de la camomille de mon jardin? - Je préfèrerais une infusion de fleurs de niaoulis. - C’est curieux que nous ne nous soyons jamais rencontrées. - Nous sommes les symboles de 2 mondes. - Mais, bon sang, j’apprécie le peuple des campagnes. - Mais , vous n’êtes plus la George de 48. - Je suis Républicaine. Le peuple, l’humanité, ce ne sont pas des vains mots. - Nous sommes à une époque d'anxiété et tout le monde cherche sa route. - Alors, cherchons-la, ensemble.
- Clavier d'outre-reve | Auluxecommunal
" LE CLAVIER D'OUTRE-RÊVE " LOUISE MICHEL Dessin de Natalya Buryka OUTRE-RÊVE, composition de Sylvain Neveu 00:00 / 01:48 Il y a quelques jours, je m’endormis dans un rêve charmant. J’étais libre, dans l’espace sans bornes, où je montais aussi facilement qu’on suit les sentiers de nos vallées. Je me trouvais dans un monument, si vaste que ses limites apparaissaient comme un horizon lointain. Le silence emplissait les voûtes, mais on en pressentait la sonorité inouïe. Je m’assis devant un instrument dont le clavier s’en allait si loin en montant et si loin en descendant, qu’il devait compter bien des sons inappréciables à l’oreille humaine. Lorsque je posai les mains sur ce clavier il s’en échappa un soupir harmonieux et doux, comme si une âme en sortait, et les voûtes vibrèrent. Mon esprit s’unit à l’esprit qui chantait dans l’instrument. Cet orgue prodigieux avait des demi-tons au lieu de tons et des quart de tons pour demi-tons. De petits archets adaptés à chaque note étaient mis en mouvement lorsqu’on posait les doigts sur les touches : la corde gémissait comme celle d’un violon, et tout cela était emporté dans de prodigieux tuyaux. C’était beau à prendre le cœur, à ravir l’intelligence; ce qu’on jouait sur ce clavier c’était son âme même. Chaque phrase musicale pouvait se traduire en une strophe ardente et la strophe à son tour devenait vivante et s’envolait sous mille formes inconnues à notre sphère. Était-ce donc le dernier mot de l’harmonie? Non, car par-delà le lieu où j’étais, devait s’en trouver un autre, où nul instrument n’était nécessaire, où tout était chant, où tout vibrait comme une lyre. Quel rêve ! J’oubliai tout lorsque tout s’effaça. De grosses pattes velues passant sur mon visage m’éveillèrent. C’était Minet qui jouait avec mes cheveux, en renfonçant à peu près ses griffes. Il était grand jour, hélas ! notre jour qui n’est pas la grande lumière du songe. En face de mon lit le piano encore ouvert de la veille, sur lequel je jetai un coup d’œil indigné. Que pouvait-il me dire après ce clavier divin ? Louise MICHEL Source: Le Progrès musical. Journal artistique et littéraire , 1er novembre 1867
- 1g-Discussion Lisbonne/Cerf | Auluxecommunal
DIALOGUE MAXIME LISBONNE – MARCEL CERF Par CLAUDINE CERF d'après « Le D'Artagnan de la commune (Le colonel Maxime Lisbonne) » de Marcel Cerf, éd. Dittmar, 2014 Maxime Lisbonne : Je suis un saltimbanque ! Marcel Cerf : Saltimbanque avant la Commune, pendant la Commune, après la Commune !!! ML : Eh oui, saltimbanque je suis ! Saltimbanque je reste ! MC : Evidemment ! Une mère, modiste célèbre, créatrice de chapeaux, qui coiffe les plus grandes actrices du « boulevard du crime »… ML : …et, comme tu sais, un père juif, grand républicain… et peintre ! MC : Tous artistes en somme ! ML : Et tous sans préjugés ! C’est le combat contre l’ordre établi qui nous anime… et l’Art aussi. L’Art pour tous comme l’écrit ma camarade de bagne, mon amie, Louise Michel. MC : …Le théâtre, c’est Ta vie ML : Y compris le théâtre des opérations militaires ! MC : D’accord… Mais avant la Commune, tu étais la coqueluche du public… ML : Surtout féminin ! J’ai tout joué, tout monté, des pièces du répertoire romantique, des pièces populaires… Tout ! MC : Et, malheureusement, tu as même été directeur de théâtre ! ML : Pas doué pour la finance, tu me le rappelles subtilement, Marcel ! De toute façon, la guerre a tué tous mes projets. MC : Tu n’as pas changé de registre pourtant… ML : Non, tu le sais et tu m’as bien compris : saltimbanque je suis, saltimbanque je reste ! MC : Même quand tu es incorporé à la Garde nationale en 1870, pendant la guerre franco-prussienne, ta manière de refuser une récompense militaire méritée ne manque pas du panache, Maxime Lisbonne ! Et pourtant tu ne joues pas un rôle, tu n’es pas sur scène … ML : Je suis tout juste un saltimbanque sans emploi qui défend les principes républicains auxquels il croit. Normal, non ? MC : Et même vital ! Et c’est ça qui me fascine en toi, ton idéal de saltimbanque qui concilie l’art et le combat pour la justice sociale… Et encore, tu n’as pas vraiment commencé la grande aventure ! ML : Depuis le début du siège, je suis sur le pont, citoyen Marcel Cerf ! MC : C’est vrai, et membre du Comité central de la garde nationale fédérée du Xème arrondissement... ML : de Paris !!! Pas de rôle politique, je veux de l’AC-TION, uniquement de l’Action !!!!! MC : En effet, de l’action tu vas en avoir, citoyen Maxime Lisbonne ! ML : Le 18 mars, il fallait marcher sur Versailles, tout de suite. Il fallait occuper le Mont-Valérien immédiatement. Je l’ai dit, je l’ai redit… MC : …le Comité central s’est réveillé trop tard… Il y avait un traitre ….Tu l’avais compris avant tout le monde. La suite aurait pu être toute différente, j’en suis convaincu. ML : Il faudra que je m’essaie à un rôle de traître… J’ai vu comment