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- Retitrage tableaux Courbet | Auluxecommunal
RETITRAGES DES TABLEAUX DE COURBET LA REMISE AUX CHEVREUILS Courbet, à ses débuts, revendiquait parfois des interprétations allégoriques pour des sujets assez ordinaires. Dans les années 1860, les critiques en avaient fait un sujet de moquerie (1) récurrent, ce dont Courbet s'amusait à son tour : en 1866, il notait que son tableau "La remise aux chevreuils" était susceptible d'évoquer "la conspiration d'une société secrète de chevreuils qui s’assemblent dans les bois pour proclamer la république ". Ce qui produit un fort beau titre, tout en harmonie avec ses idées politiques. (1) : Courbet et la Commune, musée d'Orsay, mars-juin 2000, p19 & 26 (note 78) Un atelier sera donc ouvert ici qui invitera les visiteur.ses à retitrer les tableaux de Courbet. Un musée virtuel permettrait d'explorer ces tableaux sous leurs nouvelles appellations. DIGRESSION DIGRESSION ARTIFICIELLEMENT INTELLIGENTE Recherche, sur Internet, de la source mentionnant le titre secondaire : "Société secrète de chevreuils qui s’assemblent dans les bois pour proclamer la république". Réponse de l'IA : La Société secrète de chevreuils qui s’assemblent dans les bois pour proclamer la république est un phénomène qui n’existe pas dans les faits. (...) Il n’y a pas de preuve de l’existence d’une société secrète de chevreuils qui se réunissent pour proclamer la république. Il est important de noter que les chevreuils sont des animaux sauvages qui vivent dans les forêts et les montagnes, et ils ne possèdent pas la capacité de créer des sociétés secrètes ou de proclamer des républiques. Ils sont principalement préoccupés par la recherche de nourriture, la reproduction et la protection de leur territoire. Il est possible que vous ayez confondu les chevreuils avec d’autres animaux ou phénomènes naturels qui peuvent sembler mystérieux ou inhabituels. Il est important de rester sceptique face aux informations qui semblent trop étranges ou incohérentes.
- 3g-Salle des petroleuses | Auluxecommunal
SALLE DES PÉTROLEUSES Le mot « pétroleuse* » a été inventé dans les jours qui ont suivi la Semaine sanglante 22-28 mai 1871, au cours de laquelle les troupes gouvernementales de Versailles ont repris Paris, tuant et fusillant environ 20 000 insurgés, y compris de nombreuses femmes. La presse versaillaise a accusé les communardes d'avoir allumé des incendies dans les rues où l'on ne se battait plus. Édith Thomas, auteur d'un ouvrage sur les femmes de la Commune, Les "Pétroleuses" , Gallimard, 1963, distingue les combattantes qui, comme les hommes, ont pu mettre le feu dans les rues où elles se repliaient, de ces prétendues furies qui, sillonnant Paris des seaux à la main, et allumaient des incendies dans le reste de la ville — on pourra aussi se référer à l'article de Michèle Riot-Sarcey, De la "tricoteuse" à la "pétroleuse" , La Revue du musée d'Orsay n°10, 2000. Mais le mot était lancé, il fera fortune, à l'usage des misogynes, pas mécontents de compléter leur bagage d'injures. https://www.lhistoire.fr/gare-aux-pétroleuses) " Cette figure totalement fantasmatique est inventée pendant la semaine sanglante, sans doute par deux journalistes du Figaro et de Paris-Journal, Villemessant et de Pène." Eric Fournier, Les pétroleuses , in La Commune de Paris - 1871 - Les acteurs, l'événement, les lieux , Ed. de l'Atelier, 2021, p.960. Maxime Du Camp, l'ami de Flaubert, l'un des adversaires les plus acharnés de la Commune, démentait lui-même la légende des Pétroleuses dans Les Convulsions de Paris : "Dès la matinée du 24 [mai], Paris fut pris de folie. On racontait que des femmes se glissaient dans les quartiers déjà délivrés par nos troupes, qu'elles jetaient des mèches soufrées par les soupiraux, versaient du pétrole sur le contrevent des boutiques et allumaient partout des incendies. Cette légende excusée, sinon justifiée, par l'horrible spectacle que l'on avait sous les yeux, était absolument fausse ; nulle maison ne brûla dans le périmètre occupé par l'armée française." Du Camp écrivit aussi : " QUANT AUX PÉTROLEUSES, C'ÉTAIT DES ÊTRES CHIMÉRIQUES ANALOGUES AUX SALAMANDRES ET AUX ELFES. LES CONSEILS DE GUERRE NE PARVINRENT PAS À EN EXHIBER UNE." SUITE DE LA VISITE
- Elisee Reclus | Auluxecommunal
ELISEE RECLUS Projet pour l’Exposition Universelle de 1900, globe terrestre de 160 mètres de diamètre, au sommet de la colline de Chaillot, face à la Tour Eiffel Géographe et militant anarchiste français, membre de la Première Internationale, Elisée Reclus participe avec Pierre Kropotkine au journal "Le Révolté". Précurseur de la géographie sociale , de la géopolitique , de la géohistoire et de l'écologie, il était végétarien, naturiste, partisan de l'union libre et espérantiste. Elisée Reclus >> Elisée Reclus : projet de globe terrestre >>
- 7 - AUGUSTE BLANQUI – L'ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES
Une méthode bifurcatrice, ainsi que la dimension d'une histoire contrefactuelle, sont à l'œuvre dans un texte du grand absent de la Commune, dont Marx écrivit qu'il était la tête qui lui avait manqué1, Auguste Blanqui. Arrêté par Adolphe Thiers, alors chef de l'état et du gouvernement, la veille du déclenchement de la Commune le 17 mars 1871, pour sa participation à l'émeute du 31 octobre 1870, incarcéré au fort du Taureau de Morlaix, il y commence la rédaction d'une « hypothèse astronomique » intitulée « L'éternité par les astres »2. Ce texte, écrit Jean-François Hamel dans son superbe essai, « Rien de nouveau sous les soleils - Répétition et origine de l’histoire dans « L’Eternité par les astres » de Blanqui »3, est « à la source de certaines des métaphores les plus obsédantes du XXème siècle, le temps comme jardin aux sentiers qui, incessamment, bifurquent chez [Jorge Luis Borges4], l’Histoire comme catastrophe et amoncellement interminable de ruines chez [Walter Benjamin5] ». Le texte de Blanqui contient les accents uchroniques dont s'inspirera Borges dans Le jardin aux sentiers qui bifurquent6 par exemple, impliquant la coexistence, simultanée ou non, de tous les possibles. Blanqui tente de démontrer la répétition incessante de l'univers qui, pourvu d'un nombre limité de corps simples sur notre planète - il en énumère 64 au début de son texte - est condamné à les répéter à l'infini pour peupler l’infini de l’univers : des terres-sosies existent à l’infini, peuplées par des infinités d’êtres-sosies qui accomplissent tous les possibles, à chaque instant, qui nous sont offerts de réaliser. Blanqui estime qu’ « avec un plan si monotone [rien à construire que des systèmes stellaires] et des éléments si peu variés, il n’est pas facile d’enfanter des combinaisons différentes, qui suffisent à peupler l’infini. Le recours aux répétitions devient indispensable7 ». Pas un caillou, pas un arbre, pas un ruisseau, pas un animal, pas un homme, pas un incident qui n’ait trouvé sa place et sa minute dans le duplicata. C’est une véritable terre-sosie... jusqu’à aujourd’hui du moins. Car demain, les événements et les hommes poursuivront leur marche. Désormais, c’est pour nous l’inconnu. L’avenir de notre terre, comme son passé, changera des millions de fois de route. Le passé est un fait accompli; c’est le nôtre. L’avenir sera clos seulement à la mort du globe. D’ici là, chaque seconde amènera sa bifurcation, le chemin qu’on prendra, celui qu’on aurait pu prendre. Quel qu’il soit, celui qui doit compléter l’existence propre de la planète jusqu’à son dernier jour, a été parcouru déjà des milliards de fois. Il ne sera qu’une copie imprimée d’avance