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  • 10 - LE ROMAN NATIONAL

    Les identités nationales européennes ne sont pas des faits de nature, mais des constructions. Elles ont été l’objet d’une grande œuvre commune commencée à la moitié du XVIIIème. Pour fonder sa légitimation, explique Anne-Marie Thiesse 1, une communauté doit se trouver des origines, des antiquités, des preuves de ces antiquités, les plus lointaines possibles, et essayer de trouver des textes fondateurs ». Le travail de Thiesse porte sur la fiction et la culture de masse dans l’Europe contemporaine2. Elle écrit : Cette construction [des identité nationales] a été l’œuvre collective menée par plusieurs pays européens à travers des tâtonnements, des imitations et des échanges croisés, pour aboutir à une sorte de modèle commun, une liste d’éléments de base : des ancêtres fondateurs, une langue, une histoire continue, des héros, des monuments, un folklore à laquelle toute nation émergente doit depuis se conformer3. Voici l’histoire de l’un des textes fondateurs de notre identité nationale, la célèbre Chanson de Roland, qui croisa l’imaginaire de la future Commune de Paris à l’hiver 1870. Depuis sa découverte à la Budleyan Library d’Oxford par Francisque Michel, et sa publication en 1830, la Chanson de Roland n’intéressait pas les français, explique Thiesse, pas plus d’ailleurs que la littérature médiévale. Mais elle va finalement débarquer dans l’imaginaire des français avec le philologue et médiéviste Gaston Paris4. Celui-ci va donner, le 8 décembre 1870, c’est à dire peu après la bataille de Sedan et le siège prussien de Paris en septembre, une conférence au Collège de France intitulée « La chanson de Roncevaux et la nationalité française ». Prenant modèle sur le Berlin assiégé par les troupes napoléoniennes dans les années 1810 il va, lors d’une conférence extrêmement impressionnante […] exhorter les français à s’inspirer des héros de la chanson de Roland et à défendre la patrie, [...] à mourir en combattant, à donner sa vie pour la patrie5. Le 18 mars 1871, les parisiens se rebellent contre l’armée versaillaise venue récupérer les canons de la Garde nationale pour les remettre aux prussiens. On se saurait dire, bien sûr, quelles furent les conséquences concrètes de cette conférence, l’influence qu’elle exerça précisément sur l’imaginaire et les actions de la Commune. Elle se trouve cependant résolument liée à son histoire, et a pesé sur l’opinion publique parisienne, d’autant que dès 1870, la Chanson de Roland, écrit Jacqueline Cerquiglini-Toulet, sera enseignée comme antidote à la défaite de Sedan6. Au rejet parisien d’un gouvernement capitulard, aux effets désastreux de la bataille de Sedan, de celle de Buzenval, de l’occupation prussienne, puis de la tentative par Thiers de s’emparer des canons de la Garde Nationale, la conférence de Paris propose la dimension épique d’un modèle à la légitimation de la résistance parisienne. Quelques années plus tard, la chanson de Roland sera au programme de l’agrégation de lettre, puis de la classe de seconde dans les lycées. Roland rejoint Vercingétorix, du Guesclin, Bayard et Jeanne d’Arc, et devient un modèle patriotique officiel. « La littérature, disait Gaston Paris, est l’expression de la vie nationale. Là où il n’y a pas de littérature nationale, il n’y a qu’une vie nationale imparfaite ». Mais nous allons voir que l’expression littéraire de la vie nationale fut, à l’époque de la Commune, fort agitée et imparfaite... 10 - LE ROMAN NATIONAL Texte précédent Texte suivant Les identités nationales européennes ne sont pas des faits de nature, mais des constructions. Elles ont été l’objet d’une grande œuvre commune commencée à la moitié du XVIIIème. Pour fonder sa légitimation, explique Anne-Marie Thiesse 1, une communauté doit se trouver des origines, des antiquités, des preuves de ces antiquités, les plus lointaines possibles, et essayer de trouver des textes fondateurs ». Le travail de Thiesse porte sur la fiction et la culture de masse dans l’Europe contemporaine2. Elle écrit : Cette construction [des identité nationales] a été l’œuvre collective menée par plusieurs pays européens à travers des tâtonnements, des imitations et des échanges croisés, pour aboutir à une sorte de modèle commun, une liste d’éléments de base : des ancêtres fondateurs, une langue, une histoire continue, des héros, des monuments, un folklore à laquelle toute nation émergente doit depuis se conformer3. Voici l’histoire de l’un des textes fondateurs de notre identité nationale, la célèbre Chanson de Roland, qui croisa l’imaginaire de la future Commune de Paris à l’hiver 1870. Depuis sa découverte à la Budleyan Library d’Oxford par Francisque Michel, et sa publication en 1830, la Chanson de Roland n’intéressait pas les français, explique Thiesse, pas plus d’ailleurs que la littérature médiévale. Mais elle va finalement débarquer dans l’imaginaire des français avec le philologue et médiéviste Gaston Paris4. Celui-ci va donner, le 8 décembre 1870, c’est à dire peu après la bataille de Sedan et le siège prussien de Paris en septembre, une conférence au Collège de France intitulée « La chanson de Roncevaux et la nationalité française ». Prenant modèle sur le Berlin assiégé par les troupes napoléoniennes dans les années 1810 il va, lors d’une conférence extrêmement impressionnante […] exhorter les français à s’inspirer des héros de la chanson de Roland et à défendre la patrie, [...] à mourir en combattant, à donner sa vie pour la patrie5. Le 18 mars 1871, les parisiens se rebellent contre l’armée versaillaise venue récupérer les canons de la Garde nationale pour les remettre aux prussiens. On se saurait dire, bien sûr, quelles furent les conséquences concrètes de cette conférence, l’influence qu’elle exerça précisément sur l’imaginaire et les actions de la Commune. Elle se trouve cependant résolument liée à son histoire, et a pesé sur l’opinion publique parisienne, d’autant que dès 1870, la Chanson de Roland, écrit Jacqueline Cerquiglini-Toulet, sera enseignée comme antidote à la défaite de Sedan6. Au rejet parisien d’un gouvernement capitulard, aux effets désastreux de la bataille de Sedan, de celle de Buzenval, de l’occupation prussienne, puis de la tentative par Thiers de s’emparer des canons de la Garde Nationale, la conférence de Paris propose la dimension épique d’un modèle à la légitimation de la résistance parisienne. Quelques années plus tard, la chanson de Roland sera au programme de l’agrégation de lettre, puis de la classe de seconde dans les lycées. Roland rejoint Vercingétorix, du Guesclin, Bayard et Jeanne d’Arc, et devient un modèle patriotique officiel. « La littérature, disait Gaston Paris, est l’expression de la vie nationale. Là où il n’y a pas de littérature nationale, il n’y a qu’une vie nationale imparfaite ». Mais nous allons voir que l’expression littéraire de la vie nationale fut, à l’époque de la Commune, fort agitée et imparfaite... Texte précédent Texte suivant

  • Soutiens | Auluxecommunal

    SOUTIENS AU PROJET Archives Départementales du Cher, Bourges Association des Amies et Amis de la Commune de Paris -1871, Paris >> Benoit BAUDINAT, Saint Etienne De Montluc artiste - directeur du cinéma-théâtre Le Bordeau, Saint-Genis-Pouilly. Samuel BIANCHINI, Paris artiste et enseignant-chercheur, ENSAD, Université PSL, Paris - Collabore avec Limsi-CNRS (Laboratoire pour la mécanique et les sciences de l'ingénieur, Orsay), Orange Labs, CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, Saclay), ISIR (Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique, Sorbonne Université-CNRS). Natalia BURYKA, Orsay historienne publique, spécialisée en médiation culturelle et scientifique. Claudine CERF, Paris docteure en Littérature comparée (Paris IV Sorbonne) - conceptrice-cheffe de projet de films éducatifs SCEREN- CNDP (Centre national de Documentation pédagogique) - scénariste - co-conceptrice d'un musée en ligne sur la Résistance - contributrice au Dictionnaire de la Laïcité. Comité du Berry des Amies et Amis de la Commune de Paris-1871 Alain DECLERCQ, Paris artiste, Galerie Loevenbruck, Paris / enseignant, ENSAD Paris. Quentin DELUERMOZ, Paris professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris Cité - directeur du laboratoire ICT-Les Europes dans le monde. Paul DEVAUTOUR, Shanghaï artiste, ancien directeur du programme de résidence d’artistes Xi Yi Tang, et de l’espace d’art indépendant Bazaar Compatible Program à Shanghaï. Jean-François DUPEYRON, Bordeaux maître de conférence émérite en philosophie de l'éducation à Bordeaux - Co-rédacteur en chef de l'Annuel de la Recherche en Philosophie de l'Éducation. Nicolas Eprendre, Paris réalisateur : Élisée Reclus, la passion du monde , et Gaston Prunier, peindre avec humanité . Coordinateur et auteur de l'ouvrage collectif Élisée Reclus, les 101 mots , Les Presses du Réel, 2024. Animateur sur Radio Libertaire . Membre du collectif de programmation du festival Les Reclusiennes. Florence GAUTHIER, Paris historienne des Révolutions de France et de St-Domingue/Haïti - maître de conférence en histoire moderne, Université Paris VII. Véronique GIROUD, Paris historienne de l'art - enseignante aux beaux arts de Nantes. Thomas GOLSENNE, Paris docteur en histoire de l'art - ancien pensionnaire de l'Académie de France à Rome - ancien professeur aux Beaux-Arts de Paris et à la Villa Arson à Nice - maître de conférences en histoire de l’art et culture visuelle modernes à l’Université de Lille. Sana JAAFAR, Saint Etienne De Montluc artiste. Claire-Jeanne JEZEQUEL, Paris artiste - enseignante aux beaux arts de Nantes. Yannick LAGEAT, Brest ancien directeur du Laboratoire du CNRS "Géodynamique des milieux naturels et anthropisés" de Clermont-Ferrand - professeur de géographie à l'université de Bretagne occidentale. Nicolas LAINÉ-SOULIER, Quins Economiste de la construction, de son état - Pendant 10 années expert en technologies 3D temps réel et productions vidéoludiques chez Ubisoft. Pierre MOIGNARD, Paris artiste - Galerie Anne Barrault, Paris. Olivier MONTORO, Avignon artiste, réalisateur et producteur, télévision et cinéma. A notamment créé la série "Toutes les télés du monde" pour Arte, réalisé « Bref, le documentaire" pour Canal+, produit et réalisé 3 clips musicaux pour la chanteuse Camille. Yannick PARRA-CABROLIÉ, Brignon architecte designer, illustrateur images numériques, Agence "Les crayons". Jean-Louis ROBERT, Paris historien - spécialiste de l’histoire sociale européenne du XXe siècle et de la Commune de Paris. Xavier VERT, Nantes théoricien de l'art - enseignant aux beaux arts de Nantes. Claire VIALLAT, Aix-les-Bains historienne de l’art et auteure - enseignante aux beaux arts d’Annecy. Papier peint de William Morris

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 10

    Mercredi 3 mai 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 10 Next Next Mercredi 3 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1346) Ministère de la marine placé sous la direction du ministère de la guerre – Tous les marins, fusiliers et matelots mis à la disposition du délégué à la marine. Le Comité de salut public, Considérant : Qu’au point de vue de la défense de Paris, il est de toute urgence et du plus haut intérêt que ce qui est élément marin soit placé sous la direction du ministère de la marine. ARRÊTE : 1° Le ministère de la marine, pour tout ce qui concerne les opérations militaires du siège, reste sous la direction du ministère de la guerre ; 2° Les chefs de bataillon rayeront des cadres de leurs compagnies tous les marins qui y sont incorporés et les dirigeront, dans les vingt-quatre heures, au ministère de la marine, où ils seront mis à la disposition du délégué à ce ministère ; 3° Tous les marins, fusiliers et matelots, incorporés dans les compagnies de la garde nationale, quitteront ces compagnies et se présenteront dans les vingt-quatre heures au ministère de la marine, pour se mettre à la disposition du délégué à ce ministère ; 4° Les marins fusiliers seront immédiatement organisés en compagnies de débarquement ; mais ces compagnies seront aussi considérées comme compagnies de dépôt, dans lesquelles le délégué au ministère de la marine pourra puiser pour le besoin du service des canonnières composant la flottille de la Seine ; 7° Le délégué au ministère de la marine prendra, dans les cadres de ce bataillon, les officiers, sous-officiers et matelots capables, nécessaires à la composition des équipages de la flottille de la Seine ; 8° Des compagnies de débarquement seront immédiatement formées avec le reste de ce bataillon, de concert avec les fusiliers et matelots dont il est parlé dans les articles 4 et 5. Paris, le 2 mai 1871. _________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA SÛRETÉ GÉNÉRALE, DÉLÉGUÉ AUX FINANCES (p 1347) Mise en place d'un contrôle unique sur les ventes en gros, le poids public, les abattoirs et les propriétés communales, qui sera opéré par la direction des perceptions communales, dans l’intérêt de l’approvisionnement et des recettes communales. Les délégués aux finances et à la sûreté générale, Considérant que, dans l’intérêt de l’approvisionnement et des recettes communales, un contrôle unique doit être exercé sur toutes les opérations relatives aux ventes en gros qui se font aux halles centrales par l’intermédiaire des facteurs préposés à cet effet ; Que le contrôle dont il s’agit ne peut être divisé entre les préposés des perceptions communales et ceux de la police sans nuire au bien du service, grever inutilement le budget communal et donner lieu à des abus qu’il est bon d’éviter ; Que les fonctions de facteur, ainsi que celles des agents des divers autres services, se rattachant aux ventes en gros, étant essentiellement administratives, nul ne peut les remplir s’il n’est commissionné par l’administration des perceptions communales. ARRÊTENT : A partir de ce jour, tous les services concernant les ventes en gros dans les halles et marchés, ainsi que le poids public, les abattoirs et les propriétés communales, font partie de la direction des perceptions communales, qui en demeure exclusivement chargée. Le membre de la Commune délégué à la sûreté générale, J. Cornet. Le membre de la commune délégué aux finances, Jourde. _________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p1348) Réglementation de l'approvisionnement de viandes de boucherie et de porc. Le membre de la Commune délégué à la justice, ARRÊTE : Art. 1er. Tous les approvisionnements en viandes de boucherie et de porc seront admis dans la partie sud du pavillon n° 5, à partir du 6 du mois courant. Art. 2. Ainsi que pour les viandes de même espèce qui se vendent à la criée, le droit d’abri que chaque approvisionneur devra payer à l’entrée desdites marchandises, est et demeure fixé à 0,02 c. par kilogramme. Art. 3. La vente sera quotidienne et devra, excepté dans le cas de force majeure, être terminée à midi en toute saison. Paris, 1er mai 1871. _________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p1348) Nomination de François-Edmond Dessesquelle, au secrétariat général de la délégation de la justice. Le membre de la Commune délégué à la justice, ARRÊTE : Le citoyen Dessesquelle (François-Edmond) est nommé secrétaire général de la délégation de la justice. Paris, le 30 avril 1871. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMISSION EXÉCUTIVE (p 1349) Nominations de juges de paix et de greffiers de la justice de paix La commission exécutive ARRÊTE : Sont nommés : 1° Le citoyen Denneval (Toussaint-Sylvain), juge de paix du Ier ar- rondissement. 2° Le citoyen Cheradame (Louis-Edmond), juge de paix du IIe ar- rondissement. 3° Le citoyen Lechasseux (Auguste), juge de paix du IIIe arrondis- sement. 4° Le citoyen Bernard (Benoît), juge de paix du IXe arrondissement. 5° Le citoyen Deconvenance (Edmond-Joseph), juge de paix du XVIIIe arrondissement. 6° Le citoyen Loubery (César-René), greffier de la justice de paix du IIe arrondissement. 7° Le citoyen Lesselme (Adolphe), greffier de la justice de paix du IIIe arrondissement. 8° Le citoyen Lefèvre (Josse-Alfred), greffier de la justice de paix du XVIIIe arrondissement. La commission exécutive, Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot. _________________________________________________ ORDRES (p 1349) Interdiction de communication avec l'ennemi Il est formellement interdit à tout commandant militaire, officier ou autre fonctionnaire au service de la Commune, d’avoir aucune communication avec l’ennemi. _________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU Ve ARRONDISSEMENT (p 1355) Obligation de restitution des armes par les bataillons dissous, les émigrés et les réfractaires - Inscription obligatoires des citoyens sur les contrôles de la garde nationale. Mairie du Ve arrondissement La municipalité du Ve arrondissement. Vu l’arrêté de la Commune en date du 16 avril 1871, ainsi conçu : Art. 1er. Les armes des bataillons dissous seront immédiatement restituées aux mairies. Art. 2. Seront pareillement restituées aux mairies les armes des émigrés, des réfractaires jugés comme tels par les conseils de discipline. Art. 3. Les municipalités devront faire faire des perquisitions méthodiques par rues et par maisons, afin d’assurer dans le plus bref délai, la rentrée de toutes ces armes. Art. 4. Toutes les fausses déclarations faites par les concierges en- traineront leur arrestation immédiate. Vu le rapport de la commission de la guerre, en date du 26 avril 1871, paragraphe 1er, ainsi conçu : Les municipalités d’arrondissement, conformément à l’ordre du délégué à la guerre, en date du 16 avril doivent assurer le recrutement et la rentrée des armes. Délégation du pouvoir de la Commune, elles doivent veiller à la stricte et complète exécution de ses décrets ; elles ont autorité pour requérir les armes cachées ou inutiles, rechercher les réfractaires et les incorporer, établir l’état nominatif des hommes qui ont fui, afin que les pénalités pécuniaires et autres puissent être appliquées dans toute leur étendue. Considérant que, en présence de l’attaque odieuse dont Paris est l’objet, et malgré l’attitude franchement révolutionnaire du Ve arrondissement, quelques citoyens s’obstinent encore à ne pas livrer les armes abandonnées, et à s’exempter du service de la garde nationale : Que cet état de chose devient intolérable. Qu’il est inadmissible que, pendant que les gardes nationaux vont combattre aux avant-postes pour la République et la Commune, quelques mauvais citoyens puissent ainsi se soustraire à tout service, et se moquer même de ceux qui savent mourir pour la défense de nos liber- tés communales : Qu’il y a une choquante inégalité contre laquelle protestent le bon sens et la justice. Considérant que, sous la feinte apparence d’une conviction contraire, la plupart des délinquants ne sont vraiment poussés à l’inaction que par la crainte du danger et le triste désir de voir d’autres citoyens lutter pour la revendication des droits et libertés qui, pourtant sont la propriété de tous : Qu’il est d’ailleurs impossible, en temps de guerre, d’admettre au milieu de soi, de pareils éléments réfractaires désorganisateurs, ARRÊTENT : Art. 1er. Un délai de quarante-huit heures est accordé pour l’indication et la rentrée des armes abandonnées, ainsi que pour l’inscription des citoyens sur les contrôles de la garde nationale. Art. 2. Un bureau spécial fonctionnera à la mairie du Panthéon pour ladite inscription. Art. 3. Après ce délai de quarante-huit heures, les décrets précités de la Commune recevront leur rigoureuse application, et les réfractaires seront arrêtés, incorporés ou traduits devant le conseil de guerre de la 3e légion. Le membre de la Commune délégué à la mairie, Dr Th. Régère Jeudi 4 mai 1871 DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p1390) Création d'un registre pour les distinctions des citoyens-combattant. Paris, le 3 mai 1871. La Commune DÉCRÈTE : Un registre sera ouvert dans les maires de chaque arrondissement. Ce registre aura pour but l’inscription des noms de tous les citoyens qui se seront distingués en combattant pour la défense de la République et des libertés communales. La Commune de Paris. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p1390) Saisie des pains fabriqués pendant la nuit par les boulangers en infraction à l'interdiction du travail de nuit des boulangers - Les pains seront distribués aux nécessiteux. La Commune de Paris, Sur la proposition de la commission du travail et de l’échange ; Vu le décret de la commission exécutive du 20 avril, supprimant le travail de nuit chez les boulangers, ARRÊTE : Art. 1er. Toute infraction à cette disposition comportera la saisie des pains fabriqués dans la nuit, qui seront mis à la disposition des municipalités, au profit des nécessiteux. Art. 2. Le présent arrêté sera affiché dans un endroit apparent de chaque magasin de vente des boulangers. Art. 3. Les municipalités seront chargées de l’exécution du présent arrêté. La Commune de Paris. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1391) Autorisation de sortie des toutes marchandises de Paris, à l'exception des vivres, farines, liquides ou denrées alimentaires, les équipements militaires, armes et munitions de guerre. Le Comité de salut public, Vu l’arrêté de la commission exécutive en date du 25 avril 1871, autorisant la sortie des marchandises de transit, à l’exception des farines, armes et munitions de guerre ; Considérant qu’il importe de concilier autant que possible les nécessités de la défense de Paris avec les intérêts commerciaux de la France et de l’étranger, ARRÊTE : Art. 1er. La sortie des marchandises de toute sorte est autorisée à partir de ce jour. Art. 2. Sont exceptés de cette disposition les vivres, farines, liquides ou denrées alimentaires, les équipements militaires, armes et munitions de guerre. Paris, 3 mai 1871. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1391) Passage du contrôle des chemins de fer de la commission de la commission du travail et de l’échange à la commission des subsistances, qui prend le nom de commission des subsistances et transports Le Comité de salut public, ARRÊTE : Art. 1er. Le contrôle général des chemins de fer passe de la commission du travail et de l’échange à la commission des subsistances. Art. 2. La commission des subsistances prendra, à l’avenir, le nom de commission des subsistances et transports. Le Comité de salut public : Ant. Arnaud, Léo Meillet, Ch. Gérardin, Félix Pyat, Ranvier. _________________________________________________ PROCLAMATION (p 1392) Suppression du titre et des fonctions d’intendant. Varlin nommé directeur général de la manutention et des approvisionnements militaires, avec pleins pouvoirs. Sur proposition de la commission de la guerre, Art. 1er. Le titre et les fonctions d’intendant sont supprimés. Art. 2. Le citoyen Varlin est nommé directeur général de la manutention et des approvisionnements militaires, avec pleins pouvoirs. Art. 3. Il entrera immédiatement en fonctions. Paris, 2 mai 1871. _________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1392) Autorisation du président des référés à recevoir requêtes et placets présentés par les huissiers, à défaut d’avoués. Le membre de la Commune de délégué à la justice ARRÊTE : Article unique. Le président des référés est autorisé à recevoir les requêtes et les placets présentés par les huissiers, à défaut d’avoués. Fait à Paris, le 3 mais 1871. _________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À L’ENSEIGNEMENT (p 1393) Nomination d'Ernest Mollé Commissaire administratif près le Muséum d’histoire naturelle. Reprise des cours, conservation du matériel, des collections. Veillera à garantir les intérêts du public et ceux de l’établissement. Le délégué à l’enseignement, Attendu la situation faite par l’état de guerre au Muséum d’histoire naturelle de Paris ; Vu la nécessité de parer dans la limite du possible aux besoins les plus urgents, ARRÊTE : Le citoyen Ernest Mollé est délégué en qualité de commissaire administratif près le Muséum d’histoire naturelle. Il s’entendra avec le directeur et les professeurs pour la prochaine reprise des cours, veillera à la conservation du matériel, des collections, etc., et prendra toute mesure utile destinée à garantir les intérêts du public et ceux de l’établissement. Dans le plus bref délai, il devra présenter un rapport indiquant les améliorations à apporter dans le service. Le membre de la Commune délégué à l’enseignement, Ed. Vaillant. _________________________________________________ DÉCRET – MAIRIE DU XIIe ARRONDISSEMENT (p 1399) Direction administrative de leurs arrondissements par les membres de la Commune – Ont qualité pour procéder aux actes de l’état civil. Mairie du XIIe arrondissement En exécution du décret de la Commune en date du 31 mars 1871, ainsi conçu : La Commune de Paris DÉCRÈTE : Art. 1er. Les membres de la Commune ont la direction administrative de leur arrondissement. Art. 2. Ils sont invités à s’adjoindre à leur choix, et sous leur responsabilité, une commission pour l’expédition des affaires. Art. 3. Les membres de la Commune ont seuls qualité pour procéder aux actes de l’état civil. Les membres de la Commune pour le XIIe arrondissement ont nommé membres de la commission municipale les citoyens : Audebert, Dr Constant, Dandeville, Deschamps (Jacques), Dubreuil, Franconi, Fruneau, Gateau, Goizet, Lacatte, Legorju, Lyaz, Magot, Maguin, sauvage (Nicolas), Tony-Moilin. Les membres de la Commune délégués au XIIe arrondissement. Céresme, Theisz, Philippe, Lonclas Vendredi 5 mai 1871 DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 1437) Abolition du serment politique et du serment professionnel Sur la proposition du citoyen Protot, délégué à la justice, La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Article unique. Le serment politique et le serment professionnel sont abolis. La Commune de Paris. Paris, 4 mai 1871. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p 1437) Représentation par des délégués de la Commission du travail et de l’échange auprès de l'Intendance militaire – Dresseront des rapports sur les opérations de marché. Sur la proposition de la commission du travail et de l’échange, La Commune ARRÊTE : Art. 1er. La commission du travail et de l’échange se fera représenter par les délégués aux différents services de l’intendance militaire. Art. 2. Ces délégués prendront connaissance des marchés conclus par les chefs de service, et dresseront des rapports de toutes les opérations. La Commune de Paris. Paris, 4 mai 1871 Samedi 6 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1477) Structuration de la Délégation à la guerre en division militaire et administration - Rossel est chargé de l’initiative et de la direction des opérations militaires - Comité central de la garde nationale chargé des services de l’administration de la guerre, sous le contrôle direct de la commission militaire communale. Paris, le 5 mai 1871. Le comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. La délégation à la guerre comprend deux divisions Direction militaire. Administration. Art. 2. Le colonel Rossel est chargé de l’initiative et de la direction des opérations militaires. Art. 3. Le Comité central de la garde nationale est chargé des différents services de l’administration de la guerre, sous le contrôle direct de la commission militaire communale. Le Comité de salut public : Ant. Arnaud, Ch. Gerardin, Felix Pyat, Leo Meillet, G. Ranvier. 15 floréal an 79 _________________________________________________ ARRÊTÉ – COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1477) Destruction de la chapelle expiatoire de Louis XVI, protestation perpétuelle de la réaction contre la justice du peuple - Matériaux vendus aux enchères publiques au profit de l’administration des domaines. Le Comité de salut public, Considérant que l’immeuble connu sous le nom de chapelle expiatoire de Louis XVI est une insulte permanente à la première Révolution et une protestation perpétuelle de la réaction contre la justice du peuple, ARRÊTE : Art. 1er. La chapelle dite expiatoire de Louis XVI sera détruite. Art. 2. Les matériaux en seront vendus aux enchères publiques au profit de l’administration des domaines. Art. 3. Le directeur des domaines fera procéder, dans les huit jours, à l’exécution du présent arrêté. Le Comité de salut public Ant. Arnaud, Ch. Gerardin, Délix Pyat, Léo Meillet, G. ranvier Paris, le 16 floréal an 79. _________________________________________________ ARRÊTÉ – COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1479) Exemption des employés du chemins pour le service de la Garde Nationale réservée aux agents dont la présence sera reconnue indispensable aux besoins de l’exploitation ou de l’administration. Le Comité de salut public, Considérant que le service des compagnies de chemins de fer est un service d’utilité publique qu’il importe de ne pas désorganiser ; Considérant, en outre, qu’il est nécessaire de concilier les intérêts de ce service avec ceux de la défense, et de faire droit en même temps aux justes réclamations de différentes légions. ARRÊTE : Art. 1er. Toutes les exemptions du service de la garde nationale delivrées jusqu’à ce jour aux employés et à tous les agents de chemin de fer, commissionnés ou non, sont et demeurent annulées. Art. 2. A l’avenir, pourront être exemptés du service de la garde nationale, les employés et tous les agents de chemin de fer dont la présence sera reconnue indispensable aux besoins de l’exploitation ou de l’administration. Art. 3. Seront seules valables les exemptions délivrées par le contrôleur général des chemins de fer, et revêtues de l’approbation d’un délégué spécial du Comité central de la garde nationale. Art. 4. Tout employé des chemins de fer faisant son service de garde national continuera à recevoir son traitement. Art. 5. Les compagnies seront tenues de révoquer immédiatement tout employé qui chercherait à se soustraire à ce service et de lui supprimer son traitement. Art. 6. L’intervention directe des conseils de légion dans les gares, bureaux ou administrations de chemin de fer est absolument interdite. Art. 7. Les compagnies de chemins de fer sont mises en demeure de se conformer au présent arrêté dans les huit jours qui suivront sa promulgation au Journal officiel. Art. 8. Le Comité central de la garde nationale est chargé de veiller à l’exécution du présent arrêté. Le Comité de salut public : Ant. Arnaud, Ch. Gerardin, Felix Pyat, Leo Meillet, G. Ranvier. Paris, le 16 floréal an 79. _________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À LA SÛRETÉ GÉNÉRALE (p 1479) Suppression de journaux pratiquant la calomnie et incitant à la guerre civile. Le membre de la Commune délégué à la sûreté générale, Considérant que, pendant la durée de la guerre, et aussi longtemps que la Commune de Paris aura à combattre les bandes de Versailles qui l’assiègent et répandent le sang des citoyens, il n’est pas possible de tolérer les manœuvres coupables des auxiliaires de l’ennemi ; Considérant qu’au nombre de ces manœuvres, on doit placer en première lignes les attaques calomnieuses dirigées par certains journaux contre la population de Paris et la Commune, et, bien que l’une et l’autre soient au-dessus de pareilles attaques, celles-ci n’en sont pas moins une insulte permanente au courage, au dévouement et au patriotisme de nos concitoyens ; Qu’il serait contraire à la moralité publique de laisser continuellement déverser par ces journaux la diffamation et l’outrage sur les défenseurs de nos droits qui versent leur sang pour sauvegarder les libertés de la Commune et de la France ; Considérant que le gouvernement de fait qui siège à Versailles interdit dans toutes les parties de la France, qu’il trompe, la publication et la distribution des journaux qui défendent les principes de la révolution représentés par la Commune : Considérant que les journaux le Petit Moniteur, le Petit National, le Bon Sens, la Petite Presse, le Petit Journal, la France, le Temps excitent dans chacun de leurs numéros à la guerre civile, et qu’ils sont les auxiliaires les plus actifs des ennemis de Paris et de la République. ARRÊTE : Art. 1er. Les journaux le Petit Moniteur, le Petit National, le Bon Sens, la Petite Presse, le Petit Journal, la France, le Temps sont supprimés. Art. 2. Notification du présent arrêté sera faite à chacun des susdits journaux et à leurs imprimeurs, responsables de toutes publications ultérieures, par les soins du citoyen Le Moussu, commissaire aux délégations, chargé de l’exécution du présent arrêté. Paris le 5 mai 1871. Le membre de la Commune délégué à la sûreté générale. F. Cournet. _________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ PRÈS L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p 1479) Nomination de Landowski Commissaire de police de la navigation et des ports. Le délégué près l’ex-préfecture de police, agissant en vertu des pouvoirs nécessaires, ARRÊTE : Article unique. Le citoyen Landowski est nommé commissaire de police de la navigation et des ports, à titre provisoire. Le délégué, F. Cournet _________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ DE LA COMMISSION DU TRAVAIL ET DE L’ÉCHANGE (p 1481) Nomination de Marquette Délégué au bureau de dépôt des brevets d’inventions Déménagement du bureau. Le délégué de la commission du travail et de l’échange, Après avoir consulté son collègue des services publics, ARRÊTE : Art. 1er. Le bureau de dépôt des brevets d’inventions établi à l’ex-préfecture de la Seine est transféré, 62 rue Saint-Dominique-Saint- Germain. Art. 2. Le citoyen Marquette est délégué à cette division et recevra toutes les demandes de brevets sur la présentation du récépissé des finances. Le membre de la Commune délégué à la commission du travail et de l’échange. Leo Frankel. Approuvé : Le membre de la Commune délégué aux services publics. Jules Andrieu. Paris, le 6 mai 1871

