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BIBLIOGRAPHIE (sélection) ANBENSOUR Miguel et PELOSSE Valentin, "Libérer l'enfermé" - Auguste Blanqui", Sens&Tonka, 2014 BALDICK Robert, « Le siège de Paris », Presses de la Cité, 1965 BOUCHERON Patrick, « Conjurer la peur, essai sur la force politique des images », éd. du Seuil, Points, 2013 BRESILLON Jean-Pierre, « Le père Leleu, troglodyte, de La Commune aux grottes d’Arcy », éditions de Civry, collection l’œil écorché, 1981 BRUHAT Jean, DAUTRY Jean, TERSEN Emile, « La commune de 1871 », éditions sociales, 1960 CERF Marcel, Zwirn Jacques, « L’architecte et la Commune - Les dessins d’Hector Horeau », éditions de l’espace européen, 1991 CORDILLOT Michel, "La Commune de Paris 1871 - Les acteurs, l'événement, les lieux, Les éditions de l'atelier, 2021 CRAWFORD Matthew, « Eloge du carburateur – essai sur le sens et la valeur du travail », éd. 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(sous la direction de), - « L’album du Familistère », Familistère de Guise, éditions du Familistère, 2017 - « Lettres du Familistère », Familistère de Guise, éditions du Familistère, 2008 PELATAN Jean et Marie-Thérèse, TOURNIER Odette, « Moi, Pierre-Philippe, évadé », 2011 PÉRIDIER Jean, « La Commune et les artistes - Pottier, Courbet, Valles, J.B. Clément », Nouvelles éditions latines, 1980. PETITFILS Jean-Christian, « Le vie quotidienne des communautés utopistes au XIXème siècle », Hachette 1982 PIERRE Michel, « Le dernier exil - Histoire des bagnes et des forçats », éditions Découverte Gallimard, 1989 QUINQUIS Benoit, « Les pontons, prisons flottantes en rade de Brest », Les cahiers de l'Iroise, Hors série n°7, 2019, p179 RÉAU Louis, « Histoire du vandalisme », Paris, Robert Laffont, 1994 RÉTAT Claude, « Art vaincra ! Louise Michel, l’artiste en révolution et le dégout du politique », éditions Bleu autour, 2019 RIFKIN Adrian, « Communards and Other Cultural Histories » ROBERT Jean-Louis, « Nouvelle Histoire de la Commune de Paris-1871 » , L'Arbre Bleu éditeur, 2023 (trois volumes) ROSS Kristin - « L’imaginaire de la Commune », éditions La Fabrique, 2015 - « Rimbaud : la Commune de Paris et l’invention de l’histoire spatiale », éditions Les prairies ordinaires, 2020 - La forme-Commune / la lutte comme manière d'habiter" La Fabrique, 2023 ROUGERIE Jacques : « La Commune et les Communards », Folio Histoire, 2018 SANCHEZ Gonzalo, « Organizing Independance - The Artists Federation of the Paris Commune and Its Legacy, 1871–1889 ». University of Nebraska Press, 1997 SÉE Geneviève D., « Aujourd’hui Paris ou les 133 jours du siège, 1870-1871, par ceux qui les ont vécus », éditions les 7 vents, 1988 SERMAN William, « La Commune de Paris 1871 », Ed. Fayard, 1986. SORIA Georges, « Grande histoire de la Commune », 5 tomes, Robert Laffont, 1970 THOMAS Edit, "Les pétroleuses", Gallimard 2021 TILLIER Bertrand, « La Commune de Paris, révolution sans images ? Politique et représentations dans la France républicaine, 1971-1914 », Champs Vallon, 2004 TOMBS Robert, « La guerre contre Paris – 1871, l'armée met fin à la Commune », éd. Champs Histoire, 2021 VALLES Jules, « L’insurgé », Editeurs français réunis, 1950 VINCENT Jean-Didier, « Elysée Reclus, géographe, anarchiste, écologiste », éditions Robert Laffont, 2010 VUILLAUME Maxime, « Mes cahiers rouges au temps de la Commune », Le club français du livre, 1953. WRIGHT Erik Olin, « Utopies réelles », éd. La découverte, 2017 - « La Commune », Collection photo poche, Nathan, 1998 - « La commune en images 1871 », éditions François Maspero 1982. - « La chute de la colonne Vendôme - 16 mai 1871 », éditions du ravin bleu, 2015 LA VILLE BENJAMIN Walter, « Paris, capitale du XIXème siècle », Ed. du Cerf, paris, 1989, CABANTOU Alain, « Mythologies urbaines : les villes entre histoire et imaginaire », Presses universitaires de Rennes, 2015 HAZAN Eric, « L’invention de Paris », Points, 2004 LEFÈBVRE Henri, « La révolution urbaine » (Droit à la ville opposé à l’urbanisme et à l’emprise commerciale) COURBET Catalogue Musée D’orsay, « Courbet et la Commune », réunion des musées nationaux, 2000 Catalogue de l’exposition de la saline royale d’Arc et Senan, Courbet, Proudhon, édition du Sekoya, 2010 FOUCART Bruno, « Courbet », Flammarion, 1977 MASANÈS Fabrice, « Courbet, 1819-1877, le dernier des romantiques », Taschen, 2006 Musée départemental - Maison natale Gustave Courbet à Ornans, « Ornans à l’enterrement, tableau historique de figures humaines », 1981 Musée Gustave Courbet, « Le retour de la conférence - un tableau disparu », édition du Sekoya, 2015 TEN-DOESSCHATE-CHU Pétra, « Correspondances de Courbet », Flammarion, 1996 FICTIONS DAENINCKX Didier, - « Le banquet des affamés », éd. Gallimard, Folio, 2012 - « 12, rue Meckert », éd. Gallimard, Folio, 2001 LE CORRE Hervé - L'Homme aux lèvres de saphir, Rivages/Noir , 2004 - Dans l'ombre du brasier, Rivages/Noir, 2019 MEYSSAN Raphaël, « Les damnés de la Commune », éditions Delcourt, 2017 SITES GALLICA : https://gallica.bnf.fr AUDIN Michèle : https://macommunedeparis.com/ LE MAITRON : dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvemement social. https://maitron.fr/ LES AMI.E.S DE LA COMMUNE DE PARIS : https://www.commune1871.org/
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Luxe Communal - Les projets de la Commune de Paris (1871) - réalisés ou non, durablement ou non, les inventions de ses protagonistes, les projets-héritiers qui peuvent en être extrapolés - sont accueillis dans le café de Napoléon Gaillard. LE LUXE CO MMUNAL SER A UNE PLATEFORME INTERACTIVE EN 3D. LE PRÉSENT SITE EST SO N STORYBO ARD . UNE HISTOIRE POLARISÉE Le Luxe Communal explore les projets sociaux, politiques, culturels de la Commune de Paris : les projets réalisés, les projets non-réalisés (auxquels on proposera une forme), les projets-héritiers qui en sont extrapolés ; mais aussi ses inventions, ses imaginaires d'hier et d'aujourd'hui, et les récits contradictoires qui en ont été faits. Car l’héritage historique de la Commune est un territoire de tensions, peuplé de rêves et de cauchemars. Une forte polarisation s'exerce qui pose, d’un côté la Fédération des artistes et les positions communardes de Courbet, Michel, Pottier, Rimbaud, Vallès ; de l’autre, un rejet viscéral porté par des figures comme Daudet, Du Camp, Flaubert, Gauthier, Sand qui révèlent la violence de leur critique par l'usage d'un véritable « bestiaire » animalier et pathologique*. A cet héritage à charge s'ajoute ceux des deux Appert : Félix Antoine, général de corps d'armée et Ernest, photographe, qui mettront leurs compétences, militaire (jugement des Communards à Versailles) et artistique (invention du photomontage), à disposition d’une réécriture versaillaise de l'histoire. Récit