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  • 7 - AUGUSTE BLANQUI – L'ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES

    Une méthode bifurcatrice, ainsi que la dimension d'une histoire contrefactuelle, sont à l'œuvre dans un texte du grand absent de la Commune, dont Marx écrivit qu'il était la tête qui lui avait manqué1, Auguste Blanqui. Arrêté par Adolphe Thiers, alors chef de l'état et du gouvernement, la veille du déclenchement de la Commune le 17 mars 1871, pour sa participation à l'émeute du 31 octobre 1870, incarcéré au fort du Taureau de Morlaix, il y commence la rédaction d'une « hypothèse astronomique » intitulée « L'éternité par les astres »2. Ce texte, écrit Jean-François Hamel dans son superbe essai, « Rien de nouveau sous les soleils - Répétition et origine de l’histoire dans « L’Eternité par les astres » de Blanqui »3, est « à la source de certaines des métaphores les plus obsédantes du XXème siècle, le temps comme jardin aux sentiers qui, incessamment, bifurquent chez [Jorge Luis Borges4], l’Histoire comme catastrophe et amoncellement interminable de ruines chez [Walter Benjamin5] ». Le texte de Blanqui contient les accents uchroniques dont s'inspirera Borges dans Le jardin aux sentiers qui bifurquent6 par exemple, impliquant la coexistence, simultanée ou non, de tous les possibles. Blanqui tente de démontrer la répétition incessante de l'univers qui, pourvu d'un nombre limité de corps simples sur notre planète - il en énumère 64 au début de son texte - est condamné à les répéter à l'infini pour peupler l’infini de l’univers : des terres-sosies existent à l’infini, peuplées par des infinités d’êtres-sosies qui accomplissent tous les possibles, à chaque instant, qui nous sont offerts de réaliser. Blanqui estime qu’ « avec un plan si monotone [rien à construire que des systèmes stellaires] et des éléments si peu variés, il n’est pas facile d’enfanter des combinaisons différentes, qui suffisent à peupler l’infini. Le recours aux répétitions devient indispensable7 ». Pas un caillou, pas un arbre, pas un ruisseau, pas un animal, pas un homme, pas un incident qui n’ait trouvé sa place et sa minute dans le duplicata. C’est une véritable terre-sosie... jusqu’à aujourd’hui du moins. Car demain, les événements et les hommes poursuivront leur marche. Désormais, c’est pour nous l’inconnu. L’avenir de notre terre, comme son passé, changera des millions de fois de route. Le passé est un fait accompli; c’est le nôtre. L’avenir sera clos seulement à la mort du globe. D’ici là, chaque seconde amènera sa bifurcation, le chemin qu’on prendra, celui qu’on aurait pu prendre. Quel qu’il soit, celui qui doit compléter l’existence propre de la planète jusqu’à son dernier jour, a été parcouru déjà des milliards de fois. Il ne sera qu’une copie imprimée d’avance par les siècles8. De ces infinies bifurcations au sein des « terres-sosies » s’ensuit une répétition constante des événements historiques dans l’infini, parfois absolument identiques, parfois revêtus d’infimes différences, empruntant d'infimes bifurcations, qui entraînent des conséquences importantes : les Anglais perdant Waterloo, Bonaparte perdant Marengo, des échanges de victoires et de défaites dans des mondes qui ne peuvent coexister et qui pourtant coexistent. Le meurtre de César se reproduit éternellement, sans qu'il sache qu'il est déjà advenu une infinité de fois et qu’il adviendra encore. Les histoires des différentes terres ne coïncident pas en chacun de leurs points, ne suivent pas le même rythme, chacun de leurs événements est contemporain de tous les autres par l’intermédiaire des terres-sosies où ils adviennent à tout instant de l’infini temporel. Cette construction propose donc la coexistence dans le temps de mondes incompossibles, dont les histoires se juxtaposent avec des variations infinies de rythme, et amène à penser la présence parallèle de chacun des instants du passé et de l’avenir9. Chaque événement n'est pour Blanqui que la répétition d'une possibilité de l'histoire, histoire dont il récuse tout avènement originel et tout achèvement, toute origine temporelle et toute téléologie, ainsi que toute direction du temps autre que le retour de l'événement lui-même. Les passions humaines, qui ne sont pas pour lui soustraites à la loi de la répétition générale, permettent cependant de laisser l'avenir ouvert aux mondes possibles. Ainsi, par la grâce de sa planète, chaque homme possède dans l’étendue un nombre sans fin de doublures qui vivent sa vie, absolument telle qu’il la vit lui-même. Il est infini et éternel dans la personne d’autres lui-même, non- seulement de son âge actuel, mais de tous ses âges. Il a simultanément, par milliards, à chaque seconde présente, des sosies qui naissent, d’autres qui meurent, d’autres dont l’âge s’échelonne, de seconde en seconde, depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Walter Benjamin écrira : " Blanqui qui, au seuil de la mort, sait que le Fort du Taureau est sa dernière prison, [...] écrit ce livre pour se donner de nouvelles portes de cachot". La vision cosmique du monde que Blanqui expose en empruntant ses données à la physique mécaniste de la société bourgeoise, est une vision d’enfer. C’est en même temps un complément à la société dont Blanqui au soir de sa vie avait dû reconnaître la victoire. L’aspect bouleversant de cette ébauche est qu’elle est totalement dépourvue d’ironie. C’est une soumission sans réserve et, en même temps, c’est le réquisitoire le plus terrible qui puisse être prononcé à l’encontre d’une société qui projette dans le ciel cette image cosmique d’elle-même. Le texte, qui est, quant à la langue, d’un relief très marqué, entretient les relations les plus remarquables autant avec Baudelaire qu’avec Nietzsche10. Jorge Luis Borges écrira dans son « Histoire de l'éternité », qui recense les doctrines de l'éternel retour, que « celle de Blanqui est la mieux raisonnée et la plus complexe », en s'étonnant qu' « il crible de mondes analogues et dissemblables, non seulement le temps mais aussi l'espace interminable »11... Mais n’est-ce point une consolation de se savoir constamment, sur des milliards de terres, en compagnie des personnes aimées qui ne sont plus aujourd’hui pour nous qu’un souvenir ? En est-ce une autre, en revanche, de penser qu’on a goûté et qu’on goûtera éternellement ce bonheur, sous la figure d’un sosie, de milliards de sosies ? C’est pourtant bien nous. Pour beaucoup de petits esprits, ces félicités par substitution manquent un peu d’ivresse. Ils préféreraient à tous les duplicata de l’infini trois ou quatre années de supplément dans l’édition courante. On est âpre au cramponnement, dans notre siècle de désillusions et de scepticisme12. Les propositions contrefactuelles de Blanqui et de Morris13 permettent de se hausser sur les épaules de la Commune14 avec les yeux de leurs imaginaires, autorisant de nouveaux outils à la construction du projet. 7 - AUGUSTE BLANQUI – L'ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES Texte précédent Texte suivant Une méthode bifurcatrice, ainsi que la dimension d'une histoire contrefactuelle, sont à l'œuvre dans un texte du grand absent de la Commune, dont Marx écrivit qu'il était la tête qui lui avait manqué1, Auguste Blanqui. Arrêté par Adolphe Thiers, alors chef de l'état et du gouvernement, la veille du déclenchement de la Commune le 17 mars 1871, pour sa participation à l'émeute du 31 octobre 1870, incarcéré au fort du Taureau de Morlaix, il y commence la rédaction d'une « hypothèse astronomique » intitulée « L'éternité par les astres »2. Ce texte, écrit Jean-François Hamel dans son superbe essai, « Rien de nouveau sous les soleils - Répétition et origine de l’histoire dans « L’Eternité par les astres » de Blanqui »3, est « à la source de certaines des métaphores les plus obsédantes du XXème siècle, le temps comme jardin aux sentiers qui, incessamment, bifurquent chez [Jorge Luis Borges4], l’Histoire comme catastrophe et amoncellement interminable de ruines chez [Walter Benjamin5] ». Le texte de Blanqui contient les accents uchroniques dont s'inspirera Borges dans Le jardin aux sentiers qui bifurquent6 par exemple, impliquant la coexistence, simultanée ou non, de tous les possibles. Blanqui tente de démontrer la répétition incessante de l'univers qui, pourvu d'un nombre limité de corps simples sur notre planète - il en énumère 64 au début de son texte - est condamné à les répéter à l'infini pour peupler l’infini de l’univers : des terres-sosies existent à l’infini, peuplées par des infinités d’êtres-sosies qui accomplissent tous les possibles, à chaque instant, qui nous sont offerts de réaliser. Blanqui estime qu’ « avec un plan si monotone [rien à construire que des systèmes stellaires] et des éléments si peu variés, il n’est pas facile d’enfanter des combinaisons différentes, qui suffisent à peupler l’infini. Le recours aux répétitions devient indispensable7 ». Pas un caillou, pas un arbre, pas un ruisseau, pas un animal, pas un homme, pas un incident qui n’ait trouvé sa place et sa minute dans le duplicata. C’est une véritable terre-sosie... jusqu’à aujourd’hui du moins. Car demain, les événements et les hommes poursuivront leur marche. Désormais, c’est pour nous l’inconnu. L’avenir de notre terre, comme son passé, changera des millions de fois de route. Le passé est un fait accompli; c’est le nôtre. L’avenir sera clos seulement à la mort du globe. D’ici là, chaque seconde amènera sa bifurcation, le chemin qu’on prendra, celui qu’on aurait pu prendre. Quel qu’il soit, celui qui doit compléter l’existence propre de la planète jusqu’à son dernier jour, a été parcouru déjà des milliards de fois. Il ne sera qu’une copie imprimée d’avance par les siècles8. De ces infinies bifurcations au sein des « terres-sosies » s’ensuit une répétition constante des événements historiques dans l’infini, parfois absolument identiques, parfois revêtus d’infimes différences, empruntant d'infimes bifurcations, qui entraînent des conséquences importantes : les Anglais perdant Waterloo, Bonaparte perdant Marengo, des échanges de victoires et de défaites dans des mondes qui ne peuvent coexister et qui pourtant coexistent. Le meurtre de César se reproduit éternellement, sans qu'il sache qu'il est déjà advenu une infinité de fois et qu’il adviendra encore. Les histoires des différentes terres ne coïncident pas en chacun de leurs points, ne suivent pas le même rythme, chacun de leurs événements est contemporain de tous les autres par l’intermédiaire des terres-sosies où ils adviennent à tout instant de l’infini temporel. Cette construction propose donc la coexistence dans le temps de mondes incompossibles, dont les histoires se juxtaposent avec des variations infinies de rythme, et amène à penser la présence parallèle de chacun des instants du passé et de l’avenir9. Chaque événement n'est pour Blanqui que la répétition d'une possibilité de l'histoire, histoire dont il récuse tout avènement originel et tout achèvement, toute origine temporelle et toute téléologie, ainsi que toute direction du temps autre que le retour de l'événement lui-même. Les passions humaines, qui ne sont pas pour lui soustraites à la loi de la répétition générale, permettent cependant de laisser l'avenir ouvert aux mondes possibles. Ainsi, par la grâce de sa planète, chaque homme possède dans l’étendue un nombre sans fin de doublures qui vivent sa vie, absolument telle qu’il la vit lui-même. Il est infini et éternel dans la personne d’autres lui-même, non- seulement de son âge actuel, mais de tous ses âges. Il a simultanément, par milliards, à chaque seconde présente, des sosies qui naissent, d’autres qui meurent, d’autres dont l’âge s’échelonne, de seconde en seconde, depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Walter Benjamin écrira : " Blanqui qui, au seuil de la mort, sait que le Fort du Taureau est sa dernière prison, [...] écrit ce livre pour se donner de nouvelles portes de cachot". La vision cosmique du monde que Blanqui expose en empruntant ses données à la physique mécaniste de la société bourgeoise, est une vision d’enfer. C’est en même temps un complément à la société dont Blanqui au soir de sa vie avait dû reconnaître la victoire. L’aspect bouleversant de cette ébauche est qu’elle est totalement dépourvue d’ironie. C’est une soumission sans réserve et, en même temps, c’est le réquisitoire le plus terrible qui puisse être prononcé à l’encontre d’une société qui projette dans le ciel cette image cosmique d’elle-même. Le texte, qui est, quant à la langue, d’un relief très marqué, entretient les relations les plus remarquables autant avec Baudelaire qu’avec Nietzsche10. Jorge Luis Borges écrira dans son « Histoire de l'éternité », qui recense les doctrines de l'éternel retour, que « celle de Blanqui est la mieux raisonnée et la plus complexe », en s'étonnant qu' « il crible de mondes analogues et dissemblables, non seulement le temps mais aussi l'espace interminable »11... Mais n’est-ce point une consolation de se savoir constamment, sur des milliards de terres, en compagnie des personnes aimées qui ne sont plus aujourd’hui pour nous qu’un souvenir ? En est-ce une autre, en revanche, de penser qu’on a goûté et qu’on goûtera éternellement ce bonheur, sous la figure d’un sosie, de milliards de sosies ? C’est pourtant bien nous. Pour beaucoup de petits esprits, ces félicités par substitution manquent un peu d’ivresse. Ils préféreraient à tous les duplicata de l’infini trois ou quatre années de supplément dans l’édition courante. On est âpre au cramponnement, dans notre siècle de désillusions et de scepticisme12. Les propositions contrefactuelles de Blanqui et de Morris13 permettent de se hausser sur les épaules de la Commune14 avec les yeux de leurs imaginaires, autorisant de nouveaux outils à la construction du projet. Texte précédent Texte suivant