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    Dimanche 7 mai 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 11 Next Next Dimanche 7 mai 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 1502) Dégagement gratuit des objets de moins de 20 Francs au Mont-de-Piété Paris, le 6 mai 1871. La Commune DECRÈTE : Art. 1er. Toute reconnaissance du Mont-de-piété antérieure au 25 avril 1871, portant engagement d’effets d’habillement de meubles, de linge, de livres, d’objets de literie et d’instruments de travail, ne mentionnant pas un prêt supérieur à la somme de vingt francs, pourra être dégagée gratuitement à partir du 12 mai courant. Art. 2. Les objets ci-dessus désignés ne pourront être délivrés qu’au porteur, qui justifiera, en établissant son identité, qu’il est l’emprunteur primitif. Art. 3. Le délégué aux finances sera chargé de s’entendre avec l’administration du mont-de-piété, tant pour ce qui concerne le règlement de l’indemnité à allouer, que pour l’exécution du présent décret. DÉCRET – DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1502) Nomination de Joseph Fontaine Séquestre des biens des communautés religieuses. Le membre de la Commune délégué à la justice ARRÊTE : Le citoyen Fontaine (Joseph) est nommé séquestre de tous les biens, meubles et immeubles, appartenant aux corporations ou communautés religieuses situées sur le territoire de la Commune de Paris. Le membre de la Commune délégué à la justice Eugène Protot Fait à Paris, le 7 mai 1871. ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À L’INTENDANCE (p 1503) Interdiction des réquisitions d'effets d'habillement et d'équipement par suite d'excès militaires entrainant de graves inconvénients. A chaque instant, des réquisitions sont faites chez les fournisseurs d’habillement et d’équipements par des militaires, ordre de chef de bataillon, de légion ou autres. Il en résulte de graves inconvénients contre lesquels l’intendance a déjà pris plusieurs arrêtés, qu’elle se voit obligée de rappeler aux citoyens qui se laissent ainsi aller à des excès de zèle ou obéissent à des ordres irréguliers. Toutes mesures sont prises pour satisfaire promptement et dans les plus économiques aux besoins de la garde nationale. En conséquence, Le délégué à l’intendance, membre de la Commune ARRÊTE : Article unique. Toutes réquisitions d’effets d’habillement et d’équipement appartenant aux fournisseurs sont absolument interdites. Le délégué à l’intendance, membre de la Commune, E. Varlin Lundi 8 mai 1981 ARRÊTÉ – COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1503) Autorisation de donner mainlevées des oppositions faites sans titre ni permission de juge par le Président chargé des référés. Le Comité de salut public. Paris, le 7 mai 1871. ARRÊTE : Le citoyen président chargé des référés pourra donner mainlevée de toutes oppositions faites sans titre ni permission de juge. Il donnera mainlevée de toutes celles qui auront été pratiquées en vertu de jugements rendus en violation des décrets, arrêtés ou décisions quelconques promulgués depuis le 18 mars dernier, notamment en matière de loyers et d’effets de commerce. Paris, le 7 mai 1871. Le Comité de salut public. Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot ARRÊTÉ – MAIRIE DU IIIe ARRONDISSEMENT (p 1556) Controle sur les cartes de pain qui entrainent des queues inévitables – Présentation des cartes tous les huit jours, suppression de quatre sections. MAIRIE DU IIIe ARRONDISSEMENT Désireux de simplifier le service de contrôle sur les cartes de pain et des fourneaux, et désireux en même temps d’éviter les queues inévitables qui en résultent, Les membres de la Commune du IIIe arrondissement, ARRÊTENT : Art. 1er. Les quatre sections des rues Neuve-Bourg-l’Abbé, Chapon, Ferdinand-Berthoud et du Parc-Royal sont supprimées. Art. 2, Les personnes porteuses de cartes de pain et de fourneaux devront, tous les huit jours, présenter lesdites cartes dans leurs fourneaux respectifs, où le timbre spécial y sera apposé. Art. 3. Toute carte perdue ne sera pas remplacée. Art. 4. Toute personne qui présentera plusieurs cartes de fourneaux et de pain se les verra saisir et sera poursuivie suivant la loi. Art. 5. Les personnes qui n’useraient plus des secours de la Commune sont instamment priées de rapporter leurs cartes à la mairie. Ant. Arnaud, Demay, Pindy, Clovis Dupont. Paris, le 7 mai 1871 Mardi 9 mai 1871 ARRÊTÉ – COMMUNE DE PARIS (p 1580) Etablissement du prix du pain. La Commune de Paris, Vu la loi des 16 et 24 août 1790, Vu l’arrêté en date du 21 septembre 1870, qui a rétabli la taxe du pain à Paris, ARRÊTE : Art. 1er. Le prix du kilogramme de pain, à Paris, est maintenu à 50 centimes le kilogramme. Art. 2. Les quantités de pain à livrer au détail, pour des prix déterminés de 10, 15 et 20 centimes, sont réglés ainsi qu’il suit, savoir : Pour 10 centimes, 190 grammes. Pour 15 centimes, 290 grammes. Pour 20 centimes, 390 grammes. Art. 3. Le présent arrêté sera imprimé publié et affiché partout où besoin sera. La Commune de Paris Paris, le 8 mai, 1871. ARRÊTÉ – COMMUNE DE PARIS (p 1581) Réglementation, par le Délégué à la guerre, des rapports entre le Comité central de la Garde nationale et l’administration de la guerre. La Commune de Paris, Considérant que le concours du Comité central de la garde nationale dans l’administration de la guerre, établi par le Comité de salut public, est une mesure nécessaire, utile à la cause commune : Considérant en outre qu’il importe que les attributions en soient nettement définies, et que dans ce but il convient que la commission de la guerre soit appelée à définir ces attributions, de concert avec le délégué à la guerre DÉCRÈTE : Article unique. La commission de la guerre, de concert avec le délégué à la guerre, réglementera les rapports du Comité central de la garde nationale avec l’administration de la guerre. ARRÊTÉ – COMMISSION DE LA GUERRE (p 1581) Comité central de la Garde nationale placé sous l'autorité, pour les emplois, de la commission de la guerre qui décide. Compte-rendus de chaque service remis à la commission de la guerre. La commission de la guerre, Attendu que le décret qui confie au Comité central l’administration de la guerre contient cette restriction : « Sous le contrôle direct de la commission de la guerre. » ARRÊTE : Le comité central ne peut nommer à aucun emploi, il propose les candidats à la commission de la guerre qui décide. Des comptes quotidiens de la gestion de chaque service seront rendus à la commission de la guerre. Les membres de la commission de la guerre, Arnold, Avrial, Delescluze, Tridon, Varlin. ARRÊTÉ – COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1582) Réquisition des chevaux de selle pour le service de la cavalerie - Dombrowski sur la rive droite et Wroblewski, sur la rive gauche emploieront les chevaux requis à la remonte de leur cavalerie. Sur la proposition du délégué à la guerre, ARRÊTE : Tous les chevaux de selle qui se trouvent dans Paris et dans l’intérieur des lignes de la Commune sont requis pour le service de la cavalerie. Ils seront réunis par quartier dans des dépôts de remonte, où ils seront pansés et nourris par les soins des municipalités. Les dépenses faites par les municipalités pour cet objet seront remboursées chaque semaine par l’administration de la guerre. Le général Dombrowski est chargé d’opérer les réquisitions à l’extérieur, sur la rive droite ; le général Wroblewski, sur la rive gauche. Ils emploieront immédiatement les chevaux requis à la remonte de leur cavalerie. Les chevaux requis dans l’intérieur seront extraits des dépôts de quartier sur l’ordre du délégué à la guerre, au fur et à mesure de la formation des escadrons. Les chevaux seront examinés et évalués au moment de la réquisition, afin de sauvegarder les droits des propriétaires. Le comité de salut public : Ant. Arnaud, Ch. Gerardin, Leo Meillet, Ranvier. Paris, le 19 floréal an 79. ARRÊTÉ – COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1582) Nomination de Léo Meillet Gouverneur du fort de Bicêtre, Thaller sous-gouverneur. Sur proposition du délégué à la guerre, Le Comité de salut public, ARRÊTE : Art. 1er. Le citoyen Léo Meillet, membre du Comité de salut public, est nommé gouverneur du fort de Bicêtre. Art. 2. Le citoyen Thaller est nommé sous-gouverneur dudit fort. Le comité de salut public : Ant. Arnaud, Ch. Gerardin, Leo Meillet, Ranvier. Paris, le 19 floréal an 79. ARRÊTÉ – COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1583) Nomination d'un greffier de la justice de paix Le Comité de salut public ARRÊTE : Le citoyen Haquin (Louis-Jules-Alfred) est nommé greffier de la justice de paix du XIIIe arrondissement. Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot. Fait à Paris, le 8 mai 1871 Mercredi 10 mai 1871 ARRÊTÉ – COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1606) Nomination d'un juge de paix Paris, le 9 mai 1871. Le Comité de salut public, ARRÊTE : Le citoyen Fevret (Claude-Louis-Eugène) est nommé juge de paix du dixième arrondissement de la Commune de Paris. Paris, le 9 mai 1871. Le Comité de salut public Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot. ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À LA SÛRETÉ GÉNÉRALE ET À L’INTÉRIEUR (p 1606) Révocation de Perrin, Directeur du théâtre national de l’Opéra, pour obstacles à une représentation nationale au profit des victimes de la guerre et des artistes musiciens - Nomination d'Eugène Garnier Directeur - Institution d'une commission pour veiller aux intérêts de l’art musical et des artistes. Le membre de la Commune délégué à la sûreté générale et à l’intérieur, Considérant que malgré la crise actuelle, l’art et les artistes ne doivent pas rester en souffrance ; Que le citoyen Perrin, directeur de l’Opéra, non seulement n’a rien fait pour parer aux difficultés de la situation, mais encore a mis en réalité tous les obstacles possibles à une représentation nationale organisée par les soins du comité de sûreté générale, au profit des victimes de la guerre et des artistes musiciens. ARRÊTE : Art. 1er. Le citoyen Emile Perrin est révoqué. Art. 2. Le citoyen Eugène Garnier est nommé directeur du théâtre national de l’Opéra, en remplacement du citoyen Perrin, et à titre provisoire. Art. 3. Une commission est instituée pour veiller aux intérêts de l’art musical et des artistes ; elle se compose des citoyens : Cournet, A. Regnard, Lefebvre-Roncier, Raoul Pugno, Edmond Levraud et Selmer. Le délégué à la sûreté générale et à l’intérieur, Cournet. ARRÊTÉ – DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ASSISTANCE PUBLIQUE (p 1610) Institution d'une commission pour le changement de nom des salles des établissements de l’Assistance publique, ne rappelant que des souvenirs de fanatisme. Le directeur général de l’Assistance publique, Considérant que les noms des salles des hôpitaux et hospices ne rappellent à l’esprit que des souvenir de fanatisme ; Considérant qu’il est nécessaire de perpétuer la mémoire de ceux qui ont vécu ou qui sont morts pour le peuple, pour la patrie, pour la défense des idées généreuses, nobles inspirations du socialisme et de la fraternité, ARRÊTE : Une commission est instituée pour substituer de nouveaux noms dans toutes les salles, cours ou corridors des établissements dépendant de l’Assistance publique. Les membres de cette commission sont : le citoyen Bonnard, le citoyen Camille Treillard et le citoyen Murat. Le directeur général, Treillard. Fait à Paris, le 8 mai 1871. ARRÊTÉ – DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ASSISTANCE PUBLIQUE (p 1610) Création d'une commission médicale en soutien au Directeur de l’Assistance publique, après désertion d'un grand nombre de médecins – Elle inspectera les services et permettra de pourvoir à des remplacements. Le directeur général de l’Assistance publique, Considérant qu’un très grand nombre de médecins et autres agents du service médical des hôpitaux et hospices ont abandonné leurs fonctions et déserté le poste où les appelaient les besoins des malades et des blessés ; Considérant qu’il y a lieu de pourvoir à ces vacances, de façon à ce que les malades ne souffrent en aucune façon de ces coupables désertions, et qu’il convient que le directeur de l’Assistance publique s’appuie sur les lumières et l’expérience d’hommes spéciaux, qui soient à la fois pratiques et républicains, ARRÊTE : 1° Une commission médicale de trois membres est instituée auprès du directeur de l’Assistance publique, et, sur sa proposition, étudiera, et au besoin inspectera les services, de façon à ce que le directeur, sous les rapports et les présentations qui lui seront proposés, puisse aviser et pourvoir à tous les services en souffrance, et prendre telles mesures qui lui paraitront justes et convenables ; 2° Cette commission est composée des citoyens : Régnard, docteur en médecine, ex-interne des hôpitaux ; Galaud, docteur en médecine ; L. Levraud, docteur en médecine. Le directeur général, Treillard. ARRÊTÉ – MAIRIE DU IIIe ARRONDISSEMENT (p 1618) Suppression des bureaux de placeurs pour les ouvriers boulangers. Ouverture d’un bureau de placement pour les mettre en rapport avec les patrons et procurer aux ouvriers, sans frais, le travail qu’ils réclament. Mairie du IIIe arrondissement Ouverture d’un bureau de placement pour les ouvriers boulangers Les membres de la Commune du IIIe arrondissement. Considérant le décret de la Commune, en date du 21 avril, portant en son article 2 : « Les placeurs institués par l’ex-police impériale sont supprimés ; » Considérant que, dans l’intérêt des ouvriers et des patrons boulangers, un bureau doit être ouvert au plus tôt pour les mettre en rapport et procurer, sans frais pour l’ouvrier, le travail qu’il réclame, ARRÊTE : Art. 1er. Les bureaux de placeurs pour les ouvriers boulangers sont et demeurent supprimés dans le IIIe arrondissement. Art. 2. Un bureau est ouvert à la mairie, salle n° 30, à partir du 10 mais, pour que les ouvriers inoccupés s’y réunissent à la disposition des patrons qui, tous les matins, à partir de quatre heures, pourront s’y présenter et embaucher le personnel qui leur sera nécessaire. Les membres de la commune du IIIe arrondissement espèrent, par cette mesure, supprimer l’exploitation dont est victime l’ouvrier, et, en même temps, bénir en aide au patron pour l’exécution du travail. Paris, le 9 mai 1871. Ant. Arnaud, Demay, Clovis Dumont, Pindy. PROCLAMATION - COMMUNE DE PARIS (p 1631) Demande de démission du Comité de salut public, pourvoir à son remplacement - Nommer un délégué civil à la guerre assisté de la commission militaire actuelle – Rédiger une proclamation – Réunion seulement 3 fois par semaine, sauf urgence – Création d'une cour martiale - Comité de salut public en permanence à l’hôtel de ville. Dans la séance du 9 mai 1871, la Commune de Paris a décidé : 1° De réclamer la démission des membres actuels du Comité de salut public et de pourvoir immédiatement à leur remplacement. 2° De nommer un délégué civil à la guerre qui sera assisté de la commission militaire actuelle, laquelle se mettra immédiatement en permanence. 3° De nommer une commission de trois membres, chargée de rédiger immédiatement une proclamation. 4° De ne plus se réunir que trois fois par semaine en assemblée délibérante, sauf les réunions qui auront lieu dans le cas d’urgence, sur la proposition de cinq membres ou sur celle du Comité de salut public. 5° De se mettre en permanence dans les mairies de ses arrondissements respectifs, pour pourvoir souverainement aux besoins de la situation. 6° De créer une cour martiale dont les membres seront nommés immédiatement par la commission militaire. 7° De mettre le Comité de salut public en permanence à l’hôtel de ville. Paris, le 9 mai 1871. Les secrétaires, membres de la Commune, Amouroux, Vésinier