par les siècles8. De ces infinies bifurcations au sein des « terres-sosies » s’ensuit une répétition constante des événements historiques dans l’infini, parfois absolument identiques, parfois revêtus d’infimes différences, empruntant d'infimes bifurcations, qui entraînent des conséquences importantes : les Anglais perdant Waterloo, Bonaparte perdant Marengo, des échanges de victoires et de défaites dans des mondes qui ne peuvent coexister et qui pourtant coexistent. Le meurtre de César se reproduit éternellement, sans qu'il sache qu'il est déjà advenu une infinité de fois et qu’il adviendra encore. Les histoires des différentes terres ne coïncident pas en chacun de leurs points, ne suivent pas le même rythme, chacun de leurs événements est contemporain de tous les autres par l’intermédiaire des terres-sosies où ils adviennent à tout instant de l’infini temporel. Cette construction propose donc la coexistence dans le temps de mondes incompossibles, dont les histoires se juxtaposent avec des variations infinies de rythme, et amène à penser la présence parallèle de chacun des instants du passé et de l’avenir9. Chaque événement n'est pour Blanqui que la répétition d'une possibilité de l'histoire, histoire dont il récuse tout avènement originel et tout achèvement, toute origine temporelle et toute téléologie, ainsi que toute direction du temps autre que le retour de l'événement lui-même. Les passions humaines, qui ne sont pas pour lui soustraites à la loi de la répétition générale, permettent cependant de laisser l'avenir ouvert aux mondes possibles. Ainsi, par la grâce de sa planète, chaque homme possède dans l’étendue un nombre sans fin de doublures qui vivent sa vie, absolument telle qu’il la vit lui-même. Il est infini et éternel dans la personne d’autres lui-même, non- seulement de son âge actuel, mais de tous ses âges. Il a simultanément, par milliards, à chaque seconde présente, des sosies qui naissent, d’autres qui meurent, d’autres dont l’âge s’échelonne, de seconde en seconde, depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Walter Benjamin écrira : " Blanqui qui, au seuil de la mort, sait que le Fort du Taureau est sa dernière prison, [...] écrit ce livre pour se donner de nouvelles portes de cachot". La vision cosmique du monde que Blanqui expose en empruntant ses données à la physique mécaniste de la société bourgeoise, est une vision d’enfer. C’est en même temps un complément à la société dont Blanqui au soir de sa vie avait dû reconnaître la victoire. L’aspect bouleversant de cette ébauche est qu’elle est totalement dépourvue d’ironie. C’est une soumission sans réserve et, en même temps, c’est le réquisitoire le plus terrible qui puisse être prononcé à l’encontre d’une société qui projette dans le ciel cette image cosmique d’elle-même. Le texte, qui est, quant à la langue, d’un relief très marqué, entretient les relations les plus remarquables autant avec Baudelaire qu’avec Nietzsche10. Jorge Luis Borges écrira dans son « Histoire de l'éternité », qui recense les doctrines de l'éternel retour, que « celle de Blanqui est la mieux raisonnée et la plus complexe », en s'étonnant qu' « il crible de mondes analogues et dissemblables, non seulement le temps mais aussi l'espace interminable »11... Mais n’est-ce point une consolation de se savoir constamment, sur des milliards de terres, en compagnie des personnes aimées qui ne sont plus aujourd’hui pour nous qu’un souvenir ? En est-ce une autre, en revanche, de penser qu’on a goûté et qu’on goûtera éternellement ce bonheur, sous la figure d’un sosie, de milliards de sosies ? C’est pourtant bien nous. Pour beaucoup de petits esprits, ces félicités par substitution manquent un peu d’ivresse. Ils préféreraient à tous les duplicata de l’infini trois ou quatre années de supplément dans l’édition courante. On est âpre au cramponnement, dans notre siècle de désillusions et de scepticisme12. Les propositions contrefactuelles de Blanqui et de Morris13 permettent de se hausser sur les épaules de la Commune14 avec les yeux de leurs imaginaires, autorisant de nouveaux outils à la construction du projet. 7 - AUGUSTE BLANQUI – L'ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES Texte précédent Texte suivant Une méthode bifurcatrice, ainsi que la dimension d'une histoire contrefactuelle, sont à l'œuvre dans un texte du grand absent de la Commune, dont Marx écrivit qu'il était la tête qui lui avait manqué1, Auguste Blanqui. Arrêté par Adolphe Thiers, alors chef de l'état et du gouvernement, la veille du déclenchement de la Commune le 17 mars 1871, pour sa participation à l'émeute du 31 octobre 1870, incarcéré au fort du Taureau de Morlaix, il y commence la rédaction d'une « hypothèse astronomique » intitulée « L'éternité par les astres »2. Ce texte, écrit Jean-François Hamel dans son superbe essai, « Rien de nouveau sous les soleils - Répétition et origine de l’histoire dans « L’Eternité par les astres » de Blanqui »3, est « à la source de certaines des métaphores les plus obsédantes du XXème siècle, le temps comme jardin aux sentiers qui, incessamment, bifurquent chez [Jorge Luis Borges4], l’Histoire comme catastrophe et amoncellement interminable de ruines chez [Walter Benjamin5] ». Le texte de Blanqui contient les accents uchroniques dont s'inspirera Borges dans Le jardin aux sentiers qui bifurquent6 par exemple, impliquant la coexistence, simultanée ou non, de tous les possibles. Blanqui tente de démontrer la répétition incessante de l'univers qui, pourvu d'un nombre limité de corps simples sur notre planète - il en énumère 64 au début de son texte - est condamné à les répéter à l'infini pour peupler l’infini de l’univers : des terres-sosies existent à l’infini, peuplées par des infinités d’êtres-sosies qui accomplissent tous les possibles, à chaque instant, qui nous sont offerts de réaliser. Blanqui estime qu’ « avec un plan si monotone [rien à construire que des systèmes stellaires] et des éléments si peu variés, il n’est pas facile d’enfanter des combinaisons différentes, qui suffisent à peupler l’infini. Le recours aux répétitions devient indispensable7 ». Pas un caillou, pas un arbre, pas un ruisseau, pas un animal, pas un homme, pas un incident qui n’ait trouvé sa place et sa minute dans le duplicata. C’est une véritable terre-sosie... jusqu’à aujourd’hui du moins. Car demain, les événements et les hommes poursuivront leur marche. Désormais, c’est pour nous l’inconnu. L’avenir de notre terre, comme son passé, changera des millions de fois de route. Le passé est un fait accompli; c’est le nôtre. L’avenir sera clos seulement à la mort du globe. D’ici là, chaque seconde amènera sa bifurcation, le chemin qu’on prendra, celui qu’on aurait pu prendre. Quel qu’il soit, celui qui doit compléter l’existence propre de la planète jusqu’à son dernier jour, a été parcouru déjà des milliards de fois. Il ne sera qu’une copie imprimée d’avance par les siècles8. De ces infinies bifurcations au sein des « terres-sosies » s’ensuit une répétition constante des événements historiques dans l’infini, parfois absolument identiques, parfois revêtus d’infimes différences, empruntant d'infimes bifurcations, qui entraînent des conséquences importantes : les Anglais perdant Waterloo, Bonaparte perdant Marengo, des échanges de victoires et de défaites dans des mondes qui ne peuvent coexister et qui pourtant coexistent. Le meurtre de César se reproduit éternellement, sans qu'il sache qu'il est déjà advenu une infinité de fois et qu’il adviendra encore. Les histoires des différentes terres ne coïncident pas en chacun de leurs points, ne suivent