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- 1l-Vendome escamotage | Auluxecommunal
12 ESCAMOTAGES DE LA COLONNE VENDÔME La colonne Vendôme est en visée, mais photographiée derrière chacun des 12 réverbères de la place.
- 1k-Vendome apres Morris | Auluxecommunal
DÉSIMPÉRIALISATION DE LA PLACE VENDÔME Ancre William Morris WILLIAM MORRIS >> - Après la proposition de William Morris, dans "Nouvelles de nulle part", de débarrasser Trafalgar Square de sa statue de Nelson et d'y planter des abricotiers; - après celle de Gustave Courbet, en septembre 1870, de déboulonner la colonne Vendôme et de la transférer aux Invalides; - après la proposition de Félix Pyat de démolir la colonne Vendôme, ce qui fut fait le 16 mai 1871, le visiteur se verra offrir la possibilité de désimpérialiser la place Vendome qui, débarrassée de sa colonne napoléonienne, pourra être plantée de cerisiers. On pourra y cueillir des cerises et y faire des activités de plein-air. NOUVELLES DE NULLE PART - 1890 >> Escamotage vendome 12 escamotages >>
- 1k-Courbet Vendome | Auluxecommunal
COURBET ET LA COLONNE VENDÔME Le 14 septembre 1870, Gustave Courbet souhaite "donner lecture d'une proposition qu'il a à faire relativement à la colonne Vendôme" à la Commission artistique pour la sauvegarde des musées nationaux. La Commission renvoie la proposition à la séance plénière du 18 septembre : Attendu que la colonne Vendôme est un monument dénué de toute valeur artistique, tendant à perpétuer par son expression les idées de guerre et de conquête qui étaient dans la dynastie impériale, mais que réprouve le sentiment d’une nation républicaine, [le citoyen Courbet] émet le vœu que le gouvernement de la Défense nationale veuille bien l’autoriser à déboulonner cette colonne. Courbet propose de la remiser aux Invalides. La proposition reste sans suite. Après un appel de Vallès, le 4 avril 1871, dans Le Cri du peuple , la Commune décide, le 12, sur une proposition de Félix Pyat, d’abattre - et non de déboulonner - la colonne Vendôme. Paschal Grousset veillera à son exécution. Courbet n'a pas pu voter pour sa démolition le 12, car il n'est en poste que le 20. Décision de la Commune du 12 avril 1871 : La Commune de Paris considère que la colonne impériale de la Place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grands principes de la République : la fraternité! Plusieurs fois repoussée, la cérémonie a lieu le 16 mai 1871, la colonne est abattue, non sans difficultés sous le contrôle de l'ingénieur Iribe, à 17 h 30. APRÈS LA CHUTE DE LA COLONNE - Gustave Courbet est arrêté après la Semaine Sanglante et condamné à six mois de prison, 500 francs d'amende, plus les frais de justice (6850 francs), pour "attentat, excitation et levée de troupes, usurpation de fonctions et complicité de destruction de monuments". La sentence est clémente comparée à celle de ses co-accusé.e.s, condamné.e.s à la déportation, aux travaux forcés à perpétuité (Jules Dalou) ou à la mort. La démolition de la colonne Vendôme, décrétée le 12 avril 1871, ne peut lui être imputée : son élection à la Commune ne date que du 16 avril ! Alors qu'il purge sa peine, le peintre adresse en juin 1871 un courrier au ministre Jules Simon , se défendant d'avoir voulu cette destruction. Il écrit également à Victor Lefranc, Ministre du Commerce et à Jules Grévy, président de l'Assemblée Nationale, auxquels il propose, "puisqu'on s'obstine à me rendre responsable de la chute de cette colonne, quoique véritablement je n'aie d'autre tort que d'avoir adressé une proposition à l'Assemblée du 4 septembre 1870 (qui n'eut pas de conséquence, cédant à l'opinion publique) de la relever à mes frais en me permettant de mettre en vente publique ces deux cents tableaux qui subviendraient bien au-delà des frais nécessaires à cette reconstruction". Les courriers restent sans retour. Mais en mai 1873, le nouveau président de la République, le maréchal de Mac Mahon , décide de faire reconstruire la colonne Vendôme aux frais de Courbet. Le devis s'élève à 323 091,68 francs. Courbet est acculé à la ruine, ses biens mis sous séquestre, ses toiles confisquées. En juillet 1873, il passe la frontière suisse et s'établit au bord du lac Léman, à la Tour de Peilz. Il meurt le 31 décembre 1877 d'un arrêt cardiaque, juste avant la première échéance pour la reconstruction de la colonne Vendôme... BERTALL : Humble supplique des hommes de bronze de Paris qui demandent à ne pas être fondus. Les statues de bronze de Paris sont menacées de disparition à chaque changement de régime : le bronze de Napoléon 1er avait été fondu par Louis XVIII pour réaliser la statue de Henry IV au Pont Neuf, qui avait été réquisitionnée par la Révolution (avec celles de Louis XIII place Royale et de Louis XIV place des Victoires et place Vendôme) pour fabriquer des canons. En janvier 1871, Courbet avait donné une toile pour une loterie. Sa vente permit au 45ème bataillon de la Garde nationale d'acheter un canon, qui sera baptisé du nom de l'artiste. Voir "Courbet et la Commune", musée d'Orsay, 2000
- 1g-Discussion Lisbonne/Cerf | Auluxecommunal
DIALOGUE MAXIME LISBONNE – MARCEL CERF Par CLAUDINE CERF d'après « Le D'Artagnan de la commune (Le colonel Maxime Lisbonne) » de Marcel Cerf, éd. Dittmar, 2014 Maxime Lisbonne : Je suis un saltimbanque ! Marcel Cerf : Saltimbanque avant la Commune, pendant la Commune, après la Commune !!! ML : Eh oui, saltimbanque je suis ! Saltimbanque je reste ! MC : Evidemment ! Une mère, modiste célèbre, créatrice de chapeaux, qui coiffe les plus grandes actrices du « boulevard du crime »… ML : …et, comme tu sais, un père juif, grand républicain… et peintre ! MC : Tous artistes en somme ! ML : Et tous sans préjugés ! C’est le combat contre l’ordre établi qui nous anime… et l’Art aussi. L’Art pour tous comme l’écrit ma camarade de bagne, mon amie, Louise Michel. MC : …Le théâtre, c’est Ta vie ML : Y compris le théâtre des opérations militaires ! MC : D’accord… Mais avant la Commune, tu étais la coqueluche du public… ML : Surtout féminin ! J’ai tout joué, tout monté, des pièces du répertoire romantique, des pièces populaires… Tout ! MC : Et, malheureusement, tu as même été directeur de théâtre ! ML : Pas doué pour la finance, tu me le rappelles subtilement, Marcel ! De toute façon, la guerre a tué tous mes projets. MC : Tu n’as pas changé de registre pourtant… ML : Non, tu le sais et tu m’as bien compris : saltimbanque je suis, saltimbanque je reste ! MC : Même quand tu es incorporé à la Garde nationale en 1870, pendant la guerre franco-prussienne, ta manière de refuser une récompense militaire méritée ne manque pas du panache, Maxime Lisbonne ! Et pourtant tu ne joues pas un rôle, tu n’es pas sur scène … ML : Je suis tout juste un saltimbanque sans emploi qui défend les principes républicains auxquels il croit. Normal, non ? MC : Et même vital ! Et c’est ça qui me fascine en toi, ton idéal de saltimbanque qui concilie l’art et le combat pour la justice sociale… Et encore, tu n’as pas vraiment commencé la grande aventure ! ML : Depuis le début du siège, je suis sur le pont, citoyen Marcel Cerf ! MC : C’est vrai, et membre du Comité central de la garde nationale fédérée du Xème arrondissement... ML : de Paris !!! Pas de rôle politique, je veux de l’AC-TION, uniquement de l’Action !!!!! MC : En effet, de l’action tu vas en avoir, citoyen Maxime Lisbonne ! ML : Le 18 mars, il fallait marcher sur Versailles, tout de suite. Il fallait occuper le Mont-Valérien immédiatement. Je l’ai dit, je l’ai redit… MC : …le Comité central s’est réveillé trop tard… Il