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    Lundi 20 mars 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 1 Next Next Lundi 20 mars 1871 DÉCLARATION - COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE (p 11) Levée de l'état de siège, convocation des élections communales Au peuple, Le peuple de Paris a secoué le joug qu’on essayait de lui imposer. Calme, impassible dans sa force, il a attendu, sans crainte comme sans provocation, les fous éhontés qui voulaient toucher la République. Cette fois, nos frères de l’armée n’ont pas voulu porter la main sur l’arche sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent ensemble les bases d’une République acclamée avec toutes ses conséquences, le seul Gouvernement qui fermera pour toujours l’ère des invasions et des guerres civiles. L’état de siège est levé. Le peuple Paris (sic) est convoqué dans ses sections pour faire ses élections communales. La sûreté de tous les citoyens est assurée par le concours de la garde nationale. Hôtel-de-Ville, ce 19 mars 1871. Le Comité central de la garde nationale, Assi, Billioray, Ferrat, Babick, Édouard Moreau, C. Dupont, Varlin, Boursier, Mortier, Gouhier, Lavalette, Fr. Jourde, Rousseau, Ch. Lullier, Blanchet, J. Grollard, Barroud, H. Géresme, Fabre, Pougeret. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE (p 12) Elections du conseil communal de Paris Le Comité central de la garde nationale, considérant : Qu’il y a urgence de constituer immédiatement l’administration communale de la ville de Paris, ARRÊTE : 1° Les élections du conseil communal de la ville de Paris auront lieu mercredi prochain, 22 mars. 2° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement. Chaque arrondissement nommera un conseiller par chaque vingt mille habitants ou fraction excédante de plus de dix mille. 3° Le scrutin sera ouvert de 8 heures du matin à 6 heures du soir. Le dépouillement aura lieu immédiatement. 4° Les municipalités des vingt arrondissements sont chargées, chacune en ce qui la concerne, de l’exécution du présent arrêté. Un avis ultérieur indiquera le nombre de conseillers à élire par arrondissement. Hôtel-de-Ville, ce 19 mars 1871. Le Comité central de la garde nationale, assi, billioray, ferrat, babick, édouard moreau, c. dupont, varlin, boursier, mortier, gouhier, lavalette, fr. jourde, rousseau, ch. lullier, blanchet, j. grollard, barroud, h. géresme, fabre, pougeret. _________________________________________________ DEMANDE - COMMANDANT DÉLÉGUÉ À L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p 39) Elections de conseils municipaux, élections des chefs de la Garde nationale Paris, depuis le 18 mars, n’a d’autre gouvernement que celui du peuple : c’est le meilleur ! Jamais révolution ne s’est accomplie dans des conditions pareilles à celles où nous sommes. Paris est devenu ville libre. Sa puissante centralisation n’existe plus. La monarchie est morte de cette constatation d’impuissance. Dans cette ville libre, chacun a le droit de parler, sans prétendre influer en quoi que ce soit sur les destinées de la France. Or, Paris demande : 1° L’élection de la marie de Paris ; 2° L’élection des maires, adjoints et conseillers municipaux des vingt arrondissements de la ville de Paris ; 3° L’élection de tous les chefs de la garde nationale depuis le premier jusqu’au dernier ; 4° Paris n’a nullement l’intention de se séparer de la France, loin de là : il a souffert pour elle l’Empire, le gouvernement de la défense nationale, toutes ses trahisons et toutes ses lâchetés. Ce n’est pas, à coup sûr, pour l’abandonner aujourd’hui, mais seulement pour lui dire, en qualité de sœur aînée : Soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenu ; oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé ! Le commandant délégué à l’ex-préfecture de police. E. Duval. Les délégués adjoints E. Teuillière, Édouard Rouiller, L. Duvivier, Chardon, Vergnaud, Mouton. _________________________________________________ DÉCLARATION - DÉLÉGUÉ À L’INTÉRIEUR (p 41) Vente des objets du Mont-de-piété, échéances des effets de commerce, interdiction aux propriétaires de congédier leurs locataires, respect des conditions de paix, aux auteurs de la guerre d'assumer l'indemnité imposée par les vainqueurs. - L’arrêté relatif à la vente des objets engagés au Mont-de-piété est rapporté. - Prorogation d’un mois des échéances des effets de commerce. - Jusqu’à nouvel ordre, et dans le seul but de maintenir la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d’hôtel ne pourront congédier leurs locataires. - Le comité central de la garde national est décidé à respecter les conditions de la paix. Seulement, il lui paraît de toute justice que les auteurs de la guerre maudite dont nous souffrons subissent la plus grande partie de l’indemnité imposée par nos impitoyables vainqueurs. Grêlier, Délégué à l’intérieur. _________________________________________________ DÉCLARATION - FÉDÉRATION RÉPUBLICAINE DE LA GARDE NATIONALE (p 42) Adoption des statuts de la Garde nationale - République seul gouvernement possible Le comité de la Fédération républicaine et le comité central de la garde nationale ont opéré leur fusion et adopté les statuts suivants : STATUTS Déclaration préalable La République est le seul gouvernement possible ; elle ne peut être mise en discussion. La garde nationale a le droit absolu de nommer tous ses chefs et de les révoquer dès qu’ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont élus, toutefois après une enquête préalablement destinée à sauvegarder les droits de la justice. Art. 1er. — La Fédération républicaine de la garde nationale est organisée, ainsi qu’il suit : 1° L’assemblée générale des délégués; 2° Le cercle de bataillon; 3° Le corps de guerre; 4° Le comité central; Art. 2. — L’assemblée générale est formée : 1° D’un délégué élu à cet effet dans chaque compagnie, sans distinction de grade ; 2° D’un officier par bataillon élu par le corps des officiers; 3° Du chef de chaque bataillon. Ces délégués, quels qu’ils soient, sont toujours révocables par ceux qui les ont nommés. Art. 3. — Le cercle de bataillon est formé : 1° De trois délégués par compagnie, élus sans distinction de grade; 2° De l’officier délégué à l’assemblée générale; 3° Du chef de bataillon. Art. 4. — Le conseil de légion est formé : 1° de deux délégués par cercle de bataillon élus sans distinction de grade ; 2° des chefs de bataillon de l’arrondissement. Art. 5. — Le comité central est dorme : 1° de deux délégués par arrondissement, élus sans distinction de grade par le conseil de légion ; 2° D’un chef de bataillon par légion, élu par ses collègues. Art. 6. — Les délégués aux cercles de bataillon, conseil de légion et comité central sont les défenseurs naturels de tous les intérêts de la garde nationale. Ils devront veiller au maintien de l’armement de tous les corps spéciaux et autres de ladite garde, et prévenir toute tentative qui aurait pour but le renversement de la République. Ils ont également pour mission d’élaborer un projet de réorganisation complète des forces nationales. Art. 7. — Les réunions de l’Assemblée générale auront lieu les premiers dimanches du mois, sauf l’urgence. Les diverses fractions constituées de la Fédération fixeront par un règlement intérieur les modes, lieux et heures de leurs délibérations. Art. 8. — Pour subvenir aux frais généraux d’administration, de publicité et autres du comité central, il sera établi dans chaque compagnie une cotisation qui devra produire au minimum un versement mensuel de cinq francs, lequel sera effectué du 1er au 5 du mois, entre les mains du trésorier, par les soins des délégués. Art. 9. — Il sera délivré à chaque délégué, membre de l’assemblée générale, une carte personnelle qui lui servira d’entrée à ses réunions. Art. 10 — Tous les gardes nationaux sont solidaires, et les délégués de la fédération sont placés sous la sauvegarde immédiate et directe de la garde nationale tout entière. Mercredi 21 mars 1871 ARRÊTÉ - FÉDÉRATION RÉPUBLICAINE DE LA GARDE NATIONALE (p 62) Modalités des élections municipales Paris, le 21 Mars 1871. Le comité central, n’ayant pu établir une entente parfaite avec les maires, se voit forcé de procéder aux élections sans leur concours. En conséquence, le comité arrête : 1° Les élections se feront dans chaque arrondissement par les soins d’une commission électorale nommée à cet effet par le comité central ; 2° Les électeurs de la ville de Paris sont convoqués jeudi 23 mars 1871, dans leurs collègues électoraux, à l’effet d’élire le conseil communal de Paris ; 3° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement ; 4° Le nombre de conseillers est fixé à 90, soit 1 pour 20 000 habitants et par fraction de plus de 10 000 ; 5° Ils sont répartis d’après la population, ainsi qu’il suit : 6° Les électeurs voteront sur la présentation de la carte qui leur a été délivrée pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale, le 8 février 1871, et dans les mêmes locaux ; 7° Ceux des électeurs qui n’auraient pas retiré leur carte à cette époque ou l’auraient égarée depuis, prendront part au vote, après vérification de leur inscription sur la liste électorale. Ils devront faire constater leur identité par deux électeurs inscrits dans leur section ; 8° Le scrutin ouvrira à 8 heures du matin et sera clos à 7 heures du soir ; le dépouillement commencera immédiatement après la clôture du scrutin. _________________________________________________ PROCLAMATION - DÉPUTÉS ET MAIRES DE PARIS (p 64) Elections des chefs de la Garde nationale et d'un conseil municipal Citoyens, Pénétrés de la nécessité absolue de sauver Paris et la République en écartant toute cause de collision, et convaincus que le meilleur moyen d’atteindre ce but suprême est de donner satisfaction aux vœux légitimes du peuple, nous avons satisfaction aux vœux légitimes du peuple, nous avons résolu de demander au- jourd’hui même à l’Assemblée nationale l’adoption de deux mesures qui, nous en avons l’espoir, contribueront, si elles sont adoptées, à ramener le calme dans les esprits. Ces deux mesures sont : l’élection de tous les chefs de la garde nationale et l’établissement d’un conseil municipal élu par tous les citoyens. Ce que nous voulons, ce que le bien public réclame en toute circonstance et ce que ma situation présente rend plus indispensable que jamais, c’est l’ordre dans la liberté par la liberté. Vive la France ! vive la République ! (Suivent les signatures.) Vendredi 24 mars 1871 DÉCLARATION - COMITÉ CENTRAL (p 87) Sur les tentatives de corruption d'agents bonapartistes et orléanistes Paris, le 23 Mars 1871. De nombreux agents bonapartistes et orléanistes ont été surpris faisant des distributions d’argent pour détourner les habitants de leurs devoirs civiques. Tout individu convaincu de corruption ou de tentative de corruption sera immédiatement déféré au comité Central de la garde nationale. Pour le Comité central E. Lebeau, délégué au journal officiel Jeudi 30 mars 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 237) Abolition de la conscription, tous les citoyens valides font partie de la garde nationale La Commune de Paris décrète : 1° La conscription est abolie ; 2° Aucune force militaire, autre que la garde nationale, ne pourra être créée ou introduite dans Paris ; 3° Tous les citoyens valides font partie de la garde nationale. Hôtel-de-Ville, 29 mars 1871. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p238) Remise des loyers d'octobre 1870, janvier et avril 1871 La Commune de Paris, considérant que le travail, l’industrie et le commerce ont supporté toutes les charges de la guerre qu’il est juste que la propriété fasse au pays sa part de sacrifices, décrète : Art. 1er. Remise générale est faite aux locataires des termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. Art. 2. Toutes les sommes payées par les locataires pendant les neuf mois seront imputables sur les termes à venir. Art. 3. Il est fait également remise des sommes dues pour les locations en garni. Art. 4. Tous les baux sont résiliables, à la volonté des locataires, pendant une durée de six mois, à partir du présent décret. Art. 5. Tous les congés donnés seront, sur la demande des locataires, prorogés de trois mois. Nota — Un décret spécial réglera la question des intérêts hypothécaires. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p238) Suspension de la vente des objets déposés au Mont-de-pitié La Commune de Paris DÉCRÈTE : Article unique. La vente des objets déposés au mont-de-piété est suspendue. Hôtel-de-Ville, 29 mars 1871. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p240) Nullité des ordres du gouvernement de Versailles Citoyens, la Commune étant actuellement le seul pouvoir, décrète : Art. 1er. Les employés des divers services publics tiendront désormais pour nuls et non avenus les ordres ou communications émanant du gouvernement de Versailles ou de ses adhérents. Art. 2. tout fonctionnaire ou employé qui ne se conformerait pas à ce décret sera immédiatement révoqué. Hôtel-de-ville, 29 mars 1871. Pour la commune, par délégation : Le président, Lefrançais assesseurs, Ranc, Ed Vaillant. _________________________________________________ DÉCRET - COMMISSION MILITAIRE (p241) Roulement du service militaire de la place de Paris La commission militaire DÉCRÈTE : Le roulement du service militaire de la place de Paris sera fait tous les jours par l’état-major de la place Vendôme, et le mot d’ordre partira également de la même place. A cet effet, les chefs de légions pour les légions organisées, et les chefs de bataillons pour celles qui ne le sont pas encore, enverront tous les jours, à neuf heures du matin, à l’état-major de la place Vendôme (bureau du service), un capitaine adjudant-major pour prendre le service du lendemain, et à trois heures du soir un adjudant sous-officier pour le mot d’ordre. Tout ordre de service et tout mot d’ordre émanant d’une autre source seront considérés comme nuls et non avenus et leurs auteurs rigoureusement poursuivis. Le général Bergeret, commandant la place Paris, membre de la commission militaire, est chargé de l’exécution du présent décret. Les membres de la Commission militaire, Pindy, Eudes, Bergeret (Jules), E. Duval, Chardon, Flourens, (G.) Ranvier. _________________________________________________ DÉCRET - DÉLÉGUÉ CIVIL ET COMMANDANT MILITAIRE DE L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p242) Interdiction des jeux de hasard, enjeux confisqués au profit de la République. Le délégué civil et le commandant militaire de l’ex-préfecture de police, Considérant qu’un exemple pernicieux est donné à la population par des chevaliers d’industrie qui encombrent la voie publique et excitent les patriotes aux jeux de hasard de toute sorte ; Qu’il est immoral et contre toute justice que des hommes puissent, sur un coup de dé et sans peine, supprimer le peu de bien-être qu’apporte la solde dans l’intérieur des familles ; Considérant que le jeu conduit à tous les vices, même au crime, arrêtent : Art. 1er. Les jeux de hasard sont formellement interdits. Tout joueur de dés, roulette, lotos, etc., sera immédiatement arrêté et conduit à l’ex-préfecture. Les enjeux seront confisqués au profit de la République. Art. 2. La garde nationale est chargée de l’exécution du présent décret. Paris, le 29 mars 1871. Le commandant militaire, Général E. Duval, Le délégué civil, Raoul Rigault.

