JOURNAL OFFICIEL - PARTIE NON OFFICIELLE 3

MERCREDI 29 MARS 1871

REMERCIEMENTS À LA GARDE NATIONALE (p215)

Paris, le 28 mars 1871.

Dans sa séance d’installation, la Commune de Paris a déclaré que la garde nationale et le Comité central ont bien mérité de la patrie et de la République.

Le président, Ch. Beslay. Les secrétaires Th. Ferret, Raoul Rigault.


 

LA COMMUNE D'ALGÉRIE (p216)

Les délégués de l’Algérie déclarent, au nom de tous leurs commettants, adhérer de la façon la plus absolue à la Commune de Paris.

L’Algérie tout entière revendique les libertés communales

Opprimés pendant quarante années par la double centralisation de l’armée et de l’administration, la colonie a compris depuis longtemps que l’affranchissement complet de la Commune est le seul moyen pour elle d’arriver à la liberté et à la prospérité.

Paris, le 28 mars 1871.

Alexandre Lambert Lucien Rabuel Louis Calvinhac


 

RETRAIT DES BARRICADES (p221)

Les barricades de la place de l’Hôtel-de-Ville ont été enlevées, et la libre circulation est rendue aux voitures.


 

CAPTIVITÉ DU GÉNÉRAL CHANZY (p222)

Le général Chanzy est arrivé hier à Versailles. En entrant dans la cour de l’Assemblée, il a été aussitôt entouré.

Un député de droite, — car il faut garder le nom de représentants pour ceux qui sont les mandataires du peuple et non les serviteurs d’un prince, est accouru à lui, et lui dit :

— Eh bien, vous voilà sorti des mains de ces misérables ?

Le général Chanzy releva l’épithète et répondit qu’à part sa captivité, il n’avait eu qu’à se louer de la manière dont il avait été traité.


 

COMITÉ D'AIDE AUX LORRAINS ET ALSACIENS (p224)

Une réunion de nos concitoyens de l’Alsace et de la Lorraine a eu lieu hier, au Havre, dans la salle Sainte-Cécile. Une assistance nombreuse, comptant plus de deux cents personnes, s’était rendue au lieu désigné.

Il a été procédé, par voie d’élection, à la nomination d’un comité ; puis l’assemblée a résolu de venir en aide aux habitants de la Lorraine et de l’Alsace, en leur facilitant l’obtention au Havre, des places précédemment occupées par les Prussiens et les Allemands.

En outre, la réunion, partageant l’idée féconde émise par la société des employés de commerce quant à la création au Havre de cours gratuits de langues vivantes, a également décidé de faire professer, à ses frais, l’enseignement de l’anglais et de l’allemand.

Les cours organisés ainsi seraient accessibles à tous les jeunes gens du Havre, âgés de 14 ans, possédant une instruction primaire suffisante pour pouvoir mettre à profit les leçons, sans distinction de profession, et sans obligation de se destiner à aucune carrière spéciale. Les cours seraient gratuits et obligatoires. Ils pour- raient ainsi se former au Havre même un noyau de plusieurs milliers de jeunes gens qui, dans un délai assez court, posséderaient suffisamment la langue allemande pour que toutes les maisons de commerce du Havre pussent se débarrasser de l’invasion prusso-allemande.

[…]

A notre époque, plus que jamais, on peut dire que l’avenir appartient au savoir, et il importe qu’un peuple qui être réellement libre ne demeure pas dans une dépendance honteuse imposée par l’ignorance.


 

NOUVELLE ORGANISATION DE LA VILLE DE PARIS (extrait, voir JO p229)

Par M. Vuillaumé, historien de la Révolution française

La division de Paris en vingt arrondissements est défectueuse ; car l’un a 150 mille habitants, l’autre n’en a que 42 mille. Il s’ensuit qu’en donnant à chacun le même nombre de conseillers municipaux, on viole le principe démocratique, qui veut que chaque citoyen ait une puissance élective aussi égale que possible. En second lieu, les arrondissements sont trop populeux et d’un territoire trop vaste (car il y en a qui ont une lieue de longueur) pour que leur administration soit régulière et utile. Enfin, et c’est le plus grave inconvénient, les citoyens ne peuvent guère s’entendre sur les grands intérêts administratifs ou politiques.

