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  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 14

    Vendredi 19 mai 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 14 Next Next Vendredi 19 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1966) Interdiction de parution de nouveaux journaux avant la fin de la guerre - Obligation aux auteurs de signer leurs articles - Attaques contre la Commune déférées à la cour martiale. Paris, le 18 mai. Le comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. Les journaux la Commune, l’Echo de Paris, l’Indépendance française, l’Avenir national, la Patrie, le Pirate, le Républicain, la Revue des Deux Mondes, l’Echo de Ultramar et la Justice sont et demeurent supprimés. Art. 2. Aucun nouveau journal ou écrit périodique politique ne pourra paraître avant la fin de la guerre. Art. 3. Tous les articles devront être signés par leurs auteurs. Art. 4. Les attaques contre la République et la Commune seront déférées à la cour martiale. Art. 5. Les imprimeurs contrevenants seront poursuivis comme complices, et leurs presses mises sous scellés. Art. 6. Le présent arrêté sera immédiatement signifié aux journaux supprimés par les soins du citoyen Le Moussu, commissaire civil délégué à cet effet. Art. 7. La sûreté générale est chargée de veiller à l’exécution du présent arrêté. Le comité de salut public : Ant. Arnaud, Eudes, Billioray, F. Gambon, G. Ranvier. Hôtel de ville, le 28 floréal an 79. _______________________________________________________ PROCLAMATION - COMMUNE DE PARIS (p 1966) Etat dressé des établissement d'enseignement toujours tenus par des congrégationnistes – Publication des noms des membres de la Commune n'ayant pas respecté la laïcité dans les établissements d'enseignement. Sur la proposition de la délégation à l’enseignement, La Commune DÉCIDE : Dans les quarante-huit heures, un état sera dressé de tous les établissements d’enseignement tenus encore, malgré les ordres de la Commune, par des congréganistes. Les noms des membres de la Commune délégués à la municipalité de l’arrondissement où les ordres de la Commune relatifs à l’établissement de l’enseignement exclusivement laïque, n’auront pas été exécutés, seront publiés chaque jour dans l’Officiel. La Commune de ParisParis, le 18 mai 1871. _______________________________________________________ PROCLAMATION - MUNICIPALITÉ DU VIe ARRONDISSEMENT (p 1968) Election du colonel et de l’état-major de la 6e légion, en remplacement du citoyen Combatz et de son état-major, relevés de leurs fonctions, à la suite de nombreuses plaintes. Considérant que des plaintes nombreuses sont formulées contre le citoyen Combatz, colonel de la 6e légion, ainsi que contre son état-major, au nom de tous les bataillons existant dans le VIe arrondissement ; Que notamment, et grâce à leur inertie, il n’a pas été procédé au désarmement complet des bataillons dont la dissolution avait été prononcée pour incivisme et refus de service. Le délégué civil à la guerre, ARRÊTE : La municipalité du VIe arrondissement fera procéder, dans le plus bref délai, à l’élection régulière du colonel et de l’état-major de la 6e légion, en remplacement du citoyen Combatz et de son état-major, qui sont relevés de leurs fonctions. Notification du présent arrêté sera faite à qui de droit par la commission communale du VIe arrondissement. Paris, le 28 floréal an 79. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - MUNICIPALITÉ DU XVIe ARRONDISSEMENT (p 1976) Mesures contre la prostitution en croissance, et l'ivresse, en particulier celle des gardes nationaux - Leurs soldes de 4 jours distribuées aux conseils de famille – Interdiction aux marchands de vin de recevoir un citoyen en état d'ivresse. Les membres de la Commune représentant le XIVe arrondissement : Considérant, 1° que la prostitution sur la voie publique prend des proportions considérables, et qu’elle est une cause permanente de démoralisation en même temps qu’une atteinte aux mœurs et un appel incessant aux plus viles passions ; 2° Considérant, en outre, que l’ivrognerie est un vice dégradant en tout temps, mais plus ignoble encore dans la situation où nous sommes en ce moment, et qu’il est douloureux de voir certains gardes nationaux, indignes de ce nom, se mettre en état d’ivresse, ce qui est compromettant pour la noble cause que nous avons tous le devoir de défendre ; Qu’il est temps, par conséquent, de prendre des mesures énergiques pour réprimer un tel état de choses, ARRÊTENT : Art. 1er. Les commissaires de police et la garde nationale sont chargés de veiller à ce que la morale publique ne soit plus offensée par la vue de ces femmes qui font un métier de la prostitution ; celles qui seront arrêtées dans la rue seront conduites devant le commissaire de police qui, après un interrogatoire, statuera sur les mesures à prendre à leur égard. Art. 2. D’arrêter et de conduire au poste le plus proche tout citoyen reconnu en état d’ivresse. Le chef du poste devra le garder au moins deux heures ; et, à partir de minuit, il le gardera jusqu’au jour. Art. 3. Tout garde national qui se sera mis dans le cas d’être arrêté pour cause d’ivresse sera privé de sa solde pendant quatre jours, et le montant en sera distribué par les soins des conseils de famille aux enfants les plus nécessiteux de sa compagnie. Art. 4. Tout limonadier ou marchand de vins qui recevra un citoyen en état d’ivresse sera passible d’une amende qui sera versée dans la caisse de l’assistance communale. En cas de récidive, l’amende sera doublée, et la troisième fois, la maison sera fermée. Paris, le 16 mai 1871. Les membres de la Commune, Billioray, Martelet, Descamps Le délégué, Pouget _______________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU IIIe ARRONDISSEMENT (p 1979) Indemnité aux femmes, légitimes ou non, des gardes nationaux qui remplissent leurs devoirs de citoyens. Mairie du IIIe arrondissement Indemnité aux femmes, légitimes ou non, des gardes nationaux Citoyen délégué à la mairie du IIIe arrondissement, J’ai l’honneur de vous annoncer qu’en exécution d’un arrêté du délégué à la guerre, les sergents-majors doivent donner l’indemnité à toutes les femmes, légitime ou non, des gardes nationaux qui remplissent leurs devoirs de citoyens. Salut et fraternité. Le chef de la 2e légion, Colonel Spinoy. Les citoyennes qui recevaient l’indemnité de la mairie sont invitées à se confronter à l’avis ci-dessous. Les secours patriotiques que nous accordons chaque semaine ne seront plus à l’avenir distribués qu’aux pères, mères ou sœurs des gardes nationaux dont les droits seront établis. Paris, le 17 mai 1871. Les membres de la Commune, Ant. Arnaud, Demay, Pindy, Clovis Dupont Samedi 20 mai 1871 DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 2009) Création d'une commission supérieure de comptabilité chargée de la vérification générale des comptes des différentes administrations communales. La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Art. 1er. Une commission supérieure de comptabilité est instituée. Art. 2. Elle se composera de quatre comptables, nommés par la Commune. Art. 3. Elle sera chargée de la vérification générale des comptes des différentes administrations communales. Art. 4. Elle devra fournir à la commune un rapport mensuel de ses travaux. La Commune de Paris. _______________________________________________________ DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 2009) Cour martiale pour les accusés de concussion, déprédation et vol – Peine de mort pour ceux reconnus coupables - Après la guerre, une enquête sera faite sur tous ceux qui auront eu le maniement des fonds publics. Considérant que dans les jours de Révolution, le peuple, inspiré par son instinct de justice et de moralité, a toujours proclamé cette maxime : « Mort aux voleurs ! » La Commune DÉCRÈTE Art. 1er. Jusqu’à la fin de la guerre, tous les fonctionnaires ou fournisseurs accusés de concussion, déprédation, vol, seront traduits devant la cour martiale ; la seule peine appliquée à ceux qui seront reconnus coupables sera la peine de mort. Art. 2. aussitôt que les bandes versaillaises auront été vaincues, une enquête sera faite sur tous ceux qui, de près ou de loin, auront eu le maniement des fonds publics. _______________________________________________________ DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 2010) Pensions pour les parents des victimes de la cartoucherie de l’avenue Rapp. La Commune de Paris DÉCRÈTE Il sera fait application aux parents des victimes de la cartoucherie de l’avenue Rapp du décret du 10 avril 1871, concernant les veuves et les orphelins. _______________________________________________________ DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 2010) Interdiction du cumul des traitements - A chaque fonction doit être allouée une indemnité suffisante pour assurer l’existence et la dignité de celui qui la remplit. Considérant que sous le régime communal à chaque fonction doit être allouée une indemnité suffisante pour assurer l’existence et la dignité de celui qui la remplit, La Commune DÉCRÈTE Tout cumul de traitement est interdit. Tout fonctionnaire de la Commune, appelé en dehors de ses occupations normales à rendre un service d’ordre différent, n’a droit à aucune indemnité nouvelle. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À L’ENSEIGNEMENT (p 2012) Création du Bulletin des lois, réunissant tous les actes de la Commune : décrets, arrêtés, circulaires - Mise en sécurité au Louvre des œuvres du palais de l'industrie. Considérant qu’il est de toute utilité que les actes de la Commune, décrets, arrêtés, circulaires, soient réunis dans un recueil spécial, La Commune de Paris a pris l’arrêté suivant. Art. 1er. Tous les actes officiels de la Commune de Paris seront insérés dans un journal ayant pour titre : Bulletin des lois, qui paraîtra hebdomadairement. Art. 2. Le délégué à la justice est chargé de l’exécution du présent arrêté. Sur la proposition de la commission fédérale des artistes : Le citoyen Buon, inspecteur des beaux-arts au palais de l’Industrie, ayant abandonné son poste, est relevé de ses fonctions ; Les citoyens Deblézer et Meyer, délégués, chargés de faire transporter au Louvre et au Luxembourg, les sculptures et peintures appartenant à l’Etat, et qui ne paraissent pas en sûreté au palais de l’Industrie. Le membre de la Commune délégué à l’enseignement, Edouard Vaillant. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À L’ENSEIGNEMENT (p 2013) Uniformisation du paiement des logements dus aux maîtres d’hôtel – Créances antérieures au 18 mars non payées. Le membre de la commune délégué aux services publics, Considérant qu’il est indispensable qu’une mesure uniforme soit adoptée par tous les arrondissements de Paris, en ce qui concerne le payement des logements dus aux maîtres d’hôtel, ARRÊTE : Il ne sera payé, jusqu’à nouvel ordre, aux maîtres d’hôtel, aucune réquisition de logements antérieure au 18 mars. La vérification des créances postérieures au 18 mars se fera au bureau du vérificateur (ministère des finances), et aucun payement ne sera effectué sans le visa du chef vérificateur. En conséquence, il est formellement interdit aux caissiers des municipalités de Paris, chargés de ce service, de solder tout ou partie de ce qui peut être dû avant le 18 mars. Tout compte présenté à la vérification devra être accompagné des bons et pièces justificatives. Le membre de la Commune délégué aux services publics, J. Andrieu. Le chef du bureau des vérificateurs, Hamlet. Paris, le 18 mai 1871. _______________________________________________________ ARRÊTÉ (extrait, voir p 2014) Nominations de 6 chirurgiens-major, 5 médecins d'état-major, et 6 aides-major. Par arrêtés en date du 18 mai, ont été nommés : Le docteur Letourneau, chirurgien principal d’état-major à l’Ecole militaire Le citoyen Masseron, chirurgien-major du 196e bataillon. Le citoyen Callongues, chirurgien-major du 1er bataillon. Et par autres arrêtés du 19 mai : Le docteur Biondetti (Annibal-Napoléon), chirurgien-major du 233e bataillon. Le docteur Molinier, chirurgien-major de la 13e batterie d’artillerie. […] _______________________________________________________ ARRÊTÉ - Comité central (p 2017) Représentation des conseils de légion au rapport journalier du Ministère de la guerre – Importance de la Fédération de la garde nationale pour exécution des décrets de la Commune et des ordres de la Guerre - Nécessité de solidariser les intérêts des corps d'armée avec la Fédération. Considérant qu’il importe de faire servir au succès de la Révolution du 18 mars toutes les ressources qu’offre la Fédération de la garde nationale ; Considérant que c’est en elle seulement que l’on peut trouver les puissants moyens d’action révolutionnaire et de contrôle efficace qui donneront aux décrets de la Commune et aux ordres de la Guerre la sanction qui leur a manquée jusqu’ici. Le Comité central ARRÊTE : Art. 1er. A partir du dimanche 21 mai, les conseils de légion enverront un délégué pour assister au rapport qui aura lieu chaque jour, à deux heures précises, au ministère de la guerre, salle de la Fédération. Art. 2. Les divers corps ou fractions de corps de l’armée communale sont invités à se conformer aux principes de la Fédération, afin de solidariser leurs intérêts et d’en assurer la satisfaction. La cavalerie, l’artillerie, le génie et le train ont le droit d’être représentés par un délégué au Comité central. Paris, le 29 floréal an 79. Pour le Comité central et par délégation : La commission d’organisation, Baroud, Lacord, Tournois. Dimanche 21 mai 1871 PROCLAMATION - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 2056) Tentatives de corruption pour faits d’embauchage jugées comme crimes de haute trahison en cour martiale. Paris, le 20 mai. Le Comité de salut public, en présence des tentatives de corruption qui lui sont signalés de toutes parts, rappelle que tout individu d’avoir offert ou accepté de l’argent pour faits d’embauchage, se rend coupable du crime de haute trahison et sera déféré à la cour martiale. Paris, le 1er prairial an 79. Le Comité de salut public : Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 2056) Suppression de l’uniforme et des galons, établissant une assimilation aux grades militaires, dans le corps de l’intendance. Sur la proposition du citoyen directeur général de l’intendance, Le délégué civil à la guerre ARRÊTE : L’uniforme et les galons tendant à établir une assimilation aux grades militaires sont supprimés dans le corps de l’intendance. Le directeur de l’intendance soumettra à la délégation à la guerre un système aussi simple que possible de marques distinctives suffisant à constater les qualités des employés du dit corps. Paris, le 29 floréal an 79. Le délégué à la guerre, Ch. Delescluze. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 2057) Suppression des insignes militaires pour les employés d’intendance – Description des uniformes. Sur la proposition du membre du Comité central directeur de l’intendance, Le délégué à la guerre. ARRÊTE : 1° Les employés d’intendance ne porteront plus d’insignes militaires, mais un costume uniforme comme suit : Frac noir à collet rouge rabattu ; Gilet fermé ; Pantalon à bande rouge ; Képi à bande et filet rouges ; Les insignes seront les étoiles d’argent placées au collet et au képi ; Une étoile pour les sous-chefs de service ; Deux pour les chefs de service ; Trois, côte à côte, pour les inspecteurs d’administration ; 2° Il sera établi un état-major d’intendance qui ajoutera au costume ordinaire de petite tenue une étoile au collet et une autre au képi. Cet état-major n’aura qu’un capitaine dirigeant le service ayant rangs d’inspecteur, et des sous-lieutenants. Commission de la guerre Paris, 1er prairial an 79. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMUNE DE PARIS (p 2057) Théâtres relèvent de la délégation à l’enseignement - Suppression de leurs subventions et monopole - Remplacement des directeurs ou sociétés par le régime de l'association. La Commune de Paris, Conformément aux principes établis par la première République, et déterminés par la loi du 11 germinal an II DÉCRÈTE : Les théâtres relèvent de la délégation à l’enseignement. Toute subvention et monopole des théâtres sont supprimés. La délégation est chargée de faire cesser, pour les théâtres, le régime de l’exploitation par un directeur ou une société, et d’y substituer, dans le plus bref délai, le régime de l’association. _______________________________________________________ EXÉCUTION DE DÉCRET - COMMUNE DE PARIS (p 2062) Tirage au sort de nouvelles séries d'objets à retirer gratuitement au Mont-de-piété. En exécution du décret communal du 6 mai courant, il a été procédé hier 20 mai, à deux heures, à l’hôtel de ville, salle Saint-Jean, en séance publique, présidée par le citoyen Lefrançais, membre de la Commune, à un second tirage au sort de quatre nouvelles séries d’objets engagés au Mont-de-Piété, qui devront être délivrés gratuitement. Ce tirage a donné les résultats suivants : 1° Du 16 au 31 janvier 1870 ; 2° Du 16 au 30 novembre 1869 ; 3° Du 16 au 31 mai 1870 ; 4° Du 1er au 15 février 1871. Le retrait des objets compris dans chacune de ces séries peut se faire immédiatement, aux établissements où ils sont déposés: à l’administration centrale, rue des Blancs-Manteaux, rue du 31 Octobre (ancienne rue Bonaparte) ; ou rue Servan. L’administration rappelle que les habitants de la commune de Paris peuvent seuls bénéficier du droit du 6 mai ; les habitants des communes suburbaines n’y ont aucun droit. Chaque reconnaissance devra porter le cachet de la mairie, du commissaire de police, du juge de paix ou du conseil de famille du bataillon de l’arrondissement de l’emprunteur. Lundi 22 mai 1871 ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 2091) Dissolution du 7e bataillon pour refus de son concours à la défense de la République et de la Commune - Hommes de 19 à 40 ans versés dans d’autres bataillons. Le délégué civil à la guerre, Attendu que le 7e bataillon refuse son concours à la défense de la République et de la Commune, Vu le rapport du chef de la 9e légion, ARRÊTE : Le 7e bataillon est dissous. Les hommes de dix-neuf à quarante ans tombant sous l’application de l’arrêté du 7 avril 1871 seront versés dans d’autres bataillons. Le colonel de la 9e légion est chargé de l’exécution du présent arrêté. Paris, le 21 mai 1871.Le délégué civil à la guerre, Ch. Delescluze. _______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À L’ENSEIGNEMENT (p 2062) Création d'une commission pour organiser et surveiller l'enseignement dans les écoles de filles. Le délégué de la Commune à l’enseignement, ARRÊTE : Une Commission est instituée pour organiser et surveiller l’enseignement dans les écoles de filles. Elle est composée des citoyennes André Léo, Jaclare, Périer, Reclus, Sapia. Le membre de la Commune délégué à l’enseignement, Vaillant. _______________________________________________________ ORDRE - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 2093) Obligation de présence à l'appel journalier du 15e bataillon (Fédération des artistes) pour communication des ordres de service – Absents privés de leur soldes, considérés réfractaires et traduits devant la Cour martiale. Ministère de la guerre. Bataillon de la fédération artistique. ORDRE Le chef de bataillon commandant le 15e bataillon (Fédération artistique) rappelle à tous les officiers, sous-officiers et gardes du bataillon qu’il y a appel (service obligatoire) tous les jours à dix heures du matin, cour du Conservatoire, Faubourg-Poissonnière, en tenue, pour prendre communication des ordres de service. En conséquence, tout officier, sous-officier ou garde qui ne se présentera pas auxdits appels, sera privé de sa solde, recherché comme réfractaire et traduit comme tel devant la Cour martiale. La commission de la guerre, membres de la Commune, H. Géresme. Le délégué civil à la guerre, Ch. Delescluze. _______________________________________________________ PROCLAMATION - MAIRIE DU IXe ARRONDISSEMENT (p 2096) Appel à communication de renseignements d'utilité générale, qui seront examinés et transmis aux divers services publics. Mairie du IXe arrondissement Les habitants du IXe arrondissement sont invités à faire parvenir par écrit aux délégués de la Commune, siégeant à la mairie de la rue Drouot, tous les renseignements qu’ils jugeront d’utilité générale. Leurs correspondances seront scrupuleusement examinées et transmises aux divers services publics. Les délégués, P. Guérin, Portalier. Paris, le 18 mai 1871. _______________________________________________________ ORDRE - CHEF DE LA 3e LÉGION (p 2097) Obligation aux citoyens du IIIe arrondissement de rejoindre leurs compagnies de guerre ou sédentaires – Absents arrêtés et traduits devant la Cour martiale – Magasins de réfractaires seront fermés et les scellés apposés. ORDRE Malgré le zèle déployé par les commissions d’enquête et de recensement, un grand nombre de gardes ne rejoignent pas leurs compagnies. C’est plutôt indifférence que manque de patriotisme ; mais à l’heure présente, l’indifférence est un crime. Lorsque les hommes qui nous ont livrés à l’étranger employent, aujourd’hui que leur position et leur fortune est en jeu, un courage et des moyens de destruction dont ils n’ont pas voulu se servir contre l’ennemi ; lorsque des vieillards ayant déjà un pied dans la tombe, frappent sans pitié les vieillards, les femmes et les enfants ; lorsqu’on discute ouvertement à Versailles si Paris sera détruit en tout ou en partie ; lorsque le sang le plus pur et le plus généreux de la France est versé chaque jour par ceux qui, non contents de vous assassiner, tentent de nous déshonorer ; en ce moment suprême, le devoir de tout citoyen est de prendre les armes et d’aller aux remparts défendre notre chère cité. Tous les intérêts doivent s’effacer devant celui de la cause sacrée, du droit et de la justice. EN CONSÉQUENCE : 1° Tous les citoyens du IIIe arrondissement qui, dans un délai de quarante-huit heures, n’auront pas rejoint leurs compagnies de guerre ou sédentaires ; tous ceux qui ne faisant partie d’aucun bataillon, ne se seront pas présentés à l’état-major de la légion pour être incorporés et ce dans le même délai, seront immédiatement arrêtés et traduits devant la Cour martiale. Des pouvoirs réguliers seront délivrés à cet effet à des délégués de la municipalité. 2° Les magasins, débits et établissements de commerce tenus par des réfractaires ou par leurs représentants, seront immédiatement fermés et les scellés y seront apposés. 3° Les chefs de bataillon me remettront le 22, au rapport, des listes nominatives, qui devront être établies avec la plus grande exactitude, de tous les gardes présents et faisant service. Ces listes signées par les commandants de compagnie et visées par eux, seront confrontées avec les listes de recensement et devront servir à constater l’absence des réfractaires. Paris, le 21 mai 1871. Le chef de la 3e légion, Spinox. Vu et approuvé : Les membres de la Commune du IIIe arrondissement, Ant. Arnaud, Demay, Pindy, Clovis Dupont