contre récit, image contre image, le projet met en perspective ces conflits, jusqu'à la bataille finale qui générera les constellations de la Commune. * Paul, LIDZKY « Les écrivains contre la Commune », Maspero, 1982 Gustave Courbet Teaser Maxime Du Camp ARCHITECTURE PARADOXALE « Le Luxe Communal » propose un double mouvement : un accès documentaire immédiat aux archives ou une odyssée ludique au cœur d’un espace « élastique » qui se déploie au rythme de la progression. Mais le bâtiment résiste : à chaque étage, l'architecture dresse des obstructions que seule une enquête minutieuse permet de lever. En transformant les indices historiques disséminés en clés d'action, le.la joueur.se force le passage et poursuit son parcours. Le bâtiment (estaminet, épicerie, cordonnerie, cinémas, cabaret, bibliothèque, musées, geôles, hune, barge, radeau...) est un organisme vivant, sujet à des cycles de dégradation et de régénération, où la progression ludique sert de moteur à une réflexion sur les bifurcations de l'histoire et les utopies sociales. Théophile Gauthier Jules Vallès PUBLICS ET USAGES Le Luxe Communal s’adresse aussi bien aux chercheur.se.s et enseignant.e.s (archives iconographiques et textuelles) qu’aux jeunes publics familiers des immersions numériques (chaines d'histoire, jeux en ligne). Dès l’entrée, le.la visiteur.se choisit d’activer ou non la dimension ludique. Plongé au cœur de récits polarisés et d'archives contradictoires, le visiteur devient acteur de l'histoire. Il ne se contente plus de contempler le passé, il l'impacte : en résolvant des énigmes uchroniques, il orchestre l’évasion de Blanqui ou désimpérialise la place Vendôme selon les utopies de William Morris. Ce labyrinthe hétérotopique — qui a ce pouvoir, selon Michel Foucault, "de juxtaposer en un seul lieu réel plusieurs espaces incompatibles"*, plus vaste à l’intérieur qu’à l’extérieur, ancré simultanément sur terre, sur mer et dans le ciel — se métamorphose sous ses yeux, faisant de chaque étape une transition mouvante entre l'histoire vécue et les horizons du possible. A terme, chacun pourra déposer ses projets extrapolés sur le site et des ateliers seront proposés dans ce sens. * "Des espaces autres", 1967 George Sand Napoléon Gaillard LE GUIDE : NAPOLÉON GAILLARD Au cœur de ce dédale architectural se trouve l'ombre tutélaire de Napoléon Gaillard, patron de l’estaminet. L'ancien chef des barricades assure la fonction de guide narratif et de médiateur, accompagne la progression, aide le.la joueur.se à décrypter les indices et fournit les clés contextuelles nécessaires à lever les résistances du bâtiment. En tant que « gardien des mémoires », il orchestre le passage entre les strates documentaires et les bifurcations uchroniques, garantissant la fluidité de l'expérience sans jamais ôter au visiteur sa liberté d'acteur. Louise Michel FICTIONS ET POUVOIRS Roman national - Histoire(s) - Propagande. Satire - Caricature - Mensonge - Fabulation - Calomnie - Camouflage - Déréalisation - Mythe - Substitution - Falsification - Utopie - Dystopie - Uchronie. La fiction irrigue la construction de l'histoire. La dimension passionnelle attachée à la Commune polarise et radicalise les récits, créant un tressage narratif où les récits s’affrontent "sabre au clair", s’escamotent les uns les autres, s’entre-sabordent. Les propositions contrefactuelles (l'histoire avec des «si») permettent de se hausser sur les épaules de la Commune avec les yeux de ses imaginaires, autorisant de nouveaux outils à la construction du projet. Comme le soulignait Michel Foucault, "tout pouvoir est un pouvoir de mise en récit" : le projet interroge autant la manière dont la Commune nous a été contée que la façon dont nous entendons, à notre tour, la raconter. L'ÉQUIPE (dans l'ordre d'apparition) Christiane Carlut, conception et pré-maquette 3D - Artiste, enseignante en histoire de l'art et video aux beaux arts de Nantes de 1989 à 2020. Yannick Parra-Cabrolié, images numériques du projet, intégration sous le moteur Unreal Engine - Futuroscope, musée Grévin, Musée du Vaudou Porto-Novo, d'Abomey et de Ouidah au Bénin, Musées de Lyon... Agence Les crayons. Nicolas Lainé-Soulier, producteur du projet - Ancien d’Ubisoft, conception et production 3D temps réel, gestion d’équipe. Olivier Montoro, animations, cinétiques du projet - Artiste, réalisateur et producteur télévision et cinéma. A créé "Toutes les télés du monde" pour Arte, réalisé "Bref" et "Gaza Sdérot" pour Canal+, réalisé et produit 3 clips musicaux pour la chanteuse Camille. Natalya Buryka, co-scénarisation, dessins du projet, brain storming - Historienne (ENS Cachan/Paris-Saclay), médiatrice culturelle et scientifique trilingue (public history, Université Paris-Est Créteil), dessinatrice. Alexandre Elazazi, animation des personnages, intégration sous le moteur Unreal Engine - Concepteur en images numériques. Gustave Flaubert on rencontrera : des protagonistes de la Commune et des Versaillais en embuscade ; on découvrira : la polarisation des récits (contradictoires, factuels / fabulateurs), les principales mesures de la Commune, ses faits divers, son Journal Officiel ; on traversera : des chambres à transformations (uchronies, Communes d’ailleurs, bestiaire de l’ennemi, du Luxe Communal), des cinémas, des musées (des copies, de Paris-brûlé, des inventions, de la photographie, des barricades, des pétroleuses...), des cafés, un cabaret, des bibliothèques, un débeurdinoir, un atelier de chaussurier, un panoptique, des jardins utopiques et dystopiques ; on apercevra : des continents qui dérivent, une bataille céleste, des Communes d’ailleurs, le vaisseau vers la croisière des continents communards ; on constatera : l’essor de la photographie, l'invention du photo-montage par un Appert et la falsification de l'histoire par l’autre, le bestiaire-véhicules de Fourier et la puissance de son archi-bras ; on empruntera : un pyroscaphe, une barge, une coquille de noix à aube, une anti-baleine et un anti-lion de Fourier (ventre à terre), des chaussures en gutta-percha à propulsion aléatoire ; on admirera : un globe-terrestre de Reclus, une Grue de la paix de Courbet, une statue de Thiers en cours de régénération, les projets de remplacement de la colonne-Vendôme, une sculpture de Carpeaux en plein vol, le Chateau-Gaillard de la Concorde ; on essuiera : des distorsions spatiales et temporelles, des obstructions climatiques : vents ascendants, averses de bibliothèque, brouillards spectraux, corrosion architecturale ; on écoutera : la musique du "Clavier d'Outre-Rêve" de Louise Michel, des querelles de comptoir, le rire du Magicien de Versailles, la chanson de la Semaine sanglante et autres récits sonores. On suivra : les fils rouges des parcours dans l'onglet "PLAN DU SITE".
