JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE 8

VENDREDI 7 AVRIL 1871

LA COMMUNE DE PARIS AUX DÉPARTEMENTS (p480)

Vous avez soif de vérité, et, jusqu’à présent, le gouvernement de Versailles ne vous a nourris que de mensonges et de calomnies. Nous allons donc vous faire connaître la situation dans toute son exactitude.

C’est le gouvernement de Versailles qui a commencé la guerre civile en égorgeant nos avant-postes ; trompés par l’apparence pacifiques de ses sicaires ; c’est aussi ce gouvernement de Versailles qui fait assassiner nos prisonniers, et qui menace Paris des horreurs de la famine et d’un siège, sans souci des intérêts et des souffrances d’une population déjà éprouvée par cinq mois d’investissement. Nous ne parlerons pas de l’interruption du service des postes, si préjudiciable au com- merce, de l’accaparement des produits de l’octroi, etc., etc.

Ce qui nous préoccupe avant tout, c’est la propagande infâme organisée dans les départements par le gouvernement de Versailles pour noircir le mouvement sublime de la population parisienne. On vous trompe, frères, en vous disant que Paris veut gouverner la France et exercer une dictature qui serait la négation de la souveraineté nationale. On vous trompe, lorsqu’on vous dit que le vol et l’assassinat s’étalent publiquement dans Paris. Jamais nos rues n’ont été plus tranquilles. Depuis trois semaines, pas un vol n’a été commis, pas une tentative d’assassinat ne s’est produite.

Paris n’aspire qu’à fonder la République et à conquérir ses franchises communales, heureux de fournir un exemple aux autres communes de France.

[…]

La commission exécutive : Cournet, Delescluze, Félix Pyat, Tridon, Vaillant, Vermorel


 

FERMETURE DE SERVICES POUR CAUSES DE DÉSERTIONS (p485)

Administration de l’enregistrement

De nombreux fonctionnaires ayant quitté leur service, il est impossible, quant à présent, de conserver tous les bureaux ouverts. Jusqu’à nouvel ordre, les services tels que :

Les successions ;

Le payement des droits de transmission sur les actions et obligations des com- pagnies ou sociétés ;

Le payement des droits d’abonnement au timbre pour les actions et obligations des compagnies ou sociétés ;

Les actes d’huissiers et de justice de paix ; Les actes sous signatures privées ; Les actes notariés ; Le timbre,

Sont centralisés, 13 rue de la Banque.

Paris, le 5 avril. Le directeur de l’enseignement, E. Olivier.


 

ENRÔLEMENT DES MARINS ET ANCIENS MILITAIRES (p487)

Appel est fait à tous les marins dévoués à la Commune et à la République.

Les anciens militaires sont invités à se présenter pour faire partie du même corps.

La solde de 1 fr. 50 et les vivres leur seront alloués aussitôt l’enrôlement.

Les bureaux sont ouverts à la mairie du Xe arrondissement, rue du Faubourg- Saint-Martin, de huit heures du matin à huit heures du soir.

Paris, le 6 avril 1871. Les délégués chargés de Pouvoirs, Bloc, Paul Joseph.


 

AMBITIONS DU COMITÉ CENTRAL (p487)

L’opinion d’une certaine partie de la population, manifestée par plusieurs journaux, nous attribue une situation sur laquelle il est de notre devoir de nous expliquer, ne serait-ce que pour donner une dernière garantie de notre bonne foi.

Ainsi que nous l’avons déjà déclaré, notre mandat politique expirait le jour où, tenant loyalement notre parole, nous remettions entièrement et sans restriction entre les mains des membres de la Commune des pouvoirs que nous n’avions exercés, pour notre compte, qu’à titre pour ainsi dire administratif.

[…]

Nous le déclarons donc une dernière fois : nous n’avons voulu et ne voulons aucun pouvoir politique, car une idée de partage serait un germe de guerre civile dans nos murs, venant compliquer celle que des frères dénaturés, par ignorance et par les mensonges d’ambitieux, nous apportent avec une horrible haine.

[…]

Jugez. Etes-vous contents de nous ?

Voilà quelle est notre ambition. Elle se borne aux limites de notre mandat, et nous la trouvons assez haute pour l’avoir l’orgueil de n’en jamais sortir.

Vive la République ! Vive la Commune !