  • 8 - HISTOIRE PUBLIQUE / USAGE PUBLIC DE L'HISTOIRE

    Un des enjeux contemporains du rapport à l’histoire est marqué par l’histoire publique1. Cette pratique spécifique de l’histoire répond à une demande sociale croissante de compréhension du passé, et tente de la sortir de la sphère universitaire en la rendant accessible à un large public. Sa naissance, au milieu des années 1970 en Californie, est liée aux besoins des minorités sociales et ethniques à la recherche de leurs racines et de leurs mémoires, et correspond, selon Catherine Brice, à « une montée en puissance de l’engagement social et de l’activisme politique » 2. Parallèlement, elle correspond aussi, plus prosaïquement, à une crise du recrutement des étudiants en histoire, et provoque des questionnements sur la manière d'attirer de nouveaux étudiants dans les Humanities, qui voudraient travailler en dehors du milieu éducatif. Les américains attirent l'histoire publique du côté d'une histoire appliquée aux problèmes du monde réel. Un débouché spécifique est le cabinet d'avocat, dans les cas de conflits environnementaux ou territorio-ethniques, un autre l'entreprise. En Europe, elle s'oriente principalement vers la communication de l'histoire en direction d'un public non-académique, non sous la forme d'une histoire appliquée, mais plutôt vers l'« application de la méthode historique aux questions, demandes et problèmes contemporains »3, en co-participation et co-production. Aux Etats Unis, certains historiens publics4 revendiquent la « Shared Authority », une histoire publique construite à part égale entre historien et public : une « co-construction du savoir dans laquelle l’historien dépend des groupes avec lesquels il travaille »5, ce qui pose le problème d'un « relativisme par lequel toutes les interprétations se valent ». L’histoire écrite par les publics, les témoins, les communautés, « est un matériau précieux, aussi précieux que les archives, [et] permet d’enrichir une compréhension qui échappera à l’écrit », note Brice. « Dans ce cas, poursuit-elle, l'autorité partagée [est] moins celle de l’historien que celle de l’historien avec des sources différentes. Une seule formation existe en France créée en 2015 à l'UPEC6 par Catherine Brice justement : un Master 2 d'histoire publique/Public History, qui s’intéresse aux usages publics de l’histoire, aux reenactments7, aux reconstitutions. L'histoire publique, en France, est souvent entendue comme histoire d'entreprise, ou associée aux pratiques pseudo-historiques des Stephane Berne et Franck Ferrand. Brice revendique le fait qu'« on est historien d’abord, puis qu’on s’approprie des moyens de divulgation qui permettent de parler d’histoire à des publics différents »8. Ici on aperçoit le lien avec la recherche sur la forme que Jablonka appelait le troisième continent, issu d'une réconciliation entre création et recherche et qui permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai ». Brice estime qu'il est « indispensable que les historiens soient en mesure de communiquer au plus grand nombre de personnes afin de nourrir les opinions, mais aussi les politiques publiques sur des points très contemporains ». « Toutes les recherches en histoire devraient pouvoir passer la barre du public, [...] et informer l’opinion publique de manière plus systématique que ce n’est le cas aujourd'hui ». « Les jeunes historiens doivent être formés à la transmission des connaissances. Et les historiens en poste [doivent] avoir, dans le cadre de la formation continue, des modules de formation qui nous aident à parler de nos recherches plus loin que les colloques érudits » Oser l’histoire publique est pour Brice une aventure intellectuelle passionnante, une extension [...] du champ de compétence de l'historien, « une fonction sociale qui nous est demandée et à laquelle nous devrions pouvoir répondre, aussi un espoir pour nos étudiants et pour notre discipline »9. LE PUBLIC. Ce qu'on retiendra de cette perspective est l'extension des modes de transmission de l'histoire, de ses moyens de divulgation, la volonté de partager le projet avec un public très ouvert, de ne pas le proposer aux seuls historiens ou militants de la Commune. La nature « multicouche » du site questionne l’adresse et la manière de fonctionner du présent de l’histoire, et permettra peut-être de provoquer de nouveaux intérêts. On pourra parcourir les éléments principaux et visibles ci-dessus énoncés, on pourra également fouiller plus avant à partir d'indices disséminés, découvrir les sous-couches justement, des données invisibles (s’activant avec le survol de l’écran par le curseur) conduisant à des dimensions plus ludiques, proposant des enquêtes, qui conduiront elles-mêmes à d’autres niveaux d'enquêtes. Chacun pourra conduire le site à sa guise, s’y perdre, s’y retrouver, réagir aux propositions, ou bien encore envoyer son propre projet qui sera ajouté à la structure du récit. 8 - HISTOIRE PUBLIQUE / USAGE PUBLIC DE L'HISTOIRE Texte précédent Texte suivant Un des enjeux contemporains du rapport à l’histoire est marqué par l’histoire publique1. Cette pratique spécifique de l’histoire répond à une demande sociale croissante de compréhension du passé, et tente de la sortir de la sphère universitaire en la rendant accessible à un large public. Sa naissance, au milieu des années 1970 en Californie, est liée aux besoins des minorités sociales et ethniques à la recherche de leurs racines et de leurs mémoires, et correspond, selon Catherine Brice, à « une montée en puissance de l’engagement social et de l’activisme politique » 2. Parallèlement, elle correspond aussi, plus prosaïquement, à une crise du recrutement des étudiants en histoire, et provoque des questionnements sur la manière d'attirer de nouveaux étudiants dans les Humanities, qui voudraient travailler en dehors du milieu éducatif. Les américains attirent l'histoire publique du côté d'une histoire appliquée aux problèmes du monde réel. Un débouché spécifique est le cabinet d'avocat, dans les cas de conflits environnementaux ou territorio-ethniques, un autre l'entreprise. En Europe, elle s'oriente principalement vers la communication de l'histoire en direction d'un public non-académique, non sous la forme d'une histoire appliquée, mais plutôt vers l'« application de la méthode historique aux questions, demandes et problèmes contemporains »3, en co-participation et co-production. Aux Etats Unis, certains historiens publics4 revendiquent la « Shared Authority », une histoire publique construite à part égale entre historien et public : une « co-construction du savoir dans laquelle l’historien dépend des groupes avec lesquels il travaille »5, ce qui pose le problème d'un « relativisme par lequel toutes les interprétations se valent ». L’histoire écrite par les publics, les témoins, les communautés, « est un matériau précieux, aussi précieux que les archives, [et] permet d’enrichir une compréhension qui échappera à l’écrit », note Brice. « Dans ce cas, poursuit-elle, l'autorité partagée [est] moins celle de l’historien que celle de l’historien avec des sources différentes. Une seule formation existe en France créée en 2015 à l'UPEC6 par Catherine Brice justement : un Master 2 d'histoire publique/Public History, qui s’intéresse aux usages publics de l’histoire, aux reenactments7, aux reconstitutions. L'histoire publique, en France, est souvent entendue comme histoire d'entreprise, ou associée aux pratiques pseudo-historiques des Stephane Berne et Franck Ferrand. Brice revendique le fait qu'« on est historien d’abord, puis qu’on s’approprie des moyens de divulgation qui permettent de parler d’histoire à des publics différents »8. Ici on aperçoit le lien avec la recherche sur la forme que Jablonka appelait le troisième continent, issu d'une réconciliation entre création et recherche et qui permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai ». Brice estime qu'il est « indispensable que les historiens soient en mesure de communiquer au plus grand nombre de personnes afin de nourrir les opinions, mais aussi les politiques publiques sur des points très contemporains ». « Toutes les recherches en histoire devraient pouvoir passer la barre du public, [...] et informer l’opinion publique de manière plus systématique que ce n’est le cas aujourd'hui ». « Les jeunes historiens doivent être formés à la transmission des connaissances. Et les historiens en poste [doivent] avoir, dans le cadre de la formation continue, des modules de formation qui nous aident à parler de nos recherches plus loin que les colloques érudits » Oser l’histoire publique est pour Brice une aventure intellectuelle passionnante, une extension [...] du champ de compétence de l'historien, « une fonction sociale qui nous est demandée et à laquelle nous devrions pouvoir répondre, aussi un espoir pour nos étudiants et pour notre discipline »9. LE PUBLIC. Ce qu'on retiendra de cette perspective est l'extension des modes de transmission de l'histoire, de ses moyens de divulgation, la volonté de partager le projet avec un public très ouvert, de ne pas le proposer aux seuls historiens ou militants de la Commune. La nature « multicouche » du site questionne l’adresse et la manière de fonctionner du présent de l’histoire, et permettra peut-être de provoquer de nouveaux intérêts. On pourra parcourir les éléments principaux et visibles ci-dessus énoncés, on pourra également fouiller plus avant à partir d'indices disséminés, découvrir les sous-couches justement, des données invisibles (s’activant avec le survol de l’écran par le curseur) conduisant à des dimensions plus ludiques, proposant des enquêtes, qui conduiront elles-mêmes à d’autres niveaux d'enquêtes. Chacun pourra conduire le site à sa guise, s’y perdre, s’y retrouver, réagir aux propositions, ou bien encore envoyer son propre projet qui sera ajouté à la structure du récit. Texte précédent Texte suivant

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 13

    Lundi 15 mai 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 13 Next Next Lundi 15 mai 1871 DÉCRET - DÉLÉGUÉ À LA COMMISSION DU TRAVAIL ET D’ÉCHANGE (p 1781) Révision, par la Commission du travail et de l'échange, des marchés conclus par la Commune - Préférence faite aux corporations. Paris, le 14 mai. La Commune de Paris DÉCRÈTE : Art. 1er. La commission du travail et d’échange est autorisée à réviser les marchés conclus jusqu’à ce jour par la Commune. Art. 2. La commission du travail et d’échange demande que les marchés soient directement adjugés aux corporations et que la préférence leur soit toujours accordée. Art. 3. Les conditions des cahiers de charges et les prix de soumission seront fixés par l’intendance, la chambre syndicale de la corporation et une délégation de la commission du travail et d’échange, le délégué et la commission des finances entendus. Paris, le 13 mai 1871. Pour le délégué à la commission du travail et d’échange : Le secrétaire général, Bertin. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 1781) Réglementation de l'unité d’action entre les forces communales extérieures et intérieures – Commandants des 3 corps d'armée responsables des arrondissements confinant à leur zone de commandement, et de l’exécution des mesures intérieures relatives à la défense. Le délégué civil à la guerre, considérant qu’il importe d’établir l’unité d’action entre les forces communales destinées à agir à l’extérieur et celles se trouvant à l’intérieur. ARRÊTENT : 1° Chaque commandant des trois corps d’armée dits de l’aile droite, du centre et de l’aile gauche, aura, à partir de ce jour, le commandement militaire supérieur des arrondissements qui confinent à leur zone de commandement, et en conséquence il sera responsable de l’exécution des mesures intérieures relatives à la défense. 2° Chacun des commandants supérieurs des trois corps d’armée devra parvenir chaque matin, au ministère de la guerre, un rapport concernant les opérations de la veille et de la nuit. 3° Expédition du présent arrêté sera délivrée aux généraux Dombrowski, La Cécila et Wrodleski, pour leur servir ce que de raison. Le délégué à la guerre, Delescluze. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1782) Attributions de cartes d'identité pour lutter contre les espions de Versailles - Non porteurs de cartes seront arrêtés - Carte pourra être requise par tout garde national. Le Comité de salut public, Considérant que, ne pouvant vaincre par la force la population de Paris, assiégée depuis plus de quarante jours pour avoir revendiqué ses franchises communales, le Gouvernement de Versailles cherche à introduire parmi elle des agents secrets dont la mission est de faire appel à la trahison. ARRÊTE : Art. 1er. Tout citoyen devra être muni d’une carte d’identité contenant ses noms, prénoms, profession, âge et domicile, ses numéros de légion, bataillon et de compagnie, ainsi que son signalement. Art. 2. Tout citoyen trouvé non porteur de sa carte sera arrêté, et son arrestation maintenue jusqu’à ce qu’il ait établi régulièrement son identité. Art. 3. Cette carte sera délivrée par les soins des commissaires de police sur pièces justificatives, en présence de deux témoins qui attesteront par leur signature bien connaître le demandeur. Elle sera ensuite visée par la municipalité compétente. Art. 4. Toute fraude reconnue sera rigoureusement réprimée. Art. 5. L’exhibition de la carte d’identité pourra être requise par tout garde national. Art. 6. Le délégué à la sûreté générale ainsi que les municipalités sont chargés de l’exécution du présent arrêté dans le plus bref délai. Le Comité de salut public, Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. Hôtel-de-Ville, le 24 floréal an 79. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA SÛRETÉ GÉNÉRALE (p 1783) Soumission des halles et marchés au Délégué aux finances - Inspecteurs des halles et marchés nommés par le délégué aux finances auront droit de requérir la force publique. Le délégué à la sûreté générale, Sur proposition du délégué aux finances. ARRÊTE : Art. 1er. Tous les services des halles et marchés qui ressortissent au 1er bureau de la 2e division de l’ex-préfecture de police sont, à dater d’aujourd’hui, 14 mai 1871, du ressort de la délégation des finances. Art. 2. Les inspecteurs des halles et marchés nommés par le délégué aux finances auront le droit de requérir la force publique. Art. 3. Les commissaires de police et les commandants de la garde nationale sont tenus, chacun en ce qui les concerne de prêter main-forte à ces inspecteurs. Le délégué à la sûreté générale, Th. Ferré. ______________________________________________________ PROCLAMATION - CHEF DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE (p 1795) Obligation de déclaration de détention de soufre et de phosphore. Tous les détenteurs de soufre, phosphore et produits de cette nature sont tenus d’en faire la déclaration, sous trois jours, à la délégation scientifique, 78, rue de Varennes. Le membre de la Commune, chef de la délégation scientifique, Parisel. ______________________________________________________ PROCLAMATION - CHEF DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE (p 1795) Recensement en faveur de l’égale répartition des droits et des devoirs civiques et militaires de chacun – Création de tableaux de recensement - Pénalités requises contre les entraves, déclarations mensongères ou incomplètes des locataires, propriétaires, concierges ou régisseurs des immeubles. Mairie du IXe arrondissement Considérant qu’on ne peut négliger davantage, sans occasionner à toute la population des inconvénients multiples et graves, d’ordonner et de faire rigoureusement exécuter le recensement exact de l’arrondissement entier et la situation réelle de chaque maison au point de vue de l’état civil et militaire des citoyens qui l’habitent ; Considérant qu’afin d’arriver à l’égale répartition des droits et des devoirs civiques et militaires de chacun, il importe d’établir ce travail sur les bases d’une véritable justice, c’est-à-dire en dehors de toutes complaisances intéressées ; Attendu surtout qu’il faut obtenir des concierges ou régisseurs de chaque immeuble des déclarations qui ne soient point mensongères ni incomplètes, Les délégués de la Commune, ARRÊTENT : Art. 1er. Des tableaux de recensement, contenant toutes les indications nécessaires seront remis par la municipalité à la disposition de la commission de recensement et des agents recenseurs civils et militaires nommés par elle. Art. 2. Les agents recenseurs, aidés du concours de la garde nationale commandée à cet effet par le colonel de la 9e légion ; commenceront immédiatement, et poursuivront jusqu’à l’accomplissement de leur tâche, le recensement pré-désigné de huit heures du matin à six heures du soir. Art. 3. Pénalité sera requise contre tout citoyen ou citoyenne (locataire, propriétaire, concierge ou régisseur) qui apportera un entrave quelconque aux opérations ordonnées ou donnera à nos agents commissionnés des renseignements incomplets ou trompeurs. Paris, le 11 mai 1871. Les délégués de la commune, P. Guerain Pontalier Mardi 16 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1826) Composition de 7 membres au lieu de 5 de la commission militaire. Paris, le 15 mai. Le Comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. La commission militaire sera composée de sept membres au lieu de cinq. Art. 2. Les citoyens Bergeret, Cournet ; Géresme, Ledroit, Lonclas, Sicard et urbain sont nommés membres de la commission militaire, en remplacement des citoyens Arnold, Avrial, Johannard, Tridon et Varlin. Hôtel de ville, le 25 floréal an 79. F. Cambon, G. Ranvier, Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1826) Administration des domaines de la ville de Paris réunie à la Direction générale des domaines. Vu la demande justifiée du citoyen Fontaine, directeur des domaines ; Vu l’avis approbatif du délégué aux finances, Le Comité de salut public ARRÊTE : A partir de ce jour, 25 floréal, l’administration des domaines de la ville de Paris est réunie à la direction générale des domaines et relèvera uniquement de cette direction. Le Comité de salut public. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1827) Centralisation de la Direction du mouvement des troupes qui sera dirigé par le chef d’état-major du ministère de la guerre - Transfert du Service de la place de Paris au Ministère de la guerre. Le Comité de salut public Considérant que, dans les circonstances actuelles, il importe de centraliser, autant que possible, la direction du mouvement des troupes. ARRÊTE : Le service de la place de Paris est transféré dans les bureaux du ministère de la guerre, rue Saint-Dominique-Saint-Germain. Le mouvement des troupes et tout ce qui concerne le service des armées de l’aile droite, du centre et de l’aile gauche, sera dirigé par le chef d’état-major du ministère de la guerre. Le citoyen colonel Henri, actuellement commandant la place de Paris à l’Ecole militaire, est mis à la disposition du ministère de la guerre. Hôtel de ville, le 25 floréal, an 79. Le Comité de salut public. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1827) Nominations de 2 substituts du procureur de la Commune. Le Comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. 1° Le citoyen Breuillé (Alfred) est nommé substitut du procureur de la Commune, en remplacement du citoyen Ferré, délégué à la sûreté générale ; 2° Le citoyen Sachs est nommé substitut du procureur de la Commune, en remplacement du citoyen Martainville, considéré comme démissionnaire. Art. 2. Le procureur de la Commune est chargé d’assurer l’exécution du présent arrêté. Paris, le 25 floréal, an 79. A. Arnaud, Gambon, Ranvier. Pour ampliation : Le procureur de la Commune de Paris, Raoul Rigault. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1828) Nominations de 4 juges d'instruction. Le Comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. Les citoyens Gausseron (Henri), Coupey, Gentou, Barral, sont nommés juges d’instruction attachés au parquet du procureur de la Commune. Art. 2. Le procureur de la Commune est chargé d’assurer l’exécution du présent arrêté. Paris, le 25 floréal 79. Pour ampliation : Le procureur de la Commune, Raoul Rigault. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1828) Nominations d'un juge de paix et d'un greffier de la justice de paix. Le Comité de salut public ARRÊTE : Le citoyen Pinon (Martin) est nommé juge de paix du XVe arrondissement de la Commune de Paris ; Le citoyen Jacquemin (Joseph), est nommé greffier de la justice de paix du XVe arrondissement. Le Comité de salut public Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot. ______________________________________________________ PROCLAMATION - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 1830) Démission de Gaillard père, chargé de la construction des barricades et commandant des barricadiers - Dissolution du bataillon des barricadiers et mise à disposition du Directeur du génie militaire. La démission du citoyen Gaillard père, chargé de la construction des barricades et commandant des barricadiers, est acceptée à ce double titre : Le bataillon des barricadiers, placé sous ses ordres, est dissous ; les hommes qui le composent sont mis à la disposition du directeur du génie militaire, qui avisera à la continuation des travaux commencés, dans la mesure qu’il jugera convenable. Paris, le 15 mai 1871. Le délégué civil à la guerre, Delescluze. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 1830) Nomination de Henry, Chef d’état-major au ministère de la guerre - Attributions de Commandant de la place de Paris. Vu l’arrêté du comité de salut public, en date de ce jour, transférant au ministère de la guerre le service de la place de Paris, lequel arrêté confie au chef de l’état-major du ministre de la guerre les fonctions attribuées au commandant de la place de Paris pour le mouvement des bataillons de la garde nationale et des corps années, ainsi que du matériel : Le délégué civil à la guerre ARRÊTE : Le colonel d’état-major, Henri, est nommé chef d’état-major au ministère de la guerre, et, en cette qualité, il exercera toutes les attributions conférées au commandant de la place de Paris. Le délégué civil à la guerre, Ch. Delescluze. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À LA GUERRE (p 1831) Paiement trimestriel des droits de timbre contre l’incendie et la grêle par les compagnies d’assurances. Le délégué aux finances, Vu les lois des 5 juin 1850 et 2 juillet 1862, fixant les droits de timbre à payer par les compagnies d’assurances contre l’incendie et la grêle pour les polices d’assurance ; Vu le rapport du directeur de l’enregistrement ; Considérant que le payement par semestre de droits aussi considérables que ceux dus par les compagnies d’assurances cause un véritable préjudice au Trésor, ARRÊTE : Art. 1er. Le payement des droits de timbre, par abonnement des polices d’assurances contre l’incendie et la grêle s’effectueront à l’avenir tous les trois mois. Art. 2. En conséquence, le trimestre échu sera versé, dans les quarante-huit heures de l’insertion au Journal officiel, à la caisse de l’administration de l’enregistrement et du timbre, en prenant pour base de l’assiette de l’impôt l’exercice précédent. Art. 3. Cette perception sera régularisée par des êtas fournis par les compagnies d’assurances des valeurs par elles assurées pendant l’année 1870, et après un contrôle sérieux. Les compensations en plus ou en moins seront admises sur les mois suivants. Art. 4. Le directeur de l’enregistrement et du timbre est chargé de l’exécution du présent arrêté. Le membre de la Commune délégué aux finances, Jourde. ______________________________________________________ PROCLAMATION (p 1833) Suppression, pour inutilité, du poste d'architecte du Luxembourg. Sur proposition de la commission fédérale des artistes, Considérant que la place d’architecte du Luxembourg est inutile, puisqu’il n’y a point de travaux à faire exécuter : Le citoyen Lemaire, architecte actuel, est relevé de ses fonctions. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DIRECTEUR GÉNÉRAL DES DOMAINES (p 1834) Attribution du linge de la maison de Thiers aux ambulances – Objets d'art envoyés aux bibliothèques et musées nationaux – Mobilier et matériaux de démolition vendus aux enchères - Produit de la vente affecté aux pensions et indemnités des veuves et orphelins - Construction d'un square public sur le terrain. Sur la délibération approuvée du Comité de salut public, le citoyen Jules Fontaine, directeur général des domaines, En réponse aux larmes et aux menaces de Thiers, le bombardeur, et aux lois édictées par l’Assemblée rurale, sa complice, ARRÊTE : Art. 1er. Tout le linge provenant de la maison Thiers sera mis à la disposition des ambulances. Art. 2. Les objets d’art et livres précieux seront envoyés aux bibliothèques et musées nationaux. Art. 3. Le mobilier sera vendu aux enchères, après exposition publique au garde-meuble. Art. 4. Le produit de cette vente restera uniquement affecté aux pensions et indemnités qui devront être fournies aux veuves et orphelins des victimes de la guerre infâme que nous fait l’ex propriétaire de l’hôtel Georges. Art. 5. Même destination sera donnée à l’argent que rapporteront les matériaux de démolition. Art. 6. Sur le terrain de l’hôtel du parricide sera établi un square public. Le directeur général des domaines, J. Fontaine. Paris, le 25 floréal an 79. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - SERVICE MÉDICAL ET DES AMBULANCES CIVILES ET MILITAIRES (p 1835) Dispenses du service de la Garde nationale pour les ambulanciers et infirmiers. Le directeur du service médical et des ambulances civiles et militaires, ARRÊTE : Tous les citoyens qui justifieront qu’ils sont employés dans les ambulances ou dans les hôpitaux comme infirmiers, et qui, par conséquent, accomplissent un service militaire, sont dispensés du service de la garde nationale. Le directeur général du service médical et des ambulances civiles et militaires, Dr Semerie Vu et approuvé : Pour la commission de la guerre, Jules Bergeret. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - MINISTÈRE DE LA GUERRE (extrait voir p 1837) Nominations d'un inspecteur de l’hôpital militaire du fort de Vincennes, 2 chirurgiens-major, 2 médecins-major, 10 aides-major. Par arrêtés en date du 15 mai 1871, ont été nommés : Le docteur Martin, inspecteur de l’hôpital militaire du fort de Vin- cennes. Le docteur Maugier, chirurgien-major du 116e bataillon, passe chirurgien-major du 181e bataillon. Le docteur Guéneau, chirurgien-major du 132e bataillon. Le docteur Genret (Albéric), médecin-major du 112e bataillon. […] (Ministère de la guerre.) ______________________________________________________ PROCLAMATION - DÉLÉGUÉ AUX RELATIONS EXTÉRIEURES (p 1841) Respect de la Convention de Genève, qui garantit la neutralité des édifices et du personnel des ambulances militaires, mais ne réglemente pas l'usage des nouveaux engins de guerre dont dispose la Révolution. Quelques journaux ont paru croire que l’adhésion de la Commune à la convention de Genève avait pour résultat de proscrire l’usage des nouveaux engins de guerre dont dispose la Révolution. Si les rédacteurs de ces journaux avaient pris la peine d’étudier la question qu’ils traitent, et tout au moins de lire les dix articles de la convention de Genève, ils se seraient épargné une protestation injuste et inutile. La convention de Genève n’a pour but et pour effet que de garantir la neutralité des édifices et du personnel des ambulances militaires. A la reconnaissance de cette neutralité se borne l’adhésion de la Commune. Quant aux forces terribles que la science met au service de la Révolution, la convention de Genève n’en réglemente pas l’usage. C’est un soin dont se sont acquittés jusqu’à ce jour les despotes couronnés, qui vivent de la guerre, et qui savent trop bien que la guerre deviendrait à jamais impossible par l’emploi des moyens modernes, pour ne pas s’interdire religieusement l’usage de ces moyens. Paris, le 16 mai 1871. Le délégué aux relations extérieures, Paschal Grousset. ______________________________________________________ PROCLAMATION - MAIRIE DU Xe ARRONDISSEMENT (p 1845) Obligation de paiement des loyers par les locataires en hôtel meublé - Bons de logement distribués contre preuve de l’impossibilité de payer, après enquête. Mairie du Xe arrondissement Les locataires demeurant en hôtel meublé sont avertis qu’ils doivent acquitter le prix de leur location, et que les bons de logements ne seront donnés, à titre de secours, qu’à ceux qui prouveront qu’ils sont dans l’impossibilité de payer. Une enquête sérieuse sera faite par les soins de la mairie. Le bon de logement n’impose pas aux maîtres d’hôtel l’obligation de conserver les locataires qu’ils ne jugeront pas à propos de garder. Tous différends entre les propriétaires et locataires seront tranchés à la mairie. Paris, le 14 mai 1871. Pour la municipalité, Leroudier. Pour la commission communale, Champy . ______________________________________________________ PROCLAMATION - MAIRIE DU XXe ARRONDISSEMENT (p 1845) Après réclamations, travail de nuit à la satisfaction immédiate de tous les intérêts et des mesures à prendre. Mairie du XXe arrondissement. Citoyens, De nombreuses réclamations nous sont parvenues. Pour répondre et satisfaire immédiatement à tous les intérêts, les membres de la Commune du XXe arrondissement donnent avis que cette nuit ils se sont occupés des mesures nécessaires à prendre. Citoyens, Nous vous rappelons que plus jamais nous avons tous besoin de nous rallier au drapeau rouge pour conserver l’établissement de la République. Vive la Commune ! Vive la République ! Paris, le 14 mai 1871. Les membres de la Commune du XXe arrondissement. Ranvier, Viard, Bergeret, Trinquet Mercredi 17 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1873) Nominations de commissaires civils délégués auprès des généraux de la Commune pour préserver le pays de la dictature militaire. Paris, le 16 mai. Le Comité de salut public, Considérant que, pour sauvegarder les intérêts de la Révolution, il est indispensable d’associer l’élément civil à l’élément militaire ; Que nos pères avaient parfaitement compris que cette mesure pouvait seule préserver le pays de la dictature militaire, laquelle tôt ou tard aboutit invariablement à l’établissement d’une dynastie ; Vu son arrêté instituant un délégué civil au département de la guerre. ARRÊTE : Art. 1er. Des commissaires civils, représentants de la Commune, sont délégués auprès des généraux des trois armées de la Commune. Art. 2. Sont nommés commissaires civils : 1° Auprès du général Dombrowski, le citoyen Dereure ; 2° Auprès du général La Cécilia, le citoyen Johannard ; 3° Auprès du général Wrobleski, le citoyen Léo Melliet. Hôtel de ville, le 26 floréal an 79. Le comité de salut public : Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1873) Arrêts et vérifications des trains pour Paris hors de l'enceinte - Travaux nécessaires exécutés à la hauteur de l’enceinte, pour détruire tout train qui essayerait de forcer la consigne. Le Comité de salut public ARRÊTE : Art. 1er. Tous les trains, soit de voyageurs, soit de marchandises, de jour et de nuit, se dirigeant sur Paris, par une ligne quelconque, devront s’arrêter hors de l’enceinte, au point où est établi le dernier poste avancé de la garde nationale. A cet effet, un signal spécial sera placé au point d’arrêt par les soins des administrations compétentes. Art. 2. Aucun train ne pourra dépasser la limite précitée sans avoir été préalablement visité par l’un des commissaires de police délégués à cet effet. Art. 3. Les travaux nécessaires seront immédiatement exécutés à la hauteur de l’enceinte, pour être en mesure de détruire instantanément tout train qui essayerait de forcer la consigne. Art. 4. Un délégué civil faisant fonctions de commissaire de police spécial aura le commandement du poste chargé de visiter les trains au point d’arrêt. Art. 5. Le membre de la Commune délégué aux relations extérieures, d’accord avec le délégué civil à la guerre, est chargé de l’exécution du présent arrêté. Le délégué de la Commune près les chemins de fer prendra ses ordres à cet égard. Fait à Paris, le 16 mai 1871. Le Comité de salut public Pour copie conforme : Le secrétaire général, Henri Brissac. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1875) Gratuité des actes des notaires et huissiers. Le membre de la Commune délégué à la justice. ARRÊTE : Les notaires, huissiers, et généralement tous les officiers publics de la Commune de Paris devront, sur l’ordre du délégué à la justice, dresser gratuitement tous les actes de leur compétence. Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot. Paris, le 16 mai 1871. En conséquence de l’arrêté ci-dessus, les citoyens gardes nationaux peuvent, dès aujourd’hui, demander au délégué à la justice l’autorisation de faire dresser par les juges de paix, notaires, huissiers, greffiers des tribunaux de la Commune de Paris, les actes d’une certaine urgence tels que : donation entre vifs, testaments, reconnaissances des enfants naturels, contrats de mariage, actes respectueux, actes de consentement des ascendants, procurations, adoptions, actes de notoriété, etc., etc. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1875) Nomination de Moreau, Directeur de l'intendance. Sur proposition de la commission de la guerre. Le délégué civil à la guerre. ARRÊTE : Le citoyen Ed. Moreau, membre du Comité central, est chargé de la direction de l’intendance. Le Délégué civil à la guerre, Ch. Delescluze. Approuvé : La commission de la guerre, Bergeret, Cournet, Géresme, Ledroit, Lonclas, Sicard, Urbain. Paris le 16 mai 1871. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1875) Obligation de déclaration des dépositaires de pétrole et huiles minérales dans les bureaux de l’éclairage. Le membre de la Commune délégué aux services publics. ARRÊTE : Tous les dépositaires de pétrole ou autres huiles minérales devront, dans les quarante-huit heures, en faire la déclaration dans les bureaux de l’éclairage, situés place de l’Hôtel-de-Ville, 9. Vu et présenté par l’ingénieur chef des services publics, Ed. Caron. Vu et dressé par l’ingénieur chef du service de l’éclairage et des concessions, B. Peyrouton. Le membre de la Commune délégué aux services publics, Jules Andrieu. Paris, le 18 mai 1871. ______________________________________________________ PROCLAMATION - DÉLÉGUÉ À L'ENSEIGNEMENT (p 1882) Nomination de Oudinot, administrateur provisoire des musées du Louvre – Appel à candidatures de professeurs de dessin et de modelage. Sur la proposition de la commission fédérale des artistes, Le citoyen Oudinot (Achille), architecte et peintre, est délégué comme administrateur provisoire des musées du Louvre. Et les citoyens Héreau (jules), peintre, et Dalou, statuaire, lui sont adjoints pour l’assister dans ses fonctions provisoires. Les citoyens désirant concourir à la réorganisation de l’enseignement et obtenir des places de professeur de dessin et de modelage, sont invités à se rendre le 19, 20 et 21 mai courant, de midi à deux heures, au siège de la commission fédérale des artistes (ex-ministère des beaux-arts, rue de Rivoli), à l’effet de déposer leurs titres et pièces à l’appui et y joindre au besoin une note signée contenant une brève exposition de leurs méthodes d’enseignement. Pour la commission de la Fédération des artistes, approuvé : Le membre de la Commune délégué à l’enseignement, Edouard Vaillant. Paris, le 16 mai 1871. Jeudi 18 mai 1871 ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1914) Dispositions de limites des exemptions des employés du chemin de fer au service de la Garde nationale, sous la responsabilité du contrôleur général des chemins de fer. Le Comité de salut public, Vu son arrêté en date du 16 floréal courant ; Considérant qu’il importe aux intérêts de la défense de ne pas tenir éloignés plus longtemps du service de la garde nationale les employés de chemin de fer dont la présence n’est pas indispensable aux besoins actuels de l’administration et de l’exploitation des différentes compagnies ; Que la double signature du contrôleur général des chemins de fer et du délégué spécial du Comité central de la garde nationale entraine des lenteurs qu’il est indispensable d’abréger ; Considérant en outre que le contrôleur général est compétent pour apprécier dans quelles limites les exemptions peuvent être accordées ; Vu l’urgence ; ARRÊTE : Art. 1er. Les certificats d’exemption du service de la garde nationale seront délivrés et signés par le contrôleur général des chemins de fer, sous sa responsabilité. Art. 2. Le contrôleur général remettra dans les trois jours, à chaque légion, un état nominatif des employés mis à la disposition de la garde nationale. Art. 3. Il adressera dans la huitaine, au Comité de salut public, un rapport détaillé faisant connaître le nombre de certificats d’exemption délivrés avec motifs à l’appui, et le nombre des employés de chemins de fer mis à la disposition de chaque légion. Art. 4. L’arrêté du 16 floréal est maintenu en tout ce qui n’est pas contraire aux dispositions du présent arrêté. Le Comité de salut public : Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. Hôtel de Ville, le 27 floréal an 79. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ DE SALUT PUBLIC (p 1915) Nominations de 2 juges d'instruction. Le Comité de salut public, Sur la proposition du procureur de la Commune, ARRÊTE : Art. 1er. Les citoyens Würth et Moreau (Armand) sont nommés juges d’instruction attachés au parquet du procureur de la Commune. Art. 2. le procureur de la Commune est chargé d’assurer l’exécution du présent arrêté. Le Comité de salut public, Pour ampliation : Le procureur de la Commune, Raoul Rigault. Hôtel de Ville, le 27 floréal an 79. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ AUX FINANCES (p 1916) Création d'une direction spéciale chargée du contrôle des finances pour la solde de la Garde nationale - Nomination de Armand, directeur général du service des contrôleurs des finances pour la solde de la garde nationale. Le membre de la Commune délégué aux finances, DÉCRÈTE : Il est institué à l’administration centrale une direction spéciale, chargée du contrôle des finances pour la solde de la garde nationale. Paris, le 16 mai 1871. Le membre de la Commune délégué aux finances, Jourde. Le citoyen Armand (Hubert) est nommé directeur général du service des contrôleurs des finances pour la solde de la garde nationale. Paris, le 16 mai 1871. ______________________________________________________ PROCLAMATION - DÉLÉGUÉ AUX FINANCES (p 1917) Tirage de quatre séries d'articles à délivrer gratuitement par le Mont-de-piété. En exécution du décret communal du 6 mai courant, un nouveau tirage de quatre séries des articles à délivrer gratuitement par le Mont-de-piété, aura lieu samedi prochain, 20 mai courant, à deux heures précises, dans la salle Saint-Jean, à l’Hôtel de Ville, en séance publique, présidée par le citoyen Lefrançais, membre de la Commune. Paris, le 17 mai 1871. Le membre de la Commune délégué aux finances, JOURDE. NOTA. — Les autres tirages seront annoncés par de nouvelles affiches. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ AUX FINANCES (p 1917) Soumission des marchés à la Délégation des finances après refus formel, par les compagnies concessionnaires des marchés, de solder les sommes dues selon les classes et conditions du cahier des charges. Le délégué aux finances, Considérant que les compagnies concessionnaires des marchés n’ont fait aucun versement des sommes dues depuis la guerre jusqu’à ce jour ; qu’en outre lesdites compagnies ont perçu dans les marchés le prix entier des places jusqu’au 1er janvier 1871, et demi-places jusqu’à ce jour ; Vu le refus formel desdites compagnies de solder les somme dues au 1er avril 1871, selon les classes et conditions du cahier des charges, ARRÊTE : Article unique. Tous les marchés concédés par la ville de Paris à la compagnie Férère ou autre compagnie rentrent provisoirement, à partir d’aujourd’hui, dans le ressort de la délégation des finances. Le membre de la Commune délégué aux finances, Jourde. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMUNE DU 3e ARRONDISSEMENT (p 1921) Nominations des membres de l'administration de l’orphelinat communal. Les membres de la Commune du 3e arrondissement, ARRÊTENT : Le citoyen Bibal, président de la commission des écoles du 3e arrondissement : Le citoyen Dubard ; Le citoyen Dediot père ; Le citoyen Léon Jacob, secrétaire général, sont nommés membres de l’administration de l’orphelinat communal, sous la présidence des membres de la Commune du 3e arrondissement. Ant. Arnaud, Demay, Clovis Dupont, Pindy. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - ASSEMBLÉE NATIONALE (p 1956) Assemblée nationale se déclare constituante – Limite son mandat à 2 ans - République désormais gouvernement de la France. L’Assemblée nationale, s’inspirant de son droit, de sa force et surtout de son amour de la patrie, En vertu de son pouvoir souverain, DÉCRÈTE : Art. 1er. L’Assemblée nationale se déclare Assemblée constituante. Art. 2. Elle limite son mandat au terme de deux ans, pendant lesquels elle fera les lois organiques Art. 3. La République sera désormais le gouvernement de la France.