- 3 - L'HISTOIRE CONTREFACTUELLE OU UCHRONIE
Elle émerge au milieu du XIXème siècle avec l’essor du roman et l’intérêt croissant pour l’histoire. Il s’agit d’une « œuvre de fiction qui part de l’histoire telle qu’elle s’est déroulée pour présenter une histoire alternative à partir d’un point de bifurcation 1». Elle a un « caractère ludique, ironique, distancié ». La révolution française, selon l’historien François Hartog2 constitue précisément un point historique de bifurcation temporelle3 qui voit le rapport privilégié au passé de la population s’inverser et s’orienter en direction d’un futur marqué par la possibilité d’une modification du cours de l’histoire et de l’idée de progrès. Aujourd’hui, par contre : ...le raisonnement contrefactuel est favorisé [...] par une période d’incertitude traversée par la mondialisation, la fin supposée des grandes idéologies, la dissolution de l’idée de progrès, et une nouvelle obsession pour le présent (présentisme), une crise du futur avec difficulté de se projeter dans l’avenir. La période actuelle est caractérisée par la confusion croissante entre réel et fiction et un puissant désir d’autres horizons. Ce contexte est particulièrement propice aux expériences contrefactuelles4. Le premier auteur d’une « histoire alternative » est Louis Geoffroy qui publie en 1836 « Napoléon et la conquête du monde 1812-1832, histoire de la monarchie universelle », dans laquelle Napoléon soumet la Russie et la Grande-Bretagne, achève la conquête égyptienne, puis s’attaque à l’Asie pour finir empereur du monde. Charles Renouvier publie ensuite son « Uchronie » en 1857. Il « démontre le rôle de la liberté face au fatalisme historique, au déterminisme, au rôle de la Prédestination et de la Providence. Du point de vue méthodologique, l’Uchronie assume sa forme fictionnelle et ses ambitions philosophiques5 ». L’usage de la démarche contrefactuelle traverse les sciences sociales, l’histoire bien sûr, mais aussi les relations internationales, l’économie, l’art et la littérature. Tite Live, Blaise Pascal, Louis-Auguste Blanqui, William Morris, Max Weber, Winston Churchill, Fernand Braudel, Pierre Bourdieu, Robert Vobel, Mona Ozouf, Jared Diamond en ont emprunté les outils, dans un sens scientifique ou littéraire. Max Weber avançait, dans ses « Essais sur la théorie de la science6 » en 1906, que seule l’analyse contrefactuelle peut conférer à l’histoire le statut d’une véritable science, en identifiant et en hiérarchisant les causes en histoire, et donc en mesurant la signification historique d’un événement. Il faut sélectionner une cause parmi une infinité d’autres, puis, pour prouver l’existence d’une relation causale entre la cause sélectionnée et les effets constatés par l’historien, le chercheur doit faire abstraction de cette cause ou bien la modifier. Cette expérience imaginaire doit pouvoir déterminer des « possibilités objectives » qui vont permettre de hiérarchiser les causes7. Fernand Braudel a également utilisé la méthode pour « mesurer l’impact des grands hommes et l‘importance des structures 8». Robert Vobel a appliqué au champ économique l’analyse contrefactuelle dans une étude sur l’importance du chemin du chemin de fer dans la croissance économique des USA au XIXème. En substituant au chemin de fer les canaux de navigation et en projetant des statistiques fictives, il a pu identifier avec certitude des facteurs de causalité et établir une équivalence de ce niveau de croissance. Cette approche s’est institutionnalisée dans la Cliométrie9. Dans le champ des relations internationales, la démarche contrefactuelle permet d’analyser les crises, en particulier les crises militaires qui permettent de définir des événements décisifs, sujets à la définition claire d’un avant et d’un après. La relation entre fiction et histoire est précisée par l’historien Carlo Ginzburg, qui rappelle que la connaissance historique est indirecte, indiciaire et conjecturale : - indirecte car l’historien n’a pas vécu l’époque qu’il étudie, et doit donc recourir à l’imagination ; - indiciaire, la connaissance historique l’est par définition : elle est trouée, incomplète, par trace, et fondée sur les archives. Ses conditions de production confèrent à cette discipline un statut flou, ambigu, entre la science et la littérature ; - conjecturale : le chercheur recourt à l’imagination pour formuler des hypothèses de travail10... Mona Ozouf, dans « Varenne », emprunte la méthode contrefactuelle pour tenter de se situer en dehors de la certitude que confère à l’historien la connaissance de la suite des événements. La posture téléologique qui consiste à expliquer un fait historique en fonction d’évènements postérieurs ou d’une finalité, donne l’impression que ce qui est advenu était inévitable. Le raisonnement contrefactuel permet d’y échapper. Cette analyse, dit Pierre Singaravelou, « permet de montrer que les processus sociaux ne sont pas univoques, que l’histoire est aussi l’opportunité de choix, d’opportunités plurielles. Le contrefactuel permet d’éprouver un devenir historique moins linéaire, plus irrégulier, il peut bousculer les continuités et les déterminismes trop lisses [...] et appréhender dans les archives les futurs craints, les futurs espérés du passé, pour saisir plus finement les moments d’ouverture des possibles : les révoltes, les révolutions»11. Pour Quentin Deluermoz et Pierre Singaravelou, l’histoire contrefactuelle peut rendre la parole aux perdants de l’histoire, « histoire souvent écrite par les vainqueurs et qui a tendance à écraser les potentialités ». « L’histoire ferme l’éventail des possibles à chaque instant » écrivait Bourdieu. Tous les possibles, pour Bourdieu, sont révoqués une fois pour toutes par l’histoire, et pire, deviennent impensables a posteriori. C’est peut-être le rôle du chercheur en sciences sociales de retrouver ces possibles du passé, de les documenter afin de restituer les luttes et les horizons de l’époque étudiée. On aborde ici la dimension politique de l’histoire contrefactuelle en rouvrant les potentialités du passé. Cette démarche peut permettre de libérer les possibles du futur et donc de réarmer notre capacité d’action dans le présent12. Ce que nous avions avancé plus haut comme présupposé du projet. _________________________________________________ 1 - Pour une histoire des possibles : analyses contrefactuelles et futurs non advenus, conférence de Pierre Singaravelou, Maison des sciences de l’homme, https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-WIoWiITV- c 2 - Régimes d'historicité - Présentisme et expériences du temps, Sciences humaines, Histoire, La Librairie du XXIème siècle, 2003 3 - Les éléments présentés ici sur la démarche contrefactuelle, sont tirés de Singaravelou et Deluermoz : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2012-3-page-70.htm et https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-wiowiitv-c 4 - Ibidem. 