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 3

    Jeudi 30 mars 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 3 Next Next Jeudi 30 mars 1871 LA COMMUNE DE PARIS EST CONSTITUÉE (p236) CITOYENS, Votre commune est constituée. Le vote du 26 mars a sanctionné la Révolution victorieuse. Un pouvoir lâchement agresseur vous avait pris à la gorge : vous avez, dans votre légitime défense, repoussé de vos murs ce gouvernement qui voulait vous déshonorer en vous imposant un roi. Aujourd’hui, les criminels, que vous n’avez même pas voulu poursuivre, abusent de votre magnanimité pour organiser aux portes même de la cité un foyer de conspiration monarchique. Ils invoquent la guerre civile ; ils mettent en œuvre toutes les corruptions ; ils acceptent toutes les complicités ; ils ont osé mendier jusqu’à l’appui de l’étranger. Nous en appelons, de ces menées exécrables, au jugement de la France et du monde. __________________________________________________ AFFICHAGES (p241) Il n’appartient qu’à l’autorité communale et aux municipalités d’apposer des affiches sur papier blanc. Les municipalités ne peuvent afficher en dehors de leur arrondissement respectif. L’affichage des actes émanant du gouvernement de Versailles est formellement interdit. Tout afficheur ou tout entrepreneur d’affichage contrevenant au présent avis sera rigoureusement poursuivi. Hôtel-de-Ville, 29 mars 1871. Pour le Comité et par délégation, L. Boursier. __________________________________________________ COMMUNE DU CREUZOT (p244) Une dépêche officielle annonce que la commune vient d’être proclamée au Creuzot. Le drapeau rouge, arboré à l’Hôtel-de-Ville, puis enlevé par surprise, a été finalement rétabli par les amis de la Commune, — cela sans effusion de sang. __________________________________________________ SEMENCES ANGLAISES (p 245) M. Norcott, membre de la société anglaise des Amis pour la distribution des semences aux habitants des villages, autour de Paris invite les maires des communes qui n’ont pas encore pris livraison des semences qui leur ont été données par le lord maire de Londres, de venir de suite aux magasins de la ville, boulevard Morland, 9, où M. Norcott sera tous les jours de 10 heures du matin à 4 heures du soir, pour faire la distribution des semences et des laissez-passer, car le temps d’ensemencement est des plus urgents. Paris, le 29 mars 1871, W. B. Norcott __________________________________________________ SPECTACLE GRANDIOSE (p 247) Citoyens, aujourd’hui, il nous a été donné d’assister au spectacle populaire le plus grandiose qui ait jamais ému nos âmes : Paris saluait, acclamait sa Révolution ; Paris ouvrait à une page blanche le livre de l’histoire et y inscrivait son nom puissant. Deux cent mille homme libres sont venus affirmer leur liberté et proclamer au bruit du canon l’institution nouvelle. Que les espions de Versailles, qui rôdent autour de nos murs, aillent dire à leurs maîtres quelles sont les vibrations qui sortent de la poitrine d’une population tout entière, comme elles emplissent la cité et franchissent les murailles ; que ces espions, glissés dans nos rangs, leur rapportent l’image de ce spectacle grandiose d’un peuple reprenant sa souveraineté, et, sublime ambitieux, le faisant en criant ces mots : Mourir pour la Patrie ! __________________________________________________ COMMUNE DE TOULOUSE (p249) Le Comité central a remis la proclamation suivante aux délégués que Toulouse lui avait envoyés : Citoyens de Toulouse, Paris savait que vous entreriez les premiers dans le mouvement républicain, et il n’attendait que l’affirmation de votre indépendance pour vous tendre la main et saluer votre liberté. La révolution est faite, il faut maintenant reconstituer ; et il est nécessaire que la France entière suive une route commune et invariable. Le pacte national ne peut avoir que peu d’articles, mais encore faut-il qu’il soit l’expression unanime. Le voici tel que Paris vient de le poser : « Affirmation, au-dessus de toute discussion, de la République démocratique et sociale ; suppression de l’armée régulière et son remplacement par la garde nationale, seule force armée dans la cité et dans l’Etat, répondant de la police intérieure et du salut militaire de la patrie. « Election de tous les chefs sans exception, suppression des privilèges, protection au mérite et guerre au favoritisme. » Paris a jeté ces bases d’avenir en résistant aux provocations d’un gouverne- ment qui n’avait plus d’espoir que dans la guerre civile. Il a voulu prouver que la véritable force était dans la révolution pacifique, et que le peuple était assez puissant pour anéantir ceux qui l’attaquent à main armée par la seule majesté de son attitude. Que du Capitole comme de l’Hôtel-de-Ville vibre la grande voix du peuple aux paroles de force et de paix, et que la liberté féconde se dresse, vaillante et radieuse, sur le monde régénéré ! Vive la République ! __________________________________________________ LE KIOSQUE À MUSIQUE (p 250) Faits divers. Tous les dimanches, nous dit un correspondant, la population de Metz, qui n’a pas cessé de protester contre l’annexion, se donne rendez-vous de bonne heure sur la promenade de l’Esplanade, et, au moment où la musique prussienne s’installe dans le kiosque de la place pour commencer son concert de l’après-midi, tous les promeneurs se retirent et s’en vont par la porte Serpenoise, laissant les mélodies du Tannhauser s’exécuter dans le désert. 21 mars Vendredi 31 mars 1871 CUMUL DES MANDATS, ADMISSION DES ÉTRANGERS À LA COMMUNE (extrait, voir JO p254) Rapport de la commission des élections Existe-t-il une incompatibilité entre le mandat de député à l’Assemblée de Versailles et celui de membre de la Commune ? Considérant que l’Assemblée de Versailles, en refusant de reconnaître la Commune élue par le peuple de Paris, mérite par cela même de ne pas être reconnue par cette Commune. Que le cumul doit être interdit ; Qu’il y a du reste impossibilité matérielle à suivre les travaux des deux Assemblées. La commission pense que les fonctions sont incompatibles. Les étrangers peuvent-ils être admis à la Commune ? Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la république universelle ; Considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyens aux étrangers qui la servent ; Que cet usage existe depuis longtemps chez les nations voisines ; Considérant que le titre de membre de la Commune étant une marque de confiance plus grande encore que le titre de citoyen, comporte implicitement cette dernière qualité. La commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel. __________________________________________________ HISTOIRE DU DRAPEAU ROUGE (voir JO p285) __________________________________________________ FERMENTATION BELGE (p289) A la suite des événements de Paris, un mouvement s’est déclaré parmi les membres de l’Internationale dans plusieurs centres industriels de la Belgique. Il règne une grande fermentation principalement à Verviers, à Liège, et dans les environs de Charleroi. 22 mars Samedi 1er avril 1871 SOLDE DE LA GARDE NATIONALE (p294) Délégation aux finances : la solde de 1 fr. 50 allouée aux gardes nationaux est essentiellement personnelle. Il est expressément interdit aux offices payeurs ou sergents-majors de distribuer entre les gardes présents la solde destinée aux citoyens gardes qui ne répondent pas à l’appel, ou qui ont cessé d’avoir droit à cette solde. Les payeurs qui enfreindraient cet ordre seraient rendus responsables envers le trésor. Paris le 31 mars 1871 Les délégués aux finances, membres de la commune : Fr. Jourde, E. Varlin __________________________________________________ LE COMITÉ RADICAL DE MÂCON (extrait, voir JO p302) Nous publions le programme du comité républicain radical de Mâcon : Les membres du comité inscrivent en tête de leur programme la grande devise politique et sociale : Liberté, Egalité, Fraternité. La République est au-dessus du suffrage universel. Une génération est au-dessus du suffrage universel. Une génération ne peut pas engager les générations à venir. Les coups d’Etat et les plébiscites sont les causes directes de tous les malheurs qui nous accablent. « Les rois, disait le conventionnel Grégoire, sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique... L’histoire des rois est le martyrologue des nations... » En conséquence, tous les prétendants doivent être à jamais bannis de France et mis hors la loi. Ils serviraient, par leur présence, de prétextes perpétuels à des discordes civiles. Les deux bases fondamentales de la tyrannie sont l’ignorance et la superstition. Il y a deux moyens de les faire crouler : L’instruction gratuite, obligatoire et radicalement laïque. L’instruction de l’Eglise et de l’Etat, comprenant la suppression du budget des cultes. Les écoles doivent être communes, afin de faire disparaître chez les enfants tous les préjugés de caste, qui sont des obstacles à l’égalité, à la fraternité. L’enseignement de principes religieux doit y être interdit ; c’est aux parents seuls que la liberté de conscience réserve ce droit. __________________________________________________ LA GAZETTE DE TURIN (extrait, voir JO p305) On lit dans la Gazette de Turin : « Nous ne cesserons pas de répéter qu’à nos yeux l’unique moyen de ramener la tranquillité, la paix et la prospérité, non seulement à Paris, mais dans toute la France, serait s’assurer d’une manière sérieuse et efficace l’existence de la république. Cela peut-il se faire ? Question à l’adresse de l’Assemblée et des gouvernants actuels ». __________________________________________________ AUTONOMIE DE L'ALSACE-LORRAINE (p310) L’organisation future de l’Alsace-Lorraine fera l’objet d’un projet de loi qui est déjà préparé et dont le Parlement allemand doit être saisi prochainement. Ainsi qu’on nous l’avait fait pressentir, les territoires cédés seront réunis en une seule province, qui ne relèvera que de l’empire, dont elle sera une des parties constituantes. Le nouveau « pays de l’empire » n’aura d’autre souverain que l’empire lui-même, et c’est au chef de l’empire, à l’empereur, que sera confiée l’administration, qu’il exercera avec le concours du conseil fédéral. Toutefois, l’Alsace-Lorraine sera placée provisoirement sous un régime transitoire jusqu’au 1er janvier 1873, époque à laquelle elle entrera en pleine jouissance de son autonomie, et sera dotée de toutes les institutions qui la constitueront en Etat indépendant, mais relié à l’empire par la Constitution et les lois fédérales. Le projet de loi, nous dit-on, ne fait aucune mention de la cession d’une partie de l’Alsace à la Bavière. Il est donc à croire qu’on a renoncé à l’idée malheureusement d’un démembrement si tant est qu’elle ait jamais été débattue sérieusement. __________________________________________________ CHOLERA FOUDROYANT (p310) Une épidémie terrible, le choléra foudroyant, sévit à Saint-Petersbourg, où il a déjà fait un grand nombre de victimes. Le prince d’Oldenbourg, troisième fils du prince Pierre, cousin de l’empereur, la princesse Tcherkasky, et plusieurs autres personnes, sont mortes après quelques heures de souffrances horribles. __________________________________________________ LES AMÉRICAINS (p311) Les Américains, ces hardis promoteurs du go ahead, ne savent pas rester en arrière quand il s’agit d’une œuvre libérale, philanthropique, capable de témoigner leur sympathie pour la France. Le port du Havre, particulièrement, vient de recevoir une nouvelle preuve de l’esprit généreux et confraternel d’un habitant de New-York. Le navire américain Hunler, capitaine Robert Mac York, consigné à MM. J.- A. Laude et Cie, apporte de New-York un chargement de 3 812 barils de farine qui sont envoyés par une des plus puissantes et honorables maisons de New-York, MM. A.-T. Stewart et Cie, pour être répartis gratuitement, à titre de secours, aux ouvriers nécessiteux de nos divers districts manufacturiers, en attendant la reprise des travaux. MM. Stewart possèdent, à New-York, l’un des plus beaux et des plus vastes magasins de nouveautés, scieries, etc., qui soient dans l’univers entier, et capable d’être comparé avec avantage à ce que Paris possède de plus grandiose. __________________________________________________ LA CHASSE AUX GRENOUILLES (p312) Les prisonniers français internés dans le camp d’Erfurt se sont révoltés samedi dernier. La Gazette de Weimar donne sur cette affaire les détails suivants : […] Sept prisonniers français, mettant à profit quelques heures de congé, s’étaient amusés hier à aller faire la chasse aux grenouilles et étaient rentrés trop tard dans leurs campements. Pour les punir, on les lia et on les attacha pendant une heure aux cloisons de leurs baraques. Cette punition n’étant pas d’usage en France, les autres Français n’y voulurent pas consentir et délivrèrent leurs camarades. Les gardes de Brunswick s’y étant opposés et les ayant en partie rattachés, les prisonniers, — il s’en trouve encore 8000 au camp, — sortirent en tumulte et s’attroupèrent devant le corps de garde. Des pierres furent lancées, et les internés brandissaient des bâtons et des couteaux dont ils menaçaient les gardes brunswickois. Ceux-ci, au nombre de 40, étaient prêts à faire feu, mais le vice-caporal Hartmann, dans un louable esprit de modération, n’en donna pas l’ordre, parce qu’il était sûr d’avance que tous les gardes auraient été massacrés. Il commanda seulement un signal de trois coups de canon, sur quoi on battit la générale dans toute la ville. À mon retour sur la place Guillaume-Frédéric, je vis des soldats prussiens conduisant trois Français qui avaient été gravement maltraités au lazaret ; des personnes dignes de foi m’assuraient que quelques internés avaient même été tués, mais je ne rapporte ce dire que sous toutes réserves. Aujourd’hui, on annonce que quatre Français ont été tués, mais ce bruit est également sujet à caution. Le calme est complet. __________________________________________________ LES CHIFFRES DE LA MORTALITÉ (extrait, voir JO p 314) La mortalité continue à diminuer. Le chiffre de décès du 11 au 17 mars n’est que de 2 576 au lieu de 2 993, comme l’autre semaine. La variole a un peu augmenté (98 au lieu de 85) ; la cholérine aussi (5 au lieu de 1) ; la rougeole est restée au même chiffre (20). Toutes les autres maladies sont en décroissance. La maladie la plus meurtrière est toujours la bronchite (301 décès) ; Puis viennent la fièvre typhoïde (329), la pneumonie (188), la diarrhée (104), la variole (98), la dyssenterie (47), la rougeole (20), le croup (14), etc. La bronchite a surtout frappé les enfants et les vieillards. De 15 à 50 ans, elle n’a fait que trente-sept victimes, un peu plus d’un dixième du chiffre total. La fièvre typhoïde frappe toujours principalement l’armée, qui a fourni plus de la moitié du chiffre des décès (122 sur 229). La pneumonie a atteint à peu près également tous les âges. La diarrhée, comme la bronchite, a surtout enlevé les enfants et les vieillards. Les adultes, de 15 à 50 ans, entrent à peine pour un dixième dans le chiffre total (10 sur 104). […] __________________________________________________ RECRUTEMENT VERSAILLAIS (p316) Le préfet de Lille a fait annoncer qu’un train spécial serait mis à la disposition des volontaires appelés par l’Assemblée nationale à Versailles. À l’heure indiquée pour le départ du train, il s’est présenté vingt volontaires ! C’étaient vingt ouvriers belges sans travail. __________________________________________________ L'ANNIVERSAIRE DU ROI GUILLAUME (p317) On écrit de Lons-le-Saulnier, 25 mars : « C’était hier l’anniversaire de la naissance de l’excellent roi Guillaume. A cette occasion, les Prussiens se sont livrés à de grandes réjouissances dont nous, pauvres habitants inoffensifs, avons été les victimes. Après la journée, consacrée à des revues, parades, allocutions, salves d’artillerie, etc., a eu lieu à cinq heures, à la préfecture un grand repas offert par le général à ses officiers ; pareil festin pour les sous-officiers et soldats, qui avaient reçu double ration. A huit heures du soir, toute cette soldatesque était complètement ivre, voire les officiers. Elle s’est alors répandue dans la ville comme un torrent, envahissant les cafés, insultant la population ; quelques personnes ayant voulu résister à ces injures, il s’est passé une scène de carnage, digne d’une ville prise d’assaut : les soldats se sont rués sur les habitants, le sabre au poing, frappant à droite et à gauche sur tout ce qui se trouvait devant eux : femmes, enfants vieillards, rien ne fut respecté ; deux ou trois établissements ont été livré au pillage. Des patrouilles prussiennes sont alors intervenues, mais les soldats qui les composaient étaient aussi ivres que les autres, ils se sont mis de la partie : malheur aux retardataires qui ne rentraient pas assez vite chez eux ! Ces scènes de brutalité ont duré jusqu’à minuit ; le résultat a été deux ou trois prussiens blessés ou du moins contusionnés, et un mort ; du côté de la population, trois morts et environ quinze personnes blessées plus ou moins grièvement, dont deux jeunes filles qui ont eux les poignets coupés. Suivant le dire de quelques soldats prussiens qui n’ont pas participé à cette orgie, il paraît que chaque année la fête du roi Guillaume se célèbre de la même manière : quand ces messieurs n’ont pas d’ennemis sous la main, ils se battent entre eux. Pour couronner l’œuvre, le général commandant, prétendant que ses soldats sont de véritables saints qui ont été provoqués, va nous donner à loger quelques centaines d’hommes de plus afin de maintenir le bon ordre. Inutile d’ajouter que cette occupation nous ruine complètement. Un ordre du commandant prussien de Lons-le-Saulnier défend aux journaux de la ville de rendre compte de ce qui s’est passé. L’enterrement des victimes a eu lieu au milieu d’un grand concours de population protestant silencieusement contre cet horrible abus de la force ». __________________________________________________ FAIT DIVERS - MEURTRE À BORDEAUX (extrait, voir JO p319) Les événements tragiques se succèdent à Bordeaux. La population est à peine remise d’une émotion de la veille, que le lendemain elle a à enregistrer quelque nouveau fait non moins tragique. Ce matin, il n’était bruit à Bordeaux que d’un meurtre commis pendant la nuit dans le 3e arrondissement, quartier de Saint-Ferdinand Un militaire avait été frappé à la tête de deux coups de hache ; son corps en- sanglanté était, par les soins du commissaire de police, transporté à l’hôpital Saint-André ; une femme était en fuite, et le mari de cette dernière, auteur du meurtre, allait lui-même se constituer prisonnier. Voilà les faits qui, dans le quartier Saint-Ferdinand, étaient ce matin le sujet de toutes les conversations. Un meurtre a en effet été commis, et voici dans quelles circonstances....[…] __________________________________________________ FAIT DIVERS - LA BLESSURE MYSTÉRIEUSE (extrait, voir JO p320) L’un des omnibus qui suivaient le quai Saint-Bernard s’était arrêté hier pour laisser monter plusieurs personnes, dont trois à l’intérieur. L’un de ces derniers voyageurs, le sieur J..., âgé de soixante-quatre ans, venait à peine de s’asseoir, qu’il se leva brusquement, pâlit, et, chancelant, se disposa à sortir de la voiture en s’écriant : — A mon secours, je suis blessé ! On vit, en effet, le sang ruisseler de son pantalon, en même temps que sa pâleur augmentait. On l’entoura, on le soutint et on le fit entrer dans une maison voisine dont l’un des locataires était précisément un médecin qui le visita, remarqua qu’il portait en haut de la cuisse une large et profonde blessure, et s’empressa de lui donner des soins. Dans le premier moment, on avait cru qu’il s’agissait d’une tentative de meurtre ; mais les renseignements recueillis ne tardèrent pas à donner aux faits leur véritable caractère.... […] __________________________________________________ PESTE BOVINE (p321) On lit dans la Chronique de Fougères l’indication des moyens suivants qui, dans beaucoup de cas, suffisent pour prévenir la peste bovine : 1° Saler la nourriture; 2° Changer souvent la litière, tous les jours s’il est possible; 3° Mettre un peu de chaux vive dans la litière 4° Mettre dans les étables un feu de goudron de gaz qu’on renouvelle aussitôt qu’il a cessé de répandre de l’odeur. Ces moyens sont bien simples, très peu coûteux, et leur action désinfectante ne peut être mise en doute. Si leur efficacité n’est pas absolue, ils sont du moins incontestablement utiles. 23 mars 24 mars

