JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE  1

LUNDI 20 MARS 1871

L'EXÉCUTION DES GENERAUX LECOMTE ET CLÉMENT THOMAS (p 10)

- Nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaye de flétrir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arrêt d’exécution n’a été signé par nous ; jamais la garde nationale n’a pris part à l’exécution d’un crime.

Quel intérêt y aurait-elle ? Quel intérêt y aurions-nous ? C’est aussi absurde qu’infâme.

Les membres du Comité central (de la Garde nationale)

 

 

LES BARRICADES (p14)

Les habitants limitrophes des grandes voies de communication servant au transport des vivres pour l’alimentation de Paris sont invités à disposer leurs barricades de manière à laisser la libre circulation des voitures.

Comité central de la garde nationale.

 

 

LA LIBERTE DE LA PRESSE (p19)

- Les autorités républicaines de la capitale veulent faire respecter la liberté de la presse, ainsi que toutes les autres ; elles espèrent que tous les journaux comprendront que le premier de leurs devoirs est le respect dû à la République, à la vérité, à la justice et au droit, qui sont placés sous la sauvegarde de tous.

 

- Le Journal officiel de la République française donne le démenti le plus formel aux bruits alarmants et aux calomnies répandus à dessein, par une certaine presse, depuis trois jours. Il met la capitale et la province en garde contre ces manœuvres coupables, qui doivent cesser sous la République et qui deviendraient bientôt un véritable danger.

 

MARDI 21 MARS 1871

REPRIS DE JUSTICE (p37)

- De nombreux repris de justice, rentrés à Paris, ont été envoyés pour commettre quelques attentats à la propriété, afin que nos ennemis puissent nous accuser encore. Nous engageons la garde nationale à la plus grande vigilance dans ses patrouilles. Chaque caporal devra veiller à ce qu’aucun étranger ne se glisse, caché sou s l’uniforme, dans les rangs de son escouade. C’est l’honneur du peuple qui est en jeu ; c’est au peuple à le garder.

Fédération républicaine de la Garde nationale

 

 

ECHEANCES DES EFFETS DE COMMERCE (p24)

- Considérant que, par exemple, la loi récente relative aux échéances des effets de commerce produira, si elle n’est rapportée, ou considérablement modifiée, les plus désastreux résultats, puisqu’en exigeant le payement à termes rapprochés des autres effets en souffrance, elle semble indiquer que la situation des souscripteurs qui se sont trouvés impuissants à payer avant ou pendant la période du siège, s’est améliorée depuis, ce qui est contraire à la vérité et au bon sens, et qu’en définitive ce décret a pour conséquence de laisser le débiteur à la merci du créancier, ce qu’il devait précisément avoir pour but d’éviter, comme l’ont sagement compris et décidé les Etats-Unis d’Amérique, après la guerre de sécession ;

Proposition de Jules Mottu, maire du XIème arrondissement, à l'approbation de l'Assemblée nationale

 

 

REMISE DES LOYERS (p24)

Jules Mottu propose à l’approbation de l’Assemblée nationale le projet de loi suivant :

Art. 1er. Remise pleine et entière est faite aux locataires, habitant la ville de Paris, du payement des trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871.

Art. 2. Les sommes déjà payées par les locataires pour acquit ou comme acompte de ces trois termes seront comptées en déduction des prochains termes.

Art. 3. La ville de Paris prend à sa charge le payement intégral aux propriétaires du montant de leurs locations pour les trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871.

 

 

ELECTIONS MUNICIPALES (p39)

Paris, ville libre, demande :

1- l'élection de la mairie de Paris,

2- l’élection des maires, adjoints et conseillers municipaux des vingt arrondissements de la ville de Paris ;

3° l’élection de tous les chefs de la garde nationale.

4° Paris n’a nullement l’intention de se séparer de la France, loin de là : il a souffert pour elle l’Empire, le gouvernement de la défense nationale, toutes ses trahisons et toutes ses lâchetés. Ce n’est pas, à coup sûr, pour l’abandonner aujourd’hui, mais seulement pour lui dire, en qualité de sœur aînée : Soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenu ; oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé !

Le commandant délégué à l’ex-préfecture de police, E. Duval.

 

 

INTERDICTION DE CONGEDIER LES LOCATAIRES (p41)

Jusqu’à nouvel ordre, et dans le seul but de maintenir la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d’hôtel ne pourront congédier leurs locataires.

 

 

PAIEMENT DES INDEMNITES DE GUERRE (p42)

Le comité central de la garde nationale est décidé à respecter les conditions de la paix. Seulement, il lui paraît de toute justice que les auteurs de la guerre maudite dont nous souffrons subissent la plus grande partie de l’indemnité imposée par nos impitoyables vainqueurs.