Il faut donc diviser Paris en 80 sections de 2 à 24 000 habitants. Elles seront délimitées par les rues et les boulevards, de telle sorte qu’elles soient d’une surface aussi égale que possible en longueur et en largeur, et que leur maison commune soit située eu centre. On comprend que les quatre-vingts quartiers actuels ne peuvent servir de base, puisque les uns n’ont pas 5 000 habitants, et que les autres en ont 50 000.

[…]


 

PROPAGANDE RÉPUBLICAINE (p232)

Un jeune et ardent républicain, M. Jules Steeg, rédacteur du Progrès des Communes, donne depuis plusieurs mois dans le département de la Dordogne un exemple qui mériterait d’être sérieusement imité un peu partout en France. Il a compris que la cause de la République ne peut triompher d’une façon durable qu’à la condition d’avoir pour amis et pour collaborateurs les populations des campagnes, si intentionnellement négligées par l’empire et par le clergé, et il a entrepris, à lui tout seul, une lutte ininterrompue dans les villages de la Dordogne pour républicaniser ses concitoyens. Seul, il parcourt les campagnes s’attablant dans l’auberge où se réunissent les paysans et leur exposant, apôtre du droit moderne, les principes républicains ; il leur dit comment la République c’est la liber- té, et aussi l’ordre, c’est le respect des droits de tous par chacun et c’est aussi et avant tout l’accomplissement du devoir de tous et de chacun.

M. Steeg a obtenu par cette propagande individuelle et désintéressée des résultats fort notables ; le département de la Dordogne a failli faire passer une liste excellente, et M. Steeg lui-même a été récompensé par une trentaine de mille suffrages.

[…]

Voici les réflexions judicieuses que M. Steeg exposait ces jours derniers dans le journal qu’il rédige, au sujet de la paix et des devoirs nouveaux qui s’imposent à la France.

« Que la paix serve à nous purifier !

« Après avoir essayé de faire de la France un camp, il s’agit maintenant d’en faire une école. Ecole d’enseignement mutuel. Pour cela, il faut bannir les querelles, les violences, les récriminations. Il faut qu’un grand parti se forme, celui de la République. Nous ne sommes plus des sectaires au sein du pays. C’est nous main- tenant qui sommes devenus les conservateurs ; c’est nous qui veillons jalousement sur l’ordre des choses établi, c’est nous qui voudrons énergiquement la tranquillité, le maintien des institutions, le respect de la loi, le progrès sans secousse. Main- tenant nous avons le mot, c’est à nous de conquérir la chose. Maintenant la République est sur nos affiches et sur nos monnaies, dans les actes publics, c’est à nous de l’introduire dans les esprits et dans les cœurs.

 

JEUDI 30 MARS 1971

LA COMMUNE DE PARIS EST CONSTITUÉE (p236)

CITOYENS, Votre commune est constituée. Le vote du 26 mars a sanctionné la Révolution victorieuse.

Un pouvoir lâchement agresseur vous avait pris à la gorge : vous avez, dans votre légitime défense, repoussé de vos murs ce gouvernement qui voulait vous déshonorer en vous imposant un roi.

Aujourd’hui, les criminels, que vous n’avez même pas voulu poursuivre, abusent de votre magnanimité pour organiser aux portes même de la cité un foyer de conspiration monarchique. Ils invoquent la guerre civile ; ils mettent en œuvre toutes les corruptions ; ils acceptent toutes les complicités ; ils ont osé mendier jusqu’à l’appui de l’étranger.

Nous en appelons, de ces menées exécrables, au jugement de la France et du monde.


 

AFFICHAGES (p241)

Il n’appartient qu’à l’autorité communale et aux municipalités d’apposer des affiches sur papier blanc.

Les municipalités ne peuvent afficher en dehors de leur arrondissement respectif.

L’affichage des actes émanant du gouvernement de Versailles est formellement interdit.

Tout afficheur ou tout entrepreneur d’affichage contrevenant au présent avis sera rigoureusement poursuivi.

Hôtel-de-Ville, 29 mars 1871.
Pour le Comité et par délégation, L. Boursier.


 

COMMUNE DU CREUZOT (p244)

Une dépêche officielle annonce que la commune vient d’être proclamée au Creuzot.

Le drapeau rouge, arboré à l’Hôtel-de-Ville, puis enlevé par surprise, a été finalement rétabli par les amis de la Commune, — cela sans effusion de sang.