ça marche ! MC : Tu es mauvais en affaires, Maxime Lisbonne, personne ne le nie, mais avoir refusé de te présenter, pour cette raison, aux élections de la Commune nouvellement proclamée, le 28 mars, c’est une erreur…. Tu étais très populaire… ML : Ce que j’aime, mon cher historien, tu le sais pourtant, c’est l’action… Pas les discussions à l’infini… indispensables, oui, mais ce n’est pas pour moi... Et puis imagine qu’on m’ait reproché la mauvaise gestion de mon théâtre... Tu vois un peu l’effet sur les citoyens : un représentant du peuple qui ne sait pas compter ! Un élu dangereux pour ses électeurs ! Non, pas ça !!! Saltimbanque je suis, saltimbanque je reste ! MC : Sauf que le 2 avril, les Versaillais bombardent Paris et le 3, c’est la riposte de la Commune ! Tu vas passer des planches aux pavés ! ML : Et comme tu le sais, j’ai la charge de transférer l’artillerie à la Porte Maillot et d’organiser les bataillons…. MC : Les Versaillais tirent… depuis le Mont- Valérien, en position dominante ! Tout ce que tu avais prévu, tout ce que tu redoutais ! La garde nationale est ébranlée, désorganisée ou même pas organisée du tout. ML : Ma première proposition d’organisation, je l’ai déposée avec Edouard Moreau, que tu connais très bien, Marcel, et dès le 19 mars ! Réponse : néant. A la suite de ce 3 avril, j’en dépose deux autres… MC : Victor Hugo le martelait déjà en 1848 : Il faut or-ga-ni-ser !... Tu parles ! Au moins, tu peux compter sur ton ordonnance, le tirailleur algérien ! ML : Mohamed ben Ali et moi, nous resterons soudés dans l’adversité. MC : Le Juif et l’Arabe, ensemble, pour la Commune !!! MC : Respect, Lisbonne ! Le délégué à la guerre, le général Cluseret, ne tarit pas d’éloges, sur ton courage… et il salue ta dégaine de saltimbanque. ML : Je ne me renierai jamais ! MC : Tu as raison et, du reste, les responsabilités vont pleuvoir. L’organisation des compagnies de marche n’est pas un mince exploit et je te le dis sincèrement Lisbonne, le comédien que tu es se révèle un organisateur hors du commun. L’organisation, tu as ça dans le sang ou quoi ? ML : J’ai pourtant enfreint les ordres ! MC: En effet, tu n’as pas suivi les instructions de Rossel, Maxime! ML: Il fallait que je commande des uniformes pour mes hommes... et vite, très vite! Le coup de feu contre les Versaillais n’atttend pas! Alors, passer par la voie hiérarchique... pas le temps! Je ne suis pas un militaire de métier, mon cher Marcel, je suis un artiste au combat ! MC : Je sais : « saltimbanque tu es, saltimbanque tu restes ». Ton amie Louise Michel, elle, se disait « artiste en Révolution ». Entre artistes combattants, vous vous compreniez bien, ça va de soi. ML : Mon chef d’état-major, Rossel ne m’en a jamais voulu d’avoir désobéi. MC : C’est vrai et je ne peux pas m’empêcher de relire, à haute voix, ce que Nathanaël Rossel, t’a dit, à toi, Lisbonne : « En révolution, il est toujours difficile quand on ne connaît pas les hommes ni leur passé politique, de leur laisser le champ libre. En dix jours, vous avez mis 15 bataillons en état d’aller combattre. Vous avez enfreint, il est vrai, mes ordres. Mais ce prompt résultat m’assure de votre dévouement à la cause que vous défendez. Bonne chance et au revoir ! » ML : Je suis passé par-dessus la voie hiérarchique, histoire d’aller plus vite. Il y avait urgence, c’est tout, sinon, j’aurais obéi aux ordres de Rossel. MC : Et tu as assuré la défense du Fort d’issy les Moulineaux avec Brunel… ML : …Rossel m’a nommé Colonel, colonel, moi, le théâtreux !!!!… MC : A la tête des corps-francs, de sacrés lascars venus de Paris ou de Montrouge…Pas des figurants de théâtre, des fidèles parmi les fidèles… Et c’est dur de se battre au milieu des rivalités et des ordres contradictoires, sans compter les espions et les fuyards…. ML : …et les tirs des Versaillais qui redoublent !… C’est drôle, tu vois, mais ça ne me fait pas peur. MC : Tu n’es pourtant pas sur une scène et comme le général la Cecilia est blessé, en plus, tu assures le commandement en chef, mais les ordres de Rossel sont dévoyés, mal suivis… Résultat : les Versaillais vont prendre le fort d’Ivry ! ML : Et Rossel, écoeuré, démissionne !!!... MC : C’est ça, comme dit Nathanaël, « Tout le monde délibère et personne n’obéit ». ML : Il a dit ça, c’est vrai. Je le respectais . MC : Et comment tu supportes le reste ? ML : Mal. Si le fort de Vanves tombe à son tour, c’est la faute d’officiers traîtres ou irresponsables du genre de… Oh et puis, non, ne retenons même pas leurs noms. MC : Mais tu les connais ? ML : Bien sûr. Et j’ai dit à Edouard Moreau, le « commissaire civil à la guerre », que j’aimais beaucoup, qu’on pouvait tenir à Vanves face aux Versaillais à condition d’avoir des troupes sérieuses. J’insiste sur Edouard Moreau parce que j’ai en tête que tu lui as rendu un sacré hommage… mérité !!! MC : Un amoureux des arts lui aussi... Je ne sais d’où te viennent tes connaissances en matière de guerre mais le fait est que tu es expert, sauf que seul contre l’apathie des états-majors, malgré tes plans réfléchis, tu ne peux rien ! ML : Des troupes indisciplinées, peu ou pas de munitions…. On est cuits ! Et les francs-tireurs, une fois de plus, jouent les artilleurs, ils sont magnifiques mais le matériel manque… Je ne peux plus rien. MC : Tu te mets très souvent en danger, tu grimpes sur les barricades, tu