Paris, le 5 avril 1871, pour le Comité central,

G. Arnould, Andignoux, Audoynaud, A Voine Fils, Baroud, Bouit, L. Boursier, H. Chouteau,

A. Du Camp, Favre, Ferrat, Fougeret, C. Gaudier, Grolard, Gouhier, Grellier, Guiral,

La VAllette, Ed. Moreau, Prudhomme, Rousseau.

DEMANDE DE SUPPRESSION DE JOURNAUX (p490)

Aux membres de la Commune de Paris.

Au nom des bataillons occupant les forts de Vanves et d’Issy, depuis la guerre fratricide, nous protestons contre les infamies des journaux réactionnaires, annonçant dans Paris la reddition de ces deux forts, et demandons, au nom de la justice, la suppression de ces journaux.

Le 6 avril 1871, les officiers et les délégués des bataillons


 

LES COMMUNES DE BOULOGNE, CHATOU ET PUTEAUX (p493)

Nous devons signaler le mouvement communal, qui prend de jour en jour une extension de plus en plus grande. A l’exemple de Paris, les communes suburbaines font leur révolution municipale.

Il y a quelques jours, c’était Boulogne qui nommait une commune ; aujourd’hui Chatou et Puteaux viennent d’en faire autant.


 

TRANSPORT DES BLESSÉS (p493)

Les blessés de Satory, Châtillon et Meudon ont été transportés à l’ambulance du Cours-la-Reine, où ils ont reçu la visite d’un membre de la Commune, le docteur Parisel. Les renseignements recueillis aux ambulances constatent que le nombre des blessés est heureusement de beaucoup au-dessous de ce qu’on a supposé.


 

FOULE AU MONT DE PIÉTÉ (p496)

Beaucoup de personnes se sont présentés rue des Blancs-Manteaux, au grand bureau du mont-de-piété, croyant que la Commune avait décrété le dégagement gratuit de touts les objets déposés.

Grande déception quand on leur a expliqué que, jusqu’alors, le gouvernement de l’Hôtel-de-Ville n’avait fait que suspendre les ventes.


 

FÉLICITATIONS À M. THIERS (p496)

Le corps diplomatique a présenté hier soir à M. Thiers ses félicitations pour les succès obtenus sur les fédérés dans les journées du 3 et du 4 avril.

Jolis succès, en vérité !...


 

LES MARINS DE LA COMMUNE (p497)

Dans l’après-midi a eu lieu hier, à l’extrémité de l’île Saint-Louis, à la hauteur du Pont-Neuf, l’enrôlement des marins de bonne volonté pour monter la flottille de canonnières qui est amarrée en cet endroit.

Cent cinquante citoyens environ, dont une cinquantaine portant la vareuse et le béret du marin, les autres en costumes divers, ont répondu à l’appel de la Commune.

Plusieurs marins sont ensuite montés sur une des canonnières, laquelle était privée de son canon, et, remorqués par un bateau-mouche, ils ont descendu la Seine pour aller s’amarrer vers le Point-du-Jour, où la canonnière doit être réarmée et agir dans le plus bref délai.


 

L'ÉCLAIRAGE PARISIEN (p497)

La quantité de houille existait actuellement dans les usines à gaz de Paris est fort restreinte, et les arrivages ayant totalement cessé depuis huit jours, l’administration éprouve, paraît-il, des craintes sérieuses quant à l’alimentation de l’éclairage parisien.


 

AIDE AUX AGRICULTEURS (p497)

Sous le titre de l’Union des agriculteurs, une œuvre de bienfaisance vient de se fonder à Paris pour secourir, à l’aide d’une souscription nationale et même internationale, les cultivateurs ruinés par la guerre.

Le montant des souscriptions sera consacré à fournir aux agriculteurs des ma- chines agricoles, instruments et outils, bestiaux, semences de toutes sortes, engrais, etc., etc., et à leur faire des avances ou des dons en espèces.

[…]

On reçoit, dès à présent, les souscriptions en argent et en nature, rue de l’Isly, 8, à Paris, de neuf à quatre heures.


 

FORMATION DES MATELOTS-CANONNIERS (p498)

On connaît les services que les matelots canonniers ont rendus pendant le siège à la défense de Paris et la juste popularité dont ils jouissent. Aussitôt après la signature des préliminaires de paix, on s’est préoccupé de réorganiser l’école à laquelle ils appartiennent, et de pourvoir à l’instruction des marins désignés pour suivre pendant les années 1871 et 1872 les cours de canonnage.