 

SEMENCES ANGLAISES (p 245)

M. Norcott, membre de la société anglaise des Amis pour la distribution des semences aux habitants des villages, autour de Paris invite les maires des communes qui n’ont pas encore pris livraison des semences qui leur ont été données par le lord maire de Londres, de venir de suite aux magasins de la ville, boulevard Morland, 9, où M. Norcott sera tous les jours de 10 heures du matin à 4 heures du soir, pour faire la distribution des semences et des laissez-passer, car le temps d’ensemencement est des plus urgents.

Paris, le 29 mars 1871, W. B. Norcott


 

SPECTACLE GRANDIOSE (p 247)

Citoyens, aujourd’hui, il nous a été donné d’assister au spectacle populaire le plus grandiose qui ait jamais ému nos âmes : Paris saluait, acclamait sa Révolution ; Paris ouvrait à une page blanche le livre de l’histoire et y inscrivait son nom puissant.

Deux cent mille homme libres sont venus affirmer leur liberté et proclamer au bruit du canon l’institution nouvelle. Que les espions de Versailles, qui rôdent autour de nos murs, aillent dire à leurs maîtres quelles sont les vibrations qui sortent de la poitrine d’une population tout entière, comme elles emplissent la cité et franchissent les murailles ; que ces espions, glissés dans nos rangs, leur rapportent l’image de ce spectacle grandiose d’un peuple reprenant sa souveraineté, et, sublime ambitieux, le faisant en criant ces mots :

Mourir pour la Patrie !


 

COMMUNE DE TOULOUSE (p249)

Le Comité central a remis la proclamation suivante aux délégués que Toulouse lui avait envoyés :

Citoyens de Toulouse,

Paris savait que vous entreriez les premiers dans le mouvement républicain, et il n’attendait que l’affirmation de votre indépendance pour vous tendre la main et saluer votre liberté.

La révolution est faite, il faut maintenant reconstituer ; et il est nécessaire que la France entière suive une route commune et invariable.

Le pacte national ne peut avoir que peu d’articles, mais encore faut-il qu’il soit l’expression unanime. Le voici tel que Paris vient de le poser :

« Affirmation, au-dessus de toute discussion, de la République démocratique et sociale ; suppression de l’armée régulière et son remplacement par la garde nationale, seule force armée dans la cité et dans l’Etat, répondant de la police intérieure et du salut militaire de la patrie.

« Election de tous les chefs sans exception, suppression des privilèges, protection au mérite et guerre au favoritisme. »

Paris a jeté ces bases d’avenir en résistant aux provocations d’un gouverne- ment qui n’avait plus d’espoir que dans la guerre civile. Il a voulu prouver que la véritable force était dans la révolution pacifique, et que le peuple était assez puissant pour anéantir ceux qui l’attaquent à main armée par la seule majesté de son attitude.

Que du Capitole comme de l’Hôtel-de-Ville vibre la grande voix du peuple aux paroles de force et de paix, et que la liberté féconde se dresse, vaillante et radieuse, sur le monde régénéré !

Vive la République !


 

LE KIOSQUE À MUSIQUE (p 250)

Faits divers. Tous les dimanches, nous dit un correspondant, la population de Metz, qui n’a pas cessé de protester contre l’annexion, se donne rendez-vous de bonne heure sur la promenade de l’Esplanade, et, au moment où la musique prussienne s’installe dans le kiosque de la place pour commencer son concert de l’après-midi, tous les promeneurs se retirent et s’en vont par la porte Serpenoise, laissant les mélodies du Tannhauser s’exécuter dans le désert.

 

VENDREDI 31 MARS 1971

CUMUL DES MANDATS, ADMISSION DES ÉTRANGERS À LA COMMUNE (extrait, voir JO p254)

Rapport de la commission des élections

Existe-t-il une incompatibilité entre le mandat de député à l’Assemblée de Versailles et celui de membre de la Commune ?

Considérant que l’Assemblée de Versailles, en refusant de reconnaître la Commune élue par le peuple de Paris, mérite par cela même de ne pas être reconnue par cette Commune.

Que le cumul doit être interdit ;

Qu’il y a du reste impossibilité matérielle à suivre les travaux des deux Assemblées.

La commission pense que les fonctions sont incompatibles.
 