  • 15 - LA NOTION DE PROJET

    Des outils pour penser la notion même de projet : L'ANTICIPATION OPERATOIRE PARTIELLEMENT DETERMINEE de Jean-Pierre Boutinet. Les années 1970 ont réintroduit de l’action « dans les théories sociologiques alors dominées par le structuralisme et les théories holistes qui mettaient l’accent sur les déterminations sociales qui pesaient sur les individus ». Il s’agissait de « redonner une place aux initiatives des acteurs individuels ou collectifs »1. Une [...] façon de leur redonner de l’initiative est de les mettre en mesure de se doter d’un projet d’action : projet au niveau des individus, des groupes, des organisations » [et « d’attirer [l’]attention sur le fait que malgré les apparences bureaucratiques, [les sujets] ont à leur disposition, pour peu qu’ils y prennent bien garde, des possibilités d’action inexploitées »1. La sociologie de l’action d’Alain Touraine, par exemple, permettait alors, en réinvestissant la notion de projet, de « réintroduire la place de l’acteur dans les systèmes, une certaine marge de manœuvre propice à l’action et à la mise en place de projets ». Jean-Pierre Boutinet, dans son « Anthropologie du projet » définit en 2018 le terme « projet » comme « anticipation opératoire partiellement déterminée » : « Le projet est en effet une anticipation au sens où il cherche à appréhender l’avenir, et opératoire parce qu’il fait référence à un futur qu’il « va chercher à faire advenir ». Il fait donc accéder l’homme ordinaire au statut d’acteur, déterminé vers une action en direction d’un futur qu’il « va chercher à faire advenir 2». Le projet, résolument tourné vers l’action, se trouve entre deux pôles extrêmes, ni rationnel (comme le « but » ou l’« objectif »), ni volitif, comme le « souhait ») : un projet purement rationnel pourrait être trop déterminé et laisser trop peu de marges de manœuvre ; trop flou, il n’engagerait pas suffisamment à l’action. Il est ainsi « partiellement déterminé », ce qui fait qu’il n’est jamais totalement réalisé, « toujours à reprendre, cherchant indéfiniment à polariser l’action vers ce qu’elle n’est pas 3. LES UTOPIES RÉELLES de Erik Olin Wright. La notion d’ « utopie réelle » définie par Erik Olin Wright fait entrer le projet dans une perspective de « transformation interstitielle » de la société, cherchant à dépasser la volonté de la social-démocratie de domestiquer le capitalisme et celle des mouvements révolutionnaires de le briser. La proposition est de le « fissurer de l’intérieur » en axant sa stratégie sur ce qu’il est possible de construire plutôt que de détruire. Les utopies réelles, véritables oxymores, sont utopiques en ce qu’elles se tournent vers une plus grande justice sociale et politique, et réelles car elles sont « désirables, viables et faisables ». Wright construit sa théorie à partir de la création d’une « science sociale émancipatrice », étudiant « toutes les failles et les fragilités des constructions sociales, institutionnelles et politiques afin d’apprendre à les renverser » 4, sur un diagnostic de la nocivité du capitalisme, et en proposant l’élaboration d’une « théorie de la transformation », qui étudierait en même temps « la reproduction sociale, ses limites et contradictions, les dynamiques du changement social et enfin les stratégies de l’action collective » 5. Wright observe, et c’est ce qui va faire l’objet d’une partie du site, des expériences d’utopies réelles, sociales, politiques et économiques, qui ont toutes en commun « d’augmenter le pouvoir d’agir social », cherchant à dépasser le capitalisme plus qu’à l’affronter, en particulier des « modalités d’économie participatives » : coopératives d’entreprises gérées par les travailleurs (Mondragón), gestion participative du budget municipal (Porto Allegre), associations autogérées (Wikipédia, modèle d’économie sociale et de démocratie directe horizontale), mais aussi revenu universel, tirage au sort des parlementaires et carte démocratique. Ici commencent à se tisser les liens par paliers entre les différents référents à l’origine de notre réflexion sur la notion de projet : - les arts de faire, ruses subtiles et tactiques de résistance de Michel de Certeau par lesquelles l’homme ordinaire lutte contre la raison technicienne en détourn(ant) les objets et les codes, pour se réapproprie(r) l'espace et l'usage à sa façon. - l’accession de l’homme ordinaire au statut d’acteur par l’anticipation opératoire partiellement déterminée de Jean-Pierre Boutinet par le fait que, tourné vers l’action, il cherche à appréhender l’avenir et à le faire advenir - la transformation interstitielle de la société de Erik Olin Wright via des stratégies d’actions collectives. 15 - LA NOTION DE PROJET Texte précédent Texte suivant Des outils pour penser la notion même de projet : L'ANTICIPATION OPERATOIRE PARTIELLEMENT DETERMINEE de Jean-Pierre Boutinet. Les années 1970 ont réintroduit de l’action « dans les théories sociologiques alors dominées par le structuralisme et les théories holistes qui mettaient l’accent sur les déterminations sociales qui pesaient sur les individus ». Il s’agissait de « redonner une place aux initiatives des acteurs individuels ou collectifs »1. Une [...] façon de leur redonner de l’initiative est de les mettre en mesure de se doter d’un projet d’action : projet au niveau des individus, des groupes, des organisations » [et « d’attirer [l’]attention sur le fait que malgré les apparences bureaucratiques, [les sujets] ont à leur disposition, pour peu qu’ils y prennent bien garde, des possibilités d’action inexploitées »1. La sociologie de l’action d’Alain Touraine, par exemple, permettait alors, en réinvestissant la notion de projet, de « réintroduire la place de l’acteur dans les systèmes, une certaine marge de manœuvre propice à l’action et à la mise en place de projets ». Jean-Pierre Boutinet, dans son « Anthropologie du projet » définit en 2018 le terme « projet » comme « anticipation opératoire partiellement déterminée » : « Le projet est en effet une anticipation au sens où il cherche à appréhender l’avenir, et opératoire parce qu’il fait référence à un futur qu’il « va chercher à faire advenir ». Il fait donc accéder l’homme ordinaire au statut d’acteur, déterminé vers une action en direction d’un futur qu’il « va chercher à faire advenir 2». Le projet, résolument tourné vers l’action, se trouve entre deux pôles extrêmes, ni rationnel (comme le « but » ou l’« objectif »), ni volitif, comme le « souhait ») : un projet purement rationnel pourrait être trop déterminé et laisser trop peu de marges de manœuvre ; trop flou, il n’engagerait pas suffisamment à l’action. Il est ainsi « partiellement déterminé », ce qui fait qu’il n’est jamais totalement réalisé, « toujours à reprendre, cherchant indéfiniment à polariser l’action vers ce qu’elle n’est pas 3. LES UTOPIES RÉELLES de Erik Olin Wright. La notion d’ « utopie réelle » définie par Erik Olin Wright fait entrer le projet dans une perspective de « transformation interstitielle » de la société, cherchant à dépasser la volonté de la social-démocratie de domestiquer le capitalisme et celle des mouvements révolutionnaires de le briser. La proposition est de le « fissurer de l’intérieur » en axant sa stratégie sur ce qu’il est possible de construire plutôt que de détruire. Les utopies réelles, véritables oxymores, sont utopiques en ce qu’elles se tournent vers une plus grande justice sociale et politique, et réelles car elles sont « désirables, viables et faisables ». Wright construit sa théorie à partir de la création d’une « science sociale émancipatrice », étudiant « toutes les failles et les fragilités des constructions sociales, institutionnelles et politiques afin d’apprendre à les renverser » 4, sur un diagnostic de la nocivité du capitalisme, et en proposant l’élaboration d’une « théorie de la transformation », qui étudierait en même temps « la reproduction sociale, ses limites et contradictions, les dynamiques du changement social et enfin les stratégies de l’action collective » 5. Wright observe, et c’est ce qui va faire l’objet d’une partie du site, des expériences d’utopies réelles, sociales, politiques et économiques, qui ont toutes en commun « d’augmenter le pouvoir d’agir social », cherchant à dépasser le capitalisme plus qu’à l’affronter, en particulier des « modalités d’économie participatives » : coopératives d’entreprises gérées par les travailleurs (Mondragón), gestion participative du budget municipal (Porto Allegre), associations autogérées (Wikipédia, modèle d’économie sociale et de démocratie directe horizontale), mais aussi revenu universel, tirage au sort des parlementaires et carte démocratique. Ici commencent à se tisser les liens par paliers entre les différents référents à l’origine de notre réflexion sur la notion de projet : - les arts de faire, ruses subtiles et tactiques de résistance de Michel de Certeau par lesquelles l’homme ordinaire lutte contre la raison technicienne en détourn(ant) les objets et les codes, pour se réapproprie(r) l'espace et l'usage à sa façon. - l’accession de l’homme ordinaire au statut d’acteur par l’anticipation opératoire partiellement déterminée de Jean-Pierre Boutinet par le fait que, tourné vers l’action, il cherche à appréhender l’avenir et à le faire advenir - la transformation interstitielle de la société de Erik Olin Wright via des stratégies d’actions collectives. Texte précédent Texte suivant