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 3

    Mardi 4 avril 1971 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 3 Next Next Mardi 4 avril 1971 ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p 382) Ajournement des élections communales en raison des opérations militaires engagées Paris, le 3 Avril 1871. La Commune de Paris, En raison des opérations militaires engagées, ARRÊTE Art. 1er. Les élections communales précédemment fixées au mercredi 5 avril sont ajournées. Art. 2. Le jour du scrutin sera indiqué aussitôt que le permettra la situation faite à Paris par l’attaque du gouvernement de Versailles. _________________________________________________ DÉCLARATION - COMMUNE DE PARIS (p382) Nominations de Delescluze, Cournet et Vermorel à la Commission exécutive, de Cluzeret au Ministère de la guerre, de Blanchet et Géresme à la Commission de justice La Commune décide : Les citoyens Duval, Bergeret et Eudes, retenus loin de Paris par les opérations militaires, sont remplacés à la commission exécutive par les citoyens Delescluze, Cournet et Vermorel. Le citoyen Cluzeret est délégué au ministère de la guerre. Les citoyens Blanchet et Géresme sont délégués à la commission de justice. _________________________________________________ DÉCLARATION – MAIRIE DU 1ER ARRONDISSEMENT (p 388) Devoir d'engagement dans la Garde nationale La Délégation communale du 1er arrondissement à ses administrés Citoyens, Dans les circonstances solennelles où nous nous trouvons, il est du devoir de tout bon citoyen de faire acte de patriotisme et de courage civique en offrant spontanément à faire partie des bataillons de gardes nationaux fédérés. La loi nous autorise à vous y forcer. Nous ne voulons pas recourir à la force. Nous voulons simplement faire appel à votre honneur, à votre patriotisme, persuadés que nous serons entendus et compris par tous ceux qui ont un cœur généreux. Nous ne voulons simplement faire appel aux lâches, ni à ceux que vingt années d’Empire ont gangrené jusqu’aux sentiments les plus nobles qui caractérisent l’homme : les sentiments de liberté. Vous ne voulez pas plus que nous vous donner un maître. Vous voulez vivre libres et participer à la régénération de notre malheureuse patrie. Ne poussez donc pas à la décadence notre malheureux pays. En tout temps, l’abstention et l’indifférence sont coupables. Aujourd’hui sachez que ce sont des crimes. Citoyens, formez vos bataillons ! Fédérez-vous sans retard ! Unissez vos efforts contre le danger commun. Rappelez-vous que nous avons combattu ensemble côte à côte contre le Prussien, et sachez que tous les généraux lâches et perfides qui nous ont trahis, vendus à la Prusse, ne méritent ni pitié ni pardon, pas plus que les vils sicaires de l’Empire, troupes mercenaires au service de tous les despotes. La délégation provisoire du 1er arrondissement Dr Pillot, Napias-Piquet, Toussaint, Winant, Tanguy, Joly, Sallée Mercredi 5 avril 1871 NOMINATION - COMMISSION D'INITIATIVE POUR LE TRAVAIL ET L’ÉCHANGE (p 417) Création d'une commission d’initiative pour le travail et l’échange. Commune de Paris Il est nommé une commission d’initiative pour tout ce qui a rapport au travail et à l’échange. Cette commission, qui siégera au ministère des travaux publics, est composée des citoyens Minet, Teulière, E. Roullier, Paget-Lupicin, Seraillier, Loret, Henri Goullé, Ernest Moullé et Lévy-Lazare. Pour la commission : B. Malon, L. Frankel. _________________________________________________ DÉCLARATION - MINISTÈRE DE LA GUERRE (p 418) Réorganisation et soldes des compagnies de marche pour les citoyens de 17 à 35 ans non mariés, les gardes mobiles licenciés, les volontaires de l’armée ou civils Les compagnies de marche seront immédiatement réorganisées. Les officiers, sous-officiers et gardent entreront en solde à partir du 7 avril. Les gardes toucheront 1 fr. 50 et les vivres. Les sous-officiers, 2 fr. Les officiers, 2 fr. 50. Quand les compagnies agiront en dehors du service, les officiers toucheront la solde de leur grade dans l’armée. Les quatre compagnies de chaque bataillon éliront un chef de bataillon spécial. Les élections auront lieu le 6 avril. La revue sera passée au Champ-de-Mars par les membres de la commune, le 7 avril, à deux heures de l’après-midi. Bureau d’organisation et de renseignements au ministère de la guerre et à la place. Font partie des bataillons de guerre tous les citoyens de 17 à 35 ans non mariés, les gardes mobiles licenciés, les volontaires de l’armée ou civils. Les effets de campement seront complétés dans le plus bref délai. Paris, le 4 avril 1871. Par ordre de la Commune, le délégué au ministère de la guerre, Cluseret Jeudi 6 avril 1871 DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 448) Les accusés de complicité avec le gouvernement de Versailles seront otages du peuple de Paris. L'exécution d'un prisonnier ou d'un partisan sera suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus en vertu de l’article 4, désignés par le sort. La Commune de Paris, Considérant que le gouvernement de Versailles foule ouvertement aux pieds les droits de l’humanité comme ceux de la guerre ; qu’il s’est rendu coupable d’horreurs dont ne se sont même pas souillés les envahisseurs du sol français ; Considérant que les représentants de la Commune de Paris ont le devoir impé- rieux de défendre l’honneur et la vie des deux millions d’habitants qui ont remis entre leurs mains le soin de leurs destinées ; qu’il importe de prendre sur l’heure toutes les mesures nécessitées par la situation : Considérant que des hommes politiques et des magistrats de la cité doivent concilier le salut commun avec le respect des libertés publiques, DÉCRÈTE : Art. 1er. Toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédiatement décrétée d’accusation et incarcérée. Art. 2. Un jury d’accusation sera institué dans les vingt-quatre heures pour connaître des crimes qui lui sont déférés. Art. 3. Le jury statuera dans les quarante-huit heures. Art. 4. Tous les accusés retenus par le verdict du jury d’accusation seront les otages du peuple de Paris. Art. 5. Toute exécution d’un prisonnier de guerre ou d’un partisan du gouvernement régulier de la Commune de Paris sera, sur-le-champ, suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus en vertu de l’article 4, et qui seront désignés par le sort. Art. 6. Tout prisonnier de guerre sera traduit devant le jury d’accusation, qui décidera s’il sera immédiatement remis en liberté ou retenu comme otage. _________________________________________________ ARRÊTÉ – MINISTÈRE DE LA GUERRE (p 450) Nomination des chefs des bataillons de marche, suppression du service des secteurs Considérant qu’il importe que les bataillons de marche aient à leur tête des chefs qui les dirigent effectivement : Considérant que dans les événements récents, un certain nombre de chefs ont fait défaut ; Vu le décret du 4 avril du délégué à la guerre, Le Comité central ARRÊTE : Dans chaque bataillon, un commandant sera nommé par les quatre compagnies de guerre, et les conduira. Les compagnies sédentaires resteront sous son contrôle, et seront administrées, en son absence, par un capitaine commandant hors cadres. Tous les titulaires devront se présenter en dernier délai, samedi 8, aux bureaux du Comité central, au ministère de la guerre, avec leurs titres de nomination. A la date du dimanche 9 avril, le service des secteurs est supprimé. Par délégation : G. Arnold, C. Gaudier, Prudhomme, L. Boursier, J. Grolard Vu Approuvé le Délégué à la Guerre, Cluseret _________________________________________________ DÉCLARATION – COMMISSION DES SUBSISTANCES (p453) Interdiction de réquisition des subsistances dans les stocks sans bon de la commission des subsistances, Ministère du commerce A partir de ce jour, défense est faite de réquisitionner dans les stocks de la Commune sans un bon de la commission des subsistances, siégeant au ministère du commerce. Le 5 avril 1871 _________________________________________________ DÉCLARATION - COMMISSION EXÉCUTIVE (p 454) Obligation de déclaration des armes et munitions Toute personne qui possédera ou connaîtra des dépôts d’armes, munitions, poudres ou engins de guerre, est tenue d’en faire la déclaration dans le plus bref délai au ministère de la guerre. La commission exécutive : F. Cournet, Delescluze, Félix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant, Vermorel. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE L’INTÉRIEUR ET DE LA SÛRETÉ GÉNÉRALE (p 464) Conservation et protection des collections de la Bibliothèque Nationale Nous donnons ci-après les termes de l’engagement que le citoyen Vincent, délégué par la Commune à la Bibliothèque nationale, a fait prendre aux employés de cet établissement. C’est par des actes de cette nature que les hommes de la Commune prouvent qu’ils entendent conserver soigneusement aux générations futures tout ce qui se rapporte à la gloire et à la science du passé : Paris, le 1er avril 1871. Pour le comité de l’intérieur et de la sûreté générale : Les délégués, F. Cournet, Emile Oudet, Th. Ferré. Il a été convenu et arrêté ce qui suit : 1° Avec le concours de M. Jules Vincent, délégué à cet effet, les fonctionnaires et employés de la Bibliothèque nationale prendront toutes les mesures propres à sauvegarder l’intégrité et la conservation des collections qui leur sont confiées, sans qu’il soit porté d’ailleurs aucune atteinte aux règlements actuels de l’établissement. 2° Fidèles à leur devoir professionnel, les fonctionnaires et employés de la Bibliothèque continueront de se renfermer dans les strictes limites de leur rôle de gardiens des collections qui constituent les quatre départements et qui appartien- nent à la Nation. Jules Vincent ; J. Ravenel, conservateur du département des imprimés ; O.-S. Barbris, conservateur adjoint au département des imprimés ; E.-J.-B. Rathery, conservateur adjoint au dépar- tement des imprimés ; H. Baudement, biblio- thécaire au département des manuscrits ; Chabouillet, conservateur, sous-directeur du département des médailles et antiques; H. Lavoix, conservateur, sous-directeur adjoint du département des médailles et antiques ; H. Delaborde, conservateur du département des estampes ; Dauban, conservateur, sous-directeur adjoint du dépar- tement des estampes ; Georges Duplessis, bibliothécaire ; J. Guérin, Bibliothécaire. _________________________________________________ PROPOSITION - COMITÉ CONSULTATIF D’HYGIÈNE PUBLIQUE (p 471) Construction de tumulus pour enterrer les cadavres des victimes des environs de la capitale Le comité consultatif d’hygiène publique, composé de MM. Bussy, Fauvel, Michel Lévy, Bouley, Reynaud et Amédée Latour, a été chargé de présenter un rapport sur les travaux que nécessité, dans l’intérêt de la santé publique, l’état déplorable où ont été laissés les corps de tant de victimes dans les environs de la capitale. Voici la mesure proposée par le Comité à l’égard des tumulus : 1° Elévation d’un tumulus en terre de 40 à 50 centimètres de hauteur sur les fosses ou les tranchées renfermant un plus ou moins grand nombre de cadavres, et ensemencé de plantes à végétation rapide et avides d’azote. 2° Exhumation rapide des cadavres isolés, désinfectés et placés dans une fosse creusée parallèlement et le plus près possible de la fosse ancienne, et couchés sur un lit de chaux vive. 3° Culture et plantation des terrains dans la zone la plus rapprochée des sépultures. _________________________________________________ APPEL (p472) Appel à la réforme de l'enseignement Appel aux instituteurs, institutrices et professeurs, ainsi qu’aux parents. Réunion à l’école Turgot, tous les dimanches et jeudis, à trois heures très précises. Études et résolutions pratiques sur les réformes à réaliser dans les programmes, méthodes et lois d’enseignement. _________________________________________________ APPEL - FÉDÉRATION DES ARTISTES, COURBET (p472) Les artistes doivent concourir à la reconstitution de l'état moral de Paris et au rétablissement des arts, à la réouverture des musées, à l'organisation d'une exposition. M. Gustave Courbet, président des artistes, autorisé par la commune, a invité ses confrères à se réunir vendredi prochain, dans le monument de l’Ecole de médecine, à deux heures de l’après-midi. Il vient de leur adresser l’appel suivant, que nous nous faisons un devoir de publier : […] Aujourd’hui, Paris est libre et s’appartient, et la province est en servage. Quand la France fédérée pourra comprendre Paris, l’Europe sera sauvée. Aujourd’hui, j’en appelle aux artistes, j’en appelle à leur intelligence, à leur sentiment, à leur reconnaissance, Paris les a nourris comme une mère et leur a donné leur génie. Les artistes, à cette heure, doivent, par tous leurs efforts (c’est une dette d’honneur), concourir à la reconstitution de son état moral et au rétablissement des arts, qui sont sa fortune. Par conséquent, il est de toute urgence de rouvrir les musées et de songer sérieusement à une exposition prochaine ; que chacun, dès à présent se mette à l’œuvre, et les artistes des nations amies répondront à notre appel. […] Aujourd’hui, je le répète, que chacun se mette à l’œuvre avec désintéressement : c’est le devoir que nous avons tous vis-à-vis de nos frères soldats, ces héros qui meurent pour nous. Le bon droit est avec eux. Les criminels ont réservé leur courage pour la sainte cause. Oui, chacun se livrant à son génie sans entrave, Paris doublera son importance, et la ville internationale européenne pour offrir aux arts, à l’industrie, au commerce, aux transactions de toutes sortes, aux visiteurs de tous pays, un ordre impérissable, l’ordre par ses citoyens, qui ne pourra pas être interrompu par les ambitions monstrueuses de prétendants monstrueux. Notre ère va commencer ; coïncidence curieuse ! c’est dimanche prochain le jour de Pâques ; est-ce ce jour-là que notre résurrection aura lieu ? Adieu le vieux monde et sa diplomatie ! Gustave Courbet Vendredi 7 avril 1871 ARRÊTÉ – MINISTÈRE DES FINANCES (p 482) Modalités de la solde de la garde nationale – Hommes 1,50 frs, femmes 75 centimes (extrait de 7 articles, voir p482) 1° Les officiers-payeurs élus dans chaque bataillon, afin d’établir régulièrement leur situation, devront présenter dans le plus bref délai le procès-verbal de leur élection, visé par le chef de bataillon et par le chef de légion, ou, à défaut de ce dernier, par le délégué communal à la mairie de l’arrondissement. 2° Des imprimés spéciaux seront remis aux officiers-payeurs, dans les bureaux de la délégation des finances, pour établir l’état nominatif des gardes nationaux de chaque compagnie recevant l’indemnité de 1 fr. 50, à la date du 2 avril, avec le nom des femmes touchant le subside de 75 centimes. […] Les délégués aux finances, membres de la Commune de Paris, Fr. Jourde, E. Varlin. _________________________________________________ DÉCLARATION - COMMUNE DE PARIS (p 483) Dissolution des sous-comités d’arrondissements en raison d'ordres contradictoires La Commune de Paris, sur la proposition du délégué au ministère de la guerre ; Considérant que dans la crise présente l’unité de commandement militaire est une nécessité de salut public, que cette unité est tous les jours compromise par des ordres émanant des sous-comités d’arrondissements, Les sous-comités d’arrondissements sont dissous. Paris, le 6 avril 1871. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 483) Désarmement des gardes nationaux réfractaires, privation de leur solde et de leurs droits civiques La Commune de Paris, Considérant que les gardes nationaux ont reçu l’arme et reçoivent la solde pour défendre la République ; Considérant que plusieurs manquent à leur service, tout en touchant leur paye, et gardent leur fusil inutile ainsi dans leurs mains, DÉCRÈTE : Article 1er. Tout garde national réfractaire sera désarmé. Art. 2. Tout garde désarmé pour refus de service sera privé de sa solde. Art. 3. En cas de refus de service pour le combat, le garde réfractaire sera privé de ses droits civiques, par décision du conseil de discipline. Paris, le 6 avril 1871. _________________________________________________ APPEL - ENRÔLEMENT DES MARINS ET ANCIENS MILITAIRES (p487) Appel est fait à tous les marins dévoués à la Commune et à la République. Les anciens militaires sont invités à se présenter pour faire partie du même corps. La solde de 1 fr. 50 et les vivres leur seront alloués aussitôt l’enrôlement. Les bureaux sont ouverts à la mairie du Xe arrondissement, rue du Faubourg- Saint-Martin, de huit heures du matin à huit heures du soir. Paris, le 6 avril 1871. Les délégués chargés de Pouvoirs, Bloc, Paul Joseph. _________________________________________________ DEMANDE – OFFICIERS ET DÉLÉGUÉS DE BATAILLONS (p490) Suppression de journaux réactionnaires Aux membres de la Commune de Paris. Au nom des bataillons occupant les forts de Vanves et d’Issy, depuis la guerre fratricide, nous protestons contre les infamies des journaux réactionnaires, annonçant dans Paris la reddition de ces deux forts, et demandons, au nom de la justice, la suppression de ces journaux. Le 6 avril 1871, les officiers et les délégués des bataillons (Suivent les signatures _________________________________________________ MISE EN APPLICATION DU DÉCRET DE LA COMMUNE SUR LES LOYERS (p 500) Déménagements abusifs de locataires aisés Depuis dimanche, un grand nombre de locataires ont mis à exécution le décret de la Commune sur les loyers, en déménageant sans payer. Quand, par hasard, quelque concierge récalcitrant tentait de s’opposer à cette façon jusqu’ici méconnue de lui, de prendre congé de son propriétaire, un détachement de gardes nationaux aussitôt requis ne tardait pas à lui rappeler et à lui expliquer le texte du décret en question. Ce ne sont pas seulement des petits ménages qui ont profité de la décision de la Commune, mais bien aussi des locataires de grands appartements. On nous cite un habitant de la rue Tronchet qui ne devait pas moins de 10 000 francs à son propriétaire et qui, dimanche, a liquidé la situation de la façon que nous venons d’indiquer.

  • 2 - LA COMMUNE HABITE LE PRESENT

    On ne saurait attraper la Commune de manière plus contre-productive que par la nostalgie des reconstitutions ou bien les manifestations de regrets d’une occasion « ratée »1. Ce serait là dénier sa puissance d’efficience et d’actualité, au plus près des présents de nos rebellions contemporaines. Dire que le souvenir de la Commune revient « hanter le présent », serait accréditer sa nature spectrale, désincarnée, alors qu’elle s’incarne au contraire au présent dans nombres de nos pensées et de nos actions. Nous négligerons ces tentatives de discrédit historique et suivrons plutôt une voie de reconnaissance de la Commune, dans le triple sens que nous la reconnaissons et nous reconnaissons en elle en partageant nombre de ses valeurs et de ses actions, et que nous lui sommes éminemment reconnaissants d’avoir, en si peu de temps et dans des conditions si précaires, fondé les bases d’une société vivable pour tou.te.s. Comment habiter la Commune aujourd’hui ? Peut-être en lui fournissant un temps et un territoire en nous-mêmes, ici et maintenant, un chronotope portatif et ambulant2. « Changer son monde, écrit Cédric Herrou, c’est se concentrer sur ce que l’on fait à sa propre échelle»3. Si la Commune nous occupe, nous occupons aussi bien la Commune en détournant le cours des choses, puisque nous sommes son continent au présent, à toutes sortes d’échelles, de un à des milliers d’individus, de un à des milliers de territoires. « L’histoire d’un ruisseau4, écrit Elisée Reclus, même de celui qui nait et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini ». Ceci est un encouragement à s’obstiner sur cette voie ubiquitaire, car la Commune aujourd’hui est le territoire mobile de ceux qui croient en elle. Nous sommes les véhicules de la Commune. A nous d’en convoyer, dans le présent, par nos dérives spatiales et temporelles, les actions. Les Mesures, projets et inventions de la Commune ouvriront le site aux propositions des visiteurs, sous toutes les formes possibles (textes, projets, dessins, films etc.) afin de participer à arrimer la Commune au présent : articuler des idées, nouvelles et anciennes (parfois les mêmes) à nos pratiques de résistance à cette Raison technicienne qui n’en finit pas de prouver son obstination et son incompétence... _____________________________________________________ 1 - Marx soulignait que l’« existence en acte » de la Commune constituait, à ses yeux, son plus grand projet social. Pour lui, c’était loin d’être une occasion « ratée »... 2 - Le chronotope, « temps » et « espace », est une notion philologique proposée par l’immense théoricien de la littérature Mikhaïl Bakhtine : les éléments de description spatiaux et temporels contenus dans un récit fictionnel ou non, le lieu et le moment sont réputés solidaires. 3 - https://www.mediapart.fr/journal/france/221120/cedric-herrou-changer-son-monde-c-est-se-concentrer-sur-ce-que-l-fait-sa-propre-echelle?onglet=full 4 - « Histoire d’un ruisseau », https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64040d.image 2 - LA COMMUNE HABITE LE PRESENT Texte précédent Texte suivant On ne saurait attraper la Commune de manière plus contre-productive que par la nostalgie des reconstitutions ou bien les manifestations de regrets d’une occasion « ratée »1. Ce serait là dénier sa puissance d’efficience et d’actualité, au plus près des présents de nos rebellions contemporaines. Dire que le souvenir de la Commune revient « hanter le présent », serait accréditer sa nature spectrale, désincarnée, alors qu’elle s’incarne au contraire au présent dans nombres de nos pensées et de nos actions. Nous négligerons ces tentatives de discrédit historique et suivrons plutôt une voie de reconnaissance de la Commune, dans le triple sens que nous la reconnaissons et nous reconnaissons en elle en partageant nombre de ses valeurs et de ses actions, et que nous lui sommes éminemment reconnaissants d’avoir, en si peu de temps et dans des conditions si précaires, fondé les bases d’une société vivable pour tou.te.s. Comment habiter la Commune aujourd’hui ? Peut-être en lui fournissant un temps et un territoire en nous-mêmes, ici et maintenant, un chronotope portatif et ambulant2. « Changer son monde, écrit Cédric Herrou, c’est se concentrer sur ce que l’on fait à sa propre échelle»3. Si la Commune nous occupe, nous occupons aussi bien la Commune en détournant le cours des choses, puisque nous sommes son continent au présent, à toutes sortes d’échelles, de un à des milliers d’individus, de un à des milliers de territoires. « L’histoire d’un ruisseau4, écrit Elisée Reclus, même de celui qui nait et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini ». Ceci est un encouragement à s’obstiner sur cette voie ubiquitaire, car la Commune aujourd’hui est le territoire mobile de ceux qui croient en elle. Nous sommes les véhicules de la Commune. A nous d’en convoyer, dans le présent, par nos dérives spatiales et temporelles, les actions. Les Mesures, projets et inventions de la Commune ouvriront le site aux propositions des visiteurs, sous toutes les formes possibles (textes, projets, dessins, films etc.) afin de participer à arrimer la Commune au présent : articuler des idées, nouvelles et anciennes (parfois les mêmes) à nos pratiques de résistance à cette Raison technicienne qui n’en finit pas de prouver son obstination et son incompétence... _____________________________________________________ 1 - Marx soulignait que l’« existence en acte » de la Commune constituait, à ses yeux, son plus grand projet social. Pour lui, c’était loin d’être une occasion « ratée »... 2 - Le chronotope, « temps » et « espace », est une notion philologique proposée par l’immense théoricien de la littérature Mikhaïl Bakhtine : les éléments de description spatiaux et temporels contenus dans un récit fictionnel ou non, le lieu et le moment sont réputés solidaires. 3 - https://www.mediapart.fr/journal/france/221120/cedric-herrou-changer-son-monde-c-est-se-concentrer-sur-ce-que-l-fait-sa-propre-echelle?onglet=full 4 - « Histoire d’un ruisseau », https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64040d.image Texte précédent Texte suivant

