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  • 1l-Vendome escamotage | Auluxecommunal

    12 ESCAMOTAGES DE LA COLONNE VENDÔME La colonne Vendôme est en visée, mais photographiée derrière chacun des 12 réverbères de la place.

  • 1k-Vendome apres Morris | Auluxecommunal

    DÉSIMPÉRIALISATION DE LA PLACE VENDÔME Ancre William Morris WILLIAM MORRIS >> - Après la proposition de William Morris, dans "Nouvelles de nulle part", de débarrasser Trafalgar Square de sa statue de Nelson et d'y planter des abricotiers; - après celle de Gustave Courbet, en septembre 1870, de déboulonner la colonne Vendôme et de la transférer aux Invalides; - après la proposition de Félix Pyat de démolir la colonne Vendôme, ce qui fut fait le 16 mai 1871, le visiteur se verra offrir la possibilité de désimpérialiser la place Vendome qui, débarrassée de sa colonne napoléonienne, pourra être plantée de cerisiers. On pourra y cueillir des cerises et y faire des activités de plein-air. NOUVELLES DE NULLE PART - 1890 >> Escamotage vendome 12 escamotages >>

  • 1k-Courbet Vendome | Auluxecommunal

    COURBET ET LA COLONNE VENDÔME Le 14 septembre 1870, Gustave Courbet souhaite "donner lecture d'une proposition qu'il a à faire relativement à la colonne Vendôme" à la Commission artistique pour la sauvegarde des musées nationaux. La Commission renvoie la proposition à la séance plénière du 18 septembre : Attendu que la colonne Vendôme est un monument dénué de toute valeur artistique, tendant à perpétuer par son expression les idées de guerre et de conquête qui étaient dans la dynastie impériale, mais que réprouve le sentiment d’une nation républicaine, [le citoyen Courbet] émet le vœu que le gouvernement de la Défense nationale veuille bien l’autoriser à déboulonner cette colonne. Courbet propose de la remiser aux Invalides. La proposition reste sans suite. Après un appel de Vallès, le 4 avril 1871, dans Le Cri du peuple , la Commune décide, le 12, sur une proposition de Félix Pyat, d’abattre - et non de déboulonner - la colonne Vendôme. Paschal Grousset veillera à son exécution. Courbet n'a pas pu voter pour sa démolition le 12, car il n'est en poste que le 20. Décision de la Commune du 12 avril 1871 : La Commune de Paris considère que la colonne impériale de la Place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grands principes de la République : la fraternité! Plusieurs fois repoussée, la cérémonie a lieu le 16 mai 1871, la colonne est abattue, non sans difficultés sous le contrôle de l'ingénieur Iribe, à 17 h 30. APRÈS LA CHUTE DE LA COLONNE - Gustave Courbet est arrêté après la Semaine Sanglante et condamné à six mois de prison, 500 francs d'amende, plus les frais de justice (6850 francs), pour "attentat, excitation et levée de troupes, usurpation de fonctions et complicité de destruction de monuments". La sentence est clémente comparée à celle de ses co-accusé.e.s, condamné.e.s à la déportation, aux travaux forcés à perpétuité (Jules Dalou) ou à la mort. La démolition de la colonne Vendôme, décrétée le 12 avril 1871, ne peut lui être imputée : son élection à la Commune ne date que du 16 avril ! Alors qu'il purge sa peine, le peintre adresse en juin 1871 un courrier au ministre Jules Simon , se défendant d'avoir voulu cette destruction. Il écrit également à Victor Lefranc, Ministre du Commerce et à Jules Grévy, président de l'Assemblée Nationale, auxquels il propose, "puisqu'on s'obstine à me rendre responsable de la chute de cette colonne, quoique véritablement je n'aie d'autre tort que d'avoir adressé une proposition à l'Assemblée du 4 septembre 1870 (qui n'eut pas de conséquence, cédant à l'opinion publique) de la relever à mes frais en me permettant de mettre en vente publique ces deux cents tableaux qui subviendraient bien au-delà des frais nécessaires à cette reconstruction". Les courriers restent sans retour. Mais en mai 1873, le nouveau président de la République, le maréchal de Mac Mahon , décide de faire reconstruire la colonne Vendôme aux frais de Courbet. Le devis s'élève à 323 091,68 francs. Courbet est acculé à la ruine, ses biens mis sous séquestre, ses toiles confisquées. En juillet 1873, il passe la frontière suisse et s'établit au bord du lac Léman, à la Tour de Peilz. Il meurt le 31 décembre 1877 d'un arrêt cardiaque, juste avant la première échéance pour la reconstruction de la colonne Vendôme... BERTALL : Humble supplique des hommes de bronze de Paris qui demandent à ne pas être fondus. Les statues de bronze de Paris sont menacées de disparition à chaque changement de régime : le bronze de Napoléon 1er avait été fondu par Louis XVIII pour réaliser la statue de Henry IV au Pont Neuf, qui avait été réquisitionnée par la Révolution (avec celles de Louis XIII place Royale et de Louis XIV place des Victoires et place Vendôme) pour fabriquer des canons. En janvier 1871, Courbet avait donné une toile pour une loterie. Sa vente permit au 45ème bataillon de la Garde nationale d'acheter un canon, qui sera baptisé du nom de l'artiste. Voir "Courbet et la Commune", musée d'Orsay, 2000