5 - Ibidem 6 - éd. Plon, 1965 7 - Pierre Singaravelou, ibidem. 8 - Ibidem 9 - Réconciliation de l'histoire et de la science économique. 10 - Singaravelou, Ibidem 11 - Ibidem 12 - Ibidem 3 - L'HISTOIRE CONTREFACTUELLE OU UCHRONIE Texte précédent Texte suivant Elle émerge au milieu du XIXème siècle avec l’essor du roman et l’intérêt croissant pour l’histoire. Il s’agit d’une « œuvre de fiction qui part de l’histoire telle qu’elle s’est déroulée pour présenter une histoire alternative à partir d’un point de bifurcation 1». Elle a un « caractère ludique, ironique, distancié ». La révolution française, selon l’historien François Hartog2 constitue précisément un point historique de bifurcation temporelle3 qui voit le rapport privilégié au passé de la population s’inverser et s’orienter en direction d’un futur marqué par la possibilité d’une modification du cours de l’histoire et de l’idée de progrès. Aujourd’hui, par contre : ...le raisonnement contrefactuel est favorisé [...] par une période d’incertitude traversée par la mondialisation, la fin supposée des grandes idéologies, la dissolution de l’idée de progrès, et une nouvelle obsession pour le présent (présentisme), une crise du futur avec difficulté de se projeter dans l’avenir. La période actuelle est caractérisée par la confusion croissante entre réel et fiction et un puissant désir d’autres horizons. Ce contexte est particulièrement propice aux expériences contrefactuelles4. Le premier auteur d’une « histoire alternative » est Louis Geoffroy qui publie en 1836 « Napoléon et la conquête du monde 1812-1832, histoire de la monarchie universelle », dans laquelle Napoléon soumet la Russie et la Grande-Bretagne, achève la conquête égyptienne, puis s’attaque à l’Asie pour finir empereur du monde. Charles Renouvier publie ensuite son « Uchronie » en 1857. Il « démontre le rôle de la liberté face au fatalisme historique, au déterminisme, au rôle de la Prédestination et de la Providence. Du point de vue méthodologique, l’Uchronie assume sa forme fictionnelle et ses ambitions philosophiques5 ». L’usage de la démarche contrefactuelle traverse les sciences sociales, l’histoire bien sûr, mais aussi les relations internationales, l’économie, l’art et la littérature. Tite Live, Blaise Pascal, Louis-Auguste Blanqui, William Morris, Max Weber, Winston Churchill, Fernand Braudel, Pierre Bourdieu, Robert Vobel, Mona Ozouf, Jared Diamond en ont emprunté les outils, dans un sens scientifique ou littéraire. Max Weber avançait, dans ses « Essais sur la théorie de la science6 » en 1906, que seule l’analyse contrefactuelle peut conférer à l’histoire le statut d’une véritable science, en identifiant et en hiérarchisant les causes en histoire, et donc en mesurant la signification historique d’un événement. Il faut sélectionner une cause parmi une infinité d’autres, puis, pour prouver l’existence d’une relation causale entre la cause sélectionnée et les effets constatés par l’historien, le chercheur doit faire abstraction de cette cause ou bien la modifier. Cette expérience imaginaire doit pouvoir déterminer des « possibilités objectives » qui vont permettre de hiérarchiser les causes7. Fernand Braudel a également utilisé la méthode pour « mesurer l’impact des grands hommes et l‘importance des structures 8». Robert Vobel a appliqué au champ économique l’analyse contrefactuelle dans une étude sur l’importance du chemin du chemin de fer dans la croissance économique des USA au XIXème. En substituant au chemin de fer les canaux de navigation et en projetant des statistiques fictives, il a pu identifier avec certitude des facteurs de causalité et établir une équivalence de ce niveau de croissance. Cette approche s’est institutionnalisée dans la Cliométrie9. Dans le champ des relations internationales, la démarche contrefactuelle permet d’analyser les crises, en particulier les crises militaires qui permettent de définir des événements décisifs, sujets à la définition claire d’un avant et d’un après. La relation entre fiction et histoire est précisée par l’historien Carlo Ginzburg, qui rappelle que la connaissance historique est indirecte, indiciaire et conjecturale : - indirecte car l’historien n’a pas vécu l’époque qu’il étudie, et doit donc recourir à l’imagination ; - indiciaire, la connaissance historique l’est par définition : elle est trouée, incomplète, par trace, et fondée sur les archives. Ses conditions de production confèrent à cette discipline un statut flou, ambigu, entre la science et la littérature ; - conjecturale : le chercheur recourt à l’imagination pour formuler des hypothèses de travail10... Mona Ozouf, dans « Varenne », emprunte la méthode contrefactuelle pour tenter de se situer en dehors de la certitude que confère à l’historien la connaissance de la suite des événements. La posture téléologique qui consiste à expliquer un fait historique en fonction d’évènements postérieurs ou d’une finalité, donne l’impression que ce qui est advenu était inévitable. Le raisonnement contrefactuel permet d’y échapper. Cette analyse, dit Pierre Singaravelou, « permet de montrer que les processus sociaux ne sont pas univoques, que l’histoire est aussi l’opportunité de choix, d’opportunités plurielles. Le contrefactuel permet d’éprouver un devenir historique moins linéaire, plus irrégulier, il peut bousculer les continuités et les déterminismes trop lisses [...] et appréhender dans les archives les futurs craints, les futurs espérés du passé, pour saisir plus finement les moments d’ouverture des possibles : les révoltes, les révolutions»11. Pour Quentin Deluermoz et