LES FALSIFICATIONS DU GÉNÉRAL APPERT. Une des tentatives de discréditer la Commune passe, dans le récit versaillais, par l’affirmation de l’importante proportion de « repris de justice » dans les rangs communards, qui fut soutenue vaillamment par l’entreprise de falsification des données du plus haut responsable de la justice militaire, chargé de juger les communards après la semaine sanglante : le général Appert1. En 1967, Jean Maitron rend compte2 de l’ouverture aux historiens d’une nouvelle étape de l’histoire de La Commune, grâce aux « dizaines de milliers de dossiers de grâce et de conseils de guerre, archives de la déportation et de la proscription ». Parmi ces dossiers, les statistiques du général Appert, dont les dossiers doivent être examinés avec le plus grand soin, car « elles sont faussées au départ » : Maitron, à la suite d’analyses de dépouillements de ces données, fait apparaitre :

que les conclusions Appert concernant le nombre de condamnés ayant encouru antérieurement à la commune, des peines de droit commun, est grossi d’environ trois fois. [...] En vérité, l’armée des repris de justice n’était pas l’armée de la Commune, mais celle de Versailles dont une étude montrera qu’elle était constituée de primitifs fanatisés, conduits par des officiers indignes [...] celle qui, durant huit jours, eut carte blanche pour massacrer quelques vingt mille fédérés dans de telles conditions d’illégalité que, cent ans plus tard, l’historien ne peut apporter la moindre certitude sur le décompte exact des morts... 3

 

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1 - Félix Antoine Appert, 1817-1891, Général de corps d'armée, chargé de diriger la justice militaire qui juge les Communards à Versailles.

2 - Dans son introduction à l’ « Histoire de la Commune de 1871 » de Prosper-Olivier Lissagaray, éd. La découverte, 2000 (mais publiée originellement en 1876).

3 - Ibidem p. 11