  • 1g-Discussion Lisbonne/Cerf | Auluxecommunal

    DIALOGUE MAXIME LISBONNE – MARCEL CERF Par CLAUDINE CERF d'après « Le D'Artagnan de la commune (Le colonel Maxime Lisbonne) » de Marcel Cerf, éd. Dittmar, 2014 Maxime Lisbonne : Je suis un saltimbanque ! Marcel Cerf : Saltimbanque avant la Commune, pendant la Commune, après la Commune !!! ML : Eh oui, saltimbanque je suis ! Saltimbanque je reste ! MC : Evidemment ! Une mère, modiste célèbre, créatrice de chapeaux, qui coiffe les plus grandes actrices du « boulevard du crime »… ML : …et, comme tu sais, un père juif, grand républicain… et peintre ! MC : Tous artistes en somme ! ML : Et tous sans préjugés ! C’est le combat contre l’ordre établi qui nous anime… et l’Art aussi. L’Art pour tous comme l’écrit ma camarade de bagne, mon amie, Louise Michel. MC : …Le théâtre, c’est Ta vie ML : Y compris le théâtre des opérations militaires ! MC : D’accord… Mais avant la Commune, tu étais la coqueluche du public… ML : Surtout féminin ! J’ai tout joué, tout monté, des pièces du répertoire romantique, des pièces populaires… Tout ! MC : Et, malheureusement, tu as même été directeur de théâtre ! ML : Pas doué pour la finance, tu me le rappelles subtilement, Marcel ! De toute façon, la guerre a tué tous mes projets. MC : Tu n’as pas changé de registre pourtant… ML : Non, tu le sais et tu m’as bien compris : saltimbanque je suis, saltimbanque je reste ! MC : Même quand tu es incorporé à la Garde nationale en 1870, pendant la guerre franco-prussienne, ta manière de refuser une récompense militaire méritée ne manque pas du panache, Maxime Lisbonne ! Et pourtant tu ne joues pas un rôle, tu n’es pas sur scène … ML : Je suis tout juste un saltimbanque sans emploi qui défend les principes républicains auxquels il croit. Normal, non ? MC : Et même vital ! Et c’est ça qui me fascine en toi, ton idéal de saltimbanque qui concilie l’art et le combat pour la justice sociale… Et encore, tu n’as pas vraiment commencé la grande aventure ! ML : Depuis le début du siège, je suis sur le pont, citoyen Marcel Cerf ! MC : C’est vrai, et membre du Comité central de la garde nationale fédérée du Xème arrondissement... ML : de Paris !!! Pas de rôle politique, je veux de l’AC-TION, uniquement de l’Action !!!!! MC : En effet, de l’action tu vas en avoir, citoyen Maxime Lisbonne ! ML : Le 18 mars, il fallait marcher sur Versailles, tout de suite. Il fallait occuper le Mont-Valérien immédiatement. Je l’ai dit, je l’ai redit… MC : …le Comité central s’est réveillé trop tard… Il y avait un traitre ….Tu l’avais compris avant tout le monde. La suite aurait pu être toute différente, j’en suis convaincu. ML : Il faudra que je m’essaie à un rôle de traître… J’ai vu comment ça marche ! MC : Tu es mauvais en affaires, Maxime Lisbonne, personne ne le nie, mais avoir refusé de te présenter, pour cette raison, aux élections de la Commune nouvellement proclamée, le 28 mars, c’est une erreur…. Tu étais très populaire… ML : Ce que j’aime, mon cher historien, tu le sais pourtant, c’est l’action… Pas les discussions à l’infini… indispensables, oui, mais ce n’est pas pour moi... Et puis imagine qu’on m’ait reproché la mauvaise gestion de mon théâtre... Tu vois un peu l’effet sur les citoyens : un représentant du peuple qui ne sait pas compter ! Un élu dangereux pour ses électeurs ! Non, pas ça !!! Saltimbanque je suis, saltimbanque je reste ! MC : Sauf que le 2 avril, les Versaillais bombardent Paris et le 3, c’est la riposte de la Commune ! Tu vas passer des planches aux pavés ! ML : Et comme tu le sais, j’ai la charge de transférer l’artillerie à la Porte Maillot et d’organiser les bataillons…. MC : Les Versaillais tirent… depuis le Mont- Valérien, en position dominante ! Tout ce que tu avais prévu, tout ce que tu redoutais ! La garde nationale est ébranlée, désorganisée ou même pas organisée du tout. ML : Ma première proposition d’organisation, je l’ai déposée avec Edouard Moreau, que tu connais très bien, Marcel, et dès le 19 mars ! Réponse : néant. A la suite de ce 3 avril, j’en dépose deux autres… MC : Victor Hugo le martelait déjà en 1848 : Il faut or-ga-ni-ser !... Tu parles ! Au moins, tu peux compter sur ton ordonnance, le tirailleur algérien ! ML : Mohamed ben Ali et moi, nous resterons soudés dans l’adversité. MC : Le Juif et l’Arabe, ensemble, pour la Commune !!! MC : Respect, Lisbonne ! Le délégué à la guerre, le général Cluseret, ne tarit pas d’éloges, sur ton courage… et il salue ta dégaine de saltimbanque. ML : Je ne me renierai jamais ! MC : Tu as raison et, du reste, les responsabilités vont pleuvoir. L’organisation des compagnies de marche n’est pas un mince exploit et je te le dis sincèrement Lisbonne, le comédien que tu es se révèle un organisateur hors du commun. L’organisation, tu as ça dans le sang ou quoi ? ML : J’ai pourtant enfreint les ordres ! MC: En effet, tu n’as pas suivi les instructions de Rossel, Maxime! ML: Il fallait que je commande des uniformes pour mes hommes... et vite, très vite! Le coup de feu contre les Versaillais n’atttend pas! Alors, passer par la voie hiérarchique... pas le temps! Je ne suis pas un militaire de métier, mon cher Marcel, je suis un artiste au combat ! MC : Je sais : « saltimbanque tu es, saltimbanque tu restes ». Ton amie Louise Michel, elle, se disait « artiste en Révolution ». Entre artistes combattants, vous vous compreniez bien, ça va de soi. ML : Mon chef d’état-major, Rossel ne m’en a jamais voulu d’avoir désobéi. MC : C’est vrai et je ne peux pas m’empêcher de relire, à haute voix, ce que Nathanaël Rossel, t’a dit, à toi, Lisbonne : « En révolution, il est toujours difficile quand on ne connaît pas les hommes ni leur passé politique, de leur laisser le champ libre. En dix jours, vous avez mis 15 bataillons en état d’aller combattre. Vous avez enfreint, il est vrai, mes ordres. Mais ce prompt résultat m’assure de votre dévouement à la cause que vous défendez. Bonne chance et au revoir ! » ML : Je suis passé par-dessus la voie hiérarchique, histoire d’aller plus vite. Il y avait urgence, c’est tout, sinon, j’aurais obéi aux ordres de Rossel. MC : Et tu as assuré la défense du Fort d’issy les Moulineaux avec Brunel… ML : …Rossel m’a nommé Colonel, colonel, moi, le théâtreux !!!!… MC : A la tête des corps-francs, de sacrés lascars venus de Paris ou de Montrouge…Pas des figurants de théâtre, des fidèles parmi les fidèles… Et c’est dur de se battre au milieu des rivalités et des ordres contradictoires, sans compter les espions et les fuyards…. ML : …et les tirs des Versaillais qui redoublent !… C’est drôle, tu vois, mais ça ne me fait pas peur. MC : Tu n’es pourtant pas sur une scène et comme le général la Cecilia est blessé, en plus, tu assures le commandement en chef, mais les ordres de Rossel sont dévoyés, mal suivis… Résultat : les Versaillais vont prendre le fort d’Ivry ! ML : Et Rossel, écoeuré, démissionne !!!... MC : C’est ça, comme dit Nathanaël, « Tout le monde délibère et personne n’obéit ». ML : Il a dit ça, c’est vrai. Je le respectais . MC : Et comment tu supportes le reste ? ML : Mal. Si le fort de Vanves tombe à son tour, c’est la faute d’officiers traîtres ou irresponsables du genre de… Oh et puis, non, ne retenons même pas leurs noms. MC : Mais tu les connais ? ML : Bien sûr. Et j’ai dit à Edouard Moreau, le « commissaire civil à la guerre », que j’aimais beaucoup, qu’on pouvait tenir à Vanves face aux Versaillais à condition d’avoir des troupes sérieuses. J’insiste sur Edouard Moreau parce que j’ai en tête que tu lui as rendu un sacré hommage… mérité !!! MC : Un amoureux des arts lui aussi... Je ne sais d’où te viennent tes connaissances en matière de guerre mais le fait est que tu es expert, sauf que seul contre l’apathie des états-majors, malgré tes plans réfléchis, tu ne peux rien ! ML : Des troupes indisciplinées, peu ou pas de munitions…. On est cuits ! Et les francs-tireurs, une fois de plus, jouent les artilleurs, ils sont magnifiques mais le matériel manque… Je ne peux plus rien. MC : Tu te mets très souvent en danger, tu grimpes sur les barricades, tu harangues les Versaillais… Tu oublies que tu n’es pas sur une scène ? ML : Je n’oublie pas, je fais mon boulot de Colonel. MC : Dans le XVème, après une reconnaissance dans la direction des tirs versaillais, un drame… ML : Un drame oui… et , pour moi, un drame personnel. MC : Mohamed ! ML : Oui, partis en reconnaissance, un de mes officiers… et mon cher Mohamed, ne reviendront pas. Les Versaillais bombardent à mort. MC : Partout les barricades surgissent. Rue Vavin, tu ne donnes pas l’ordre d’incendier la rue… L’incendie est un moyen défensif, certes, mais c’est un autre qui donnera l’ordre d’incendier, pas toi… Et tu te souviens du Panthéon ? ML : Oui, tout le quartier est en effervescence, ailleurs aussi, dans presque tout Paris, mais les Versaillais s’acharnent. MC : Paris brûle, plus de canons, pas assez d’hommes… ML : Nous nous défendons comme des lions… Je fonce ! MC : Tu ne peux pas t’empêcher de jouer… même avec la mort ! ML : Saltimbanque je suis, saltimbanque je reste ! MC : Au point de subjuguer Jean-Baptiste Clément… ML : Sur les dernières barricades, avant le coup de grâce ? MC : Oui. Il écrit qu’on te voyait t’offrant en cible aux balles, juché sur un cheval de labour, large comme un éléphant… ML : Tué d’un coup, sous moi ! C’est le quatrième ! MC : Tes hommes ont peur pour toi. ML : L’important, c’est de les protéger, eux ! Moi, je ne descends