LA COMMUNE HABITE LE PRESENT. On ne saurait attraper la Commune de manière plus contre-productive que par la nostalgie des reconstitutions ou bien les manifestations de regrets d’une occasion « ratée »1. Ce serait là dénier sa puissance d’efficience et d’actualité, au plus près des présents de nos rebellions contemporaines. Dire que le souvenir de la Commune revient « hanter le présent », serait accréditer sa nature spectrale, désincarnée, alors qu’elle s’incarne au contraire au présent dans nombres de nos pensées et de nos actions. Nous négligerons ces tentatives de discrédit historique et suivrons plutôt une voie de reconnaissance de la Commune, dans le triple sens que nous la reconnaissons et nous reconnaissons en elle en partageant nombre de ses valeurs et de ses actions, et que nous lui sommes éminemment reconnaissants d’avoir, en si peu de temps et dans des conditions si précaires, fondé les bases d’une société vivable pour tou.te.s.

 

Comment habiter la Commune aujourd’hui ? Peut-être en lui fournissant un temps et un territoire en nous-mêmes, ici et maintenant, un chronotope portatif et ambulant2. « Changer son monde, écrit Cédric Herrou, c’est se concentrer sur ce que l’on fait à sa propre échelle»3. Si la Commune nous occupe, nous occupons aussi bien la Commune en détournant le cours des choses, puisque nous sommes son continent au présent, à toutes sortes d’échelles, de un à des milliers d’individus, de un à des milliers de territoires. « L’histoire d’un ruisseau4, écrit Elisée Reclus, même de celui qui nait et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini ». Ceci est un encouragement à s’obstiner sur cette voie ubiquitaire, car la Commune aujourd’hui est le territoire mobile de ceux qui croient en elle. Nous sommes les véhicules de la Commune. A nous d’en convoyer, dans le présent, par nos dérives spatiales et temporelles, les actions.

 

Les Mesures, projets et inventions de la Commune ouvriront le site aux propositions des visiteurs, sous toutes les formes possibles (textes, projets, dessins, films etc.) afin de participer à arrimer la Commune au présent : articuler des idées, nouvelles et anciennes (parfois les mêmes) à nos pratiques de résistance à cette Raison technicienne qui n’en finit pas de prouver son obstination et son incompétence...

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1 - Marx soulignait que l’« existence en acte » de la Commune constituait, à ses yeux, son plus grand projet social. Pour lui, c’était loin d’être une occasion   « ratée »...

2 - Le chronotope, « temps » et « espace », est une notion philologique proposée par l’immense théoricien de la littérature Mikhaïl Bakhtine : les éléments de description spatiaux et temporels contenus dans un récit fictionnel ou non, le lieu et le moment sont réputés solidaires.

3 - https://www.mediapart.fr/journal/france/221120/cedric-herrou-changer-son-monde-c-est-se-concentrer-sur-ce-que-l-fait-sa-propre-echelle?onglet=full

4 - « Histoire d’un ruisseau », https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64040d.image