y avait un traitre ….Tu l’avais compris avant tout le monde. La suite aurait pu être toute différente, j’en suis convaincu. ML : Il faudra que je m’essaie à un rôle de traître… J’ai vu comment ça marche ! MC : Tu es mauvais en affaires, Maxime Lisbonne, personne ne le nie, mais avoir refusé de te présenter, pour cette raison, aux élections de la Commune nouvellement proclamée, le 28 mars, c’est une erreur…. Tu étais très populaire… ML : Ce que j’aime, mon cher historien, tu le sais pourtant, c’est l’action… Pas les discussions à l’infini… indispensables, oui, mais ce n’est pas pour moi... Et puis imagine qu’on m’ait reproché la mauvaise gestion de mon théâtre... Tu vois un peu l’effet sur les citoyens : un représentant du peuple qui ne sait pas compter ! Un élu dangereux pour ses électeurs ! Non, pas ça !!! Saltimbanque je suis, saltimbanque je reste ! MC : Sauf que le 2 avril, les Versaillais bombardent Paris et le 3, c’est la riposte de la Commune ! Tu vas passer des planches aux pavés ! ML : Et comme tu le sais, j’ai la charge de transférer l’artillerie à la Porte Maillot et d’organiser les bataillons…. MC : Les Versaillais tirent… depuis le Mont- Valérien, en position dominante ! Tout ce que tu avais prévu, tout ce que tu redoutais ! La garde nationale est ébranlée, désorganisée ou même pas organisée du tout. ML : Ma première proposition d’organisation, je l’ai déposée avec Edouard Moreau, que tu connais très bien, Marcel, et dès le 19 mars ! Réponse : néant. A la suite de ce 3 avril, j’en dépose deux autres… MC : Victor Hugo le martelait déjà en 1848 : Il faut or-ga-ni-ser !... Tu parles ! Au moins, tu peux compter sur ton ordonnance, le tirailleur algérien ! ML : Mohamed ben Ali et moi, nous resterons soudés dans l’adversité. MC : Le Juif et l’Arabe, ensemble, pour la Commune !!! MC : Respect, Lisbonne ! Le délégué à la guerre, le général Cluseret, ne tarit pas d’éloges, sur ton courage… et il salue ta dégaine de saltimbanque. ML : Je ne me renierai jamais ! MC : Tu as raison et, du reste, les responsabilités vont pleuvoir. L’organisation des compagnies de marche n’est pas un mince exploit et je te le dis sincèrement Lisbonne, le comédien que tu es se révèle un organisateur hors du commun. L’organisation, tu as ça dans le sang ou quoi ? ML : J’ai pourtant enfreint les ordres ! MC: En effet, tu n’as pas suivi les instructions de Rossel, Maxime! ML: Il fallait que je commande des uniformes pour mes hommes... et vite, très vite! Le coup de feu contre les Versaillais n’atttend pas! Alors, passer par la voie hiérarchique... pas le temps! Je ne suis pas un militaire de métier, mon cher Marcel, je suis un artiste au combat ! MC : Je sais : « saltimbanque tu es, saltimbanque tu restes ». Ton amie Louise Michel, elle, se disait « artiste en Révolution ». Entre artistes combattants, vous vous compreniez bien, ça va de soi. ML : Mon chef d’état-major, Rossel ne m’en a jamais voulu d’avoir désobéi. MC : C’est vrai et je ne peux pas m’empêcher de relire, à haute voix, ce que Nathanaël Rossel, t’a dit, à toi, Lisbonne : « En révolution, il est toujours difficile quand on ne connaît pas les hommes ni leur passé politique, de leur laisser le champ libre. En dix jours, vous avez mis 15 bataillons en état d’aller combattre. Vous avez enfreint, il est vrai, mes ordres. Mais ce prompt résultat m’assure de votre dévouement à la cause que vous défendez. Bonne chance et au revoir ! » ML : Je suis passé par-dessus la voie hiérarchique, histoire d’aller plus vite. Il y avait urgence, c’est tout, sinon, j’aurais obéi aux ordres de Rossel. MC : Et tu as assuré la défense du Fort d’issy les Moulineaux avec Brunel… ML : …Rossel m’a nommé Colonel, colonel, moi, le théâtreux !!!!… MC : A la tête des corps-francs, de sacrés lascars venus de Paris ou de Montrouge…Pas des figurants de théâtre, des fidèles parmi les fidèles… Et c’est dur de se battre au milieu des rivalités et des ordres contradictoires, sans compter les espions et les fuyards…. ML : …et les tirs des Versaillais qui redoublent !… C’est drôle, tu vois, mais ça ne me fait pas peur. MC : Tu n’es pourtant pas sur une scène et comme le général la Cecilia est blessé, en plus, tu assures le commandement en chef, mais les ordres de Rossel sont dévoyés, mal suivis… Résultat : les Versaillais vont prendre le fort d’Ivry ! ML : Et Rossel, écoeuré, démissionne !!!... MC : C’est ça, comme dit Nathanaël, « Tout le monde délibère et personne n’obéit ». ML : Il a dit ça, c’est vrai. Je le respectais . MC : Et comment tu supportes le reste ? ML : Mal. Si le fort de Vanves tombe à son tour, c’est la faute d’officiers traîtres ou irresponsables du genre de… Oh et puis, non, ne retenons même pas leurs noms. MC : Mais tu les connais ? ML : Bien sûr. Et j’ai dit à Edouard Moreau, le « commissaire civil à la guerre », que j’aimais beaucoup, qu’on pouvait tenir à Vanves face aux Versaillais à condition d’avoir des troupes sérieuses. J’insiste sur Edouard Moreau parce que j’ai en tête que tu lui as rendu un sacré hommage… mérité !!! MC : Un amoureux des arts lui aussi... Je ne sais d’où te viennent tes connaissances en matière de guerre mais le fait est que tu es expert, sauf que seul contre l’apathie des états-majors, malgré tes plans réfléchis, tu ne peux rien ! ML : Des troupes indisciplinées, peu ou pas de munitions…. On est cuits ! Et les francs-tireurs, une fois de plus, jouent les artilleurs, ils sont magnifiques mais le matériel manque… Je ne peux plus rien. MC : Tu te mets très souvent en danger, tu grimpes sur les barricades, tu harangues les Versaillais… Tu oublies que tu n’es pas sur une scène ? ML : Je n’oublie pas, je fais mon boulot de Colonel. MC : Dans le XVème, après une reconnaissance dans la direction des tirs versaillais, un drame… ML : Un drame oui… et , pour moi, un drame personnel. MC : Mohamed ! ML : Oui, partis en reconnaissance, un de mes officiers… et mon cher Mohamed, ne reviendront pas. Les Versaillais bombardent à mort. MC : Partout les barricades surgissent. Rue Vavin, tu ne donnes pas l’ordre d’incendier la rue… L’incendie est un moyen défensif, certes, mais c’est un autre qui donnera l’ordre d’incendier, pas toi… Et tu te souviens du Panthéon ? ML : Oui, tout le quartier est en effervescence, ailleurs aussi, dans presque tout Paris, mais les Versaillais s’acharnent. MC : Paris brûle, plus de canons, pas assez d’hommes… ML : Nous nous défendons comme des lions… Je fonce ! MC : Tu ne peux pas t’empêcher de jouer… même avec la mort ! ML : Saltimbanque je suis, saltimbanque je reste ! MC : Au point de subjuguer Jean-Baptiste Clément… ML : Sur les dernières barricades, avant le coup de grâce ? MC : Oui. Il écrit qu’on te voyait t’offrant en cible aux balles, juché sur un cheval de labour, large comme un éléphant… ML : Tué d’un coup, sous moi ! C’est le quatrième ! MC : Tes hommes ont peur pour toi. ML : L’important, c’est de les protéger, eux ! Moi, je ne descends pas de cheval parce que c’est comme ça que mes hommes m’aiment ! MC : Et tu tombes en serrant contre toi l’obus que tu allais entreposer, avec les autres obus, dans une voiture à bras… ML : Un réflexe, c’est tout ! MC : Si tu l’avais lâché, tous les obus auraient éclaté en même temps. Le carnage !!!! ML : Mon cheval est crevé. Moi, je suis blessé à la cuisse ; c’est le début de la fin ! MC : C’est la semaine sanglante. Les Versaillais assassinent. Trop de blessés à la mairie du XXème qui sert d’hôpital. Tu attends… Tu te sens mourir. ML : Je demande qu’on remette mon écharpe de membre du Comité central à ma femme. C’est pour mon fils. Vive la République ! Vive la Commune ! MC : Même à l’agonie, quel panache ! Saltimbanque tu es, saltimbanque tu restes ! ML : Qui a dit que la parole d’un saltimbanque est incompatible avec la défense de nos droits, avec la liberté, avec la justice sociale… Personne ! MC : La Commune est terrassée. Les cadavres jonchent les rues… Thiers triomphe ! Avec ta jambe à moitié arrachée, Maxime, tu aboutis à l’hospice de Vincennes… ML : Et là, quel accueil !!! MC : Je l’ai dans l’oreille cette phrase de bienvenue : « Enlevez-moi cette charogne, et foutez-le ou vous pourrez ! » ML : La charogne que je suis crie de douleur quand on la jette dans un coin. MC : « Gueule, tu n’en as plus pour longtemps ». C’est ça que tu entends ! ML : La soeur Clotilde, qui fait les pansements, nous, les communards, on l’aime ! Il faut le dire, quand même. MC : Oui , il faut le dire… ML : Mais il y a tous les autres, celles et ceux qui viennent regarder les blessés comme s’l s’agissait de bêtes féroces. MC : Ça remplace le zoo ! Ça meurt de partout et dehors, on fusille !