L’école flottante des matelots-canonniers vient d’être reformée, comme par le passé, à bord du Louis XIV, vaisseau à trois ponts parfaitement disposé pour ce genre de service. On assure qu’il est question de développer cette institution si utile, dont les résultats ont dépassé toutes les espérances qu’on avait conçues dès le principe.


 

LA FIN DE PIERRE MOUSSU (p499)

Un ouvrier nommé Pierre Moussu, âgé de trente-sept ans, avait exécuté quelques réparations au mur principal de la cour d’une maison de la rue de Vaugirard, et il s’occupait hier de badigeonner cette portion de muraille afin qu’elle fût de même teinte que le reste.

Le liquide dont il se servait était contenu dans un seau en zinc long et étroit qu’il avait accroché, pour l’avoir à sa portée, à l’un des montants en haut de l’échelle, il ne prit pas la précaution de détacher le seau, qui tomba, l’atteignit à la tête et le renversa.

Au bruit de la chute, on accourut et on trouva l’ouvrier étendu à terre sans mouvement. Après avoir inutilement tenté de lui rendre l’usage de ses sens, on le transporta à son domicile où un médecin, appelé immédiatement près de lui, ne put que constater la mort, résultat d’une fracture du crâne.

Ce malheureux avait perdu sa femme deux jours auparavant, et l’on pense que c’est la préoccupation que lui causait ce douloureux événement qui l’avait empêché de prendre de suffisantes précautions.


 

MISE EN APPLICATION DU DÉCRET DE LA COMMUNE SUR LES LOYERS (p500)

Depuis dimanche, un grand nombre de locataires ont mis à exécution le décret de la Commune sur les loyers, en déménageant sans payer.

Quand, par hasard, quelque concierge récalcitrant tentait de s’opposer à cette façon jusqu’ici méconnue de lui, de prendre congé de son propriétaire, un déta- chement de gardes nationaux aussitôt requis ne tardait pas à lui rappeler et à lui expliquer le texte du décret en question.

Ce ne sont pas seulement des petits ménages qui ont profité de la décision de la Commune, mais bien aussi des locataires de grands appartements.

On nous cite un habitant de la rue Tronchet qui ne devait pas moins de 10 000 francs à son propriétaire et qui, dimanche, a liquidé la situation de la façon que nous venons d’indiquer.


 

ABUS DE CONFIANCE

Le Comité central de la Ligue de la Délivrance (Alsace-Lorraine) a l’honneur d’informer le public que des individus de mauvaise foi abusent de son nom pour soutirer aux amis de la Ligue des sommes plus ou moins importantes. A l’avenir, aucun versement ne devra être fait qu’entre les mains des personnes munies d’une carte d’identité et contre un reçu revêtu du cachet de la Ligue.

Paris, le 6 avril 1871, pour le président, Rauber, secrétaire.


 

UNE RÉVOLUTION POPULAIRE (p502)

L’histoire est le seul témoin dont les dépositions soient capables de condamner ou de consacrer une révolution. Les grands mouvements d’un peuple ne sont efficaces et durables que, s’ils sont mus et soutenus par la force intime et personnelle qui le pousse à travers tant d’aventures à l’accomplissement de sa destinée. Une révolution légitime et nécessaire n’est qu’un développement ; car il n’y a point, en réalité, de commencement ; car il n’y a point, en réalité, de commencement précis, ni de conclusion dans les affaires humaines, qui se mêlent les unes aux autres dans une perpétuelle et confuse génération. Mais une révolution est inopportune ou inutile qui, tentée seulement par quelques-uns ou imposée par surprise, contredit l’idée nationale et interrompt le courant de l’histoire. C’est à l’histoire, qui établit la généalogie des révolutions, qu’il appartient de démontrer si les tendances d’une époque et l’idée qu’elles révèlent continuent la secrète logique des choses, ou ne sont qu’une déviation insensée, qu’une perversité passionnelle d’une génération abêtie ou affolée. Car le progrès ne se poursuit pas en ligne droite ; et l’homme se retarde souvent dans des moments de trouble et d’imbécilité pendant lesquels il perd l’intelligence et jusqu’à l’instinct de sa destinée.

Les moments de décadence ne sont pas irréparables, ils élaborent pour l’histoire future une race nouvelle dont le type s’est lentement préparé à l’écart. Les mouvements anarchiques de l’histoire offrent à cette race ignorée ou soupçonnée l’occasion de se développer et de remplacer dans le monde renouvelé les vieilles races perverties ou disparues.