  • 11 - UN BESTIAIRE

    L’héritage documentaire de la Commune est peuplé de rêves et de cauchemars. Une très forte polarisation est à l’œuvre dans le champ artistique et littéraire. D’un côté, la Fédération des artistes réunit les intérêts d’un grand nombre d’artistes et d’artisans d’art en une structure qui tend à les rendre solidaires et indépendants des contraintes du pouvoir, et on connait les positions communardes de Gustave Courbet, Jules Valles, Eugène Pottier, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine. De l’autre côté, l’immense majorité des écrivains de l’époque manifeste un rejet absolu de la Commune, dévoilant les aspects haineux, mensongers voire totalement irrationnels de leurs critiques par l’usage de terminologies criminelles, animalières ou pathologiques peu propices à l’objectivité, ce qu'on lira dans "Les écrivains contre la Commune" de Paul Lidsky, éd. La découverte, 2010. L’historienne Hélène Lewandowski évoque des « discours qui cherchent à décrédibiliser les insurgés, à dénier toute portée politique à la commune 2 » (2. La face cachée de la Commune, Ed. du Cerf, Paris 2018, p. 108). À coup de plume se dessine un portrait type du communard, criminel, fainéant, illettré, abruti par l’alcool, dont chaque trait de caractère prouve la culpabilité3 (Ibidem p.109). L’origine sociale et politique de la Commune, le contexte militaire (les origines de la guerre, la capitulation, l’occupation prussienne et ses conséquences sociales) sont ignorées, camouflées, et ainsi se trouve dressé un portrait-charge du communard dont la virulence désamorce la crédibilité. Ainsi des écrits de la « chère dame de Nohant », GEORGE SAND, pour laquelle les insurgés sont des : ânes grossièrement bêtes ou de coquins de bas étage. La foule qui les suit est en partie dupe et folle, en partie ignoble et malfaisante 4 (George Sand, Agendas IV, Paris, Jean Touzot, 1993, p. 361). C’est une émeute de fous et d’imbéciles mêlés de bandits 5 (Ibidem page 376.). C'est à croire que Paris tout entier est ivre mort...On ne comprend pas que l'armée n'en finisse pas avec cette orgie6 (Agenda de George Sand, 19 mai 1871). ​ MAXIME DU CAMP: La Commune est un accès d'épilepsie morale ; une sanglante bacchanale ; une débauche de pétrole et d'eau de vie ; une inondation de violences, d'ivrognerie qui faisait de la capitale de la France un marais des plus abjects 7 (Les Convulsions de Paris, éd. Hachette, 1879). Il ajoute, à propos des enfants : Tous ces êtres chétifs, malsains, moitié loups et moitié furets, que la libre vie en commun a prématurément dépravés, que des poètes mal inspirés ont essayé de glorifier (Ô Hugo!), qui tirent l'étymologie de leur nom banal de la voie publique où ils vaquent comme des chiens errants 8 (ibidem). THÉOPHILE GAUTIER : Il y a sous toutes les grandes villes des fosses aux lions, des cavernes fermées d’épais barreaux où l’on parque les bêtes puantes, les bêtes venimeuses, toutes perversités réfractaires que la civilisation n’a pu apprivoiser, ceux qui aiment le sang, ceux que l’incendie amuse comme un feu d’artifice, ceux que le vol délecte, ceux pour qui l’attentat à la pudeur représente l’amour, tous les monstres du cœur, tous les difformes de l’âme ; population immonde, inconnue au jour, et qui grouille sinistrement dans les profondeurs des ténèbres souterraines. Un jour, il advient ceci que le belluaire distrait oublie ses clefs aux portes de la ménagerie, et les animaux féroces se répandent par la ville épouvantée avec des hurlements sauvages. Des cages ouvertes s’élancent les hyènes de 93 et les gorilles de la Commune 9 (Tableaux du siège, Paris 1870-1871, cité par Lidsky, 1982, p. 46). LECONTE DE L'ISLE : Que l’humanité est une sale et dégoûtante engeance ! Que le peuple est stupide ! C’est une éternelle race d’esclaves qui ne peut vivre sans bât et sans joug. Aussi ne sera-ce pas pour lui que nous combattrons encore, mais pour notre idéal sacré. Qu’il crève donc de faim et de froid, ce peuple facile à tromper qui va bientôt se mettre à massacrer ses vrais amis ! Leconte de Lisle accusait les intellectuels insurgés d'appartenir à la ligue de tous les déclassés, de tous les incapables, de tous les envieux, de tous les assassins, de tous les voleurs, mauvais poètes, mauvais peintres, journalistes manqués, romanciers de bas étage" . ERNEST HOUSSAYE, à propos des femmes de la Commune : Pas une de ces femmes n’avait une figure humaine : c’était l’image du crime ou du vice. C’était des corps sans âme qui avaient mérité mille fois la mort, même avant de toucher au pétrole. Il n’y a qu’un mot pour les peines : la hideur. La semaine sanglante n’aura pas suffit à éteindre la haine, le mépris et les injures des auteurs : EMILE ZOLA : Le bain de sang que [le peuple de Paris] vient de prendre était peut-être d'une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres. Vous le verrez maintenant grandir en sagesse et en splendeur 10 (Le Cri du Peuple, 3 mai 1871). Les bandits vont empester la grande cité de leurs cadavres — jusque dans leur pourriture ces misérables nous feront du mal 11 (Lettres sur la semaine sanglante, Le sémaphore de Marseille, du 22 mai au 3 juin 1871). ALPHONSE DAUDET : Sauvé, sauvé ! Paris était au pouvoir des nègres !" GUSTAVE FLAUBERT: Je trouve qu'on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats. Mais cela aurait blessé l'humanité. On est tendre pour les chiens enragés, et point pour ceux qu'ils ont mordus 12 (Les citations suivantes viennent toutes du texte Ecrire contre la canaille du Collectif Les mots sont importants, 2019, https://lmsi.net/Ecrire-contre-la-canaille). Le peuple est un éternel mineur. Je hais la démocratie. […] Le premier remède serait d'en finir avec le suffrage universel, la honte de l'esprit humain. […] L'instruction obligatoire et gratuite n'y fera rien qu'augmenter le nombre des imbéciles. Le plus pressé est d'instruire les riches qui, en somme, sont les plus forts 13 (Lettre à George Sand). ANATOLE FRANCE : Enfin, le gouvernement du crime et de la démence pourrit à l’heure qu’il est dans les champs d’exécution ! Ainsi sont tordus, par ceux qui ont la parole et la conservent, les récits des vies des Communards qui ont tenté de mettre l’avenir au présent. La réhabilitation des victimes de la Commune n’a eu lieu que 146 ans plus tard, le 29 novembre 2016 14, c’est dire si le contexte politique restait encore chatouilleux... Ces propos sont fondés sur des présupposés politiques clairement liés à des intérêts - et à des peurs - de classe. Ces fictions idéologiques négatives (ces diffamations) par leur violence, par les passions négatives qui les sous-tendent, ont produit des distorsions de la réalité qui, se stimulant réciproquement, ont finit par produire un bienveillant contexte littéraire, voire une justification politique opportune à la semaine sanglante. Il eut été étonnant que Mr Thiers ne profite pas d’un élan littéraire aussi propice à ses visées politiques. Ces textes sont, comme on dit aujourd’hui, des agents historiques : leur impact, quoiqu’impossible à évaluer précisément, est indiscutable. C’est en tout cas dans ce naufrage démocratique que fut la semaine sanglante qu’ont sombré la dignité et la légitimité de la IIIème république. En 1970, un ouvrage de Paul Lidzky intitulé « Les écrivains contre la Commune » 15 (éd. Maspero, réédition 1982) a retracé ce noir chapitre, soigneusement replié dans l’ombre de l’histoire, des élans haineux de nos gloires littéraires. On peut y observer cette articulation désormais clairement posée, comme annoncée plus haut, entre art de raconter et art de gouverner. (14 . L‘assemblée nationale : 1-Estime qu’il est temps de prendre en compte les travaux historiques ayant établi les faits dans la répression de la Commune de Paris de 1871. 2-Juge nécessaire que soient mieux connues et diffusées les valeurs républicaines portées par les acteurs de la Commune de Paris de 1871. 3-Souhaite que la République rende honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté au prix d’exécutions sommaires et de condamnations iniques. 4-Proclame la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871. https://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0844.asp) Mais, de l’autre côté de ces récits-là de la Commune se tiennent d’autres récits, toujours plus nombreux, qui restituent les faits et leurs origines, par le vécu (Prosper-Olivier Lissagaray), par l’attachement aux faits (Jacques Rougerie), par une analyse de son imaginaire politique (Kristin Ross), et qui à la fois restituent le réel de la Commune et enrichissent son imaginaire. On rencontre des survivances contemporaines tenaces de cette polarisation terminologico-sociale lors d’événements à dimensions contestataires, même si les termes utilisés désormais se sont quelque peu nuancés 16 (Quoique certaines formules comme « Cette bande de racaille, on va vous en débarrasser ! » ou le célèbre « Casse-toi, pauv’ con ! » suggèrent l’inverse...). L’épisode des Gilets jaunes 17 (Dont on appréciera ici un très sympathique hommage au 150naire de la Commune : https://lundi.am/150eme-anniversaire-de-la-Commune) peut, par exemple, être utilement relié, de ce point de vue, à cette verve littéraire spécifique, par la dimension souvent méprisante de certains commentaires politiques ou médiatiques. 11 - UN BESTIAIRE Texte précédent Texte suivant L’héritage documentaire de la Commune est peuplé de rêves et de cauchemars. Une très forte polarisation est à l’œuvre dans le champ artistique et littéraire. D’un côté, la Fédération des artistes réunit les intérêts d’un grand nombre d’artistes et d’artisans d’art en une structure qui tend à les rendre solidaires et indépendants des contraintes du pouvoir, et on connait les positions communardes de Gustave Courbet, Jules Valles, Eugène Pottier, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine. De l’autre côté, l’immense majorité des écrivains de l’époque manifeste un rejet absolu de la Commune, dévoilant les aspects haineux, mensongers voire totalement irrationnels de leurs critiques par l’usage de terminologies criminelles, animalières ou pathologiques peu propices à l’objectivité, ce qu'on lira dans "Les écrivains contre la Commune" de Paul Lidsky, éd. La découverte, 2010. L’historienne Hélène Lewandowski évoque des « discours qui cherchent à décrédibiliser les insurgés, à dénier toute portée politique à la commune 2 » (2. La face cachée de la Commune, Ed. du Cerf, Paris 2018, p. 108). À coup de plume se dessine un portrait type du communard, criminel, fainéant, illettré, abruti par l’alcool, dont chaque trait de caractère prouve la culpabilité3 (Ibidem p.109). L’origine sociale et politique de la Commune, le contexte militaire (les origines de la guerre, la capitulation, l’occupation prussienne et ses conséquences sociales) sont ignorées, camouflées, et ainsi se trouve dressé un portrait-charge du communard dont la virulence désamorce la crédibilité. Ainsi des écrits de la « chère dame de Nohant », GEORGE SAND, pour laquelle les insurgés sont des : ânes grossièrement bêtes ou de coquins de bas étage. La foule qui les suit est en partie dupe et folle, en partie ignoble et malfaisante 4 (George Sand, Agendas IV, Paris, Jean Touzot, 1993, p. 361). C’est une émeute de fous et d’imbéciles mêlés de bandits 5 (Ibidem page 376.). C'est à croire que Paris tout entier est ivre mort...On ne comprend pas que l'armée n'en finisse pas avec cette orgie6 (Agenda de George Sand, 19 mai 1871). MAXIME DU CAMP: La Commune est un accès d'épilepsie morale ; une sanglante bacchanale ; une débauche de pétrole et d'eau de vie ; une inondation de violences, d'ivrognerie qui faisait de la capitale de la France un marais des plus abjects 7 (Les Convulsions de Paris, éd. Hachette, 1879). Il ajoute, à propos des enfants : Tous ces êtres chétifs, malsains, moitié loups et moitié furets, que la libre vie en commun a prématurément dépravés, que des poètes mal inspirés ont essayé de glorifier (Ô Hugo!), qui tirent l'étymologie de leur nom banal de la voie publique où ils vaquent comme des chiens errants 8 (ibidem). THÉOPHILE GAUTIER : Il y a sous toutes les grandes villes des fosses aux lions, des cavernes fermées d’épais barreaux où l’on parque les bêtes puantes, les bêtes venimeuses, toutes perversités réfractaires que la civilisation n’a pu apprivoiser, ceux qui aiment le sang, ceux que l’incendie amuse comme un feu d’artifice, ceux que le vol délecte, ceux pour qui l’attentat à la pudeur représente l’amour, tous les monstres du cœur, tous les difformes de l’âme ; population immonde, inconnue au jour, et qui grouille sinistrement dans les profondeurs des ténèbres souterraines. Un jour, il advient ceci que le belluaire distrait oublie ses clefs aux portes de la ménagerie, et les animaux féroces se répandent par la ville épouvantée avec des hurlements sauvages. Des cages ouvertes s’élancent les hyènes de 93 et les gorilles de la Commune 9 (Tableaux du siège, Paris 1870-1871, cité par Lidsky, 1982, p. 46). LECONTE DE L'ISLE : Que l’humanité est une sale et dégoûtante engeance ! Que le peuple est stupide ! C’est une éternelle race d’esclaves qui ne peut vivre sans bât et sans joug. Aussi ne sera-ce pas pour lui que nous combattrons encore, mais pour notre idéal sacré. Qu’il crève donc de faim et de froid, ce peuple facile à tromper qui va bientôt se mettre à massacrer ses vrais amis ! Leconte de Lisle accusait les intellectuels insurgés d'appartenir à la ligue de tous les déclassés, de tous les incapables, de tous les envieux, de tous les assassins, de tous les voleurs, mauvais poètes, mauvais peintres, journalistes manqués, romanciers de bas étage" . ERNEST HOUSSAYE, à propos des femmes de la Commune : Pas une de ces femmes n’avait une figure humaine : c’était l’image du crime ou du vice. C’était des corps sans âme qui avaient mérité mille fois la mort, même avant de toucher au pétrole. Il n’y a qu’un mot pour les peines : la hideur. La semaine sanglante n’aura pas suffit à éteindre la haine, le mépris et les injures des auteurs : EMILE ZOLA : Le bain de sang que [le peuple de Paris] vient de prendre était peut-être d'une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres. Vous le verrez maintenant grandir en sagesse et en splendeur 10 (Le Cri du Peuple, 3 mai 1871). Les bandits vont empester la grande cité de leurs cadavres — jusque dans leur pourriture ces misérables nous feront du mal 11 (Lettres sur la semaine sanglante, Le sémaphore de Marseille, du 22 mai au 3 juin 1871). ALPHONSE DAUDET : Sauvé, sauvé ! Paris était au pouvoir des nègres !" GUSTAVE FLAUBERT: Je trouve qu'on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats. Mais cela aurait blessé l'humanité. On est tendre pour les chiens enragés, et point pour ceux qu'ils ont mordus 12 (Les citations suivantes viennent toutes du texte Ecrire contre la canaille du Collectif Les mots sont importants, 2019, https://lmsi.net/Ecrire-contre-la-canaille). Le peuple est un éternel mineur. Je hais la démocratie. […] Le premier remède serait d'en finir avec le suffrage universel, la honte de l'esprit humain. […] L'instruction obligatoire et gratuite n'y fera rien qu'augmenter le nombre des imbéciles. Le plus pressé est d'instruire les riches qui, en somme, sont les plus forts 13 (Lettre à George Sand). ANATOLE FRANCE : Enfin, le gouvernement du crime et de la démence pourrit à l’heure qu’il est dans les champs d’exécution ! Ainsi sont tordus, par ceux qui ont la parole et la conservent, les récits des vies des Communards qui ont tenté de mettre l’avenir au présent. La réhabilitation des victimes de la Commune n’a eu lieu que 146 ans plus tard, le 29 novembre 2016 14, c’est dire si le contexte politique restait encore chatouilleux... Ces propos sont fondés sur des présupposés politiques clairement liés à des intérêts - et à des peurs - de classe. Ces fictions idéologiques négatives (ces diffamations) par leur violence, par les passions négatives qui les sous-tendent, ont produit des distorsions de la réalité qui, se stimulant réciproquement, ont finit par produire un bienveillant contexte littéraire, voire une justification politique opportune à la semaine sanglante. Il eut été étonnant que Mr Thiers ne profite pas d’un élan littéraire aussi propice à ses visées politiques. Ces textes sont, comme on dit aujourd’hui, des agents historiques : leur impact, quoiqu’impossible à évaluer précisément, est indiscutable. C’est en tout cas dans ce naufrage démocratique que fut la semaine sanglante qu’ont sombré la dignité et la légitimité de la IIIème république. En 1970, un ouvrage de Paul Lidzky intitulé « Les écrivains contre la Commune » 15 (éd. Maspero, réédition 1982) a retracé ce noir chapitre, soigneusement replié dans l’ombre de l’histoire, des élans haineux de nos gloires littéraires. On peut y observer cette articulation désormais clairement posée, comme annoncée plus haut, entre art de raconter et art de gouverner. (14 . L‘assemblée nationale : 1-Estime qu’il est temps de prendre en compte les travaux historiques ayant établi les faits dans la répression de la Commune de Paris de 1871. 2-Juge nécessaire que soient mieux connues et diffusées les valeurs républicaines portées par les acteurs de la Commune de Paris de 1871. 3-Souhaite que la République rende honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté au prix d’exécutions sommaires et de condamnations iniques. 4-Proclame la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871. https://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0844.asp) Mais, de l’autre côté de ces récits-là de la Commune se tiennent d’autres récits, toujours plus nombreux, qui restituent les faits et leurs origines, par le vécu (Prosper-Olivier Lissagaray), par l’attachement aux faits (Jacques Rougerie), par une analyse de son imaginaire politique (Kristin Ross), et qui à la fois restituent le réel de la Commune et enrichissent son imaginaire. On rencontre des survivances contemporaines tenaces de cette polarisation terminologico-sociale lors d’événements à dimensions contestataires, même si les termes utilisés désormais se sont quelque peu nuancés 16 (Quoique certaines formules comme « Cette bande de racaille, on va vous en débarrasser ! » ou le célèbre « Casse-toi, pauv’ con ! » suggèrent l’inverse...). L’épisode des Gilets jaunes 17 (Dont on appréciera ici un très sympathique hommage au 150naire de la Commune : https://lundi.am/150eme-anniversaire-de-la-Commune) peut, par exemple, être utilement relié, de ce point de vue, à cette verve littéraire spécifique, par la dimension souvent méprisante de certains commentaires politiques ou médiatiques. Texte précédent Texte suivant