… Rossel… Ton Rossel. ML : Oui Rossel, fusillé !… Et plein d’autres. Ferré par exemple. Son frère, fou de douleur, me bombarde de projectiles divers… Je ne bouge pas… Je vis encore, moi ! A demi gangréné mais en vie. MC : Et tu t’en sors ! Et c’est le conseil de guerre ! Principal chef d’accusation : l’incendie de la rue Vavin !!!! En vérité, les Versaillais savent que tu n’en as pas donné l’ordre, mais il ignorent qui l’a fait… ML : Ils attendent encore, je ne dirai rien ! MC : Tu n’es ni un lâche, ni un délateur… Mais le responsable de l’incendie ne te sera jamais reconnaissant de ton silence… ML : Il est devenu célèbre… MC : et ingrat en proportion. On dit son nom ? ML : Non, et c’est trop tard… MC : Tous ceux que tu as sauvés sont pétris de trouille. Les faux-témoins et les mouchards, les muets, aveugles et sourds de circonstance, les oublieux opportunistes, tous ceux que tu as épargnés au cours des combats se recroquevillent et s’abstiennent de témoigner en ta faveur. La presse versaillaise te souille de ses crachats. ML : Je ne leur réserve même pas un glaviot, « J’ai été calomnié, traîné dans la boue par une presse vendue et sans pudeur. Certains écrivains se sont même permis de m’attaquer dans ma vie privée. Je les mets au défi de me fournir une seule preuve sur les faits qu’ils ont avancés. A ces calomniateurs de métier, je ne ferai même pas l’honneur d’une réplique. C’est par le mépris et avec la botte qu’on répond à de tels adversaires ». MC : Et les supérieurs du sergent – major Lafont, un Versaillais fait prisonnier par son frère communard - l’empêchent d’expliquer que tu l’as épargné, comme tu en as épargné tant d’autres. ML : ll aurait fallu être versaillais pour tuer sans scrupules. MC : Maxime, tu as épargné même un espion, infiltré dans vos rangs !!!! ML : S’il m’est arrivé de tuer, c’est par légitime défense. Point. N’en parlons plus. MC : On n’en parle plus… Et le 5 décembre 1871, Colonel Lisbonne… tu es condamné à mort. Rien que ça ! Tu te pourvoies en cassation. ML : 5 juin 1872, même sentence : je suis condamné à mort. Pourvoi en cassation rejeté. MC : Mais… ML : …Laisse-moi le dire : mais le 14 septembre 1872, la « commission des grâces » commue la peine de mort en travaux forcés à perpétuité. MC : Travaux forcés pour un infirme ! L’homme à la jambe coupée ! En route pour Toulon ! ML : Malgré mes béquilles, à la forge, on me rive le boulet du forçat. Pareil pour les voleurs et les assassins. On est mélangés aux pires bandits. On nous sert une soupe puante… Et pendant qu’on mange, on nous colle sur un trou pour faire nos besoins. Histoire de gagner du temps ! MC : Elle est belle notre civilisation ! Mais toi, tu ne peux pas t’empêcher de… jouer… Et la veille de l’embarquement pour la Nouvelle- Calédonie, tu gueules… ML : Nuance : je crie « vive la Commune ! » MC : Le Commissaire du bagne est loin, il entend tes cris… mais sans les comprendre. Tu racontes très bien l’événement, on imagine l’énergumène, bave aux lèvres, qui fond sur les condamnés. ML : Parfaitement, et j’ai dit, « c’est moi le coupable ! » et j’ai ajouté « j’ai crié de toutes mes forces ». Les autres sont médusés. Silence de mort. MC : Tu te sens sur une scène, tu joues… ML : Je joue à fond, oui, oui, et, imperturbable et pénétré de mes paroles, j’ajoute : « J’ai crié Vive monsieur le commissaire » ! Tête du type. Il est décontenancé. Personne ne bronche. « Foutez-moi le camp » qu’il répond. MC : Tu ne peux pas t’empêcher de jouer, même en plein danger. ML : Eh oui, saltimbanque, je suis, saltimbanque je reste ! MC : Ensuite, départ pour la Nouvelle-Calédonie. Traversée affreuse. ML : Passe, passe, c’est épouvantable… Et une fois sur place, guère mieux ! MC : Châtiments corporels, tortures sadiques, sévices divers et variés… Et pourtant, tu continues à jouer… Comme tu es infirme, tu ne peux pas être très utile… ML : Alors, j’ai une autre tâche : souffler dans une corne... et bien à l’heure… pour rassembler les condamnés au retour de leur besogne… MC : Et, une fois encore, tu ravis ton public ! Tu prends pour exécuter ta tâche une attitude théâtrale qui déride même les plus récalcitrants : les surveillants et leurs épouses par exemple ! ML : Saltimbanque je suis… MC : …saltimbanque tu restes, et comment ! C’est au camp de Tindu que tu rédiges tes souvenirs sur du papier aussi fin que du papier à cigarettes… Ces souvenirs exceptionnels, Le Pelletier, journaliste et historien de la Commune, communard comme toi, Lisbonne, Lepelletier, oui, les a eus en mains ces souvenirs… Et avant moi ! ML : Et… MC : c’est sa veuve, très âgée, qui me les a confiés. Elle a retourné toute sa maison de la Ferté-Alais, dans la région parisienne, pour les retrouver. Elle avait compris ma fébrilité et mon émotion. Elle t’a connu et elle t’aimait bien cette vieille dame charmante. Tu aurais dû lui parler de ta vie au bagne… Tu te souviens ? ML : Là-bas, il y a d’autres communards et pas des moindres, alors je m’emploie à les distraire de cette vie de forçat. MC : Incorrigible, tu crées le premier théâtre en terre canaque ! ML : Saltimbanque je suis… MC : Ah ! Epargne-moi la suite !!! Gaston da Costa, condamné avec toi, a su te rendre hommage, il sait que tu es un théâtreux mais aussi un chef militaire « brave jusqu’ à la témérité » et au bagne, un détenu « héroïque comme sur le champ de bataille ». Voilà ce qu’a dit da Costa, substitut de Raoul Rigault, procureur de la Commune. ML : Mon costume empanaché sur les barricades amuse tout le monde… MC : Alphonse Humbert, ton co-détenu au camp de Tindu, et qui était journaliste au Père Duchêne, est libéré avant toi ! Et toi, au bagne, toujours, tu écris… une pièce de théâtre bien sûr ! ML : Et, par lettre, je demande à Humbert de collaborer à l’écriture. MC : Et tu t’imagines, t’adressant à la foule des spectateurs : «Mesdames et messieurs, la pièce que nous avons eu l’honneur de représenter devant vous est de M. Alphonse Humbert… » ML : …et Maxime… MC : Maxime…. ML : Maxime du camp de Tindu !!! MC : Ah le jeu de mots magnifique et malicieux, quand on sait que Maxime du Camp est un adversaire farouche de la Commune !... Mais l’amnistie est enfin votée et en décembre 1880, tu rentres à Paris… après 8 ans de bagne ! ML : « Les huit années de tortures que j’ai endurées n’ont fait que rendre plus vif et plus entier mon dévouement à ta cause, Paris ! » MC : Tu es toujours prêt, Maxime, pour célébrer la Commune de Paris et les communeux ! ! ML : « Pardonner n’est pas possible, après les injures