Il vaudrait mieux que le progrès s’accomplît sans nuire à personne, individu ou peuple. Mais il n’est pas possible, même aux meilleurs et aux plus vertueux, de dominer ou d’éviter les lois logiques et nécessaires qui président aux évolutions historiques. Il se présente toujours, dans la vie d’un peuple ou d’un individu, un moment définitif, une crise suprême, où se donnent rendez-vous contre lui toutes les fatalités de son passé. S’il manque de sang-froid devant cette agression de ses anciennes erreurs et de ses vieilles fautes ressuscitées pour le perdre, il sera irrémissiblement détruit.

La France en est à cet instant.

[…]

La loi de l’atavisme, par laquelle les êtres de l’histoire naturelle sont parfois ramenés au type primitif dont ils descendent, est également une loi de l’histoire humaine. Au moment de disparaître, les races et les familles reproduisent l’image et les passions de leur plus ancienne parenté. Cette loi, qui explique, chez une race, la perpétuité de son idée et de ses habitudes politiques et sociales, rend compte à l’historien de nos passions et de nos mœurs qui, sans elle, resteraient pour lui autant de mystère. L’histoire ne serait qu’un tumulte d’événements, sans relation entre eux et sans raison. Or, ce qui fait précisément que l’histoire est un enseignement, c’est qu’elle se propose moins, en réalité, de raconter les faits que de définir leur enchaînement, et la logique, qui, en les unissant indissolublement les uns aux autres, fait de l’histoire humaine un tout, un ensemble rationnel, soumis à des lois précises et tendant à une fin déterminée. Cette fin, dont tous les hommes ont l’instinct sinon la conscience, c’est la justice. Tous les moments de la vie universelle gravitent vers cette idée qu’elle proclame par ses efforts, et jusque dans ses découragements et ses défaillances.

Ce qui est vrai des races et des individus rappelés à leur origine ou rejetés dans leur forme primitive, l’est également des époques historiques, des sociétés et des classes. La fin d’une époque est un retour à son principe. Une société à son terme reproduit intégralement l’idée qui l’a fondée, et les éléments qui la composèrent, privés de la force qui les coordonnait, se présentent à l’analyse désagrégés et épars. C’est là un moment anxieux et plein d’enseignement pour le philosophe. Il peut étudier en lui-même les classes, c’est-à-dire les énergies contraires dont l’incessant combat a déterminé les mouvements oscillatoires, et décidé le développement définitif de cette période sociale. Car, de même que c’est à la fin d’une société que son principe apparaît dans sa forme absolue même la classe prédominante, qui a été la force génératrice de cette société, se montre alors dans sa tendance positive et toute semblable à son commencement. Ainsi la race comme la race, se trouve ramenée à son type et l’histoire à son idée.

Louis Xavier de RICARD.

(à lire, texte in extenso là : https://maitron.fr/spip.php?article239928&id_mot=191

 

SAMEDI 8 AVRIL 1871

ENQUÊTE SUR LES ARRESTATIONS DU COMITÉ CENTRAL (p510)

Commune de Paris - Vu le vote de la commune du 5 avril, relatif à une enquête sur les arrestations faites par le comité central et par la commission de sûreté, la commission exécutive invite la commission de justice à instruire immédiatement sur le nombre et la cause de ces arrestations, et à donner l’ordre de l’élargissement ou de la comparu- tion devant un tribunal et un jury d’accusation. La commission de justice doit d’urgence s’occuper d’une mesure qui intéresse si particulièrement l’un des grands principes de la République, la liberté.

Paris, le 7 avril 1871

La commission exécutive : F. Cournet, Delescluze, Félix Pyat, G. Tridon, E. Vaillant, Vermorel.


 

ASSASSINER OU COMBATTRE ? (p510)

Citoyens, le Journal Officiel de Versailles contient ce qui suit :

« Quelques hommes reconnus pour appartenir à l’armée, et saisis les armes à la main, ont été passés par les armes, suivant la rigueur de la loi militaire qui frappe les soldats combattant leur drapeau. »

Cet horrible aveu n’a pas besoin de commentaires. Chaque mot crie vengeance, justice ! Elle ne sera pas attendue. La violence de nos ennemis prouve leur faiblesse. Ils assassinent ; les républicains combattent. La République vaincra !

Paris, le 7 avril 1871

La Commission exécutive, Cournet, Delescluze, Félix Pyat, Tridon, Vaillant, Vermorel.


 

PROCLAMATION DE LA COMMUNE DE LIMOGES (voir JO p511)


 

VANITÉS MILITAIRES (p512)

À la garde nationale.

