PARIS BRÛLÉ ET LA PHOTO

proxy-image (1).jpeg
Braquehais.jpeg
proxy-image (2).jpeg
André_Adolphe-Eugène_Disdéri.jpeg

Bruno Braquehais, 1823-1875

Eugène Disdéri, 1829-1889

Portraits par Appert de communard.e.s incarcéré.e.s aux chantiers de Versailles

LA PHOTOGRAPHIE

LES PORTRAITS D'APPERT.  >

 

La photographie, qui s'était fortement développée sous la commune, trouvera dans ces circonstances son essor commercial, sous plusieurs formes : photographies des sites incendiés vendues aux usagers des voyages touristiques de Paris brûlé, portraits des communards incarcérés réalisés par le photographe judiciaire Ernest-Charles Appert, accrédité par le tribunal de la Seine, et vendus au public sous formes de cartes. Ces portraits seront exploités par la IIIème république pour retrouver les communards en fuite, créant ainsi un précédé non négligeable au dispositif de Bertillon. Ce fut, écrit Eric Hellman1, « la première entreprise de fichage systématique est conduite en 1871 par la justice militaire qui tente de confondre les militants de la Commune ». Le Charivari indique en juillet 1871 que « la photographie rend de grands services à la police : c'est au collodion que l'on doit toutes les arrestations que l'on fait en ce moment » 2. Gisèle Freund note 3 que les communards  « qui furent reconnus d'après ces images par les policiers de Thiers, furent presque tous fusillés. Ce fut la première fois dans l'histoire que la photographie servit d'indicateur de police ». Ces portraits seront achetés, sous des formats différents, indistinctement par des pro-communards et des pro-versaillais.

ernest_charles_mayer_simon_charles_1820-1887._militaire_et_major_commandant_de_la_place_ve

Simon Mayer

BourgeoisDelphine.jpeg

Delphine Bourgeois

BoudailleCharles.jpeg

Charles Boudaille

tautin_boutin_louise_pris_a_la_prison_de_versailles._ph4142-134_353850_(cropped).jpg

Louise Tautin-Boutin

BloquelBenoit.jpeg

Benoit Bloquel

damiens_euphanie_avec_son_fils_pris_a_la_prison_de_versailles.jpg

Euphanie Damiens et son fils

BonnefoyLouise.jpeg

Louise Bonnefoy

Louise Michel, inscription _chef des incendiaires__prison_des_chantiers_a_versailles.jpeg

Louise Michel

lullier_charles_ernest_1838-1891_officier_de_marine_communard_cond_315459_(cropped).jpeg

Charles Lullier

1 Surveiller (à distance) et prévenir. Une nouvelle économie de la visibilité, Questions de communication n° 11,‎ p 303–322

2 Quentin Bajac, La Commune photographiée : [exposition, Paris, Musée d'Orsay, 14 mars-11 juin 2000], Paris, Réunion des musées nationaux, p 127 

3 Gisèle Freund, Photographie et société, Paris, Seuil,  Points, p220 

LES PHOTOMONTAGES D'APPERT.

Appert crééra un autre précédent en réutilisant ses portraits de communard.e.s incarcéré.e.s pour réaliser par la suite des photomontages intitulés « Les crimes de la Commune 1». Il reconstitue des épisodes dramatique, entièrement à charge des communards, et prend beaucoup de liberté avec la réalité des faits : Assassinat des otages de la Commune à la prison de la Roquette, Enlèvement des corps de l'archevêque de Paris,  Darboy et des clercs exécutés par la Commune le 24 mai 1871, Assassinat de Gustave Chaudey à la prison de Sainte-Pélagie, Assassinat de 62 otages rue Haxo 85 à Belleville le  26 mai 1871 à 5 heures du soir, Assassinat des généraux Clément-Thomas et Claude Lecomte etc... La série constitue, selon Quentin Bajac, « un récit partisan, de propagande, dont la figure centrale est celle de l'exécution, inlassablement déclinée »2. Ces photomontages seront vendus en trois formats différents, de la grande planche à la carte de visite, et remporteront un certain succès jusqu'à leur interdiction à l'automne 1872. Malgré la prétention à l'objectivité d'Appert, la manipulation et l'intention de propagande sont avérées : un seul exemple (parmi beaucoup d'autres), la bouteille mise dans les mains d'Hortense David, qui boit directement au goulot, en bas à gauche de la photo, dans Prison des Chantiers, le 15 août 1871, témoigne d'une falsification évidente de la réalité, et de sa volonté de projeter en caricature les insurgé.e.s, selon les stéréotypes en vigueur concernant les communardes. Les mots de Maxime du Camp sur les insurgés ont résonné favorablement aux oreilles de Appert : « brutes obtuses ne comprenant rien, sinon qu'ils ont bonne paye, beaucoup de vin et trop d'eau-de-vie ».

1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Crimes_de_la_Commune

2 Bajac ibidem

Prison-des-Chantiers,-le-15-août-1871,-Versailles.jpg
Prison des Chantiers, le 15 août 1871, Versailles, Appert

C'est dans ce contexte d'instrumentalisation commerciale des ruines de Paris brûlé, d'exploitation idéologique des portraits-charges des insurgés, de leur décrédibilisation politique, que commence le jeu, qui rendra compte de l'iconographie photographique communarde et versaillaise. Son principe, plutôt que de miser sur la stratégie gagnant/perdant, sera coopératif. Il reste encore à préciser.

Massacre_des_dominicains_d'Arcueil,_route_d'Italie_no._38,_le_25_mai_1871,_à_4_heures_et_d
Massacre des dominicains d'Arcueil, route d'Italie no.38, le 25 mai 1871, à 4 heures et demie. Appert
Assassinat_des_généraux_Clément_Thomas_et_Claude_Lecomte,_1871.jpg
Assassinat_de_gustave_chaudey_a_la_prison_sainte-Pelagy.jpg
Assassinat des généraux Clément-Thomas et Claude Lecomte, 1871, Appert
Assassinat de Gustave Chaudey à la prison Sainte Pelagy, Appert
Execution_des_otages_de_la_commune_avant_leur_e.jpg
Les otages de la Commune avant leur exécution sur le chemin de ronde de la Grande Roquette, le 24 mai 1871, Appert
Assassinat_de_62_otages_rue_Haxo_85_à_Belleville._Le_26_mai_1871_à_5_heures_du_Soir_Eugène
Assassinat de 62 otages rue Haxo 85 à Belleville le 26 mai 1871 à 5 heures du soir, Appert