dont nous avons été abreuvés. Mais il est un sacrifice que, du moins, je saurai te faire, Paris : j’oublierai ! » MC : Et tu vas oublier, ou faire semblant, grâce au théâtre ! ML : Oui, le 29 avril 1882, place de la Chapelle, au théâtre des Bouffes du Nord, la première oeuvre que je monte, c’est Nadine, une pièce de mon amie, ma co- bagnarde, la citoyenne Louise Michel ! MC : Une réussite inoubliable ! La pièce est située en 1846 dans la république de Cracovie. Il y a des révoltes, des morts, des coups de théâtre, et tout le monde reconnaît la Commune derrière le soulèvement polonais. Les Communards - du moins les survivants - et tout le Paris littéraire font un accueil triomphal à Nadine. C’est un succès populaire comme il y en a peu… ML : Mais le pouvoir veille, tapi dans l’ombre… C’est la République, la troisième, mais une deuxième Commune, non, elle n’en veut pas ! MC : Certes, mais La Commune, même devenue polonaise, fait recette; les caisses du théâtre se remplissent… ML : …et Louise distribue tout à ses pauvres ! Normal. MC : Et quelle ambiance dans la salle et dans les couloirs après le spectacle ! Les discussions sont passionnées entre les vieux communards et les révolutionnaires en herbe. C’est enthousiasmant ! ML : C’est la vie retrouvée !!! La fièvre du théâtre et celle de la justice sociale font monter la température ! Et c’est dans mon théâtre que ça se passe… et avec Louise ! Tu vois comme j’ai eu raison de rester saltimbanque ! MC : Et tu ouvres ta maison à tout le monde, aux malheureux en priorité, bien sûr… et aux profiteurs aussi qui, en pagaille, puisent dans ta bourse. Ça ne rend pas ta chère Elisa très heureuse… ML : …Oui, c’est la seule chose qui m’attriste… Je lui impose toutes mes pitreries mais je ne sais pas faire autrement. MC : Alors revenons à ce qui te rend joyeux… et fier… Après Louise, Victor Hugo ! ML : Oui, aux Bouffes, toujours, si j’ai pu monter Hernani, c’est grâce à sa générosité, il m’a donné son accord tout de suite… MC : Tu crois que Louise est dans le coup ? Ils s’aiment bien tous les deux. ML : Il a été un peu tiède sur la Commune… MC : Disons, réservé… : « Je suis pour la Commune dans son principe… » ML (déclamant) : « …et contre la Commune dans son application ». Mais il accueille chez lui les communards proscrits quand il réside à Bruxelles… Malgré les injures et les jets de pierre, en pleine nuit ! MC : Lui qui déteste la violence, il est servi !… Il a écrit un beau poème sur cette agression nocturne... Bon, en tout cas, avec Hernani, tu te régales ! ML : Laisse-moi te raconter une histoire cocasse à propos d’un jeune acteur qui joue le même soir Hernani chez moi et une autre pièce au Théâtre français. Je suis monté sur scène et j’ai inventé un stratagème ébouriffant pour faire passer l’absence… provisoire… de mon comédien… Le temps qu’il passe d’un théâtre à l’autre… Succès grandiose ! MC : ... Et c’est l’amour qui t’a inspiré! Allez, détaille-nous un peu l’irruption de la comédie dans un drame romantique! Pauvre Hugo! ML : J’ai raconté, au public médusé, que deux de mes comédiens s’étaient battus sur la scène, pendant l’entracte, pour les beaux yeux de la plus belle de mes pensionnaires.... MC : ...Et l’un d’eux , supposé blessé... ML : ...mais légèrement!!!! MC : Ca vaut mieux pour la véracité du récit!!!! L’un d’eux, donc, le pseudo blessé, était censé recevoir des soins ... ML : ...Histoire de faire patienter le public ... Bref, quand mon jeune acteur est revenu au galop du théâtre français , ni vu ni connu, il a repris son rôle dans Hernani! Et hop, on a rouvert le rideau!!! Les spectateurs ont tout gobé et ils ont fait un triomphe au “blessé”... qui a dû jouer la suite de la pièce, le bras en écharpe, bien entendu! !!! MC : Ah! le sens du réalisme ! Tu es un sublime filou Maxime! ML : Que veux –tu, il faut que j’imagine, que je crée... Sans la scène, je me meurs… MC : Je sais, je sais, ton imagination n‘a pas de bornes ! Pourtant, le théâtre ne te suffit pas, tu tâtes du journalisme avec L’ami du peuple. Le saltimbanque reste un communard actif… ML : L’ami du peuple, c’est un journal qui, avant tout, veut rendre justice aux communards… « Le seul journal qui ose dire la vérité » !!!! Et qui veut réhabiliter Marat ! MC : …Et qui prêche l’union de toutes les tendances de la pensée socialiste… Un vœu pieux, les polémiques fratricides ne se calment pas au moment où tu diriges le journal… Ça viendra plus tard… ML : En attendant, je me veux en marge des partis… MC : On compte quand même une majorité de blanquistes parmi tes journalistes… ML : Ce sont mes amis ! MC : Et tu égratignes un peu les anarchistes ! ML : Juste un peu… Mais mon admiration pour Louise demeure intacte, son anarchisme à elle, il est sublime !!! MC : Tu as une plume magnifique, Maxime, aussi belle que celle qui orne parfois ton chapeau ! ML : Et je rejoins Louise dans la condamnation de la colonisation ! Au bagne, on était d’accord, elle et moi ! Pour revenir à mon Ami du peuple, il n’est pas distribué dans tous les kiosques. La presse bourgeoise m’asphyxie. MC : L’ami du peuple est condamné à disparaître… Il dérange… Comme toi ! ML : C’est sûr, mais il y a le théâtre !!! Toujours !!! J’ai des projets ! Mon théâtre ne crachera ni sur les communards ni sur les femmes ! MC : Il te manque juste de l’argent, Maxime pour avoir un théâtre à toi. L’argent, toujours l’argent…. Ça devient obsessionnel. ML : Et alors, j’inventerai autre chose ! Il faut oser… En 1871, j’ai osé la Commune, non ? MC : …On le sait tous, on t’a vu à l’œuvre, tes allures de mousquetaire sous les balles, ta bravoure de d’Artagnan n‘étaient pas des postures pendant la Commune ! Et maintenant, tu te tais… Le matamore se fait discret quand il faut mentionner ses actes de courage ! ML : Non, non, je vais oser ! Montmartre m’inspire… C’est là que la Commune a commencé, avec Louise et tous les autres. C’est le lieu du peuple révolté et des théâtreux survoltés. J’en suis ! MC : Je ne te lâche pas, alors… Et j’ai raison ! : à Montmartre, dans un baraquement en planches, le Colonel et ex-forçat de la Commune, Maxime Lisbonne, créée, en 1885, un cabaret-souvenir !... ML : …souvenir de mes huit ans passés au bagne en Nouvelle-Calédonie… Un peu moins drolatiques, il est vrai… MC : Ta Taverne du bagne est un succès ! Le public est averti : « l’espérance est bannie de ce lieu », et pourtant, on fait la queue dans la rue pour accéder au cabaret. Et toi, Maxime, de l’intérieur de la taverne, tu gueules : « Faites entrer une nouvelle fournée de condamnés !!! » Et lesdits condamnés se précipitent joyeusement dans l’antre maudit… ML : Le dimanche 6 décembre 1885, j’offre un grand déjeuner gratis aux malheureux du 18ème arrondissement de Paris ! ML : Certes, mais nous portons, à chaque rasade, des toasts à la « fraternité des peuples !!!! » MC : En effet, ça change tout !!!! Bon, de retour en France, tu retournes une nouvelle fois à tes amours… ML : Saltimbanque je suis MC : Et saltimbanque tu restes… Personne n’en doute. Tu montes avec enthousiasme la pièce du poète Clovis Hugues, Le sommeil de Danton… et c’est toi qui organises la tournée ! ML : Clovis Hugues est poète… et député socialiste ! MC : De Marseille ! La tournée n’est pas un succès mais à Marseille, oui, à Marseille, chez Clovis, ça marche du tonnerre de Dieu ! ML : C’est vrai, mais j’en ai ma claque des tournées, des salles à demi vides, des affrontements avec ma vedette, Nancy Vernet. Ça suffit, il y a mieux à faire ! MC : Comme, par exemple, jouer le rôle d’un certain… Maxime Lisbonne au café- concert !!! ML : La politique me démange, Marcel. C’est juste un détour. Je vais me présenter aux législatives ! MC : Oui, en 1889 ! De nombreux politiques sont impliqués dans les tripotages financiers et les dépenses pharaoniques liées au percement du canal de Panama…Le scandale t’inspire, en effet, et ta campagne de candidature, à Montmartre, ne manque pas de saveur ! ML : Tu as vu mes affiches ! Je me présente comme « député concussionnaire honnête » MC : Désopilant… Et comment fais-tu pour être à la fois honnête et malhonnête ? ML : C’est simple, « je prends l’engagement d’honneur de ne jamais trafiquer de mon mandat de député sans exiger des solliciteurs une somme… variable… selon la demande des intéressés ». MC : Ah ! Très convaincant ! Les Montmartrois rient beaucoup !!!! ML : « A la fin de chaque session, je convoquerai en réunion publique mes électeurs… » MC : Bien entendu !!!! ML : « Après avoir soumis à leurs examens mes livres de comptabilité, un dividende prélevé sur les opérations de concussion honnête leur sera donné ». MC : Et sur la même affiche, ton message au président de la République n’est pas mal non plus. Tu te fiches vraiment de sa tête ou quoi ? ML (pince-sans-rire) : Pas du tout : « Monsieur le Président, j’ai l’honneur de solliciter de votre bienveillance un envoi de… trois mille francs afin de pouvoir faire face à mon échéance de fin de mois ». MC : Mais Heureusement, tu le rassures… Enfin, pas longtemps… ML : « Peut-être un jour, serez-vous étonné de ma visite à la Présidence. Vous rapportant cette somme…. Je serai plus étonné que vous ! » MC : Quel superbe fou du roi tu fais, Maxime ! ML : Vive la République démocratique et sociale ! MC : Signé Maxime Lisbonne, ex-forçat de la Commune ML : Et toujours saltimbanque, et toujours communeux : il y a quelque chose que je ne peux pas tolérer, tu vois, c’est qu’on renvoie dos à dos Versaillais et Communards, c’est qu’on salisse les morts de la Commune, alors je crie, alors je gueule, même près de vingt ans plus tard, même en 1890 ! Et j’écris et je diffuse… MC : C’est la pièce de François Coppée, Le Pater, qui te rend enragé, je le sais. Coppée veut pourtant afficher de bons sentiments en montrant un « brave » garde-chiourme Versaillais tendant charitablement la main à un Fédéré… Sauf que le Fédéré est bien peu engageant…. ML : Tu sais comment je lui réponds au poète Coppée ? MC : Oui, justement, pas par des mots ! ML : Surtout pas ! Je lui réponds par des chiffres : Pertes des fédérés : - Au combat :10 425 - Mis à mort : 24 598 Total : 35 023 Pertes des Versaillais : 7 450 MC : Le bilan est sans appel. Je l’ai vérifié… autant qu’on le peut avec précision, évidemment… C’est parfois revu à la baisse mais ça ne change rien aux proportions. Quoi qu’il en soit, la charité mielleuse, la fraternité mensongère, tu ne les digères pas Maxime, et tu le fais savoir ! Et c’est glaçant. ML : Oui, et l’esprit de la Commune, je le ferai vivre jusqu’à la fin… Mais ça ne va pas m’empêcher de créer de nouvelles boîtes ! MC : Tu te produis un peu partout, tu es célèbre, désormais, Maxime, comme « artiste de café-concert ». ML : Oui, c’est comme ça qu’on dit ! Tu as noté le menu du Casino des concierges, rue Pigalle ? C’est ma création ! MC : Ah tout à fait, et ton menu panamiste ne manque pas de corps. Un vrai régal populaire ! Pas la peine de rappeler le scandale financier du canal de Panama, tout le monde l’a à l’esprit ! On mange donc panamiste chez Lisbonne ! ML : Et je donne quoi dans l’assiette panamiste ? Tu peux me le dire ? Tu y as goûté ? MC : Oui, oui, quasiment ! … Ça cale comme il faut : bouillon, boeuf bouilli, fromage… ML : Et une demi-bouteille de vin !... Pour la modeste somme de 1 franc ! MC : J’ai bien étudié ton public. Il est très hétéroclite : des snobs, des demi- mondaines, des journalistes, des artistes… et des truands… Les gens du milieu comme on dit ! ML : Et alors ? « Ce souper suffit aux consciences honnêtes ». Tu as lu la publicité ou pas ?! MC : Je sais, j’ai lu, bien sûr ! En tout cas, apparemment, on s’amuse bien au Casino des concierges, et tu as agrémenté ta revue d’un loto… Tu soignes le peuple de Paris : on peut gagner un lapin ou une poule… bien vivants !... ML : Et un saucisson bien mort ! Enfin, bien mort le cochon ! MC : Mais pas mort ton goût de la farce ! Je savoure ta campagne académique quand tu rends visite aux Immortels en costume de général bolivien. ML : Et avec mon ami, le poète Achille le Roy ! MC : Les dignes membres de l’Institut de France n’apprécient pas toujours ton humour et tu te retrouves souvent au poste de police, Maxime, reconnais-le ! ML : Certes, mais accompagné en fanfare par des monômes d’étudiants qui, EUX apprécient ! Et puis mon costume de général bolivien me va comme un gant, non ? MC : Presque… Mais pas aussi bien que ton uniforme de colonel de la Commune ! ML : Ah Marcel, tu me connais mieux que moi-même je crois me connaître ! MC : Le communard est toujours vivant chez toi… Comme le saltimbanque… Octobre 1893 : une date à retenir ! ML : Je prends la direction d’un établissement rue des Martyrs. MC : Tu sais qu’il a été fondé par un anti-communard ? ML : Une bonne raison de nettoyer le lieu ! MC : Et ce lieu, c’est le Divan japonais ! Toulouse-Lautrec en fait l’affiche publicitaire juste avant ton arrivée !!! Une affiche très célèbre ! ML : Mais avec moi, le Divan japonais devient le Concert Lisbonne ! Et ça va déménager ! MC : Le 3 mars 1894, et il faut retenir cette date, tu crées Le coucher d’Yvette. C’est peut-être un hommage à la chanteuse Yvette Guilbert, qu’on devine sur l’affiche. C’est une sorte de pantomime lyrique en un acte et en musique, bien sûr…Mais c’est aussi, tout autre chose ! ML : Dis-le ! MC : C’est, réellement, le premier essai d’effeuillage dans un théâtre ouvert à tous. ML : Et J’ai mis le paquet sur la publicité ! MC : En vérité, on ne voit pas grand chose… Juste une jolie femme qui se déshabille - et, encore, pas complètement ! - pour se mettre au lit… Mais quel succès ! ML : Un triomphe tu veux dire ! Cent représentations ! MC : C’est un fait, la foule se précipite pour voir, quoi ? : la chemise d’une actrice et, partout dans Paris, on va assister à des spectacles du même acabit… C’est sûr, Maxime, tu as créé un genre nouveau : le strip-tease !!! ML : Mais ça va un temps… et j’ai envie d’autre chose… Tu l’as senti ? MC : Evidement que je l’ai senti ! Et évidemment que tu ouvres une nouvelle boîte ! ML : Je reviens au théâtre ! Saltimbanque je suis… MC : ...sauf que tu organises un gala... « au profit des huissiers » !!! Tu es sûr qu’ils ne comprennent pas que tu te paies leur tête ? ML : Il y en a un qui est venu chez moi… Evidemment, je croule sous les dettes… Je n’ai jamais su gérer… Quand j’ai de l’argent… MC : ...tu le dépenses… Et quand le pauvre huissier se présente chez toi, donc ?… ML : ...donc… tu sais que j’ai un ami directeur de cirque? MC : Je sais…. donc ?