Citoyens,

Je remarque avec peine qu’oubliant notre origine modeste, la manie ridicule du galon, des broderies, des aiguillettes commence à se faire jour parmi nous.

Travailleurs, vous avez pour la première fois accompli la révolution du travail par et pour le travail.

Ne renions pas notre origine, et surtout n’en rougissons pas. Travailleurs nous étions, travailleurs nous sommes, travailleurs nous resterons.

C’est au nom de la vertu contre le vice, du devoir contre l’abus, de l’austérité contre la corruption que nous avons triomphé, ne l’oublions pas.

Restons vertueux et hommes du devoir avant tout, nous fonderons alors la Ré- publique austère, la seule qui puisse et ait le droit d’exister.

Avant de sévir, je rappelle mes concitoyens à eux-mêmes : plus d’aiguillettes, plus de clinquant, plus de ces galons qui coûtent si peu à étager si cher à notre responsabilité.

A l’avenir, tout officier qui ne justifiera pas du droit de porter les insignes de son grade, ou qui ajoutera à l’uniforme réglementaire de la garde nationale des aiguillettes ou autres distinctions vaniteuses, sera passible de peines disciplinaires.

Je profite de cette circonstance pour rappeler chacun au sentiment de l’obéissance hiérarchique dans le service ; en obéissant à vos élus, vous obéirez à vous-mêmes.

Paris, le 7 avril 1871, Le délégué à la guerre : G. Cluseret.


 

DEMANDE D'ARTIFICIERS ET ACCUEIL DES BLESSÉS (p514)

On demande des artificiers à la cartoucherie de Vanves, à Paris, rue de Vanves, près la rue d’Alésia.

Les personnes qui ont recueilli des blessés sont priées d’envoyer les noms et les numéros de bataillon de ces blessés au ministère de la guerre, bureau des renseignements (rue Saint-Dominique, 86).


 

RÉORGANISATION DES DOUANES (p515)

Direction des douanes de Paris.

Par suite du refus de la part des employés de rester à leur poste, le service de l’administration des douanes et des différentes gares a été interrompu.

Nous nous empressons de porter à la connaissance des négociants et commerçants que ce service va être réorganisé d’ici à quelques jours.

En conséquence, ceux-ci pourront prendre livraison de leurs marchandises emmagasinées dans les divers entrepôts et lesdites gares.

Le directeur, F. Révillon.


 

L'ÉCLAIRAGE DE PARIS (p516)

La consommation journalière de houille pour l’éclairage de Paris est actuellement de 670 000 kil. Or, aujourd’hui 7 avril, la Compagnie parisienne a en magasin un tonnage de 18 000 000 kil. de houille qui assure l’éclairage de Paris pendant trente et un jours, si l’on tient compte de la diminution de la durée d’éclairage pendant le mois qui va suivre.

De plus, il est inexact que les arrivages aient été interrompus un seul jour, et d’après les renseignements les plus certains, la compagnie parisienne a reçu par la voie du Nord cinquante et un wagons de charbon, du 6 au 7 avril.

La population de Paris peut donc être assurée que l’éclairage de la ville sera maintenu. Il le sera d’autant plus facilement que la grande majorité des employés de ce service important ont adhéré à l’administration de la Commune.

L’ingénieur chargé provisoirement de l’inspection principale de l’éclairage de Paris.

Bernard Peyrouton.


 

PRATIQUES VERSAILLAISE DE L'ADMINISTRATION (p516)

Le délégué chargé par la commission exécutive des finances de la direction générale de l’assistance publique s’occupe, avec une activité dont on peut déjà prévoir les heureux résultats, du rétablissement, sur les bases nouvelles, des services si essentiels de cette importante administration, qui a été si singulièrement désorganisée et abandonnée par la presque totalité des employés qui en ressortent.

La préméditation de cette désorganisation est telle, que presque tous les timbres servant à estampiller les pièces et actes de l’administration et tous les papiers relatifs au personnel de l’administration communale ont été enlevés, et les em- ployés payés de leur traitement d’avance, au 15 mars dernier, contrairement à tous les précédents. Enfin, les valeurs laissées en caisse, qui s’élevaient, suivant les insinuations mensongères de quelques-uns, de 150 000 fr. à 200 000 fr., se sont trouvées réduites à une somme de 4 718 fr. 14 c., dûment constatée par le préposé à la garde de ladite caisse.

Voilà comment les hommes de Versailles entendent pratiquer l’administration.