Les étrangers peuvent-ils être admis à la Commune ?

Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la république universelle ;

Considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyens aux étrangers qui la servent ;

Que cet usage existe depuis longtemps chez les nations voisines ;

Considérant que le titre de membre de la Commune étant une marque de confiance plus grande encore que le titre de citoyen, comporte implicitement cette dernière qualité.

La commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel.

HISTOIRE DU DRAPEAU ROUGE (voir JO p285)


 

FERMENTATION BELGE (p289)

A la suite des événements de Paris, un mouvement s’est déclaré parmi les membres de l’Internationale dans plusieurs centres industriels de la Belgique. Il règne une grande fermentation principalement à Verviers, à Liège, et dans les environs de Charleroi.

 

SAMEDI 1er AVRIL 1871

SOLDE DE LA GARDE NATIONALE (p294)

Délégation aux finances : la solde de 1 fr. 50 allouée aux gardes nationaux est essentiellement personnelle. Il est expressément interdit aux offices payeurs ou sergents-majors de distribuer entre les gardes présents la solde destinée aux citoyens gardes qui ne répondent pas à l’appel, ou qui ont cessé d’avoir droit à cette solde.

Les payeurs qui enfreindraient cet ordre seraient rendus responsables envers le trésor.

Paris le 31 mars 1871
Les délégués aux finances, membres de la commune
Fr. Jourde, E. Varlin

LE COMITÉ RADICAL DE MÂCON (extrait, voir JO p302)

Nous publions le programme du comité républicain radical de Mâcon : Les membres du comité inscrivent en tête de leur programme la grande devise

politique et sociale : Liberté, Egalité, Fraternité.

La République est au-dessus du suffrage universel.

Une génération est au-dessus du suffrage universel. Une génération ne peut pas engager les générations à venir. Les coups d’Etat et les plébiscites sont les causes directes de tous les malheurs qui nous accablent.

« Les rois, disait le conventionnel Grégoire, sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique... L’histoire des rois est le martyrologue des nations... »

En conséquence, tous les prétendants doivent être à jamais bannis de France et mis hors la loi. Ils serviraient, par leur présence, de prétextes perpétuels à des discordes civiles.

Les deux bases fondamentales de la tyrannie sont l’ignorance et la superstition. Il y a deux moyens de les faire crouler :

L’instruction gratuite, obligatoire et radicalement laïque.

L’instruction de l’Eglise et de l’Etat, comprenant la suppression du budget des cultes.

Les écoles doivent être communes, afin de faire disparaître chez les enfants tous les préjugés de caste, qui sont des obstacles à l’égalité, à la fraternité. L’enseignement de principes religieux doit y être interdit ; c’est aux parents seuls que la liberté de conscience réserve ce droit.


 

LA GAZETTE DE TURIN (extrait, voir JO p305)

On lit dans la Gazette de Turin :

« Nous ne cesserons pas de répéter qu’à nos yeux l’unique moyen de ramener la tranquillité, la paix et la prospérité, non seulement à Paris, mais dans toute la France, serait s’assurer d’une manière sérieuse et efficace l’existence de la république. Cela peut-il se faire ? Question à l’adresse de l’Assemblée et des gouvernants actuels ».


 

AUTONOMIE DE L'ALSACE-LORRAINE (p310)

L’organisation future de l’Alsace-Lorraine fera l’objet d’un projet de loi qui est déjà préparé et dont le Parlement allemand doit être saisi prochainement.

Ainsi qu’on nous l’avait fait pressentir, les territoires cédés seront réunis en une seule province, qui ne relèvera que de l’empire, dont elle sera une des parties constituantes. Le nouveau « pays de l’empire » n’aura d’autre souverain que l’empire lui-même, et c’est au chef de l’empire, à l’empereur, que sera confiée l’administration, qu’il exercera avec le concours du conseil fédéral.

Toutefois, l’Alsace-Lorraine sera placée provisoirement sous un régime transitoire jusqu’au 1er janvier 1873, époque à laquelle elle entrera en pleine jouissance de son autonomie, et sera dotée de toutes les institutions qui la constitueront en Etat indépendant, mais relié à l’empire par la Constitution et les lois fédérales.

Le projet de loi, nous dit-on, ne fait aucune mention de la cession d’une partie de l’Alsace à la Bavière. Il est donc à croire qu’on a renoncé à l’idée malheureusement d’un démembrement si tant est qu’elle ait jamais été débattue sérieusement.