pas le même rythme, chacun de leurs événements est contemporain de tous les autres par l’intermédiaire des terres-sosies où ils adviennent à tout instant de l’infini temporel. Cette construction propose donc la coexistence dans le temps de mondes incompossibles, dont les histoires se juxtaposent avec des variations infinies de rythme, et amène à penser la présence parallèle de chacun des instants du passé et de l’avenir9. Chaque événement n'est pour Blanqui que la répétition d'une possibilité de l'histoire, histoire dont il récuse tout avènement originel et tout achèvement, toute origine temporelle et toute téléologie, ainsi que toute direction du temps autre que le retour de l'événement lui-même. Les passions humaines, qui ne sont pas pour lui soustraites à la loi de la répétition générale, permettent cependant de laisser l'avenir ouvert aux mondes possibles. Ainsi, par la grâce de sa planète, chaque homme possède dans l’étendue un nombre sans fin de doublures qui vivent sa vie, absolument telle qu’il la vit lui-même. Il est infini et éternel dans la personne d’autres lui-même, non- seulement de son âge actuel, mais de tous ses âges. Il a simultanément, par milliards, à chaque seconde présente, des sosies qui naissent, d’autres qui meurent, d’autres dont l’âge s’échelonne, de seconde en seconde, depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Walter Benjamin écrira : " Blanqui qui, au seuil de la mort, sait que le Fort du Taureau est sa dernière prison, [...] écrit ce livre pour se donner de nouvelles portes de cachot". La vision cosmique du monde que Blanqui expose en empruntant ses données à la physique mécaniste de la société bourgeoise, est une vision d’enfer. C’est en même temps un complément à la société dont Blanqui au soir de sa vie avait dû reconnaître la victoire. L’aspect bouleversant de cette ébauche est qu’elle est totalement dépourvue d’ironie. C’est une soumission sans réserve et, en même temps, c’est le réquisitoire le plus terrible qui puisse être prononcé à l’encontre d’une société qui projette dans le ciel cette image cosmique d’elle-même. Le texte, qui est, quant à la langue, d’un relief très marqué, entretient les relations les plus remarquables autant avec Baudelaire qu’avec Nietzsche10. Jorge Luis Borges écrira dans son « Histoire de l'éternité », qui recense les doctrines de l'éternel retour, que « celle de Blanqui est la mieux raisonnée et la plus complexe », en s'étonnant qu' « il crible de mondes analogues et dissemblables, non seulement le temps mais aussi l'espace interminable »11... Mais n’est-ce point une consolation de se savoir constamment, sur des milliards de terres, en compagnie des personnes aimées qui ne sont plus aujourd’hui pour nous qu’un souvenir ? En est-ce une autre, en revanche, de penser qu’on a goûté et qu’on goûtera éternellement ce bonheur, sous la figure d’un sosie, de milliards de sosies ? C’est pourtant bien nous. Pour beaucoup de petits esprits, ces félicités par substitution manquent un peu d’ivresse. Ils préféreraient à tous les duplicata de l’infini trois ou quatre années de supplément dans l’édition courante. On est âpre au cramponnement, dans notre siècle de désillusions et de scepticisme12. Les propositions contrefactuelles de Blanqui et de Morris13 permettent de se hausser sur les épaules de la Commune14 avec les yeux de leurs imaginaires, autorisant de nouveaux outils à la construction du projet. Texte précédent Texte suivant
- 8 - HISTOIRE PUBLIQUE / USAGE PUBLIC DE L'HISTOIRE
Un des enjeux contemporains du rapport à l’histoire est marqué par l’histoire publique1. Cette pratique spécifique de l’histoire répond à une demande sociale croissante de compréhension du passé, et tente de la sortir de la sphère universitaire en la rendant accessible à un large public. Sa naissance, au milieu des années 1970 en Californie, est liée aux besoins des minorités sociales et ethniques à la recherche de leurs racines et de leurs mémoires, et correspond, selon Catherine Brice, à « une montée en puissance de l’engagement social et de l’activisme politique » 2. Parallèlement, elle correspond aussi, plus prosaïquement, à une crise du recrutement des étudiants en histoire, et provoque des questionnements sur la manière d'attirer de nouveaux étudiants dans les Humanities, qui voudraient travailler en dehors du milieu éducatif. Les américains attirent l'histoire publique du côté d'une histoire appliquée aux problèmes du monde réel. Un débouché spécifique est le cabinet d'avocat, dans les cas de conflits environnementaux ou territorio-ethniques, un autre l'entreprise. En Europe, elle s'oriente principalement vers la communication de l'histoire en direction d'un public non-académique, non sous la forme d'une histoire appliquée, mais plutôt vers l'« application de la méthode historique aux questions, demandes et problèmes contemporains »3, en co-participation et co-production. Aux Etats Unis, certains historiens publics4 revendiquent la « Shared Authority », une histoire publique construite à part égale entre historien et public : une « co-construction du savoir dans laquelle l’historien dépend des groupes avec lesquels il travaille »5, ce qui pose le problème d'un « relativisme par lequel toutes les interprétations se valent ». L’histoire écrite par les publics, les témoins, les communautés, « est un matériau précieux, aussi précieux que les archives, [et] permet d’enrichir une compréhension qui échappera à l’écrit », note Brice. « Dans ce cas, poursuit-elle, l'autorité partagée [est] moins celle de l’historien que celle de l’historien avec des sources différentes. Une seule formation existe en France créée en 2015 à l'UPEC6 par Catherine Brice justement : un Master 2 d'histoire publique/Public History, qui s’intéresse aux usages publics de l’histoire, aux reenactments7, aux reconstitutions. L'histoire publique, en France, est souvent entendue comme histoire d'entreprise, ou associée aux pratiques pseudo-historiques des Stephane Berne et Franck Ferrand. Brice revendique le fait qu'« on est historien d’abord, puis qu’on s’approprie des moyens de divulgation qui permettent de parler d’histoire à des publics différents »8. Ici on aperçoit le lien avec la recherche sur la forme que Jablonka appelait le troisième continent, issu d'une réconciliation entre création et recherche et qui permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai ». Brice estime qu'il est « indispensable que les historiens soient en mesure de communiquer au plus grand nombre de personnes afin de nourrir les opinions, mais aussi les politiques publiques sur des points très contemporains ». « Toutes les recherches en histoire devraient pouvoir passer la barre du public, [...] et informer l’opinion publique de manière plus systématique que ce n’est le cas aujourd'hui ». « Les jeunes historiens doivent être formés à la transmission des connaissances. Et les historiens en poste [doivent] avoir, dans le cadre de la formation continue, des modules de formation qui nous aident à parler de nos recherches plus loin que les colloques érudits » Oser l’histoire publique est pour Brice une aventure intellectuelle passionnante, une extension [...] du champ de compétence de l'historien, « une fonction sociale qui nous est demandée et à laquelle nous devrions pouvoir répondre, aussi un espoir pour nos étudiants et pour notre discipline »9. LE PUBLIC. Ce qu'on retiendra de cette perspective est l'extension des modes de transmission de l'histoire, de ses moyens de divulgation, la volonté de partager le projet avec un public très ouvert, de ne pas le proposer aux seuls historiens ou militants de la Commune. La nature « multicouche » du site questionne l’adresse et la manière de fonctionner du présent de l’histoire, et permettra peut-être de provoquer de nouveaux intérêts. On pourra parcourir les éléments principaux et visibles ci-dessus énoncés, on pourra également fouiller plus avant à partir d'indices disséminés, découvrir les sous-couches justement, des données invisibles (s’activant avec le survol de l’écran par le curseur) conduisant à des dimensions plus ludiques, proposant des enquêtes, qui conduiront elles-mêmes à d’autres niveaux d'enquêtes. Chacun pourra conduire le site à sa guise, s’y perdre, s’y retrouver, réagir aux propositions, ou bien encore envoyer son propre projet qui sera ajouté à la structure du récit. 