harangues les Versaillais… Tu oublies que tu n’es pas sur une scène ? ML : Je n’oublie pas, je fais mon boulot de Colonel. MC : Dans le XVème, après une reconnaissance dans la direction des tirs versaillais, un drame… ML : Un drame oui… et , pour moi, un drame personnel. MC : Mohamed ! ML : Oui, partis en reconnaissance, un de mes officiers… et mon cher Mohamed, ne reviendront pas. Les Versaillais bombardent à mort. MC : Partout les barricades surgissent. Rue Vavin, tu ne donnes pas l’ordre d’incendier la rue… L’incendie est un moyen défensif, certes, mais c’est un autre qui donnera l’ordre d’incendier, pas toi… Et tu te souviens du Panthéon ? ML : Oui, tout le quartier est en effervescence, ailleurs aussi, dans presque tout Paris, mais les Versaillais s’acharnent. MC : Paris brûle, plus de canons, pas assez d’hommes… ML : Nous nous défendons comme des lions… Je fonce ! MC : Tu ne peux pas t’empêcher de jouer… même avec la mort ! ML : Saltimbanque je suis, saltimbanque je reste ! MC : Au point de subjuguer Jean-Baptiste Clément… ML : Sur les dernières barricades, avant le coup de grâce ? MC : Oui. Il écrit qu’on te voyait t’offrant en cible aux balles, juché sur un cheval de labour, large comme un éléphant… ML : Tué d’un coup, sous moi ! C’est le quatrième ! MC : Tes hommes ont peur pour toi. ML : L’important, c’est de les protéger, eux ! Moi, je ne descends pas de cheval parce que c’est comme ça que mes hommes m’aiment ! MC : Et tu tombes en serrant contre toi l’obus que tu allais entreposer, avec les autres obus, dans une voiture à bras… ML : Un réflexe, c’est tout ! MC : Si tu l’avais lâché, tous les obus auraient éclaté en même temps. Le carnage !!!! ML : Mon cheval est crevé. Moi, je suis blessé à la cuisse ; c’est le début de la fin ! MC : C’est la semaine sanglante. Les Versaillais assassinent. Trop de blessés à la mairie du XXème qui sert d’hôpital. Tu attends… Tu te sens mourir. ML : Je demande qu’on remette mon écharpe de membre du Comité central à ma femme. C’est pour mon fils. Vive la République ! Vive la Commune ! MC : Même à l’agonie, quel panache ! Saltimbanque tu es, saltimbanque tu restes ! ML : Qui a dit que la parole d’un saltimbanque est incompatible avec la défense de nos droits, avec la liberté, avec la justice sociale… Personne ! MC : La Commune est terrassée. Les cadavres jonchent les rues… Thiers triomphe ! Avec ta jambe à moitié arrachée, Maxime, tu aboutis à l’hospice de Vincennes… ML : Et là, quel accueil !!! MC : Je l’ai dans l’oreille cette phrase de bienvenue : « Enlevez-moi cette charogne, et foutez-le ou vous pourrez ! » ML : La charogne que je suis crie de douleur quand on la jette dans un coin. MC : « Gueule, tu n’en as plus pour longtemps ». C’est ça que tu entends ! ML : La soeur Clotilde, qui fait les pansements, nous, les communards, on l’aime ! Il faut le dire, quand même. MC : Oui , il faut le dire… ML : Mais il y a tous les autres, celles et ceux qui viennent regarder les blessés comme s’l s’agissait de bêtes féroces. MC : Ça remplace le zoo ! Ça meurt de partout et dehors, on fusille !… Rossel… Ton Rossel. ML : Oui Rossel, fusillé !… Et plein d’autres. Ferré par exemple. Son frère, fou de douleur, me bombarde de projectiles divers… Je ne bouge pas… Je vis encore, moi ! A demi gangréné mais en vie. MC : Et tu t’en sors ! Et c’est le conseil de guerre ! Principal chef d’accusation : l’incendie de la rue Vavin !!!! En vérité, les Versaillais savent que tu n’en as pas donné l’ordre, mais il ignorent qui l’a fait… ML : Ils attendent encore, je ne dirai rien ! MC : Tu n’es ni un lâche, ni un délateur… Mais le responsable de l’incendie ne te sera jamais reconnaissant de ton silence… ML : Il est devenu célèbre… MC : et ingrat en proportion. On dit son nom ? ML : Non, et c’est trop tard… MC : Tous ceux que tu as sauvés sont pétris de trouille. Les faux-témoins et les mouchards, les muets, aveugles et sourds de circonstance, les oublieux opportunistes, tous ceux que tu as épargnés au cours des combats se recroquevillent et s’abstiennent de témoigner en ta faveur. La presse versaillaise te souille de ses crachats. ML : Je ne leur réserve même pas un glaviot, « J’ai été calomnié, traîné dans la boue par une presse vendue et sans pudeur. Certains écrivains se sont même permis de m’attaquer dans ma vie privée. Je les mets au défi de me fournir une seule preuve sur les faits qu’ils ont avancés. A ces calomniateurs de métier, je ne ferai même pas l’honneur d’une réplique. C’est par le mépris et avec la botte qu’on répond à de tels adversaires ». MC : Et les supérieurs du sergent – major Lafont, un Versaillais fait prisonnier par son frère communard - l’empêchent d’expliquer que tu l’as épargné, comme tu en as épargné tant d’autres. ML : ll aurait fallu être versaillais pour tuer sans scrupules. MC : Maxime, tu as épargné même un espion, infiltré dans vos rangs !!!! ML : S’il m’est arrivé de tuer, c’est par légitime défense. Point. N’en parlons plus. MC : On n’en parle plus… Et le 5 décembre 1871, Colonel Lisbonne… tu es condamné à mort. Rien que ça ! Tu te pourvoies en cassation. ML : 5 juin 1872, même sentence : je suis condamné à mort. Pourvoi en cassation rejeté. MC : Mais… ML : …Laisse-moi le dire : mais le 14 septembre 1872, la « commission des grâces » commue la peine de mort en travaux forcés à perpétuité. MC : Travaux forcés pour un infirme ! L’homme à la jambe coupée ! En route pour Toulon ! ML : Malgré mes béquilles, à la forge, on me rive le boulet du forçat. Pareil pour les voleurs et les assassins. On est mélangés aux pires bandits. On nous sert une soupe puante… Et pendant qu’on mange, on nous colle sur un trou pour faire nos besoins. Histoire de gagner du temps ! MC : Elle est belle notre civilisation ! Mais toi, tu ne peux pas t’empêcher de… jouer… Et la veille de l’embarquement pour la Nouvelle- Calédonie, tu gueules… ML : Nuance : je crie « vive la Commune ! » MC : Le Commissaire du bagne est loin, il entend tes cris… mais sans les comprendre. Tu racontes très bien l’événement, on imagine l’énergumène, bave aux lèvres, qui fond sur les condamnés. ML : Parfaitement, et j’ai dit, « c’est moi le coupable ! » et j’ai ajouté « j’ai crié de toutes mes forces ». Les autres sont médusés. Silence de mort. MC : Tu te sens sur une scène, tu joues… ML : Je joue à fond, oui, oui, et, imperturbable et pénétré de mes paroles, j’ajoute : « J’ai crié Vive monsieur le commissaire » ! Tête du type. Il est décontenancé. Personne ne bronche. « Foutez-moi le camp » qu’il répond. MC : Tu ne peux pas t’empêcher de jouer, même en plein danger. ML : Eh oui, saltimbanque, je suis, saltimbanque je reste ! MC : Ensuite, départ pour la Nouvelle-Calédonie. Traversée affreuse. ML : Passe, passe, c’est épouvantable… Et une fois sur place, guère mieux ! MC : Châtiments corporels, tortures sadiques, sévices divers et variés… Et pourtant, tu continues à jouer… Comme tu es infirme, tu ne peux pas être très utile… ML : Alors, j’ai une autre tâche : souffler dans une corne... et bien à l’heure… pour rassembler les condamnés au retour de leur besogne… MC : Et, une fois encore, tu ravis ton public ! Tu prends pour exécuter ta tâche une attitude théâtrale qui déride même les plus récalcitrants : les surveillants et leurs épouses par exemple ! ML : Saltimbanque je suis… MC : …saltimbanque tu restes, et comment ! C’est au camp de Tindu que tu rédiges tes souvenirs sur du papier aussi fin que du papier à cigarettes… Ces souvenirs exceptionnels, Le Pelletier, journaliste et historien de la Commune, communard comme toi, Lisbonne, Lepelletier, oui, les a eus en mains ces souvenirs… Et avant moi ! ML : Et… MC : c’est sa veuve, très âgée, qui me les a confiés. Elle a retourné toute sa maison de la Ferté-Alais, dans la région parisienne, pour les retrouver. Elle avait compris ma fébrilité et mon émotion. Elle t’a connu et elle t’aimait bien cette vieille dame charmante. Tu aurais dû lui parler de ta vie au bagne… Tu te souviens ? ML : Là-bas, il y a d’autres communards et pas des moindres, alors je m’emploie à les distraire de cette vie de forçat. MC : Incorrigible, tu crées le premier théâtre en terre canaque ! ML : Saltimbanque je suis… MC : Ah ! Epargne-moi la suite !!! Gaston da Costa, condamné avec toi, a su te rendre hommage, il sait que tu es un théâtreux mais aussi un chef militaire « brave jusqu’ à la témérité » et au bagne, un détenu « héroïque comme sur le champ de bataille ». Voilà ce qu’a dit da Costa, substitut de Raoul Rigault, procureur de la Commune. ML : Mon costume empanaché sur les barricades amuse tout le monde… MC : Alphonse Humbert, ton co-détenu au camp de Tindu, et qui était journaliste au Père Duchêne, est libéré avant toi ! Et toi, au bagne, toujours, tu écris… une pièce de théâtre bien sûr ! ML : Et, par lettre, je demande à Humbert de collaborer à l’écriture. MC : Et tu t’imagines, t’adressant à la foule des spectateurs : «Mesdames et messieurs, la pièce que nous avons eu l’honneur de représenter devant vous est de M. Alphonse Humbert… » ML : …et Maxime… MC : Maxime…. ML : Maxime du camp de Tindu !!! MC : Ah le jeu de mots magnifique et malicieux, quand on sait que Maxime du Camp est un adversaire farouche de la Commune !... Mais l’amnistie est enfin votée et en décembre 1880, tu rentres à Paris… après 8 ans de bagne ! ML : « Les huit années de tortures que j’ai endurées n’ont fait que rendre plus vif et plus entier mon dévouement à ta cause, Paris ! » MC : Tu es toujours prêt, Maxime, pour célébrer la Commune de Paris et les communeux ! ! ML : « Pardonner n’est pas possible, après les injures dont nous avons été abreuvés. Mais il est un sacrifice que, du moins, je saurai te faire, Paris : j’oublierai ! » MC : Et tu vas oublier, ou faire semblant, grâce au théâtre ! ML : Oui, le 29 avril 1882, place de la Chapelle, au théâtre des Bouffes du Nord, la première oeuvre que je monte, c’est Nadine, une pièce de mon amie, ma co- bagnarde, la citoyenne Louise Michel ! MC : Une réussite inoubliable ! La pièce est située en 1846 dans la république de Cracovie. Il y a des révoltes, des morts, des coups de théâtre, et tout le monde reconnaît la Commune derrière le soulèvement polonais. Les Communards - du moins les survivants - et tout le Paris littéraire font un accueil triomphal à Nadine. C’est un succès populaire comme il y en a peu… ML : Mais le pouvoir veille, tapi dans l’ombre… C’est la République, la troisième, mais une deuxième Commune, non, elle n’en veut pas ! MC : Certes, mais La Commune, même devenue polonaise, fait recette; les caisses du théâtre se remplissent… ML : …et Louise distribue tout à ses pauvres ! Normal. MC : Et quelle ambiance dans la salle et dans les couloirs après le spectacle ! Les discussions sont