Pierre Singaravelou, l’histoire contrefactuelle peut rendre la parole aux perdants de l’histoire, « histoire souvent écrite par les vainqueurs et qui a tendance à écraser les potentialités ». « L’histoire ferme l’éventail des possibles à chaque instant » écrivait Bourdieu. Tous les possibles, pour Bourdieu, sont révoqués une fois pour toutes par l’histoire, et pire, deviennent impensables a posteriori. C’est peut-être le rôle du chercheur en sciences sociales de retrouver ces possibles du passé, de les documenter afin de restituer les luttes et les horizons de l’époque étudiée. On aborde ici la dimension politique de l’histoire contrefactuelle en rouvrant les potentialités du passé. Cette démarche peut permettre de libérer les possibles du futur et donc de réarmer notre capacité d’action dans le présent12. Ce que nous avions avancé plus haut comme présupposé du projet. _________________________________________________ 1 - Pour une histoire des possibles : analyses contrefactuelles et futurs non advenus, conférence de Pierre Singaravelou, Maison des sciences de l’homme, https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-WIoWiITV- c 2 - Régimes d'historicité - Présentisme et expériences du temps, Sciences humaines, Histoire, La Librairie du XXIème siècle, 2003 3 - Les éléments présentés ici sur la démarche contrefactuelle, sont tirés de Singaravelou et Deluermoz : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2012-3-page-70.htm et https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-wiowiitv-c 4 - Ibidem. 5 - Ibidem 6 - éd. Plon, 1965 7 - Pierre Singaravelou, ibidem. 8 - Ibidem 9 - Réconciliation de l'histoire et de la science économique. 10 - Singaravelou, Ibidem 11 - Ibidem 12 - Ibidem Texte précédent Texte suivant
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Réalisation : Olivier Montoro / Musique Originale : Sylvain Neveu
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LA PÉNICHE DE HAUTE MER Au passage de la porte, le visiteur se retrouve sur le pont d'une péniche, au milieu de l'océan. Le café de Napoléon est sur la terre et sur l'eau. Une statue de Thiers est arrimée au ponton. Le café s'est transformé en cabaret. Thiers à Nou Cette colonne "constituerait un monument commun qui scellerait une paix définitive et remplacerait la colonne Vendôme". Courbet, in Lettres à l’armée allemande et aux artistes allemands. PROJET DÉPORTATION ET FONDAGE DE LA DERNIÈRE STATUE DE THIERS EXPOSÉE SUR UNE PLACE PUBLIQUE EN PERSPECTIVE DE SA TRANSFORMATION EN "COLONNE DES PEUPLES ET DE LA PAIX" PROJETÉE PAR COURBET. Statue de Thiers à Saint-Savin-sur-Gartempes (Vienne) LA COLONNE DES PEUPLES DE COURBET >> Où l'on constate que, de l'extérieur, le café passe à de modestes dimensions. Il abrite le cabaret de Maxime Lisbonne Maxime Lisbonne Marcel Cerf
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AU LUXE COMMUNAL - ARCHITECTURE & PLANS Le café de Napoleon est un labyrinthe spatial et temporel. Voici comment s'y repérer : - Les images conduisent à l'entrée de chaque étage - Les [ liens ] mènent aux endroits annoncés RDC REZ-DE-CHAUSSEE LE CAFÉ-ÉPICERIE , où Napoléon Gaillard accueille les visiteurs-visiteuses. - [ La péniche ] , vers le Cabaret et la statue de Thiers - [ Les jardins ] : utopie ou dystopie - [ Les barricades ] - [ La prison Mazas ] - [ Les discussions ] entre acteurs et actrices de la Commune - [ Le débeurdinoir ] - [ Le Kinétoscope ] , cinéma à une place - [ Les 7 geôles de Blanqui ] L'ATELIER DE CHAUSSURIER de Napoléon Gaillard. - [ Les chaussures volantes ] - [ Le cinéma ] - films de fictions - [ La place Vendôme ] , désimpérialisée d'après William Morris Bouton 1er PREMIER ÉTAGE LA BIBLIOTHÈQUE : documents d’archives iconographiques et textuels - [ Les projets réalisés de la Commune ] : principales mesures - décrets, arrêtés, o rdres, proclamations - Journal officiel - partie non-officielle du J.O. - [ Le c ontexte théorique et historique du Projet ] LE [MUSÉE DES INVENTIONS ] des protagonistes de la Commune de Paris Bouton 2ème DEUXIEME ETAGE LES VITRINES DES PROJETS EXTRAPOLÉS - [ Retitrage des tableaux de Courbet ] - [ Thiers et l'hydre du socialisme ] - [ Château Gaillard ] - [ Jeu de massacre ] - [ L'archibras de Fourier - Bestiaire ] - [ Statistiques républicaines ] - [ Le clavier d'Outre-rêve ] - [ Mise en orbite du Sacré-Coeur ] - [ Les Demoiselles Carpeaux ] - [ Le musée des copies ] ... LES TROIS PORTES conduisent vers : - [ Le gai rossignol ] : vers les morts mal ensevelis de la Commune - [ La roue de Thiers ] - Le musée de la photographie : - [ Braquehais et Disdéri ] - [ Ernest Appert ] - [ Le jeu de Paris brûlé ] - [ Les pétroleuses ] - [ Les livrets touristiques de Paris-brûlé ] [ LA SALLE DU MAGICIEN DE VERSAILLES ] d'après Le Magicien d'Oz de Lyman Frank Baum (1900) Bouton Bouton Bouton 3ème TROISIÈME ÉTAGE LA HUNE La Hune, la chambre à transformations de Napoléon : - [ Chambre du Luxe communal ] - [ Chambre des p rojets non-réalisés ] Anonyme : monument aux Fédérés Courbet : colonne des peuples Courbet : grue de la paix Frondat : remplacement de la colonne Vendôme Horeau : hôtel de ville en verre Hugo : aministie plénière des communards Kropotkine : jardins potagers Legrand : projet de tableau Reclus : globe terrestre à Chaillot - [ Chambre des u chronies ] - [ Chambre des Communes d'ailleurs ] - Rojava, Kerala, Oackland, Chiapas, Nantes, Shanghaï, Notre- Dame-des-Landes, Commune libre de Saint-Martin, l es "Communes de Paris" en Russie - [ Chambre-bestiaire de l'ennemi ] - essai sur le [ Luxe Communal ] [ La b ataille céleste des Astras et des Monstras ] , qui engendrera les constellations de la Commune de Paris Souterrains SOUTERRAINS [LES 7 GEÔLES DE BLANQUI ] . La trappe du Kinetoscope (sous l'escalier du café) mène vers les 7 geôles de Blanqui : Walter Benjamin associa au texte rédigé par Blanqui pendant son emprisonnement, [ L'éternité par les astres ] , au poème de Charles Baudelaire [ Les sept vieillards ] ... La plateforme inférieure donne accès à un radeau qui, guidé par les astres de Blanqui, permettra son évasion du Chateau du Taureau. Il arrivera, avec le visiteur, à l'ile du 18 mars 1871, premier jour de la Commune de Paris. Blanqui fut arrêté par Thiers le 17 mars 1871.