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 7

    Vendredi 21 avril 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 7 Next Next Vendredi 21 avril 1871 ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 931) Création d'une compagnie d'aérostiers pour permettre l'échange de nouvelles, journaux, correspondances privées, entre Paris et les départements, supprimé par le gouvernement de Versailles, qui se réserve impunément la distribution des calomnies destinées à égarer l’opinion publique en province et à l’étranger. Paris, le 20 avril 1871. Que des dépenses importantes ont été faites par l’ex-gouvernement dit de la défense nationale pour les services aérostatiques postaux ; Que, par suite de la désertion de l’ex-gouvernement dit de la défense nationale, sur ce point des services publics, comme sur tous les autres, une quantité de ballons construits, représentant une dépense de plusieurs centaines de mille francs, payés des deniers de la nation, se trouvent actuellement disséminés en plusieurs endroits et exposés aux détournements ; Qu’il importe d’urgence de réunir sous le contrôle de la Commune, en des mains sûres, d’inventorier et de préserver ce matériel, auquel sont venus s’adjoindre les ballons expédiés en province pendant le siège de Paris ; Considérant que l’ex-gouvernement dit de la défense nationale qui, en fait, gouverne toujours à Versailles, a supprimé, dans une intention facile à comprendre, tout échange de nouvelles, journaux, correspondances privées, toutes communications intellectuelles entre Paris et les départements, comptant ainsi se réserver impunément la trop facile distribution des calomnies destinées à égarer l’opinion publique en province et à l’étranger ; Que la Commune de Paris a, tout au contraire, le plus grand intérêt à ce que la vérité soit, et à faire connaître à tous et ses actes et ses intentions ; Considérant enfin que, dans l’état de guerre offensive déclarée et poursuivie par le gouvernement de Versailles, il est important à la défensive d’utiliser les observations aérostatiques militaires, systématiquement et intentionnellement repoussées pendant la durée du siège de Paris, et alors, en effet, inutiles à ceux qui devaient livrer Paris ARRÊTE : 1° Une compagnie d’aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris est créée ; 2° Cette compagnie se compose provisoirement d’un capitaine, d’un lieutenant, d’un sous-lieutenant, d’un sergent, de deux chefs d’équipe et douze aéros- tiers ; 3° La solde du capitaine est de 300 fr., du lieutenant 250 fr., des équipiers 150 fr. par mois ; 4° La compagnie des aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris relève directement du commandement de la Commission exécutive ; 5° Le citoyen Claude-Jules Durnof est nommé capitaine des aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris. Le citoyen Jean-Pierre-Alfred Nadal est nommé lieutenant-magasinier général. Paris, le 20 avril 1871. La commission exécutive : Avrial, F. Cournet, Ch. Delescluze, Félix Pyat, G. Tridon, A. Vermorel, E. Vaillant. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 932) Suppression du travail de nuit des boulangers – Suppression des placeurs et création, pour les remplacer, d'un registre en mairie permettant l'inscription des boulangers - Registre central au ministère du commerce. Sur les justes demandes de toute la corporation des ouvriers boulangers, la commission exécutive ARRÊTE : Art. 1er. Le travail de nuit est supprimé. Art. 2. Les placeurs institués par l’ex-police impériale sont supprimés. Cette fonction est remplacée par un registre placé dans chaque mairie pour l’inscription des ouvriers boulangers. Un registre central sera établi au ministère du commerce. Paris, le 20 avril 1871. La Commission Exécutive : Cournet, A. Vermorel, G. Tridon, Delescluze, Félix Pyat, Avrial, E. Vaillant Samedi 22 avril 1871 PROCLAMATION - MAIRIE DU Xe ARRONDISSEMENT (p 963) Direction laïque de l'école communale de garçons du Faubourg-Saint-Martin, offrant toutes les garanties d’instruction et de moralité désirables - Lecture, écriture, grammaire, arithmétique, système métrique, géométrie, géographie, histoire de France, morale rationnelle, musique vocale, dessin artistique et industriel, morale rationnelle et droit politique. Mairie du Xe arrondissement Le public est prévenu que l’école communale de garçons située Faubourg- Saint-Martin, 157, vient d’être confiée à la direction d’instituteurs laïques, offrant toutes les garanties d’instruction et de moralité désirables. L’enseignement exclusivement rationnel, comprendra la lecture, l’écriture, la grammaire, l’arithmétique, le système métrique, les premiers éléments de la géométrie, la géographie, l’histoire de France, la morale rationnelle, la musique vocale et le dessin artistique et industriel. Tous les enfants de six à quinze ans, quelles que soient leur nationalité et la religion qu’ils professent, seront admis sur la présentation d’une carte délivrée par la mairie. Les élèves qui ont déjà fréquenté l’école n’ont pas besoin d’une nouvelle carte d’admission. Ouverture des classes, lundi 24 avril, à huit heures du matin. Cours public de morale rationnelle et de droit politique, tous les jeudis, à huit heures du soir, par le citoyen Ch. Poirson, licencié en droit, directeur de l’école. Le directeur recevra les parents d’élèves de neuf heures du matin à quatre heures du soir, le dimanche et le jeudi exceptés. Paris, le 22 avril 1871. Le président de la commission de la 10e légion. Leroudier Dimanche 23 avril 1871 ARRÊTÉ – COMMUNE DE PARIS (p 982) Gratuité des pièces justificatives pour les ayant droit de pensions. Paris, le 22 avril 1871. La Commune de Paris, Vu le décret du 10 avril 1871, portant création de pensions pour les veuves et orphelins des gardes nationaux mort ou blessés pour la Commune de Paris, ARRÊTE : Toutes pièces justificatives à produire pour les ayant droit seront délivrées gratuitement par qui il appartiendra, et exemptes de frais de timbre. Paris, le 22 avril 1871. __________________________________________________ PROCLAMATION - DIRECTION GÉNÉRALE DES AMBULANCES (p 988) Suppression des signes religieux dans les salles d'ambulance - Interdiction de l’entrée aux corporations religieuses, qui viennent démoraliser les blessés, faisant un crime de leur combat, sauf sur demande. Direction des ambulances. Chargé par le citoyen Cluseret de la direction générale des ambulances, je crois devoir expliquer certains actes de mon administration que la malveillance pourrait dénaturer. Considérant que la Commune a décrété la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et que, d’autre part, il importe de laisser toute liberté à chaque citoyen de vivre et de mourir selon sa croyance, s’il en a une, j’ai fait enlever des salles d’ambulances tout insigne religieux, de n’importe quel culte ; j’en ai interdit l’entrée aux membres de toutes les sectes ou corporations religieuses, tout en procurant immédiatement au blessé, qui en ferait la demande, la visite du ministre de sa religion, curé, pasteur, pope ou rabbin. J’ai surtout eu soin d’écarter des blessés ces visites fatigantes de gens qui, sous prétexte de religion, viennent démoraliser les blessés, et ajouter aux souffrances physiques des tortures morales, abusant de la dépression de toutes leurs facultés pour leur arracher une faiblesse, leur faisant un crime du grand combat soutenu au nom du droit et de la République universelle, au point de les faire presque rougir de leur glorieuses blessures. Paris, le 22 avril 1871. Dr Rousselle. __________________________________________________ PROCLAMATION (p 991) Mission des franc-maçons à Versailles : obtention d'un armistice pour l’évacuation des villages bombardés, demande d'une paix basée sur le programme de la Commune. Réunie hier, vendredi, la franc-maçonnerie parisienne a défini le mandat à donner à ses délégués, qui ont dû partir aujourd’hui pour Versailles. Ce mandat se divise en deux parties : 1° Obtenir un armistice pour l’évacuation des villages bombardés ; 2° Demander énergiquement la paix à Versailles, basée sur le programme de la Commune, le seul qui puisse amener la paix définitive. Ce mandat a été voté à l’unanimité. Il a été décidé ensuite qu’un appel serait fait à tous les francs-maçons de Paris, pour entendre le résultat de cette délégation, lundi, à deux heures, salle des Arts-et-Métiers, et prendre telle décision qu’il conviendra, suivant le résultat. Lundi 24 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 1027) Traitement fixe des huissiers, commissaires-priseurs et greffiers de tribunaux. Versement mensuel de leurs actes au délégué aux finances. Paris, le 23 avril 1871. La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Art. 1er. Les huissiers, commissaires-priseurs et greffiers de tribunaux quelconques qui seront nommés à Paris, à partir de ce jour, recevront un traitement fixe. Ils pourront être dispensés de fournir un cautionnement. Art. 2. Ils verseront tous les mois, entre les mains du délégué aux finances, les sommes par eux perçues pour les actes de leur compétence. Art. 3. Le délégué à la justice est chargé de l’exécution du présent décret. Paris, le 23 avril 1871. La commune. __________________________________________________ ARRÊTÉ - INSPECTION GÉNÉRALE DES AMBULANCES (p 1028) Obligation de coordination des directeurs d'ambulance avec l'inspection générale des ambulances Inspection générale des ambulances. Le membre de la Commune délégué à l’inspection générale des ambulances. Vu l’urgence d’organiser les fonctionnements immédiat du service qui lui est confié : ARRÊTE : 1° Tous les directeurs d’ambulances et autres établissements pouvant recevoir ou ayant déjà reçu des gardes nationaux blessés, sont invités à se mettre en rapport, dans un délai de vingt-quatre heures, avec l’inspection générale des ambulances, 3, avenue Victoria. 2° Tout refus d’obéissance au présent arrêté sera immédiatement déféré à la Commune, et pourra être suivi de destitution. Le membre de la commune délégué à l’inspection générale des ambulances, Dr Rastoul. Les bureaux sont ouverts de neuf à onze heures et de deux à quatre heures. __________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMISSION DE TRAVAIL ET D’ÉCHANGE (P 1029) Création du bureau de renseignement gérant l'offre et la demande d'emplois à usage des patrons et ouvriers boulangers. Ministère des travaux publics. Le délégué à la commission du travail et de l’échange. Vu l’arrêté de la Commission exécutive supprimant le travail de nuit des ouvriers boulangers, et instituant dans les vingt mairies un bureau de renseignement à l’usage des patrons et ouvriers ARRÊTE : 1° L’arrêté précité aura cour d’exécution à partir du jeudi 27 avril prochain. 2° Deux livres, portant les offres et demandes, seront ouverts dans chaque municipalité au bureau de renseignement déjà existant. Paris, le 23 avril 1871. Le délégué à la commission de travail et d’échange, Léo Frankel. __________________________________________________ PROCLAMATION (p 1031) Nomination de membres de la Commune pour visiter les gardes nationaux, enquêter sur l'état des détenus dans les prisons et s’informer de la cause de leurs détentions. Six membres de la Commune : les citoyens J. Vallès, Ch. Longuet, Pillot, Bergeret, Lonclas et Urbain, sont délégués pour visiter les gardes nationaux dans les forts, casernes, casemates et tous lieux de réunions. Trois membres de la Commune, les citoyens Miot, Gambon et Victor Clément, sont délégués pour visiter les prisons, faire une enquête sur l’état des détenus, s’informer de la cause de leur détention.

  • 5 - LE TROISIÈME CONTINENT D'IVAN JABLONKA

    Dans « L’Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales 1», Ivan Jablonka pose les bases d'une réconciliation entre histoire et littérature, histoire et fiction, qui entretiennent depuis toujours des « liaisons clandestines »2. Au XIXème siècle s'élabore une histoire positiviste, se limitant à établir des faits, expulsant le « je » de l'auteur, prônant un point de vue universel et visant un discours de vérité. L'histoire devient une discipline universitaire et veut s'ériger en véritable science, tendant à chasser les « microbes littéraires » qui polluent la connaissance pure. Elle sonne « l'adieu à la littérature », ce qui va influencer la production historique jusqu'à aujourd'hui. Fernand Braudel et Georges Duby ont pourtant usé de « la charge démonstrative de la littérature » : l'« Histoire de la Méditerranée au temps de Philippe II »3 (1949) du premier et le portrait de « Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du Monde »4 (1984) du second, utilisent des procédés littéraires, des mises en intrigues qui transigent avec les usages courants des historiens. Claude Levi-Strauss se demandera, dans les années 1980, si « Tristes tropiques »5 (1955), qui rapporte son enfance et ses sentiments au cours de son voyage, n'aurait pas livré une vérité supérieure à ses livres plus théoriques « parce qu'il a réintégré l'observateur dans l'objet de son observation ». Dans les années 1980, l'usage du récit en histoire et dans les sciences sociales est questionné par des historiens et des philosophes français (Paul Veyne, Jacques Rancière, Paul Ricœur ou Michel de Certeau) qui posent que « l'intelligence du passé a besoin d'intrigue, de mise en scène, de descriptions, de portraits et de figures de style. » L'américain Hayden White radicalise ce mouvement en initiant le Linguistic Turn, qui pose l'histoire comme une construction discursive parmi d'autres, provoquant une méfiance accrue des historiens pour le narratif. Carlo Ginzburg ou Roger Chartier réaffirment alors la mission de recherche de vérité qui fonde le travail historien. Historien et écrivain, Jablonka a conjugué, dans le champ des sciences sociales, textes théoriques et notion d’enquête, en partant de l’idée que « la recherche est aussi une recherche sur sa forme (récit, langue, théâtre, peinture, bande dessinée…) »6. Pour lui, la réconciliation entre création et recherche permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai »7. Il envisage une nouvelle cartographie des écritures, incluant travail académique, roman et les formes nouvelles que permet l’enquête, qu'il appelle le troisième continent. La littérature et les sciences sociales, placées sous l'angle de l'enquête, constituent ainsi pour Jablonka une communauté de méthode, qui permet de concilier rigueur, réflexivité et écriture. Jablonka, dans sa perspective de réconciliation entre sciences sociales et littérature, prêche pour de nouvelles écritures du savoir. « L'histoire, dit-il, est avant tout une manière de penser, une aventure intellectuelle qui a besoin d'imagination archivistique, d'originalité conceptuelle, d'audace explicative, d'inventivité narrative. » Pour, lui, la froide objectivité du savant n'est qu'une illusion : « Le mode objectif, fondé sur l'expulsion du “je”... est une fiction de méthode : personne n'ignore que c'est l'historien qui parle, décrit, énonce... ». Le chercheur ne doit pas tenter l'éluder son implication personnelle mais au contraire, par l'usage du « je », situer sa position, la décrire et permettre au lecteur d'identifier clairement le point de vue d'où il parle. Le projet est assis sur ce troisième continent dont parle Jablonka, dans le croisement entre les sources d'informations récoltées par l'enquête, textuelles et visuelles, les formes que la Commune a elle-même générées, celles qu’on lui a prêtées (les caricatures et toutes les formes satiriques par exemple), et celles qui seront affectées aux projets qui n'avaient pas hérité de formes propres, par manque de temps. On observera combien la forme affecte le fond, qui en retour affecte la forme, combien l'un permet de questionner, de troubler l'autre : la construction de la méthodologie. Partant des irréconciliables des savoirs sur la Commune, l’ambition plus théorique du projet est de croiser, d'observer les relations entre la forme et le fond, d'agiter l’un pour saisir l’autre, et retour, et voir ce qui se passe entre le fond et la forme des faits historiques, des imaginaires communards, des connections entre le factuel et la fiction, l’histoire hagiographique et l’histoire positiviste, la construction de cette histoire spécifique et sa déconstruction concomitante, sa réécriture permanente par l’un ou l‘autre camp. Et l’un des rôles de la fiction, dans le site, qu’elle soit visuelle ou textuelle, est de mettre en scène les conflits entre les éléments documentaires. L’histoire porte sur la Commune de Paris des interprétations si antinomiques, opposant des points de vue si résolument opposés idéologiquement, que la mise en scène de ces contradictions ne peut que servir l’histoire elle-même : exposer la pensée du conflit, lui donner une forme, c’est encore faire de l’histoire. 5 - LE TROISIÈME CONTINENT D'IVAN JABLONKA Texte précédent Texte suivant Dans « L’Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales 1», Ivan Jablonka pose les bases d'une réconciliation entre histoire et littérature, histoire et fiction, qui entretiennent depuis toujours des « liaisons clandestines »2. Au XIXème siècle s'élabore une histoire positiviste, se limitant à établir des faits, expulsant le « je » de l'auteur, prônant un point de vue universel et visant un discours de vérité. L'histoire devient une discipline universitaire et veut s'ériger en véritable science, tendant à chasser les « microbes littéraires » qui polluent la connaissance pure. Elle sonne « l'adieu à la littérature », ce qui va influencer la production historique jusqu'à aujourd'hui. Fernand Braudel et Georges Duby ont pourtant usé de « la charge démonstrative de la littérature » : l'« Histoire de la Méditerranée au temps de Philippe II »3 (1949) du premier et le portrait de « Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du Monde »4 (1984) du second, utilisent des procédés littéraires, des mises en intrigues qui transigent avec les usages courants des historiens. Claude Levi-Strauss se demandera, dans les années 1980, si « Tristes tropiques »5 (1955), qui rapporte son enfance et ses sentiments au cours de son voyage, n'aurait pas livré une vérité supérieure à ses livres plus théoriques « parce qu'il a réintégré l'observateur dans l'objet de son observation ». Dans les années 1980, l'usage du récit en histoire et dans les sciences sociales est questionné par des historiens et des philosophes français (Paul Veyne, Jacques Rancière, Paul Ricœur ou Michel de Certeau) qui posent que « l'intelligence du passé a besoin d'intrigue, de mise en scène, de descriptions, de portraits et de figures de style. » L'américain Hayden White radicalise ce mouvement en initiant le Linguistic Turn, qui pose l'histoire comme une construction discursive parmi d'autres, provoquant une méfiance accrue des historiens pour le narratif. Carlo Ginzburg ou Roger Chartier réaffirment alors la mission de recherche de vérité qui fonde le travail historien. Historien et écrivain, Jablonka a conjugué, dans le champ des sciences sociales, textes théoriques et notion d’enquête, en partant de l’idée que « la recherche est aussi une recherche sur sa forme (récit, langue, théâtre, peinture, bande dessinée…) »6. Pour lui, la réconciliation entre création et recherche permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai »7. Il envisage une nouvelle cartographie des écritures, incluant travail académique, roman et les formes nouvelles que permet l’enquête, qu'il appelle le troisième continent. La littérature et les sciences sociales, placées sous l'angle de l'enquête, constituent ainsi pour Jablonka une communauté de méthode, qui permet de concilier rigueur, réflexivité et écriture. Jablonka, dans sa perspective de réconciliation entre sciences sociales et littérature, prêche pour de nouvelles écritures du savoir. « L'histoire, dit-il, est avant tout une manière de penser, une aventure intellectuelle qui a besoin d'imagination archivistique, d'originalité conceptuelle, d'audace explicative, d'inventivité narrative. » Pour, lui, la froide objectivité du savant n'est qu'une illusion : « Le mode objectif, fondé sur l'expulsion du “je”... est une fiction de méthode : personne n'ignore que c'est l'historien qui parle, décrit, énonce... ». Le chercheur ne doit pas tenter l'éluder son implication personnelle mais au contraire, par l'usage du « je », situer sa position, la décrire et permettre au lecteur d'identifier clairement le point de vue d'où il parle. Le projet est assis sur ce troisième continent dont parle Jablonka, dans le croisement entre les sources d'informations récoltées par l'enquête, textuelles et visuelles, les formes que la Commune a elle-même générées, celles qu’on lui a prêtées (les caricatures et toutes les formes satiriques par exemple), et celles qui seront affectées aux projets qui n'avaient pas hérité de formes propres, par manque de temps. On observera combien la forme affecte le fond, qui en retour affecte la forme, combien l'un permet de questionner, de troubler l'autre : la construction de la méthodologie. Partant des irréconciliables des savoirs sur la Commune, l’ambition plus théorique du projet est de croiser, d'observer les relations entre la forme et le fond, d'agiter l’un pour saisir l’autre, et retour, et voir ce qui se passe entre le fond et la forme des faits historiques, des imaginaires communards, des connections entre le factuel et la fiction, l’histoire hagiographique et l’histoire positiviste, la construction de cette histoire spécifique et sa déconstruction concomitante, sa réécriture permanente par l’un ou l‘autre camp. Et l’un des rôles de la fiction, dans le site, qu’elle soit visuelle ou textuelle, est de mettre en scène les conflits entre les éléments documentaires. L’histoire porte sur la Commune de Paris des interprétations si antinomiques, opposant des points de vue si résolument opposés idéologiquement, que la mise en scène de ces contradictions ne peut que servir l’histoire elle-même : exposer la pensée du conflit, lui donner une forme, c’est encore faire de l’histoire. Texte précédent Texte suivant

  • 7 - AUGUSTE BLANQUI – L'ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES

    Une méthode bifurcatrice, ainsi que la dimension d'une histoire contrefactuelle, sont à l'œuvre dans un texte du grand absent de la Commune, dont Marx écrivit qu'il était la tête qui lui avait manqué1, Auguste Blanqui. Arrêté par Adolphe Thiers, alors chef de l'état et du gouvernement, la veille du déclenchement de la Commune le 17 mars 1871, pour sa participation à l'émeute du 31 octobre 1870, incarcéré au fort du Taureau de Morlaix, il y commence la rédaction d'une « hypothèse astronomique » intitulée « L'éternité par les astres »2. Ce texte, écrit Jean-François Hamel dans son superbe essai, « Rien de nouveau sous les soleils - Répétition et origine de l’histoire dans « L’Eternité par les astres » de Blanqui »3, est « à la source de certaines des métaphores les plus obsédantes du XXème siècle, le temps comme jardin aux sentiers qui, incessamment, bifurquent chez [Jorge Luis Borges4], l’Histoire comme catastrophe et amoncellement interminable de ruines chez [Walter Benjamin5] ». Le texte de Blanqui contient les accents uchroniques dont s'inspirera Borges dans Le jardin aux sentiers qui bifurquent6 par exemple, impliquant la coexistence, simultanée ou non, de tous les possibles. Blanqui tente de démontrer la répétition incessante de l'univers qui, pourvu d'un nombre limité de corps simples sur notre planète - il en énumère 64 au début de son texte - est condamné à les répéter à l'infini pour peupler l’infini de l’univers : des terres-sosies existent à l’infini, peuplées par des infinités d’êtres-sosies qui accomplissent tous les possibles, à chaque instant, qui nous sont offerts de réaliser. Blanqui estime qu’ « avec un plan si monotone [rien à construire que des systèmes stellaires] et des éléments si peu variés, il n’est pas facile d’enfanter des combinaisons différentes, qui suffisent à peupler l’infini. Le recours aux répétitions devient indispensable7 ». Pas un caillou, pas un arbre, pas un ruisseau, pas un animal, pas un homme, pas un incident qui n’ait trouvé sa place et sa minute dans le duplicata. C’est une véritable terre-sosie... jusqu’à aujourd’hui du moins. Car demain, les événements et les hommes poursuivront leur marche. Désormais, c’est pour nous l’inconnu. L’avenir de notre terre, comme son passé, changera des millions de fois de route. Le passé est un fait accompli; c’est le nôtre. L’avenir sera clos seulement à la mort du globe. D’ici là, chaque seconde amènera sa bifurcation, le chemin qu’on prendra, celui qu’on aurait pu prendre. Quel qu’il soit, celui qui doit compléter l’existence propre de la planète jusqu’à son dernier jour, a été parcouru déjà des milliards de fois. Il ne sera qu’une copie imprimée d’avance par les siècles8. De ces infinies bifurcations au sein des « terres-sosies » s’ensuit une répétition constante des événements historiques dans l’infini, parfois absolument identiques, parfois revêtus d’infimes différences, empruntant d'infimes bifurcations, qui entraînent des conséquences importantes : les Anglais perdant Waterloo, Bonaparte perdant Marengo, des échanges de victoires et de défaites dans des mondes qui ne peuvent coexister et qui pourtant coexistent. Le meurtre de César se reproduit éternellement, sans qu'il sache qu'il est déjà advenu une infinité de fois et qu’il adviendra encore. Les histoires des différentes terres ne coïncident pas en chacun de leurs points, ne suivent pas le même rythme, chacun de leurs événements est contemporain de tous les autres par l’intermédiaire des terres-sosies où ils adviennent à tout instant de l’infini temporel. Cette construction propose donc la coexistence dans le temps de mondes incompossibles, dont les histoires se juxtaposent avec des variations infinies de rythme, et amène à penser la présence parallèle de chacun des instants du passé et de l’avenir9. Chaque événement n'est pour Blanqui que la répétition d'une possibilité de l'histoire, histoire dont il récuse tout avènement originel et tout achèvement, toute origine temporelle et toute téléologie, ainsi que toute direction du temps autre que le retour de l'événement lui-même. Les passions humaines, qui ne sont pas pour lui soustraites à la loi de la répétition générale, permettent cependant de laisser l'avenir ouvert aux mondes possibles. Ainsi, par la grâce de sa planète, chaque homme possède dans l’étendue un nombre sans fin de doublures qui vivent sa vie, absolument telle qu’il la vit lui-même. Il est infini et éternel dans la personne d’autres lui-même, non- seulement de son âge actuel, mais de tous ses âges. Il a simultanément, par milliards, à chaque seconde présente, des sosies qui naissent, d’autres qui meurent, d’autres dont l’âge s’échelonne, de seconde en seconde, depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Walter Benjamin écrira : " Blanqui qui, au seuil de la mort, sait que le Fort du Taureau est sa dernière prison, [...] écrit ce livre pour se donner de nouvelles portes de cachot". La vision cosmique du monde que Blanqui expose en empruntant ses données à la physique mécaniste de la société bourgeoise, est une vision d’enfer. C’est en même temps un complément à la société dont Blanqui au soir de sa vie avait dû reconnaître la victoire. L’aspect bouleversant de cette ébauche est qu’elle est totalement dépourvue d’ironie. C’est une soumission sans réserve et, en même temps, c’est le réquisitoire le plus terrible qui puisse être prononcé à l’encontre d’une société qui projette dans le ciel cette image cosmique d’elle-même. Le texte, qui est, quant à la langue, d’un relief très marqué, entretient les relations les plus remarquables autant avec Baudelaire qu’avec Nietzsche10. Jorge Luis Borges écrira dans son « Histoire de l'éternité », qui recense les doctrines de l'éternel retour, que « celle de Blanqui est la mieux raisonnée et la plus complexe », en s'étonnant qu' « il crible de mondes analogues et dissemblables, non seulement le temps mais aussi l'espace interminable »11... Mais n’est-ce point une consolation de se savoir constamment, sur des milliards de terres, en compagnie des personnes aimées qui ne sont plus aujourd’hui pour nous qu’un souvenir ? En est-ce une autre, en revanche, de penser qu’on a goûté et qu’on goûtera éternellement ce bonheur, sous la figure d’un sosie, de milliards de sosies ? C’est pourtant bien nous. Pour beaucoup de petits esprits, ces félicités par substitution manquent un peu d’ivresse. Ils préféreraient à tous les duplicata de l’infini trois ou quatre années de supplément dans l’édition courante. On est âpre au cramponnement, dans notre siècle de désillusions et de scepticisme12. Les propositions contrefactuelles de Blanqui et de Morris13 permettent de se hausser sur les épaules de la Commune14 avec les yeux de leurs imaginaires, autorisant de nouveaux outils à la construction du projet. 7 - AUGUSTE BLANQUI – L'ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES Texte précédent Texte suivant Une méthode bifurcatrice, ainsi que la dimension d'une histoire contrefactuelle, sont à l'œuvre dans un texte du grand absent de la Commune, dont Marx écrivit qu'il était la tête qui lui avait manqué1, Auguste Blanqui. Arrêté par Adolphe Thiers, alors chef de l'état et du gouvernement, la veille du déclenchement de la Commune le 17 mars 1871, pour sa participation à l'émeute du 31 octobre 1870, incarcéré au fort du Taureau de Morlaix, il y commence la rédaction d'une « hypothèse astronomique » intitulée « L'éternité par les astres »2. Ce texte, écrit Jean-François Hamel dans son superbe essai, « Rien de nouveau sous les soleils - Répétition et origine de l’histoire dans « L’Eternité par les astres » de Blanqui »3, est « à la source de certaines des métaphores les plus obsédantes du XXème siècle, le temps comme jardin aux sentiers qui, incessamment, bifurquent chez [Jorge Luis Borges4], l’Histoire comme catastrophe et amoncellement interminable de ruines chez [Walter Benjamin5] ». Le texte de Blanqui contient les accents uchroniques dont s'inspirera Borges dans Le jardin aux sentiers qui bifurquent6 par exemple, impliquant la coexistence, simultanée ou non, de tous les possibles. Blanqui tente de démontrer la répétition incessante de l'univers qui, pourvu d'un nombre limité de corps simples sur notre planète - il en énumère 64 au début de son texte - est condamné à les répéter à l'infini pour peupler l’infini de l’univers : des terres-sosies existent à l’infini, peuplées par des infinités d’êtres-sosies qui accomplissent tous les possibles, à chaque instant, qui nous sont offerts de réaliser. Blanqui estime qu’ « avec un plan si monotone [rien à construire que des systèmes stellaires] et des éléments si peu variés, il n’est pas facile d’enfanter des combinaisons différentes, qui suffisent à peupler l’infini. Le recours aux répétitions devient indispensable7 ». Pas un caillou, pas un arbre, pas un ruisseau, pas un animal, pas un homme, pas un incident qui n’ait trouvé sa place et sa minute dans le duplicata. C’est une véritable terre-sosie... jusqu’à aujourd’hui du moins. Car demain, les événements et les hommes poursuivront leur marche. Désormais, c’est pour nous l’inconnu. L’avenir de notre terre, comme son passé, changera des millions de fois de route. Le passé est un fait accompli; c’est le nôtre. L’avenir sera clos seulement à la mort du globe. D’ici là, chaque seconde amènera sa bifurcation, le chemin qu’on prendra, celui qu’on aurait pu prendre. Quel qu’il soit, celui qui doit compléter l’existence propre de la planète jusqu’à son dernier jour, a été parcouru déjà des milliards de fois. Il ne sera qu’une copie imprimée d’avance par les siècles8. De ces infinies bifurcations au sein des « terres-sosies » s’ensuit une répétition constante des événements historiques dans l’infini, parfois absolument identiques, parfois revêtus d’infimes différences, empruntant d'infimes bifurcations, qui entraînent des conséquences importantes : les Anglais perdant Waterloo, Bonaparte perdant Marengo, des échanges de victoires et de défaites dans des mondes qui ne peuvent coexister et qui pourtant coexistent. Le meurtre de César se reproduit éternellement, sans qu'il sache qu'il est déjà advenu une infinité de fois et qu’il adviendra encore. Les histoires des différentes terres ne coïncident pas en chacun de leurs points, ne suivent pas le même rythme, chacun de leurs événements est contemporain de tous les autres par l’intermédiaire des terres-sosies où ils adviennent à tout instant de l’infini temporel. Cette construction propose donc la coexistence dans le temps de mondes incompossibles, dont les histoires se juxtaposent avec des variations infinies de rythme, et amène à penser la présence parallèle de chacun des instants du passé et de l’avenir9. Chaque événement n'est pour Blanqui que la répétition d'une possibilité de l'histoire, histoire dont il récuse tout avènement originel et tout achèvement, toute origine temporelle et toute téléologie, ainsi que toute direction du temps autre que le retour de l'événement lui-même. Les passions humaines, qui ne sont pas pour lui soustraites à la loi de la répétition générale, permettent cependant de laisser l'avenir ouvert aux mondes possibles. Ainsi, par la grâce de sa planète, chaque homme possède dans l’étendue un nombre sans fin de doublures qui vivent sa vie, absolument telle qu’il la vit lui-même. Il est infini et éternel dans la personne d’autres lui-même, non- seulement de son âge actuel, mais de tous ses âges. Il a simultanément, par milliards, à chaque seconde présente, des sosies qui naissent, d’autres qui meurent, d’autres dont l’âge s’échelonne, de seconde en seconde, depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Walter Benjamin écrira : " Blanqui qui, au seuil de la mort, sait que le Fort du Taureau est sa dernière prison, [...] écrit ce livre pour se donner de nouvelles portes de cachot". La vision cosmique du monde que Blanqui expose en empruntant ses données à la physique mécaniste de la société bourgeoise, est une vision d’enfer. C’est en même temps un complément à la société dont Blanqui au soir de sa vie avait dû reconnaître la victoire. L’aspect bouleversant de cette ébauche est qu’elle est totalement dépourvue d’ironie. C’est une soumission sans réserve et, en même temps, c’est le réquisitoire le plus terrible qui puisse être prononcé à l’encontre d’une société qui projette dans le ciel cette image cosmique d’elle-même. Le texte, qui est, quant à la langue, d’un relief très marqué, entretient les relations les plus remarquables autant avec Baudelaire qu’avec Nietzsche10. Jorge Luis Borges écrira dans son « Histoire de l'éternité », qui recense les doctrines de l'éternel retour, que « celle de Blanqui est la mieux raisonnée et la plus complexe », en s'étonnant qu' « il crible de mondes analogues et dissemblables, non seulement le temps mais aussi l'espace interminable »11... Mais n’est-ce point une consolation de se savoir constamment, sur des milliards de terres, en compagnie des personnes aimées qui ne sont plus aujourd’hui pour nous qu’un souvenir ? En est-ce une autre, en revanche, de penser qu’on a goûté et qu’on goûtera éternellement ce bonheur, sous la figure d’un sosie, de milliards de sosies ? C’est pourtant bien nous. Pour beaucoup de petits esprits, ces félicités par substitution manquent un peu d’ivresse. Ils préféreraient à tous les duplicata de l’infini trois ou quatre années de supplément dans l’édition courante. On est âpre au cramponnement, dans notre siècle de désillusions et de scepticisme12. Les propositions contrefactuelles de Blanqui et de Morris13 permettent de se hausser sur les épaules de la Commune14 avec les yeux de leurs imaginaires, autorisant de nouveaux outils à la construction du projet. Texte précédent Texte suivant