passionnées entre les vieux communards et les révolutionnaires en herbe. C’est enthousiasmant ! ML : C’est la vie retrouvée !!! La fièvre du théâtre et celle de la justice sociale font monter la température ! Et c’est dans mon théâtre que ça se passe… et avec Louise ! Tu vois comme j’ai eu raison de rester saltimbanque ! MC : Et tu ouvres ta maison à tout le monde, aux malheureux en priorité, bien sûr… et aux profiteurs aussi qui, en pagaille, puisent dans ta bourse. Ça ne rend pas ta chère Elisa très heureuse… ML : …Oui, c’est la seule chose qui m’attriste… Je lui impose toutes mes pitreries mais je ne sais pas faire autrement. MC : Alors revenons à ce qui te rend joyeux… et fier… Après Louise, Victor Hugo ! ML : Oui, aux Bouffes, toujours, si j’ai pu monter Hernani, c’est grâce à sa générosité, il m’a donné son accord tout de suite… MC : Tu crois que Louise est dans le coup ? Ils s’aiment bien tous les deux. ML : Il a été un peu tiède sur la Commune… MC : Disons, réservé… : « Je suis pour la Commune dans son principe… » ML (déclamant) : « …et contre la Commune dans son application ». Mais il accueille chez lui les communards proscrits quand il réside à Bruxelles… Malgré les injures et les jets de pierre, en pleine nuit ! MC : Lui qui déteste la violence, il est servi !… Il a écrit un beau poème sur cette agression nocturne... Bon, en tout cas, avec Hernani, tu te régales ! ML : Laisse-moi te raconter une histoire cocasse à propos d’un jeune acteur qui joue le même soir Hernani chez moi et une autre pièce au Théâtre français. Je suis monté sur scène et j’ai inventé un stratagème ébouriffant pour faire passer l’absence… provisoire… de mon comédien… Le temps qu’il passe d’un théâtre à l’autre… Succès grandiose ! MC : ... Et c’est l’amour qui t’a inspiré! Allez, détaille-nous un peu l’irruption de la comédie dans un drame romantique! Pauvre Hugo! ML : J’ai raconté, au public médusé, que deux de mes comédiens s’étaient battus sur la scène, pendant l’entracte, pour les beaux yeux de la plus belle de mes pensionnaires.... MC : ...Et l’un d’eux , supposé blessé... ML : ...mais légèrement!!!! MC : Ca vaut mieux pour la véracité du récit!!!! L’un d’eux, donc, le pseudo blessé, était censé recevoir des soins ... ML : ...Histoire de faire patienter le public ... Bref, quand mon jeune acteur est revenu au galop du théâtre français , ni vu ni connu, il a repris son rôle dans Hernani! Et hop, on a rouvert le rideau!!! Les spectateurs ont tout gobé et ils ont fait un triomphe au “blessé”... qui a dû jouer la suite de la pièce, le bras en écharpe, bien entendu! !!! MC : Ah! le sens du réalisme ! Tu es un sublime filou Maxime! ML : Que veux –tu, il faut que j’imagine, que je crée... Sans la scène, je me meurs… MC : Je sais, je sais, ton imagination n‘a pas de bornes ! Pourtant, le théâtre ne te suffit pas, tu tâtes du journalisme avec L’ami du peuple. Le saltimbanque reste un communard actif… ML : L’ami du peuple, c’est un journal qui, avant tout, veut rendre justice aux communards… « Le seul journal qui ose dire la vérité » !!!! Et qui veut réhabiliter Marat ! MC : …Et qui prêche l’union de toutes les tendances de la pensée socialiste… Un vœu pieux, les polémiques fratricides ne se calment pas au moment où tu diriges le journal… Ça viendra plus tard… ML : En attendant, je me veux en marge des partis… MC : On compte quand même une majorité de blanquistes parmi tes journalistes… ML : Ce sont mes amis ! MC : Et tu égratignes un peu les anarchistes ! ML : Juste un peu… Mais mon admiration pour Louise demeure intacte, son anarchisme à elle, il est sublime !!! MC : Tu as une plume magnifique, Maxime, aussi belle que celle qui orne parfois ton chapeau ! ML : Et je rejoins Louise dans la condamnation de la colonisation ! Au bagne, on était d’accord, elle et moi ! Pour revenir à mon Ami du peuple, il n’est pas distribué dans tous les kiosques. La presse bourgeoise m’asphyxie. MC : L’ami du peuple est condamné à disparaître… Il dérange… Comme toi ! ML : C’est sûr, mais il y a le théâtre !!! Toujours !!! J’ai des projets ! Mon théâtre ne crachera ni sur les communards ni sur les femmes ! MC : Il te manque juste de l’argent, Maxime pour avoir un théâtre à toi. L’argent, toujours l’argent…. Ça devient obsessionnel. ML : Et alors, j’inventerai autre chose ! Il faut oser… En 1871, j’ai osé la Commune, non ? MC : …On le sait tous, on t’a vu à l’œuvre, tes allures de mousquetaire sous les balles, ta bravoure de d’Artagnan n‘étaient pas des postures pendant la Commune ! Et maintenant, tu te tais… Le matamore se fait discret quand il faut mentionner ses actes de courage ! ML : Non, non, je vais oser ! Montmartre m’inspire… C’est là que la Commune a commencé, avec Louise et tous les autres. C’est le lieu du peuple révolté et des théâtreux survoltés. J’en suis ! MC : Je ne te lâche pas, alors… Et j’ai raison ! : à Montmartre, dans un baraquement en planches, le Colonel et ex-forçat de la Commune, Maxime Lisbonne, créée, en 1885, un cabaret-souvenir !... ML : …souvenir de mes huit ans passés au bagne en Nouvelle-Calédonie… Un peu moins drolatiques, il est vrai… MC : Ta Taverne du bagne est un succès ! Le public est averti : « l’espérance est bannie de ce lieu », et pourtant, on fait la queue dans la rue pour accéder au cabaret. Et toi, Maxime, de l’intérieur de la taverne, tu gueules : « Faites entrer