pas de cheval parce que c’est comme ça que mes hommes m’aiment ! MC : Et tu tombes en serrant contre toi l’obus que tu allais entreposer, avec les autres obus, dans une voiture à bras… ML : Un réflexe, c’est tout ! MC : Si tu l’avais lâché, tous les obus auraient éclaté en même temps. Le carnage !!!! ML : Mon cheval est crevé. Moi, je suis blessé à la cuisse ; c’est le début de la fin ! MC : C’est la semaine sanglante. Les Versaillais assassinent. Trop de blessés à la mairie du XXème qui sert d’hôpital. Tu attends… Tu te sens mourir. ML : Je demande qu’on remette mon écharpe de membre du Comité central à ma femme. C’est pour mon fils. Vive la République ! Vive la Commune ! MC : Même à l’agonie, quel panache ! Saltimbanque tu es, saltimbanque tu restes ! ML : Qui a dit que la parole d’un saltimbanque est incompatible avec la défense de nos droits, avec la liberté, avec la justice sociale… Personne ! MC : La Commune est terrassée. Les cadavres jonchent les rues… Thiers triomphe ! Avec ta jambe à moitié arrachée, Maxime, tu aboutis à l’hospice de Vincennes… ML : Et là, quel accueil !!! MC : Je l’ai dans l’oreille cette phrase de bienvenue : « Enlevez-moi cette charogne, et foutez-le ou vous pourrez ! » ML : La charogne que je suis crie de douleur quand on la jette dans un coin. MC : « Gueule, tu n’en as plus pour longtemps ». C’est ça que tu entends ! ML : La soeur Clotilde, qui fait les pansements, nous, les communards, on l’aime ! Il faut le dire, quand même. MC : Oui , il faut le dire… ML : Mais il y a tous les autres, celles et ceux qui viennent regarder les blessés comme s’l s’agissait de bêtes féroces. MC : Ça remplace le zoo ! Ça meurt de partout et dehors, on fusille !… Rossel… Ton Rossel. ML : Oui Rossel, fusillé !… Et plein d’autres. Ferré par exemple. Son frère, fou de douleur, me bombarde de projectiles divers… Je ne bouge pas… Je vis encore, moi ! A demi gangréné mais en vie. MC : Et tu t’en sors ! Et c’est le conseil de guerre ! Principal chef d’accusation : l’incendie de la rue Vavin !!!! En vérité, les Versaillais savent que tu n’en as pas donné l’ordre, mais il ignorent qui l’a fait… ML : Ils attendent encore, je ne dirai rien ! MC : Tu n’es ni un lâche, ni un délateur… Mais le responsable de l’incendie ne te sera jamais reconnaissant de ton silence… ML : Il est devenu célèbre… MC : et ingrat en proportion. On dit son nom ? ML : Non, et c’est trop tard… MC : Tous ceux que tu as sauvés sont pétris de trouille. Les faux-témoins et les mouchards, les muets, aveugles et sourds de circonstance, les oublieux opportunistes, tous ceux que tu as épargnés au cours des combats se recroquevillent et s’abstiennent de témoigner en ta faveur. La presse versaillaise te souille de ses crachats. ML : Je ne leur réserve même pas un glaviot, « J’ai été calomnié, traîné dans la boue par une presse vendue et sans pudeur. Certains écrivains se sont même permis de m’attaquer dans ma vie privée. Je les mets au défi de me fournir une seule preuve sur les faits qu’ils ont avancés. A ces calomniateurs de métier, je ne ferai même pas l’honneur d’une réplique. C’est par le mépris et avec la botte qu’on répond à de tels adversaires ». MC : Et les supérieurs du sergent – major Lafont, un Versaillais fait prisonnier par son frère communard - l’empêchent d’expliquer que tu l’as épargné, comme tu en as épargné tant d’autres. ML : ll aurait fallu être versaillais pour tuer sans scrupules. MC : Maxime, tu as épargné même un espion, infiltré dans vos rangs !!!! ML : S’il m’est arrivé de tuer, c’est par légitime défense. Point. N’en parlons plus. MC : On n’en parle plus… Et le 5 décembre 1871, Colonel Lisbonne… tu es condamné à mort. Rien que ça ! Tu te pourvoies en cassation. ML : 5 juin 1872, même sentence : je suis condamné à mort. Pourvoi en cassation rejeté. MC : Mais… ML : …Laisse-moi le dire : mais le 14 septembre 1872, la « commission des grâces » commue la peine de mort en travaux forcés à perpétuité. MC : Travaux forcés pour un infirme ! L’homme à la jambe coupée ! En route pour Toulon ! ML : Malgré mes béquilles, à la forge, on me rive le boulet du forçat. Pareil pour les voleurs et les assassins. On est mélangés aux pires bandits. On nous sert une soupe puante… Et pendant qu’on mange, on nous colle sur un trou pour faire nos besoins. Histoire de gagner du temps ! MC : Elle est belle notre civilisation ! Mais toi, tu ne peux pas t’empêcher de… jouer… Et la veille de l’embarquement pour la Nouvelle- Calédonie, tu gueules… ML : Nuance : je crie « vive la Commune ! » MC : Le Commissaire du bagne est loin, il entend tes cris… mais sans les comprendre. Tu racontes très bien l’événement, on imagine l’énergumène, bave aux lèvres, qui fond sur les condamnés. ML : Parfaitement, et j’ai dit, « c’est moi le coupable ! » et j’ai ajouté « j’ai crié de toutes mes forces ». Les autres sont médusés. Silence de mort. MC : Tu te sens sur une scène, tu joues… ML : Je joue à fond, oui, oui, et, imperturbable et pénétré de mes paroles, j’ajoute : « J’ai crié Vive monsieur le commissaire » ! Tête du type. Il est décontenancé. Personne ne bronche. « Foutez-moi le camp » qu’il répond. MC : Tu ne peux pas t’empêcher de jouer, même en plein danger. ML : Eh oui, saltimbanque, je suis, saltimbanque je reste ! MC : Ensuite, départ pour la Nouvelle-Calédonie. Traversée affreuse. ML : Passe, passe, c’est épouvantable… Et une fois sur place, guère mieux ! MC : Châtiments corporels, tortures sadiques, sévices divers et variés… Et pourtant, tu continues à jouer… Comme tu es infirme, tu ne peux pas être très utile… ML : Alors, j’ai une autre tâche : souffler dans une corne... et bien à l’heure… pour rassembler les condamnés au retour de leur besogne… MC : Et, une fois encore, tu ravis ton public ! Tu prends pour exécuter ta tâche une attitude théâtrale qui déride même les plus récalcitrants : les surveillants et leurs épouses par exemple ! ML : Saltimbanque je suis… MC : …saltimbanque tu restes, et comment ! C’est au camp de Tindu que tu rédiges tes souvenirs sur du papier aussi fin que du papier à cigarettes… Ces souvenirs exceptionnels, Le Pelletier, journaliste et historien de la Commune, communard comme toi, Lisbonne, Lepelletier, oui, les a eus en mains ces souvenirs… Et avant moi ! ML : Et… MC : c’est sa veuve, très âgée, qui me les a confiés. Elle a retourné toute sa maison de la Ferté-Alais, dans la région parisienne, pour les retrouver. Elle avait compris ma fébrilité et mon émotion. Elle t’a connu et elle t’aimait bien cette vieille dame charmante. Tu aurais dû lui parler de ta vie au bagne… Tu te souviens ? ML : Là-bas, il y a d’autres communards et pas des moindres, alors je m’emploie à les distraire de cette vie de forçat. MC : Incorrigible, tu crées le premier théâtre en terre canaque ! ML : Saltimbanque je suis… MC : Ah ! Epargne-moi la suite !!! Gaston da Costa, condamné avec toi, a su te rendre hommage, il sait que tu es un théâtreux mais aussi un chef militaire « brave jusqu’ à la témérité » et au bagne, un détenu « héroïque comme sur le champ de bataille ». Voilà ce qu’a dit da Costa, substitut de Raoul Rigault, procureur de la Commune. ML : Mon costume empanaché sur les barricades amuse tout le monde… MC : Alphonse Humbert, ton co-détenu au camp de Tindu, et qui était journaliste au Père Duchêne, est libéré avant toi ! Et toi, au bagne, toujours, tu écris… une pièce de théâtre bien sûr ! ML : Et, par lettre, je demande à Humbert de collaborer à l’écriture. MC : Et tu t’imagines, t’adressant à la foule des spectateurs : «Mesdames et messieurs, la pièce que nous avons eu l’honneur de représenter devant vous est de M. Alphonse Humbert… » ML : …et Maxime… MC : Maxime…. ML : Maxime du camp de Tindu !!! MC : Ah le jeu de mots magnifique et malicieux, quand on sait que Maxime du Camp est un adversaire farouche de la Commune !... Mais l’amnistie est enfin votée et en décembre 1880, tu rentres à Paris… après 8 ans de bagne ! ML : « Les huit années de tortures que j’ai endurées n’ont fait que rendre plus vif et plus entier mon dévouement à ta cause, Paris ! » MC : Tu es toujours prêt, Maxime, pour célébrer la Commune de Paris et les communeux ! ! ML : « Pardonner n’est pas possible, après les injures dont nous avons été abreuvés. Mais il est un sacrifice que, du moins, je saurai te faire, Paris : j’oublierai ! » MC : Et tu vas oublier, ou faire semblant, grâce au théâtre ! ML : Oui, le 29 avril 1882, place de la Chapelle, au théâtre des Bouffes du Nord, la première oeuvre que je monte, c’est Nadine, une pièce de mon amie, ma co- bagnarde, la citoyenne Louise Michel ! MC : Une réussite inoubliable ! La pièce est située en 1846 dans la république de Cracovie. Il y a des révoltes, des morts, des coups de théâtre, et tout le monde reconnaît la Commune derrière le soulèvement polonais. Les Communards - du moins les survivants - et tout le Paris littéraire font un accueil triomphal à Nadine. C’est un succès populaire comme il y en a peu… ML : Mais le pouvoir veille, tapi dans l’ombre… C’est la République, la troisième, mais une deuxième Commune, non, elle n’en veut pas ! MC : Certes, mais La Commune, même devenue polonaise, fait recette; les caisses du théâtre se remplissent… ML : …et Louise distribue tout à ses pauvres ! Normal. MC : Et quelle ambiance dans la salle et dans les couloirs après le spectacle ! Les discussions sont passionnées entre les vieux communards et les révolutionnaires en herbe. C’est enthousiasmant ! ML : C’est la vie retrouvée !!! La fièvre du théâtre et celle de la justice sociale font monter la température ! Et c’est dans mon théâtre que ça se passe… et avec Louise ! Tu vois comme j’ai eu raison de rester saltimbanque ! MC : Et tu ouvres ta maison à tout le monde, aux malheureux en priorité, bien sûr… et aux profiteurs aussi qui, en pagaille, puisent dans ta bourse. Ça ne rend pas ta chère Elisa très heureuse… ML : …Oui, c’est la seule chose qui m’attriste… Je lui impose toutes mes pitreries mais je ne sais pas faire autrement. MC : Alors revenons à ce qui te rend joyeux… et fier… Après Louise, Victor Hugo ! ML : Oui, aux Bouffes, toujours, si j’ai pu monter Hernani, c’est grâce à sa générosité, il m’a donné son accord tout de suite… MC : Tu crois que Louise est dans le coup ? Ils s’aiment bien tous les deux. ML : Il a été un peu tiède sur la Commune… MC : Disons, réservé… : « Je suis pour la Commune dans son principe… » ML (déclamant) : « …et contre la Commune dans son application ». Mais il accueille chez lui les communards proscrits quand il réside à Bruxelles… Malgré les injures et les jets de pierre, en pleine nuit ! MC : Lui qui déteste la violence, il est servi !