8 - HISTOIRE PUBLIQUE / USAGE PUBLIC DE L'HISTOIRE Texte précédent Texte suivant Un des enjeux contemporains du rapport à l’histoire est marqué par l’histoire publique1. Cette pratique spécifique de l’histoire répond à une demande sociale croissante de compréhension du passé, et tente de la sortir de la sphère universitaire en la rendant accessible à un large public. Sa naissance, au milieu des années 1970 en Californie, est liée aux besoins des minorités sociales et ethniques à la recherche de leurs racines et de leurs mémoires, et correspond, selon Catherine Brice, à « une montée en puissance de l’engagement social et de l’activisme politique » 2. Parallèlement, elle correspond aussi, plus prosaïquement, à une crise du recrutement des étudiants en histoire, et provoque des questionnements sur la manière d'attirer de nouveaux étudiants dans les Humanities, qui voudraient travailler en dehors du milieu éducatif. Les américains attirent l'histoire publique du côté d'une histoire appliquée aux problèmes du monde réel. Un débouché spécifique est le cabinet d'avocat, dans les cas de conflits environnementaux ou territorio-ethniques, un autre l'entreprise. En Europe, elle s'oriente principalement vers la communication de l'histoire en direction d'un public non-académique, non sous la forme d'une histoire appliquée, mais plutôt vers l'« application de la méthode historique aux questions, demandes et problèmes contemporains »3, en co-participation et co-production. Aux Etats Unis, certains historiens publics4 revendiquent la « Shared Authority », une histoire publique construite à part égale entre historien et public : une « co-construction du savoir dans laquelle l’historien dépend des groupes avec lesquels il travaille »5, ce qui pose le problème d'un « relativisme par lequel toutes les interprétations se valent ». L’histoire écrite par les publics, les témoins, les communautés, « est un matériau précieux, aussi précieux que les archives, [et] permet d’enrichir une compréhension qui échappera à l’écrit », note Brice. « Dans ce cas, poursuit-elle, l'autorité partagée [est] moins celle de l’historien que celle de l’historien avec des sources différentes. Une seule formation existe en France créée en 2015 à l'UPEC6 par Catherine Brice justement : un Master 2 d'histoire publique/Public History, qui s’intéresse aux usages publics de l’histoire, aux reenactments7, aux reconstitutions. L'histoire publique, en France, est souvent entendue comme histoire d'entreprise, ou associée aux pratiques pseudo-historiques des Stephane Berne et Franck Ferrand. Brice revendique le fait qu'« on est historien d’abord, puis qu’on s’approprie des moyens de divulgation qui permettent de parler d’histoire à des publics différents »8. Ici on aperçoit le lien avec la recherche sur la forme que Jablonka appelait le troisième continent, issu d'une réconciliation entre création et recherche et qui permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai ». Brice estime qu'il est « indispensable que les historiens soient en mesure de communiquer au plus grand nombre de personnes afin de nourrir les opinions, mais aussi les politiques publiques sur des points très contemporains ». « Toutes les recherches en histoire devraient pouvoir passer la barre du public, [...] et informer l’opinion publique de manière plus systématique que ce n’est le cas aujourd'hui ». « Les jeunes historiens doivent être formés à la transmission des connaissances. Et les historiens en poste [doivent] avoir, dans le cadre de la formation continue, des modules de formation qui nous aident à parler de nos recherches plus loin que les colloques érudits » Oser l’histoire publique est pour Brice une aventure intellectuelle passionnante, une extension [...] du champ de compétence de l'historien, « une fonction sociale qui nous est demandée et à laquelle nous devrions pouvoir répondre, aussi un espoir pour nos étudiants et pour notre discipline »9. LE PUBLIC. Ce qu'on retiendra de cette perspective est l'extension des modes de transmission de l'histoire, de ses moyens de divulgation, la volonté de partager le projet avec un public très ouvert, de ne pas le proposer aux seuls historiens ou militants de la Commune. La nature « multicouche » du site questionne l’adresse et la manière de fonctionner du présent de l’histoire, et permettra peut-être de provoquer de nouveaux intérêts. On pourra parcourir les éléments principaux et visibles ci-dessus énoncés, on pourra également fouiller plus avant à partir d'indices disséminés, découvrir les sous-couches justement, des données invisibles (s’activant avec le survol de l’écran par le curseur) conduisant à des dimensions plus ludiques, proposant des enquêtes, qui conduiront elles-mêmes à d’autres niveaux d'enquêtes. Chacun pourra conduire le site à sa guise, s’y perdre, s’y retrouver, réagir aux propositions, ou bien encore envoyer son propre projet qui sera ajouté à la structure du récit. Texte précédent Texte suivant
- 10 - LE ROMAN NATIONAL
Les identités nationales européennes ne sont pas des faits de nature, mais des constructions. Elles ont été l’objet d’une grande œuvre commune commencée à la moitié du XVIIIème. Pour fonder sa légitimation, explique Anne-Marie Thiesse 1, une communauté doit se trouver des origines, des antiquités, des preuves de ces antiquités, les plus lointaines possibles, et essayer de trouver des textes fondateurs ». Le travail de Thiesse porte sur la fiction et la culture de masse dans l’Europe contemporaine2. Elle écrit : Cette construction [des identité nationales] a été l’œuvre collective menée par plusieurs pays européens à travers des tâtonnements, des imitations et des échanges croisés, pour aboutir à une sorte de modèle commun, une liste d’éléments de base : des ancêtres fondateurs, une langue, une histoire continue, des héros, des monuments, un folklore à laquelle toute nation émergente doit depuis se conformer3. Voici l’histoire de l’un des textes fondateurs de notre identité nationale, la célèbre Chanson de Roland, qui croisa l’imaginaire de la future Commune de Paris à l’hiver 1870. Depuis sa découverte à la Budleyan Library d’Oxford par Francisque Michel, et sa publication en 1830, la Chanson de Roland n’intéressait pas les français, explique Thiesse, pas plus d’ailleurs que la littérature médiévale. Mais elle va finalement débarquer dans l’imaginaire des français avec le philologue et médiéviste Gaston Paris4. Celui-ci va donner, le 8 décembre 1870, c’est à dire peu après la bataille de Sedan et le siège prussien de Paris en septembre, une conférence au Collège de France intitulée « La chanson de Roncevaux et la nationalité française ». Prenant modèle sur le Berlin assiégé par les troupes napoléoniennes dans les années 1810 il va, lors d’une conférence extrêmement impressionnante […] exhorter les français à