une nouvelle fournée de condamnés !!! » Et lesdits condamnés se précipitent joyeusement dans l’antre maudit… ML : Le dimanche 6 décembre 1885, j’offre un grand déjeuner gratis aux malheureux du 18ème arrondissement de Paris ! ML : Certes, mais nous portons, à chaque rasade, des toasts à la « fraternité des peuples !!!! » MC : En effet, ça change tout !!!! Bon, de retour en France, tu retournes une nouvelle fois à tes amours… ML : Saltimbanque je suis MC : Et saltimbanque tu restes… Personne n’en doute. Tu montes avec enthousiasme la pièce du poète Clovis Hugues, Le sommeil de Danton… et c’est toi qui organises la tournée ! ML : Clovis Hugues est poète… et député socialiste ! MC : De Marseille ! La tournée n’est pas un succès mais à Marseille, oui, à Marseille, chez Clovis, ça marche du tonnerre de Dieu ! ML : C’est vrai, mais j’en ai ma claque des tournées, des salles à demi vides, des affrontements avec ma vedette, Nancy Vernet. Ça suffit, il y a mieux à faire ! MC : Comme, par exemple, jouer le rôle d’un certain… Maxime Lisbonne au café- concert !!! ML : La politique me démange, Marcel. C’est juste un détour. Je vais me présenter aux législatives ! MC : Oui, en 1889 ! De nombreux politiques sont impliqués dans les tripotages financiers et les dépenses pharaoniques liées au percement du canal de Panama…Le scandale t’inspire, en effet, et ta campagne de candidature, à Montmartre, ne manque pas de saveur ! ML : Tu as vu mes affiches ! Je me présente comme « député concussionnaire honnête » MC : Désopilant… Et comment fais-tu pour être à la fois honnête et malhonnête ? ML : C’est simple, « je prends l’engagement d’honneur de ne jamais trafiquer de mon mandat de député sans exiger des solliciteurs une somme… variable… selon la demande des intéressés ». MC : Ah ! Très convaincant ! Les Montmartrois rient beaucoup !!!! ML : « A la fin de chaque session, je convoquerai en réunion publique mes électeurs… » MC : Bien entendu !!!! ML : « Après avoir soumis à leurs examens mes livres de comptabilité, un dividende prélevé sur les opérations de concussion honnête leur sera donné ». MC : Et sur la même affiche, ton message au président de la République n’est pas mal non plus. Tu te fiches vraiment de sa tête ou quoi ? ML (pince-sans-rire) : Pas du tout : « Monsieur le Président, j’ai l’honneur de solliciter de votre bienveillance un envoi de… trois mille francs afin de pouvoir faire face à mon échéance de fin de mois ». MC : Mais Heureusement, tu le rassures… Enfin, pas longtemps… ML : « Peut-être un jour, serez-vous étonné de ma visite à la Présidence. Vous rapportant cette somme…. Je serai plus étonné que vous ! » MC : Quel superbe fou du roi tu fais, Maxime ! ML : Vive la République démocratique et sociale ! MC : Signé Maxime Lisbonne, ex-forçat de la Commune ML : Et toujours saltimbanque, et toujours communeux : il y a quelque chose que je ne peux pas tolérer, tu vois, c’est qu’on renvoie dos à dos Versaillais et Communards, c’est qu’on salisse les morts de la Commune, alors je crie, alors je gueule, même près de vingt ans plus tard, même en 1890 ! Et j’écris et je diffuse… MC : C’est la pièce de François Coppée, Le Pater, qui te rend enragé, je le sais. Coppée veut pourtant afficher de bons sentiments en montrant un « brave » garde-chiourme Versaillais tendant charitablement la main à un Fédéré… Sauf que le Fédéré est bien peu engageant…. ML : Tu sais comment je lui réponds au poète Coppée ? MC : Oui, justement, pas par des mots ! ML : Surtout pas ! Je lui réponds par des chiffres : Pertes des fédérés : - Au combat :10 425 - Mis à mort : 24 598 Total : 35 023 Pertes des Versaillais : 7 450 MC : Le bilan est sans appel. Je l’ai vérifié… autant qu’on le peut avec précision, évidemment… C’est parfois revu à la baisse mais ça ne change rien aux proportions. Quoi qu’il en soit, la charité mielleuse, la fraternité mensongère, tu ne les digères pas Maxime, et tu le fais savoir ! Et c’est glaçant. ML : Oui, et l’esprit de la Commune, je le ferai vivre jusqu’à la fin… Mais ça ne va pas m’empêcher de créer de nouvelles boîtes ! MC : Tu te produis un peu partout, tu es célèbre, désormais, Maxime, comme « artiste de café-concert ». ML : Oui, c’est comme ça qu’on dit ! Tu as noté le menu du Casino des concierges, rue Pigalle ? C’est ma création ! MC : Ah tout à fait, et ton menu panamiste ne manque pas de corps. Un vrai régal populaire ! Pas la peine de rappeler le scandale financier du canal de Panama, tout le monde l’a à l’esprit ! On mange donc panamiste chez Lisbonne ! ML : Et je donne quoi dans l’assiette panamiste ? Tu peux me le dire ? Tu y as goûté ? MC : Oui, oui, quasiment ! … Ça cale comme il faut : bouillon, boeuf bouilli, fromage… ML : Et une demi-bouteille de vin !... Pour la modeste somme de 1 franc ! MC : J’ai bien étudié ton public. Il est très hétéroclite : des snobs, des demi- mondaines, des journalistes, des artistes… et des truands… Les gens du milieu comme on dit ! ML : Et alors ? « Ce souper suffit aux consciences honnêtes ». Tu as lu la publicité ou pas ?! MC : Je sais, j’ai lu, bien sûr ! En tout cas, apparemment, on s’amuse bien au Casino des concierges, et tu as agrémenté ta revue d’un loto… Tu soignes le peuple de Paris : on peut gagner un lapin ou une poule… bien vivants !... ML : Et un saucisson bien mort ! Enfin, bien mort le cochon ! MC : Mais pas mort ton goût