… Il a écrit un beau poème sur cette agression nocturne... Bon, en tout cas, avec Hernani, tu te régales ! ML : Laisse-moi te raconter une histoire cocasse à propos d’un jeune acteur qui joue le même soir Hernani chez moi et une autre pièce au Théâtre français. Je suis monté sur scène et j’ai inventé un stratagème ébouriffant pour faire passer l’absence… provisoire… de mon comédien… Le temps qu’il passe d’un théâtre à l’autre… Succès grandiose ! MC : ... Et c’est l’amour qui t’a inspiré! Allez, détaille-nous un peu l’irruption de la comédie dans un drame romantique! Pauvre Hugo! ML : J’ai raconté, au public médusé, que deux de mes comédiens s’étaient battus sur la scène, pendant l’entracte, pour les beaux yeux de la plus belle de mes pensionnaires.... MC : ...Et l’un d’eux , supposé blessé... ML : ...mais légèrement!!!! MC : Ca vaut mieux pour la véracité du récit!!!! L’un d’eux, donc, le pseudo blessé, était censé recevoir des soins ... ML : ...Histoire de faire patienter le public ... Bref, quand mon jeune acteur est revenu au galop du théâtre français , ni vu ni connu, il a repris son rôle dans Hernani! Et hop, on a rouvert le rideau!!! Les spectateurs ont tout gobé et ils ont fait un triomphe au “blessé”... qui a dû jouer la suite de la pièce, le bras en écharpe, bien entendu! !!! MC : Ah! le sens du réalisme ! Tu es un sublime filou Maxime! ML : Que veux –tu, il faut que j’imagine, que je crée... Sans la scène, je me meurs… MC : Je sais, je sais, ton imagination n‘a pas de bornes ! Pourtant, le théâtre ne te suffit pas, tu tâtes du journalisme avec L’ami du peuple. Le saltimbanque reste un communard actif… ML : L’ami du peuple, c’est un journal qui, avant tout, veut rendre justice aux communards… « Le seul journal qui ose dire la vérité » !!!! Et qui veut réhabiliter Marat ! MC : …Et qui prêche l’union de toutes les tendances de la pensée socialiste… Un vœu pieux, les polémiques fratricides ne se calment pas au moment où tu diriges le journal… Ça viendra plus tard… ML : En attendant, je me veux en marge des partis… MC : On compte quand même une majorité de blanquistes parmi tes journalistes… ML : Ce sont mes amis ! MC : Et tu égratignes un peu les anarchistes ! ML : Juste un peu… Mais mon admiration pour Louise demeure intacte, son anarchisme à elle, il est sublime !!! MC : Tu as une plume magnifique, Maxime, aussi belle que celle qui orne parfois ton chapeau ! ML : Et je rejoins Louise dans la condamnation de la colonisation ! Au bagne, on était d’accord, elle et moi ! Pour revenir à mon Ami du peuple, il n’est pas distribué dans tous les kiosques. La presse bourgeoise m’asphyxie. MC : L’ami du peuple est condamné à disparaître… Il dérange… Comme toi ! ML : C’est sûr, mais il y a le théâtre !!! Toujours !!! J’ai des projets ! Mon théâtre ne crachera ni sur les communards ni sur les femmes ! MC : Il te manque juste de l’argent, Maxime pour avoir un théâtre à toi. L’argent, toujours l’argent…. Ça devient obsessionnel. ML : Et alors, j’inventerai autre chose ! Il faut oser… En 1871, j’ai osé la Commune, non ? MC : …On le sait tous, on t’a vu à l’œuvre, tes allures de mousquetaire sous les balles, ta bravoure de d’Artagnan n‘étaient pas des postures pendant la Commune ! Et maintenant, tu te tais… Le matamore se fait discret quand il faut mentionner ses actes de courage ! ML : Non, non, je vais oser ! Montmartre m’inspire… C’est là que la Commune a commencé, avec Louise et tous les autres. C’est le lieu du peuple révolté et des théâtreux survoltés. J’en suis ! MC : Je ne te lâche pas, alors… Et j’ai raison ! : à Montmartre, dans un baraquement en planches, le Colonel et ex-forçat de la Commune, Maxime Lisbonne, créée, en 1885, un cabaret-souvenir !... ML : …souvenir de mes huit ans passés au bagne en Nouvelle-Calédonie… Un peu moins drolatiques, il est vrai… MC : Ta Taverne du bagne est un succès ! Le public est averti : « l’espérance est bannie de ce lieu », et pourtant, on fait la queue dans la rue pour accéder au cabaret. Et toi, Maxime, de l’intérieur de la taverne, tu gueules : « Faites entrer une nouvelle fournée de condamnés !!! » Et lesdits condamnés se précipitent joyeusement dans l’antre maudit… ML : Le dimanche 6 décembre 1885, j’offre un grand déjeuner gratis aux malheureux du 18ème arrondissement de Paris ! ML : Certes, mais nous portons, à chaque rasade, des toasts à la « fraternité des peuples !!!! » MC : En effet, ça change tout !!!! Bon, de retour en France, tu retournes une nouvelle fois à tes amours… ML : Saltimbanque je suis MC : Et saltimbanque tu restes… Personne n’en doute. Tu montes avec enthousiasme la pièce du poète Clovis Hugues, Le sommeil de Danton… et c’est toi qui organises la tournée ! ML : Clovis Hugues est poète… et député socialiste ! MC : De Marseille ! La tournée n’est pas un succès mais à Marseille, oui, à Marseille, chez Clovis, ça marche du tonnerre de Dieu ! ML : C’est vrai, mais j’en ai ma claque des tournées, des salles à demi vides, des affrontements avec ma vedette, Nancy Vernet. Ça suffit, il y a mieux à faire ! MC : Comme, par exemple, jouer le rôle d’un certain… Maxime Lisbonne au café- concert !!! ML : La politique me démange, Marcel. C’est juste un détour. Je vais me présenter aux législatives ! MC : Oui, en 1889 ! De nombreux politiques sont impliqués dans les tripotages financiers et les dépenses pharaoniques liées au percement du canal de Panama…Le scandale t’inspire, en effet, et ta campagne de candidature, à Montmartre, ne manque pas de saveur ! ML : Tu as vu mes affiches ! Je me présente comme « député concussionnaire honnête » MC : Désopilant… Et comment fais-tu pour être à la fois honnête et malhonnête ? ML : C’est simple, « je prends l’engagement d’honneur de ne jamais trafiquer de mon mandat de député sans exiger des solliciteurs une somme… variable… selon la demande des intéressés ». MC : Ah ! Très convaincant ! Les Montmartrois rient beaucoup !!!! ML : « A la fin de chaque session, je convoquerai en réunion publique mes électeurs… » MC : Bien entendu !!!! ML : « Après avoir soumis à leurs examens mes livres de comptabilité, un dividende prélevé sur les opérations de concussion honnête leur sera donné ». MC : Et sur la même affiche, ton message au président de la République n’est pas mal non plus. Tu te fiches vraiment de sa tête ou quoi ? ML (pince-sans-rire) : Pas du tout : « Monsieur le Président, j’ai l’honneur de solliciter de votre bienveillance un envoi de… trois mille francs afin de pouvoir faire face à mon échéance de fin de mois ». MC : Mais Heureusement, tu le rassures… Enfin, pas longtemps… ML : « Peut-être un jour, serez-vous étonné de ma visite à la Présidence. Vous rapportant cette somme…. Je serai plus étonné que vous ! » MC : Quel superbe fou du roi tu fais, Maxime ! ML : Vive la République démocratique et sociale ! MC : Signé Maxime Lisbonne, ex-forçat de la Commune ML : Et toujours saltimbanque, et toujours communeux : il y a quelque chose que je ne peux pas tolérer, tu vois, c’est qu’on renvoie dos à dos Versaillais et Communards, c’est qu’on salisse les morts de la Commune, alors je crie, alors je gueule, même près de vingt ans plus tard, même en 1890 ! Et j’écris et je diffuse… MC : C’est la pièce de François Coppée, Le Pater, qui te rend enragé, je le sais. Coppée veut pourtant afficher de bons sentiments en montrant un « brave » garde-chiourme Versaillais tendant charitablement la main à un Fédéré… Sauf que le Fédéré est bien peu engageant…. ML : Tu sais comment je lui réponds au poète Coppée ? MC : Oui, justement, pas par des mots ! ML : Surtout pas ! Je lui réponds par des chiffres : Pertes des fédérés : - Au combat :10 425 - Mis à mort : 24 598 Total : 35 023 Pertes des Versaillais : 7 450 MC : Le bilan est sans appel. Je l’ai vérifié… autant qu’on le peut avec précision, évidemment… C’est parfois revu à la baisse mais ça ne change rien aux proportions. Quoi qu’il en soit, la charité mielleuse, la fraternité mensongère, tu ne les digères pas Maxime, et tu le fais savoir ! Et c’est glaçant. ML : Oui, et l’esprit de la Commune, je le ferai vivre jusqu’à la fin… Mais ça ne va pas m’empêcher de créer de nouvelles boîtes ! MC : Tu te produis un peu partout, tu es célèbre, désormais, Maxime, comme « artiste de café-concert ». ML : Oui, c’est comme