  • 12 - L'ENSEIGNEMENT DE LA COMMUNE : DU MYTHE À L’HISTOIRE - DÉRÉALISATION

    L’enseignement scolaire détermine l’influence des périodes historiques élues par nos autorités éducatives sur des générations d’élèves. L’historien Pierre Guibbert1 réalise en 1992 un travail d’analyse sur l’enseignement de la Commune dans le primaire à travers 63 manuels d’histoire publiés depuis 18932. Contrairement aux a priori de l’époque, il constate que la Commune est présente dans 60% des manuels, ce qui est conforme aux prescriptions des textes réglementaires. Guibbert distingue deux grandes époques, l’une partant de la IIIème République (1870-1940) et l’autre de la Seconde guerre mondiale. La IIIème République oppose les manuels confessionnels qui « voient dans la Commune de Paris le syndrome hideux de la démocratie contemporaine » et les manuels laïques qui produisent des analyses, « en général plus fouillées, plus argumentées et plus cohérentes que celles de l'adversaire juré »3. C'est d'ailleurs la stabilité de ce discours qui constitue la Commune en objet mythologique plutôt qu'historique ce dont je m'autoriserai, dans un premier temps, pour considérer comme un texte unique ces leçons qui se développent pendant près de cinquante ans... 
 Le fait que la Commune est constituée en objet mythologique est crucial, mais pas élucidé à ce moment de l’analyse, nous y reviendrons. Demandons-nous, en attendant, ce qui, au fond, fait que la Commune n’est pas considérée comme un objet historique ? Guibbert montre que La Commune fait, parmi les historiographes de cette époque, l’objet d’un extrême dissensus, ce qui apparait dans ses relevés lexicaux : s’agit-il d’un gouvernement révolutionnaire ? D’un simple conseil municipal ? D’un soulèvement ? D’une insurrection ? Du premier gouvernement ouvrier qui ait jamais existé ? Ou encore d’une guerre civile ? Autant de définitions existent qu’il existe d’historiens et d’idéologies. On échoue à trouver un terrain historiographique commun qui permettrait d’ancrer la Commune dans l’histoire. Cette vigueur idéologique n'exclut pas les tâtonnements théoriques, ce qui peut s'interpréter positivement comme une reconnaissance de l'originalité de la Commune et, négativement, comme un refus d'intégrer l'événement au cours ordinaire de l'Histoire de France4. 
 En outre, la nature « impie » de la Commune, sa brièveté, son inachèvement, la nature censément « pathologique » du comportement des fédérés, renforcent, d’après Guibbert, cette difficulté d’inscrire la Commune dans le « cours normatif de l’histoire scolaire ». Il résume ainsi les tendances de cette période : Confusion et inconsistance. Anomalie de l'Histoire, la Commune de Paris est une gigantesque pagaille, un pandémonium, ce qui explique que nos auteurs n'éprouvent pas la nécessité de la raconter. A quoi bon charger la mémoire des écoliers avec des faits qui découragent le « sens de l'Histoire » ? A quoi bon leur imposer le récit d'une entreprise qui, à l'évidence, n'a laissé nulle trace dans le présent républicain des enfants de France ? Aussi, nulle date ne jalonne cette leçon extraordinaire. Et nulle décision, nulle réalisation de la Commune de Paris n'est évoquée, tant et si bien que la plupart de ces manuels succombent à la tentation d'abréger l'événement en le réduisant à la Semaine sanglante5. « Anomalie de l’histoire », la Commune serait donc, via le cours sinueux de sa transmission scolaire troisièmement républicaine, au mieux un objet mythologique dont le centre vide n'aurait « laissé nulle trace dans le présent républicain des enfants de France », un « tâtonnement théorique » « décourageant le sens de l’histoire »... Dans ce contexte, les effets de la « vigueur idéologique » relevée semblent consister à polariser l’histoire, à laisser dériver les passions, à oublier les faits, à constater l’impossibilité d’un consensus, puis à exclure la Commune hors du champ historique. Au début du XXème siècle, des pédagogues « scrupuleux »6 déclarent « impossible encore d’en faire l’histoire impartiale et exacte » car d’un coté les légalistes « ont montré un manque regrettable de sang-froid et d’habileté », mais de l’autre « la Commune s’est déconsidérée par d’abominables forfaits » (!), crimes contre l’humanité (exécution des otages) (!), et contre l’esprit (destruction du patrimoine) (!). Ernest Lavisse admet tout de même « que les versaillais exécutaient les prisonniers de guerre »... Les manuels de « l’école libre » orientaient discrètement les élèves vers la justification du châtiment, à partir d’illustrations ad hoc (Le massacre des otages de Jules David7). La répression y constitue une « sainte vengeance » et consacre « la majesté de l’ordre et de la loi ». Puis on assiste à « une atténuation générale de la sévérité des regards et des jugements », voire à une certaine « compassion à l’égard des coupables ». Le tableau de Henri-Alfred Darjou « Fusillade au mur des fédérés 8» apparait dans certains manuels. Après la Seconde Guerre Mondiale, « les pédagogues établiront la respectabilité de la Commune en la dotant d’une généalogie historique ». Elle apparait comme « l’héritière des révoltes parisiennes et nationales de 1830 à 1870, dont on indique le caractère social ». En conclusion de son analyse, Guibbert tente des hypothèses sur le sens de la présence ou de l’absence de la Commune à l’école primaire : - Question : n’y eut-il pas de grands hommes pour incarner « le sens d’un épisode de manière collective » ? - Réponse : « Les pédagogues excellent dans l’art et la manière de susciter des héros [...] Il ne tenait qu’à leur volonté ». - Question : s’agissait-il d’épargner aux enfants le « spectacle affreux de la discorde civile et son cortège d’atrocités » ? - Réponse : « Les manuels [...] ne répugnent jamais à illustrer la violence et la cruauté, pour peu qu’elles soient éducatives ». Il semble cependant que la Commune persiste à offenser « le sens principal de l’histoire scolaire ». « Les troubles de la Commune apparaissent [...] comme une bizarrerie, voire un anachronisme ». « Le sens principal de l’histoire de l’histoire scolaire » n’est pas défini par Guibbert, ni la raison pour laquelle « les troubles de la Commune apparaissent comme une bizarrerie, voire un anachronisme ». Il poursuit : La présentation de cette résurgence d’un passé archaïque, au niveau élémentaire, risquait de troubler les très jeunes intelligences encore incapables de distinguer l’accessoire du principal, le nécessaire de l’accidentel. [...] Dans cette perspective, la Commune n’est pas si laide que fausse. Et ce n’est pas tant une faute contre la morale civile qu’une faute politique contre la Nation et contre la république. On ne comprend pas non plus pourquoi la Commune constitue soudainement la « résurgence d’un passé archaïque »... Ces points restent tout à fait mystérieux, ce qui est ennuyeux dans le cadre d’une étude historiographique. Par contre, on comprend très bien, et toute l’analyse nous y conduisait sereinement, que les tendances de l’enseignement scolaire de la Commune consistaient à stigmatiser « une faute politique contre la Nation et contre la République », cette fois sans distinction de période de la part de Guibbert. La Commune de Paris, conclut Guibbert, apparait alors investie d’une double fonction : - négativement, pour certains auteurs, elle aggrave les conséquences de la guerre et serait responsable des rigueurs du traité de Francfort. Elle ne serait, en outre, porteuse d’aucun événement original pour l’avenir. Elle est ce qui pourrait advenir aux petits français dès lors qu’ils ne retiendraient pas bien les leçons de leur histoire. - positivement, pour d’autres auteurs, elle contrebalance les excès et les troubles des royalistes et des conservateurs qui vont comploter pour renverser la jeune République [...] Ici, la représentation de la Commune de Paris prend alors tout son sens politique. Elle établit la IIIème République naissante dans la légitimité idéale du Souverain Bien, dont chacun savait, à cette époque philosophique, qu’il a la particularité d’être hors de l’histoire. Elle l’établit dans la sphère de l’idéal, qui brille loin au-dessus de l’horizon historique. [...] Certains justifieront son progressif effacement, rançon de son inutilité contemporaine, en des temps où l’on répète de tous bords que la république est définitivement inscrite dans nos mentalités et que l’histoire est morte. La disparition de la dimension historique de la Commune au profit de son avènement mythologique dans l’idéal du Souverain Bien - qui lui confèrerait son sens politique - témoigne, dans le champ de l’enseignement scolaire de la Commune, d’une tentative de déréalisation que Lissagaray avait anticipé en 1896, alors qu’il rédigeait la préface de la deuxième édition de son livre9 : L’histoire de la Commune a été fabriquée par des escamoteurs. Et il ajoutait cette remarque infiniment actuelle : "Méconnaître ou haïr la classe qui produit tout est la caractéristique actuelle d’une bourgeoisie jadis grande, qu’affolent aujourd’hui les révolutions d’en bas10". L’escamotage de la dimension historique de la Commune et sa substitution par sa dimension mythologique dans l’ordre du « Souverain Bien » est une stratégie historiographique qui s’accordait merveilleusement à la troisième république... Sous la Troisième République, on considère que l’histoire scolaire doit servir le politique. Le « roman national » irrigue le projet patriote et républicain de la nouvelle11 école gratuite, laïque et obligatoire. Le projet de la troisième république est relativement limpide [... ] : une histoire au service de l’attachement à un passé glorieux commun. Le roman national repose alors sur la mise en avant de grands personnages héroïsés, cristallisant toutes les valeurs de l’époque, fonctionnant donc comme des modèles identificatoires. ... mais il était plus difficile d’imaginer qu’il ait pu traverser aussi aisément l’époque contemporaine. On observe donc, au fond de cette dialectique mythologie/histoire, liée à sa transmission, une tentative, chez certains historiens, de déréaliser la Commune en substituant aux faits sa dimension mythologique - qu’on ne saurait évacuer, par ailleurs, et qui lui a permis de traverser le temps - et qu’il sera intéressant d’aller traquer sur d’autres territoires : décrocher la Commune de sa réalité historique pour aller l’accrocher au coin des idéaux, et la sortir de l’histoire. Technique imparable d’exclusion des faits. Et des manuels scolaires. Et de notre héritage politique. Ces dernières années, un nombre impressionnant d’ouvrages ont paru sur la Commune, qui ont ramené les passions à leurs justes limites, l’imaginaire à sa dimension politique, et surtout les faits au centre de l’histoire12. La Commune comme fait politique et social. Comment l’enseignement scolaire contemporain de la Commune bénéficie-t-il des ces apports précieux ? Comment les autorités éducatives en font-elles aujourd’hui leur profit ? Notons préalablement, avec Jean-Marie Favière13, que la Commune était fort mal partie pour laisser des traces dans notre mémoire collective, puisqu’en 1880 : l’amnistie [des communards] n’a été accordée par le gouvernement en place qu’à la condition expresse qu’on enterre cet épisode dans un oubli général, et qu’on n’en parle plus, ni d’un camp, ni d’un autre... Aujourd’hui, l’enseignement de la Commune à l’école, fait-il remarquer, a pris la forme d’un paradoxe : si elle « fait l’objet d’un nombre considérable [...] de témoignages ou de recherches historiques et sociologiques », elle est également victime « d’un double filtrage qui a pour effet de l’éliminer quasi totalement de notre enseignement de l’histoire ».
 Un premier filtre conduit à une présence, non nulle mais déjà très restreinte, dans les manuels scolaires, et un second a pour effet une absence pratiquement totale en ce qui concerne les cours réellement dispensés [...] en quatrième et en première, [...] sans contact direct avec un examen, et donc sans impact marquant pour les élèves14.
 L’observation de l’enseignement scolaire de la Commune a ce mérite de révéler les frilosités, les ambiguïtés, les paradoxes que cultivent nos autorités éducatives et politiques successives vis à vis de la Commune. Laurence De Cock, dans son texte « L’enseignement de l’histoire : programmes et enjeux »15, écrit : Il y a, dans l’écriture scolaire de l’histoire, un processus de montage évènementiel reposant sur des choix de contenus considérés comme susceptibles de répondre aux préoccupations politiques du moment. Il s’agit d’une histoire ordonnée par sa fin ou, plus précisément, par les fins qu’on lui assigne. [...] Il y a bel et bien une « fabrique scolaire » des savoirs qui leur confère un sens et des finalités inhérentes aux fonctions assignées à l’Ecole elle-même. Les enjeux politiques sont posés, le cadre éducatif est donné, et les préoccupations politiques officielles du moment correspondent effectivement fort peu aux enjeux communards. Peut-être plus au cadre de la IIIème République de 1871. Ce qui explique cette résistance active à la faire entrer dans l’histoire. Pour en finir avec la dimension mythologique, et faire rebondir la notion vers des horizons propitiatoires, une définition du mythe est proposée par Alain Cabantou 16 : Construction imaginaire qui se veut explicative de phénomènes cosmiques ou sociaux et surtout fondatrice d'une pratique sociale en fonction des valeurs fondamentales d'une communauté à la recherche de sa cohésion. Dans ce sens précis, on reconnait à la Commune cette dimension mythologique qui ressurgit dans nos imaginaires contemporains et qui continue d’inquiéter le pouvoir17. 12 - L'ENSEIGNEMENT DE LA COMMUNE : DU MYTHE À L’HISTOIRE - DÉRÉALISATION Texte précédent Texte suivant L’enseignement scolaire détermine l’influence des périodes historiques élues par nos autorités éducatives sur des générations d’élèves. L’historien Pierre Guibbert1 réalise en 1992 un travail d’analyse sur l’enseignement de la Commune dans le primaire à travers 63 manuels d’histoire publiés depuis 18932. Contrairement aux a priori de l’époque, il constate que la Commune est présente dans 60% des manuels, ce qui est conforme aux prescriptions des textes réglementaires. Guibbert distingue deux grandes époques, l’une partant de la IIIème République (1870-1940) et l’autre de la Seconde guerre mondiale. La IIIème République oppose les manuels confessionnels qui « voient dans la Commune de Paris le syndrome hideux de la démocratie contemporaine » et les manuels laïques qui produisent des analyses, « en général plus fouillées, plus argumentées et plus cohérentes que celles de l'adversaire juré »3. C'est d'ailleurs la stabilité de ce discours qui constitue la Commune en objet mythologique plutôt qu'historique ce dont je m'autoriserai, dans un premier temps, pour considérer comme un texte unique ces leçons qui se développent pendant près de cinquante ans... 
 Le fait que la Commune est constituée en objet mythologique est crucial, mais pas élucidé à ce moment de l’analyse, nous y reviendrons. Demandons-nous, en attendant, ce qui, au fond, fait que la Commune n’est pas considérée comme un objet historique ? Guibbert montre que La Commune fait, parmi les historiographes de cette époque, l’objet d’un extrême dissensus, ce qui apparait dans ses relevés lexicaux : s’agit-il d’un gouvernement révolutionnaire ? D’un simple conseil municipal ? D’un soulèvement ? D’une insurrection ? Du premier gouvernement ouvrier qui ait jamais existé ? Ou encore d’une guerre civile ? Autant de définitions existent qu’il existe d’historiens et d’idéologies. On échoue à trouver un terrain historiographique commun qui permettrait d’ancrer la Commune dans l’histoire. Cette vigueur idéologique n'exclut pas les tâtonnements théoriques, ce qui peut s'interpréter positivement comme une reconnaissance de l'originalité de la Commune et, négativement, comme un refus d'intégrer l'événement au cours ordinaire de l'Histoire de France4. 
 En outre, la nature « impie » de la Commune, sa brièveté, son inachèvement, la nature censément « pathologique » du comportement des fédérés, renforcent, d’après Guibbert, cette difficulté d’inscrire la Commune dans le « cours normatif de l’histoire scolaire ». Il résume ainsi les tendances de cette période : Confusion et inconsistance. Anomalie de l'Histoire, la Commune de Paris est une gigantesque pagaille, un pandémonium, ce qui explique que nos auteurs n'éprouvent pas la nécessité de la raconter. A quoi bon charger la mémoire des écoliers avec des faits qui découragent le « sens de l'Histoire » ? A quoi bon leur imposer le récit d'une entreprise qui, à l'évidence, n'a laissé nulle trace dans le présent républicain des enfants de France ? Aussi, nulle date ne jalonne cette leçon extraordinaire. Et nulle décision, nulle réalisation de la Commune de Paris n'est évoquée, tant et si bien que la plupart de ces manuels succombent à la tentation d'abréger l'événement en le réduisant à la Semaine sanglante5. « Anomalie de l’histoire », la Commune serait donc, via le cours sinueux de sa transmission scolaire troisièmement républicaine, au mieux un objet mythologique dont le centre vide n'aurait « laissé nulle trace dans le présent républicain des enfants de France », un « tâtonnement théorique » « décourageant le sens de l’histoire »... Dans ce contexte, les effets de la « vigueur idéologique » relevée semblent consister à polariser l’histoire, à laisser dériver les passions, à oublier les faits, à constater l’impossibilité d’un consensus, puis à exclure la Commune hors du champ historique. Au début du XXème siècle, des pédagogues « scrupuleux »6 déclarent « impossible encore d’en faire l’histoire impartiale et exacte » car d’un coté les légalistes « ont montré un manque regrettable de sang-froid et d’habileté », mais de l’autre « la Commune s’est déconsidérée par d’abominables forfaits » (!), crimes contre l’humanité (exécution des otages) (!), et contre l’esprit (destruction du patrimoine) (!). Ernest Lavisse admet tout de même « que les versaillais exécutaient les prisonniers de guerre »... Les manuels de « l’école libre » orientaient discrètement les élèves vers la justification du châtiment, à partir d’illustrations ad hoc (Le massacre des otages de Jules David7). La répression y constitue une « sainte vengeance » et consacre « la majesté de l’ordre et de la loi ». Puis on assiste à « une atténuation générale de la sévérité des regards et des jugements », voire à une certaine « compassion à l’égard des coupables ». Le tableau de Henri-Alfred Darjou « Fusillade au mur des fédérés 8» apparait dans certains manuels. Après la Seconde Guerre Mondiale, « les pédagogues établiront la respectabilité de la Commune en la dotant d’une généalogie historique ». Elle apparait comme « l’héritière des révoltes parisiennes et nationales de 1830 à 1870, dont on indique le caractère social ». En conclusion de son analyse, Guibbert tente des hypothèses sur le sens de la présence ou de l’absence de la Commune à l’école primaire : - Question : n’y eut-il pas de grands hommes pour incarner « le sens d’un épisode de manière collective » ? - Réponse : « Les pédagogues excellent dans l’art et la manière de susciter des héros [...] Il ne tenait qu’à leur volonté ». - Question : s’agissait-il d’épargner aux enfants le « spectacle affreux de la discorde civile et son cortège d’atrocités » ? - Réponse : « Les manuels [...] ne répugnent jamais à illustrer la violence et la cruauté, pour peu qu’elles soient éducatives ». Il semble cependant que la Commune persiste à offenser « le sens principal de l’histoire scolaire ». « Les troubles de la Commune apparaissent [...] comme une bizarrerie, voire un anachronisme ». « Le sens principal de l’histoire de l’histoire scolaire » n’est pas défini par Guibbert, ni la raison pour laquelle « les troubles de la Commune apparaissent comme une bizarrerie, voire un anachronisme ». Il poursuit : La présentation de cette résurgence d’un passé archaïque, au niveau élémentaire, risquait de troubler les très jeunes intelligences encore incapables de distinguer l’accessoire du principal, le nécessaire de l’accidentel. [...] Dans cette perspective, la Commune n’est pas si laide que fausse. Et ce n’est pas tant une faute contre la morale civile qu’une faute politique contre la Nation et contre la république. On ne comprend pas non plus pourquoi la Commune constitue soudainement la « résurgence d’un passé archaïque »... Ces points restent tout à fait mystérieux, ce qui est ennuyeux dans le cadre d’une étude historiographique. Par contre, on comprend très bien, et toute l’analyse nous y conduisait sereinement, que les tendances de l’enseignement scolaire de la Commune consistaient à stigmatiser « une faute politique contre la Nation et contre la République », cette fois sans distinction de période de la part de Guibbert. La Commune de Paris, conclut Guibbert, apparait alors investie d’une double fonction : - négativement, pour certains auteurs, elle aggrave les conséquences de la guerre et serait responsable des rigueurs du traité de Francfort. Elle ne serait, en outre, porteuse d’aucun événement original pour l’avenir. Elle est ce qui pourrait advenir aux petits français dès lors qu’ils ne retiendraient pas bien les leçons de leur histoire. - positivement, pour d’autres auteurs, elle contrebalance les excès et les troubles des royalistes et des conservateurs qui vont comploter pour renverser la jeune République [...] Ici, la représentation de la Commune de Paris prend alors tout son sens politique. Elle établit la IIIème République naissante dans la légitimité idéale du Souverain Bien, dont chacun savait, à cette époque philosophique, qu’il a la particularité d’être hors de l’histoire. Elle l’établit dans la sphère de l’idéal, qui brille loin au-dessus de l’horizon historique. [...] Certains justifieront son progressif effacement, rançon de son inutilité contemporaine, en des temps où l’on répète de tous bords que la république est définitivement inscrite dans nos mentalités et que l’histoire est morte. La disparition de la dimension historique de la Commune au profit de son avènement mythologique dans l’idéal du Souverain Bien - qui lui confèrerait son sens politique - témoigne, dans le champ de l’enseignement scolaire de la Commune, d’une tentative de déréalisation que Lissagaray avait anticipé en 1896, alors qu’il rédigeait la préface de la deuxième édition de son livre9 : L’histoire de la Commune a été fabriquée par des escamoteurs. Et il ajoutait cette remarque infiniment actuelle : "Méconnaître ou haïr la classe qui produit tout est la caractéristique actuelle d’une bourgeoisie jadis grande, qu’affolent aujourd’hui les révolutions d’en bas10". L’escamotage de la dimension historique de la Commune et sa substitution par sa dimension mythologique dans l’ordre du « Souverain Bien » est une stratégie historiographique qui s’accordait merveilleusement à la troisième république... Sous la Troisième République, on considère que l’histoire scolaire doit servir le politique. Le « roman national » irrigue le projet patriote et républicain de la nouvelle11 école gratuite, laïque et obligatoire. Le projet de la troisième république est relativement limpide [... ] : une histoire au service de l’attachement à un passé glorieux commun. Le roman national repose alors sur la mise en avant de grands personnages héroïsés, cristallisant toutes les valeurs de l’époque, fonctionnant donc comme des modèles identificatoires. ... mais il était plus difficile d’imaginer qu’il ait pu traverser aussi aisément l’époque contemporaine. On observe donc, au fond de cette dialectique mythologie/histoire, liée à sa transmission, une tentative, chez certains historiens, de déréaliser la Commune en substituant aux faits sa dimension mythologique - qu’on ne saurait évacuer, par ailleurs, et qui lui a permis de traverser le temps - et qu’il sera intéressant d’aller traquer sur d’autres territoires : décrocher la Commune de sa réalité historique pour aller l’accrocher au coin des idéaux, et la sortir de l’histoire. Technique imparable d’exclusion des faits. Et des manuels scolaires. Et de notre héritage politique. Ces dernières années, un nombre impressionnant d’ouvrages ont paru sur la Commune, qui ont ramené les passions à leurs justes limites, l’imaginaire à sa dimension politique, et surtout les faits au centre de l’histoire12. La Commune comme fait politique et social. Comment l’enseignement scolaire contemporain de la Commune bénéficie-t-il des ces apports précieux ? Comment les autorités éducatives en font-elles aujourd’hui leur profit ? Notons préalablement, avec Jean-Marie Favière13, que la Commune était fort mal partie pour laisser des traces dans notre mémoire collective, puisqu’en 1880 : l’amnistie [des communards] n’a été accordée par le gouvernement en place qu’à la condition expresse qu’on enterre cet épisode dans un oubli général, et qu’on n’en parle plus, ni d’un camp, ni d’un autre... Aujourd’hui, l’enseignement de la Commune à l’école, fait-il remarquer, a pris la forme d’un paradoxe : si elle « fait l’objet d’un nombre considérable [...] de témoignages ou de recherches historiques et sociologiques », elle est également victime « d’un double filtrage qui a pour effet de l’éliminer quasi totalement de notre enseignement de l’histoire ».
 Un premier filtre conduit à une présence, non nulle mais déjà très restreinte, dans les manuels scolaires, et un second a pour effet une absence pratiquement totale en ce qui concerne les cours réellement dispensés [...] en quatrième et en première, [...] sans contact direct avec un examen, et donc sans impact marquant pour les élèves14.
 L’observation de l’enseignement scolaire de la Commune a ce mérite de révéler les frilosités, les ambiguïtés, les paradoxes que cultivent nos autorités éducatives et politiques successives vis à vis de la Commune. Laurence De Cock, dans son texte « L’enseignement de l’histoire : programmes et enjeux »15, écrit : Il y a, dans l’écriture scolaire de l’histoire, un processus de montage évènementiel reposant sur des choix de contenus considérés comme susceptibles de répondre aux préoccupations politiques du moment. Il s’agit d’une histoire ordonnée par sa fin ou, plus précisément, par les fins qu’on lui assigne. [...] Il y a bel et bien une « fabrique scolaire » des savoirs qui leur confère un sens et des finalités inhérentes aux fonctions assignées à l’Ecole elle-même. Les enjeux politiques sont posés, le cadre éducatif est donné, et les préoccupations politiques officielles du moment correspondent effectivement fort peu aux enjeux communards. Peut-être plus au cadre de la IIIème République de 1871. Ce qui explique cette résistance active à la faire entrer dans l’histoire. Pour en finir avec la dimension mythologique, et faire rebondir la notion vers des horizons propitiatoires, une définition du mythe est proposée par Alain Cabantou 16 : Construction imaginaire qui se veut explicative de phénomènes cosmiques ou sociaux et surtout fondatrice d'une pratique sociale en fonction des valeurs fondamentales d'une communauté à la recherche de sa cohésion. Dans ce sens précis, on reconnait à la Commune cette dimension mythologique qui ressurgit dans nos imaginaires contemporains et qui continue d’inquiéter le pouvoir17. Texte précédent Texte suivant

  • 1 - RUSES ET BRICOLAGES - UN "ART DE FAIRE" À LA MICHEL DE CERTEAU

    Les pensées et les actions qui ont motivé ces projets, qui se motivent les unes les autres encore aujourd'hui dans un mouvement auto-générateur de renouvellement, constituent le carburateur de ce laboratoire : agiter l’immense créativité sociale, politique, culturelle de ces 72 jours, en souligner l’actualité, l’incarnation contemporaine, les possibilités d’extensions, de projections en actions et en formes dans le réel. Inviter à des mutations inédites qui, aussi infimes soient-elles, sont espérées multiples et productrices de réseaux. Agir sur l’imaginaire contemporain de la commune pour qu’il produise de nouveaux niveaux de projets, entrainant de nouveaux niveaux d’actions. Attractions, convergences et bricolages de projets, un « art de faire » à la Michel de Certeau : La Raison technicienne croit savoir comment organiser au mieux les choses et les gens, assignant à chacun une place, un rôle, des produits à consommer. Mais l'homme ordinaire se soustrait en silence à cette conformation. Il invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et les codes, se réapproprie l'espace et l'usage à sa façon. Tours et traverses, manières de faire des coups, astuces de chasseurs, mobilités, mises en récit et trouvailles de mots, mille pratiques inventives prouvent, à qui sait les voir, que la foule sans qualité n'est pas obéissante et passive, mais pratique l'écart dans l'usage des produits imposés, dans une liberté buissonnière par laquelle chacun tâche de vivre au mieux l'ordre social et la violence des choses1. L’objectif totalement immodeste de ce site est de relever, dans les pratiques et les rêves de la Commune, les projets qui pourront constituer des modèles et des leviers pour débouter cette raison technicienne, et donner lieu à des envies de les prolonger dans les imaginaires de nos futurs à nous. Trouver des méthodes, imaginer des organisations du quotidien à partir de nos expériences propres de résistance et de nos consciences spéculatives particulières, inventer mille nouvelles pratiques, astuces de chasseurs et ruses de sioux, produire des écarts à partir des écarts infiniment inventifs déjà produits, dans l’urgence, par la Commune. __________________________________________________________ 1 - « L’invention du quotidien », Folio Essais, éd. Gallimard, 1990. 1 - RUSES ET BRICOLAGES - UN "ART DE FAIRE" À LA MICHEL DE CERTEAU Texte précédent Texte suivant Les pensées et les actions qui ont motivé ces projets, qui se motivent les unes les autres encore aujourd'hui dans un mouvement auto-générateur de renouvellement, constituent le carburateur de ce laboratoire : agiter l’immense créativité sociale, politique, culturelle de ces 72 jours, en souligner l’actualité, l’incarnation contemporaine, les possibilités d’extensions, de projections en actions et en formes dans le réel. Inviter à des mutations inédites qui, aussi infimes soient-elles, sont espérées multiples et productrices de réseaux. Agir sur l’imaginaire contemporain de la commune pour qu’il produise de nouveaux niveaux de projets, entrainant de nouveaux niveaux d’actions. Attractions, convergences et bricolages de projets, un « art de faire » à la Michel de Certeau : La Raison technicienne croit savoir comment organiser au mieux les choses et les gens, assignant à chacun une place, un rôle, des produits à consommer. Mais l'homme ordinaire se soustrait en silence à cette conformation. Il invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et les codes, se réapproprie l'espace et l'usage à sa façon. Tours et traverses, manières de faire des coups, astuces de chasseurs, mobilités, mises en récit et trouvailles de mots, mille pratiques inventives prouvent, à qui sait les voir, que la foule sans qualité n'est pas obéissante et passive, mais pratique l'écart dans l'usage des produits imposés, dans une liberté buissonnière par laquelle chacun tâche de vivre au mieux l'ordre social et la violence des choses1. L’objectif totalement immodeste de ce site est de relever, dans les pratiques et les rêves de la Commune, les projets qui pourront constituer des modèles et des leviers pour débouter cette raison technicienne, et donner lieu à des envies de les prolonger dans les imaginaires de nos futurs à nous. Trouver des méthodes, imaginer des organisations du quotidien à partir de nos expériences propres de résistance et de nos consciences spéculatives particulières, inventer mille nouvelles pratiques, astuces de chasseurs et ruses de sioux, produire des écarts à partir des écarts infiniment inventifs déjà produits, dans l’urgence, par la Commune. __________________________________________________________ 1 - « L’invention du quotidien », Folio Essais, éd. Gallimard, 1990. Texte précédent Texte suivant