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Lundi 17 avril 1871 DÉCRET, ARRÊTÉS, ORDRES, PROCLAMATIONS - 6 Next Next Lundi 17 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 791) Commission d'enquête des chambres syndicales ouvrières : recensement et états des ateliers abandonnés, conditions de remise en exploitation, création d'associations coopératives des travailleurs, définition des conditions de cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières au retour des patrons Paris, le 16 avril 1871. La Commune de Paris, Considérant qu’une quantité d’ateliers ont été abandonnés par ceux qui les dirigeaient afin d’échapper aux obligations civiques, et sans tenir compte des intérêts des travailleurs ; Considérant que par suite de ce lâche abandon, de nombreux travaux essentiels à la vie communale se trouvent interrompus, l’existence des travailleurs compromise, DÉCRÈTE : Les chambres syndicales ouvrières sont convoquées à l’effet d’instituer une commission d’enquête ayant pour but : 1° De dresser une statistique des ateliers abandonnés, ainsi qu’un inventaire exact de l’état dans lequel ils se trouvent et des instruments de travail qu’ils renferment ; 2° De présenter un rapport établissant les conditions pratiques de la prompte mise en exploitation de ces ateliers, non plus par les déserteurs qui les ont abandonnés, mais par l’association coopérative des travailleurs qui y étaient employés ; 3° D’élaborer un projet de constitution de ces sociétés coopératives ouvrières ; 4° De constituer un jury arbitral qui devra statuer, au retour desdits patrons, sur les conditions de la cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières, et sur la quotité de l’indemnité qu’auront à payer les sociétés aux patrons. Cette commission d’enquête devra adresser son rapport à la commission communale du travail et de l’échange, qui sera tenue de présenter à la Commune, dans le plus bref délai, le projet de décret donnant satisfaction aux intérêts de la Commune et des travailleurs. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 792) Réglementation de la restitution des armes aux mairies par les bataillons dissous, les émigrés, les réfractaires, afin d'armer les nouveaux bataillons La commission exécutive, Sur la proposition du délégué à la guerre ARRÊTE : Art. 1er. Les armes des bataillons dissous seront immédiatement restituées aux mairies. Art. 2. Seront pareillement restituées aux mairies les armes des émigrés, des réfractaires jugés comme tels par le conseil de discipline. Art. 3. Les municipalités devront faire faire des perquisitions méthodiques par rues et par maisons, afin d’assurer dans le plus bref délai la rentrée de toutes ces armes. Art. 4. Toutes fausses déclarations faites par les concierges entraîneront leur arrestation immédiate. Art. 5. Toutes les armes recueillies par les mairies seront renvoyées à l’arsenal de Saint-Thomas-d’Aquin. Art. 6. Les armes ainsi restituées serviront à armer les nouveaux bataillons. Les fusils Chassepot ne seront donnés qu’aux bataillons de marche, en attendant qu’on en puisse donner à tous. Paris, le 16 avril 1871. La commission exécutive : Avrial, Cournet, Delescluze, Félix Pyat, Tridon, Ed. Vaillant, Vermorel. __________________________________________________ PROCLAMATION - COMMUNE DE PARIS (p 793) Incompatibilité de la fonction de chef de légion et de membre de la Commune La Commune décide : La fonction de chef de légion est incompatible avec celle de membre de la Commune. Le chef de légion est subordonné à l’autorité des membres de la Commune Mardi 18 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 831) Loi sur les échéances - Remboursement des dettes de toutes natures sous trois ans, sans que ces dettes portent intérêt - Détournement, aliénation ou anéantissement des acquis seront poursuivis. Paris, le 17 avril 1871. Loi sur les échéances La Commune DÉCRÈTE : Art. 1er. Le remboursement des dettes de toutes natures souscrites jusqu’à ce jour et portant échéance, billets à ordre, mandants, lettres de change, factures réglées, dettes concordataires, etc., sera effectué dans un délai de trois années à partir du 15 juillet prochain, et sans que ces dettes portent intérêt. Art. 2. Le total des sommes dues sera divisé en douze coupures égales, payables par trimestre, à partir de la même date. Art. 3. Les porteurs des créances ci-dessus énoncées pourront, en conservant les titres primitifs, poursuivre le remboursement desdites créances par voie de mandats, traites ou lettres de change mentionnant la nature de la dette et de la garantie, conformément à l’article 2. Art. 4. Les poursuites, en cas de non-acceptation ou de non-paiement, s’exerceront seulement sur la coupure qui y donnera lieu. Art. 5. Tout débiteur qui, profitant des délais accordés par le présent décret, aura pendant ces délais détourné, aliéné ou anéanti son actif en fraude des droits de son créancier, sera considéré, s’il est commerçant, comme coupable de banque- route frauduleuse, et, s’il n’est pas commerçant, comme coupable d’escroquerie. Il pourra être poursuivi comme tel, soit par son créancier, soit par le ministère public. Paris, le 16 avril 1871. __________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 834) Délivrance de laissez-sortir aux citoyens entrant dans Paris avec des marchandises. Considérant que toute facilité et protection doivent être accordées à tout citoyen approvisionnant Paris, la Commune DÉCRÈTE : Tout citoyen arrivant à paris, y amenant une marchandise quelconque recevra gratuitement, à son entrée, un laissez-sortir à sa volonté, portant sa propre signature, son âge, sa taille, l’énumération et la nature des marchandises objet de son voyage. Paris, le 15 avril 1871. Le membre de la commune délégué au ministère du commerce, Parise Mercredi 19 avril 1871 DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 868) Réglementation de la rédaction des arrêts et jugements, désormais rendus au nom du peuple. Paris, le 18 avril 1871. La Commune de Paris