ça qu’on dit ! Tu as noté le menu du Casino des concierges, rue Pigalle ? C’est ma création ! MC : Ah tout à fait, et ton menu panamiste ne manque pas de corps. Un vrai régal populaire ! Pas la peine de rappeler le scandale financier du canal de Panama, tout le monde l’a à l’esprit ! On mange donc panamiste chez Lisbonne ! ML : Et je donne quoi dans l’assiette panamiste ? Tu peux me le dire ? Tu y as goûté ? MC : Oui, oui, quasiment ! … Ça cale comme il faut : bouillon, boeuf bouilli, fromage… ML : Et une demi-bouteille de vin !... Pour la modeste somme de 1 franc ! MC : J’ai bien étudié ton public. Il est très hétéroclite : des snobs, des demi- mondaines, des journalistes, des artistes… et des truands… Les gens du milieu comme on dit ! ML : Et alors ? « Ce souper suffit aux consciences honnêtes ». Tu as lu la publicité ou pas ?! MC : Je sais, j’ai lu, bien sûr ! En tout cas, apparemment, on s’amuse bien au Casino des concierges, et tu as agrémenté ta revue d’un loto… Tu soignes le peuple de Paris : on peut gagner un lapin ou une poule… bien vivants !... ML : Et un saucisson bien mort ! Enfin, bien mort le cochon ! MC : Mais pas mort ton goût de la farce ! Je savoure ta campagne académique quand tu rends visite aux Immortels en costume de général bolivien. ML : Et avec mon ami, le poète Achille le Roy ! MC : Les dignes membres de l’Institut de France n’apprécient pas toujours ton humour et tu te retrouves souvent au poste de police, Maxime, reconnais-le ! ML : Certes, mais accompagné en fanfare par des monômes d’étudiants qui, EUX apprécient ! Et puis mon costume de général bolivien me va comme un gant, non ? MC : Presque… Mais pas aussi bien que ton uniforme de colonel de la Commune ! ML : Ah Marcel, tu me connais mieux que moi-même je crois me connaître ! MC : Le communard est toujours vivant chez toi… Comme le saltimbanque… Octobre 1893 : une date à retenir ! ML : Je prends la direction d’un établissement rue des Martyrs. MC : Tu sais qu’il a été fondé par un anti-communard ? ML : Une bonne raison de nettoyer le lieu ! MC : Et ce lieu, c’est le Divan japonais ! Toulouse-Lautrec en fait l’affiche publicitaire juste avant ton arrivée !!! Une affiche très célèbre ! ML : Mais avec moi, le Divan japonais devient le Concert Lisbonne ! Et ça va déménager ! MC : Le 3 mars 1894, et il faut retenir cette date, tu crées Le coucher d’Yvette. C’est peut-être un hommage à la chanteuse Yvette Guilbert, qu’on devine sur l’affiche. C’est une sorte de pantomime lyrique en un acte et en musique, bien sûr…Mais c’est aussi, tout autre chose ! ML : Dis-le ! MC : C’est, réellement, le premier essai d’effeuillage dans un théâtre ouvert à tous. ML : Et J’ai mis le paquet sur la publicité ! MC : En vérité, on ne voit pas grand chose… Juste une jolie femme qui se déshabille - et, encore, pas complètement ! - pour se mettre au lit… Mais quel succès ! ML : Un triomphe tu veux dire ! Cent représentations ! MC : C’est un fait, la foule se précipite pour voir, quoi ? : la chemise d’une actrice et, partout dans Paris, on va assister à des spectacles du même acabit… C’est sûr, Maxime, tu as créé un genre nouveau : le strip-tease !!! ML : Mais ça va un temps… et j’ai envie d’autre chose… Tu l’as senti ? MC : Evidement que je l’ai senti ! Et évidemment que tu ouvres une nouvelle boîte ! ML : Je reviens au théâtre ! Saltimbanque je suis… MC : ...sauf que tu organises un gala... « au profit des huissiers » !!! Tu es sûr qu’ils ne comprennent pas que tu te paies leur tête ? ML : Il y en a un qui est venu chez moi… Evidemment, je croule sous les dettes… Je n’ai jamais su gérer… Quand j’ai de l’argent… MC : ...tu le dépenses… Et quand le pauvre huissier se présente chez toi, donc ?… ML : ...donc… tu sais que j’ai un ami directeur de cirque? MC : Je sais…. donc ?… ML : Donc, je reçois le fameux huissier ! MC : Bien sûr que tu le reçois… sauf que tu n’es pas seul…. ML : Je suis rarement seul, Marcel, j’aime la compagnie… MC : Mais là, tu fais encore plus fort que d’habitude ! ML : Tu trouves ? MC : Et pour recevoir ce pauvre type… tu t’entoures… de six lions ! ML : Des vrais ! MC : Hélas, oui, des vrais, archi-vrais, prêtés par ton ami circassien ! ML : Il les avais bien nourris, avant… Une précaution élémentaire ! MC : Ils sont débonnaires, certes, la panse bien tendue, pleine à craquer… Mais tout de même, tu as vu la frayeur du malheureux bonhomme ?! ML : C’est un huissier, aucun sens de l’humour ! MC : Si tu veux… j’admets que tout le monde n’a pas ton panache, Maxime, et quand tu organises un bal à l’Elysée Montmartre, c’est grandiose ! ML : Ça te plaît, vraiment ? MC : Oui… Surtout quand, sur la fin de la soirée, tu invites tous les chiffonniers du quartier !!!! ML : C’est ça, le sens de la fête à Montmartre ! Ça donne envie de continuer à ouvrir des cabarets ! MC : Et tu ne t’en prives pas ! Mon préféré, c’est le Ministère des contributions directes et indirectes, en mars 1898, rue de la Rochefoucauld. Ma mère a habité dans cette rue, pas loin… Mais tu n’étais plus là…. ML : Tu as vu les invitations ? MC : Ah oui, sous forme de « sommations sans frais ». Tes malheurs financiers t’inspirent à mort ! Et tu es encore en forme; j’observe que tu prends part à la campagne électorale de mai 1898. ML : J’essaie d’en rire et d’en faire rire… de cette campagne… Mais bon, c’est fini pour moi. Je ne suis plus rien. MC : Mais on te reconnaît rue Pigalle où tu habites… ML : C’est surtout le boîteux qu’on reconnaît. MC : Tu exagères. Ecoute un peu ce qu’écrit sur toi ton ami Le Pelletier : « Lisbonne avait bravé bien souvent la mort. Il avait été relevé sanglant sur le champ de bataille et on lui avait coupé la jambe en le considérant sans doute comme un peu perdu. Il avait subi les souffrances morales de la transportation, aggravant les fatigues et les privations du bagne. Il était revenu pourtant, alerte encore, joyeux toujours, claudicant avec sa jambe articulée mais plein d’entrain et de bonne humeur, secouant ses longs cheveux sur ses épaules larges, allant poitrine en avant, défiant la misère, dédaignant les déboires, les soucis de l’existence, comme il avait nargué la fusillade, la prison, l’exil… » ML : On était des romantiques… avec Louise. MC : Les derniers utopistes… ML : Tu es venu à la Ferté-Alais, Marcel, tu as compris ma fin de vie… Montmartre est loin !!!! MC : Et Edouard Chenel, que j’ai connu bien plus tard, dans les années 1950, alors qu’il était le président, très âgé, de l’association des Amis de la Commune, Edouard Chenel te rencontre en 1901 chez ta belle-soeur, Mme Mourot, qui t’héberge. Tu n’as plus un sou vaillant… ML : Je n’ai jamais su compter ! Merci à elle et à Mme Chevallier qui tient la buvette. MC : Un brin bigote mais brave femme… Tu ne manques pas de la bousculer un peu avec tes plaisanteries…. et elles la font rire ! ML : Elle m’a réservé une petite pièce du café. J’y rencontre des amis… et tu sais de quoi on parle ? MC : de la Commune, bien sûr… et particulièrement de Louise. Tu l’admires plus que jamais, Louise ! ML : Tu sais bien que je l’ai toujours admirée, depuis le début, depuis le 18 mars. Elle me manque. Nous étions au bagne ensemble, souviens-toi. Bon, mais la fin approche. Je te laisse raconter, Marcel . MC : Lisbonne se lance dans une dernière tournée, dans les Ardennes... Une tournée de saltimbanque…. Mais il prend froid : congestion pulmonaire. Madame Lisbonne le soigne à la Ferté-Alais... Mais laisse-moi te parler : ton visage, désormais émacié et blafard, est toujours encadré de cheveux longs, tu portes toujours un grand foulard rouge autour du cou… Tu es toujours toi, Maxime… mais le 10 janvier 1905, on annonce la mort de Louise… Tu délires… ML : « Je veux mourir sur la première barricade élevée pour défendre la République. Je veux mourir en combattant « pour elle » ! MC : Qui « elle » ? : la Commune, la République, Louise ??? Les trois sans doute ! Maxime Lisbonne meurt le 25 mai, la même année que Louise Michel, l’« artiste en révolution » devenue anarchiste et franc-maçonne… Louise a tous les droits, Maxime les lui reconnaît… tous… et il n’a pas changé : saltimbanque il était, saltimbanque, il est resté… Tous les vieux communards, drapeaux rouges déployés, viennent lui rendre hommage le jour de son enterrement, le 27 mai 1905, à la Ferté-Alais. Mais c’est à Edouard Lepelletier, communard et historien de la Commune, de rappeler le rôle de Maxime Lisbonne… et son témoignage bouleverse bien des idées toutes faites, je le retranscris ici : « Si la Commune avait eu beaucoup de défenseurs comme Maxime Lisbonne, malgré les conditions d’infériorité de la lutte, le résultat final n’eût peut-être pas été le même. Si, surtout, au lieu de prendre pour chef le traître Lullier, c’eût été à ce brave qu’on eût confié la défense de Paris, la marche sur Versailles eût été commencée dès le 19 mars. Alors, le Mont-Valérien eût appuyé la colonne d’attaque du 4 avril et la bataille changeait de face. Le vaillant Lisbonne ne fut pas suffisamment apprécié et honoré de son vivant, surtout par les jeunes générations ignorantes. Ne l’ayant pas vu au combat, les révolutionnaires juvéniles voulurent rabaisser ou railler en lui le cabotin montmartrois qu’ils affectaient de connaître seulement[…] » Voix de Maxime Lisbonne, lointaine : Saltimbanque je suis, saltimbanque je reste. MC : C’est tout à ton honneur, Maxime, toi le fougueux d’Artagnan de la Commune !!! Vive le saltimbanque ! Claudine Cerf, Septembre 2022