Grêlier, Délégué à l’intérieur.


 

EMANCIPATION DES PROLETAIRES (p45)

Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en mains la direction des affaires publiques.

[…]

Ils ont fait preuve du plus grand désintéressement et de l’abnégation la plus absolue. A peine arrivés au pouvoir, ils ont eu hâte de convoquer dans ses comices le peuple de Paris, afin qu’il nomme immédiatement une municipalité communale dans les mains de laquelle ils abdiqueront leur autorité d’un jour.

Il n’est pas d’exemple dans l’histoire d’un gouvernement provisoire qui se soit plus empressé de déposer son mandat dans les mains des élus du suffrage universel.

En présence de cette conduite si désintéressée, si honnête et si démocratique, on se demande avec étonnement comment il peut se trouver une presse assez injuste, malhonnête et éhontée pour déverser la calomnie, l’injure et l’outrage sur des citoyens respectables, dont les actes ne méritent jusqu’à ce jour qu’éloge et admiration.

Les amis de l’humanité, les défenseurs du droit, victorieux ou vaincus, seront toujours les victimes du mensonge et de la calomnie ?

Les travailleurs, ceux qui produisent tout et qui ne jouissent de rien, ceux qui souffrent de la misère au milieu des produits accumulés, fruit de leur labeur et de leurs sueurs, devront-ils donc sans cesse être battus à l’outrage ?

Ne leur sera-t-il jamais permis de travailler à leur émancipation sans soulever contre eux un concert de malédictions ?

La bourgeoisie, leur aînée, qui a accompli son émancipation il y a plus de trois quarts de siècles, qui les a précédés dans la voie de la révolution, ne comprend- elle pas aujourd’hui que le tour de l’émancipation du prolétariat est arrivé ?

Les désastres et les calamités publiques dans lesquels son incapacité politique et sa décrépitude morale et intellectuelle ont plongé la France devraient pourtant lui prouver qu’elle a fini son temps, qu’elle a accompli la tâche qui lui avait été imposée en 89, et qu’elle doit sinon céder la place aux travailleurs, au moins les laisser arriver à leur tour à l’émancipation sociale.

Le prolétariat, en face de la menace permanente de ses droits, de la négation absolue de toutes ses légitimes aspirations, de la ruine de la patrie et de toutes ses espérances, a compris qu’il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées et d’en assurer le triomphe en s’emparant du pouvoir.

C’est pourquoi il a répondu par la révolution aux provocations insensées et criminelles d’un gouvernement aveugle et coupable, qui n’a pas craint de déchaîner la guerre civile en présence de l’invasion et de l’occupation étrangères.

L’armée, que le pouvoir espérait faire marcher contre le peuple, a refusé détourner ses armes contre lui, elle lui a tendu une main fraternelle et s’est jointe à ses frères.

Que les quelques gouttes de sang versé, toujours regrettables, retombent sur la tête des provocateurs de la guerre civile et des ennemis du peuple, qui, depuis près d’un demi-siècle, ont été les auteurs de toutes nos ruines nationales.

Le cours du progrès, un instant interrompu, reprendra sa marche, et le prolétariat accomplira, malgré tout, son émancipation !

Le délégué au Journal officiel.


 

LECOMTE ET CLÉMENT THOMAS (p51)

Tous les journaux réactionnaires publient des récits plus ou moins dramatiques sur ce qu’ils appellent « l’assassinat » des généraux Lecomte et Clément Thomas. Sans doute ces actes sont regrettables. Mais il importe, pour être impartial, de constater deux faits :

1° Que le général Lecomte avait commandé à quatre reprises, sur la place Pigalle, de charger une foule inoffensive de femmes et d’enfants ;

2° Que le général Thomas a été arrêté au moment où il levait, en vêtements civils, un plan des barricades de Montmartre.

Ces deux hommes ont donc subi la loi de la guerre, qui n’admet ni l’assassinat des femmes ni l’espionnage.

On nous raconte que l’exécution du général Lecomte a été opérée par des soldats de la ligne et celle du soldat Clément Thomas par des gardes nationaux.

Il est faux que ces exécutions aient eu lieu sous les yeux et par les ordres du comité central de la garde nationale. Le comité central siégeait avant-hier rue Onfroy, près de la bastille, jusqu’à l’heure où il a pris possession de l’Hôtel-de- Ville ; et il a appris en même temps l’arrestation et la mort des deux victimes de la justice populaire. Ajoutons qu’il a ordonné une enquête immédiate sur ces faits.