 

CHOLERA FOUDROYANT (p310)

Une épidémie terrible, le choléra foudroyant, sévit à Saint-Petersbourg, où il a déjà fait un grand nombre de victimes. Le prince d’Oldenbourg, troisième fils du prince Pierre, cousin de l’empereur, la princesse Tcherkasky, et plusieurs autres personnes, sont mortes après quelques heures de souffrances horribles.


 

LES AMÉRICAINS (p311)

Les Américains, ces hardis promoteurs du go ahead, ne savent pas rester en arrière quand il s’agit d’une œuvre libérale, philanthropique, capable de témoigner leur sympathie pour la France. Le port du Havre, particulièrement, vient de recevoir une nouvelle preuve de l’esprit généreux et confraternel d’un habitant de New-York.

Le navire américain Hunler, capitaine Robert Mac York, consigné à MM. J.- A. Laude et Cie, apporte de New-York un chargement de 3 812 barils de farine qui sont envoyés par une des plus puissantes et honorables maisons de New-York, MM. A.-T. Stewart et Cie, pour être répartis gratuitement, à titre de secours, aux ouvriers nécessiteux de nos divers districts manufacturiers, en attendant la reprise des travaux.

MM. Stewart possèdent, à New-York, l’un des plus beaux et des plus vastes magasins de nouveautés, scieries, etc., qui soient dans l’univers entier, et capable d’être comparé avec avantage à ce que Paris possède de plus grandiose.

LA CHASSE AUX GRENOUILLES (p312)

Les prisonniers français internés dans le camp d’Erfurt se sont révoltés samedi dernier. La Gazette de Weimar donne sur cette affaire les détails suivants :

[…] Sept prisonniers français, mettant à profit quelques heures de congé, s’étaient amusés hier à aller faire la chasse aux grenouilles et étaient rentrés trop tard dans leurs campements. Pour les punir, on les lia et on les attacha pendant une heure aux cloisons de leurs baraques. Cette punition n’étant pas d’usage en France, les autres Français n’y voulurent pas consentir et délivrèrent leurs camarades. Les gardes de Brunswick s’y étant opposés et les ayant en partie rattachés, les prisonniers, — il s’en trouve encore 8000 au camp, — sortirent en tumulte et s’attroupèrent devant le corps de garde.

Des pierres furent lancées, et les internés brandissaient des bâtons et des couteaux dont ils menaçaient les gardes brunswickois. Ceux-ci, au nombre de 40, étaient prêts à faire feu, mais le vice-caporal Hartmann, dans un louable esprit de modération, n’en donna pas l’ordre, parce qu’il était sûr d’avance que tous les gardes auraient été massacrés.

Il commanda seulement un signal de trois coups de canon, sur quoi on battit la générale dans toute la ville.

À mon retour sur la place Guillaume-Frédéric, je vis des soldats prussiens conduisant trois Français qui avaient été gravement maltraités au lazaret ; des personnes dignes de foi m’assuraient que quelques internés avaient même été tués, mais je ne rapporte ce dire que sous toutes réserves. Aujourd’hui, on annonce que quatre Français ont été tués, mais ce bruit est également sujet à caution. Le calme est complet.


 

LES CHIFFRES DE LA MORTALITÉ (extrait, voir JO p 314)

La mortalité continue à diminuer. Le chiffre de décès du 11 au 17 mars n’est que de 2 576 au lieu de 2 993, comme l’autre semaine.

La variole a un peu augmenté (98 au lieu de 85) ; la cholérine aussi (5 au lieu de 1) ; la rougeole est restée au même chiffre (20).

Toutes les autres maladies sont en décroissance.

La maladie la plus meurtrière est toujours la bronchite (301 décès) ;

Puis viennent la fièvre typhoïde (329), la pneumonie (188), la diarrhée (104), la variole (98), la dyssenterie (47), la rougeole (20), le croup (14), etc.

La bronchite a surtout frappé les enfants et les vieillards. De 15 à 50 ans, elle n’a fait que trente-sept victimes, un peu plus d’un dixième du chiffre total.

La fièvre typhoïde frappe toujours principalement l’armée, qui a fourni plus de la moitié du chiffre des décès (122 sur 229).