s’inspirer des héros de la chanson de Roland et à défendre la patrie, [...] à mourir en combattant, à donner sa vie pour la patrie5. Le 18 mars 1871, les parisiens se rebellent contre l’armée versaillaise venue récupérer les canons de la Garde nationale pour les remettre aux prussiens. On se saurait dire, bien sûr, quelles furent les conséquences concrètes de cette conférence, l’influence qu’elle exerça précisément sur l’imaginaire et les actions de la Commune. Elle se trouve cependant résolument liée à son histoire, et a pesé sur l’opinion publique parisienne, d’autant que dès 1870, la Chanson de Roland, écrit Jacqueline Cerquiglini-Toulet, sera enseignée comme antidote à la défaite de Sedan6. Au rejet parisien d’un gouvernement capitulard, aux effets désastreux de la bataille de Sedan, de celle de Buzenval, de l’occupation prussienne, puis de la tentative par Thiers de s’emparer des canons de la Garde Nationale, la conférence de Paris propose la dimension épique d’un modèle à la légitimation de la résistance parisienne. Quelques années plus tard, la chanson de Roland sera au programme de l’agrégation de lettre, puis de la classe de seconde dans les lycées. Roland rejoint Vercingétorix, du Guesclin, Bayard et Jeanne d’Arc, et devient un modèle patriotique officiel. « La littérature, disait Gaston Paris, est l’expression de la vie nationale. Là où il n’y a pas de littérature nationale, il n’y a qu’une vie nationale imparfaite ». Mais nous allons voir que l’expression littéraire de la vie nationale fut, à l’époque de la Commune, fort agitée et imparfaite... 10 - LE ROMAN NATIONAL Texte précédent Texte suivant Les identités nationales européennes ne sont pas des faits de nature, mais des constructions. Elles ont été l’objet d’une grande œuvre commune commencée à la moitié du XVIIIème. Pour fonder sa légitimation, explique Anne-Marie Thiesse 1, une communauté doit se trouver des origines, des antiquités, des preuves de ces antiquités, les plus lointaines possibles, et essayer de trouver des textes fondateurs ». Le travail de Thiesse porte sur la fiction et la culture de masse dans l’Europe contemporaine2. Elle écrit : Cette construction [des identité nationales] a été l’œuvre collective menée par plusieurs pays européens à travers des tâtonnements, des imitations et des échanges croisés, pour aboutir à une sorte de modèle commun, une liste d’éléments de base : des ancêtres fondateurs, une langue, une histoire continue, des héros, des monuments, un folklore à laquelle toute nation émergente doit depuis se conformer3. Voici l’histoire de l’un des textes fondateurs de notre identité nationale, la célèbre Chanson de Roland, qui croisa l’imaginaire de la future Commune de Paris à l’hiver 1870. Depuis sa découverte à la Budleyan Library d’Oxford par Francisque Michel, et sa publication en 1830, la Chanson de Roland n’intéressait pas les français, explique Thiesse, pas plus d’ailleurs que la littérature médiévale. Mais elle va finalement débarquer dans l’imaginaire des français avec le philologue et médiéviste Gaston Paris4. Celui-ci va donner, le 8 décembre 1870, c’est à dire peu après la bataille de Sedan et le siège prussien de Paris en septembre, une conférence au Collège de France intitulée « La chanson de Roncevaux et la nationalité française ». Prenant modèle sur le Berlin assiégé par les troupes napoléoniennes dans les années 1810 il va, lors d’une conférence extrêmement impressionnante […] exhorter les français à s’inspirer des héros de la chanson de Roland et à défendre la patrie, [...] à mourir en combattant, à donner sa vie pour la patrie5. Le 18 mars 1871, les parisiens se rebellent contre l’armée versaillaise venue récupérer les canons de la Garde nationale pour les remettre aux prussiens. On se saurait dire, bien sûr, quelles furent les conséquences concrètes de cette conférence, l’influence qu’elle exerça précisément sur l’imaginaire et les actions de la Commune. Elle se trouve cependant résolument liée à son histoire, et a pesé sur l’opinion publique parisienne, d’autant que dès 1870, la Chanson de Roland, écrit Jacqueline Cerquiglini-Toulet, sera enseignée comme antidote à la défaite de Sedan6. Au rejet parisien d’un gouvernement capitulard, aux effets désastreux de la bataille de Sedan, de celle de Buzenval, de l’occupation prussienne, puis de la tentative par Thiers de s’emparer des canons de la Garde Nationale, la conférence de Paris propose la dimension épique d’un modèle à la légitimation de la résistance parisienne. Quelques années plus tard, la chanson de Roland sera au programme de l’agrégation de lettre, puis de la classe de seconde dans les lycées. Roland rejoint Vercingétorix, du Guesclin, Bayard et Jeanne d’Arc, et devient un modèle patriotique officiel. « La littérature, disait Gaston Paris, est l’expression de la vie nationale. Là où il n’y a pas de littérature nationale, il n’y a qu’une vie nationale imparfaite ». Mais nous allons voir que l’expression littéraire de la vie nationale fut, à l’époque de la Commune, fort agitée et imparfaite... Texte précédent Texte suivant
- 1h-Baudelaire 7 vieillards | Auluxecommunal
BAUDELAIRE - LES SEPT VIEILLARDS Tableaux parisiens, Les fleurs du mal (1840-1850) A Victor Hugo Fourmillante cité, cité pleine de rêves, Où le spectre en plein jour raccroche le passant ! Les mystères partout coulent comme des sèves Dans les canaux étroits du colosse puissant. Un matin, cependant que dans la triste rue Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur, Simulaient les deux quais d'une rivière accrue, Et que, décor semblable à l'âme de l'acteur, Un brouillard sale et jaune inondait tout l'espace, Je suivais, roidissant mes nerfs comme un héros Et discutant avec mon âme déjà lasse, Le faubourg secoué par les lourds tombereaux. Tout à coup, un vieillard dont les guenilles jaunes, Imitaient la couleur de ce ciel pluvieux, Et dont l'aspect aurait fait pleuvoir les aumônes, Sans la méchanceté qui luisait dans ses yeux, M'apparut. On eût dit sa prunelle trempée Dans le fiel ; son regard aiguisait les frimas, Et sa barbe à longs poils, roide comme une épée, Se projetait, pareille à celle de Judas. Il n'était pas voûté, mais cassé, son échine Faisant avec sa jambe un parfait angle droit, Si bien que son bâton, parachevant sa mine, Lui donnait la tournure et le pas maladroit D'un quadrupède infirme ou d'un juif à trois pattes. Dans la neige et la boue il allait s'empêtrant, Comme s'il écrasait des morts sous ses savates, Hostile à l'univers plutôt qu'indifférent. Son pareil le suivait : barbe, œil, dos, bâton, loques, Nul trait ne distinguait, du même enfer venu, Ce jumeau centenaire, et ces spectres baroques Marchaient du même pas vers un but inconnu. A quel complot infâme étais-je donc en butte, Ou quel méchant hasard ainsi m'humiliait ? Car je comptai sept fois, de minute en minute, Ce sinistre vieillard qui se multipliait ! Que celui-là qui rit de mon inquiétude, Et qui n'est pas saisi d'un frisson fraternel, Songe bien que malgré tant de décrépitude Ces sept monstres hideux avaient l'air éternel ! Aurais-je, sans mourir, contemplé le huitième. Sosie inexorable, ironique et fatal, Dégoûtant Phénix, fils et père de lui-même ? - Mais je tournai le dos au cortège infernal. Exaspéré comme un ivrogne qui voit double, Je rentrai, je fermai ma porte, épouvanté, Malade et morfondu, l'esprit fiévreux et trouble, Blessé par le mystère et par l'absurdité ! Vainement ma raison voulait prendre la barre ; La tempête en jouant déroutait ses efforts, Et mon âme dansait, dansait, vieille gabarre Sans mâts, sur une mer monstrueuse et sans bords !