… ML : Donc, je reçois le fameux huissier ! MC : Bien sûr que tu le reçois… sauf que tu n’es pas seul…. ML : Je suis rarement seul, Marcel, j’aime la compagnie… MC : Mais là, tu fais encore plus fort que d’habitude ! ML : Tu trouves ? MC : Et pour recevoir ce pauvre type… tu t’entoures… de six lions ! ML : Des vrais ! MC : Hélas, oui, des vrais, archi-vrais, prêtés par ton ami circassien ! ML : Il les avais bien nourris, avant… Une précaution élémentaire ! MC : Ils sont débonnaires, certes, la panse bien tendue, pleine à craquer… Mais tout de même, tu as vu la frayeur du malheureux bonhomme ?! ML : C’est un huissier, aucun sens de l’humour ! MC : Si tu veux… j’admets que tout le monde n’a pas ton panache, Maxime, et quand tu organises un bal à l’Elysée Montmartre, c’est grandiose ! ML : Ça te plaît, vraiment ? MC : Oui… Surtout quand, sur la fin de la soirée, tu invites tous les chiffonniers du quartier !!!! ML : C’est ça, le sens de la fête à Montmartre ! Ça donne envie de continuer à ouvrir des cabarets ! MC : Et tu ne t’en prives pas ! Mon préféré, c’est le Ministère des contributions directes et indirectes, en mars 1898, rue de la Rochefoucauld. Ma mère a habité dans cette rue, pas loin… Mais tu n’étais plus là…. ML : Tu as vu les invitations ? MC : Ah oui, sous forme de « sommations sans frais ». Tes malheurs financiers t’inspirent à mort ! Et tu es encore en forme; j’observe que tu prends part à la campagne électorale de mai 1898. ML : J’essaie d’en rire et d’en faire rire… de cette campagne… Mais bon, c’est fini pour moi. Je ne suis plus rien. MC : Mais on te reconnaît rue Pigalle où tu habites… ML : C’est surtout le boîteux qu’on reconnaît. MC : Tu exagères. Ecoute un peu ce qu’écrit sur toi ton ami Le Pelletier : « Lisbonne avait bravé bien souvent la mort. Il avait été relevé sanglant sur le champ de bataille et on lui avait coupé la jambe en le considérant sans doute comme un peu perdu. Il avait subi les souffrances morales de la transportation, aggravant les fatigues et les privations du bagne. Il était revenu pourtant, alerte encore, joyeux toujours, claudicant avec sa jambe articulée mais plein d’entrain et de bonne humeur, secouant ses longs cheveux sur ses épaules larges, allant poitrine en avant, défiant la misère, dédaignant les déboires, les soucis de l’existence, comme il avait nargué la fusillade, la prison, l’exil… » ML : On était des romantiques… avec Louise. MC : Les derniers utopistes… ML : Tu es venu à la Ferté-Alais, Marcel, tu as compris ma fin de vie… Montmartre est loin !!!! MC : Et Edouard Chenel, que j’ai connu bien plus tard, dans les années 1950, alors qu’il était le président, très âgé, de l’association des Amis de la Commune, Edouard Chenel te rencontre en 1901 chez ta belle-soeur, Mme Mourot, qui t’héberge. Tu n’as plus un sou vaillant… ML : Je n’ai jamais su compter ! Merci à elle et à Mme Chevallier qui tient la buvette. MC : Un brin bigote mais brave femme… Tu ne manques pas de la bousculer un peu avec tes plaisanteries…. et elles la font rire ! ML : Elle m’a réservé une petite pièce du café. J’y rencontre des amis… et tu sais de quoi on parle ? MC : de la Commune, bien sûr… et particulièrement de Louise. Tu l’admires plus que jamais, Louise ! ML : Tu sais bien que je l’ai toujours admirée, depuis le début, depuis le 18 mars. Elle me manque. Nous étions au bagne ensemble, souviens-toi. Bon, mais la fin approche. Je te laisse raconter, Marcel . MC : Lisbonne se lance dans une dernière tournée, dans les Ardennes... Une tournée de saltimbanque…. Mais il prend froid : congestion pulmonaire. Madame Lisbonne le soigne à la Ferté-Alais... Mais laisse-moi te parler : ton visage, désormais émacié et blafard, est toujours encadré de cheveux longs, tu portes toujours un grand foulard rouge autour du cou… Tu es toujours toi, Maxime… mais le 10 janvier 1905, on annonce la mort de Louise… Tu délires… ML : « Je veux mourir sur la première barricade élevée pour défendre la République. Je veux mourir en combattant « pour elle » ! MC : Qui « elle » ? : la Commune, la République, Louise ??? Les trois sans doute ! Maxime Lisbonne meurt le 25 mai, la même année que Louise Michel, l’« artiste en révolution » devenue anarchiste et franc-maçonne… Louise a tous les droits, Maxime les lui reconnaît… tous… et il n’a pas changé : saltimbanque il était, saltimbanque, il est resté… Tous les vieux communards, drapeaux rouges déployés, viennent lui rendre hommage le jour de son enterrement, le 27 mai 1905, à la Ferté-Alais. Mais c’est à Edouard Lepelletier, communard et historien de la Commune, de rappeler le rôle de Maxime Lisbonne… et son témoignage bouleverse bien des idées toutes faites, je le retranscris ici : « Si la Commune avait eu beaucoup de défenseurs comme Maxime Lisbonne, malgré les conditions d’infériorité de la lutte, le résultat final n’eût peut-être pas été le même. Si, surtout, au lieu de prendre pour chef le traître Lullier, c’eût été à ce brave qu’on eût confié la défense de Paris, la marche sur Versailles eût été commencée dès le 19 mars. Alors, le Mont-Valérien eût appuyé la colonne d’attaque du 4 avril et la bataille changeait de face. Le vaillant Lisbonne ne fut pas suffisamment apprécié et honoré de son vivant, surtout par les jeunes générations ignorantes. Ne l’ayant pas vu au combat, les révolutionnaires juvéniles voulurent rabaisser ou railler en lui le cabotin montmartrois qu’ils affectaient de connaître seulement[…] » Voix de Maxime Lisbonne, lointaine : Saltimbanque je suis, saltimbanque je reste. MC : C’est tout à ton honneur, Maxime, toi le fougueux d’Artagnan de la Commune !!! Vive le saltimbanque ! Claudine Cerf, Septembre 2022
- 1h-Baudelaire 7 vieillards | Auluxecommunal
BAUDELAIRE - LES SEPT VIEILLARDS Tableaux parisiens, Les fleurs du mal (1840-1850) A Victor Hugo Fourmillante cité, cité pleine de rêves, Où le spectre en plein jour raccroche le passant ! Les mystères partout coulent comme des sèves Dans les canaux étroits du colosse puissant. Un matin, cependant que dans la triste rue Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur, Simulaient les deux quais d'une rivière accrue, Et que, décor semblable à l'âme de l'acteur, Un brouillard sale et jaune inondait tout l'espace, Je suivais, roidissant mes nerfs comme un héros Et discutant avec mon âme déjà lasse, Le faubourg secoué par les lourds tombereaux. Tout à coup, un vieillard dont les guenilles jaunes, Imitaient la couleur de ce ciel pluvieux, Et dont l'aspect aurait fait pleuvoir les aumônes, Sans la méchanceté qui luisait dans ses yeux, M'apparut. On eût dit sa prunelle trempée Dans le fiel ; son regard aiguisait les frimas, Et sa barbe à longs poils, roide comme une épée, Se projetait, pareille à celle de Judas. Il n'était pas voûté, mais cassé, son échine Faisant avec sa jambe un parfait angle droit, Si bien que son bâton, parachevant sa mine, Lui donnait la tournure et le pas maladroit D'un quadrupède infirme ou d'un juif à trois pattes. Dans la neige et la boue il allait s'empêtrant, Comme s'il écrasait des morts sous ses savates, Hostile à l'univers plutôt qu'indifférent. Son pareil le suivait : barbe, œil, dos, bâton, loques, Nul trait ne distinguait, du même enfer venu, Ce jumeau centenaire, et ces spectres baroques Marchaient du même pas vers un but inconnu. A quel complot infâme étais-je donc en butte, Ou quel méchant hasard ainsi m'humiliait ? Car je comptai sept fois, de minute en minute, Ce sinistre vieillard qui se multipliait ! Que celui-là qui rit de mon inquiétude, Et qui n'est pas saisi d'un frisson fraternel, Songe bien que malgré tant de décrépitude Ces sept monstres hideux avaient l'air éternel ! Aurais-je, sans mourir, contemplé le huitième. Sosie inexorable, ironique et fatal, Dégoûtant Phénix, fils et père de lui-même ? - Mais je tournai le dos au cortège infernal. Exaspéré comme un ivrogne qui voit double, Je rentrai, je fermai ma porte, épouvanté, Malade et morfondu, l'esprit fiévreux et trouble, Blessé par le mystère et par l'absurdité ! Vainement ma raison voulait prendre la barre ; La tempête en jouant déroutait ses efforts, Et mon âme dansait, dansait, vieille gabarre Sans mâts, sur une mer monstrueuse et sans bords !