de la farce ! Je savoure ta campagne académique quand tu rends visite aux Immortels en costume de général bolivien. ML : Et avec mon ami, le poète Achille le Roy ! MC : Les dignes membres de l’Institut de France n’apprécient pas toujours ton humour et tu te retrouves souvent au poste de police, Maxime, reconnais-le ! ML : Certes, mais accompagné en fanfare par des monômes d’étudiants qui, EUX apprécient ! Et puis mon costume de général bolivien me va comme un gant, non ? MC : Presque… Mais pas aussi bien que ton uniforme de colonel de la Commune ! ML : Ah Marcel, tu me connais mieux que moi-même je crois me connaître ! MC : Le communard est toujours vivant chez toi… Comme le saltimbanque… Octobre 1893 : une date à retenir ! ML : Je prends la direction d’un établissement rue des Martyrs. MC : Tu sais qu’il a été fondé par un anti-communard ? ML : Une bonne raison de nettoyer le lieu ! MC : Et ce lieu, c’est le Divan japonais ! Toulouse-Lautrec en fait l’affiche publicitaire juste avant ton arrivée !!! Une affiche très célèbre ! ML : Mais avec moi, le Divan japonais devient le Concert Lisbonne ! Et ça va déménager ! MC : Le 3 mars 1894, et il faut retenir cette date, tu crées Le coucher d’Yvette. C’est peut-être un hommage à la chanteuse Yvette Guilbert, qu’on devine sur l’affiche. C’est une sorte de pantomime lyrique en un acte et en musique, bien sûr…Mais c’est aussi, tout autre chose ! ML : Dis-le ! MC : C’est, réellement, le premier essai d’effeuillage dans un théâtre ouvert à tous. ML : Et J’ai mis le paquet sur la publicité ! MC : En vérité, on ne voit pas grand chose… Juste une jolie femme qui se déshabille - et, encore, pas complètement ! - pour se mettre au lit… Mais quel succès ! ML : Un triomphe tu veux dire ! Cent représentations ! MC : C’est un fait, la foule se précipite pour voir, quoi ? : la chemise d’une actrice et, partout dans Paris, on va assister à des spectacles du même acabit… C’est sûr, Maxime, tu as créé un genre nouveau : le strip-tease !!! ML : Mais ça va un temps… et j’ai envie d’autre chose… Tu l’as senti ? MC : Evidement que je l’ai senti ! Et évidemment que tu ouvres une nouvelle boîte ! ML : Je reviens au théâtre ! Saltimbanque je suis… MC : ...sauf que tu organises un gala... « au profit des huissiers » !!! Tu es sûr qu’ils ne comprennent pas que tu te paies leur tête ? ML : Il y en a un qui est venu chez moi… Evidemment, je croule sous les dettes… Je n’ai jamais su gérer… Quand j’ai de l’argent… MC : ...tu le dépenses… Et quand le pauvre huissier se présente chez toi, donc ?… ML : ...donc… tu sais que j’ai un ami directeur de cirque? MC : Je sais…. donc ?… ML : Donc, je reçois le fameux huissier ! MC : Bien sûr que tu le reçois… sauf que tu n’es pas seul…. ML : Je suis rarement seul, Marcel, j’aime la compagnie… MC : Mais là, tu fais encore plus fort que d’habitude ! ML : Tu trouves ? MC : Et pour recevoir ce pauvre type… tu t’entoures… de six lions ! ML : Des vrais ! MC : Hélas, oui, des vrais, archi-vrais, prêtés par ton ami circassien ! ML : Il les avais bien nourris, avant… Une précaution élémentaire ! MC : Ils sont débonnaires, certes, la panse bien tendue, pleine à craquer… Mais tout de même, tu as vu la frayeur du malheureux bonhomme ?! ML : C’est un huissier, aucun sens de l’humour ! MC : Si tu veux… j’admets que tout le monde n’a pas ton panache, Maxime, et quand tu organises un bal à l’Elysée Montmartre, c’est grandiose ! ML : Ça te plaît, vraiment ? MC : Oui… Surtout quand, sur la fin de la soirée, tu invites tous les chiffonniers du quartier !!!! ML : C’est ça, le sens de la fête à Montmartre ! Ça donne envie de continuer à ouvrir des cabarets ! MC : Et tu ne t’en prives pas ! Mon préféré, c’est le Ministère des contributions directes et indirectes, en mars 1898, rue de la Rochefoucauld. Ma mère a habité dans cette rue, pas loin… Mais tu n’étais plus là…. ML : Tu as vu les invitations ? MC : Ah oui, sous forme de « sommations sans frais ». Tes malheurs financiers t’inspirent à mort ! Et tu es encore en forme; j’observe que tu prends part à la campagne électorale de mai 1898. ML : J’essaie d’en rire et d’en faire rire… de cette campagne… Mais bon, c’est fini pour moi. Je ne suis plus rien. MC : Mais on te reconnaît rue Pigalle où tu habites… ML : C’est surtout le boîteux qu’on reconnaît. MC : Tu exagères. Ecoute un peu ce qu’écrit sur toi ton ami Le Pelletier : « Lisbonne avait bravé bien souvent la mort. Il avait été relevé sanglant sur le champ de bataille et on lui avait coupé la jambe en le considérant sans doute comme un peu perdu. Il avait subi les souffrances morales de la transportation, aggravant les fatigues et les privations du bagne. Il était revenu pourtant, alerte encore, joyeux toujours, claudicant avec sa jambe articulée mais plein d’entrain et de bonne humeur, secouant ses longs cheveux sur ses épaules larges, allant poitrine en avant, défiant la misère, dédaignant les déboires, les soucis de l’existence, comme il avait nargué la fusillade, la prison, l’exil… » ML : On était des romantiques… avec Louise. MC : Les derniers utopistes… ML : Tu es venu à la Ferté-Alais, Marcel, tu as compris ma fin de vie… Montmartre est loin !!!! MC : Et Edouard Chenel, que j’ai connu bien plus tard, dans les années 1950, alors qu’il était le président, très âgé, de l’association des Amis de la Commune, Edouard Chenel te rencontre