  • 8 - HISTOIRE PUBLIQUE / USAGE PUBLIC DE L'HISTOIRE

    Un des enjeux contemporains du rapport à l’histoire est marqué par l’histoire publique1. Cette pratique spécifique de l’histoire répond à une demande sociale croissante de compréhension du passé, et tente de la sortir de la sphère universitaire en la rendant accessible à un large public. Sa naissance, au milieu des années 1970 en Californie, est liée aux besoins des minorités sociales et ethniques à la recherche de leurs racines et de leurs mémoires, et correspond, selon Catherine Brice, à « une montée en puissance de l’engagement social et de l’activisme politique » 2. Parallèlement, elle correspond aussi, plus prosaïquement, à une crise du recrutement des étudiants en histoire, et provoque des questionnements sur la manière d'attirer de nouveaux étudiants dans les Humanities, qui voudraient travailler en dehors du milieu éducatif. Les américains attirent l'histoire publique du côté d'une histoire appliquée aux problèmes du monde réel. Un débouché spécifique est le cabinet d'avocat, dans les cas de conflits environnementaux ou territorio-ethniques, un autre l'entreprise. En Europe, elle s'oriente principalement vers la communication de l'histoire en direction d'un public non-académique, non sous la forme d'une histoire appliquée, mais plutôt vers l'« application de la méthode historique aux questions, demandes et problèmes contemporains »3, en co-participation et co-production. Aux Etats Unis, certains historiens publics4 revendiquent la « Shared Authority », une histoire publique construite à part égale entre historien et public : une « co-construction du savoir dans laquelle l’historien dépend des groupes avec lesquels il travaille »5, ce qui pose le problème d'un « relativisme par lequel toutes les interprétations se valent ». L’histoire écrite par les publics, les témoins, les communautés, « est un matériau précieux, aussi précieux que les archives, [et] permet d’enrichir une compréhension qui échappera à l’écrit », note Brice. « Dans ce cas, poursuit-elle, l'autorité partagée [est] moins celle de l’historien que celle de l’historien avec des sources différentes. Une seule formation existe en France créée en 2015 à l'UPEC6 par Catherine Brice justement : un Master 2 d'histoire publique/Public History, qui s’intéresse aux usages publics de l’histoire, aux reenactments7, aux reconstitutions. L'histoire publique, en France, est souvent entendue comme histoire d'entreprise, ou associée aux pratiques pseudo-historiques des Stephane Berne et Franck Ferrand. Brice revendique le fait qu'« on est historien d’abord, puis qu’on s’approprie des moyens de divulgation qui permettent de parler d’histoire à des publics différents »8. Ici on aperçoit le lien avec la recherche sur la forme que Jablonka appelait le troisième continent, issu d'une réconciliation entre création et recherche et qui permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai ». Brice estime qu'il est « indispensable que les historiens soient en mesure de communiquer au plus grand nombre de personnes afin de nourrir les opinions, mais aussi les politiques publiques sur des points très contemporains ». « Toutes les recherches en histoire devraient pouvoir passer la barre du public, [...] et informer l’opinion publique de manière plus systématique que ce n’est le cas aujourd'hui ». « Les jeunes historiens doivent être formés à la transmission des connaissances. Et les historiens en poste [doivent] avoir, dans le cadre de la formation continue, des modules de formation qui nous aident à parler de nos recherches plus loin que les colloques érudits » Oser l’histoire publique est pour Brice une aventure intellectuelle passionnante, une extension [...] du champ de compétence de l'historien, « une fonction sociale qui nous est demandée et à laquelle nous devrions pouvoir répondre, aussi un espoir pour nos étudiants et pour notre discipline »9. LE PUBLIC. Ce qu'on retiendra de cette perspective est l'extension des modes de transmission de l'histoire, de ses moyens de divulgation, la volonté de partager le projet avec un public très ouvert, de ne pas le proposer aux seuls historiens ou militants de la Commune. La nature « multicouche » du site questionne l’adresse et la manière de fonctionner du présent de l’histoire, et permettra peut-être de provoquer de nouveaux intérêts. On pourra parcourir les éléments principaux et visibles ci-dessus énoncés, on pourra également fouiller plus avant à partir d'indices disséminés, découvrir les sous-couches justement, des données invisibles (s’activant avec le survol de l’écran par le curseur) conduisant à des dimensions plus ludiques, proposant des enquêtes, qui conduiront elles-mêmes à d’autres niveaux d'enquêtes. Chacun pourra conduire le site à sa guise, s’y perdre, s’y retrouver, réagir aux propositions, ou bien encore envoyer son propre projet qui sera ajouté à la structure du récit. 8 - HISTOIRE PUBLIQUE / USAGE PUBLIC DE L'HISTOIRE Texte précédent Texte suivant Un des enjeux contemporains du rapport à l’histoire est marqué par l’histoire publique1. Cette pratique spécifique de l’histoire répond à une demande sociale croissante de compréhension du passé, et tente de la sortir de la sphère universitaire en la rendant accessible à un large public. Sa naissance, au milieu des années 1970 en Californie, est liée aux besoins des minorités sociales et ethniques à la recherche de leurs racines et de leurs mémoires, et correspond, selon Catherine Brice, à « une montée en puissance de l’engagement social et de l’activisme politique » 2. Parallèlement, elle correspond aussi, plus prosaïquement, à une crise du recrutement des étudiants en histoire, et provoque des questionnements sur la manière d'attirer de nouveaux étudiants dans les Humanities, qui voudraient travailler en dehors du milieu éducatif. Les américains attirent l'histoire publique du côté d'une histoire appliquée aux problèmes du monde réel. Un débouché spécifique est le cabinet d'avocat, dans les cas de conflits environnementaux ou territorio-ethniques, un autre l'entreprise. En Europe, elle s'oriente principalement vers la communication de l'histoire en direction d'un public non-académique, non sous la forme d'une histoire appliquée, mais plutôt vers l'« application de la méthode historique aux questions, demandes et problèmes contemporains »3, en co-participation et co-production. Aux Etats Unis, certains historiens publics4 revendiquent la « Shared Authority », une histoire publique construite à part égale entre historien et public : une « co-construction du savoir dans laquelle l’historien dépend des groupes avec lesquels il travaille »5, ce qui pose le problème d'un « relativisme par lequel toutes les interprétations se valent ». L’histoire écrite par les publics, les témoins, les communautés, « est un matériau précieux, aussi précieux que les archives, [et] permet d’enrichir une compréhension qui échappera à l’écrit », note Brice. « Dans ce cas, poursuit-elle, l'autorité partagée [est] moins celle de l’historien que celle de l’historien avec des sources différentes. Une seule formation existe en France créée en 2015 à l'UPEC6 par Catherine Brice justement : un Master 2 d'histoire publique/Public History, qui s’intéresse aux usages publics de l’histoire, aux reenactments7, aux reconstitutions. L'histoire publique, en France, est souvent entendue comme histoire d'entreprise, ou associée aux pratiques pseudo-historiques des Stephane Berne et Franck Ferrand. Brice revendique le fait qu'« on est historien d’abord, puis qu’on s’approprie des moyens de divulgation qui permettent de parler d’histoire à des publics différents »8. Ici on aperçoit le lien avec la recherche sur la forme que Jablonka appelait le troisième continent, issu d'une réconciliation entre création et recherche et qui permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai ». Brice estime qu'il est « indispensable que les historiens soient en mesure de communiquer au plus grand nombre de personnes afin de nourrir les opinions, mais aussi les politiques publiques sur des points très contemporains ». « Toutes les recherches en histoire devraient pouvoir passer la barre du public, [...] et informer l’opinion publique de manière plus systématique que ce n’est le cas aujourd'hui ». « Les jeunes historiens doivent être formés à la transmission des connaissances. Et les historiens en poste [doivent] avoir, dans le cadre de la formation continue, des modules de formation qui nous aident à parler de nos recherches plus loin que les colloques érudits » Oser l’histoire publique est pour Brice une aventure intellectuelle passionnante, une extension [...] du champ de compétence de l'historien, « une fonction sociale qui nous est demandée et à laquelle nous devrions pouvoir répondre, aussi un espoir pour nos étudiants et pour notre discipline »9. LE PUBLIC. Ce qu'on retiendra de cette perspective est l'extension des modes de transmission de l'histoire, de ses moyens de divulgation, la volonté de partager le projet avec un public très ouvert, de ne pas le proposer aux seuls historiens ou militants de la Commune. La nature « multicouche » du site questionne l’adresse et la manière de fonctionner du présent de l’histoire, et permettra peut-être de provoquer de nouveaux intérêts. On pourra parcourir les éléments principaux et visibles ci-dessus énoncés, on pourra également fouiller plus avant à partir d'indices disséminés, découvrir les sous-couches justement, des données invisibles (s’activant avec le survol de l’écran par le curseur) conduisant à des dimensions plus ludiques, proposant des enquêtes, qui conduiront elles-mêmes à d’autres niveaux d'enquêtes. Chacun pourra conduire le site à sa guise, s’y perdre, s’y retrouver, réagir aux propositions, ou bien encore envoyer son propre projet qui sera ajouté à la structure du récit. Texte précédent Texte suivant