DÉCRÈTE : Art. 1er. Tous les arrêts et jugements seront rendus au nom du peuple. Art. 2. Les grosses et expéditions des arrêts ou jugements et les mandats de justice seront intitulés ainsi qu’il suit : « Commune de Paris. « La ... section du jury d’accusation, la cour ou tribunal, etc., a rendu l’arrêt ou le jugement dont la teneur suit : » Art. 3. Les arrêts, jugements et mandats de justice seront terminés comme suit : « En conséquence, la Commune de Paris mande à tous officiers de police et gardes nationaux de mettre ledit arrêt, jugement ou mandat à exécution, au procu- reur de la Commune, à ses substituts d’y tenir la main, à tous officiers de police et gardes nationaux de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis. « En foi de quoi le présent arrêt, jugement ou mandat a été signé par nous, etc... (le délégué à la justice, les président et greffier de la section du jury ou du tribunal, le procureur de la Commune, le substitut ou le juge d’instruction.) » Eugène Protot. __________________________________________________ DÉCRET – COMMUNE DE PARIS (p 869) Réglementation des arrestations et flagrant-délits : établissement immédiat d'un procès-verbal notifié au délégué à la justice, précisant les causes et les témoins. Les contrevenants seront poursuivis pour crime de séquestration illégale. La Commune de Paris DÉCRÈTE : Art. 1er. Tous magistrats, officiers de police ou gardes nationaux qui opéreront une arrestation en dresseront procès-verbal sur-le-champ, et le notifieront au délégué à la justice. Le procès-verbal énoncera les causes de l’arrestation, les témoins à entendre pour ou contre la personne arrêtée. Toute contravention à ces prescriptions sera rigoureusement réprimée. Les mêmes dispositions seront applicables aux citoyens agissant en vertu de la loi sur les flagrants délits. Art. 2. Tous directeurs de prisons, de maisons d’arrêt ou de correction, tous geôliers ou greffiers qui omettront de mentionner sur l’acte d’écrou les causes de l’arrestation, seront poursuivis pour crime de séquestration illégale. Art. 3. Les papiers, valeurs mobilières, effets de nature quelconque appartenant aux personnes arrêtées, et dont la saisie aura été effectuée, seront déposés à la Caisse des dépôts et consignations. Les pièces à conviction seront adressées au délégué à la police. Eugène Protot. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMUNE DE PARIS (p 870) Suppression de journaux prêchant la guerre civile, donnant des renseignements militaires à l'ennemi, et propageant la calomnie contre les défenseurs de la République. La Commune, considérant qu’il est impossible de tolérer dans Paris assiégé des journaux qui prêchent ouvertement la guerre civile, donnent des renseignements militaires à l’ennemi, et propagent la calomnie contre les défenseurs de la République, a arrêté la suppression des journaux le Soir, la Cloche, l’Opinion nationale et le Bien public. __________________________________________________ ARRÊTÉ – COMMISSION EXÉCUTIVE (p 870) Suppression du service médical de l'Hotel de Ville, création d'un nouveau service. Attendu qu’un nouveau service médical est créé 86, rue Saint-Dominique- Saint-Germain ; Qu’il importe d’établir l’unité de direction du service médical ; La Commission exécutive, ARRETE : Art. 1er. Le service médical de l’Hôtel-de-Ville est supprimé. Art. 2. Les citoyens du service médical de l’Hôtel-de-Ville qui voudront continuer à servir l’humanité et leur pays, sont priés de se faire admettre par l’administration de la rue Saint-Dominique-Saint-Germain. Paris, le 18 avril 1871. Pour la Commission exécutive : F. Cournet, Ch. Delescluze, G. Tridon, Félix Pyat, Avrial, E. Vaillant, A.Vermorel. __________________________________________________ ARRÊTÉ – DÉLÉGUÉ À LA GUERRE (p 871) Obligation aux gardes sédentaires d'échanger leurs chassepots contre les fusils inférieurs des gardes des compagnies de guerre. Le délégué à la guerre, Considérant qu’il importe d’armer de fusils de précision et à tir rapide les compagnies de guerre ; Considérant qu’un grand nombre de sédentaires se refuse à changer leurs chassepots contre d’autres armes appartenant aux hommes des compagnies de guerre, ARRETE : Les chassepots ou autres armes de précision des gardes sédentaires seront échangés contre les fusils inférieurs des gardes des compagnies de guerre. Tout garde sédentaire qui se refusera à cet échange perdra sa solde, et sera poursuivi pour refus d’obéissance en face de l’ennemi. Le délégué à la guerre espère que le patriotisme des gardes sédentaires rendra cette disposition inutile. Paris, le 18 avril 1871. Le délégué à la guerre, Cluseret. __________________________________________________ RAPPEL ARRÊTÉ – BUREAU CENTRAL DE L'ASSISTANCE EXTÉRIEURE (p 873) Mesures rigoureuses prises contre les boulangers refusant les bons de pain de l’assistance des communes. Bureau central de l’assistance extérieure. Le bureau central de l’assistance extérieure apprend que plusieurs boulangers refusent les bons de pain de l’assistance des communes. Il croit devoir leur rappeler que l’arrêté du 7 octobre dernier est et reste toujours en vigueur. Des mesures rigoureuses seraient prises contre ceux qui refuseraient de recevoir ces bons à l’avenir. Le chef du bureau central de l’assistance extérieure, Ch. Devaux __________________________________________________ ARRÊTÉ - DÉLÉGUÉ CIVIL À L’EX-PRÉFECTURE DE POLICE (p 874) Défense aux regrattières entrant aux concurrence avec les marchandes placées sous la surveillance de l’administration et présentant plus de garanties aux consommateurs, de stationner aux abords des marchés d’arrondissement. Considérant qu’un grand nombre de regrattières ont envahi depuis quelque temps les abords des marchés d’arrondissement ; Qu’elles empêchent le public d’arriver jusqu’aux marchandises installées sous les abris, et qui, étant connues, autorisées et placées sous la surveillance de l’administration, présentent plus de garanties aux consommateurs ; Qu’elles ont amené les