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 8

    Mardi 25 avril 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 8 Next Next Mardi 25 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 1067) Réquisition des appartements vacants en faveur des victimes du deuxième bombardement de Paris, facilitation par les municipalités des moyens de déménagement des demandeurs. La Commune de Paris. Considérant qu’il est de son devoir de fournir le logement aux victimes du second bombardement de Paris et considérant qu’il y a urgence, DÉCRÈTE : Art. 1er. Réquisition est faite de tous les appartements vacants. Art. 2. Les logements seront mis à la disposition des habitants des quartiers bombardés, au fur et à mesure des demandes. Art. 3. La prise en possession devra être précédée d’un état des lieux, dont copie sera délivrée aux représentants des possesseurs en fuite. Il sera également apposé les scellés sur tous les meubles contenant des objets portatifs Art. 4. Les municipalités sont chargées de l’exécution immédiate du présent décret. Elles devront, en outre, dans la mesure du possible, faciliter les moyens de déménagement aux citoyens qui en feront la demande. Paris, le 25 avril 1871. ______________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 1067) Nomination d'une commission de révision de la Cour martiale. La Commune de Paris, DÉCRÈTE : Une commission de révision, composée de cinq membres, est nommée pour statuer immédiatement sur les jugements prononcés par la cour martiale. Les citoyens V. Clément, Dereure, Longuet, Léo Meillet et Jules Vallès sont désignés pour en faire partie. ______________________________________________________ PROCLAMATION (p 1067) Nomination de Rigault à la Commission de sécurité et de Cournet à la Sûreté nationale. Le citoyen Raoul Rigault, délégué à la sûreté générale a donné sa démission ; il a été nommé membre de la commission de sûreté. Le citoyen Cournet a été nommé délégué à la sûreté générale. ______________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 1069) Réglementation des procès des sections spéciales, en vertu des principes d’intérêt social et d’équité, supérieurs à tous les événements - Jugement par les pairs, principes d'élection des jurys d’accusation, liberté de la défense. La Commune de Paris Considérant que si les nécessités de salut public commandent l’institution de juridictions spéciales, elles permettent aux partisans du droit d’affirmer les principes d’intérêt social et d’équité, qui sont supérieurs à tous les événements : Le jugement par les pairs ; L’élection des magistrats ; La liberté de la défense. DÉCRÈTE : Art. 1er. Les jurés seront pris parmi les délégués de la garde nationale élus à la date de la promulgation du décret de la Commune de Paris, qui institue le jury d’accusation. Art. 2. Le jury d’accusation se composera de quatre sections, comprenant chacune douze jurés tirés au sort, en séance publique de la Commune de Paris, convoquée à cet effet. Les douze premiers noms sortis de l’urne composeront la première section du jury. Il sera tiré en outre, pour cette section, huit noms de jurés supplémentaires, et ainsi de suite pour les autres sections. L’accusé et la partie civile pourront seuls exercer le droit de récusation. Art. 3. Les fonctions d’accusateur public seront remplies par un procureur de la Commune et par quatre substituts, nommés directement par la Commune de Paris. Art. 4. Il y aura auprès de chaque section un rapporteur et un greffier, nommés par la commission de justice. Art. 5. L’accusé sera cité à la requête du procureur de la Commune ; il y aura au moins un délai de vingt-quatre heures entre la citation et les débats. L’accusé pourra faire citer, même aux frais du trésor de la Commune, tous témoins à décharge. Les débats seront publiés. L’accusé choisira librement son défenseur, même en dehors de la corporation des avocats. Il pourra proposer toute exception qu’il jugera utile à sa défense. Art. 6. Dans chaque section, les jurés désigneront eux-mêmes leur président pour chaque audience. A défaut de cette élection, la présidence sera dévolue par la voie du sort. Art. 7. Après la nomination du président, les témoins à charge et à décharge seront entendus. Le procureur de la Commune ou ses substituts soutiendront l’accusation. L’accusé et son conseil proposeront la défense. Le président du jury ne résumera pas les débats. Art. 8. L’examen terminé, le jury se retirera dans la chambre de ses délibérations. Les jurés recevront deux bulletins de vote portant : le premier ces mots : L’accusé est coupable ; le second ces mots : L’accusé n’est pas coupable. Art. 9. Après sa délibération, le jury rentrera dans la salle d’audience. Chacun des jurés déposera son bulletin dans l’urne ; le scrutin sera dépouillé par le président ; le greffier comptera les votes et proclamera le résultat du scrutin. L’accusé ne sera déclaré coupable qu’à la majorité de huit voix sur douze. Art. 10. Si l’accusé est déclaré non coupable, il sera immédiatement relaxé. Art. 11. Toutes les citations devant le jury et toutes notifications quelconques pourront être faites par les greffiers des sections du jury d’accusation. Elles seront libellées sur papier libre et sans frais. Paris, le 22 avril 1871. ______________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMUNE DE PARIS, DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1069) Révocation des juges de paix, greffiers de justice de paix, juges, greffiers et commis-greffiers du tribunal de commerce, notaires, huissiers commissaires-priseurs, juges et greffiers des tribunaux civils, n’ayant pas fait dans les vingt-quatre heures de la publication du présent arrêté, la déclaration qu’ils continuent leurs fonctions et appliquent les dispositions légales introduites dans la législation par la Révolution du 18 mars. Délégation de la justice. Les membres de la Commune, délégué à la justice, ARRÊTE : Art. 1er. Les juges de paix, greffiers de justice de paix, les juges, greffiers et commis-greffiers du tribunal de commerce, les notaires, huissiers commissaires-priseurs, les juges et greffiers des tribunaux civils qui n’auront pas fait dans les vingt-quatre heures de la publication du présent arrêté, la déclaration qu’ils continuent leurs fonctions et appliquent les dispositions légales introduites dans la législation par la Révolution du 18 mars, seront considérés comme démissionnaires, et il sera pourvu considérés comme démissionnaires, et il ne sera pourvu à leur remplacement dans le plus bref délai. Art. 2. Les déclarations mentionnées en l’article 1er du présent arrêté, devront être faites à la délégation de la justice, place Vendôme, 13. Paris, le 24 avril 1871. Le membre de la Commune délégué à la justice. Eugène Protot. ______________________________________________________ ORDRE – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 1073) Organisation des batteries d’artillerie de marche, formées d'artilleurs entre 19 et 40 ans. ORDRE Il sera organisé des batteries d’artillerie de marche, formées de tous les artilleurs des différentes batteries qui sont compris entre 19 et 40 ans. Les batteries ainsi formées seront provisoirement au nombre de vingt, et porteront le numéro de leur arrondissement; elles sont convoquées à l’Ecole militaire, bâtiment de l’artillerie, aux jours et heures ci-dessous indiqués ; […] Paris, le 22 avril 1871. Le délégué à la guerre, Cluseret. ______________________________________________________ ARRÊTÉ – MAIRIE DU IIIème ARRONDISSEMENT (p 1080) Création d'une commission d'enquête par arrondissement sur le versement des pensions aux ayant-droits des gardes nationaux tués au service de la Commune. Mairie du IIIe arrondissement élection d’une commission d’enquête. Vu le décret de la Commune, en date du 10 avril 1871, concernant les pensions à accorder aux veuves et enfants des gardes nationaux tués au service de la Commune ; Vu l’article 5, portant création d’une commission d’enquête par arrondissement ; Considérant qu’il est juste que ces intéressés concourent à la formation de cette commission. Les membres de la Commune élus par le IIIe arrondissement. ARRÊTENT : Les délégués des compagnies des dix bataillons de la garde nationale sont convoqués pour le mardi 25 avril, à l’effet de nommer les six membres devant composer ladite commission d’enquête. L’élection aura lieu salle des Fêtes, à la mairie, à 8 heures du soir, sous la présidence d’un des membres de la Commune. Paris, le 23 avril 1871. Les membres de la Commune : Ant. Arnaud, Demay, Clovis Dupont, Pindy. ______________________________________________________ PROCLAMATION – MAIRIE DU IIIe ARRONDISSEMENT (p 1081) Remplacement des bons de pain par des cartes personnelles pour supprimer les queues journalières – Assistance communale plus une aumône mais un devoir des mandataires du peuple Suppression des bons de pain Citoyens, Dès notre entrée en fonctions, notre attention a été particulièrement appelée sur le service de la distribution des bons de pain, service qui a employé, jusqu’à ce jour, par le fait de l’ancienne administration, trente personnes, tant pour le timbrage que pour la distribution dans les sections. Il nous est impossible de consigner ici toutes les justes réclamations qui ont été portées à notre connaissance. Pour y donner satisfaction, nous nous sommes occupés de cette question, et voici le résultat de notre travail : A partir du 1er mai prochain, les bons de pain seront supprimés. Ils seront remplacés par des cartes personnelles, comme celles de fourneaux ; cartes qui ne seront soumises qu’à un contrôle hebdomadaire, et qui supprimeront les queues journalières que sont obligés de faire les intéressés à la délivrance de secours. Assistance à tous ceux qui en auront besoin, mais répression sévère des abus. De plus, réalisation d’une économie de plusieurs milliers de francs par mois. L’assistance communale ne devra plus être considérée, à l’avenir comme une aumône. C’est un devoir pour nous, mandataires du peuple, de soulager sa misère, de soutenir son courage, par nos efforts persévérants. Forts de l’approbation de nos administrés, nous ne cesserons d’apporter des réformes dans l’administration, réformes qui en profiteront à tous, et qui assureront l’avenir de la République démocratique et sociale. Paris, le 25 avril de 1871. Les membres de la Commune, Ant. Arnaud, Demay, Clovis Dupont, Pindy. ______________________________________________________ PROCLAMATION - SYNDICAT DES MÉCANICIENS (p 1105) Mandats des délégués du syndicat des mécaniciens et de l’association métallurgique à la Commission d’organisation du travail : supprimer l’exploitation de l’homme par l’homme, dernière forme de l’esclavage ; organiser le travail par associations solidaires à capital collectif et inaliénable. Syndicat des mécaniciens. Dans sa séance du 23 avril 1871, conformément au décret de la Commune, en date du 16 courant, le syndicat des mécaniciens et l’association métallurgique ont délégué à la commission d’organisation du travail deux citoyens avec les instructions générales suivantes : Considérant : Qu’avec la Commune, expression de la Révolution du 18 mars, l’égalité ne doit pas être un vain mot ; Que la lutte, si vaillamment soutenue et que nous voulons continuer jusqu’à l’extermination du dernier des cléricaux et royalistes, a pour but notre émancipation économique ; Que ce résultat ne peut être obtenu que par l’association des travailleurs qui, seule, doit transformer notre condition de salariés en associés ; Déclarons donner à nos délégués les instructions générales suivantes : Supprimer l’exploitation de l’homme par l’homme, dernière forme de l’esclavage ; Organiser le travail par associations solidaires à capital collectif et inaliénable. Pour le syndicat : Le Président, Delahaye. Les Assesseurs, A. Coudriet, A. Rigault Mercredi 26 avril 1871 Le sommaire du JO du 26 avril 1871 annonce dans son sommaire, les décrets et arrêtés suivants, qui ne sont cependant pas publiés dans les pages du 26 avril. - Arrêté autorisant la sortie des marchandises de transit. - Décret réorganisant le service de la vérification des poids et mesures. - Arrêté réglant provisoirement le transport des lettres pour la province et l’étranger. - Arrêté composant l’état-major de la légion Jeudi 27 avril 1871 ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 1143) Nomination d'Adolphe Voncken à la présidence des référés, des conciliations en matière de séparation de corps, et des légalisations de signataires Paris, le 26 avril 1871. La commission exécutive, Considérant que les magistrats du tribunal civil de la Seine ont lâchement abandonné leurs sièges et compromis les intérêts des citoyens ; Considérant qu’il importe de pourvoir immédiatement à l’expédition des affaires urgentes, en attendant la reconstitution complète des tribunaux civils par le suffrage universel, ARRÊTE : Article unique. Le citoyen Voncken (Adolphe), avocat près la cour d’appel de Paris et ancien magistrat de la République, est nommé président chargé des référés, des conciliations en matière de séparation de corps et des légalisations de signataires. La commission exécutive : Jules Andrieu, Cluseret, Frankel, Jourde, Paschal, Grousset, Protot, Cournet, Vaillant, Viard. Paris, le 26 avril 1871. ______________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 1146) Création de bureaux militaires dans chaque municipalité pour requérir les armes, rechercher les réfractaires, procéder au maintien actif des compagnies sédentaires pour assurer le service intérieur des postes, bastions et poternes. Le membre de la Commune délégué à la guerre, Vu le rapport de la commission de la guerre, ARRÊTE : Art. 1er. Il est créé dans chaque municipalité un bureau militaire composé de sept citoyens ; ils seront nommés par les membres de la Commune de chaque arrondissement. Leurs attributions sont ainsi fixées : Requérir les armes ; Rechercher les réfractaires pour les incorporer immédiatement dans les bataillons de l’arrondissement. Procéder en même temps au maintien sur le pied actif des compagnies sédentaires pour assurer le service intérieur des postes, bastions et poternes. Art. 2. Les conseils de légion donneront aux bureaux militaires leur action pleine et entière pour l’exécution des mesures prises ou à prendre avec le concours du Comité central de la garde nationale. Art. 3. Les chefs de légion seuls sont chargés de l’exécution des ordres mili- taires émanant de la place pour le service intérieur et le service extérieur. Art. 4. Afin d’assurer l’exécution constante du présent décret, et pour éviter tout conflit capable de l’entraver, les bureaux militaires, les conseils de légion, les chefs de légion adresseront chacun et chaque jour à la commission de la guerre, 90, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, un rapport écrit et sommaire donnant le résumé de leurs opérations. Art. 5. Afin de ménager les forces de la garde nationale, les municipalités, d’accord avec la légion, établiront un état du nombre et de l’importance des postes à desservir dans leur arrondissement. Fait à Paris, le 26 avril 1871. Le délégué à la guerre, Cluseret. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ AUX FINANCES (p 1148) Suspension des entrées en franchise pour cause d'abus. Le délégué aux finances, Considérant les nombreux abus auxquels donnent lieu les entrées en franchise, ARRÊTE : Art. 1er. Les entrées en franchise pour les subsistances destinées aux ministères, aux mairies et en général pour les subsistances de toute nature sont suspendues à partir du 28 avril. Art. 2. Le délégué aux finances s’entendra avec les divers services communaux pour les demandes de remboursement de certains droits d’entrée. Le membre de la Commune délégué aux finances. Jourde. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU XIIe ARRONDISSEMENT (p 1153) Exemption du service de la Garde nationale pour les seuls employés du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée. Quarante-huit heures sont données aux autres employés pour reprendre leur service ou se faire incorporer. Mairie du XIIe arrondissement Les membres de la Commune composant la municipalité du XIIe arrondissement. Considérant qu’aujourd’hui le devoir de tout citoyen est de voler à la défense de Paris, outrageusement bombardé par les ex-membres du gouvernement de la défense nationale, alliés aux capitulards bonapartistes : Attendus que l’élan spontané de la 12e légion se trouve refroidi d’une façon compromettante pour le salut de notre cité, par la lâcheté et la trahison de ceux qui fuient ou se cachent ; Qu’au point de vue de la morale, il est urgent de remédier à un état de choses qui ne tendrait à rien moins qu’à désorganiser la garde nationale et à servir les desseins les plus infâmes de la réaction royaliste. ARRÊTENT : Art. 1er. Les employés du matériel roulant du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée, c’est-à-dire conducteurs, chauffeurs-mécaniciens, serre-freins, les employés de la gare de Bercy et ceux du service actif de la voie, sont seuls exemptés du service de la garde nationale. Art. 2. Un délai de quarante-huit heures est donné aux citoyens de 19 à 40 ans ne faisant pas partie des catégories ci-dessus pour reprendre leur service ou se faire incorporer. Art. 3. Tout contrevenant sera immédiatement arrêté et mis à la disposition du conseil de guerre. Art. 4. Les bataillons de la 12e légion sont chargés de l’exécution du présent arrêté. Les membres de la Commune pour le XIIe arrondissement, Géresme, Longlas, Philippe, Theisz. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU XIIe ARRONDISSEMENT (p 1154) Création d'un comité de républicaines de bonne volonté dont la mission sera de rechercher toutes les misères cachées, et d’en faire un rapport aux membres de la Commune soussignés, qui s’empresseront de les soulager immédiatement. Les membres de la Commune composant la municipalité du XIIe arrondissement. Considérant qu’en vertu du mandat que les électeurs leur ont librement conféré, le devoir le plus strict leur est imposé de veiller aux intérêts du peuple ; Attendu que chaque jour d’innombrables demandes de secours sont adressées à la municipalité, qui s’empresse d’y faire droit, selon les ressources du budget ; Que, néanmoins, d’ignobles et basses spéculations ont lieu de la par des personnes auxquelles les secours sont libéralement attribués, tandis que bien des misères que la honte empêche de se produire, restent ignorées, ARRÊTENT : Art. 1er. Il est fait un appel aux citoyennes de bonne volonté. Art. 2. Il est formé dès à présent un comité de républicaines du XIIe arrondissement, dont la mission sera de rechercher toutes les misères cachées, et d’en faire un rapport aux membres de la Commune soussignés, qui s’empresseront de les soulager immédiatement. Art. 3. Les citoyens composant ledit comité sont mises directement sous la sauvegarde de la Commune et de la garde nationale. Les membres de la Commune pour le XIIe arrondissement, Géresme, Longlas, Philippe, Theisz. Les inscriptions sont reçues, à partir du 26 courant, à la mairie du XIIe arrondissement. Vendredi 28 avril ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ AU MINISTÈRE DES FINANCES (p 1179) Perception des arriérés d'impots dus par les compagnies de chemin de fer Paris, le 27 avril 1871. Le délégué au ministère des finances, Vu les lois et règlements réglant les rapports de l’Etat et les compagnies de chemins de fer ; Considérant qu’il importe de déterminer dans quelle proportion les impôts de toute nature dues par lesdites compagnies peuvent être perçus par la Commune de Paris ; Qu’il est nécessaire de fixer provisoirement le quantum de la somme à réclamer sur l’arriéré des impôts dus pour la période antérieure au 18 mars, mais que, par suite de la guerre avec l’Allemagne, certaines compagnies ont subi des pertes considérables dont il est juste de leur tenir compte ; Considérant qu’il y a lieu d’établir les bases sur lesquelles sera perçu l’impôt du dixième, et qu’il est équitable de fixer au vingtième de la redevance totale des autres impôts spéciaux aux chemins de fer la part applicable à la Commune de Paris depuis le 18 mars 1871 ; ARRÊTE : Art. 1er. Les compagnies du Nord et de l’Est, de l’Ouest, d’Orléans et de Lyon verseront au Trésor, dans un délai de quarante-huit heures, après la publication du présent arrêté, la somme de deux millions, imputables à l’arriéré de leurs impôts. Cette somme sera répartie de la manière suivante entre les compagnies susnommées : La compagnie du Nord 303 000 fr. La compagnie de l’Ouest 275 000 La compagnie de l’Est 354 000 La compagnie de Lyon 692 000 La compagnie d’Orléans 376 000 Total 2 000 000 fr. Art. 2. A partir du 18 mars, l’impôt du dixième sur les voyageurs et les transports à grande vitesse sera perçu sur la recette brute des gares de Paris (voyageurs et grande vitesse). Art. 3. L’abonnement pour le timbre des actions et obligations, les droits de transmission, l’impôt sur les titres au porteur, les patentes, les droits de licence et permis de circulation, les frais de police et de surveillance administrative et tous autres impôts analogues, seront perçus sur la somme totale due pour des impôts, à raison du vingtième de cette somme, en prenant pour base le produit net de l’exercice antérieur. Art. 4. Les contributions foncières seront dues en totalité, dans toute l’étendue du ressort de la Commune de Paris. Art. 5. Les compagnies de chemins de fer verseront dans la huitaine, entre les mains des différents préposés de la Commune, le montant des impôts de toute nature dus depuis le 18 mars jusqu’au 20 avril 1871 inclusivement. À partir du 20 avril, le compte en sera régulièrement arrêté et payés tous les dix jours. Le membre de la commune délégué aux finances, Jourde. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p 1182) Réglementation de la séquestration, en cas de danger imminent, attesté par le certificat d’un médecin ou la notoriété publique, des aliénés dans les établissements spéciaux Vu le rapport ci-dessus (voir rapport ci-dessous); Vu l’article 19 de la loi du 30 juin 1838, ainsi conçu : « En cas de danger imminent, attesté par le certificat d’un médecin ou la notoriété publique, les commissaires de police à Paris, et les maires dans les autres communes, ordonneront, à l’égard des personnes atteintes d’aliénation mentale, toutes les mesures provisoires nécessaires, à la charge d’en référer dans les vingt-quatre heures au préfet, qui statuera sans délai. » Nous, délégué civil à l’ex-préfecture de police : ARRÊTONS : Article unique. Les commissaires de police, à Paris, seront tenus d’adresser dans les vingt-quatre heures, conformément à la loi, à la 1re division, 5e bureau (ex-préfecture de police), toutes les pièces relatives à la séquestration des aliénés dans les établissements spéciaux. Paris, le 27 avril 1871. Le délégué, F. Cournet. ______________________________________________________ RAPPORT du chef de la première division au citoyen délégué à l’ex-préfecture de police Paris, le 26 avril 1871. Citoyen délégué, Je viens appeler votre attention sur cette branche de l’administration de la police qui concerne les aliénés et les établissements spéciaux qui leur sont affectés. Aux termes exprès de l’article 19 de la loi du 30 juin 1838, les commissaires de police à Paris, et les maires dans les autres communes, peuvent, sur le certificat délivré par le médecin ou sur la notoriété publique, en cas de danger imminent, ordonner la séquestration à l’égard des personnes frappées d’aliénation mentale. Mais ces mesures, prises pour la sécurité publique par les officiers civils, ne sont que provisoires, et ils sont tenus d’en référer au préfet, dans les vingt-quatre he res, qui lui seul, statue définitivement et sans délai. Jusqu’à présent, les commissaires de police ont procédé d’une façon toute différente, en opposition flagrante avec la loi qui régit la matière, et sur laquelle ils auraient toujours dû s’appuyer. Les commissaires de police ordonnent la mise des malades, d’urgence, dans des maisons d’aliénés, mais ne viennent pas, par l’envoi des pièces sur l’individu séquestré, régulariser sa position dans le délai fixé par la loi devant l’autorité préfectorale. Cette irrégularité que je vous signale, citoyen délégué, est fort grave ; elle peut amener des conséquences très regrettables et que nous devons éviter pour le bien de la chose publique. Il y a lieu d’inviter les commissaires de police à procéder conformément à la loi du 30 juin 1838, sur les aliénés. Recevez, etc. Le chef de la 1re division, Edmond Lenaud ______________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE, ÉTAT-MAJOR DE LA LÉGION (p 1183) Réorganisation des légions de la Garde nationale pour en assurer l'efficacité et la promptitude en fonction des besoins. Organisation des légions de la garde nationale Le chef de la légion commandant en chef du service actif, est élu dans la légion conformément aux principes de la fédération. Ce poste exige des connaissaces militaires suffisantes pur éviter et constater la valeur des chefs de bataillon, et une influence capable de faire exécuter les ordres du délégué à la guerre. Le colonel doit surveiller et passer en revue les bataillons, les familiariser aux prises d’armes ; il doit s’assurer en un mot de la valeur militaire des divers bataillons de sa légion. État-major de la légion. Considérant que l’organisation des bataillons de la garde nationale nécessité, de la part de l’état-major des légions une aptitude spéciale, ARRÊTE : L’état-major de la légion, composé de : Un chef d’état-major, Un major de place, Deux capitaines d’état-major, Et quatre adjudants, Est nommé par le délégué à la guerre. 1°. Le chef d’état-major chargé de l’administration, restant au dépôt. Cet officier, plus spécialement chargé de l’administration, doit condenser, contrôler le mouvement, de la légion. A lui appartient d’établir l’effectif et les réclamations d’effets d’habillement, d’équipement et d’armement, en un mot la situation des bataillons qu’il doit préparer tous les jours pour le rapport de chaque matin, en présence du délégué à la guerre, et recevoir de lui les ordres pour la journée, c’est- à-dire les vingt-quatre heures de la présentation, et communiquer ce résulta aux chefs de bataillon. Il est l’intermédiaire absolu et définitif entre le délégué à la guerre et la légion. 2°. Un major de place chargé du service de place. Cet officier doit être spécialement en rapport immédiat avec l’état-major de la place. Il doit connaître le service du bataillon. En rapport quotidien avec les adjudants-majors, il doit communiquer le service de la journée, donner le mot d’ordre et être prêt à former immédiatement le nombre exact des hommes de la légion disponibles pour le service. 3°. Deux capitaines d’état-major attachés, l’un au chef de la légion, l’autre au lieutenant-colonel. Ces deux officiers montés me paraissent indispensables. Ils assurent la prompte exécution des ordres donnés, et exercent en même temps une surveillance active de jour et de nuit. 4°. Un chirurgien principal remplissant les fonctions de médecin inspecteur. 5°. Quatre adjudants chargés du service des bureaux. Ces sous-officiers, sous la direction des différents chefs de l’état-major de la légion, établissent par un travail préparatoire surveillé et scrupuleusement contrôlé la situation présente chaque matin au rapport adressé au général délégué. […] ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1189) Nomination d'un huissier de justice Ministere de la justice Le membre de la commune délégué à la justice, ARRÊTE : Le citoyen Reby (Joseph) est nommé huissier à Paris Paris, le 25 avril 1871. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1189) Nomination de commissaires priseurs Le membre de la commune délégué à la justice, ARRÊTE : Sont nommés commissaires-priseurs à Paris les citoyens : Thélidon (Louis-Michel), Fleury (Paul), Plattet (Georges). ______________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À LA JUSTICE (p 1190) Nomination d'huissiers Le membre de la commune délégué à la justice, ARRÊTE : Sont nommés huissiers à Paris les citoyens : Criquet (Pierre-Elie). Maretheux (Louis-Anne). Chairmartin (Remy). Steyvers (Edouard). Hétru (Louis-Charles-Adrien). Baudy (Jean-Baptiste-Victor). Stoffel (Charles). Thouvenin (Jules). Chain (François-Marcelin). Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot. Paris, le 27 avril 1871. ______________________________________________________ ARRÊTÉ - MINISTERE DE LA JUSTICE (p 1190) Interdiction de la pêche à Paris, même à la ligne flottante, en raison de la saison du frai. La commission des services publics. Attendu que les règlements sur la pêche sont complètement mis en oubli par le public : Qu’il est urgent, vu la saison du frai, de faire cesser la pêche, ARRÊTE : Art. 1er. La pêche, même à la ligne flottante, est interdite dans la ville de Paris. Art. 2. Tout contrevenant à l’article ci-dessus du présent arrêté sera passible d’une amende de 10 francs et de la confiscation des engins de pêche. Fait à Paris, le 27 avril 1871. L’ingénieur secrétaire général des services publics, Ed. Caron. Vu et approuvé : Le Délégué De La Commune Aux Services Publics, Jules Andrieu

  • 4 - WILLIAM MORRIS, "NOUVELLES DE NULLE PART"

    WILLIAM MORRIS, éditeur britannique, designer, écrivain, imprimeur, inspirateur des mouvements Arts & Crafts et Art Nouveau et activiste socialiste puis libertaire, publie en 1890 les « Nouvelles de nulle part - Une ère de repos1 ». Le narrateur se réveille à Londres en 2102, et constate qu’une société telle que rêvée par la Commune est advenue : une société égalitaire, où s'exerce la démocratie directe, où l’argent et le mariage ont disparu, où l’état ne dispose plus que d’un faible rôle. Le travail n’est plus contraint mais d’un caractère épanouissant pour les individus, et les activités sociales, marquées par l’artisanat plus que par l’industrie, sont engagées dans un lien harmonieux avec la nature. La première traduction complète du roman paraît en 1902 chez l'éditeur G. Bellais. L’uchronie de Morris est résolument du côté littéraire, et constitue une réponse critique au roman de science-fiction socialiste d’Edward Bellamy, « Cent ans après ou l’an 2000 », paru en 1888 à Boston. Morris imagine, à la suite de l'idée de « déboulonnage » de la colonne Vendôme par Gustave Courbet, Trafalgar Square débarrassé de sa statue de l'amiral Nelson, et recouvert d'abricotiers qui lui confèrent un aspect champêtre... 4 - WILLIAM MORRIS, "NOUVELLES DE NULLE PART" Texte précédent Texte suivant WILLIAM MORRIS, éditeur britannique, designer, écrivain, imprimeur, inspirateur des mouvements Arts & Crafts et Art Nouveau et activiste socialiste puis libertaire, publie en 1890 les « Nouvelles de nulle part - Une ère de repos1 ». Le narrateur se réveille à Londres en 2102, et constate qu’une société telle que rêvée par la Commune est advenue : une société égalitaire, où s'exerce la démocratie directe, où l’argent et le mariage ont disparu, où l’état ne dispose plus que d’un faible rôle. Le travail n’est plus contraint mais d’un caractère épanouissant pour les individus, et les activités sociales, marquées par l’artisanat plus que par l’industrie, sont engagées dans un lien harmonieux avec la nature. La première traduction complète du roman paraît en 1902 chez l'éditeur G. Bellais. L’uchronie de Morris est résolument du côté littéraire, et constitue une réponse critique au roman de science-fiction socialiste d’Edward Bellamy, « Cent ans après ou l’an 2000 », paru en 1888 à Boston. Morris imagine, à la suite de l'idée de « déboulonnage » de la colonne Vendôme par Gustave Courbet, Trafalgar Square débarrassé de sa statue de l'amiral Nelson, et recouvert d'abricotiers qui lui confèrent un aspect champêtre... Texte précédent Texte suivant