  • 10 - LE ROMAN NATIONAL

    Les identités nationales européennes ne sont pas des faits de nature, mais des constructions. Elles ont été l’objet d’une grande œuvre commune commencée à la moitié du XVIIIème. Pour fonder sa légitimation, explique Anne-Marie Thiesse 1, une communauté doit se trouver des origines, des antiquités, des preuves de ces antiquités, les plus lointaines possibles, et essayer de trouver des textes fondateurs ». Le travail de Thiesse porte sur la fiction et la culture de masse dans l’Europe contemporaine2. Elle écrit : Cette construction [des identité nationales] a été l’œuvre collective menée par plusieurs pays européens à travers des tâtonnements, des imitations et des échanges croisés, pour aboutir à une sorte de modèle commun, une liste d’éléments de base : des ancêtres fondateurs, une langue, une histoire continue, des héros, des monuments, un folklore à laquelle toute nation émergente doit depuis se conformer3. Voici l’histoire de l’un des textes fondateurs de notre identité nationale, la célèbre Chanson de Roland, qui croisa l’imaginaire de la future Commune de Paris à l’hiver 1870. Depuis sa découverte à la Budleyan Library d’Oxford par Francisque Michel, et sa publication en 1830, la Chanson de Roland n’intéressait pas les français, explique Thiesse, pas plus d’ailleurs que la littérature médiévale. Mais elle va finalement débarquer dans l’imaginaire des français avec le philologue et médiéviste Gaston Paris4. Celui-ci va donner, le 8 décembre 1870, c’est à dire peu après la bataille de Sedan et le siège prussien de Paris en septembre, une conférence au Collège de France intitulée « La chanson de Roncevaux et la nationalité française ». Prenant modèle sur le Berlin assiégé par les troupes napoléoniennes dans les années 1810 il va, lors d’une conférence extrêmement impressionnante […] exhorter les français à s’inspirer des héros de la chanson de Roland et à défendre la patrie, [...] à mourir en combattant, à donner sa vie pour la patrie5. Le 18 mars 1871, les parisiens se rebellent contre l’armée versaillaise venue récupérer les canons de la Garde nationale pour les remettre aux prussiens. On se saurait dire, bien sûr, quelles furent les conséquences concrètes de cette conférence, l’influence qu’elle exerça précisément sur l’imaginaire et les actions de la Commune. Elle se trouve cependant résolument liée à son histoire, et a pesé sur l’opinion publique parisienne, d’autant que dès 1870, la Chanson de Roland, écrit Jacqueline Cerquiglini-Toulet, sera enseignée comme antidote à la défaite de Sedan6. Au rejet parisien d’un gouvernement capitulard, aux effets désastreux de la bataille de Sedan, de celle de Buzenval, de l’occupation prussienne, puis de la tentative par Thiers de s’emparer des canons de la Garde Nationale, la conférence de Paris propose la dimension épique d’un modèle à la légitimation de la résistance parisienne. Quelques années plus tard, la chanson de Roland sera au programme de l’agrégation de lettre, puis de la classe de seconde dans les lycées. Roland rejoint Vercingétorix, du Guesclin, Bayard et Jeanne d’Arc, et devient un modèle patriotique officiel. « La littérature, disait Gaston Paris, est l’expression de la vie nationale. Là où il n’y a pas de littérature nationale, il n’y a qu’une vie nationale imparfaite ». Mais nous allons voir que l’expression littéraire de la vie nationale fut, à l’époque de la Commune, fort agitée et imparfaite... 10 - LE ROMAN NATIONAL Texte précédent Texte suivant Les identités nationales européennes ne sont pas des faits de nature, mais des constructions. Elles ont été l’objet d’une grande œuvre commune commencée à la moitié du XVIIIème. Pour fonder sa légitimation, explique Anne-Marie Thiesse 1, une communauté doit se trouver des origines, des antiquités, des preuves de ces antiquités, les plus lointaines possibles, et essayer de trouver des textes fondateurs ». Le travail de Thiesse porte sur la fiction et la culture de masse dans l’Europe contemporaine2. Elle écrit : Cette construction [des identité nationales] a été l’œuvre collective menée par plusieurs pays européens à travers des tâtonnements, des imitations et des échanges croisés, pour aboutir à une sorte de modèle commun, une liste d’éléments de base : des ancêtres fondateurs, une langue, une histoire continue, des héros, des monuments, un folklore à laquelle toute nation émergente doit depuis se conformer3. Voici l’histoire de l’un des textes fondateurs de notre identité nationale, la célèbre Chanson de Roland, qui croisa l’imaginaire de la future Commune de Paris à l’hiver 1870. Depuis sa découverte à la Budleyan Library d’Oxford par Francisque Michel, et sa publication en 1830, la Chanson de Roland n’intéressait pas les français, explique Thiesse, pas plus d’ailleurs que la littérature médiévale. Mais elle va finalement débarquer dans l’imaginaire des français avec le philologue et médiéviste Gaston Paris4. Celui-ci va donner, le 8 décembre 1870, c’est à dire peu après la bataille de Sedan et le siège prussien de Paris en septembre, une conférence au Collège de France intitulée « La chanson de Roncevaux et la nationalité française ». Prenant modèle sur le Berlin assiégé par les troupes napoléoniennes dans les années 1810 il va, lors d’une conférence extrêmement impressionnante […] exhorter les français à s’inspirer des héros de la chanson de Roland et à défendre la patrie, [...] à mourir en combattant, à donner sa vie pour la patrie5. Le 18 mars 1871, les parisiens se rebellent contre l’armée versaillaise venue récupérer les canons de la Garde nationale pour les remettre aux prussiens. On se saurait dire, bien sûr, quelles furent les conséquences concrètes de cette conférence, l’influence qu’elle exerça précisément sur l’imaginaire et les actions de la Commune. Elle se trouve cependant résolument liée à son histoire, et a pesé sur l’opinion publique parisienne, d’autant que dès 1870, la Chanson de Roland, écrit Jacqueline Cerquiglini-Toulet, sera enseignée comme antidote à la défaite de Sedan6. Au rejet parisien d’un gouvernement capitulard, aux effets désastreux de la bataille de Sedan, de celle de Buzenval, de l’occupation prussienne, puis de la tentative par Thiers de s’emparer des canons de la Garde Nationale, la conférence de Paris propose la dimension épique d’un modèle à la légitimation de la résistance parisienne. Quelques années plus tard, la chanson de Roland sera au programme de l’agrégation de lettre, puis de la classe de seconde dans les lycées. Roland rejoint Vercingétorix, du Guesclin, Bayard et Jeanne d’Arc, et devient un modèle patriotique officiel. « La littérature, disait Gaston Paris, est l’expression de la vie nationale. Là où il n’y a pas de littérature nationale, il n’y a qu’une vie nationale imparfaite ». Mais nous allons voir que l’expression littéraire de la vie nationale fut, à l’époque de la Commune, fort agitée et imparfaite... Texte précédent Texte suivant

  • 1h-Baudelaire 7 vieillards | Auluxecommunal

    BAUDELAIRE - LES SEPT VIEILLARDS Tableaux parisiens, Les fleurs du mal (1840-1850) A Victor Hugo Fourmillante cité, cité pleine de rêves, Où le spectre en plein jour raccroche le passant ! Les mystères partout coulent comme des sèves Dans les canaux étroits du colosse puissant. Un matin, cependant que dans la triste rue Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur, Simulaient les deux quais d'une rivière accrue, Et que, décor semblable à l'âme de l'acteur, Un brouillard sale et jaune inondait tout l'espace, Je suivais, roidissant mes nerfs comme un héros Et discutant avec mon âme déjà lasse, Le faubourg secoué par les lourds tombereaux. Tout à coup, un vieillard dont les guenilles jaunes, Imitaient la couleur de ce ciel pluvieux, Et dont l'aspect aurait fait pleuvoir les aumônes, Sans la méchanceté qui luisait dans ses yeux, M'apparut. On eût dit sa prunelle trempée Dans le fiel ; son regard aiguisait les frimas, Et sa barbe à longs poils, roide comme une épée, Se projetait, pareille à celle de Judas. Il n'était pas voûté, mais cassé, son échine Faisant avec sa jambe un parfait angle droit, Si bien que son bâton, parachevant sa mine, Lui donnait la tournure et le pas maladroit D'un quadrupède infirme ou d'un juif à trois pattes. Dans la neige et la boue il allait s'empêtrant, Comme s'il écrasait des morts sous ses savates, Hostile à l'univers plutôt qu'indifférent. Son pareil le suivait : barbe, œil, dos, bâton, loques, Nul trait ne distinguait, du même enfer venu, Ce jumeau centenaire, et ces spectres baroques Marchaient du même pas vers un but inconnu. A quel complot infâme étais-je donc en butte, Ou quel méchant hasard ainsi m'humiliait ? Car je comptai sept fois, de minute en minute, Ce sinistre vieillard qui se multipliait ! Que celui-là qui rit de mon inquiétude, Et qui n'est pas saisi d'un frisson fraternel, Songe bien que malgré tant de décrépitude Ces sept monstres hideux avaient l'air éternel ! Aurais-je, sans mourir, contemplé le huitième. Sosie inexorable, ironique et fatal, Dégoûtant Phénix, fils et père de lui-même ? - Mais je tournai le dos au cortège infernal. Exaspéré comme un ivrogne qui voit double, Je rentrai, je fermai ma porte, épouvanté, Malade et morfondu, l'esprit fiévreux et trouble, Blessé par le mystère et par l'absurdité ! Vainement ma raison voulait prendre la barre ; La tempête en jouant déroutait ses efforts, Et mon âme dansait, dansait, vieille gabarre Sans mâts, sur une mer monstrueuse et sans bords !