(20 mars : Le comité de la Fédération de la garde nationale, pour rendre hommage à la vérité, déclare qu’il est étranger à ces deux exécutions.)


 

CONSTITUTION DE L'ARMEE VERSAILLAISE (p 53)

L’autorité militaire vient de recevoir avis de la prochaine arrivée dans Saône- et-Loire de 60 000 de nos soldats prisonniers revenant d’Allemagne. Ils seraient répartis entre les villes de Mâcon, chalon et Autun, mais n’y feraient qu’un court séjour. Ils recevront dans ces villes les effets dont ils manquent, et seront dirigés sur les corps auxquels ils appartiennent. Les magasins généraux d’habillement et de rééquipement seraient installés à Mâcon.

 

MERCREDI 22 MARS 1871

LE VOTE NOMINAL (p 64)

Le comité central remet aux mains du peuple de Paris le pouvoir tombé de mains indignes. Les élections communales se feront d’après le mode ordinaire ; mais le comité central exprime le vœu qu’à l’avenir le vote nominal soit considéré comme le seul vraiment moral et digne des principes démocratiques.

Le Comité central de la garde nationale


 

SOUVERAINETE DU PEUPLE (P 67)

C’est à Paris qu’incombe le devoir de faire respecter la souveraineté du peuple et d’exiger qu’il ne soit point porté atteinte à ses droits.

Paris ne peut se séparer de la province, ni souffrir qu’on la détache de lui. Paris a été, est encore et doit rester définitivement la capitale de la France, la tête et le cœur de la République démocratique, une et indivisible.

Il a donc le droit incontestable de procéder aux élections d’un conseil communal, de s’administrer lui-même, ainsi que cela convient à toute cité démocratique, et de veiller à la liberté et au repos publics à l’aide de la garde nationale, composée de tous les citoyens élisant directement leurs chefs par le suffrage universel.

Le comité central de la garde nationale, en prenant les mesures nécessaires pour assurer l’établissement du conseil communal de Paris et l’élection de tous les chefs de la garde nationale, a donc pris des mesures très sages, indispensables et de première nécessité.

Le délégué au Journal officiel.


 

LA PRESSE REACTIONNAIRE (p 68)

AVERTISSEMENT : après les excitations à la guerre civile, les injures grossières et les calomnies odieuses, devaient nécessairement venir la provocation ouverte à la désobéissance aux décrets du Gouvernement siégeant à l’Hôtel-de-Ville, régulièrement élu par l’immense majorité des bataillons de la garde nationale de Paris (215 voix sur 266 environ).

Plusieurs journaux publient en effet aujourd’hui une provocation à la désobéissance à l’arrêté du comité central de la garde nationale, convoquant les électeurs pour le 22 courant, pour la nomination de la commission communale de la ville de Paris.

Voici cette pièce, véritable attentat contre la souveraineté du peuple de Paris, commis par des rédacteurs de la presse réactionnaire :

Aux électeurs de Paris - déclaration de la presse

Attendu que la convocation des électeurs est un acte de souveraineté nationale.

Que l’exercice de cette souveraineté n’appartient qu’aux pouvoirs émanés du suffrage universel.

Que par suite, le comité qui s’est installé à l’Hôtel-de-Ville n’a ni droit ni qualité pour faire cette convocation ;

Les représentants des journaux soussignés regardent la convocation, affichée pour le 22 courant, comme nulle et non avenue, et engagent les électeurs à n’en pas tenir compte.

Comme il l’a déjà déclaré, le comité central de la garde nationale, siégeant à l’Hôtel-de-Ville, respecte la liberté de la presse, c’est-à-dire le droit qu’ont tous les citoyens de contrôler, de discuter et de critiquer ses actes à l’aide de tout les moyens de publicité, mais il entend faire respecter les décisions des représentants de la souveraineté du peuple de Paris, et il ne permettra pas impunément que l’on y porte atteinte plus longtemps en continuant à exciter à la désobéissance à ses décisions et à ses ordres.

Une répression sévère sera la conséquence de tels attentas, s’ils continuent à se produire.

 

JEUDI 23 MARS 1971

DEPÊCHE PRUSSIENNE AU COMITE CENTRAL (p 73)

Citoyens, le Comité centra a reçu du quartier général prussien la dépêche suivante :

Commandement en Chef du 3e Corps d’armee

Quartier général de Compiègne, le 21 mars 1871.

Au commandant actuel de Paris.