en 1901 chez ta belle-soeur, Mme Mourot, qui t’héberge. Tu n’as plus un sou vaillant… ML : Je n’ai jamais su compter ! Merci à elle et à Mme Chevallier qui tient la buvette. MC : Un brin bigote mais brave femme… Tu ne manques pas de la bousculer un peu avec tes plaisanteries…. et elles la font rire ! ML : Elle m’a réservé une petite pièce du café. J’y rencontre des amis… et tu sais de quoi on parle ? MC : de la Commune, bien sûr… et particulièrement de Louise. Tu l’admires plus que jamais, Louise ! ML : Tu sais bien que je l’ai toujours admirée, depuis le début, depuis le 18 mars. Elle me manque. Nous étions au bagne ensemble, souviens-toi. Bon, mais la fin approche. Je te laisse raconter, Marcel . MC : Lisbonne se lance dans une dernière tournée, dans les Ardennes... Une tournée de saltimbanque…. Mais il prend froid : congestion pulmonaire. Madame Lisbonne le soigne à la Ferté-Alais... Mais laisse-moi te parler : ton visage, désormais émacié et blafard, est toujours encadré de cheveux longs, tu portes toujours un grand foulard rouge autour du cou… Tu es toujours toi, Maxime… mais le 10 janvier 1905, on annonce la mort de Louise… Tu délires… ML : « Je veux mourir sur la première barricade élevée pour défendre la République. Je veux mourir en combattant « pour elle » ! MC : Qui « elle » ? : la Commune, la République, Louise ??? Les trois sans doute ! Maxime Lisbonne meurt le 25 mai, la même année que Louise Michel, l’« artiste en révolution » devenue anarchiste et franc-maçonne… Louise a tous les droits, Maxime les lui reconnaît… tous… et il n’a pas changé : saltimbanque il était, saltimbanque, il est resté… Tous les vieux communards, drapeaux rouges déployés, viennent lui rendre hommage le jour de son enterrement, le 27 mai 1905, à la Ferté-Alais. Mais c’est à Edouard Lepelletier, communard et historien de la Commune, de rappeler le rôle de Maxime Lisbonne… et son témoignage bouleverse bien des idées toutes faites, je le retranscris ici : « Si la Commune avait eu beaucoup de défenseurs comme Maxime Lisbonne, malgré les conditions d’infériorité de la lutte, le résultat final n’eût peut-être pas été le même. Si, surtout, au lieu de prendre pour chef le traître Lullier, c’eût été à ce brave qu’on eût confié la défense de Paris, la marche sur Versailles eût été commencée dès le 19 mars. Alors, le Mont-Valérien eût appuyé la colonne d’attaque du 4 avril et la bataille changeait de face. Le vaillant Lisbonne ne fut pas suffisamment apprécié et honoré de son vivant, surtout par les jeunes générations ignorantes. Ne l’ayant pas vu au combat, les révolutionnaires juvéniles voulurent rabaisser ou railler en lui le cabotin montmartrois qu’ils affectaient de connaître seulement[…] » Voix de Maxime Lisbonne, lointaine : Saltimbanque je suis, saltimbanque je reste. MC : C’est tout à ton honneur, Maxime, toi le fougueux d’Artagnan de la Commune !!! Vive le saltimbanque ! Claudine Cerf, Septembre 2022
- 3b- Distinctions loi, decret | Auluxecommunal
DISTINCTIONS, LOIS, DÉCRETS, ARRÊTÉS, CIRCULAIRES LA LOI Votée selon la procédure législative par le parlement (assemblée nationale et sénat), la loi peut être adoptée à l’initiative du parlement (on parle alors de proposition de loi) ou du gouvernement (projet de loi). Elle s’impose à tous dès lors qu’elle a été promulguée et publiée au Journal Officiel. Avant sa promulgation, elle est susceptible d’être soumise à un contrôle de constitutionnalité exercé par le Conseil Constitutionnel . La loi se situe au-dessus des décrets et des arrêtés dans la hiérarchie des textes ; elle peut indiquer que des décrets seront pris par le gouvernement pour préciser ses modalités de mise en œuvre. La loi n’est applicable que dans la mesure où ces textes d’application sont effectivement adoptés et publiés, ce qui peut entraîner un grand laps de temps entre la publication d’une loi et celle de ses décrets d’application... Acte réglementaire décrété par le gouvernement, sans consultation du parlement (assemblée nationale et sénat), signé soit du Président de la République, soit du Premier Ministre. Les décrets dits “décrets en Conseil d’Etat” ne peuvent être pris qu’après consultation du Conseil d’Etat. Les décrets sont souvent pris en application d’une loi qu’ils précisent. Ils peuvent être complétés par arrêtés ministériels. Décision administrative à portée générale ou individuelle (spécifique à une activité ou à une zone géographique). Les arrêtés peuvent être pris par les ministres (arrêtés ministériels ou interministériels), les préfets (arrêtés préfectoraux) ou les maires (arrêtés municipaux). Tout en bas de la hiérarchie se situe la circulaire, qui n’a en principe pas de valeur réglementaire, ne fait que préciser comment doivent être appliqués les textes. C’est une instruction de service écrite adressée par une autorité supérieure à des agents subordonnés en vertu de son pouvoir hiérarchique, dépourvue de force obligatoire vis-à-vis des tiers. LE DÉCRET L'ARRÊTÉ LA CIRCULAIRE
- Courbet-Grue de la Paix | Auluxecommunal
GUSTAVE COURBET - LA GRUE DE LA PAIX "Je préférerais encore [...] qu’au milieu de la place Vendôme [rebaptisée la place de la Paix] se trouve une corbeille de fleurs avec de l’eau et au milieu une grue colossale dormant sur une patte. Ça représenterait la placidité de la nature." Courbet à l'armée allemand et aux artistes allemands >>