  • Trahison des généraux | Auluxecommunal

    LA QUESTION EST DE SAVOIR CE QUI MENAÇAIT LE RÉPUBLIQUE (TROISIÈME DU NOM) À PART LA IIIème RÉPUBLIQUE ELLE-MÊME. 1- LES PARLEMENTAIRES Le 31 janvier 71, anticipant les élections législatives, Gambetta décrète l’inéligibilité des anciens candidats officiels de l’Empire, bonapartistes et royalistes. Bismarck, furieux, menace de rompre l’armistice. Jules Simon fait annuler le décret, Gambetta démissionne le 6 février. Le 8 février 71 se déroulent les élections législatives. Composition de l’Assemblée, de gauche à droite : - 38 Républicains radicaux - 112 Républicains modérés - 72 Libéraux - 20 Bonapartistes - 214 Orléanistes - 182 Légitimistes Garibaldi est élu mais déclaré inéligible car étranger : Victor Hugo démissionne pour protester. Les ruraux sont largement favorables aux conservateurs (légitimistes 1 , ultra montains 2 et orléanistes 3 ) qui sont cependant très divisés. Le grand vainqueur est Thiers, élu dans 26 départements. Il devient le chef du pouvoir exécutif au sein d’une Assemblée nationale très largement dominée par les monarchistes et les réactionnaires. Léon Gambetta dégaine son épée tandis qu'Adolphe Thiers jette une galette (un portefeuille ministériel) pour détourner l'attention de Cerbère dont les trois têtes représentent les légitimistes, les orléanistes et les bonapartistes. « La Situation », caricature d'André Gill publiée dans L'Éclipse (9 février 1873). Dessin réalisé d'après une composition de John Tenniel publiée dans le magazine britannique Punch le 21 décembre 1872. L’Assemblée a deux priorités, conclure la paix et soumettre Paris : - Le 15 février 71 est votée la suppression de la solde de la Garde Nationale, privant des centaines de milliers de parisiens de leurs revenus. - Le 19 février, Thiers négocie avec Bismarck les conditions de la paix : indemnités militaire de 5 milliards de francs-or, cession de tout ou partie de 5 départements de l’Alsace et de la Lorraine. - Le 1er mars, l’assemblée ratifie le traité de paix (546 pour, 107 contre et 23 abstentions) et vote la déchéance de Napoléon III. - Le 6 mars, le Général d’Aurelle de Paladines, réputé pour n’avoir pas mis tout son coeur à l’ouvrage, est nommé commandant en chef de la Garde Nationale. C’est une provocation pour les parisiens. - Le 10 mars, vote de la fin du moratoire des loyers et des effets de commerce : plus de 150 000 Parisiens sont menacés d'expulsion, de faillite et de poursuites judiciaires ; Versailles est choisi comme lieu de réunion, Paris perd son rôle de capitale. - Le 17 mars, Thiers ordonne la confiscation des canons payés par les Parisiens, qui occasionnera le soulèvement du 18 mars, puis la Commune. Après la Commune, le monde rural change de position politique, inquiet d’un retour à l’ancien régime et ses privilèges. Mac Mahon, royaliste convaincu, est élu président de la IIIème République par la majorité parlementaire également royaliste en mai 1873, après qu’elle ait orchestré la chute de Thiers, devenu trop républicain à son goût. Mac Mahon imposera le duc de Broglie à la présidence du Conseil, projetant une restauration de la monarchie (troisième Restauration) qui ne verra pas le jour. Aux élections municipales de 1874 se produit une poussée républicaine. Mais les conservateurs de de Broglie imposent l’« Ordre moral » 4 : il s’agit de redonner de l’influence à la religion catholique. C’est dans ce contexte que sera érigé le Sacré Coeur, dédié à l'expiation après, comme le formulait en septembre 1870 Félix Fournier, évêque de Nantes, « un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 1789 » >> . Plusieurs instituts catholiques sont créés, le mot de république disparaît des actes officiels, la célébration du 14 juillet est interdite, des préfets et magistrats sont remplacés par des fidèles. La presse est étroitement surveillée. En janvier 1874, une loi permet aux préfets de remplacer les maires républicains par des partisans de l’Ordre moral. Mais Broglie doit démissionner en mai 1874. En 1875, l’assemblée nationale vote enfin les trois lois qui instaurent définitivement la Troisième République (auparavant, simplement ébauchée par des lois ponctuelles). Le Maréchal Patrice de Mac Mahon Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Patrice_de_Mac_Mahon#/media/Fichier:The_evolution_of_France_under_the_third_republic_(1897)_(14782521265).jpg Albert, duc de Broglie. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_de_Broglie LES GÉNÉRAUX D’où l’on peut supputer des tendances royalistes des généraux de la guerre franco-prussienne et de leurs conséquences sur son issue : LOUIS D’AURELLE DE PALADINES Le Général en grand uniforme Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_d’Aurelle_de_Paladines Le général d’Aurelle de Paladines commande le 11ème corps d’armée pendant la guerre franco-prussienne. Le 26 octobre, il reçoit l’ordre de marcher sur Orléans : il tergiverse 13 jours, alors que les prussiens sont inférieurs en nombre. Après la capture d’Orléans par les prussiens, il est nommé par le Gouvernement de défense nationale commandement de l’armée de la Loire. Il gagne la bataille de Coulmiers et son armée expulse les prussiens d’Orléans. Léon Gambetta l’enjoint à combattre les 45 000 prussiens qui barrent la route de Paris, mais Paladines se retranche dans Orléans pendant un mois avec ses 100 000 hommes. Les prussiens, libérés du siège de Metz après la capitulation de Bazaine, reprennent ainsi Orléans en décembre. Le gouvernement de Tours (Gambetta) le « libère » de sa charge le 7 décembre en raison de son « flottement » face aux prussiens. Le 6 mars, dans les jours qui précèdent la Commune, Thiers le nomme commandant en chef de la Garde nationale de Paris. Le 18 mars, il se réfugie à Versailles. Elu sénateur à vie en 1875, il soutiendra la majorité royaliste en 1876. Le général Bazaine est nommé, le 12 aout 1870, en pleine guerre, commandant de l’armée du Rhin, principale armée de la guerre franco-prussienne. Il sera accusé de trahison par Gambetta et passera devant un Conseil de guerre en 1873. Le lieutenant d’infanterie Eugène Roiffé rédigera en 1871 le recensement magistral de toutes les opportunités de battre l’armée prussienne que Bazaine « négligea » : - bataille de Mars-la-Tour, où il dédaigne l’opportunité de détruire plusieurs corps de l’armée ennemie, mais décide plutôt, à l’étonnement général, de replier son armée de 180 000 hommes à Metz. - de Gravelotte où l’armée prussienne est écrasée et la route de Verdun ouverte, ce que Bazaine n’exploite aucunement : deux jours après, la route est coupée. Pendant la troisième bataille de Gravelotte, Bazaine se repose au fort Plappeville : la bataille doit s’interrompre à 3 heures de l’après-midi, faute de munition, à 8 kms d’un parc de réserve… François Achille Bazaine en campagne au Mexique. Portrait par Jean-Adolphe Beaucé Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/François_Achille_Bazaine - de Metz, où Bazaine tergiverse, dispense généreusement l’approvisionnement, sans anticiper de rationnement, où les troupes réclament des sorties, et ne comprennent pas l’apathie du commandement. Le 28 aout, Bazaine sort de sa léthargie, les troupes se massent au fort Saint-Julien : mais la pluie survient ! Bazaine ordonne le retour au campement. Il aurait été facile d’opérer une trouée, de rejoindre les troupes de Mac Mahon, d’éviter le désastre de Sedan. Le 31 aout, Bazaine enfin attaque, Sainte Barbe et Les Maxes sont conquis, l’armée prussienne est refoulée. Poursuivre cette avancée promet une victoire décisive sur les prussiens. Mais aucun ordre n’est donné, les deux positions sont abandonnées, les Prussiens les reconquièrent aussitôt, détruisant l’immense approvisionnement abandonné sur place. Les Maxes sont livrés aux flammes. Bazaine rentre à Metz sans s’occuper de son armée. Aucun ordre jusqu’au 7 octobre, inaction complète. Metz est rationnée, on commence à manger les chevaux de la cavalerie. Les hôpitaux remplis de malades et de blessés, l’abattement s’empare des régiments, qui se questionnent sur les intentions du commandant en chef : attend-il un affaiblissement pour livrer l’armée à l’ennemi ? La capitulation de Sedan est vécue comme une indignité par l’armée. Déchéance de Napoléon le 12 septembre, déclaration de la République le 14 : Roiffé : La déchéance de Napoléon fut un coup de foudre pour Bazaine, dès ce moment son parti fut pris et arrêté irrévocablement : ouvrir des intelligences avec l'ennemi, se mettre en rapport, soit avec l'Empereur, soit avec l'Impératrice, manger le reste de ses vivres, achever de désorganiser son armée pour la livrer à l'ennemi, afin de la mettre ainsi dans l'impossibilité d'essayer une trouée, faire tomber du même coup Metz dont le décret du 13 octobre 1863 lui donnait le commandement absolu, en qualité de commandant en chef à proximité d'une place forte, voilà quels furent les projets de ce misérable. Roiffé, républicain convaincu, accuse d’incompétence, de lâcheté et de trahison les généraux Bazaine, Lebœuf, Frossard, de Braüer et Canrobert. Il relève, en une sorte d’uchronie, la longue liste des occasions ratées de gagner la guerre, et les déclarations ou décisions menant à accréditer l’idée de la trahison à l’égard de la République. De deux choses l'une, ou ces généraux sont des traitres ou des ânes, mais alors l'ignorance chez un général est un crime ; ces deux hommes devront être mis en jugement. Quelques unes des questions que se pose Roiffé : - Pourquoi le général Bourbaki a-t-il quitté l'armée, quelle était sa mission, où est-il allé ? - Pourquoi n'avoir pas fait reconnaitre dans l'armée le Gouvernement de la défense nationale ? - Que signifie cette communication faite verbalement aux officiers par leurs chefs, le 19 octobre 1870, et dont voici un passage : Les différentes villes ne s'accordent pas, quant à la forme d'un gouvernement nouveau. Les d'Orléans ne se sont pas présentés. Le gouvernement prussien ne peut songer à établir des bases de négociations qu'en s'adressant au gouvernement de fait qui existait avant le 1er septembre, c'est à dire à la Régence ou au Corps législatif qui a siégé jusqu'au 1er septembre, mais pour que ce Corps puisse délibérer, il faut qu'il soit protégé par une armée française. Tel est le rôle qu'aura sans doutes a remplir l'armée de Metz. Roiffé : Ce discours a été écouté par tous dans le plus profond silence, tellement nous étions frappés de stupeur. Bazaine a donc levé le masque ; il veut faire de nous les soldats d'un nouveau Deux-Décembre 5 . Infamie !!! mêlés aux Prussiens, nous allons marcher sur Paris pour mitrailler des Français et rétablir la famille maudite des Napoléon, non ! Dieu ne permettra pas un tel crime, nos armes nous tomberaient plutôt des mains ou se tourneraient contre nous. - Pourquoi du 1er septembre au 7 octobre, l'armée et la garnison de Metz n'ont-elles pas exécuté des sorties, tenté des coups de main, fatigué, inquiété et harcelé l'ennemi ? - Pourquoi, les opérations étant suspendues, Bazaine a-t-il tenu constamment des conseils de guerre mystérieux avec les généraux de l'armée ? - Pourquoi Bazaine a-t-il toujours fait peser une censure arbitraire sur les journaux de Metz ? Écrivant alors dans l'Indépendant de la Moselle, j'ai remarqué plusieurs fois que les épreuves avaient été retournées à la rédaction parce que le mot de République avait été employé. Le 27 octobre, Bazaine capitule à Metz. Il accompagne sa capitulation d’une déclaration, : « Jamais, dans les fastes militaires, résistance n'a été poussée plus loin. C'est pour vous éviter les affres de la famine que je suis obligé de me rendre, dans l'honneur. Car l'honneur est sauf, soyons dignes dans l'adversité »… Dans les faits, en 1873, Bazaine est déféré devant un Conseil de guerre pour avoir capitulé en rase campagne, traité avec l'ennemi (pourparlers avec Bismarck) et rendu la place de Metz avant d'avoir épuisé tous les moyens de défense dont il disposait. Il est condamné à la peine de mort avec dégradation militaire. Mais le tribunal qui l’a condamné adresse simultanément une demande de grâce au nouveau président Mac-Mahon et sa peine est alors commuée en 20 années de prison, sans dégradation. Victor Hugo écrira : « Mac-Mahon absout Bazaine. Sedan lave Metz. L’idiot protège le traître » 6 . Le conseil de guerre Source : https://www.musee-conde.fr/fr/notice/ph-923-proces-du-general-bazaine-trianon-6-octobre-1873-518f8d24-b216-4e39-8a2e-7f06b841dfe3 1 - Favorables à la dynastie des Bourbons détrônée en 1830. 2 - affirment la primauté spirituelle et juridictionnelle du pape sur le pouvoir politique et donc la subordination de l'autorité civile à l'autorité ecclésiastique. 3 - depuis 1883, désigne les partisans de la maison d'Orléans qui la considèrent comme héritière des rois de France, à la suite du décès du comte de Chambord. 4 - D’après la formule d’un message présidentiel de Mac Mahon. 5 - Coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte. 6 - Choses vues 1870-1885, Paris, Gallimard, folio, p.529