 

ADMINISTRATION DE L'ALGÉRIE (p518)

Département de l’Algérie et des colonies.

Le gouvernement de Versailles vient d’envoyer en Algérie, avec le titre de gouverneur civil, un militaire, un vice-amiral. C’est la première concession faite aux partisans du régime militaire.

Les Algériens présents à Paris sont invités à transmettre leur adresse au comité de sûreté générale et de l’intérieur, département de l’Algérie et des colonies, place Beauvau, à l’effet d’être convoqués pour s’entendre entre eux sur les mesures à prendre.

Le délégué, A. Lambert.


 

DON PATRIOTIQUE DU 181e BATAILLON (p518)

(2e arrondissement)

Le 181e bataillon possède 4 000 fr., montant d’une souscription pour la fonte des canons.

Cette somme, que nous voulions consacrer à la défense nationale, est restée sans emploi par suite de l’odieuse capitulation des traîtres qui ont livré Paris.

Aujourd’hui, nous voulons la consacrer à l’établissement du règne de l’ordre, du travail et de la justice, à l’établissement de la Commune.

Nous voulons qu’elle serve à soulager les familles orphelines des travailleurs assassinés par les chouans et les Prussiens de Versailles.

En conséquence, nous qui, dans les horreurs du siège, avons prélevé cette somme sur le pain noir de nos familles, nous déclarons donner mandat à nos délégués de la verser dans la caisse municipale.

Vive la République ! Vive la Commune !

Paris, le 7 avril 1871 (Suivent les signatures)


 

NOUVELLES ÉTRANGÈRES – LA SUISSE (p520)

La commission de révision de la constitution fédérale a terminé ses travaux. Nous remarquons que, dans son projet, elle interdit de créer ou de rétablir des couvents, et qu’elle exclut les jésuites. Tout emploi dans l’Eglise et dans l’école leur est interdit.

Ensuite la peine de mort est abolie. Les lois de droit civil ou criminel seront soumises à des plébiscites. L’assemblée fédérale aura compétence pour les autres lois.

Paris, le 7 avril 1871 (Suivent les signatures)



 

FÉDÉRATION DES COMMUNES RÉPUBLICAINES - LE MOUVEMENT DE LIMOGES (p521)

Nous recevons de Limoges des nouvelles d’une haute gravité. Nous nous bornerons aujourd’hui à en faire le narré, tel que nous le tenons d’un habitant de cette ville, arrivé ce soir à Paris.

Le 4 de ce mois, un détachement de 450 hommes, appartenant au 9e régiment de ligne, reçut un ordre de départ pour Versailles. Les soldats se dirigèrent vers la gare aux cris de : Vive la République ! et tout le long de la route la foule les accueillit par des bravos mille fois répétés. Arrivés à la gare, ils déclarèrent qu’ils ne se battraient point contre leurs frères de Paris. Et au même instant, pour donner plus d’autorité à leur engagement, ils remirent à la foule, aux ouvriers qui les entouraient, leurs armes et leurs cartouches ; puis ils rentrèrent en ville. Leur retour, l’attitude énergique qu’ils venaient de prendre en présence de leurs officiers firent une telle impression sur le peuple, que des centaines de bras se levèrent pour les porter en triomphe ; ce n’était plus de l’enthousiasme, c’était un véritable délire patriotique.

L’autorité civile se réunit aussitôt à l’Hôtel-de-Ville, dans un effarement très facile à comprendre. On chercha longtemps, mais hélas ! en vain M. le préfet. Le représentant de Versailles avait déjà jugé opportun de prendre la fuite.

Le maire ordonna au colonel des cuirassiers de charger la foule et de s’emparer des soldats mutinés. Cet ordre fut suivi, mais son exécution n’aboutit qu’à exaspérer le peuple. La mêlée devint bientôt générale ; dans la lutte le colonel fut tué et un capitaine grièvement blessé.

Limoges est en pleine révolution. Le 9e régiment de ligne fraternise avec les habitants de la ville. Nos renseignements s’arrêtent là.


 

LE GOUVERNEMENT DE VERSAILLES JUGÉ PAR LE SIECLE (p522)

Les journaux de la réaction nient l’inhumanité du gouvernement qui siège à Versailles.