  • 1h-Baudelaire 7 vieillards | Auluxecommunal

    BAUDELAIRE - LES SEPT VIEILLARDS Tableaux parisiens, Les fleurs du mal (1840-1850) A Victor Hugo Fourmillante cité, cité pleine de rêves, Où le spectre en plein jour raccroche le passant ! Les mystères partout coulent comme des sèves Dans les canaux étroits du colosse puissant. Un matin, cependant que dans la triste rue Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur, Simulaient les deux quais d'une rivière accrue, Et que, décor semblable à l'âme de l'acteur, Un brouillard sale et jaune inondait tout l'espace, Je suivais, roidissant mes nerfs comme un héros Et discutant avec mon âme déjà lasse, Le faubourg secoué par les lourds tombereaux. Tout à coup, un vieillard dont les guenilles jaunes, Imitaient la couleur de ce ciel pluvieux, Et dont l'aspect aurait fait pleuvoir les aumônes, Sans la méchanceté qui luisait dans ses yeux, M'apparut. On eût dit sa prunelle trempée Dans le fiel ; son regard aiguisait les frimas, Et sa barbe à longs poils, roide comme une épée, Se projetait, pareille à celle de Judas. Il n'était pas voûté, mais cassé, son échine Faisant avec sa jambe un parfait angle droit, Si bien que son bâton, parachevant sa mine, Lui donnait la tournure et le pas maladroit D'un quadrupède infirme ou d'un juif à trois pattes. Dans la neige et la boue il allait s'empêtrant, Comme s'il écrasait des morts sous ses savates, Hostile à l'univers plutôt qu'indifférent. Son pareil le suivait : barbe, œil, dos, bâton, loques, Nul trait ne distinguait, du même enfer venu, Ce jumeau centenaire, et ces spectres baroques Marchaient du même pas vers un but inconnu. A quel complot infâme étais-je donc en butte, Ou quel méchant hasard ainsi m'humiliait ? Car je comptai sept fois, de minute en minute, Ce sinistre vieillard qui se multipliait ! Que celui-là qui rit de mon inquiétude, Et qui n'est pas saisi d'un frisson fraternel, Songe bien que malgré tant de décrépitude Ces sept monstres hideux avaient l'air éternel ! Aurais-je, sans mourir, contemplé le huitième. Sosie inexorable, ironique et fatal, Dégoûtant Phénix, fils et père de lui-même ? - Mais je tournai le dos au cortège infernal. Exaspéré comme un ivrogne qui voit double, Je rentrai, je fermai ma porte, épouvanté, Malade et morfondu, l'esprit fiévreux et trouble, Blessé par le mystère et par l'absurdité ! Vainement ma raison voulait prendre la barre ; La tempête en jouant déroutait ses efforts, Et mon âme dansait, dansait, vieille gabarre Sans mâts, sur une mer monstrueuse et sans bords !

  • 1h-Chateau du Taureau | Auluxecommunal

    LE CHATEAU DU TAUREAU La geole de Blanqui au chateau du Taureau, en baie de Morlaix. C'est là qu'il écrivit "L'éternité par les astres" La prison depuis la fenêtre de la geôle de Blanqui Le 31 octobre 1870, a lieu à Paris une émeute contre le gouvernement qui capitule face à la Prusse. Flourens, Blanqui et d’autres prennent l’Hôtel de Ville, pour quelques heures seulement. Vallès prend le pouvoir à la mairie du dix-neuvième. Le 17 mars 1871, la veille de la Commune, Blanqui est arrêté chez sa nièce à Figeac pour sa participation à l'émeute, et est emprisonné au secret à Cahors. Il sera transféré au fort du Taureau en baie de Morlaix, où il restera du 24 mai au 12 novembre 1871, puis à Versailles, avant de passer devant un Conseil de guerre les 15 et 16 février 1872 comme « inspirateur » de la Commune ! Sa mauvaise santé lui évitera la déportation en Nouvelle-Calédonie. Il a passé, au total trente-six années de sa vie en prison. Marx écrivait de lui : « Le véritable meurtrier de l'archevêque Darboy, c'est Thiers. La Commune, à maintes reprises, avait offert d'échanger l'archevêque et tout un tas de prêtres par-dessus le marché, contre le seul Blanqui, alors aux mains de Thiers. Thiers refusa obstinément. Il savait qu'avec Blanqui, il donnerait une tête à la Commune ». La Guerre civile en France (la commune de Paris) , 1871, éd. Fayard/Mille et une nuits, 2007. Blanqui par Ernest Appert

  • 1e-Debeurdinoir | Auluxecommunal

    LE DÉBEURDINOIR Un beurdin (ou bredin), en Berry, est un simple d'esprit. Un débeurdinoir (ou débreudinoir) est un sarcophage qui permet, lorsqu'on introduit la tête à l'endroit prévu à cet effet, de débeurdiner un beurdin. Ce débeurdinoir spécifique est conçu pour les héritiers des versaillais qui persévèrent dans leurs entreprises de diffamation de la Commune, malgré l'histoire qui est passée par là. Il reste à intégrer les effets spéciaux de l'opération de débeurdinage qui devront, pour remplir leur mission, être spectaculaires. Descente vers le débeurdinoir sous l'estrade du café Débeurdinoir de St Menoux >>