  • 3a-Spectres Vitrines | Auluxecommunal

    SALLE DES SPECTRES LES PROJETS EXTRAPOLÉS Escalier Hune A l'entrée du visiteur, les spectres se détachent du portant, et envahissent le grenier. Un brouillard monte lentement du sol. Le visiteur devra trouver comment renvoyer les spectres à leurs places et endiguer le phénomène pour continuer sa visite Grenier-Plan Vers la Hune Les spectres ramenés à leur place grâce aux indices, le grenier reprend son aspect initial. Spectre-Test video Les spectres - Test video Marchande de poisson LES PROJETS EXTRAPOLÉS Chaque vitrine est une entrée vers un projet extrapolé de la Commune. Up Hydre + Napoleon Up Up Massacre-Fourier-chapeaux Up Up Salledu trone Up Up Veuillot Up Up 3 portes Up Up Vers les salles de la photographie, de la roue de Thiers, et du gai rossignol. Musée copies

  • JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 1

    Lundi 20 mars 1871 JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE - 1 Next Next Lundi 20 mars 1871 L'EXÉCUTION DES GENERAUX LECOMTE ET CLÉMENT THOMAS (p 10) - Nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaye de flétrir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arrêt d’exécution n’a été signé par nous ; jamais la garde nationale n’a pris part à l’exécution d’un crime. Quel intérêt y aurait-elle ? Quel intérêt y aurions-nous ? C’est aussi absurde qu’infâme. Les membres du Comité central (de la Garde nationale) _____________________________________________________ LES BARRICADES (p14) Les habitants limitrophes des grandes voies de communication servant au transport des vivres pour l’alimentation de Paris sont invités à disposer leurs barricades de manière à laisser la libre circulation des voitures. Comité central de la garde nationale. _____________________________________________________ LA LIBERTE DE LA PRESSE (p19) - Les autorités républicaines de la capitale veulent faire respecter la liberté de la presse, ainsi que toutes les autres ; elles espèrent que tous les journaux comprendront que le premier de leurs devoirs est le respect dû à la République, à la vérité, à la justice et au droit, qui sont placés sous la sauvegarde de tous. - Le Journal officiel de la République française donne le démenti le plus formel aux bruits alarmants et aux calomnies répandus à dessein, par une certaine presse, depuis trois jours. Il met la capitale et la province en garde contre ces manœuvres coupables, qui doivent cesser sous la République et qui deviendraient bientôt un véritable danger. 21 mars Mardi 21 mars 1871 REPRIS DE JUSTICE (p37) - De nombreux repris de justice, rentrés à Paris, ont été envoyés pour commettre quelques attentats à la propriété, afin que nos ennemis puissent nous accuser encore. Nous engageons la garde nationale à la plus grande vigilance dans ses patrouilles. Chaque caporal devra veiller à ce qu’aucun étranger ne se glisse, caché sou s l’uniforme, dans les rangs de son escouade. C’est l’honneur du peuple qui est en jeu ; c’est au peuple à le garder. Fédération républicaine de la Garde nationale _____________________________________________________ ECHEANCES DES EFFETS DE COMMERCE (p24) - Considérant que, par exemple, la loi récente relative aux échéances des effets de commerce produira, si elle n’est rapportée, ou considérablement modifiée, les plus désastreux résultats, puisqu’en exigeant le payement à termes rapprochés des autres effets en souffrance, elle semble indiquer que la situation des souscripteurs qui se sont trouvés impuissants à payer avant ou pendant la période du siège, s’est améliorée depuis, ce qui est contraire à la vérité et au bon sens, et qu’en définitive ce décret a pour conséquence de laisser le débiteur à la merci du créancier, ce qu’il devait précisément avoir pour but d’éviter, comme l’ont sagement compris et décidé les Etats-Unis d’Amérique, après la guerre de sécession ; Proposition de Jules Mottu, maire du XIème arrondissement, à l'approbation de l'Assemblée nationale _____________________________________________________ REMISE DES LOYERS (p24) Jules Mottu propose à l’approbation de l’Assemblée nationale le projet de loi suivant : Art. 1er. Remise pleine et entière est faite aux locataires, habitant la ville de Paris, du payement des trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. Art. 2. Les sommes déjà payées par les locataires pour acquit ou comme acompte de ces trois termes seront comptées en déduction des prochains termes. Art. 3. La ville de Paris prend à sa charge le payement intégral aux propriétaires du montant de leurs locations pour les trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. _____________________________________________________ ELECTIONS MUNICIPALES (p39) Paris, ville libre, demande : 1- l'élection de la mairie de Paris, 2- l’élection des maires, adjoints et conseillers municipaux des vingt arrondissements de la ville de Paris ; 3° l’élection de tous les chefs de la garde nationale. 4° Paris n’a nullement l’intention de se séparer de la France, loin de là : il a souffert pour elle l’Empire, le gouvernement de la défense nationale, toutes ses trahisons et toutes ses lâchetés. Ce n’est pas, à coup sûr, pour l’abandonner aujourd’hui, mais seulement pour lui dire, en qualité de sœur aînée : Soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenu ; oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé ! Le commandant délégué à l’ex-préfecture de police, E. Duval. _____________________________________________________ INTERDICTION DE CONGEDIER LES LOCATAIRES (p41) Jusqu’à nouvel ordre, et dans le seul but de maintenir la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d’hôtel ne pourront congédier leurs locataires. _____________________________________________________ PAIEMENT DES INDEMNITES DE GUERRE (p42) Le comité central de la garde nationale est décidé à respecter les conditions de la paix. Seulement, il lui paraît de toute justice que les auteurs de la guerre maudite dont nous souffrons subissent la plus grande partie de l’indemnité imposée par nos impitoyables vainqueurs. Grêlier, Délégué à l’intérieur. _____________________________________________________ EMANCIPATION DES PROLETAIRES (p45) Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en mains la direction des affaires publiques. […] Ils ont fait preuve du plus grand désintéressement et de l’abnégation la plus absolue. A peine arrivés au pouvoir, ils ont eu hâte de convoquer dans ses comices le peuple de Paris, afin qu’il nomme immédiatement une municipalité communale dans les mains de laquelle ils abdiqueront leur autorité d’un jour. Il n’est pas d’exemple dans l’histoire d’un gouvernement provisoire qui se soit plus empressé de déposer son mandat dans les mains des élus du suffrage universel. En présence de cette conduite si désintéressée, si honnête et si démocratique, on se demande avec étonnement comment il peut se trouver une presse assez injuste, malhonnête et éhontée pour déverser la calomnie, l’injure et l’outrage sur des citoyens respectables, dont les actes ne méritent jusqu’à ce jour qu’éloge et admiration. Les amis de l’humanité, les défenseurs du droit, victorieux ou vaincus, seront toujours les victimes du mensonge et de la calomnie ? Les travailleurs, ceux qui produisent tout et qui ne jouissent de rien, ceux qui souffrent de la misère au milieu des produits accumulés, fruit de leur labeur et de leurs sueurs, devront-ils donc sans cesse être battus à l’outrage ? Ne leur sera-t-il jamais permis de travailler à leur émancipation sans soulever contre eux un concert de malédictions ? La bourgeoisie, leur aînée, qui a accompli son émancipation il y a plus de trois quarts de siècles, qui les a précédés dans la voie de la révolution, ne comprend- elle pas aujourd’hui que le tour de l’émancipation du prolétariat est arrivé ? Les désastres et les calamités publiques dans lesquels son incapacité politique et sa décrépitude morale et intellectuelle ont plongé la France devraient pourtant lui prouver qu’elle a fini son temps, qu’elle a accompli la tâche qui lui avait été imposée en 89, et qu’elle doit sinon céder la place aux travailleurs, au moins les laisser arriver à leur tour à l’émancipation sociale. Le prolétariat, en face de la menace permanente de ses droits, de la négation absolue de toutes ses légitimes aspirations, de la ruine de la patrie et de toutes ses espérances, a compris qu’il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées et d’en assurer le triomphe en s’emparant du pouvoir. C’est pourquoi il a répondu par la révolution aux provocations insensées et criminelles d’un gouvernement aveugle et coupable, qui n’a pas craint de déchaîner la guerre civile en présence de l’invasion et de l’occupation étrangères. L’armée, que le pouvoir espérait faire marcher contre le peuple, a refusé détourner ses armes contre lui, elle lui a tendu une main fraternelle et s’est jointe à ses frères. Que les quelques gouttes de sang versé, toujours regrettables, retombent sur la tête des provocateurs de la guerre civile et des ennemis du peuple, qui, depuis près d’un demi-siècle, ont été les auteurs de toutes nos ruines nationales. Le cours du progrès, un instant interrompu, reprendra sa marche, et le prolétariat accomplira, malgré tout, son émancipation ! Le délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ LECOMTE ET CLÉMENT THOMAS (p51) Tous les journaux réactionnaires publient des récits plus ou moins dramatiques sur ce qu’ils appellent « l’assassinat » des généraux Lecomte et Clément Thomas. Sans doute ces actes sont regrettables. Mais il importe, pour être impartial, de constater deux faits : 1° Que le général Lecomte avait commandé à quatre reprises, sur la place Pigalle, de charger une foule inoffensive de femmes et d’enfants ; 2° Que le général Thomas a été arrêté au moment où il levait, en vêtements civils, un plan des barricades de Montmartre. Ces deux hommes ont donc subi la loi de la guerre, qui n’admet ni l’assassinat des femmes ni l’espionnage. On nous raconte que l’exécution du général Lecomte a été opérée par des soldats de la ligne et celle du soldat Clément Thomas par des gardes nationaux. Il est faux que ces exécutions aient eu lieu sous les yeux et par les ordres du comité central de la garde nationale. Le comité central siégeait avant-hier rue Onfroy, près de la bastille, jusqu’à l’heure où il a pris possession de l’Hôtel-de- Ville ; et il a appris en même temps l’arrestation et la mort des deux victimes de la justice populaire. Ajoutons qu’il a ordonné une enquête immédiate sur ces faits. (20 mars : Le comité de la Fédération de la garde nationale, pour rendre hommage à la vérité, déclare qu’il est étranger à ces deux exécutions.) _____________________________________________________ CONSTITUTION DE L'ARMEE VERSAILLAISE (p 53) L’autorité militaire vient de recevoir avis de la prochaine arrivée dans Saône- et-Loire de 60 000 de nos soldats prisonniers revenant d’Allemagne. Ils seraient répartis entre les villes de Mâcon, chalon et Autun, mais n’y feraient qu’un court séjour. Ils recevront dans ces villes les effets dont ils manquent, et seront dirigés sur les corps auxquels ils appartiennent. Les magasins généraux d’habillement et de rééquipement seraient installés à Mâcon. 