Le soussigné, commandant en chef, prend la liberté de vous informer que les troupes allemandes qui occupent les forts du nord et de l’est de Paris, ainsi que les environs de la rive droite de la Seine, ont reçu l’ordre de garder une attitude amicale et passive tant que les événements dont l’intérieur de Paris est le théâtre ne prendront point, à l’égard des armées allemandes, un caractère hostile et de nature à les mettre en danger, mais se maintiendront dans les termes arrêtés par les préliminaires de la paix.

Le chef du quartier général, Signé : Von Schlotheim, Major général.


 

REPONSE

Paris, le 22 mars 1871.

Au commandant en chef du 2e corps des armées impériales prussiennes.

Le soussigné, délégué du Comité central aux affaires extérieures, en réponse à votre dépêche en date de Compiègne, 21 mars courant, vous informe que la révolution accomplie à Paris par le Comité central, ayant un caractère essentiellement municipal, n’est en aucune façon agressive contre les armées allemandes.

Nous n’avons pas qualité pour discuter les préliminaires de la paix votés par l’Assemblée de Bordeaux.

Le Comité central et son délégué aux affaires extérieures.


 

LA LIBERTE DE LA PRESSE (p 74)

La presse réactionnaire a recours au mensonge et à la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher les droits du peuple.

Nous ne pouvons pas attenter à la liberté de la presse : seulement le gouvernement de Versailles ayant suspendu le cours ordinaire des tribunaux, nous prévenons les écrivains de mauvaise foi auxquels seraient applicables en temps ordinaires les lois de droit commun sur la calomnie et l’outrage, qu’ils seront immédiatement déférés au Comité central de la garde nationale.


 

DÉSERTIONS DANS LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES (p 74)

Par suite de la désertion générale des employés du gouvernement, les services publics sont complètement désorganisés.

Tous les employés administrations publiques qui, à partir du 25 de ce mois, n’auront pas repris leurs occupations habituelles, seront irrémissiblement destitués.

(sans signature)

 

LA CHAMBRE SYNDICALE DES OUVRIERS TAILLEURS ET SCIEURS DE PIERRE (p 78)

Citoyens, à l’appel de la patrie en danger, nous avons pris les armes, là était notre devoir, aujourd’hui, la misère et le lèpre nous ont atteints. Ce n’est que par un sublime effort que nous pourrons améliorer notre avenir.

L’époque difficile que nous traversons doit nous avoir amenés à des réflexions sérieuses au sujet de notre position sociale comme travailleurs. Nous devons nous demander si nous, producteurs, nous devons continuer à faire vivre grassement ceux qui ne produisent rien ; si le système que l’on a suivi jusqu’ici est destiné à exister toujours, alors même qu’il nous est complètement opposé. Prouvons par notre attachement à la sainte cause de la démocratie que nous sommes dignes de tous les égards qui nous sont dus.

Donc, travailleurs, à l’ouvrage ! car nos patrons ne songent en ce moment qu’à profiter de notre misère pour nous exploiter encore davantage, si cela est possible ; et, si nous savons nous entendre, nous mettrons un frein à leurs basses rapacités.

À cet effet, nous convoquons les ouvriers tailleurs et scieurs de pierres à une réunion qui aura lieu jeudi, 23 mars 1871, à midi, place de la Corderie-du- Temple, 6 (salle Montier).

 

 

À NOUS LES AUDACIEUX ! (extrait, voir JO p 79)

Quelques jours après la révolution du 4 septembre, le journal Le Siècle publiait l’article suivant, que nous nous empressons de reproduire. Il est certain que s’il eût servi d’inspiration aux habitants de Paris, ils n’auraient pas eu à subir les douleurs d’une honteuse capitulation.

À NOUS LES AUDACIEUX !

Dans les situations difficiles, il faut l’intelligence prompte et les hardiesses in- connues. Les jeunes, les téméraires, les audacieux, les savants indisciplinés, de- viennent nos hommes. L’idée et l’action doivent être libres ; ne nous gênez plus, ne réglementez plus, débarrassez-vous une bonne fois des vieux colliers et des vieilles cordes. C’est le conseil que donnait l’autre jour notre ami Louis Jourdan, et ce conseil, c’est le salut.

Les meilleurs en ces temps-ci sont ceux qui voient de loin et qui ont le jarret solide ; les meilleurs sont les intrépides du cerveau et du bras ; ce n’est point avec de vieux outils et de vieilles traditions qu’on défera le passé et qu’on fera l’avenir. Essayez donc du pas gymnastique avec les invalides, et vous verrez quelle carrière ils fourniront. Nous sentons cela, nous autres ; mais il s’en trouve qui ne le sentent point et ont le tort de se mettre à la place des éclaireurs, quand pour eux et pour nous ils seraient mieux dans la réserve et au dépôt.