  • 1g-Discussion Delescluze/Paysan | Auluxecommunal

    RENCONTRE ENTRE CHARLES DELESCLUZE, MEMBRE DE LA COMMUNE, ET UN PAYSAN DU BERRY MONTÉ À PARIS par Jean ANNEQUIN Nous sommes le 29 mars 1871. Le Conseil général de la Commune a été élu la veille. Charles Delescluze, élu de la Commune, est au comptoir, habillé façon petite bourgeoisie : c’est un vétéran de 1848, déporté à Cayenne, un vrai et solide républicain. Arrive notre paysan du Berry, conseiller municipal à Baraize, commune du sud de l’Indre, Un échange entre deux mondes qui ne se connaissent pas commence. Paysan : « J’arrive du Berry, je viens de faire des kilomètres à pied et en patache : je cherche à rencontrer un élu de la Commune de Paris. Delescluze : J’en suis un et bien surpris de votre venue. Il me semble que vos campagnes ne savent pas voter. En mai 1870, vous avez plébiscité Napoléon III et en février dernier, vous les ruraux, vous avez fait élire une assemblée de monarchistes : voulez-vous revenir à l’Ancien Régime, reprendre vos corvées et reverser vos droits féodaux ? P : Vous allez bien vite dans vos conclusions Monsieur l’élu. Vous savez que l’instruction manque terriblement dans nos campagnes et que durant les dix-huit années de Second empire autoritaire, nous n’avons guère vu de vrais républicains faire propagande chez nous. Contrairement à l’année 1849 où mes parents ont vu les démocs-socs se rendre dans le pays rural ; et aux élections qui ont suivi, le résultat dans nombre d’endroits leur a été favorable comme le Cher. Il y a encore trois ans, plusieurs petites communes rurales ont bougé par peur du retour du roi. Alors pour le plébiscite, la question n’était point évidente et les consignes de vote étaient bien différentes. Et puis chez nous, savez-vous qui dirige ? de gros propriétaires ou notables. Quant à l’élection de l’assemblée, la question était simple pour nous qui ne comprenions pas la situation du pays : la paix ? la guerre ? et c’était encore les anciens privilégiés qui incitaient à ne pas continuer la guerre. D : Mais les villes ont su voter comme il faut, et puis avec vos traditions, votre respect pour l’autorité… P : Mais il y a province et province et notre province rurale a aussi bien des différences. Nous, en Berry, on est bien isolés, sans vraie communication : pourtant notre monde rural a la plus grande étendue et la population la plus nombreuse avec beaucoup de paysans, mais la plupart sont des petits propriétaires peinant à exister et avec tant de journaliers misérables. Ce n’est pas la province urbaine, ses grandes villes et ses cités industrielles avec leurs ouvriers des mines et fabriques. Chez nous, nos travailleurs manuels, ce sont des petits artisans ruraux, ça il faut le savoir. Nos traditions ? mais ne savez-vous point que dans certaines régions nos communautés d’habitants autour de nos femmes paysannes vivent souvent collectivement, sont solidaires et partagent les biens communaux. Par chez nous, c’est moins vrai car on a été moins habitué : mais nous connaissez-vous ? et nous on aime aussi notre indépendance contre le poids des autorités et des impôts. Et puis peu savent lire et on n’est pas informé ; dans mon département il y a si peu d’élites éclairées et certaines de celles de 48 sont devenues réactionnaires : George Sand s’en prend sans cesse et violemment à la Commune ! D : Vous êtes trop croyants ! P : Faciles pour vous : vous possédez une ville qui vous a été abandonnée, où il n’y a pas de troupes, de gendarmerie, de fortes personnalités réactionnaires alors que dans nos campagnes nous sommes sous le poids du préfet et des sous-préfets, des propriétaires manufacturiers et terriens, de journaux réactionnaires, d’une garde nationale bourgeoise, de la gendarmerie, de troupes de garnison, du curé qui prêche contre celles et ceux qui n’obéissent pas aux règles de la religion: les nouvelles, elles nous viennent de tous ces gens-là avec l’Echo de l’Indre qui ne jure que par l’ordre , et pourtant nous commençons à nous républicaniser mais votre aide n’est jamais venue. D : Paris a toujours donné l’exemple comme en 1789, en 1830 ou en 1848 alors que j’étais commissaire du gouvernement provisoire. Nous avons fait les révolutions mais déjà la province montrait bien de la timidité. P : Vous connaissez bien mal votre histoire : toutes vos révolutions urbaines ont vu la paysannerie les préparer par des révoltes. Avant la Grande Révolution de1789, les jacqueries dans les campagnes se sont succédées durant des décennies ébranlant la royauté. Et puis les soldats qui ont fraternisé le 18 mars au petit matin à Montmartre, c’était des gars de nos campagnes qui n’ont pas tiré sur le peuple. D : Il est vrai mais les ruraux se laissent trop facilement convaincre du danger des militants révolutionnaires : tenez en juin 1848, ce sont les mobiles provinciaux qui ont tiré sur les ouvriers… P : Vous savez bien comment ils avaient été embrigadés et combien l’instruction avait déjà bien du retard en province. Vous oubliez aussi trop vite qu’au coup d’état de 1851, c’est la province qui s’est opposée, vos ouvriers se rappelant la trahison des bourgeois en 1848. Nous nous sommes politisés en 1848 et dans nos conseils municipaux il y a déjà de petites gens qui y sont entrés : cultivateurs, vignerons, artisans. Et puis nous avons bougé juste avant la chute de l’Empire : nous étions présents dans les contestations mais là aussi vous n’étiez point à notre écoute. Ce sont les gros propriétaires qui ont cherché et réussi en partie à nous faire rentrer dans le rang en créant une première société d’agriculteurs dominée bien sûr par les anciens nobles. Ah, ce n’était point facile comme je l’ai dit. D : Mais vos conseils municipaux, parlons-en avec toutes leurs adresses soutenant le soi-disant gouvernement de Versailles après le 18 mars et dénonçant le désordre et l’anarchie ! P : Savez-vous comment ces adresses se sont faites ? sur ordre du préfet, à partir des télégrammes versaillais qui nous ont désinformé : lisez ces adresses, quasi toutes les mêmes réalisées sans la plupart des conseillers. Les anciens aristocrates ou hommes de loi ont le pouvoir par chez nous. Et bien, malgré tout, la bonne ville républicaine d’Issoudun n’a point mis à l’ordre du jour l’adresse : l’adjoint Lecherbonnier, propriétaire vigneron et franc-maçon, a sacrément bien défendu cette position, même qu’il a fait une réponse très maline à un aristocrate de la ville dans l’Echo des Marchés. Celle de Châteauroux pourtant dirigée par le grand industriel, maire et député Balsan, n’a pas voté d’adresse : le fils de notre vigneron maire en 1848, Joseph Patureau-Francoeur, vigneron aussi, est même intervenu en séance pour dénoncer Thiers. Voilà ce qu’il a dit, j’ai gardé son texte: « Il rappelle que n’étant aucunement partisan de Mr Thiers et ayant voté ni pour lui ni pour ceux l’ayant élevé au pouvoir il ne pourrait admettre ni l’envoi d’une adresse au gouvernement de Versailles, ni la proposition d’une démarche du conseil municipal près Mr le Préfet, démarche ayant pour but de le féliciter de sa proclamation relative au maintien de l’ordre, attendu que l’ordre n’a jamais été troublé par les habitants de Châteauroux et qu’un appel de cette nature était une insulte à la démocratie de la localité. »… ce n’est pas rien ! et dans ma commune, avec mon voisin , cultivateur, je n’ai point signé l’adresse. D : Il est vrai, j’apprends des choses que nous ne savions pas. J’ai beaucoup à faire. Si nous pouvions nous revoir. P : Moi aussi, je dois rentrer dans mon village, les travaux des champs m’attendent. Mais je reviendrai fin avril, un commerçant de chez nous qui fait affaire ici pourra me ramener. A bientôt. (Les deux hommes se retrouvent le 25 avril, la Commune a pris certains décrets alors que la guerre Paris-Versailles a débuté le 2 avril) D : Ah vous voilà, bien heureux d’avoir des nouvelles de la province dont les grandes villes ont échoué à faire Commune pour nous soutenir ; quant aux campagnes, elles ne bougent toujours pas. P : A nouveau vous regardez notre situation avec des yeux de parisien dans votre République municipale. A côté de nombre d’habitants qui n’arrivent pas à tout saisir, touchés par la misère et qui sont soumis à leurs maîtres, les plus avertis d’entre nous soutiennent l’idée de République qui fait petit à petit consensus ainsi que nos libertés municipales. Nos conseils sont dirigés par les préfets et sous-préfets, la garde nationale quand elle existe est composée de nos bourgeois pas très ouverts. Et puis il y a Versailles qui représente quelque part une légalité qui gêne nos républicains locaux et nos espaces ruraux forment à eux seuls une Province qui n’est pas unie. Nous avons appris votre décret de séparation de l’Eglise et de l’Etat : difficile de voir un vrai acte profitable à tout le monde. Il faut savoir que chez nous la religiosité populaire est très importante sans forcément d’excès surtout que nos croyances anciennes restent : mais on nous parle de « rouges » qui veulent tout prendre et nos curés nous font payer plus chers les offices à cause de la Commune ! D : Vous avez vu les mesures sociales pour les ouvriers, l’ouverture des musées : une nouvelle ère va commencer, la province doit suivre ! P : Bien sûr que c’est important : moi je sais lire et écrire, je comprends mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Votre révolution sociale est faite pour les ouvriers mais comment voulez-vous que nos habitants et habitantes s’y retrouvent. D’abord nos artisans, nos travailleurs manuels ruraux ne sont pas les mêmes que vos ouvriers parisiens organisés et encadrés : ils souffrent bien sûr tous autant mais pour qu’ils s’unissent il faut penser à eux. Dans tous vos décrets et votre déclaration du 19 avril que je viens de parcourir, rien sur les revendications des campagnes. J’ai vu que ce sont vos journaux parisiens qui en parlent.et qui proposent des mesures pour nous : la suppression de la grande propriété foncière, l’institution d’un crédit populaire agricole, et même la fin du système de majoraté. C’est déjà un début mais il faudrait nous entendre aussi. D : Nous pensions que nos décisions entraîneraient l’adhésion mais il est vrai aussi que nous avons beaucoup de préjugés sur les campagnes et que nous sommes toujours sur l’idée que Paris fait les Révolutions. J’ai fait une déclaration « Au peuple des campagnes »… P :Je l’ai lu, vous partiez d’un bon sentiment mais à nouveau rien sur pour les ruraux. Savez-vous que dans mon Bas-Berry les communautés d’habitants, et dans de petits hameaux, ont encore réclamé il y a quelque temps de garder des terres collectives : je crois bien que vous avez aussi l’idée de récupérer les ateliers et fabriques. Et puis savez-vous que beaucoup de nos communes - pas toutes car il y a des maires très bigots et des curés très influents - essaient d’avoir leurs propres écoles communales dirigées par des instituteurs et institutrices ; même qu’elles ont aussi mis en place des cours d’adultes. Oh, c’est pas vrai partout et il y a bien des réticences mais rappelez-vous qu’il y a grande misère : je crois bien que pour la Commune l’instruction laïque c’est bien important. On aurait pu se retrouver ensemble sur ces affaires. Et pourtant, malgré tout, dans nos campagnes aucun volontaire n’a répondu à ‘appel de Versailles pour vous combattre : ce que je disais, nous ne sommes pas contre Paris mais Paris ne sait pas s’allier les campagnes par méconnaissance et suffisance D : Vous exagérez ! P : Point du tout ! Par contre les femmes de la Commune nous ont compris. J’ai appris en partant de chez moi que le préfet demandait aux maires de surveiller les aérostats qui pourraient déverser à la population un « brûlot social » qu’il disait. J’ai su que c’était un appel aux travailleurs des campagnes de Madame Léo : je l’ai lu, voilà un texte qui va parler aux paysans. Elle met sur un même pied le journalier agricole et l’ouvrier urbain, tous deux exploités, et puis elle parle au paysan en le respectant et en le considérant aussi capable que l’ouvrier ; la fin est bien belle : « La Terre au paysan, l’outil à l’ouvrier, le travail pour tous », ça on veut bien. Cette grande Dame parle même d’un soulèvement vu que dans notre région il y a des petits propriétaires qui souffrent et des salariés agricoles sans terre : hélas j’ai bien peur qu’à nouveau cet appel ne puisse arriver chez nous. D : Oui, les femmes de notre Commune sont merveilleuses mais vous savez, nous avons aussi des difficultés à dépasser notre misogynie. Mais la fin des privilèges, des dépenses exorbitantes de traitements c’est quelque chose que vous demandiez ? P : Bien sûr, nous on n’aime pas les oisifs et les fastes, c’est pas pour rien si en 89 on a brûlé les châteaux ! mais un vrai programme de votre assemblée pour nous les ruraux, il n’y en pas. Pourtant vous avez vu que le soutien à la Commune est vrai dans de nombreux endroits, des petites communes et donc avec des paysans…et pas loin de mes terres. On est inquiet de la réaction anti républicaine mais on comprend mal les révoltes urbaines : on n’est pas vraiment sûrs ensemble et tout votre retard pris à cause de vos préjugés contre les ruraux ne peut se rattraper. Vous voyez tout d’en haut sans rien connaître de chez nous, nos villages, nos hameaux, Vous n’avez envoyé des émissaires que dans les grandes villes et sans bien de réussite. Et pourtant vos gardes nationaux, ce sont tous des provinciaux avec une énorme quantité de nos maçons ; la province est bien là, même qu’à Paris nos natifs se sont groupés dans une grande alliance pour soutenir la Commune. J’en ai croisé qui veulent faire propagande dans leurs villages. D : Je sais et c’est très important pour nous. Pour les émissaires, nous avons besoin de tout le monde à Paris, nous n’avons pu le faire, on a essayé d’envoyer des journaux mais c’est vrai que nous avons privilégié les villes. L’histoire nous reprochera certainement cette absence… P : Je vais voir Paris et retrouver quelques « pays ». D : A très vite Ami paysan ! (Nous sommes en mai, la rencontre a lieu après les élections municipales) D : Le courant républicain a gagné les élections municipales dans les grandes villes mais aussi les petites villes ; à Châteauroux le Journal Officiel annonce la défaite de Balsan, le député ! P : Je viens d’avoir, d’un ami sûr, les résultats des élections municipales : je comprends votre réaction mais il faut connaître la réalité. Dans ma campagne, le vote républicain est certain comme à Issoudun et dans de nombreuses communes les conseillers ouverts et d’esprit républicains sont passés. Je suis moi-même réélu mais Balsan n’est pas battu ; par contre Paturaud-Francoeur repasse avec ses amis républicains : ça c’est bien. Dans nos campagnes, il y a toujours eu un consensus communautaire qui protège les intérêts communs de nos villes et villages : c’est ce qui se passe et l’idée républicaine se développe même chez certains conservateurs. Et puis on voit dans nos conseils de nouvelles têtes : des travailleurs manuels et des paysans ont pris de la place. Dans mon village il y en a plusieurs et mon ami Charles, cultivateur, est devenu maire. Oh, ils sont pas tous vraiment républicains mais ils subissent des influences. D : Alors qu’attendez-vous pour vous soulever ? P : A nouveau vous prenez vos rêves pour des réalités. Votre Journal Officiel a tort de donner de fausses nouvelles. Nos conseils sont sensibilisés mais restent attentistes. Je vous l’ai dit, ils ne sont pas contre Paris. On me dit qu’en plusieurs endroits on recherche la conciliation mais Thiers ne veut pas en entendre parler. Même qu’il a interdit un congrès des maires à Bordeaux. D : J’apprécie ce que vous m’apprenez mais le temps presse, la fin de la Commune se rapproche, nous nous sommes trompés en pensant triompher seuls reprenant à l’identique nos comportements d’avant. P : Et nous, nous n’avons pas bien su ouvrir les esprits dans les campagnes mais nous étions bien mal soutenus. D : Oui, pour faire Révolution, il faut l’appui de tout le monde. P : Je suis sûr que les paysans se retrouveront un jour dans une révolution au côté des ouvriers. D : Adieu ami paysan, tu m’as appris beaucoup, mais mon temps est passé, j’ai semé comme j’ai pu, je peux m’en aller. P : Bien l’aurevoir monsieur de la Commune. Ton sincère enthousiasme révolutionnaire m’a touché. Je rejoins ma campagne pour l’aider à s’éveiller complètement. » Charles Deslecluze, détruit moralement par la chute de la Commune, frappé de vieillesse et de désespoir, ira canne à la main le 25 mai de la Semaine Sanglante, se faire tuer en montant sur la barricade du Château d’eau. Notre ami paysan retournera dans son village et transmettra à sa descendance ses souvenirs, trop âgé pour voir, 46 ans après la Commune, une révolution alliant paysans et ouvriers aboutir.