22 mars Mercredi 22 mars 1871 LE VOTE NOMINAL (p 64) Le comité central remet aux mains du peuple de Paris le pouvoir tombé de mains indignes. Les élections communales se feront d’après le mode ordinaire ; mais le comité central exprime le vœu qu’à l’avenir le vote nominal soit considéré comme le seul vraiment moral et digne des principes démocratiques. Le Comité central de la garde nationale _____________________________________________________ SOUVERAINETE DU PEUPLE (P 67) C’est à Paris qu’incombe le devoir de faire respecter la souveraineté du peuple et d’exiger qu’il ne soit point porté atteinte à ses droits. Paris ne peut se séparer de la province, ni souffrir qu’on la détache de lui. Paris a été, est encore et doit rester définitivement la capitale de la France, la tête et le cœur de la République démocratique, une et indivisible. Il a donc le droit incontestable de procéder aux élections d’un conseil communal, de s’administrer lui-même, ainsi que cela convient à toute cité démocratique, et de veiller à la liberté et au repos publics à l’aide de la garde nationale, composée de tous les citoyens élisant directement leurs chefs par le suffrage universel. Le comité central de la garde nationale, en prenant les mesures nécessaires pour assurer l’établissement du conseil communal de Paris et l’élection de tous les chefs de la garde nationale, a donc pris des mesures très sages, indispensables et de première nécessité. Le délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ LA PRESSE REACTIONNAIRE (p 68) AVERTISSEMENT : après les excitations à la guerre civile, les injures grossières et les calomnies odieuses, devaient nécessairement venir la provocation ouverte à la désobéissance aux décrets du Gouvernement siégeant à l’Hôtel-de-Ville, régulièrement élu par l’immense majorité des bataillons de la garde nationale de Paris (215 voix sur 266 environ). Plusieurs journaux publient en effet aujourd’hui une provocation à la désobéissance à l’arrêté du comité central de la garde nationale, convoquant les électeurs pour le 22 courant, pour la nomination de la commission communale de la ville de Paris. Voici cette pièce, véritable attentat contre la souveraineté du peuple de Paris, commis par des rédacteurs de la presse réactionnaire : Aux électeurs de Paris - déclaration de la presse Attendu que la convocation des électeurs est un acte de souveraineté nationale. Que l’exercice de cette souveraineté n’appartient qu’aux pouvoirs émanés du suffrage universel. Que par suite, le comité qui s’est installé à l’Hôtel-de-Ville n’a ni droit ni qualité pour faire cette convocation ; Les représentants des journaux soussignés regardent la convocation, affichée pour le 22 courant, comme nulle et non avenue, et engagent les électeurs à n’en pas tenir compte. Comme il l’a déjà déclaré, le comité central de la garde nationale, siégeant à l’Hôtel-de-Ville, respecte la liberté de la presse, c’est-à-dire le droit qu’ont tous les citoyens de contrôler, de discuter et de critiquer ses actes à l’aide de tout les moyens de publicité, mais il entend faire respecter les décisions des représentants de la souveraineté du peuple de Paris, et il ne permettra pas impunément que l’on y porte atteinte plus longtemps en continuant à exciter à la désobéissance à ses décisions et à ses ordres. Une répression sévère sera la conséquence de tels attentas, s’ils continuent à se produire. 23 mars Jeudi 23 mars 1871 DEPÊCHE PRUSSIENNE AU COMITE CENTRAL (p 73) Citoyens, le Comité centra a reçu du quartier général prussien la dépêche suivante : Commandement en Chef du 3e Corps d’armee Quartier général de Compiègne, le 21 mars 1871. Au commandant actuel de Paris. Le soussigné, commandant en chef, prend la liberté de vous informer que les troupes allemandes qui occupent les forts du nord et de l’est de Paris, ainsi que les environs de la rive droite de la Seine, ont reçu l’ordre de garder une attitude amicale et passive tant que les événements dont l’intérieur de Paris est le théâtre ne prendront point, à l’égard des armées allemandes, un caractère hostile et de nature à les mettre en danger, mais se maintiendront dans les termes arrêtés par les préliminaires de la paix. Le chef du quartier général, Signé : Von Schlotheim, Major général. _____________________________________________________ REPONSE Paris, le 22 mars 1871. Au commandant en chef du 2e corps des armées impériales prussiennes. Le soussigné, délégué du Comité central aux affaires extérieures, en réponse à votre dépêche en date de Compiègne, 21 mars courant, vous informe que la révolution accomplie à Paris par le Comité central, ayant un caractère essentiellement municipal, n’est en aucune façon agressive contre les armées allemandes. Nous n’avons pas qualité pour discuter les préliminaires de la paix votés par l’Assemblée de Bordeaux. Le Comité central et son délégué aux affaires extérieures. _____________________________________________________ LA LIBERTE DE LA PRESSE (p 74) La presse réactionnaire a recours au mensonge et à la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher les droits du peuple. Nous ne pouvons pas attenter à la liberté de la presse : seulement le gouvernement de Versailles ayant suspendu le cours ordinaire des tribunaux, nous prévenons les écrivains de mauvaise foi auxquels seraient applicables en temps ordinaires les lois de droit commun sur la calomnie et l’outrage, qu’ils seront immédiatement déférés au Comité central de la garde nationale. _____________________________________________________ DÉSERTIONS DANS LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES (p 74) Par suite de la désertion générale des employés du gouvernement, les services publics sont complètement désorganisés. Tous les employés administrations publiques qui, à partir du 25 de ce mois, n’auront pas repris leurs occupations habituelles, seront irrémissiblement destitués. (sans signature) _____________________________________________________ LA CHAMBRE SYNDICALE DES OUVRIERS TAILLEURS ET SCIEURS DE PIERRE (p 78) Citoyens, à l’appel de la patrie en danger, nous avons pris les armes, là était notre devoir, aujourd’hui, la misère et le lèpre nous ont atteints. Ce n’est que par un sublime effort que nous pourrons améliorer notre avenir. L’époque difficile que nous traversons doit nous avoir amenés à des réflexions sérieuses au sujet de notre position sociale comme travailleurs. Nous devons nous demander si nous, producteurs, nous devons continuer à faire vivre grassement ceux qui ne produisent rien ; si le système que l’on a suivi jusqu’ici est destiné à exister toujours, alors même qu’il nous est complètement opposé. Prouvons par notre attachement à la sainte cause de la démocratie que nous sommes dignes de tous les égards qui nous sont dus. Donc, travailleurs, à l’ouvrage ! car nos patrons ne songent en ce moment qu’à profiter de notre misère pour nous exploiter encore davantage, si cela est possible ; et, si nous savons nous entendre, nous mettrons un frein à leurs basses rapacités. À cet effet, nous convoquons les ouvriers tailleurs et scieurs de pierres à une réunion qui aura lieu jeudi, 23 mars 1871, à midi, place de la Corderie-du- Temple, 6 (salle Montier). _____________________________________________________ À NOUS LES AUDACIEUX ! (extrait, voir JO p 79) Quelques jours après la révolution du 4 septembre, le journal Le Siècle publiait l’article suivant, que nous nous empressons de reproduire. Il est certain que s’il eût servi d’inspiration aux habitants de Paris, ils n’auraient pas eu à subir les douleurs d’une honteuse capitulation. À NOUS LES AUDACIEUX ! Dans les situations difficiles, il faut l’intelligence prompte et les hardiesses in- connues. Les jeunes, les téméraires, les audacieux, les savants indisciplinés, de- viennent nos hommes. L’idée et l’action doivent être libres ; ne nous gênez plus, ne réglementez plus, débarrassez-vous une bonne fois des vieux colliers et des vieilles cordes. C’est le conseil que donnait l’autre jour notre ami Louis Jourdan, et ce conseil, c’est le salut. Les meilleurs en ces temps-ci sont ceux qui voient de loin et qui ont le jarret solide ; les meilleurs sont les intrépides du cerveau et du bras ; ce n’est point avec de vieux outils et de vieilles traditions qu’on défera le passé et qu’on fera l’avenir. Essayez donc du pas gymnastique avec les invalides, et vous verrez quelle carrière ils fourniront. Nous sentons cela, nous autres ; mais il s’en trouve qui ne le sentent point et ont le tort de se mettre à la place des éclaireurs, quand pour eux et pour nous ils seraient mieux dans la réserve et au dépôt. P. JOIGNEAUX. _____________________________________________________ LES AMBASSADES A PARIS (p 81) La Presse annonce que l’ambassade de Russie est la seule qui ait suivi le gouvernement exécutif à Versailles. Les représentants de l’Angleterre, de l’Autriche, de la Turquie, de l’Italie, etc., n’ont pas quitté Paris. Ils en ont référé à leurs gouvernements respectifs, dont ils attendent les réponses pour prendre une résolution. 24 mars Vendredi 24 mars 1871 CORRUPTION (p 87) De nombreux agents bonapartistes et orléanistes ont été surpris faisant des distributions d’argent pour détourner les habitants de leurs devoirs civiques. Tout individu convaincu de corruption ou de tentative de corruption sera immédiatement déféré au comité Central de la garde nationale. Pour le comité central, E. Lebeau, Délégué au Journal officiel. _____________________________________________________ MORT AUX VOLEURS (p 88) On voit placardée sur une des portes de l’Hôtel-de-Ville l’affiche suivante : République Française Liberté — Egalité — Fraternité — Justice MORT AUX VOLEURS Tout individu pris en flagrant délit de vol sera immédiatement fusillé. _____________________________________________________ LES ELECTIONS (p 88) Votre légitime colère nous a placés le 18 mars au poste que nous ne devions occuper que le temps strictement nécessaire pour procéder aux élections communales. Vos maires, vos députés, répudiant les engagements pris à l’heure où ils étaient des candidats, ont tout mis en œuvre pour entraver ces élections, que nous voulions faire à bref délai. La réaction, soulevée par eux, nous déclare la guerre. Nous devons accepter la lutte et briser la résistance, afin que vous puissiez y procéder dans le calme de votre volonté et de votre force. Jusque-là, les mesures les plus énergiques seront prises pour faire respecter les droits que vous avez revendiqués. Hôtel-de-Ville, 22 mars 1871. Le Comité central de la garde nationale _____________________________________________________ REINCARCERATIONS (p 89) Dès son arrivée au pouvoir, M. Jules Favre s’est empressé de faire mettre en liberté Pic et Taillefer, condamnés pour vol et faux en écriture dans l’affaire de l’Etendard. Ledit Taillefer, rencontré hier par une de ses anciennes connaissances, a été de suite mené devant un commissaire de police récemment nommé, qui a ordonné sa réincarcération immédiate. _____________________________________________________ CONDAMNATION À MORT DE BLANQUI (p90) Nous avons publié la protestation du citoyen Blanqui contre sa condamnation à mort, prononcée par les hommes du 4 septembre. Nous donnons aujourd’hui celle du citoyen Flourens : Citoyens, en présence du jugement qui me frappe, il est de mon devoir de protester de la façon la plus énergique contre la violation de tous les droits inscrits dans toutes les constitutions. L’accusé doit être jugé par ses pairs. Tel est le texte de la loi. Or, je dénie complètement aux assassins patentés de la réaction le titre de juges. Nommés par un pouvoir qui n’avait encore été reconnu par personne le 31 octobre 1870, ils ne peuvent puiser leur peuvent puiser leur puissance qu’en dehors de la loi. D’ailleurs j’ai appris, par une longue expérience des choses humaines, que la liberté se fortifiait par le sang des martyrs. Si le mien peut servir à cimenter l’union de la patrie et de la liberté, je l’offre volontiers aux assassins du pays et aux massacreurs de janvier. Salut et fraternité. G. Flourens. _____________________________________________________ FORTUNES (extrait voir JO p95) On nous communique la lettre suivante1 : On se préoccupe beaucoup d’arracher la France à l’occupation prussienne en payant à nos vainqueurs l’énorme indemnité qu’ils réclament, et on propose plusieurs expédients, tous plus insuffisants les uns que les autres. Permettez-moi de vous exposer la seule mesure qui soit vraiment équitable et vraiment rationnelle. En étudiant le jeu de nos institutions économiques, on constate que les diverses fortunes se forment et se développent dans la proportion suivante : 1, 2, 3, 4, 8, 16 ; et inversement que les ménages, possédant ces diverses fortunes, sont dans le rapport dans le rapport de 16, 8, 4, 2, 1. Il ne peut pas en être autrement, sans quoi la misère ou l’opulence serait générale. (…) Eh bien ! que les fortunes de ce dernier groupe composé en grande partie des organisateurs ou des favoris du banditisme soient taxées d’une remise de 3 à 4 %, et on réalisera immédiatement la somme nécessaire à la rapacité allemande. Les statistiques des économistes des économies sont d’accord avec moi dans cette répartition de la richesse publique. _________ 1-anonyme

  • DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 1

    Lundi 20 mars 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 1 Next Next Lundi 20 mars 1871 DÉCLARATION - COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE (p 11) Levée de l'état de siège, convocation des élections communales Au peuple, Le peuple de Paris a secoué le joug qu’on essayait de lui imposer. Calme, impassible dans sa force, il a attendu, sans crainte comme sans provocation, les fous éhontés qui voulaient toucher la République. Cette fois, nos frères de l’armée n’ont pas voulu porter la main sur l’arche sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent ensemble les bases d’une République acclamée avec toutes ses conséquences, le seul Gouvernement qui fermera pour toujours l’ère des invasions et des guerres civiles. L’état de siège est levé. Le peuple Paris (sic) est convoqué dans ses sections pour faire ses élections communales. La sûreté de tous les citoyens est assurée par le concours de la garde nationale. Hôtel-de-Ville, ce 19 mars 1871. Le Comité central de la garde nationale, Assi, Billioray, Ferrat, Babick, Édouard Moreau, C. Dupont, Varlin, Boursier, Mortier, Gouhier, Lavalette, Fr. Jourde, Rousseau, Ch. Lullier, Blanchet, J. Grollard, Barroud, H. Géresme, Fabre, Pougeret. _________________________________________________ ARRÊTÉ - COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE (p 12) Elections du conseil communal de Paris Le Comité central de la garde nationale, considérant : Qu’il y a urgence de constituer immédiatement l’administration communale de la ville de Paris, ARRÊTE : 1° Les élections du conseil communal de la ville de Paris auront lieu mercredi prochain, 22 mars. 2° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement. Chaque arrondissement nommera un conseiller par chaque vingt mille habitants ou fraction excédante de plus de dix mille. 3° Le scrutin sera ouvert de 8 heures du matin à 6 heures du soir. Le dépouillement aura lieu immédiatement. 4° Les municipalités des vingt arrondissements sont chargées, chacune en ce qui la concerne, de l’exécution du présent arrêté. Un avis ultérieur indiquera le nombre de conseillers à élire par arrondissement. Hôtel-de-Ville, ce 19 mars 1871. Le Comité central de la garde nationale, assi, billioray, ferrat, babick, édouard moreau, c. dupont, varlin, boursier, mortier, gouhier, lavalette, fr. jourde, rousseau, ch. lullier, blanchet, j. grollard, barroud, h. géresme, fabre, pougeret. _________________________________________________ DEMANDE - COMMANDANT DÉLÉGUÉ À L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p 39) Elections de conseils municipaux, élections des chefs de la Garde nationale Paris, depuis le 18 mars, n’a d’autre gouvernement que celui du peuple : c’est le meilleur ! Jamais révolution ne s’est accomplie dans des conditions pareilles à celles où nous sommes. Paris est devenu ville libre. Sa puissante centralisation n’existe plus. La monarchie est morte de cette constatation d’impuissance. Dans cette ville libre, chacun a le droit de parler, sans prétendre influer en quoi que ce soit sur les destinées de la France. Or, Paris demande : 1° L’élection de la marie de Paris ; 2° L’élection des maires, adjoints et conseillers municipaux des vingt arrondissements de la ville de Paris ; 3° L’élection de tous les chefs de la garde nationale depuis le premier jusqu’au dernier ; 4° Paris n’a nullement l’intention de se séparer de la France, loin de là : il a souffert pour elle l’Empire, le gouvernement de la défense nationale, toutes ses trahisons et toutes ses lâchetés. Ce n’est pas, à coup sûr, pour l’abandonner aujourd’hui, mais seulement pour lui dire, en qualité de sœur aînée : Soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenu ; oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé ! Le commandant délégué à l’ex-préfecture de police. E. Duval. Les délégués adjoints E. Teuillière, Édouard Rouiller, L. Duvivier, Chardon, Vergnaud, Mouton. _________________________________________________ DÉCLARATION - DÉLÉGUÉ À L’INTÉRIEUR (p 41) Vente des objets du Mont-de-piété, échéances des effets de commerce, interdiction aux propriétaires de congédier leurs locataires, respect des conditions de paix, aux auteurs de la guerre d'assumer l'indemnité imposée par les vainqueurs. - L’arrêté relatif à la vente des objets engagés au Mont-de-piété est rapporté. - Prorogation d’un mois des échéances des effets de commerce. - Jusqu’à nouvel ordre, et dans le seul but de maintenir la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d’hôtel ne pourront congédier leurs locataires. - Le comité central de la garde national est décidé à respecter les conditions de la paix. Seulement, il lui paraît de toute justice que les auteurs de la guerre maudite dont nous souffrons subissent la plus grande partie de l’indemnité imposée par nos impitoyables vainqueurs. Grêlier, Délégué à l’intérieur. _________________________________________________ DÉCLARATION - FÉDÉRATION RÉPUBLICAINE DE LA GARDE NATIONALE (p 42) Adoption des statuts de la Garde nationale - République seul gouvernement possible Le comité de la Fédération républicaine et le comité central de la garde nationale ont opéré leur fusion et adopté les statuts suivants : STATUTS Déclaration préalable La République est le seul gouvernement possible ; elle ne peut être mise en discussion. La garde nationale a le droit absolu de nommer tous ses chefs et de les révoquer dès qu’ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont élus, toutefois après une enquête préalablement destinée à sauvegarder les droits de la justice. Art. 1er. — La Fédération républicaine de la garde nationale est organisée, ainsi qu’il suit : 1° L’assemblée générale des délégués; 2° Le cercle de bataillon; 3° Le corps de guerre; 4° Le comité central; Art. 2. — L’assemblée générale est formée : 1° D’un délégué élu à cet effet dans chaque compagnie, sans distinction de grade ; 2° D’un officier par bataillon élu par le corps des officiers; 3° Du chef de chaque bataillon. Ces délégués, quels qu’ils soient, sont toujours révocables par ceux qui les ont nommés. Art. 3. — Le cercle de bataillon est formé : 1° De trois délégués par compagnie, élus sans distinction de grade; 2° De l’officier délégué à l’assemblée générale; 3° Du chef de bataillon. Art. 4. — Le conseil de légion est formé : 1° de deux délégués par cercle de bataillon élus sans distinction de grade ; 2° des chefs de bataillon de l’arrondissement. Art. 5. — Le comité central est dorme : 1° de deux délégués par arrondissement, élus sans distinction de grade par le conseil de légion ; 2° D’un chef de bataillon par légion, élu par ses collègues. Art. 6. — Les délégués aux cercles de bataillon, conseil de légion et comité central sont les défenseurs naturels de tous les intérêts de la garde nationale. Ils devront veiller au maintien de l’armement de tous les corps spéciaux et autres de ladite garde, et prévenir toute tentative qui aurait pour but le renversement de la République. Ils ont également pour mission d’élaborer un projet de réorganisation complète des forces nationales. Art. 7. — Les réunions de l’Assemblée générale auront lieu les premiers dimanches du mois, sauf l’urgence. Les diverses fractions constituées de la Fédération fixeront par un règlement intérieur les modes, lieux et heures de leurs délibérations. Art. 8. — Pour subvenir aux frais généraux d’administration, de publicité et autres du comité central, il sera établi dans chaque compagnie une cotisation qui devra produire au minimum un versement mensuel de cinq francs, lequel sera effectué du 1er au 5 du mois, entre les mains du trésorier, par les soins des délégués. Art. 9. — Il sera délivré à chaque délégué, membre de l’assemblée générale, une carte personnelle qui lui servira d’entrée à ses réunions. Art. 10 — Tous les gardes nationaux sont solidaires, et les délégués de la fédération sont placés sous la sauvegarde immédiate et directe de la garde nationale tout entière. Mercredi 21 mars 1871 ARRÊTÉ - FÉDÉRATION RÉPUBLICAINE DE LA GARDE NATIONALE (p 62) Modalités des élections municipales Paris, le 21 Mars 1871. Le comité central, n’ayant pu établir une entente parfaite avec les maires, se voit forcé de procéder aux élections sans leur concours. En conséquence, le comité arrête : 1° Les élections se feront dans chaque arrondissement par les soins d’une commission électorale nommée à cet effet par le comité central ; 2° Les électeurs de la ville de Paris sont convoqués jeudi 23 mars 1871, dans leurs collègues électoraux, à l’effet d’élire le conseil communal de Paris ; 3° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement ; 4° Le nombre de conseillers est fixé à 90, soit 1 pour 20 000 habitants et par fraction de plus de 10 000 ; 5° Ils sont répartis d’après la population, ainsi qu’il suit : 6° Les électeurs voteront sur la présentation de la carte qui leur a été délivrée pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale, le 8 février 1871, et dans les mêmes locaux ; 7° Ceux des électeurs qui n’auraient pas retiré leur carte à cette époque ou l’auraient égarée depuis, prendront part au vote, après vérification de leur inscription sur la liste électorale. Ils devront faire constater leur identité par deux électeurs inscrits dans leur section ; 8° Le scrutin ouvrira à 8 heures du matin et sera clos à 7 heures du soir ; le dépouillement commencera immédiatement après la clôture du scrutin. _________________________________________________ PROCLAMATION - DÉPUTÉS ET MAIRES DE PARIS (p 64) Elections des chefs de la Garde nationale et d'un conseil municipal Citoyens, Pénétrés de la nécessité absolue de sauver Paris et la République en écartant toute cause de collision, et convaincus que le meilleur moyen d’atteindre ce but suprême est de donner satisfaction aux vœux légitimes du peuple, nous avons satisfaction aux vœux légitimes du peuple, nous avons résolu de demander au- jourd’hui même à l’Assemblée nationale l’adoption de deux mesures qui, nous en avons l’espoir, contribueront, si elles sont adoptées, à ramener le calme dans les esprits. Ces deux mesures sont : l’élection de tous les chefs de la garde nationale et l’établissement d’un conseil municipal élu par tous les citoyens. Ce que nous voulons, ce que le bien public réclame en toute circonstance et ce que ma situation présente rend plus indispensable que jamais, c’est l’ordre dans la liberté par la liberté. Vive la France ! vive la République ! (Suivent les signatures.) Vendredi 24 mars 1871 DÉCLARATION - COMITÉ CENTRAL (p 87) Sur les tentatives de corruption d'agents bonapartistes et orléanistes Paris, le 23 Mars 1871. De nombreux agents bonapartistes et orléanistes ont été surpris faisant des distributions d’argent pour détourner les habitants de leurs devoirs civiques. Tout individu convaincu de corruption ou de tentative de corruption sera immédiatement déféré au comité Central de la garde nationale. Pour le Comité central E. Lebeau, délégué au journal officiel Jeudi 30 mars 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 237) Abolition de la conscription, tous les citoyens valides font partie de la garde nationale La Commune de Paris décrète : 1° La conscription est abolie ; 2° Aucune force militaire, autre que la garde nationale, ne pourra être créée ou introduite dans Paris ; 3° Tous les citoyens valides font partie de la garde nationale. Hôtel-de-Ville, 29 mars 1871. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p238) Remise des loyers d'octobre 1870, janvier et avril 1871 La Commune de Paris, considérant que le travail, l’industrie et le commerce ont supporté toutes les charges de la guerre qu’il est juste que la propriété fasse au pays sa part de sacrifices, décrète : Art. 1er. Remise générale est faite aux locataires des termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871. Art. 2. Toutes les sommes payées par les locataires pendant les neuf mois seront imputables sur les termes à venir. Art. 3. Il est fait également remise des sommes dues pour les locations en garni. Art. 4. Tous les baux sont résiliables, à la volonté des locataires, pendant une durée de six mois, à partir du présent décret. Art. 5. Tous les congés donnés seront, sur la demande des locataires, prorogés de trois mois. Nota — Un décret spécial réglera la question des intérêts hypothécaires. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p238) Suspension de la vente des objets déposés au Mont-de-pitié La Commune de Paris DÉCRÈTE : Article unique. La vente des objets déposés au mont-de-piété est suspendue. Hôtel-de-Ville, 29 mars 1871. _________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p240) Nullité des ordres du gouvernement de Versailles Citoyens, la Commune étant actuellement le seul pouvoir, décrète : Art. 1er. Les employés des divers services publics tiendront désormais pour nuls et non avenus les ordres ou communications émanant du gouvernement de Versailles ou de ses adhérents. Art. 2. tout fonctionnaire ou employé qui ne se conformerait pas à ce décret sera immédiatement révoqué. Hôtel-de-ville, 29 mars 1871. Pour la commune, par délégation : Le président, Lefrançais assesseurs, Ranc, Ed Vaillant. _________________________________________________ DÉCRET - COMMISSION MILITAIRE (p241) Roulement du service militaire de la place de Paris La commission militaire DÉCRÈTE : Le roulement du service militaire de la place de Paris sera fait tous les jours par l’état-major de la place Vendôme, et le mot d’ordre partira également de la même place. A cet effet, les chefs de légions pour les légions organisées, et les chefs de bataillons pour celles qui ne le sont pas encore, enverront tous les jours, à neuf heures du matin, à l’état-major de la place Vendôme (bureau du service), un capitaine adjudant-major pour prendre le service du lendemain, et à trois heures du soir un adjudant sous-officier pour le mot d’ordre. Tout ordre de service et tout mot d’ordre émanant d’une autre source seront considérés comme nuls et non avenus et leurs auteurs rigoureusement poursuivis. Le général Bergeret, commandant la place Paris, membre de la commission militaire, est chargé de l’exécution du présent décret. Les membres de la Commission militaire, Pindy, Eudes, Bergeret (Jules), E. Duval, Chardon, Flourens, (G.) Ranvier. _________________________________________________ DÉCRET - DÉLÉGUÉ CIVIL ET COMMANDANT MILITAIRE DE L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p242) Interdiction des jeux de hasard, enjeux confisqués au profit de la République. Le délégué civil et le commandant militaire de l’ex-préfecture de police, Considérant qu’un exemple pernicieux est donné à la population par des chevaliers d’industrie qui encombrent la voie publique et excitent les patriotes aux jeux de hasard de toute sorte ; Qu’il est immoral et contre toute justice que des hommes puissent, sur un coup de dé et sans peine, supprimer le peu de bien-être qu’apporte la solde dans l’intérieur des familles ; Considérant que le jeu conduit à tous les vices, même au crime, arrêtent : Art. 1er. Les jeux de hasard sont formellement interdits. Tout joueur de dés, roulette, lotos, etc., sera immédiatement arrêté et conduit à l’ex-préfecture. Les enjeux seront confisqués au profit de la République. Art. 2. La garde nationale est chargée de l’exécution du présent décret. Paris, le 29 mars 1871. Le commandant militaire, Général E. Duval, Le délégué civil, Raoul Rigault.