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 5

    Mardi 4 avril 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 5 Next Next Mardi 4 avril 1871 RÉACTION MONARCHIQUE (p384) La réaction monarchique est sans pitié. Hier, elle attaquait Neuilly ; aujourd’hui, Vanves et Châtillon. Heureusement qu’averties à temps, nos forces ont pris une vigoureuse offensive et repoussé l’ennemi sur toute la ligne. L’ennemi a été rejeté sur les hauteurs de Meudon, et une reconnaissance hardie a été poussée jusqu’à Bougival. La Commission exécutive : Bergeret, Eudes, Lefrançais, Félix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant. RÉGLEMENTS DES MANDATS-POSTE (p385) Direction générale des postes La situation que nous ont faite les fonctionnaires qui ont abandonné la direction des postes en emportant argent, timbre et matériel, nous oblige à prévenir le public que nous ne pouvons payer que les mandats de Paris pour Paris et postérieurs à la date du 29 mars. Les citoyens porteurs de mandats autres que ceux indiqués ci-dessus comprendront qu’il nous est impossible de leur solder le montant, l’administration de Versailles détenant entre ses mains les sommes qui devaient servir à cet effet. Le service pour la levée et la distribution des lettres dans Paris sera complètement rétabli à partir d’aujourd’hui. CIRCULATION DU COURRIER (p385) Le public est prévenu qu’à partir de ce jour, mardi 4 avril, les dépêches de Paris à destination des départements et de l’étranger seront régulièrement expédiées. La dernière heure des levées des boîtes de quartiers est fixée à sept heures du soir. Toutes les correspondances laissées en souffrance dans les boîtes de Paris depuis le départ de l’administration pour Versailles, ont été expédies dès ce matin. Paris, 4 avril 1871, le directeur général des postes A. Theisz. LES MENSONGES DE PARIS-JOURNAL (p386) Les délégués de la Commune à l’intérieur viennent d’adresser de Paris-Journal la note suivante : Le rédacteur de Paris-Journal, en présence du sang qui coule, à la vue de nos frères égorgés par les gendarmes et les sbires de Versailles, continue avec acharnement ses calomnies haineuses contre la Commune et l’héroïque garde nationale de Paris. Il est criminel et faux de dire que « Paris déclare la guerre à la France ; » il est faux que la garde nationale ait fusillé un parlementaire, quand elle a été au contraire traîtreusement attaquée par des hommes qui levaient la crosse en l’air pour tromper sa vigilance. La liberté de la presse n’est pas le droit de s’embusquer prudemment derrière un journal pour redoubler les horreurs d’une lutte que Paris n’a pas commencée, mais dans laquelle il fera triompher la République et la Commune. ABANDON DE LA MAIRIE DU 1er ARRONDISSEMENT (p387) La Commission provisoire déléguée à l’administration communale du 1er arrondissement aux habitants du 1er arrondissement. Citoyens, Dans les circonstances critiques que nous traversons, au moment où le devoir civique de tous doit être à la disposition de la Commune, des traîtres, des lâches et des peureux, obéissant ouvertement ou secrètement aux ordres liberticides du gouvernement de Versailles, cherchent et emploient tous les moyens d’augmenter le désordre dans lequel une administration félonne et concussionnaire a laissé tous les services publics. La mairie du 1er arrondissement a été abandonnée. La Commune a toute l’énergie révolutionnaire nécessaire pour la réorganisation et l’installation de toutes choses. Elle pourvoit d’abord au remplacement des hommes criminels qui, complices de la réaction, ont abandonné systématiquement leur poste, ne sachant que fuir après avoir sollicité vos suffrages, brigué les honneurs et les emplois. En conséquence, la commission exécutive de l’Hôtel-de-Ville a demandé aux comités de cet arrondissement de lui indiquer les citoyens auxquels elle pourrait momentanément confier le soin des intérêts collectifs de nos quartiers. Choisis sur la liste présentée par la Commune, nos noms ont été indiqués pour former une commission municipale. En attendant qu’une élection nous en relève, nous acceptons les devoirs de ces fonctions. Nous travaillons à remédier aux désordres incroyables de la mairie abandonnée, et dès demain, après que nous aurons séparé, au moyen de constatations auxquelles nous faisons procéder par huissiers et commissaires de police, en présence des officiers de la garde nationale, notre responsabilité de celle des gens que nous venons de remplacer, tous les services municipaux seront organisés et élargis selon les circonstances et les besoins publics. Paris, 3 avril 1871. Les membres de la commission municipale du 1er arrondissement, Dr Pillot, Niapas-Piquet, Toussaint, Vinant, Tanguy, Joly, Sallée. ENGAGEZ-VOUS ! (p388) La Délégation communale du 1er arrondissement à ses administrés Citoyens, Dans les circonstances solennelles où nous nous trouvons, il est du devoir de tout bon citoyen de faire acte de patriotisme et de courage civique en offrant spontanément à faire partie des bataillons de gardes nationaux fédérés. La loi nous autorise à vous y forcer. Nous ne voulons pas recourir à la force. Nous voulons simplement faire appel à votre honneur, à votre patriotisme, persuadés que nous serons entendus et compris par tous ceux qui ont un cœur généreux. Nous ne voulons simplement faire appel aux lâches, ni à ceux que vingt années d’Empire ont gangrené jusqu’aux sentiments les plus nobles qui caractérisent l’homme : les sentiments de liberté. Vous ne voulez pas plus que nous vous donner un maître. Vous voulez vivre libres et participer à la régénération de notre malheureuse patrie. Ne poussez donc pas à la décadence notre malheureux pays. En tout temps, l’abstention et l’indifférence sont coupables. Aujourd’hui sachez que ce sont des crimes. Citoyens, formez vos bataillons ! Fédérez-vous sans retard ! Unissez vos efforts contre le danger commun. Rappelez-vous que nous avons combattu ensemble côte à côte contre le Prussien, et sachez que tous les généraux lâches et perfides qui nous ont trahis, vendus à la Prusse, ne méritent ni pitié ni pardon, pas plus que les vils sicaires de l’Empire, troupes mercenaires au service de tous les despotes. La délégation provisoire du 1er arrondissement ; Dr Pillot, Napias-Piquet, Toussaint, Winant, Tanguy, Joly, Sallée. LA CONSCIENCE MORALE DES DÉPUTÉS (p390) MM. Floquet et Lockroy, qui se trouvaient à Paris depuis samedi, ont tenté de se rendre hier à Versailles, où ils devaient déposé leur démission entre les mains de M. le président de l’Assemblée. La garde de chemin de fer était fermée, et, après avoir essayé inutilement de se rendre à Versailles en voiture, les deux députés se sont trouvés dans la nécessité de revenir. Voici la lettre qu’ils étaient dans l’intention de remettre à M. le président de l’Assemblée de Versailles, s’ils avaient pu arriver dans cette ville : Monsieur le président, Nous avons la conscience d’avoir fait tout ce que nous pouvions pour conjurer la guerre civile en face des Prussiens encore armés sur notre sol. Nous jurons devant la nation que nous n’avons aucune responsabilité dans le sang qui coule en ce moment. Mais puisque, malgré nos efforts passés, malgré ceux que nous tentions encore pour arriver à une conciliation, la bataille est engagée, et une attaque dirigée sur Paris ; nous, représentants de Paris, croyons que notre place n’est plus à Versailles. Elle est au milieu de nos concitoyens, avec lesquels nous voulons partager, comme pendant le siège prussien, les souffrances et les périls qui leur sont réservés. Nous n’avons plus d’autre devoir que de défendre, comme citoyens et selon les inspirations de notre conscience, la République menacée. Nous remettons entre les mains de nos électeurs le mandat qu’ils nous avaient confié, et dont nous sommes prêts à leur rendre compte. Les représentants du peuple présents à Paris, Ch. Floquet, Édouard Lockroy L'ALSACE ET LA LORRAINE (extrait, voir JO p 391) Nouvelles étrangères - Allemagne Dans la séance de samedi, au parlement allemand, M. de Bismarck, au sujet des projets de loi relatifs à l’étranger, a fait une déclaration assez grave. Il a dit que l’empereur était résolu à s’abstenir encore de toute immixtion dans les affaires de la France, mais que cette résolution ne pouvait être maintenue que jusqu’à une certaine limite : les intérêts de l’Allemagne ne devaient pas être com- promis par une abstention trop prolongée, surtout si les préliminaires de paix étaient mis en question. Le chancelier ne pouvait déterminer où commençait cette limite, mais il a ajouté que « si c’était nécessaire, l’épisode final de la guerre se serait mené à fin avec regret, mais avec la même énergie que jusqu’ici. — Le projet de loi relatif à l’annexion de l’Alsace et de la lorraine a été renvoyé à l’examen d’une commission spéciale. Les délégués de la Chambre de commerce de Strasbourg ont été prévenus, que lorsque le moment sera venu de régler les indemnités en faveur des habitants de l’Allemagne qui ont éprouvé des dommages par suite de guerre, le gouvernement proposera au Conseil fédéral et au Reichstag de comprendre l’Alsace et la Lorraine dans cette répartition. De sorte que la ruine et les désastres causés par les troupes allemandes à Stras- bourg, etc..., seront payés par l’argent de France. LES FÊTES DU COURONNEMENT IMPÉRIAL DE GUILLAUME (p392) L’Avenir de Berlin croit savoir qu’il est de nouveau question de grandes fêtes pour un couronnement impérial. On évoquait des vieilles annales de l’empire germanique les traditions relatives à ces sortes de solennités, et l’on ressusciterait, pour l’empereur Guillaume, les splendeurs des Habsbourg. Chaque souverain ou prince régnant de l’Allemagne serait tenu d’apporter son contingent d’hommages et de vassalité. La Bavière se chargerait de fournir un casque d’or avec couronne en diamants ; la Saxe, le glaive impérial avec garde en or et les noms des batailles gravés sur la lame ; le Wurtemberg, l’écusson impérial ; le bâton du commandement impérial ; le Mecklembourg, le légendaire bœuf impérial, que le duc de Cobourg, en qualité de truchœss, écuyer tranchant, aurait l’honneur d’abattre. Quant aux frais de tout cela, ils seront faits par les contribuables. L’Avenir se demande où, dans cette affaire, finit le comique et commence le sérieux. Il se déclare hors d’état de le préciser. L'ECHARPE ROUGE (p394) Faits divers La Commune vient d’adopter à l’unanimité l’écharpe rouge, frangée d’or, comme insigne des fonctionnaires municipaux. RENFORTS VERSAILLAIS (p 394) Thiers, dans la soirée du 31 mars, a payé aux Allemands 500 millions. En effectuant ce payement, le gouvernement aux abois a pu faire venir des renforts du Nord pour prolonger son agonie à Versailles. Il se confirme que le maréchal de Mac-Mahon est nommé commandant en chef de toutes les forces militaires chargées de la défense de l’Assemblée et du pouvoir exécutif de Versailles. RESTAURATION LÉGITIMISTE (p 394) Une affiche placardée sur les murs de Versailles annonce une conférence reli- gieuse, spécialement adressée à l’armée cantonnée dans la ville. Une conférence religieuse pour l’armée ? On se croirait en pleine restauration légitimiste ! LA VIE AUX HALLES (p395) Depuis deux jours, la physionomie des halles centrales est des plus animées. Les ménagères s’empressent de faire leurs approvisionnements. Le marché s’est ressenti de la fermeture des portes. Les denrées y sont plus rares et plus chères. Nous avons la ferme confiance que cette augmentation des prix ne sera que passagère. La même animation règne au boulevard de Sébastopol, devant la maison Potin. Des barrières y ont été installées comme à la porte des théâtres, pour contenir et réglementer la foule qui s’y presse, et c’est un spectacle véritablement curieux que celui de ces mères de familles qui craignent de ne jamais arriver à temps, comme les enfants redoutent, parvenus au contrôle, de ne plus trouver de place. LA FANFARE DE MELUN (p395) Melun, comme toutes les villes occupées par l’armée prussienne, n’a pas re-pris sa physionomie habituelle. Les émigrés sont presque tous rentrés, mais ils n’ont pas réintégré avec eux la tranquillité et les habitudes de travail dont une cité paisible ayant besoin au moment où ont éclaté à Paris les terribles événements qui nous accablent. Notre ville était occupée par une garnison de 4 000 bavarois. Sur ordre venu de l’autorité allemande, ces alliés de la Prusse sont allés reprendre leurs postions sous les remparts de Paris. Il ne nous reste qu’une poignée de Prussiens, mais elle suffit pour conserver le deuil dans le cœur des bons citoyens. A tout instant, ces messieurs se gratifient d’un air de musique ; tout est prétexte à fanfare ; le public, en se renfermant dans sa dignité, n’a pas d’oreilles pour les airs qu’il paye trop cher. Harmonie et Prusse sont deux mots qui sonnent mal en France. Quand donc serons-nous débarrassés ? Les passages de troupes venant de l’armée de Frédéric-Charles ont été très multipliés. FAIT DIVERS - LE CANOT À VOILE (p396) Un jeune homme de vingt-cinq ans, nommé Edmond Pommier, demeurant chez ses parents, rue de Clichy, faisant avant-hier, sur la Seine, près d’Argenteuil, une promenade dans un canot à voile qu’il construisait lui-même. Il luttait contre le vent qui devenait d’instant en instant plus violent, quand une rafale plus forte que les autres fit tout à coup chavirer sa frêle embarcation. Excellent nageur, il aurait pu aisément se tirer d’affaires, si malheureusement il ne s’était trouvé pris dans la voile de manière à ce que tous ses mouvements fussent paralysés. Des mariniers, témoins de son embarras, se portèrent immédiatement à son secours, parvinrent à le sauver, et, après lui avoir donné quelques soins, le ramenèrent, sur sa demande, dans une voiture de place au domicile de ses parents. Là, son état empira ; les symptômes d’une congestion cérébrale produite par son immersion dans l’eau glacée se manifestèrent, et, malgré l’intervention d’un médecin, qu’on avait fait venir près de lui, il ne tarda pas à succomber. FAIT DIVERS - Mme de MONTIJO ET SA FILLE EUGÉNIE (p396) Dans une des livraisons des papiers secrets trouvés dernièrement au château des Tuileries se trouve le récit suivant, extrait du registre officiel de la police secrète de Paris, et qui ne manquera pas de piquer la curiosité de nos lecteurs : La maison du n° 10, rue Saint-Antoine, au troisième étage, est occupée par Mme de Montijo, dite comtesse de Téban, avec sa fille Eugénie. — Mme de Montijo est la veuve d’un réfugié espagnol, M. de Montijo, comte de Téba. — Ce titre de comte n’est pas reconnu. Mme de Montijo vit en France avec sa fille. — Elle est allée en Angleterre, d’où elle est revenue en France. Elle a fait un second voyage en Espagne, puis elle est encore revenue à Paris. En 1825, elle habitait Chaussée-d’Antin, 8. Elle y tenait de petits cercles de femmes galantes et de vieux roués. La police en fut informée. En 1828, ses dettes la forcèrent à retourner en Angleterre ; elle laissa sa fille dans une pension. Jusqu’en 1836, point de rapports. En novembre 1838, elle revint à Paris, où elle fut observée par la police pendant six semaines. Trois ans se passèrent sans rapports de police. Mais en 1842, tentative de suicide du caissier Henri, dans la demeure de ladite comtesse de Montijo, soupçonnée de tenir une maison de jeu. Sa fille Eugénie est la cause d’une rencontre entre le colonel Sourvilliers et le capitaine Flansout. Le capitaine de police Nocé rapporte que Mme de Montijo n’a pas de moyens d’existence avoués, et qu’elle entretient des relations avec des officiers retraités, déjà sur l’âge, jouissant de grandes fortunes et de mœurs légères. — Il y a du confort dans sa maison. — Elle paye 1 800 fr. de loyer. Sa fille Eugénie, beauté blonde et d’une tournure fine, a beaucoup d’adorateurs. INHUMATIONS DES SOLDATS FRANÇAIS PAR LES PRUSSIENS (extrait, voir JO p397) Pour conjurer le danger des émanations produites par les corps humains que les prussiens ont inhumés autour de Paris à une profondeur tout à fait insuffisante, on s’est décidé, non à déplacer ces cadavres, déjà en putréfaction, mais à les recouvrir d’une couche de terre assez épaisse pour intercepter les miasmes. Sur cette terre, on sèmera du ray-grass et d’autres plantes fourragères dont les racines s’empareront des gaz nuisibles pour les transformer en une pulpe nourrissante et salubre. […] FAIT DIVERS – TENTATIVE DE SUICIDE (p398) Aux époques troublées, le chiffre des aliénations mentales s’accroît subitement. Ce n’est pas impunément que le cerveau reçoit tante de brusques secousses, et la moyenne des cas de folie est aujourd’hui presque doublée. Ayant perdu, par suite des événements, sa position et son petit capital, placé dans une entreprise de province, le sieur S..., employé dans une administration, demeurant boulevard de l’Hôpital, était depuis ce moment en proie à une profonde tristesse et donnait quelques signes de dérangement d’esprit. Il ne trouvait de consolation qu’auprès d’un ami B... dans la même position que lui et demeurant au sixième étage. Très souvent, il se rendait chez ce dernier, dont la concierge avait ordre de lui remettre la clef lorsqu’il était absent. Hier, vers six heures du soir, elle lui donna cette clef comme d’habitude, et remarqua qu’il avait l’air plus égaré qu’à l’ordinaire. Au bout d’une demi-heure environ, le sieur B..., qui était en course, revint et entra chez la concierge elle lui dit que son ami était dans sa chambre. Il se dispo- sait à aller le retrouver, quand, en traversant la cour, il jeta un cri. Il venait d’apercevoir S..., en chemise, suspendu par les mains au cheneau du toit. Plusieurs personnes accoururent. On se mit à apporter des matelas pour amortir la chute de l’insensé, qui paraissait imminente ; tandis qu’on les préparait, il tomba sur le balcon du troisième étage, où il resta étendu sans mouvement. On crut d’abord qu’il avait cessé de vivre ; mais on reconnut bientôt que, par un bonheur inespéré, il n’avait qu’une foulure au pied droit et une forte contusion au genou. Il avait gagné les toits par une fenêtre à tabatière et ses habits ont été retrouvés sur le lit de son ami, dans lequel il avait dû d’abord se coucher. Le blessé a été conduit à l’hôpital par le sieur B..., qui, de concert avec la famille, prendra des mesures pour le faire admettre, après sa guérison, dans un établissement d’aliénés. LES CHAUSSURES DES MOBILES DE L'ARIÈGE (p399) Le tribunal correctionnel de Foix, vient de juger à l’audience de vendredi dernier, une affaire qui réveille de bien tristes souvenirs, car elle se rattache à la guerre désastreuse que la France vient de soutenir. C’était dans le courant du mois dernier ; il s’agissait de chausser les mobiles de l’Ariège. Le temps pressait beaucoup, paraît-il, puisque partie de cette importante fourniture fut confiée à un homme tout à fait étranger au métier, M. Jourdy, marchand drapier à Foix. Il paraît, du reste, qu’on s’occupait fort peu de la compétence et de l’aptitude des gens auxquels on avait recours pour l’équipement de nos troupes. Jourdy raconte, en effet, qu’indépendamment des fournitures considérables qu’il a soumissionnées pour capotes et souliers, il avait été sur le point, à un moment donné, de fournir des mitrailleuses au département de l’Ariège. […] Là-dessus, Jourdy se met immédiatement en campagne, et va frapper à toutes les portes, afin de se procurer des chaussures dans le plus bref délai possible. Après en avoir commandé un certain nombre à Toulouse, il fait une descente à Chalabre, chez les nombreux cordonniers dont la principale industrie consiste à fabriquer pour les vendre en foire, ces souliers dits de pacotille, que le paysan achète à des prix très modérés. […]Plus tard, lorsque les chaussures eurent été distribuées, ceux de nos mobiles qui avaient trop rapproché leurs pieds des feux de bivouac ne tardèrent pas à constater qu’entre la semelle intérieure et celle de l’extérieur, on avait mis du carton. Vérification faite, on découvre qu’un certain nombre de souliers fournis par les cordonniers de Chalabre avaient été faits dans des conditions défectueuses. Justement émue des réclamations que cette découverte avait suscitées, la justice avait dirigé des poursuites tant contre le sieur Jourdy que contre un certain nombre de cordonniers de Chalabre. Les uns et les autres avaient été assignés devant le tribunal correctionnel de Foix pour répondre du délit de tromperie sur la nature de la marchandise. Mais aux débats, la bonne foi des prévenus ayant été suffisamment établie, le tribunal les a tous renvoyés des fins de la plainte. Joursy a établi que, ne connaissant absolument rien à la fabrication des chaussures, il avait tout pris de confiance, et qu’il n’avait péché que par ignorance et par excès de précipitation, ajoutant que ses souliers ayant été reçus par la commission d’examen, ils les avaient crus recevables. De leur côté, les six cordonniers de Chalabre ont parfaitement établi que les souliers par eux vendus à Jourdy n’étaient autres que ceux qu’ils ont, de tous les temps, vendus dans les foires, et qui renferment indistinctement de vieilles savates ou des cartons entre les deux semelles. A qui la faute ? Le tribunal a décidé que ce ne pouvait être ni aux cordonniers, ni à Jourdy. FAIT DIVERS - WESTERN (p404) Un fermier, dont le nom n’est pas encore connu, habitait dans un petit bourg situé entre Spring Grove et Bock Grove, dans l’Illinois. Il y a peu de temps, il vendit sa ferme et en reçut le prix. Le lendemain du jour où il avait été payé, il se rendit dans une localité voisine, à Rock Run ; quand il revint, il faisait nuit, et il fut accosté non loin de sa demeure par un individu qui, sans autres pourparlers, lui demanda son argent. A cette demande, notre homme tira un revolver de sa poche, fit feu sur l’individu en question et le tua ; un peu plus loin, il fut de nouveau assailli par deux autres individus dont il se débarrassa de la même manière. Enfin, il put ren- trer chez lui. Là, un affreux spectacle l’attendait : ses deux enfants et sa femme étaient étendus sur le plancher, baignant dans leur sang ; les enfants étaient morts mais il parvint à rappeler sa femme à la vie, et il apprit d’elle que ceux qu’il venait de rencontrer n’étaient autres que les acquéreurs de la ferme, qui avaient imaginé ce moyen de l’avoir à bon compte. ETUDE DU COLLODION ET DE L'AFFECTION SCORBUTIQUE (p406-408) Le docteur Arsène Drouet envoie un mémoire ayant pour objet : 1° L’étude des divers traitements du choléra ; 2° La puissance curative du collodion, employé en badigeon sur le ventre, dans certaines maladies rapides, notamment le choléra, la fièvre typhoïde, et même la cholérine, les érysipèles, etc. Aussi employé par l’auteur, en 1865 et 1866, avec l’eau de Seltz ou l’eau froide pour tisane, il aurait arrêté en très peu de temps les vomissements et les diarrhées chez un grand nombre de cholériques. Les effets extérieurs de ce traitement seraient de provoquer une sueur abondante, éliminatrice des principes morbides internes. […] M. Charles Robin présente une note de M. Laboulbène au sujet de recherches microscopiques sur le sang des scorbutiques. Comme on le sait, dans certaines des maladies qui agissent sur le sang, telles que l’infection purulente, la dyssenterie grave, la proportion des globules blancs comparativement aux rouges est à peu près de 1 à 300 ; dans l’affection scorbutique, elle est de 1 à 30. Le travail de M. Laboulbène est renvoyé à l’examen de la commission compétente. L’Académie se forme en comité secret. 21 mars PAUVRE PROPRIÉTAIRE (extrait, voir JO p409) Monsieur le rédacteur, Depuis deux jours, certaines feuilles, notamment l’Avant-Garde, attaquent la Commune au sujet de la solution qu’elle vient de donner à la question des loyers. Cette question a déjà été traitée sous bien des faces, mais pas encore sous celle qui aurait dû, tout d’abord, être présentée au public. Voici un tableau qui est plus éloquent que toutes les phrases que je pourrais vous écrire à ce sujet. Je le livre à votre appréciation. I. Chambre d’ouvrier : 1852 1860 1871 70 Fr. 130 Fr. 180 Fr. Soit pour la période de 1852 à 1860, huit années à 60 fr. et, pour celle de 1860 à 1871, onze années à 110 fr. soit : 480 fr. + 1 100 fr = 1 580 fr. extorqués à un malheureux ouvrier qui n’a peut-être pas eu plus de 3 ou 4 fr. par jour pour vivre, lui et sa famille. II. Logement d’employé. 1852 1860 1871 300 Fr. 500 Fr. 700 Fr. Soit pour la période de 1852 à 1860, huit années à 200 fr. Celle de 1860 à 1871, onze années à 400 fr. soit : 1 600 fr. + 4 400 fr. = 6 000 fr. extorqués. […] Voilà le sort du pauvre propriétaire sur lequel on s’apitoie dans quelques journaux. Agréez, etc. A SON EXCELLENCE M. THIERS, COURTIER EN ROYAUTÉS, À VERSAILLES (extrait, voir JO p410) Fac-simile de la lettre des propriétaires de Paris à Son Excellence M. Thiers, courtier en royautés, à Versailles. Excellente, C’est la mort dans l’âme que nous venons nous prosterner au pied des marches du trône que vous deviez nous donner. Pourquoi avoir tant tardé, Excellence ? La Commune de Paris, cette poignée de factieux (entre nous, ils sont plusieurs centaines de mille !), a lancé un décret par lequel les ouvriers sont libérés des travaux forcés auxquels nous les condamnions pour quelques années. Vous ne ratifierez pas ce décret, bonne Excellence ! Savez-vous ce que l’on nous demande à nous, vos protégés, mais c’est la ruine du pauvre millionnaire ! — Vous qui êtes membre du Gouvernement, chef du Pouvoir exécutif, — conséquemment forcé d’exonérer les riches de toutes les lois d’entrées, contributions, impositions ou autres décrets bien sentis que l’on peut mettre sur la classe ouvrière, — vous qui avez travaillé sur tous les tréteaux de toutes les parades monarchiques, voire même sur l’impériale — avec correspondance pour la République adaptée à la royauté — vous qui possédez tant de tours dans la poche des vestes que vous avez retournées, donnez-nous donc un petit conseil ? Paris ville libre, brave Excellence, comprenez-vous ? — Ah ! c’est la fortune pour le prolétaire ; la réduction des loyers. Ah !... c’est la mort du malheureux millionnaire, du spéculateur, du boursicoteur, des huissiers et des curés... C’est le métier du propriétaire mis au rang de celui des filles à marier pendant l’état de siège... Il va y avoir une morte-saison fabuleuse ! Neuf mois de perte sèche ! C’est un terme, disent les bonnes femmes, qui rient sous cape. — Ah ! excellente Excellence, ça n’est pas pour vous en faire un reproche, mais, sous l’empire, votre entourage comprenait mieux l’utilité de notre férule. […] Pour Copie conforme du principal : Floriss Piraux 22 mars 23 mars 24 mars

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