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Lors d'une réception qu'Emmanuel Macron offrit à Vladimir Poutine en 2018, un journaliste demande pourquoi a été choisi le Palais de Versailles, qui semble quelque peu monarchique. La réponse de Macron :

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VERSAILLES, C'EST LÀ OÙ LA RÉPUBLIQUE S'EST RETRANCHÉE QUAND ELLE ÉTAIT MENACÉE". 

QU’ÉTAIT DONC CETTE RÉPUBLIQUE (LA IIIÈME) QUI SE SENTAIT MENAÇÉE, ET PAR QUOI ÉTAIT-ELLE MENAÇÉE ?

 

La première Assemblée nationale, élue le 8 février 1871, de la IIIème République, était monarchiste, constituée d’une forte majorité d’orléanistes, de légitimistes, de bonapartistes. Elle aspirait ainsi, paradoxalement, à la fin de la République et à une forme de restauration.

 

Elle redoutait - sur fond de misère sociale, de volonté populaire de bouter les prussiens hors de France, et de rancune contre la trahison des généraux et du Gouvernement dit « de défense nationale » - un soulèvement parisien.

 

Après la signature des préliminaires de paix le 1er mars 71, les Prussiens évacuent la capitale. Les députés, installés à Bordeaux, pourraient donc revenir à Paris. Mais ils préfèrent déménager à Versailles, loin des sources de potentiel conflit social.

 

La République se trouvait en fait menacée par ses propres représentants élus – l’Assemblée nationale elle-même, dans sa majorité monarchiste – et non par les parisiens, fortement républicains.

 

Aussi, la petite phrase de Macron révèle soit une lacune majeure dans ses connaissances historiques, et la formule ne l’honore pas, soit, à l’inverse, une connaissance, revendiquée à dessein, du moment historique, ce qui l’honore encore moins....

PETIT COURS DE RÉPUBLIQUE : LA IIIème

 

- Le 19 juillet 1870, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse.

 

- Le 2 septembre 1870, il capitule à Sedan. Sa déchéance est prononcée par le corps législatif.

 

- Le 4 septembre, la IIIème République est proclamée par Gambetta, et un Gouvernement (provisoire) de Défense Nationale est nommé sous la présidence du Général Trochu – un orléaniste convaincu. Il est constitué de députés républicains modérés de Paris - à part Henri Rochefort, nommé pour canaliser la gauche. Sa mission officielle : la continuation de la guerre contre la Prusse.​​​​​​​​

 

- Le 9 septembre, devant la menace d’encerclement de Paris par les Prussiens, le gouvernement installe une antenne gouvernementale à Tours, sous l’autorité d’Adolphe Crémieux.

 

- Le 19 septembre, Paris est assiégé.​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​

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- Le 9 décembre 1870, le gouvernement se replie à Bordeaux.

 

- 18 janvier 1871, proclamation de l’Empire allemand dans la galerie des glaces du château de Versailles.

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- 28 janvier 1871 : signature de l’armistice entre le Gouvernement de Défense nationale et le gouvernement prussien, qui exige l’élection d’une Assemblée nationale pour signer le traité de paix.

 

- Le 31 janvier 71, anticipant les élections législatives, Gambetta décrète l’inéligibilité des anciens candidats officiels de l’Empire, bonapartistes et royalistes. Bismarck, furieux, menace de rompre l’armistice. Jules Simon fait annuler le décret, Gambetta démissionne

 

- L’Assemblée nationale est élue le 8 février 1871, et se réunit à partir du 12 février au Grand Théâtre de Bordeaux. Composition très monarchiste de l’Assemblée, de gauche à droite :

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- 38 Républicains radicaux

- 112 Républicains modérés

- 72 Libéraux

- 20 Bonapartistes

- 214 Orléanistes

- 182 Légitimistes

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L’Assemblée a deux priorités : conclure la paix et soumettre Paris.

 

- Le 1er mars 1871 sont signés les préliminaires de paix. Les Prussiens évacuent la capitale, rien ne s’oppose au retour des députés à Paris.

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- Mais la majorité monarchiste de l’Assemblée craint le soulèvement révolutionnaire du peuple parisien. Elle envisage de déménager à Fontainebleau ou à Versailles. Louis Blanc, député républicain de la Seine, y voit une volonté de retour à la monarchie et s’y oppose virulemment le 10 mars 1871.

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- En raison des évènements insurrectionnels de la Commune de Paris à partir du 18 mars 1871, l’Assemblée nationale part s’installer au château de Versailles le 20 (?) mars. Les députés ne réintègreront le Palais-Bourbon que huit ans plus tard, durant l’été 1879.

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1315893-Le_roi_de_Prusse_allant_à_la_gue
La_Situation_-_L'Éclipse_(9_février_1873

​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​Léon Gambetta dégaine son épée tandis qu'Adolphe Thiers jette une galette (un portefeuille ministériel) pour détourner l'attention de Cerbère dont les trois têtes représentent les légitimistes, les orléanistes et les bonapartistes. « La Situation », caricature d'André Gill publiée dans L'Éclipse (9 février 1873). 

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