Nous ne saurions mieux faire que de reproduire sans commentaires les lignes suivantes, dues à la plume d’un homme qui n’est pourtant ni socialiste, ni partisan de la commune :

L’Officiel de Versailles contient ce qui suit :

« Quelques hommes reconnus pour appartenir à l’armée, et saisis les armes à la main, ont été passés par les armes, suivant la rigueur de la loi militaire, qui frappe les soldats combattant leur drapeau. »

De toute l’énergie de notre âme, nous en appelons à M. Thiers contre ces rigueurs.

L’Assemblée et le gouvernement ont quitté Paris. Paris s’est trouvé indépendant et belligérant. La qualité de belligérant a été reconnue au Comité central par le gouvernement de Versailles, en vertu de l’affiche qu’il a fait placarder ici par l’amiral Saisset.

Nous sommes deux millions d’habitants qui nous trouvons sous le gouvernement de la Commune. Ou bien Versailles doit nous considérer tous comme des rebelles, ou bien il doit respecter tous les prisonniers qui tombent en ses mains, même ceux qui ont appartenu à l’armée impériale.

D’abord, ce ne sont pas des déserteurs proprement dits. Ils n’ont pas quitté l’armée de Versailles pour s’enrôler à Paris ; ce ne sont des hommes habitant Pa- ris depuis que Paris n’est plus gouverné par Versailles. Ils obéissent à un ministre de la guerre installé à Paris, qui les nourrit et qui les solde. Etaient-ils libres de vous suivre à Versailles ? Sont-ils libres de ne pas combattre dans les rangs des deux cents bataillons de la garde nationale qui obéissent à la Commune ?

Le droit des gens vous défend de toucher à ces hommes ; et la bonne politique et le sens patriotique vous le défendent aussi. Ne voyez-vous pas que vous excitez des représailles ?

Il y a à Versailles des généraux qui, le 2 décembre, ont porté les armes contre la loi, contre le pays, contre l’honneur.

Ils devraient se contenter de se faire oublier, et ne pas se montrer si implacables envers des malheureux.

Henri Cernushi


 

DÉPÊCHE DE L'ÉTAT-MAJOR PRUSSIEN AUX AUTORITÉS MILITAIRES DE BERLIN (p523)

On lit dans le Soir

« Compiègne, 3 avril, 10 h. du soir.

« Le combat principal a eu lieu au sud, près de Châtillon et de Fontenay-aux- Roses. Flourens aurait été fait prisonnier avec 8 000 hommes.

« Le mont-Valérien est aux mains de Versailles. Le commandant, suspect, avait été remplacé dans la nuit. Les prisonniers parisiens ont été fusillés sur-le- champ.

« Le mont-Valérien a pris une part très heureuse au combat. Pertes de Parisiens considérables.

« Les efforts des insurgés ont surtout échoué grâce aux positions fortifiées établies par les Allemands. »

Gazette de Cologne

A part l’exagération évidente, quand au chiffre des prisonniers et aux pertes supposées, en général, cette dépêche, d’une partie neutre et sans doute indifférente, est d’une exactitude remarquable. Nous signalons surtout le passage sur les prisonniers fusillés aux journaux qui demandaient il y a quelques jours à la Commune de préciser cette accusation. Ce témoignage doit être retenu, en attendant que nous soyons en mesure de publier tous les renseignements qui nous sont parvenus à ce sujet.

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D’un autre côté, on lisait dans le numéro d’hier du même journal, le Soir, sous le titre : Note d’un piéton, les lignes suivantes :

« Je vis le général Vinoy à quelque distance. Il était environ six heures. On entendait une terrible fusillade entre le haut et le bas Meudon.

« Je redescendis vers le Petit-Bicêtre. Là, nouvelles horreurs : monceaux de cadavres de gardes nationaux. On disait que c’était là que le général Duval avait été fusillé. »

Des monceaux de cadavres de gardes nationaux à l’endroit où le général Duval avait été fusillé ! n’est-ce pas suffisamment significatif, et peut-on douter qu’ils eussent été fusillés en même temps que lui ?


 

LE BUIT RIDICULE DU MANQUE DE TABAC  (p525)

Faits divers

Dans un but facile à deviner, la réaction a répandu le bruit ridicule que les tabacs allaient bientôt manquer à la consommation parisienne.

Nous sommes en mesure de démentir ces bruits absurdes.

La direction des contributions indirectes s’est entendue avec la manufacture nationale des tabacs, et elle a complètement organisé les services des entrepôts, abandonnés par les employés du gouvernement de Versailles. La vente est reprise avec empressement sur tous les points de la ville, et la banlieue même vient s’approvisionner à Paris. Les provisions en nature sont considérables.