- 1i-Cinéma | Auluxecommunal
LE CINÉMA Au moment où le film commence, un brouillard noir sort de l'écran et se répand dans la salle. Le spectateur devra trouver le mécanisme pour endiguer le phénomène. Le cinéma diffusera des films de fiction
- 1g-Discussion Michel/Sand | Auluxecommunal
Rencontre GEORGE SAND - LOUISE MICHEL Michel Pinglaut : uchronie librement inspirée de « Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? » de Mariecke de Bussac Louise Michel : Salut la bourgeoise ! Georges Sand : Fi, la sauvageonne ! - Ah oui, je suis une sorte d’épouvantail, une ogresse, puisque tu affirmes, bourgeoise insensée, qu’à Paris, nous nous mangeons entre nous. - N’êtes vous pas appelée la Vierge rouge ? - C’est ce qu’en disent les journaux, que tu reçois à Nohant. Tu as le choix, puisque les journaux communeux y arrivent aussi. - Vous êtes, fauve déchaînée, complice de la Commune. - La Commune veut la République sociale et universelle. En quoi, avons-nous notre place au zoo de Vincennes ? La Révolution sociale, ça doit te dire aussi, sauvageonne de 1848 ! - Mais regardez ce que la populace a fait de Paris : une ruine et un égout de vomis d’alcooliques. - Les destructions, les incendies, ma vielle, aux Prussiens d’abord, aux obus versaillais ensuite. Toi, romancière, tu sais ce que signifie « tirer à boulets rouges ». Les espions napoléoniens sabotaient aussi. Ils voulaient retrouver le lupanar de Badinguet et de l’Eugénie. - Mais l’Hôtel de ville ? - Oui ! Nous ne voulions pas que les versaillais triomphent dans ce que fut le symbole de l’expression du Peuple. Vercingétorix, l’arverne, n’a-t-il pas voulu faire la terre brûlée devant Jules. Nous avons aussi détruit la colonne Vendôme, symbole du césarisme des Napoléons, le 1er et l’autre, le petit. Nous avons brûlé les Tuileries dont les ors provenaient des profits tirés sur le travail des malheureuses et des humbles. - Pourquoi cette fièvre obsidionale ? - Ma petite, voilà encore une pensée issue des cerveaux versaillais. Ignoble de reprocher aux Parisiens de vouloir défendre Paris, de ne pas céder devant les Prussiens. - Il fallait arrêter cette guerre qui a meurtri la jeunesse de nos campagnes. - Les Jules ont été des capitulards. Les Communeux ne sont pas des traîtres, des lâches. - Ecoute. Moi aussi, j’ai été sociale et rouge. Mais je hais la violence. - La violence est née de votre peur de perdre vos petits privilèges bourgeois, d’avoir reconnu que les Communeuses et les Communeux voulaient sortir de la misère. J’ai d’ailleurs écrit un roman feuilleton populaire La Misère en 1881. - Oui, je me souviens des jeunes filles de Lyon, face à leurs métiers à tisser et la réponse d’un député : « Si on interdit aux enfants de travailler, de quoi vivraient leurs familles ». Moi, j’étais une indignée. - Alors, pourquoi nous avoir abandonné en 1871 ? - J’ai préféré le rejet de la guerre et le calme des paysans, touchés par les morts de 70. Je ne voulais pas que les rêves révolutionnaires se réalisent dans le sang des révolutions. - Il y en a marre de la domination, pour les femmes surtout. Nous voulons une Humanité nouvelle, un monde nouveau, une République sociale, universelle, sans le poids des bondieuseries et de la religion. - Mais elle ne doit pas croître dans le sang ! - Qui a été sanguinaire ? Qui a attaqué Paris dès le 2 avril ? Quelques centaines - oui, c’est trop –, bien sûr, de victimes de la Commune et de la population outrée de tant d’injustices. Mais les 25 000 morts de la Semaine sanglante ? De cette guerre civile déclenchée par Versailles. M. Thiers est un foutriquet qui a les mains rouges de sang. - Je n’aimais pas particulièrement Thiers. - Alors ? - Les Communards ont été excessifs, je les crois insensés dans leur construction du monde. C’était une aventure dangereuse. Mais vous, institutrice, d’où vous viennent ces pensées d’insoumission ? - Les parents et grands parents qui m’ont recueillie m’ont fait lire les philosophes du siècle des Lumières, Voltaire en particulier. Mais toi aussi, George, tu as été initiée à ces philosophes ? - J’ai été moi aussi , effectivement révoltée par l’injustice sociale, par les affronts faits aux femmes. - J’ai lu Les paroles d’un croyant de Lamenais et cela m’a marqué. - Ah, Lamenais ! Je me suis disputée avec lui, à cause du divorce. J’ai eu aussi une éducation voltairienne. Jean-Jacques Rousseau m’est familier. La gestion du domaine de Nohant est l’occasion de mettre ses préceptes en pratique . - Grand-père m’a raconté l’épopée de la Grande Révolution. Nous lisions nombre de livres ensemble. - Bon sang ! Mais chez moi aussi, mon père a approuvé la fin des privilèges ! - J’ai connu, enfant, la vie heureuse de la campagne. Je me suis intéressée à la lutte contre la maltraitance des animaux. Même sur La Virginie, le bateau d’exil pour atteindre la Nouvelle Calédonie, je ne pouvais pas supporter la chasse aux cormorans. - Mais moi aussi, j’aime les animaux et les plantes de mon cher Berry. Pour les plantes, je cherchais les secrets de leur usage. - Dans mon enfance, j’ai pratiqué les veillées, écouter les bonnes vieilles histoires du terroir. Cela ne m’a pas empêché d’apparaître comme une jument folle de liberté. - Bon sang ! Les veillées du Berry ont bercé mon enfance et toute ma vie rurale. Vous savez bien, nom d’un chien,que j’ai voulu redonner tous ces faits charmants dans mes romans pour qu’une jeune fille du pays d’Oïl comprenne et ressente toutes mes pensées et mes pratiques. - Mais, le pain issu du terroir est dur à gagner, bourgeoise ! C’est pourquoi il ne faut pas se résigner à crever de faim, à accepter la fatalité, à être une ouaille du Seigneur. - Arrêtez ! Je comprends tout cela ! - Alors, le programme de la Commune aurait dû vous toucher, toi et tes amis de la littérature et des arts. L’école, l’égalité institutrice-instituteur, le soutien pour une vie meilleure aux déshérités… Quel beau programme ! - Ne revenons pas sur la Commune, nous allons nous crêper le chignon. Mais je partage vos idées sur l’injustice. Certains meurent d’indigestion et les autres crèvent de faim. - Donc, la justice divine n’existe pas. - Je veux croire qu’une divinité puissante soit capable de créer un monde vivable. Mais je pense que cette divinité ne croit pas en l’homme ou plutôt utilise sa folie et ses défauts. - Cet être suprême n’a engendré que religiosité, despotisme, propriété, guerres. - Je ne suis pas spécialement dans la religion, mais je crois qu’elle peut agir contre les puissants. - L’homme, et bien sûr, la femme ne seront jamais libres tant qu’ils croiront et obéiront à un dieu. - Mais Dieu inspire la charité chrétienne. C’est comme cela que j’agis vis à vis de mes paysans du Berry. - Employons donc le mot de solidarité qui ne se conçoit pas avec un être faible et isolé. - Toutes les existences sont solidaires les unes des autres. - Dis donc, bourgeoise, ton Jésus n’a-t-il pas été crucifié pour avoir dit « aimons-nous les uns les autres » ? - J’ai pensé (je pensais ?) au communisme. D’ailleurs, dans ma province, ne dit-on pas que je suis communisque. C’est une manière de christianisme. - J’ai aussi pensé au communisme pour dépasser la notion de charité. Puis à l’anarchie, pour éviter le pouvoir de l’état-patron. - Les hommes ne sont pas mûrs pour le communisme et l’anarchisme. Le communisme peut devenir une religion. Mais peut-il être forme de société? Mais j’ajoute : malheur à la richesse. Comment le communisme, l’anarchisme peuvent-ils devenir une force de reconstruction sociale ? - Et comment concevoir l’amour dans cette société ? - Pour moi, je n’ai pas pu, je n’ai pas voulu vivre sans amour Et l’amour (m') a fait, par la maternité, le plaisir immense d’avoir mon fils Maurice. - Moi, je n’ai jamais voulu donner d’esclaves aux puissants ! - Bon sang, l’amour est donc politique chez vous ? - L’amour ne doit pas faire oublier les combats d’idées. - Aimer ne m’a jamais empêché d’agir, de combattre, de convaincre pour des idées. - Et le mariage dans tout ça ? - Je ne défends pas le mariage. C’est une institution faite de barbarie. Il doit être aboli. - L’ homme et la