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    LES 7 GEÔLES D'AUGUSTE BLANQUI De la trappe du Kinetoscope descend une échelle qui mène vers les geôles de Blanqui. Obstruction : un fort vent ascendant fait remonter le visiteur vers la trappe, l'empêchant d'accé-der aux étages inférieurs. Un indice lui permettra de faire tomber le vent. Les geôles sont modélisées d'après le château du Taureau, en baie de Morlaix, utilisé comme prison depuis 1721. Auguste Blanqui, le dernier prisonnier, y fut enfermé pendant la Commune. Arrêté le 17 mars 1871, la veille des événements, Marx disait qu'il était la tête qui avait manqué à la Commune. Blanqui écrivit "L'éternité par les astres" pendant son incarcération au château du Taureau. Il tente d'y démontrer la répétition incessante de l'univers qui, pourvu d'un nombre limité de corps simples sur notre planète, est condamné à les répéter à l'infini pour peupler son infini et son éternité. Walter Benjamin écrivit sur le texte de Blanqui, et le mit en relation avec un poème de Baudelaire : "Les sept vieillards" . Sept geôles pour sept Blanquis, qui vont chacun lire un extrait de "L'éternité par les astres" Blanqui boutons "L'ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES" >> LE CHÂTEAU DU TAUREAU >> BLANQUI ET "L'ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES" >> LES 7 VIEILLARDS >> Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué. Frapper d'impôts le nécessaire, c'est voler ; frapper d'impôts le superflu, c'est restituer. Extrait de la défense d’Auguste Blanqui en Cour d’Assises, 1832 Ancre Baudelaire La dernière plateforme permettra au visiteur, suivi de Blanqui, de sauter sur un radeau, et de s'évader. Installé au gouvernail, le visiteur, sera guidé par les astres des hypothèses blanquistes, qui s'allumeront les uns après les autres. Ils seront conduits jusqu'à l'île du 18 mars, où Blanqui pourra participer à la Commune.

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