- Trahison des généraux | Auluxecommunal
LA QUESTION EST DE SAVOIR CE QUI MENAÇAIT LE RÉPUBLIQUE (TROISIÈME DU NOM) À PART LA IIIème RÉPUBLIQUE ELLE-MÊME. 1- LES PARLEMENTAIRES Le 31 janvier 71, anticipant les élections législatives, Gambetta décrète l’inéligibilité des anciens candidats officiels de l’Empire, bonapartistes et royalistes. Bismarck, furieux, menace de rompre l’armistice. Jules Simon fait annuler le décret, Gambetta démissionne le 6 février. Le 8 février 71 se déroulent les élections législatives. Composition de l’Assemblée, de gauche à droite : - 38 Républicains radicaux - 112 Républicains modérés - 72 Libéraux - 20 Bonapartistes - 214 Orléanistes - 182 Légitimistes Garibaldi est élu mais déclaré inéligible car étranger : Victor Hugo démissionne pour protester. Les ruraux sont largement favorables aux conservateurs (légitimistes 1 , ultra montains 2 et orléanistes 3 ) qui sont cependant très divisés. Le grand vainqueur est Thiers, élu dans 26 départements. Il devient le chef du pouvoir exécutif au sein d’une Assemblée nationale très largement dominée par les monarchistes et les réactionnaires. Léon Gambetta dégaine son épée tandis qu'Adolphe Thiers jette une galette (un portefeuille ministériel) pour détourner l'attention de Cerbère dont les trois têtes représentent les légitimistes, les orléanistes et les bonapartistes. « La Situation », caricature d'André Gill publiée dans L'Éclipse (9 février 1873). Dessin réalisé d'après une composition de John Tenniel publiée dans le magazine britannique Punch le 21 décembre 1872. L’Assemblée a deux priorités, conclure la paix et soumettre Paris : - Le 15 février 71 est votée la suppression de la solde de la Garde Nationale, privant des centaines de milliers de parisiens de leurs revenus. - Le 19 février, Thiers négocie avec Bismarck les conditions de la paix : indemnités militaire de 5 milliards de francs-or, cession de tout ou partie de 5 départements de l’Alsace et de la Lorraine. - Le 1er mars, l’assemblée ratifie le traité de paix (546 pour, 107 contre et 23 abstentions) et vote la déchéance de Napoléon III. - Le 6 mars, le Général d’Aurelle de Paladines, réputé pour n’avoir pas mis tout son coeur à l’ouvrage, est nommé commandant en chef de la Garde Nationale. C’est une provocation pour les parisiens. - Le 10 mars, vote de la fin du moratoire des loyers et des effets de commerce : plus de 150 000 Parisiens sont menacés d'expulsion, de faillite et de poursuites judiciaires ; Versailles est choisi comme lieu de réunion, Paris perd son rôle de capitale. - Le 17 mars, Thiers ordonne la confiscation des canons payés par les Parisiens, qui occasionnera le soulèvement du 18 mars, puis la Commune. Après la Commune, le monde rural change de position politique, inquiet d’un retour à l’ancien régime et ses privilèges. Mac Mahon, royaliste convaincu, est élu président de la IIIème République par la majorité parlementaire également royaliste en mai 1873, après qu’elle ait orchestré la chute de Thiers, devenu trop républicain à son goût. Mac Mahon imposera le duc de Broglie à la présidence du Conseil, projetant une restauration de la monarchie (troisième Restauration) qui ne verra pas le jour. Aux élections municipales de 1874 se produit une poussée républicaine. Mais les conservateurs de de Broglie imposent l’« Ordre moral » 4 : il s’agit de redonner de l’influence à la religion catholique. C’est dans ce contexte que sera érigé le Sacré Coeur, dédié à l'expiation après, comme le formulait en septembre 1870 Félix Fournier, évêque de Nantes, « un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 1789 » >> . Plusieurs instituts catholiques sont créés, le mot de république disparaît des actes officiels, la célébration du 14 juillet est interdite, des préfets et magistrats sont remplacés par des fidèles. La presse est étroitement surveillée. En janvier 1874, une loi permet aux préfets de remplacer les maires républicains par des partisans de l’Ordre moral. Mais Broglie doit démissionner en mai 1874. En 1875, l’assemblée nationale vote enfin les trois lois qui instaurent définitivement la Troisième République (auparavant, simplement ébauchée par des lois ponctuelles). Le Maréchal Patrice de Mac Mahon Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Patrice_de_Mac_Mahon#/media/Fichier:The_evolution_of_France_under_the_third_republic_(1897)_(14782521265).jpg Albert, duc de Broglie. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_de_Broglie LES GÉNÉRAUX D’où l’on peut supputer des tendances royalistes des généraux de la guerre franco-prussienne et de leurs conséquences sur son issue : LOUIS D’AURELLE DE PALADINES Le Général en grand uniforme Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_d’Aurelle_de_Paladines Le général d’Aurelle de Paladines commande le 11ème corps d’armée pendant la guerre franco-prussienne. Le 26 octobre, il reçoit l’ordre de marcher sur Orléans : il tergiverse 13 jours, alors que les prussiens sont inférieurs en nombre. Après la capture d’Orléans par les prussiens, il est nommé par le Gouvernement de défense nationale commandement de l’armée de la Loire. Il gagne la bataille de Coulmiers et son armée expulse les prussiens d’Orléans. Léon Gambetta l’enjoint à combattre les 45 000 prussiens qui barrent la route de Paris, mais Paladines se retranche dans Orléans pendant un mois avec ses 100 000 hommes. Les prussiens, libérés du siège de Metz après la capitulation de Bazaine, reprennent ainsi Orléans en décembre. Le gouvernement de Tours (Gambetta) le « libère » de sa charge le 7 décembre en raison de son « flottement » face aux prussiens. Le 6 mars, dans les jours qui précèdent la Commune, Thiers le nomme commandant en chef de la Garde nationale de Paris. Le 18 mars, il se réfugie à Versailles. Elu sénateur à vie en 1875, il soutiendra la majorité royaliste en 1876. Le général Bazaine est nommé, le 12 aout 1870, en pleine guerre, commandant de l’armée du Rhin, principale armée de la guerre franco-prussienne. Il sera accusé de trahison par Gambetta et passera devant un Conseil de guerre en 1873. Le lieutenant d’infanterie Eugène Roiffé rédigera en 1871 le recensement magistral de toutes les opportunités de battre l’armée prussienne que Bazaine « négligea » : - bataille de Mars-la-Tour, où il dédaigne l’opportunité de détruire plusieurs corps de l’armée ennemie, mais décide plutôt, à l’étonnement général, de replier son armée de 180 000 hommes à Metz. - de Gravelotte où l’armée prussienne est écrasée et la route de Verdun ouverte, ce que Bazaine n’exploite aucunement : deux jours après, la route est coupée. Pendant la troisième bataille de Gravelotte, Bazaine se repose au fort Plappeville : la bataille doit s’interrompre à 3 heures de l’après-midi, faute de munition, à 8 kms d’un parc de réserve… François Achille Bazaine en campagne au Mexique. Portrait par Jean-Adolphe Beaucé Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/François_Achille_Bazaine - de Metz, où Bazaine tergiverse, dispense généreusement l’approvisionnement, sans anticiper de rationnement, où les troupes réclament des sorties, et ne comprennent pas l’apathie du commandement. Le 28 aout, Bazaine sort de sa léthargie, les troupes se massent au fort Saint-Julien : mais la pluie survient ! Bazaine ordonne le retour au campement. Il aurait été facile d’opérer une trouée, de rejoindre les troupes de Mac Mahon, d’éviter le désastre de Sedan. Le 31 aout, Bazaine enfin attaque, Sainte Barbe et Les Maxes sont conquis, l’armée prussienne est refoulée. Poursuivre cette avancée promet une victoire décisive sur les prussiens. Mais aucun ordre n’est donné, les deux positions sont abandonnées, les Prussiens les reconquièrent aussitôt, détruisant l’immense approvisionnement abandonné sur place. Les Maxes sont livrés aux flammes. Bazaine rentre à Metz sans s’occuper de son armée. Aucun ordre jusqu’au 7 octobre, inaction complète. Metz est rationnée, on commence à manger les chevaux de la cavalerie. Les hôpitaux remplis de malades et de blessés, l’abattement s’empare des régiments, qui se questionnent sur les intentions du commandant en chef : attend-il un affaiblissement pour livrer l’armée à l’ennemi ? La capitulation de Sedan est vécue comme une indignité par l’armée. Déchéance de Napoléon le 12 septembre, déclaration de la République le 14 : Roiffé : La déchéance de Napoléon fut un coup de foudre pour Bazaine, dès ce moment son parti fut pris et arrêté irrévocablement : ouvrir des intelligences avec l'ennemi, se