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 1

    Lundi 20 mars 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 1 Next Next Lundi 20 mars 1871 L'EXÉCUTION DES GENERAUX LECOMTE ET CLÉMENT THOMAS (p 10) - Nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaye de flétrir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arrêt d’exécution n’a été signé par nous ; jamais la garde nationale n’a pris part à l’exécution d’un crime. Quel intérêt y aurait-elle ? Quel intérêt y aurions-nous ? C’est aussi absurde qu’infâme. Les membres du Comité central (de la Garde nationale) _____________________________________________________ LES BARRICADES (p14) Les habitants limitrophes des grandes voies de communication servant au transport des vivres pour l’alimentation de Paris sont invités à disposer leurs barricades de manière à laisser la libre circulation des voitures. Comité central de la garde nationale. _____________________________________________________ LA LIBERTE DE LA PRESSE (p19) - Les autorités républicaines de la capitale veulent faire respecter la liberté de la presse, ainsi que toutes les autres ; elles espèrent que tous les journaux comprendront que le premier de leurs devoirs est le respect dû à la République, à la vérité, à la justice et au droit, qui sont placés sous la sauvegarde de tous. - Le Journal officiel de la République française donne le démenti le plus formel aux bruits alarmants et aux calomnies répandus à dessein, par une certaine presse, depuis trois jours. Il met la capitale et la province en garde contre ces manœuvres coupables, qui doivent cesser sous la République et qui deviendraient bientôt un véritable danger. 21 mars Mardi 21 mars 1871 REPRIS DE JUSTICE (p37) - De nombreux repris de justice, rentrés à Paris, ont été envoyés pour commettre quelques attentats à la propriété, afin que nos ennemis puissent nous accuser encore. Nous engageons la garde nationale à la plus grande vigilance dans ses patrouilles. Chaque caporal devra veiller à ce qu’aucun étranger ne se glisse, caché sou s l’uniforme, dans les rangs de son escouade. C’est l’honneur du peuple qui est en jeu ; c’est au peuple à le garder. Fédération républicaine de la Garde nationale _____________________________________________________ ECHEANCES DES EFFETS DE COMMERCE (p24) - Considérant que, par exemple, la loi récente relative aux échéances des effets de commerce produira, si elle n’est rapportée, ou considérablement modifiée, les plus désastreux résultats, puisqu’en exigeant le payement à termes rapprochés des autres effets en souffrance, elle semble indiquer que la situation des souscripteurs qui se sont trouvés impuissants à payer avant ou pendant la période du siège, s’est améliorée depuis, ce qui est contraire à la vérité et au bon sens, et qu’en définitive ce décret a pour conséquence de laisser le débiteur à la merci du créancier, ce qu’il devait précisément avoir pour but d’éviter, comme l’ont sagement compris et décidé les Etats-Unis d’Amérique, après la guerre de sécession ; Proposition de Jules Mottu, maire du XIème arrondissement, à l'approbation de l'Assemblée nationale _____________________________________________________ REMISE DES LOYERS (p24) Jules Mottu propose à l’approbation de l’Assemblée nationale le projet de loi suivant : Art. 1er. Remise pleine et entière est faite aux locataires, habitant la ville de Paris, du payement des trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. Art. 2. Les sommes déjà payées par les locataires pour acquit ou comme acompte de ces trois termes seront comptées en déduction des prochains termes. Art. 3. La ville de Paris prend à sa charge le payement intégral aux propriétaires du montant de leurs locations pour les trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. _____________________________________________________ ELECTIONS MUNICIPALES (p39) Paris, ville libre, demande : 1- l'élection de la mairie de Paris, 2- l’élection des maires, adjoints et conseillers municipaux des vingt arrondissements de la ville de Paris ; 3° l’élection de tous les chefs de la garde nationale. 4° Paris n’a nullement l’intention de se séparer de la France, loin de là : il a souffert pour elle l’Empire, le gouvernement de la défense nationale, toutes ses trahisons et toutes ses lâchetés. Ce n’est pas, à coup sûr, pour l’abandonner aujourd’hui, mais seulement pour lui dire, en qualité de sœur aînée : Soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenu ; oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé ! Le commandant délégué à l’ex-préfecture de police, E. Duval. _____________________________________________________ INTERDICTION DE CONGEDIER LES LOCATAIRES (p41) Jusqu’à nouvel ordre, et dans le seul but de maintenir la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d’hôtel ne pourront congédier leurs locataires. _____________________________________________________ PAIEMENT DES INDEMNITES DE GUERRE (p42) Le comité central de la garde nationale est décidé à respecter les conditions de la paix. Seulement, il lui paraît de toute justice que les auteurs de la guerre maudite dont nous souffrons subissent la plus grande partie de l’indemnité imposée par nos impitoyables vainqueurs. Grêlier, Délégué à l’intérieur. _____________________________________________________ EMANCIPATION DES PROLETAIRES (p45) Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en mains la direction des affaires publiques. […] Ils ont fait preuve du plus grand désintéressement et de l’abnégation la plus absolue. A peine arrivés au pouvoir, ils ont eu hâte de convoquer dans ses comices le peuple de Paris, afin qu’il nomme immédiatement une municipalité communale dans les mains de laquelle ils abdiqueront leur autorité d’un jour. Il n’est pas d’exemple dans l’histoire d’un gouvernement provisoire qui se soit plus empressé de déposer son mandat dans les mains des élus du suffrage universel. En présence de cette conduite si désintéressée, si honnête et si démocratique, on se demande avec étonnement comment il peut se trouver une presse assez injuste, malhonnête et éhontée pour déverser la calomnie, l’injure et l’outrage sur des citoyens respectables, dont les actes ne méritent jusqu’à ce jour qu’éloge et admiration. Les amis de l’humanité, les défenseurs du droit, victorieux ou vaincus, seront toujours les victimes du mensonge et de la calomnie ? Les travailleurs, ceux qui produisent tout et qui ne jouissent de rien, ceux qui souffrent de la misère au milieu des produits accumulés, fruit de leur labeur et de leurs sueurs, devront-ils donc sans cesse être battus à l’outrage ? Ne leur sera-t-il jamais permis de travailler à leur émancipation sans soulever contre eux un concert de malédictions ? La bourgeoisie, leur aînée, qui a accompli son émancipation il y a plus de trois quarts de siècles, qui les a précédés dans la voie de la révolution, ne comprend- elle pas aujourd’hui que le tour de l’émancipation du prolétariat est arrivé ? Les désastres et les calamités publiques dans lesquels son incapacité politique et sa décrépitude morale et intellectuelle ont plongé la France devraient pourtant lui prouver qu’elle a fini son temps, qu’elle a accompli la tâche qui lui avait été imposée en 89, et qu’elle doit sinon céder la place aux travailleurs, au moins les laisser arriver à leur tour à l’émancipation sociale. Le prolétariat, en face de la menace permanente de ses droits, de la négation absolue de toutes ses légitimes aspirations, de la ruine de la patrie et de toutes ses espérances, a compris qu’il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées et d’en assurer le triomphe en s’emparant du pouvoir. C’est pourquoi il a répondu par la révolution aux provocations insensées et criminelles d’un gouvernement aveugle et coupable, qui n’a pas craint de déchaîner la guerre civile en présence de l’invasion et de l’occupation étrangères. L’armée, que le pouvoir espérait faire marcher contre le peuple, a refusé détourner ses armes contre lui, elle lui a tendu une main fraternelle et s’est jointe à ses frères. Que les quelques gouttes de sang versé, toujours regrettables, retombent sur la tête des provocateurs de la guerre civile et des ennemis du peuple, qui, depuis près d’un demi-siècle, ont été les auteurs de toutes nos ruines nationales. Le cours du progrès, un instant interrompu, reprendra sa marche, et le prolétariat accomplira, malgré tout, son émancipation ! Le délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ LECOMTE ET CLÉMENT THOMAS (p51) Tous les journaux réactionnaires publient des récits plus ou moins dramatiques sur ce qu’ils appellent « l’assassinat » des généraux Lecomte et Clément Thomas. Sans doute ces actes sont regrettables. Mais il importe, pour être impartial, de constater deux faits : 1° Que le général Lecomte avait commandé à quatre reprises, sur la place Pigalle, de charger une foule inoffensive de femmes et d’enfants ; 2° Que le général Thomas a été arrêté au moment où il levait, en vêtements civils, un plan des barricades de Montmartre. Ces deux hommes ont donc subi la loi de la guerre, qui n’admet ni l’assassinat des femmes ni l’espionnage. On nous raconte que l’exécution du général Lecomte a été opérée par des soldats de la ligne et celle du soldat Clément Thomas par des gardes nationaux. Il est faux que ces exécutions aient eu lieu sous les yeux et par les ordres du comité central de la garde nationale. Le comité central siégeait avant-hier rue Onfroy, près de la bastille, jusqu’à l’heure où il a pris possession de l’Hôtel-de- Ville ; et il a appris en même temps l’arrestation et la mort des deux victimes de la justice populaire. Ajoutons qu’il a ordonné une enquête immédiate sur ces faits. (20 mars : Le comité de la Fédération de la garde nationale, pour rendre hommage à la vérité, déclare qu’il est étranger à ces deux exécutions.) _____________________________________________________ CONSTITUTION DE L'ARMEE VERSAILLAISE (p 53) L’autorité militaire vient de recevoir avis de la prochaine arrivée dans Saône- et-Loire de 60 000 de nos soldats prisonniers revenant d’Allemagne. Ils seraient répartis entre les villes de Mâcon, chalon et Autun, mais n’y feraient qu’un court séjour. Ils recevront dans ces villes les effets dont ils manquent, et seront dirigés sur les corps auxquels ils appartiennent. Les magasins généraux d’habillement et de rééquipement seraient installés à Mâcon. 22 mars Mercredi 22 mars 1871 LE VOTE NOMINAL (p 64) Le comité central remet aux mains du peuple de Paris le pouvoir tombé de mains indignes. Les élections communales se feront d’après le mode ordinaire ; mais le comité central exprime le vœu qu’à l’avenir le vote nominal soit considéré comme le seul vraiment moral et digne des principes démocratiques. Le Comité central de la garde nationale _____________________________________________________ SOUVERAINETE DU PEUPLE (P 67) C’est à Paris qu’incombe le devoir de faire respecter la souveraineté du peuple et d’exiger qu’il ne soit point porté atteinte à ses droits. Paris ne peut se séparer de la province, ni souffrir qu’on la détache de lui. Paris a été, est encore et doit rester définitivement la capitale de la France, la tête et le cœur de la République démocratique, une et indivisible. Il a donc le droit incontestable de procéder aux élections d’un conseil communal, de s’administrer lui-même, ainsi que cela convient à toute cité démocratique, et de veiller à la liberté et au repos publics à l’aide de la garde nationale, composée de tous les citoyens élisant directement leurs chefs par le suffrage universel. Le comité central de la garde nationale, en prenant les mesures nécessaires pour assurer l’établissement du conseil communal de Paris et l’élection de tous les chefs de la garde nationale, a donc pris des mesures très sages, indispensables et de première nécessité. Le délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ LA PRESSE REACTIONNAIRE (p 68) AVERTISSEMENT : après les excitations à la guerre civile, les injures grossières et les calomnies odieuses, devaient nécessairement venir la provocation ouverte à la désobéissance aux décrets du Gouvernement siégeant à l’Hôtel-de-Ville, régulièrement élu par l’immense majorité des bataillons de la garde nationale de Paris (215 voix sur 266 environ). Plusieurs journaux publient en effet aujourd’hui une provocation à la désobéissance à l’arrêté du comité central de la garde nationale, convoquant les électeurs pour le 22 courant, pour la nomination de la commission communale de la ville de Paris. Voici cette pièce, véritable attentat contre la souveraineté du peuple de Paris, commis par des rédacteurs de la presse réactionnaire : Aux électeurs de Paris - déclaration de la presse Attendu que la convocation des électeurs est un acte de souveraineté nationale. Que l’exercice de cette souveraineté n’appartient qu’aux pouvoirs émanés du suffrage universel. Que par suite, le comité qui s’est installé à l’Hôtel-de-Ville n’a ni droit ni qualité pour faire cette convocation ; Les représentants des journaux soussignés regardent la convocation, affichée pour le 22 courant, comme nulle et non avenue, et engagent les électeurs à n’en pas tenir compte. Comme il l’a déjà déclaré, le comité central de la garde nationale, siégeant à l’Hôtel-de-Ville, respecte la liberté de la presse, c’est-à-dire le droit qu’ont tous les citoyens de contrôler, de discuter et de critiquer ses actes à l’aide de tout les moyens de publicité, mais il entend faire respecter les décisions des représentants de la souveraineté du peuple de Paris, et il ne permettra pas impunément que l’on y porte atteinte plus longtemps en continuant à exciter à la désobéissance à ses décisions et à ses ordres. Une répression sévère sera la conséquence de tels attentas, s’ils continuent à se produire. 23 mars Jeudi 23 mars 1871 DEPÊCHE PRUSSIENNE AU COMITE CENTRAL (p 73) Citoyens, le Comité centra a reçu du quartier général prussien la dépêche suivante : Commandement en Chef du 3e Corps d’armee Quartier général de Compiègne, le 21 mars 1871. Au commandant actuel de Paris. Le soussigné, commandant en chef, prend la liberté de vous informer que les troupes allemandes qui occupent les forts du nord et de l’est de Paris, ainsi que les environs de la rive droite de la Seine, ont reçu l’ordre de garder une attitude amicale et passive tant que les événements dont l’intérieur de Paris est le théâtre ne prendront point, à l’égard des armées allemandes, un caractère hostile et de nature à les mettre en danger, mais se maintiendront dans les termes arrêtés par les préliminaires de la paix. Le chef du quartier général, Signé : Von Schlotheim, Major général. _____________________________________________________ REPONSE Paris, le 22 mars 1871. Au commandant en chef du 2e corps des armées impériales prussiennes. Le soussigné, délégué du Comité central aux affaires extérieures, en réponse à votre dépêche en date de Compiègne, 21 mars courant, vous informe que la révolution accomplie à Paris par le Comité central, ayant un caractère essentiellement municipal, n’est en aucune façon agressive contre les armées allemandes. Nous n’avons pas qualité pour discuter les préliminaires de la paix votés par l’Assemblée de Bordeaux. Le Comité central et son délégué aux affaires extérieures. _____________________________________________________ LA LIBERTE DE LA PRESSE (p 74) La presse réactionnaire a recours au mensonge et à la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher les droits du peuple. Nous ne pouvons pas attenter à la liberté de la presse : seulement le gouvernement de Versailles ayant suspendu le cours ordinaire des tribunaux, nous prévenons les écrivains de mauvaise foi auxquels seraient applicables en temps ordinaires les lois de droit commun sur la calomnie et l’outrage, qu’ils seront immédiatement déférés au Comité central de la garde nationale. _____________________________________________________ DÉSERTIONS DANS LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES (p 74) Par suite de la désertion générale des employés du gouvernement, les services publics sont complètement désorganisés. Tous les employés administrations publiques qui, à partir du 25 de ce mois, n’auront pas repris leurs occupations habituelles, seront irrémissiblement destitués. (sans signature) _____________________________________________________ LA CHAMBRE SYNDICALE DES OUVRIERS TAILLEURS ET SCIEURS DE PIERRE (p 78) Citoyens, à l’appel de la patrie en danger, nous avons pris les armes, là était notre devoir, aujourd’hui, la misère et le lèpre nous ont atteints. Ce n’est que par un sublime effort que nous pourrons améliorer notre avenir. L’époque difficile que nous traversons doit nous avoir amenés à des réflexions sérieuses au sujet de notre position sociale comme travailleurs. Nous devons nous demander si nous, producteurs, nous devons continuer à faire vivre grassement ceux qui ne produisent rien ; si le système que l’on a suivi jusqu’ici est destiné à exister toujours, alors même qu’il nous est complètement opposé. Prouvons par notre attachement à la sainte cause de la démocratie que nous sommes dignes de tous les égards qui nous sont dus. Donc, travailleurs, à l’ouvrage ! car nos patrons ne songent en ce moment qu’à profiter de notre misère pour nous exploiter encore davantage, si cela est possible ; et, si nous savons nous entendre, nous mettrons un frein à leurs basses rapacités. À cet effet, nous convoquons les ouvriers tailleurs et scieurs de pierres à une réunion qui aura lieu jeudi, 23 mars 1871, à midi, place de la Corderie-du- Temple, 6 (salle Montier). _____________________________________________________ À NOUS LES AUDACIEUX ! (extrait, voir JO p 79) Quelques jours après la révolution du 4 septembre, le journal Le Siècle publiait l’article suivant, que nous nous empressons de reproduire. Il est certain que s’il eût servi d’inspiration aux habitants de Paris, ils n’auraient pas eu à subir les douleurs d’une honteuse capitulation. À NOUS LES AUDACIEUX ! Dans les situations difficiles, il faut l’intelligence prompte et les hardiesses in- connues. Les jeunes, les téméraires, les audacieux, les savants indisciplinés, de- viennent nos hommes. L’idée et l’action doivent être libres ; ne nous gênez plus, ne réglementez plus, débarrassez-vous une bonne fois des vieux colliers et des vieilles cordes. C’est le conseil que donnait l’autre jour notre ami Louis Jourdan, et ce conseil, c’est le salut. Les meilleurs en ces temps-ci sont ceux qui voient de loin et qui ont le jarret solide ; les meilleurs sont les intrépides du cerveau et du bras ; ce n’est point avec de vieux outils et de vieilles traditions qu’on défera le passé et qu’on fera l’avenir. Essayez donc du pas gymnastique avec les invalides, et vous verrez quelle carrière ils fourniront. Nous sentons cela, nous autres ; mais il s’en trouve qui ne le sentent point et ont le tort de se mettre à la place des éclaireurs, quand pour eux et pour nous ils seraient mieux dans la réserve et au dépôt. P. JOIGNEAUX. _____________________________________________________ LES AMBASSADES A PARIS (p 81) La Presse annonce que l’ambassade de Russie est la seule qui ait suivi le gouvernement exécutif à Versailles. Les représentants de l’Angleterre, de l’Autriche, de la Turquie, de l’Italie, etc., n’ont pas quitté Paris. Ils en ont référé à leurs gouvernements respectifs, dont ils attendent les réponses pour prendre une résolution. 24 mars Vendredi 24 mars 1871 CORRUPTION (p 87) De nombreux agents bonapartistes et orléanistes ont été surpris faisant des distributions d’argent pour détourner les habitants de leurs devoirs civiques. Tout individu convaincu de corruption ou de tentative de corruption sera immédiatement déféré au comité Central de la garde nationale. Pour le comité central, E. Lebeau, Délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ MORT AUX VOLEURS (p 88) On voit placardée sur une des portes de l’Hôtel-de-Ville l’affiche suivante : République Française Liberté — Egalité — Fraternité — Justice MORT AUX VOLEURS Tout individu pris en flagrant délit de vol sera immédiatement fusillé. _____________________________________________________ LES ELECTIONS (p 88) Votre légitime colère nous a placés le 18 mars au poste que nous ne devions occuper que le temps strictement nécessaire pour procéder aux élections communales. Vos maires, vos députés, répudiant les engagements pris à l’heure où ils étaient des candidats, ont tout mis en œuvre pour entraver ces élections, que nous voulions faire à bref délai. La réaction, soulevée par eux, nous déclare la guerre. Nous devons accepter la lutte et briser la résistance, afin que vous puissiez y procéder dans le calme de votre volonté et de votre force. Jusque-là, les mesures les plus énergiques seront prises pour faire respecter les droits que vous avez revendiqués. Hôtel-de-Ville, 22 mars 1871. Le Comité central de la garde nationale _____________________________________________________ REINCARCERATIONS (p 89) Dès son arrivée au pouvoir, M. Jules Favre s’est empressé de faire mettre en liberté Pic et Taillefer, condamnés pour vol et faux en écriture dans l’affaire de l’Etendard. Ledit Taillefer, rencontré hier par une de ses anciennes connaissances, a été de suite mené devant un commissaire de police récemment nommé, qui a ordonné sa réincarcération immédiate. _____________________________________________________ CONDAMNATION À MORT DE BLANQUI (p90) Nous avons publié la protestation du citoyen Blanqui contre sa condamnation à mort, prononcée par les hommes du 4 septembre. Nous donnons aujourd’hui celle du citoyen Flourens : Citoyens, en présence du jugement qui me frappe, il est de mon devoir de protester de la façon la plus énergique contre la violation de tous les droits inscrits dans toutes les constitutions. L’accusé doit être jugé par ses pairs. Tel est le texte de la loi. Or, je dénie complètement aux assassins patentés de la réaction le titre de juges. Nommés par un pouvoir qui n’avait encore été reconnu par personne le 31 octobre 1870, ils ne peuvent puiser leur peuvent puiser leur puissance qu’en dehors de la loi. D’ailleurs j’ai appris, par une longue expérience des choses humaines, que la liberté se fortifiait par le sang des martyrs. Si le mien peut servir à cimenter l’union de la patrie et de la liberté, je l’offre volontiers aux assassins du pays et aux massacreurs de janvier. Salut et fraternité. G. Flourens. _____________________________________________________ FORTUNES (extrait voir JO p95) On nous communique la lettre suivante1 : On se préoccupe beaucoup d’arracher la France à l’occupation prussienne en payant à nos vainqueurs l’énorme indemnité qu’ils réclament, et on propose plusieurs expédients, tous plus insuffisants les uns que les autres. Permettez-moi de vous exposer la seule mesure qui soit vraiment équitable et vraiment rationnelle. En étudiant le jeu de nos institutions économiques, on constate que les diverses fortunes se forment et se développent dans la proportion suivante : 1, 2, 3, 4, 8, 16 ; et inversement que les ménages, possédant ces diverses fortunes, sont dans le rapport dans le rapport de 16, 8, 4, 2, 1. Il ne peut pas en être autrement, sans quoi la misère ou l’opulence serait générale. (…) Eh bien ! que les fortunes de ce dernier groupe composé en grande partie des organisateurs ou des favoris du banditisme soient taxées d’une remise de 3 à 4 %, et on réalisera immédiatement la somme nécessaire à la rapacité allemande. Les statistiques des économistes des économies sont d’accord avec moi dans cette répartition de la richesse publique. _________ 1-anonyme

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 9

    Samedi 29 avril 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 9 Next Next Samedi 29 avril 1871 ARRÊTÉ - COMMISSION EXÉCUTIVE (p 1218) Suppression des amendes aux employés et ouvriers, infligées sous de futiles prétextes, et qu’en droit, rien n’autorise, qui déguisent une diminution de salaire et profitent aux intérêts de ceux qui les imposent, aussi immorales au fond que dans la forme. Paris, le 28 avril 1871. La Commission exécutive, Considérant que certaines administrations ont mis en usage le système des amendes ou des retenues sur les appointements et sur les salaires ; Que ces amendes sont infligées souvent sous les plus futiles prétextes et constituent une perte réelle pour l’employé et l’ouvrier ; Qu’en droit, rien n’autorise ces prélèvements arbitraires et vexatoires ; Qu’en fait, les amendes déguisent une diminution de salaire et profitent aux intérêts de ceux qui les imposent ; Qu’aucune justice ne préside à ces sortes de punitions, aussi immorales au fond que dans la forme ; Sur la proposition de la commission du travail, de l’industrie et de l’échange, ARRÊTE : Art. 1er. Aucune administrative privée ou publique ne pourra imposer des amendes ou des retenues aux employés, aux ouvriers, dont les appointements convenus d’avance doivent être intégralement soldés. Art. 2. Toute infraction à cette disposition sera déférée aux tribunaux. Art. 3. Toutes les amendes et retenues infligées depuis le 18 mars, sous prétexte de punition, devront être restituées aux ayants droit, dans un délai de quinze jours à partir de la promulgation du présent décret. Paris, le 27 avril 1871. La commission exécutive, Jules Andrieux, Cluseret, Léo Frankel, Paschal Grousset, Jourde, Protot, Vaillant, Viard. ____________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMISSION EXÉCUTIVE (p 1219) Interdiction du travail de nuit pour les boulangers, après consultation des patrons et ouvriers, en exécution du décret. La Commission exécutive, En exécution du décret relatif au travail de nuit dans les boulangeries. Après avoir consulté les boulangers, patrons et ouvriers. ARRÊTE : Art. 1er. Le travail de nuit est interdit dans les boulangeries à partir du mercredi 3 mai. Art. 2. Le travail pourra commencer avant cinq heures du matin. Art. 3. Le délégué aux services publics est chargé de l’exécution du présent arrêté. Paris, le 28 avril 1871. La commission exécutive, Jules Andrieux, Cluseret, Léo Frankel, Paschal Grousset, Jourde, Protot, Vaillant, Viard ____________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À L'ENSEIGNEMENT (p 1219) Création de la commission d’organisation de l’enseignement, afin de donner à l’enseignement primaire et professionnel un modèle uniforme dans les divers arrondissements de Paris Considérant qu’il est nécessaire d’organiser, dans le plus bref délai, l’enseignement primaire et professionnel sur un modèle uniforme dans les divers arrondissements de Paris ; Considérant qu’il est urgent de hâter partout où elle n’est pas encore effectuée la transformation de l’enseignement religieux en enseignement laïque : Afin d’aider dans ce travail la commission de l’enseignement, Le délégué de la Commune à l’enseignement, ARRÊTE : 1° Une commission est instituée sous le nom de commission d’organisation de l’enseignement ; 2° Elle est composée des citoyens André, Acosta, Manier, Rama, Sanglier. E. Vaillant. Paris, le 28 avril 1871. ____________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À L'ENSEIGNEMENT (p 1220) Licenciement du directeur de la Bibliothèque nationale Le délégué de la Commune à l’enseignement, ARRÊTE : Le citoyen Vincent, directeur de la Bibliothèque nationale, est relevé de ses fonctions. Le citoyen Vincent avait été nommé directeur de la Bibliothèque nationale par le citoyen Cournet, alors délégué à l’intérieur ; c’est sur proposition du citoyen Cournet que le citoyen Vincent vient d’être relevé de ses fonctions. E. Vaillant. Paris, le 28 avril 1871. ____________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 1221) Les gardes nationaux, dont la mobilité dans les grades détruit la discipline, seront désormais munis d'une commission. Ils ne pourront perdre leurs grades que par un jugement ou décret spécial du délégué à la guerre. Le délégué à la guerre, Considérant que la mobilité dans les grades détruit la discipline et l’organisation de la garde nationale, ARRÊTE : Tout officier, régulièrement élu sera muni d’une commission délivrée par le chef de légion. Cette commission portera qu’elle est délivrée sur le vu du procès-verbal d’élection. Celles des capitaines et officiers supérieurs seront visées par le délégué à la guerre. Une fois muni de sa commission, l’officier ne peut plus perdre son grade que par un jugement ou décret spécial du délégué à la guerre. Toute personne qui portera des insignes d’officier, sans être munie de sa commission, sera immédiatement arrêtée et emprisonnée quels que soient les grades qu’il ait pu obtenir antérieurement à l’élection ou autrement. Paris, le 28 avril 1871. Le délégué à la guerre, Cluseret. ____________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (extrait JO voir p 1222) Nominations de chirurgiens-majors, médecins-majors et aides-majors MINISTERE DE LA GUERRE Par arrêté du délégué au ministère de la guerre, ont été nommés : Le citoyen Courier (Philippe), chirurgien-major du 83e bataillon. Le citoyen Chiachino (Louis), chirurgien-major du 21e bataillon. Le citoyen Joyeux, chirurgien-major du 129e bataillon. […] Le 28 avril 1871 ____________________________________________________ ARRÊTÉ - DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ADMINISTRATION DE L’ASSISTANCE PUBLIQUE (p 1225) Nomination de Lupicin-Léopold Paget directeur de l'Hotel-Dieu. Le directeur général de l’administration de l’assistance publique. ARRÊTE : Le citoyen Paget (Lupicin-Léopold) est nommé directeur de l’Hôtel-Dieu, en remplacement du citoyen Brelet, révoqué. Le Directeur Général, Treillard. Fait à Paris, Le 28 Avril 1871. ____________________________________________________ PROCLAMATION - MAIRIE DU IIIe ARRONDISSEMENT (p 1227) Fournitures nécessaires à l'instruction seront données gratuitement aux élèves des écoles communales. Mairie du IIIe arrondissement Fournitures gratuites aux élèves des écoles communales Nous informons les parents des élèves qui fréquentent nos écoles qu’à l’avenir toutes les fournitures nécessaires à l’instruction seront données gratuitement par les instituteurs, qui les recevront de la mairie. Les instituteurs ne pourront, sous aucun prétexte, faire payer des fournitures aux élèves. Paris, le 18 avril 1871. Les membres de la Commune, Ant. Arnaud, Demay, Dupont Pindy. ____________________________________________________ ARRÊTÉ - MAIRIE DU XIe ARRONDISSEMENT (p 1228) Evacuation des églises, temples et synagogues occupés par la Garde nationale. L’administrateur délégué à la mairie du IXe arrondissement, Considérant que l’occupation par la garde nationale de certains édifices de l’arrondissement, consacrés au culte, n’a plus de raison d’être par suite des perquisitions que la sûreté générale y a fait opérer ; ARRÊTE : Les églises, temples et synagogues du XIe arrondissement, qui pourraient être occupés par la garde nationale devront être évacués par elle dans la journée de samedi 29 avril. L’exécution du présent arrêté est confiée au colonel de la 9e légion. Bayeux-Dumesnil. Paris, le 28 avril 1871 Dimanche 30 avril 1871 ARRÊTÉ - COMMISSION EXÉCUTIVE (p 1255) Nomination d'un notaire La Commission exécutive, ARRÊTE : Le citoyen Rabit (Jean-Armand) est nommé notaire à Paris. Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot. Paris, le 29 avril 1871. ____________________________________________________ ARRÊTÉ - COMMISSION EXÉCUTIVE (p 1255) Nomination d'un notaire La Commission exécutive, ARRÊTE : Le citoyen Gout (Jules-Henri) est nommé notaire à Paris. Jules Andrieu, Cluseret, Leo Frannckel, Paschal Grousset, Jourde, Cournet, Protot, Vaillant, Viard. Pour ampliation : Le membre de la Commune délégué à la justice, Eugène Protot. Paris, le 29 avril 1871. ____________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ DE LA COMMUNE À L’ENSEIGNEMENT (p 1256) Nomination d'Elie Reclus directeur de la Bibliothèque nationale Le délégué de la Commune à l’enseignement, ARRÊTE : Le citoyen Elie Reclus est nommé directeur de la Bibliothèque nationale. E. Vaillant. Paris, le 29 avril 1871. ____________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ AU MINISTÈRE DE LA GUERRE (extrait voir p 1258) Nomination de chirurgiens-major, médecin-major et aides-major Le 27 avril. Par arrêtés du délégué au ministère de la guerre, ont été nommés : Le docteur Lambrieu, médecin-major du 162e bataillon. Le docteur Lemaguet, médecin-major du 94e bataillon. Le docteur Bougarel, médecin-major du 72e bataillon. […] Lundi 1er mai 1871 ARRÊTÉ - COMMISSION EXÉCUTIVE (p 1283) Nomination de Rossel Délégué à la guerre Paris, le 30 avril 1871. La Commission exécutive, ARRÊTE : Le citoyen Rossel est chargé, à titre provisoire, des fonctions de délégué à la guerre. La commission exécutive : Jules Andrieu, Paschal Grousset, Ed. Vaillant, F. Cournet, Jourde. ____________________________________________________ PROCLAMATION (p 1283) Révocation de Cluseret comme délégué à la guerre, son arrestation approuvée par la Commune. Le citoyen Cluseret est révoqué de ses fonctions de délégué à la guerre. Son arrestation, ordonnée par la commission exécutive, est approuvée par la Commune. ____________________________________________________ ORDRES - DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 1287) Nomination de Gaillard Père à la construction des barricades - Elargissement du commandement du général Wroblewski Le citoyen Gaillard père est chargé de la construction des barricades formant une seconde enceinte en arrière des fortifications. Il désignera ou fera désigner par les municipalités, dans chacun des arrondissements de l’extérieur, les ingénieurs ou délégués chargés de travailler sous ses ordres à ces constructions. Il prendra les ordres du délégué à la guerre pour arrêter les emplacements de ces barricades et leur armement. Outre la seconde enceinte indiquée ci-dessus, les barricades comprendront trois enceintes fermées ou citadelles, situées au Trocadéro, aux buttes Montmartre et au Panthéon. Le tracé de ces citadelles sera arrêté sur le terrain par le délégué à la guerre, aussitôt que les ingénieurs chargés de ces constructions auront été désignés. Le général Wroblewski étendra son commandement sur toute la rive gauche de la Seine, aux troupes et aux forts situés d’Issy à Ivry. Les commandants des forts, les commandants des troupes et autres officiers et employés de la Commune, le reconnaîtront en cette qualité et obéiront à ses ordres. Le délégué à la guerre, Rossel. Paris, le 30 avril 1871. Mardi 2 mai 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 1326) Création d'un Comité de salut public – Les pouvoirs les plus étendus sur toutes les délégations et commissions sont donnés à ce comité, qui ne sera responsable qu’à la Commune. Paris, le 1er mai 1871. Art. 1er. Un comité de salut public sera immédiatement organisé. Art. 2. Il sera composé de cinq membres, nommés par la Commune, au scrutin individuel. Art. 3. Les pouvoirs les plus étendus sur toutes les délégations et commissions sont donnés à ce comité, qui ne sera responsable qu’à la Commune. La Commune DÉCRÈTE : Les membres de la Commune ne pourront être traduits devant aucune autre juridiction que la sienne (celle de la Commune) : Ont été nommés membres du comité de salut public les citoyens Antoine Arnaud, Léo Meillet, Ranvier, Félix Pyat et Charles Gérardin. ____________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ AU MINISTÈRE DES FINANCES (p 1327) Versement de l'arriéré d'impots de la compagnie du chemin de fer de Ceinture Le membre de la commune délégué au ministère des finances, Vu les lois et règlements réglant les rapports des compagnies de chemins de fer avec l’Etat ; Vu également notre arrêté en date du 27 avril 1871 ; Considérant que tous les établissements de la compagnie du chemin de fer de Ceinture sont situés dans le ressort de la Commune de Paris, ARRÊTE : Art. 1er. La compagnie du chemin de fer de Ceinture versera dans la huitaine, entre les mains des différents préposés de la Commune, l’arriéré de ses impôts de toute nature. Art. 2. Ce versement comprendra le montant de tous les impôts dus, depuis le dernier payement effectué jusqu’au 30 avril 1871 inclusivement. A partir du 1er mai, le compte des impôts du chemin de fer de Ceinture sera régulièrement arrêté et payé tous les dix jours. Paris, le 1er mai 1871. Le membre de la Commune délégué aux finances, Jourde