femme doivent cependant être main dans la main. - L’espèce humaine doit progresser vers la justice et la raison. Les enfants doivent profiter de cela. - Mais toi, George, tu n’es pas restée main dans la main avec le même homme ? - J’ai d’abord aimé mon mari, enfant illégitime du baron Dudevant. Je me suis mariée à 18 ans. Lui en avait 27. Nous n’avions rien en commun. La chasse ! La chasse! C’était son intérêt. J’ai aimé follement de nombreux hommes. Physiquement, j’étais dyspareunique, j’avais mal pour accomplir l’acte d’union. Alors, par instinct, je changeais. Je voulais aussi montrer que la femme est forte, qu’elle peut mener un homme. Je n’avais pas peur du scandale. Par mon prénom, par ma façon de m’habiller, de fumer. Et vous, Louise, vous avez pris un nom d’homme (aussi ?) ? - Enjolras, oui. En signant, ma chance d’être insérée, éditée, lue s’en trouvait meilleure. André Léo a fait de même. - Il y a un grand pas à faire contre la bêtise humaine qui induit que l’intelligence n’est réservée qu’aux hommes. - Bravo, George ! - Le monde masculin veut régner par la force brutale et étouffer notre intelligence. Nous laisser incultes. - Nous voulons la science et la liberté. Comme institutrice, ma méthode était expérimentale. Elle irriguait le cerveau mieux que les leçons apprises par coeur. - J’ai inscrit ma fille dans votre école. Je lui voulais aussi un enseignement laïque. - En Nouvelle-Calédonie, j’ai mêlé enfants de métropolitains et kanak. - Ne trouves-tu pas que la femme est plus sensible, plus artiste, plus poète ? - Quoi ? C’est toi, George qui parle ainsi ? - Mais, en poésie, tu as été encouragée par Victor Hugo. Je ne l’ai jamais rencontré. Mais à la mort de sa fille, je lui ai écrit, le 30 août 1868. « Mon coeur a été avec le vôtre durant ces jours amers, en cette épreuve bien grande, d’un grand courage. Que peut-on vous dire, à vous, que votre grande âme ne vous dise plus et mieux. On peut seulement vous dire que plus le malheur vous frappe, plus on vous respecte et vous aime ». - Il m’a toujours soutenue, même dans les jours d’emprisonnement. C’était mon maître en poésie. - Tiens, tiens ! Drôle de qualificatif pour une révolutionnaire : « Mon maître ». On dit que vous avez été sa maîtresse ? - Ah ! Ragots ! Il paraît même que j’aurais eu une fille de lui. - Mais le public préfère nos amours à nos idées. Ragots aussi pour moi avec ce pauvre Musset. Ecrire est une passion, mais surtout un travail, pour tirer revenu de ma plume. - Mais le monde de l’édition et un univers de bassesses. J’ai rempli des pages et des pages. Même si je n’étais pas payée par ces chicaneurs. - Nous nous ressemblons donc. Il faut toujours travailler, travailler. - Travailler, travailler. - Travailler en musique. Enfant, j’étais déjà sensible à la musique… Et puis. .. Chopin… - J’aime le violon par-dessus tout. - La musique adoucit les mœurs. - Dommage que les policiers ne soient pas suffisamment musiciens. - Alors, pourquoi faites-vous de la politique ? - C’est plutôt de l’humanité. Les inégalités tomberont quand homme et femme seront ensemble pour la lutte finale. - L’homme et le femme pourront remplir des fonctions différentes ou semblables sans que la femme soit tenue dans un état d’infériorité. - Je revendique le droit des femmes non-esclaves de l’homme. Nous sommes la moitié de l’humanité. - Pour que notre condition de femmes soit transformée, il faut que la société soit transformée radicalement. - Nous ne voulons pas quelques cris isolés, mais que le peuple entier, debout, réclame la délivrance de tous les esclavages, qu’ils s’appellent le prolétaire ou la femme. - Nous savons, pauvre Louise, que la majorité du peuple français est crédule, ignorante, bête et méchante, aveugle, ingrate. - Elle est bourgeoise, donc ! On protège trop celui qui possède contre celui qui n’a rien. - Vous méritez (gagnez ?) à être connue. Il paraît qu’à Londres, on vous appelait Good Woman. - Ce n’était pas pour me déplaire. C’est mieux que voleuse, massacreuse, pétroleuse, incendiaire, furie. - Moi, c’est la bonne dame de Nohant. - J’ai le mal des morts, tant de mes amies et amis ont disparu. - Allez, nous allons nous quitter. Voulez-vous de la camomille de mon jardin? - Je préfèrerais une infusion de fleurs de niaoulis. - C’est curieux que nous ne nous soyons jamais rencontrées. - Nous sommes les symboles de 2 mondes. - Mais, bon sang, j’apprécie le peuple des campagnes. - Mais , vous n’êtes plus la George de 48. - Je suis Républicaine. Le peuple, l’humanité, ce ne sont pas des vains mots. - Nous sommes à une époque d'anxiété et tout le monde cherche sa route. - Alors, cherchons-la, ensemble.
- 1d-Mazas | Auluxecommunal
LA PRISON MAZAS >> La maison d'arrêt cellulaire, appelée couramment prison Mazas, est une ancienne prison de Paris , construite par l'architecte Émile Gilbert . Située face à la gare de Lyon , elle est utilisée de 1850 à 1898 pour l'internement des prisonniers de droit commun . Adolphe Thiers y fut incarcéré en 1851 après le coup d'Etat du 2 décembre; Georges Clémenceau en 1862; Arthur Rimbaud en 1870 pour ne pas avoir payé son billet de train . Elle n'en n'a pas moins "accueilli" des prisonniers politiques communards, après la Semaine sanglante : Jules Allix, Bruno Braquehais, Henri Rochefort, Jules Valles, Gustave Courbet... L'édifice est démoli en 1898 à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900 afin d'épargner la vue d'une prison aux visiteurs arrivant par la gare de Lyon. LES DESSINS D'ARMAND GAUTIER A MAZAS Thiers, ministre bavard, et Thiers dans sa cellule Réglement et fenêtre de la cellule 17 de la prison Mazas Un défilé, prison Mazas Thiers dans la cellule d'attente Monsieur Thiers passant à la toise Le perruquier de la préfecture La prison Mazas, 12ème arrondissement, en 1871 Sortie de la prison Mazas, 12ème arrondissement Ici fut fusillé un brave sur l'ordre d'un lâche Cuiller de bois de la prison Mazas Cellule 64, dépôt de la préfecture de police Henri Rochefort à la prison Mazas, 1871
- 1h-Chateau du Taureau | Auluxecommunal
LE CHATEAU DU TAUREAU La geole de Blanqui au chateau du Taureau, en baie de Morlaix. C'est là qu'il écrivit "L'éternité par les astres" La prison depuis la fenêtre de la geôle de Blanqui Le 31 octobre 1870, a lieu à Paris une émeute contre le gouvernement qui capitule face à la Prusse. Flourens, Blanqui et d’autres prennent l’Hôtel de Ville, pour quelques heures seulement. Vallès prend le pouvoir à la mairie du dix-neuvième. Le 17 mars 1871, la veille de la Commune, Blanqui est arrêté chez sa nièce à Figeac pour sa participation à l'émeute, et est emprisonné au secret à Cahors. Il sera transféré au fort du Taureau en baie de Morlaix, où il restera du 24 mai au 12 novembre 1871, puis à Versailles, avant de passer devant un Conseil de guerre les 15 et 16 février 1872 comme « inspirateur » de la Commune ! Sa mauvaise santé lui évitera la déportation en Nouvelle-Calédonie. Il a passé, au total trente-six années de sa vie en prison. Marx écrivait de lui : « Le véritable meurtrier de l'archevêque Darboy, c'est Thiers. La Commune, à maintes reprises, avait offert d'échanger l'archevêque et tout un tas de prêtres par-dessus le marché, contre le seul Blanqui, alors aux mains de Thiers. Thiers refusa obstinément. Il savait qu'avec Blanqui, il donnerait une tête à la Commune ». La Guerre civile en France (la commune de Paris) , 1871, éd. Fayard/Mille et une nuits, 2007. Blanqui par Ernest Appert
- 1e-Debeurdinoir | Auluxecommunal
LE DÉBEURDINOIR Un beurdin (ou bredin), en Berry, est un simple d'esprit. Un débeurdinoir (ou débreudinoir) est un sarcophage qui permet, lorsqu'on introduit la tête à l'endroit prévu à cet effet, de débeurdiner un beurdin. Ce débeurdinoir spécifique est conçu pour les héritiers des versaillais qui persévèrent dans leurs entreprises de diffamation de la Commune, malgré l'histoire qui est passée par là. Il reste à intégrer les effets spéciaux de l'opération de débeurdinage qui devront, pour remplir leur mission, être spectaculaires. Descente vers le débeurdinoir sous l'estrade du café Débeurdinoir de St Menoux >>