marchandes placées sous lesdits abris à abandonner leurs places, pour se porter sur la voie publique, afin d’entrer en concurrence avec les regrattières ; Que cet état de choses trouble la tranquillité, gêne la circulation et peut donner lieu à de graves accidents ; Qu’il importe de faire immédiatement cesser cet abus, contre lequel des plaintes sont adressées journellement, ARRETE : Art. 1er. Il est défendu aux marchands de stationner ailleurs qu’aux places qui leur ont été concédées. Art. 2. Les regrattières et autres, qui vendent sur éventaires, mannes, mannettes, etc., ne pourront stationner à l’avenir aux abords des marchés d’arrondissement. Art. 3. Le chef de la 2e division de la sûreté générale est chargé de l’exécution du présent arrêté. Paris, le 18 avril 1871. Raoul Rigault. __________________________________________________ ARRÊT – PRÉSIDENT DE LA COUR MARTIALE (p 878) Réglementation de la procédure de jugement et de l'exécution des peines de la Cour martiale. Nous reproduisons, dans l’intérêt des habitants de Paris, l’arrêt important concernant la cour martiale. Cour martiale N° 1. — Arrêt réglant la procédure et les peines Art. 1er. La police judiciaire martiale est exercée par tous magistrats, officiers ou délégués, procédant de l’élection, dans l’exercice des fonctions que leur assigne leur mandat. Art. 2. Les officiers de police judiciaire reçoivent en cette qualité les dénonciations et les plaintes qui leur sont adressées. Ils rédigent les procès-verbaux nécessaires pour constater le corps du délit et l’état des lieux. Ils reçoivent les déclarations des personnes présentes ou qui auraient des renseignements à donner. Ils se saisissent des armes, effets, papiers et pièces tant à charge qu’à décharge, et, en général, de tout ce qui peut servir à la manifestation de la vérité. Art. 3. Ils sont autorisés à faire saisir les inculpés, les font conduire immédiatement à la prison du Cherche-Midi, et dressent procès-verbal de l’arrestation, en y consignant les noms, qualités et signalement des inculpés. Art. 4. Les officiers de police judiciaire martiale ne peuvent s’introduire dans une maison particulière, si ce n’est avec l’assistance du juge de paix ou de son suppléant, ou du maire, ou d’un adjoint, ou du commissaire de police. Art. 5. Chaque feuillet du procès-verbal, dressé par un officier de police judiciaire martiale, est signé par lui et par les personnes qui y ont assisté. Art. 6. Les actes et procès-verbaux dressés par les officiers de police judiciaire martiale sont transmis sans délai, avec les pièces et documents, à la cour martiale. Art. 7. La poursuite des crimes et délits a lieu d’office, d’après les rapports ou procès-verbaux dressés conformément aux articles précédents. Art. 8. La Cour désigne pour l’information soit un de ses membres, soit un rapporteur qu’elle choisit ; l’information a lieu d’urgence et sans délai. Art. 9. L’accusé est défendu. Le défenseur, choisi par l’accusé ou désigné d’office, a droit de communiquer avec l’accusé ; il peut prendre, sans déplacement, communication des pièces de la procédure. Art. 10. Les séances sont publiques. Art. 11. Le président a la police des audiences, les assistants sont sans armes. Les crimes ou délits commis à l’audience sont jugés séance tenante. Art. 12. Le président fait amener l’accusé. Art. 13. Le président fait lire par le greffier, les pièces dont il lui paraît nécessaire de donner connaissance à la cour. Art. 14. Le président fait appeler ou amener toute personne dont l’audition paraît nécessaire ; il peut aussi faire apporter toute pièce qui lui paraît utile à la manifestation de la vérité. Art. 15. Le président procède à l’interrogatoire de l’accusé et reçoit les dépositions des témoins. Le rapporteur est entendu. L’accusé demande à l’accusé s’il n’a rien à ajouter pour sa défense, et déclare que les débats sont terminés. Art. 16. La culpabilité est résolue à la majorité des membres présents ; en cas de partage, l’accusé bénéficie du partage. Art. 17. L’arrêt est prononcé en séance publique. Art. 18. Tout individu acquitté ne peut être repris ou accusé à raison du même fait. Art. 19. Tous les frais de justice sont à la charge de la Commune. Art. 20. Le rapporteur fait donner lecture de l’arrêt à l’accusé par le greffier, en sa présence et devant de la Commune. Art. 21. L’arrêt de condamnation est exécuté dans les vingt-quatre heures après qu’il a été prononcé, ou, dans le cas de condamnation à mort, dans les vingt-quatre heures après la sanction de la commission exécutive. Art. 22. Toutes assignations, citations et notifications aux témoins, inculpés ou accusés, sont faites par tous magistrats, officiers ou délégués procédant de l’élection, requis à cet effet par le rapporteur. TITRE II. — Des crimes, des délits et des peines. Art. 23. Les peines qui peuvent être appliquées par la cour martiale sont : La mort, Les travaux forcés, La détention, La réclusion, La dégradation civique, La dégradation militaire, La destitution, L ’ emprisonnement, L ’ amende. Art. 24. Tout individu condamné à la peine de mort par la cour martiale est fusillé. Art. 25. La cour se conforme, pour les peines, au Code pénal et au Code de justice militaire. Elle applique, en outre, la jurisprudence martiale à tous les faits intéressant le salut public. Fait à Paris, le 17 avril 1871. Le colonel chef d’état-major, président de la cour martiale. Rossel. L. Boursier, Collet, Chardon, P. Henry Jeudi 20 avril 1871 PROCLAMATION – COMMISSION EXÉCUTIVE (p909) Commutation de la peine de mort du citoyen Girot, pour avoir refusé de marcher contre l’ennemi, en considération de ses antécédents démocratiques. La commission exécutive, prenant en considération les antécédents démocratiques du citoyen Girot, chef du 74e bataillon, condamné à mort par la cour martiale pour avoir refusé de marcher contre l’ennemi, a commué sa peine. Le condamné Girot subira la dégradation civique et militaire, et restera emprisonné pendant la durée de la guerre. La Commission exécutive