  • 13 - LE SACRE COEUR OU L’ENFER DES « BONNES » INTENTIONS

    Un exemple très actuel de ces contradictoires positions officielles est lié à l’inscription récente du Sacré Cœur de Montmartre aux monuments historiques, quatre années seulement après la réhabilitation en 2016, par l’Assemblée Nationale, des victimes de la Commune (supra). Un article du Monde rapporte de manière bienveillante les propos du Ministère de la Culture1 qui acte ce statut dans le cadre d’une « signification symbolique de réconciliation, puisqu’il protège en même temps un lieu du culte catholique et le théâtre de la révolte du peuple de Paris », c’est à dire la basilique, ses abords, et le square Louise Michel. Le Monde rappelle opportunément et fidèlement que « le Sacré-Cœur est visité par 10 millions de personnes par an » et aussi, dans un souci de précision, que la construction de la basilique « avait répondu à un vœu émis en octobre 1871 pour expier la défaite de la France face à la Prusse », ce qui n’est pas tout à fait exact, comme nous allons le voir. Nous rappellerons à notre tour, tout aussi utilement, les étapes et le contexte politique de la construction de la basilique : - le 4 septembre 1870, Félix Fournier, évêque de Nantes, adresse un courrier aux curés de son évêché dans lequel attribue la défaite française à un châtiment divin, « après un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 1789 » (et donc celles qui ont suivi, 1830 et 1848). Ce document est fort probablement à l’origine du vœu d’Alexandre Legentil, et du projet du Sacré Cœur. - en 1870, Alexandre Legentil, propriétaire du grand magasin Au Petit Saint-Thomas à Paris, et président de la société Saint-Vincent-de-Paul, rebondissant sur cette volonté d’absolution créé, avec son beau-frère Hubert Rohault de Fleury et le soutien du cardinal Pie, évêque de Poitiers2, une confrérie patriotique et spirituelle, le « Vœu national » dans le but de réaliser la « consécration nationale de la France ». Ils souhaitent construire un sanctuaire dédié au Sacré Cœur de Jésus, principe qui repose sur l’esprit d'expiation. Les deux beaux-frères sont en outre disciples de Frédéric Ozanam, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul qui « a uni au service des plus pauvres le monde orléaniste des affaires de la rive droite au monde légitimiste de l'aristocratie terrienne de la rive gauche3 ». - en janvier 1871, Alexandre Legentil rédige un vœu: En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l'Église et du Saint-Siège, et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ nous nous humilions devant Dieu et réunissant dans notre amour l'Église et notre Patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés. [...] Nous promettons de contribuer à l'érection à Paris d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus. Le vœu d’Alexandre Legentil entre dans un contexte politique, militaire et religieux qu’il est nécessaire de resituer pour en prendre la mesure : - le contexte politico-religieux français : le 24 mai 1873, le Maréchal Mac Mahon est élu président de la République par l’Assemblée Nationale, alors dirigée par une majorité de députés royalistes élus en février 1871. La politique menée est celle de l’Ordre moral, favorable à une « reprise en main » de la société par l’église catholique. La France rurale (2/3 des votants en 1876), effrayée par les républicains, de dangereux « partageux qui veulent modifier la répartition de la propriété des terres »4 est très majoritairement en faveur des monarchistes. A Paris, les communards avaient en outre pris des mesures sociales qui avaient malmené leur attachement traditionaliste à la famille et à la religion catholique. Le 23 juillet 1873, cette assemblée nationale vote la basilique d’utilité publique. Janice Best, dans « Les Monuments de Paris sous la Troisième République, contestation et commémoration du passé » 5, écrit : [La basilique] devint une partie intégrante du programme du gouvernement Mac-Mahon de rétablir l'ordre moral et la Monarchie, à la suite des événements de la Commune de Paris. - Le Resorgimento : une autre dimension du contexte politico-religieux est celle de l’unification de l’Italie, appelée Resorgimento. Les troupes de Napoléon III participent d’abord à l’unification italienne contre l'empire d'Autriche en 1859, afin de « favoriser le principe de souveraineté des peuples », mais aussi dans l’espoir d’annexer Nice et la Savoie6. Napoléon finit par modérer son action italienne en raison de la menace prussienne, mais aussi pour rassurer les catholiques, inquiets des torts causés aux intérêts de Pie IX par l’annexion de Rome, capitale des états pontificaux, en septembre 1870. Ce sont les « attentats sacrilèges » qu’évoque Legentil dans le texte de son vœu. Napoléon III, s’opposant à l’annexion par l’Italie des dernières possessions du pape, Victor-Emmanuel, premier roi d’Italie, profitera de sa chute pour achever l’unification de la péninsule. Le pape Pie IX se considère dès lors « prisonnier au Vatican ». C’est cette déclaration, provoquée par l’achèvement de l’unification italienne, qui va faire dire à Legentil : « nous avons été coupables et justement châtiés » [...] « par nos malheurs ». Quelques uns des accomplissements de Pie IX donneront une idée du contexte religieux de l’époque, soutenu par Legentil : - reconnaissance de l'esclavage qui, « en lui-même, n'est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d'esclavage » ; - rédaction du Syllabus de l’encyclique Quanta cura en 1864, « Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps », qui condamne le monde moderne, le rationalisme, le socialisme, la science. Le Syllabus inclut dans la liste de ces erreur le fait que « le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » ; - proclamation du dogme de l’immaculée conception ; - proclamation de l’infaillibilité pontificale. - la notion de « recharge sacrale » encadre également le contexte de la construction de la basilique : celle-ci est liée à la volonté, au XIXème, des autorités catholiques de « reconstituer la puissance sacrale des pratiques religieuses, des objets et lieux saints, à la suite de la désacralisation radicale et destructrice opérée par la Révolution française »7. - le contexte géographique : la loi d’utilité publique offre à l’archevêque de Paris la possibilité d’acquérir un terrain sur la colline de Montmartre, par voie d’expropriation si nécessaire. Ce site présente un double intérêt : il fera de la basilique le bâtiment le plus haut et donc le plus visible de la capitale, et il se trouve précisément sur les lieux où commença la Commune de Paris, là où étaient entreposés les canons de la Garde nationale que Thiers tenta de récupérer en envoyant l’armée. L’occupation de ce terrain va permettre d’achever l’œuvre d’expiation. A la suite du vote d’utilité publique de 1873, a lieu le 16 juin 1875 la cérémonie de pose de la première pierre de la basilique. Rohault de Fleury écrira : Oui, c’est là où la Commune a commencé, là où ont été assassinés les généraux Clément-Thomas et Lecomte, que s’élèvera l’église du Sacré Cœur ! Malgré nous, cette pensée ne pouvait nous quitter pendant la cérémonie dont on vient de lire les détails. Nous nous rappelions cette butte garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une population qui paraissait hostile à toute idée religieuse et que la haine de l’Église semblait surtout animer. La basilique sera achevée en 1923. Elle s'est imposée, indique la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d'Ile-de-France comme une référence en matière d'architecture religieuse au moins jusque dans les années 1950, et est devenue un édifice parisien incontournable voire iconique pour les nombreux visiteurs de la capitale. Il n’est plus très utile de commenter les raisons pour lesquelles l’inscription du Sacré Cœur de Montmartre aux monuments historiques n’a pas une « signification symbolique de réconciliation ». Elles s’imposent d’elles-mêmes par le récit du contexte. Il ne s’agit pas de n’importe quelle version du culte catholique, dans n’importe quel contexte, ni de n’importe quelle révolte du peuple de Paris. La votation va plutôt consacrer une irréductible irréconciliation. Pour conclure ce délicat chapitre, notons la position intéressante, mais ajoutant quelque peu à la confusion générale, du Ministère des armées, qui propose, afin « d’étoffer votre culture générale et briller le matin devant vos collègues à la machine à café », sa version de la réconciliation que constitue le Sacré Coeur : Les mémoires collectives ont retenu que l’Assemblée nationale vote le 23 juillet 1873 l’édification d’une église à Montmartre, lieu où débuta le soulèvement parisien, comme symbole de réconciliation et pour laver les crimes commis lors de ce conflit franco-français8. Quant à la thèse souvent avancée de « la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, érigée pour expier les crimes de la Commune en application de la loi du 24 juillet 1873 », qui opère un raccourci avec l’histoire, elle nous vient, de manière étonnante, du « rapport d’information fait en application de l’article 145 du règlement au nom de la mission d’information sur les questions mémorielles » du 18 novembre 2008, signé du président de l'Assemblée nationale d’alors, Bernard Accoyer, UMP accompli. Saluons les bonnes intentions. 13 - LE SACRE COEUR OU L’ENFER DES « BONNES » INTENTIONS Texte précédent Texte suivant Un exemple très actuel de ces contradictoires positions officielles est lié à l’inscription récente du Sacré Cœur de Montmartre aux monuments historiques, quatre années seulement après la réhabilitation en 2016, par l’Assemblée Nationale, des victimes de la Commune (supra). Un article du Monde rapporte de manière bienveillante les propos du Ministère de la Culture1 qui acte ce statut dans le cadre d’une « signification symbolique de réconciliation, puisqu’il protège en même temps un lieu du culte catholique et le théâtre de la révolte du peuple de Paris », c’est à dire la basilique, ses abords, et le square Louise Michel. Le Monde rappelle opportunément et fidèlement que « le Sacré-Cœur est visité par 10 millions de personnes par an » et aussi, dans un souci de précision, que la construction de la basilique « avait répondu à un vœu émis en octobre 1871 pour expier la défaite de la France face à la Prusse », ce qui n’est pas tout à fait exact, comme nous allons le voir. Nous rappellerons à notre tour, tout aussi utilement, les étapes et le contexte politique de la construction de la basilique : - le 4 septembre 1870, Félix Fournier, évêque de Nantes, adresse un courrier aux curés de son évêché dans lequel attribue la défaite française à un châtiment divin, « après un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 1789 » (et donc celles qui ont suivi, 1830 et 1848). Ce document est fort probablement à l’origine du vœu d’Alexandre Legentil, et du projet du Sacré Cœur. - en 1870, Alexandre Legentil, propriétaire du grand magasin Au Petit Saint-Thomas à Paris, et président de la société Saint-Vincent-de-Paul, rebondissant sur cette volonté d’absolution créé, avec son beau-frère Hubert Rohault de Fleury et le soutien du cardinal Pie, évêque de Poitiers2, une confrérie patriotique et spirituelle, le « Vœu national » dans le but de réaliser la « consécration nationale de la France ». Ils souhaitent construire un sanctuaire dédié au Sacré Cœur de Jésus, principe qui repose sur l’esprit d'expiation. Les deux beaux-frères sont en outre disciples de Frédéric Ozanam, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul qui « a uni au service des plus pauvres le monde orléaniste des affaires de la rive droite au monde légitimiste de l'aristocratie terrienne de la rive gauche3 ». - en janvier 1871, Alexandre Legentil rédige un vœu: En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l'Église et du Saint-Siège, et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ nous nous humilions devant Dieu et réunissant dans notre amour l'Église et notre Patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés. [...] Nous promettons de contribuer à l'érection à Paris d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus. Le vœu d’Alexandre Legentil entre dans un contexte politique, militaire et religieux qu’il est nécessaire de resituer pour en prendre la mesure : - le contexte politico-religieux français : le 24 mai 1873, le Maréchal Mac Mahon est élu président de la République par l’Assemblée Nationale, alors dirigée par une majorité de députés royalistes élus en février 1871. La politique menée est celle de l’Ordre moral, favorable à une « reprise en main » de la société par l’église catholique. La France rurale (2/3 des votants en 1876), effrayée par les républicains, de dangereux « partageux qui veulent modifier la répartition de la propriété des terres »4 est très majoritairement en faveur des monarchistes. A Paris, les communards avaient en outre pris des mesures sociales qui avaient malmené leur attachement traditionaliste à la famille et à la religion catholique. Le 23 juillet 1873, cette assemblée nationale vote la basilique d’utilité publique. Janice Best, dans « Les Monuments de Paris sous la Troisième République, contestation et commémoration du passé » 5, écrit : [La basilique] devint une partie intégrante du programme du gouvernement Mac-Mahon de rétablir l'ordre moral et la Monarchie, à la suite des événements de la Commune de Paris. - Le Resorgimento : une autre dimension du contexte politico-religieux est celle de l’unification de l’Italie, appelée Resorgimento. Les troupes de Napoléon III participent d’abord à l’unification italienne contre l'empire d'Autriche en 1859, afin de « favoriser le principe de souveraineté des peuples », mais aussi dans l’espoir d’annexer Nice et la Savoie6. Napoléon finit par modérer son action italienne en raison de la menace prussienne, mais aussi pour rassurer les catholiques, inquiets des torts causés aux intérêts de Pie IX par l’annexion de Rome, capitale des états pontificaux, en septembre 1870. Ce sont les « attentats sacrilèges » qu’évoque Legentil dans le texte de son vœu. Napoléon III, s’opposant à l’annexion par l’Italie des dernières possessions du pape, Victor-Emmanuel, premier roi d’Italie, profitera de sa chute pour achever l’unification de la péninsule. Le pape Pie IX se considère dès lors « prisonnier au Vatican ». C’est cette déclaration, provoquée par l’achèvement de l’unification italienne, qui va faire dire à Legentil : « nous avons été coupables et justement châtiés » [...] « par nos malheurs ». Quelques uns des accomplissements de Pie IX donneront une idée du contexte religieux de l’époque, soutenu par Legentil : - reconnaissance de l'esclavage qui, « en lui-même, n'est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d'esclavage » ; - rédaction du Syllabus de l’encyclique Quanta cura en 1864, « Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps », qui condamne le monde moderne, le rationalisme, le socialisme, la science. Le Syllabus inclut dans la liste de ces erreur le fait que « le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » ; - proclamation du dogme de l’immaculée conception ; - proclamation de l’infaillibilité pontificale. - la notion de « recharge sacrale » encadre également le contexte de la construction de la basilique : celle-ci est liée à la volonté, au XIXème, des autorités catholiques de « reconstituer la puissance sacrale des pratiques religieuses, des objets et lieux saints, à la suite de la désacralisation radicale et destructrice opérée par la Révolution française »7. - le contexte géographique : la loi d’utilité publique offre à l’archevêque de Paris la possibilité d’acquérir un terrain sur la colline de Montmartre, par voie d’expropriation si nécessaire. Ce site présente un double intérêt : il fera de la basilique le bâtiment le plus haut et donc le plus visible de la capitale, et il se trouve précisément sur les lieux où commença la Commune de Paris, là où étaient entreposés les canons de la Garde nationale que Thiers tenta de récupérer en envoyant l’armée. L’occupation de ce terrain va permettre d’achever l’œuvre d’expiation. A la suite du vote d’utilité publique de 1873, a lieu le 16 juin 1875 la cérémonie de pose de la première pierre de la basilique. Rohault de Fleury écrira : Oui, c’est là où la Commune a commencé, là où ont été assassinés les généraux Clément-Thomas et Lecomte, que s’élèvera l’église du Sacré Cœur ! Malgré nous, cette pensée ne pouvait nous quitter pendant la cérémonie dont on vient de lire les détails. Nous nous rappelions cette butte garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une population qui paraissait hostile à toute idée religieuse et que la haine de l’Église semblait surtout animer. La basilique sera achevée en 1923. Elle s'est imposée, indique la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d'Ile-de-France comme une référence en matière d'architecture religieuse au moins jusque dans les années 1950, et est devenue un édifice parisien incontournable voire iconique pour les nombreux visiteurs de la capitale. Il n’est plus très utile de commenter les raisons pour lesquelles l’inscription du Sacré Cœur de Montmartre aux monuments historiques n’a pas une « signification symbolique de réconciliation ». Elles s’imposent d’elles-mêmes par le récit du contexte. Il ne s’agit pas de n’importe quelle version du culte catholique, dans n’importe quel contexte, ni de n’importe quelle révolte du peuple de Paris. La votation va plutôt consacrer une irréductible irréconciliation. Pour conclure ce délicat chapitre, notons la position intéressante, mais ajoutant quelque peu à la confusion générale, du Ministère des armées, qui propose, afin « d’étoffer votre culture générale et briller le matin devant vos collègues à la machine à café », sa version de la réconciliation que constitue le Sacré Coeur : Les mémoires collectives ont retenu que l’Assemblée nationale vote le 23 juillet 1873 l’édification d’une église à Montmartre, lieu où débuta le soulèvement parisien, comme symbole de réconciliation et pour laver les crimes commis lors de ce conflit franco-français8. Quant à la thèse souvent avancée de « la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, érigée pour expier les crimes de la Commune en application de la loi du 24 juillet 1873 », qui opère un raccourci avec l’histoire, elle nous vient, de manière étonnante, du « rapport d’information fait en application de l’article 145 du règlement au nom de la mission d’information sur les questions mémorielles » du 18 novembre 2008, signé du président de l'Assemblée nationale d’alors, Bernard Accoyer, UMP accompli. Saluons les bonnes intentions. Texte précédent Texte suivant

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