HISTOIRE PUBLIQUE / USAGE PUBLIC DE L'HISTOIRE. Un des enjeux contemporains du rapport à l’histoire est marqué par l’histoire publique1. Cette pratique spécifique de l’histoire répond à une demande sociale croissante de compréhension du passé, et tente de la sortir de la sphère universitaire en la rendant accessible à un large public.

Sa naissance, au milieu des années 1970 en Californie, est liée aux besoins des minorités sociales et ethniques à la recherche de leurs racines et de leurs mémoires, et correspond, selon Catherine Brice, à « une montée en puissance de l’engagement social et de l’activisme politique » 2. Parallèlement, elle correspond aussi, plus prosaïquement, à une crise du recrutement des étudiants en histoire, et provoque des questionnements sur la manière d'attirer de nouveaux étudiants dans les Humanities, qui voudraient travailler en dehors du milieu éducatif.

Les américains attirent l'histoire publique du côté d'une histoire appliquée aux problèmes du monde réel. Un débouché spécifique est le cabinet d'avocat, dans les cas de conflits environnementaux ou territorio-ethniques, un autre l'entreprise. En Europe, elle s'oriente principalement vers la communication de l'histoire en direction d'un public non-académique, non sous la forme d'une histoire appliquée, mais plutôt vers l'« application de la méthode historique aux questions, demandes et problèmes contemporains »3, en co-participation et co-production.

Aux Etats Unis, certains historiens publics4 revendiquent la « Shared Authority », une histoire publique construite à part égale entre historien et public : une «  co-construction du savoir dans laquelle l’historien dépend des groupes avec lesquels il travaille »5, ce qui pose le problème d'un « relativisme par lequel toutes les interprétations se valent ». L’histoire écrite par les publics, les témoins, les communautés, «  est un matériau précieux, aussi précieux que les archives, [et] permet d’enrichir une compréhension qui échappera à l’écrit », note Brice. « Dans ce cas, poursuit-elle, l'autorité partagée [est] moins celle de l’historien que celle de l’historien avec des sources différentes.

 

Une seule formation existe en France créée en 2015 à l'UPEC6 par Catherine Brice justement : un Master 2 d'histoire publique/Public History, qui s’intéresse aux usages publics de l’histoire, aux reenactments7, aux reconstitutions. L'histoire publique, en France, est souvent entendue comme histoire d'entreprise, ou associée aux pratiques pseudo-historiques des Stephane Berne et Franck Ferrand. Brice revendique le fait qu'« on est historien d’abord, puis qu’on s’approprie des moyens de divulgation qui permettent de parler d’histoire à des publics différents »8.  Ici on aperçoit le lien avec la recherche sur la forme que Jablonka appelait le troisième continent, issu d'une réconciliation entre création et recherche et qui permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai ».

 

Brice estime qu'il est « indispensable que les historiens soient en mesure de communiquer au plus grand nombre de personnes afin de nourrir les opinions, mais aussi les politiques publiques sur des points très contemporains ». « Toutes les recherches en histoire devraient pouvoir passer la barre du public, [...] et informer l’opinion publique de manière plus systématique que ce n’est le cas aujourd'hui ». « Les jeunes historiens doivent être formés à la transmission des connaissances. Et les historiens en poste [doivent] avoir, dans le cadre de la formation continue, des modules de formation qui nous aident à parler de nos recherches plus loin que les colloques érudits »

 

Oser l’histoire publique est pour Brice une aventure intellectuelle passionnante, une extension [...] du champ de compétence de l'historien, « une fonction sociale qui nous est demandée et à laquelle nous devrions pouvoir répondre, aussi un espoir pour nos étudiants et pour notre discipline »9.

 

LE PUBLIC. Ce qu'on retiendra de cette perspective est l'extension des modes de transmission de l'histoire, de ses moyens de divulgation, la volonté de partager le projet avec un public très ouvert, de ne pas le proposer aux seuls historiens ou militants de la Commune. La nature « multicouche » du site questionne l’adresse et la manière de fonctionner du présent de l’histoire, et permettra peut-être de provoquer de nouveaux intérêts. On pourra parcourir les éléments principaux et visibles ci-dessus énoncés, on pourra également fouiller plus avant à partir d'indices disséminés, découvrir les sous-couches justement, des données invisibles (s’activant avec le survol de l’écran par le curseur) conduisant à des dimensions plus ludiques, proposant des enquêtes, qui conduiront elles-mêmes à d’autres niveaux d'enquêtes. Chacun pourra conduire le site à sa guise, s’y perdre, s’y retrouver, réagir aux propositions, ou bien encore envoyer son propre projet qui sera ajouté à la structure du récit.

 

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1 - Voir https://www.cairn.info/journal-le-debat-2013-5-page-153.htm ou https://histpubliq.hypotheses.org/quest-ce-que-lhistoire-publique/une-definition-rapide

2 - Voir Catherine Brice, https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=Agh3ZWiQ1Q8

3 - Ibidem

4 - Mickael Frisch, Jim Gardner

5 - Brice, ibidem

6 - Université Paris Est-Créteil

7 - Reconstitutions historiques

8 - Brice, ibidem

9 - Ibidem