P. JOIGNEAUX.

 

LES AMBASSADES A PARIS (p 81)

La Presse annonce que l’ambassade de Russie est la seule qui ait suivi le gouvernement exécutif à Versailles.

Les représentants de l’Angleterre, de l’Autriche, de la Turquie, de l’Italie, etc., n’ont pas quitté Paris. Ils en ont référé à leurs gouvernements respectifs, dont ils attendent les réponses pour prendre une résolution.

 

VENDREDI 24 MARS 1871

CORRUPTION (p 87)

De nombreux agents bonapartistes et orléanistes ont été surpris faisant des distributions d’argent pour détourner les habitants de leurs devoirs civiques. Tout individu convaincu de corruption ou de tentative de corruption sera immédiatement déféré au comité Central de la garde nationale.

Pour le comité central, E. Lebeau, Délégué au Journal officiel.

 


 

MORT AUX VOLEURS (p 88)

On voit placardée sur une des portes de l’Hôtel-de-Ville l’affiche suivante :

République Française

Liberté — Egalité — Fraternité — Justice

MORT AUX VOLEURS

Tout individu pris en flagrant délit de vol sera immédiatement fusillé.


 

LES ELECTIONS (p 88)

Votre légitime colère nous a placés le 18 mars au poste que nous ne devions occuper que le temps strictement nécessaire pour procéder aux élections communales.

Vos maires, vos députés, répudiant les engagements pris à l’heure où ils étaient des candidats, ont tout mis en œuvre pour entraver ces élections, que nous voulions faire à bref délai.

La réaction, soulevée par eux, nous déclare la guerre.

Nous devons accepter la lutte et briser la résistance, afin que vous puissiez y procéder dans le calme de votre volonté et de votre force.

Jusque-là, les mesures les plus énergiques seront prises pour faire respecter les droits que vous avez revendiqués.

Hôtel-de-Ville, 22 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale


 

REINCARCERATIONS (p 89)

Dès son arrivée au pouvoir, M. Jules Favre s’est empressé de faire mettre en liberté Pic et Taillefer, condamnés pour vol et faux en écriture dans l’affaire de l’Etendard. Ledit Taillefer, rencontré hier par une de ses anciennes connaissances, a été de suite mené devant un commissaire de police récemment nommé, qui a ordonné sa réincarcération immédiate.


 

CONDAMNATION À MORT DE BLANQUI (p90)

Nous avons publié la protestation du citoyen Blanqui contre sa condamnation à mort, prononcée par les hommes du 4 septembre. Nous donnons aujourd’hui celle du citoyen Flourens :

Citoyens, en présence du jugement qui me frappe, il est de mon devoir de protester de la façon la plus énergique contre la violation de tous les droits inscrits dans toutes les constitutions.

L’accusé doit être jugé par ses pairs. Tel est le texte de la loi. Or, je dénie complètement aux assassins patentés de la réaction le titre de juges. Nommés par un pouvoir qui n’avait encore été reconnu par personne le 31 octobre 1870, ils ne peuvent puiser leur peuvent puiser leur puissance qu’en dehors de la loi.
D’ailleurs j’ai appris, par une longue expérience des choses humaines, que la liberté se fortifiait par le sang des martyrs.

Si le mien peut servir à cimenter l’union de la patrie et de la liberté, je l’offre volontiers aux assassins du pays et aux massacreurs de janvier.

Salut et fraternité. G. Flourens.


 

FORTUNES (extrait voir JO p95)

On nous communique la lettre suivante1 :

On se préoccupe beaucoup d’arracher la France à l’occupation prussienne en payant à nos vainqueurs l’énorme indemnité qu’ils réclament, et on propose plusieurs expédients, tous plus insuffisants les uns que les autres.

Permettez-moi de vous exposer la seule mesure qui soit vraiment équitable et vraiment rationnelle. En étudiant le jeu de nos institutions économiques, on constate que les diverses fortunes se forment et se développent dans la proportion suivante : 1, 2, 3, 4, 8, 16 ; et inversement que les ménages, possédant ces diverses fortunes, sont dans le rapport dans le rapport de 16, 8, 4, 2, 1. Il ne peut pas en être autrement, sans quoi la misère ou l’opulence serait générale. (…)

Eh bien ! que les fortunes de ce dernier groupe composé en grande partie des organisateurs ou des favoris du banditisme soient taxées d’une remise de 3 à 4 %, et on réalisera immédiatement la somme nécessaire à la rapacité allemande.

Les statistiques des économistes des économies sont d’accord avec moi dans cette répartition de la richesse publique.

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1-anonyme