 

ON A BRÛLÉ LA GUILLOTINE (p526)

Jeudi, à neuf heures du matin, le 137e bataillon, appartenant au XIe arrondissement, est allée rue Folie-Méricourt ; il a réquisitionné et pris la guillotine, il a brisé en morceaux la hideuse machine, et, aux applaudissements d’une foule immense, il l’a brûlée.

Il l’a brûlée au pied de la statue du défenseur de Sirven et de Calas, de l’apôtre de l’humanité, du précurseur de la Révolution française, — au pied de la statue de Voltaire.


 

SOINS AUX SOLDATS BLESSÉS (p526)

Les gardes nationaux les plus grièvement blessés aux combats du Mont-Valérien, de Meudon et du Val-Fleury, ont été transportés aux ambulances nouvellement installées cours de la Reine, derrière le palais de l’Industrie.

Presque tous sont dans la salle Saint-Augustin.

Le docteur Chenu a la direction de cette ambulance. Le docteur Pamard a procédé hier à l’extraction des balles.


 

LA VIE COMMODE (p527)

La Prusse a invité le gouvernement de Versailles à rétablir, dans le plus bref délai, toutes les lignes de chemins de fer avec les communications nouvelles. Ce qui motive cette exigence des Prussiens est la difficulté qu’ils éprouvent dans leurs approvisionnements, dont une partie leur venait de Paris. Ces jours derniers, le propriétaire du Grand-Monarque, à Melun, qui loge trois cents Allemands et un certain nombre de chevaux, était venu à Paris pour divers achats nécessaires à l’alimentation de ces garnisaires. Il n’a pu retourner chez lui. Plusieurs faits analogues ont été préjudiciables aux Allemands en garnison à Saint-Denis, qui sont des gens pratiques avant tout, ne veulent pas recevoir les ricochets de nos malheureuses dissensions, et tiennent absolument à vivre le plus commodément possible.


 

FAITS DIVERS – LES MOUFFETTES (p527)

Hier, des enfants jouaient au bord de la Bièvre, près d’Arcueil, lorsque l’un d’eux, nommé Charles Dutot, âgé de onze ans, tomba dans la rivière et ne put s’en dégager. Ses camarades se dispersèrent en jetant des cris qui furent entendus d’un charretier. Il accourut et se mit en devoir de sauver l’enfant ; mais la boue remuée par lui était tellement nauséabonde, qu’il failli perdre connaissance.

Heureusement, un garçon blanchisseur vint à son secours et l’aida à retirer le jeune imprudent.

Ce dernier ne donnait plus que quelques signes de vie ; on le transporta dans sa famille, où, malgré les soins d’un médecin, il ne tarda pas à rendre le dernier soupir. Le docteur a déclaré que l’enfant avait succombé à l’asphyxie produite, non par submersion, puisque sa tête était restée hors de l’eau, mais par suite de ces émanations ou mouffettes dégagées de la vase remuée et auxquelles le quartier Mouffetard doit son nom.


 

FAITS DIVERS – UN FRATRICIDE (extrait voir JO p529)

Tribunaux Cour D’assises Du Jura (Lons-le-Saunier) - Audience du 20 mars

Jacques-Augustin Petit est accusé d’avoir commis un assassinat sur la personne de son frère dans les circonstances suivantes :

L’accusé nourrissait depuis longtemps contre son frère, Jean-Baptiste Petit, des sentiments d’une telle haine qu’il résolut de l’assassiner. Le 2 novembre dernier, vers sept heures et demie du matin, il quitta Arbois, son domicile, se rendit à Pupillin chez ce dernier et apprit de sa belle-sœur qu’il conduisait du fumier dans la campagne, du côté de Buvilly. Il alla à sa rencontre, après avoir, en présence de plusieurs témoins, chargé avec un lingot de plomb le fusil de garde national dont il s’était armé.

Il rejoignit son frère à deux kilomètres du village, et l’abordant avec des paroles qui n’ont pas été entendues, il le coucha en joue et fit feu. Mortellement atteint derrière l’épaule, Jean-Baptiste Petit descendit de voiture, fit deux pas et tomba foudroyé. Deux personnes avaient suivi avec épouvante tous les détails de cette scène affreuse. L’accusé les interpella pour leur dire qu’elles pourraient rendre compte qu’il avait mis une balle dans le dos de son frère, et il ajouta : « Je suis content, je l’ai tué ! Je passerai au conseil de guerre, on me tuera aussi, mais je suis content ! »

[…]