  • 3h-Salle des ruines | Auluxecommunal

    PHOTOGRAPHIES DES RUINES et leurs petits livrets Thomas Cook La photographie, qui s'était développée pendant la Commune, prend son essor commercial après la semaine sanglante : photos des sites incendiés vendus aux touristes venus "admirer" les ruines, portraits des communard.e.s incarcéré.e.s vendus par Appert. L'Archevêque de Canterbury et Thomas Cook Le tourisme des ruines rencontrera un grand succès, en France et en Angleterre. Thomas Cook organisera des voyages et accompagnera lui-même l'archevêque de Canterbury et sa soeur. Marville : ruines de l'Hotel de Ville, salle de réception Rotonde la Villette, arrière du combat Grenier d'abondance Porte Maillot ERIC FOURNIER ET LA DESTRUCTION DE PARIS "Les Parisiens confrontés à la destruction de leur ville en 1871" >> "Les photographies des ruines de Paris en 1871 ou les faux-semblants de l’image" >> L'Archevêque de Canterbury, Archibald Campbell Tait Des livrets sont publiés et vendus aux touristes, proposant des itinéraires de visite, accompagnés ou non de photos. LES GUIDES DE PARIS-BRÛLÉ "Le guide-recueil de Paris-brûlé – Evénements de mai 1871" >> , contient le récit de l'entrée de l'armée versaillaise à Paris et la bataille des rues, des notes historiques et archéologiques sur tous les monuments et maisons particulières incendiés ou détruits – Un joli plan de Paris colorié et une collection de photographies avant et après l'incendie par Pierre Petit. Paris, E. Dentu, libraire-éditeur, introduction de Ed. Moreau. "Le Guide à travers les ruines. Paris et ses environs, avec un plan détaillé" >> , de Ludovic Hand et J-J Blanc, Paris Alphonse Lemerre, éditeur. "Paris incendié" >> , de Henri de Bleignerie et Édouard Dangin , qui fait état de 11 bâtiments disparus et de dégradations dans cinq rues du centre de la capitale. John Mottu édite, dans le Moniteur universel, des chroniques sur les destructions : " Les désastres ordonnés et causés par la Commune dans la seconde quinzaine de mai 1871" >> . Sa démarche, écrit Lewandowki, est motivée par le fait que : "Plusieurs journaux, sous la légitime émotion du premier moment, ont exagéré les incendies et destructions, de sorte que les étrangers qui arrivent à Paris croient trouver une ville en ruines, et sont fort étonnés […] de trouver des quartiers intacts, sans aucune trace d’incendie ou de projectile." "Des plans illustrés, écrit encore Lewandowski, sont également mis à la disposition des touristes qui ne manquent pas d’acheter, en souvenir de leur promenade, toutes les séries de photographies. Ce tourisme qui remplit les hôtels et les restaurants va favoriser la reprise de l’économie, paralysée depuis plus d’un an par la guerre franco-prussienne, puis par l’insurrection." PARIS, SES MONUMENTS ET SES RUINES - CARTE 1870-71 >> Pour embellir cet affreux Paris que nous devons à la misérable munificence des maçons modernes, ne pourrait-on semer çà et là quelques ruines, brûler la Bourse, la Madeleine, le Ministère de la Guerre, l'église Saint-Xavier, l'Opéra et l'Odéon ? Joris-Karl Huysmans, L'architecture cuite et autres textes , 1893

  • Retitrage tableaux Courbet | Auluxecommunal

    RETITRAGES DES TABLEAUX DE COURBET LA REMISE AUX CHEVREUILS Courbet, à ses débuts, revendiquait parfois des interprétations allégoriques pour des sujets assez ordinaires. Dans les années 1860, les critiques en avaient fait un sujet de moquerie (1) récurrent, ce dont Courbet s'amusait à son tour : en 1866, il notait que son tableau "La remise aux chevreuils" était susceptible d'évoquer "la conspiration d'une société secrète de chevreuils qui s’assemblent dans les bois pour proclamer la république ". Ce qui produit un fort beau titre, tout en harmonie avec ses idées politiques. (1) : Courbet et la Commune, musée d'Orsay, mars-juin 2000, p19 & 26 (note 78) Un atelier sera donc ouvert ici qui invitera les visiteur.ses à retitrer les tableaux de Courbet. Un musée virtuel permettrait d'explorer ces tableaux sous leurs nouvelles appellations. DIGRESSION DIGRESSION ARTIFICIELLEMENT INTELLIGENTE Recherche, sur Internet, de la source mentionnant le titre secondaire : "Société secrète de chevreuils qui s’assemblent dans les bois pour proclamer la république". Réponse de l'IA : La Société secrète de chevreuils qui s’assemblent dans les bois pour proclamer la république est un phénomène qui n’existe pas dans les faits. (...) Il n’y a pas de preuve de l’existence d’une société secrète de chevreuils qui se réunissent pour proclamer la république. Il est important de noter que les chevreuils sont des animaux sauvages qui vivent dans les forêts et les montagnes, et ils ne possèdent pas la capacité de créer des sociétés secrètes ou de proclamer des républiques. Ils sont principalement préoccupés par la recherche de nourriture, la reproduction et la protection de leur territoire. Il est possible que vous ayez confondu les chevreuils avec d’autres animaux ou phénomènes naturels qui peuvent sembler mystérieux ou inhabituels. Il est important de rester sceptique face aux informations qui semblent trop étranges ou incohérentes.

  • Statistiques républicaines | Auluxecommunal

    STATISTIQUES RÉPUBLICAINES Les chapeaux ayant quitté la tête de leurs propriétaires en un mouvement ascensionnel d'enthousiasme, place de l'Hotel de Ville, le 28 mars 1871, jour de la Proclamation de la Commune de Paris sont recensés : 2493 Selon le Comité central 1873 Selon le Comité de vigilance du IVème arrondissement 2364 Selon l'Union des femmes 7 Selon la police versaillaise 1984 Selon le Club des prolétaires 0 Selon Maxime du Camp Ils seront réquisitionnés en plein vol, puis multipliés en grand nombre grâce à la machine électrique de Tesla. Le destin de cette production innombrable est en cours de négociations... (voir "L'illusionniste" de Neil Burger, 2006) Nikola Tesla dans son laboratoire de Colorado Springs, avec son "Transmetteur amplifiant", modifié pour les besoins de la cause républicaine.

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