mettre en rapport, soit avec l'Empereur, soit avec l'Impératrice, manger le reste de ses vivres, achever de désorganiser son armée pour la livrer à l'ennemi, afin de la mettre ainsi dans l'impossibilité d'essayer une trouée, faire tomber du même coup Metz dont le décret du 13 octobre 1863 lui donnait le commandement absolu, en qualité de commandant en chef à proximité d'une place forte, voilà quels furent les projets de ce misérable. Roiffé, républicain convaincu, accuse d’incompétence, de lâcheté et de trahison les généraux Bazaine, Lebœuf, Frossard, de Braüer et Canrobert. Il relève, en une sorte d’uchronie, la longue liste des occasions ratées de gagner la guerre, et les déclarations ou décisions menant à accréditer l’idée de la trahison à l’égard de la République. De deux choses l'une, ou ces généraux sont des traitres ou des ânes, mais alors l'ignorance chez un général est un crime ; ces deux hommes devront être mis en jugement. Quelques unes des questions que se pose Roiffé : - Pourquoi le général Bourbaki a-t-il quitté l'armée, quelle était sa mission, où est-il allé ? - Pourquoi n'avoir pas fait reconnaitre dans l'armée le Gouvernement de la défense nationale ? - Que signifie cette communication faite verbalement aux officiers par leurs chefs, le 19 octobre 1870, et dont voici un passage : Les différentes villes ne s'accordent pas, quant à la forme d'un gouvernement nouveau. Les d'Orléans ne se sont pas présentés. Le gouvernement prussien ne peut songer à établir des bases de négociations qu'en s'adressant au gouvernement de fait qui existait avant le 1er septembre, c'est à dire à la Régence ou au Corps législatif qui a siégé jusqu'au 1er septembre, mais pour que ce Corps puisse délibérer, il faut qu'il soit protégé par une armée française. Tel est le rôle qu'aura sans doutes a remplir l'armée de Metz. Roiffé : Ce discours a été écouté par tous dans le plus profond silence, tellement nous étions frappés de stupeur. Bazaine a donc levé le masque ; il veut faire de nous les soldats d'un nouveau Deux-Décembre 5 . Infamie !!! mêlés aux Prussiens, nous allons marcher sur Paris pour mitrailler des Français et rétablir la famille maudite des Napoléon, non ! Dieu ne permettra pas un tel crime, nos armes nous tomberaient plutôt des mains ou se tourneraient contre nous. - Pourquoi du 1er septembre au 7 octobre, l'armée et la garnison de Metz n'ont-elles pas exécuté des sorties, tenté des coups de main, fatigué, inquiété et harcelé l'ennemi ? - Pourquoi, les opérations étant suspendues, Bazaine a-t-il tenu constamment des conseils de guerre mystérieux avec les généraux de l'armée ? - Pourquoi Bazaine a-t-il toujours fait peser une censure arbitraire sur les journaux de Metz ? Écrivant alors dans l'Indépendant de la Moselle, j'ai remarqué plusieurs fois que les épreuves avaient été retournées à la rédaction parce que le mot de République avait été employé. Le 27 octobre, Bazaine capitule à Metz. Il accompagne sa capitulation d’une déclaration, : « Jamais, dans les fastes militaires, résistance n'a été poussée plus loin. C'est pour vous éviter les affres de la famine que je suis obligé de me rendre, dans l'honneur. Car l'honneur est sauf, soyons dignes dans l'adversité »… Dans les faits, en 1873, Bazaine est déféré devant un Conseil de guerre pour avoir capitulé en rase campagne, traité avec l'ennemi (pourparlers avec Bismarck) et rendu la place de Metz avant d'avoir épuisé tous les moyens de défense dont il disposait. Il est condamné à la peine de mort avec dégradation militaire. Mais le tribunal qui l’a condamné adresse simultanément une demande de grâce au nouveau président Mac-Mahon et sa peine est alors commuée en 20 années de prison, sans dégradation. Victor Hugo écrira : « Mac-Mahon absout Bazaine. Sedan lave Metz. L’idiot protège le traître » 6 . Le conseil de guerre Source : https://www.musee-conde.fr/fr/notice/ph-923-proces-du-general-bazaine-trianon-6-octobre-1873-518f8d24-b216-4e39-8a2e-7f06b841dfe3 1 - Favorables à la dynastie des Bourbons détrônée en 1830. 2 - affirment la primauté spirituelle et juridictionnelle du pape sur le pouvoir politique et donc la subordination de l'autorité civile à l'autorité ecclésiastique. 3 - depuis 1883, désigne les partisans de la maison d'Orléans qui la considèrent comme héritière des rois de France, à la suite du décès du comte de Chambord. 4 - D’après la formule d’un message présidentiel de Mac Mahon. 5 - Coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte. 6 - Choses vues 1870-1885, Paris, Gallimard, folio, p.529
- 3a-Spectres Vitrines | Auluxecommunal
SALLE DES SPECTRES LES PROJETS EXTRAPOLÉS Escalier Hune A l'entrée du visiteur, les spectres se détachent du portant, et envahissent le grenier. Un brouillard monte lentement du sol. Le visiteur devra trouver comment renvoyer les spectres à leurs places et endiguer le phénomène pour continuer sa visite Grenier-Plan Vers la Hune Les spectres ramenés à leur place grâce aux indices, le grenier reprend son aspect initial. Spectre-Test video Les spectres - Test video Marchande de poisson LES PROJETS EXTRAPOLÉS Chaque vitrine est une entrée vers un projet extrapolé de la Commune. Up Hydre + Napoleon Up Up Massacre-Fourier-chapeaux Up Up Salledu trone Up Up Veuillot Up Up 3 portes Up Up Vers les salles de la photographie, de la roue de Thiers, et du gai rossignol. Musée copies
- DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 7
Vendredi 21 avril 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 7 Next Next Vendredi 21 avril 1871 ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 931) Création d'une compagnie d'aérostiers pour permettre l'échange de nouvelles, journaux, correspondances privées, entre Paris et les départements, supprimé par le gouvernement de Versailles, qui se réserve impunément la distribution des calomnies destinées à égarer l’opinion publique en province et à l’étranger. Paris, le 20 avril 1871. Que des dépenses importantes ont été faites par l’ex-gouvernement dit de la défense nationale pour les services aérostatiques postaux ; Que, par suite de la désertion de l’ex-gouvernement dit de la défense nationale, sur ce point des services publics, comme sur tous les autres, une quantité de ballons construits, représentant une dépense de plusieurs centaines de mille francs, payés des deniers de la nation, se trouvent actuellement disséminés en plusieurs endroits et exposés aux détournements ; Qu’il importe d’urgence de réunir sous le contrôle de la Commune, en des mains sûres, d’inventorier et de préserver ce matériel, auquel sont venus s’adjoindre les ballons expédiés en province pendant le siège de Paris ; Considérant que l’ex-gouvernement dit de la défense nationale qui, en fait, gouverne toujours à Versailles, a supprimé, dans une intention facile à comprendre, tout échange de nouvelles, journaux, correspondances privées, toutes communications intellectuelles entre Paris et les départements, comptant ainsi se réserver impunément la trop facile distribution des calomnies destinées à égarer l’opinion publique en province et à l’étranger ; Que la Commune de Paris a, tout au contraire, le plus grand intérêt à ce que la vérité soit, et à faire connaître à tous et ses actes et ses intentions ; Considérant enfin que, dans l’état de guerre offensive déclarée et poursuivie par le gouvernement de Versailles, il est important à la défensive d’utiliser les observations aérostatiques militaires, systématiquement et intentionnellement repoussées pendant la durée du siège de Paris, et alors, en effet, inutiles à ceux qui devaient livrer Paris ARRÊTE : 1° Une compagnie d’aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris est créée ; 2° Cette compagnie se compose provisoirement d’un capitaine, d’un lieutenant, d’un sous-lieutenant, d’un sergent, de deux chefs d’équipe et douze aéros- tiers ; 3° La solde du capitaine est de 300 fr., du lieutenant 250 fr., des équipiers 150 fr. par mois ; 4° La compagnie des aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris relève directement du commandement de la Commission exécutive ; 5° Le citoyen Claude-Jules Durnof est nommé capitaine des aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris. Le citoyen Jean-Pierre-Alfred Nadal est nommé lieutenant-magasinier général. Paris, le 20 avril 1871. La commission exécutive : Avrial, F. Cournet, Ch. Delescluze, Félix Pyat, G. Tridon, A. Vermorel, E. Vaillant. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 932) Suppression du travail de nuit des boulangers – Suppression des placeurs et création, pour les remplacer, d'un registre en mairie permettant l'inscription des boulangers - Registre central au ministère du commerce. Sur les justes demandes de toute la corporation des ouvriers boulangers, la commission exécutive ARRÊTE : Art. 1er. Le travail de nuit est supprimé. Art. 2. Les placeurs institués par l’ex-police impériale sont supprimés. Cette fonction est remplacée par un registre placé dans chaque mairie pour l’inscription des ouvriers boulangers. Un registre central sera établi au ministère du commerce. Paris, le 20 avril 1871. La Commission Exécutive : Cournet, A. Vermorel, G. Tridon, Delescluze, Félix Pyat, Avrial, E. Vaillant Samedi 22 avril 1871 PROCLAMATION - MAIRIE DU Xe ARRONDISSEMENT (p 963) Direction laïque de l'école communale de garçons du Faubourg-Saint-Martin, offrant toutes les garanties d’instruction et de moralité désirables - Lecture, écriture, grammaire, arithmétique, système métrique, géométrie, géographie, histoire de France, morale rationnelle, musique vocale, dessin artistique et industriel, morale rationnelle et droit politique. Mairie du Xe arrondissement Le public est prévenu que l’école communale de garçons située Faubourg- Saint-Martin, 157, vient d’être confiée à la direction d’instituteurs laïques, offrant toutes les garanties d’instruction et de moralité désirables. L’enseignement exclusivement rationnel, comprendra la lecture, l’écriture, la grammaire, l’arithmétique, le système métrique, les premiers éléments de la géométrie, la géographie, l’histoire de France, la morale rationnelle, la musique vocale et le dessin artistique et industriel. Tous les enfants de six à quinze ans, quelles que soient leur nationalité et la religion qu’ils professent, seront admis sur la présentation d’une carte délivrée par la mairie. Les élèves qui ont déjà fréquenté l’école n’ont pas besoin d’une nouvelle carte d’admission. Ouverture des classes, lundi 24 avril, à huit heures du matin. Cours public de morale rationnelle et de droit politique, tous les jeudis, à huit heures du soir, par le citoyen Ch. Poirson, licencié en droit, directeur de l’école. Le directeur recevra les parents d’élèves de neuf heures du matin à quatre heures du soir, le dimanche et le jeudi exceptés. Paris, le 22 avril 1871. Le président de la commission de la 10e légion. Leroudier Dimanche 23 avril 1871 ARRÊTÉ – COMMUNE DE PARIS (p 982) Gratuité des pièces justificatives pour les ayant droit de pensions. Paris, le 22 avril 1871. La Commune de Paris, Vu le décret du 10 avril 1871, portant création de pensions pour les veuves et orphelins des gardes nationaux mort ou blessés pour la Commune de Paris, ARRÊTE : Toutes pièces justificatives à produire pour les ayant droit seront délivrées gratuitement par qui il appartiendra, et exemptes de frais de timbre. Paris, le 22 avril 1871. __________________________________________________ PROCLAMATION - DIRECTION GÉNÉRALE DES AMBULANCES (p 988) Suppression des signes religieux dans les salles d'ambulance - Interdiction de l’entrée aux corporations religieuses, qui viennent démoraliser les blessés, faisant un crime de leur combat, sauf sur demande. Direction des ambulances. Chargé par le citoyen Cluseret de la direction générale des ambulances, je crois devoir expliquer certains actes de mon administration que la malveillance pourrait dénaturer. Considérant que la Commune a décrété la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et que, d’autre part, il importe de laisser toute liberté à chaque citoyen de vivre et de mourir selon sa croyance, s’il en a une, j’ai fait enlever des salles d’ambulances tout insigne religieux, de n’importe quel culte ; j’en ai interdit l’entrée aux membres de toutes les sectes ou corporations religieuses, tout en procurant immédiatement au blessé, qui en ferait la demande, la visite du ministre de sa religion, curé, pasteur, pope ou rabbin. J’ai surtout eu soin d’écarter des blessés ces visites fatigantes de gens qui, sous prétexte de religion, viennent démoraliser les blessés, et ajouter aux souffrances physiques des tortures morales, abusant de la dépression de toutes leurs facultés pour leur arracher une faiblesse, leur faisant un crime du grand combat soutenu au nom du droit et de la République universelle, au point de les faire presque rougir de leur glorieuses blessures. Paris, le 22 avril 1871. Dr Rousselle. __________________________________________________ PROCLAMATION (p 991) Mission des franc-maçons à Versailles : obtention d'un armistice pour l’évacuation des villages bombardés, demande d'une paix basée sur le programme de la Commune. Réunie hier, vendredi, la franc-maçonnerie parisienne a défini le mandat à donner à ses délégués, qui ont dû partir aujourd’hui pour Versailles. Ce mandat se divise en deux parties : 1° Obtenir un armistice pour l’évacuation des villages bombardés ; 2° Demander énergiquement la paix à Versailles, basée sur le programme de la Commune, le seul qui puisse amener la paix définitive. Ce mandat a été voté à l’unanimité. Il a été décidé ensuite qu’un appel serait fait à tous les francs-maçons de Paris, pour entendre le résultat de cette délégation, lundi, à deux heures, salle des Arts-et-Métiers, et prendre telle décision qu’il conviendra, suivant le résultat. Lundi 24 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 1027) Traitement fixe des huissiers, commissaires-priseurs et greffiers de tribunaux. Versement mensuel de leurs actes au délégué aux finances. Paris, le 23 avril 1871. La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Art. 1er. Les huissiers, commissaires-priseurs et greffiers de tribunaux quelconques qui seront nommés à Paris, à partir de ce jour, recevront un traitement fixe. Ils pourront être dispensés de fournir un cautionnement. Art. 2. Ils verseront tous les mois, entre les mains du délégué aux finances, les sommes par eux perçues pour les actes de leur compétence. Art. 3. Le délégué à la justice est chargé de l’exécution du présent décret. Paris, le 23 avril 1871. La commune. __________________________________________________ ARRÊTÉ - INSPECTION GÉNÉRALE DES AMBULANCES (p 1028) Obligation de coordination des directeurs d'ambulance avec l'inspection générale des ambulances Inspection générale des ambulances. Le membre de la Commune délégué à l’inspection générale des ambulances. Vu l’urgence d’organiser les fonctionnements immédiat du service qui lui est confié : ARRÊTE : 1° Tous les directeurs d’ambulances et autres établissements pouvant recevoir ou ayant déjà reçu des gardes nationaux blessés, sont invités à se mettre en rapport, dans un délai de vingt-quatre heures, avec l’inspection générale des ambulances, 3, avenue Victoria. 2° Tout refus d’obéissance au présent arrêté sera immédiatement déféré à la Commune, et pourra être suivi de destitution. Le membre de la commune délégué à l’inspection générale des ambulances, Dr Rastoul. Les bureaux sont ouverts de neuf à onze heures et de deux à quatre heures. __________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMISSION DE TRAVAIL ET D’ÉCHANGE (P 1029) Création du bureau de renseignement gérant l'offre et la demande d'emplois à usage des patrons et ouvriers boulangers. Ministère des travaux publics. Le délégué à la commission du travail et de l’échange. Vu l’arrêté de la Commission exécutive supprimant le travail de nuit des ouvriers boulangers, et instituant dans les vingt mairies un bureau de renseignement à l’usage des patrons et ouvriers ARRÊTE : 1° L’arrêté précité aura cour d’exécution à partir du jeudi 27 avril prochain. 2° Deux livres, portant les offres et demandes, seront ouverts dans chaque municipalité au bureau de renseignement déjà existant. Paris, le 23 avril 1871. Le délégué à la commission de travail et d’échange, Léo Frankel. __________________________________________________ PROCLAMATION (p 1031) Nomination de membres de la Commune pour visiter les gardes nationaux, enquêter sur l'état des détenus dans les prisons et s’informer de la cause de leurs détentions. Six membres de la Commune : les citoyens J. Vallès, Ch. Longuet, Pillot, Bergeret, Lonclas et Urbain, sont délégués pour visiter les gardes nationaux dans les forts, casernes, casemates et tous lieux de réunions. Trois membres de la Commune, les citoyens Miot, Gambon et Victor Clément, sont délégués pour visiter les prisons, faire une enquête sur l’état des détenus, s’informer de la cause de leur détention.