La pneumonie a atteint à peu près également tous les âges.

La diarrhée, comme la bronchite, a surtout enlevé les enfants et les vieillards. Les adultes, de 15 à 50 ans, entrent à peine pour un dixième dans le chiffre total (10 sur 104).

[…]


 

RECRUTEMENT VERSAILLAIS (p316)

Le préfet de Lille a fait annoncer qu’un train spécial serait mis à la disposition des volontaires appelés par l’Assemblée nationale à Versailles.

À l’heure indiquée pour le départ du train, il s’est présenté vingt volontaires ! C’étaient vingt ouvriers belges sans travail.


 

L'ANNIVERSAIRE DU ROI GUILLAUME (p317)

On écrit de Lons-le-Saulnier, 25 mars :

« C’était hier l’anniversaire de la naissance de l’excellent roi Guillaume. A cette occasion, les Prussiens se sont livrés à de grandes réjouissances dont nous, pauvres habitants inoffensifs, avons été les victimes.

Après la journée, consacrée à des revues, parades, allocutions, salves d’artillerie, etc., a eu lieu à cinq heures, à la préfecture un grand repas offert par le général à ses officiers ; pareil festin pour les sous-officiers et soldats, qui avaient reçu double ration. A huit heures du soir, toute cette soldatesque était complètement ivre, voire les officiers. Elle s’est alors répandue dans la ville comme un torrent, envahissant les cafés, insultant la population ; quelques personnes ayant voulu résister à ces injures, il s’est passé une scène de carnage, digne d’une ville prise d’assaut : les soldats se sont rués sur les habitants, le sabre au poing, frappant à droite et à gauche sur tout ce qui se trouvait devant eux : femmes, enfants vieillards, rien ne fut respecté ; deux ou trois établissements ont été livré au pillage. Des patrouilles prussiennes sont alors intervenues, mais les soldats qui les composaient étaient aussi ivres que les autres, ils se sont mis de la partie : malheur aux retardataires qui ne rentraient pas assez vite chez eux !

Ces scènes de brutalité ont duré jusqu’à minuit ; le résultat a été deux ou trois prussiens blessés ou du moins contusionnés, et un mort ; du côté de la population, trois morts et environ quinze personnes blessées plus ou moins grièvement, dont deux jeunes filles qui ont eux les poignets coupés. Suivant le dire de quelques soldats prussiens qui n’ont pas participé à cette orgie, il paraît que chaque année la fête du roi Guillaume se célèbre de la même manière : quand ces messieurs n’ont pas d’ennemis sous la main, ils se battent entre eux. Pour couronner l’œuvre, le général commandant, prétendant que ses soldats sont de véritables saints qui ont été provoqués, va nous donner à loger quelques centaines d’hommes de plus afin de maintenir le bon ordre. Inutile d’ajouter que cette occupation nous ruine complètement.

Un ordre du commandant prussien de Lons-le-Saulnier défend aux journaux de la ville de rendre compte de ce qui s’est passé. L’enterrement des victimes a eu lieu au milieu d’un grand concours de population protestant silencieusement contre cet horrible abus de la force ».


 

FAIT DIVERS - MEURTRE À BORDEAUX (extrait, voir JO p319)

Les événements tragiques se succèdent à Bordeaux. La population est à peine remise d’une émotion de la veille, que le lendemain elle a à enregistrer quelque nouveau fait non moins tragique.

Ce matin, il n’était bruit à Bordeaux que d’un meurtre commis pendant la nuit dans le 3e arrondissement, quartier de Saint-Ferdinand

Un militaire avait été frappé à la tête de deux coups de hache ; son corps en- sanglanté était, par les soins du commissaire de police, transporté à l’hôpital Saint-André ; une femme était en fuite, et le mari de cette dernière, auteur du meurtre, allait lui-même se constituer prisonnier. Voilà les faits qui, dans le quartier Saint-Ferdinand, étaient ce matin le sujet de toutes les conversations.

Un meurtre a en effet été commis, et voici dans quelles circonstances....[…]


 

FAIT DIVERS - LA BLESSURE MYSTÉRIEUSE (extrait, voir JO p320)

L’un des omnibus qui suivaient le quai Saint-Bernard s’était arrêté hier pour laisser monter plusieurs personnes, dont trois à l’intérieur.

L’un de ces derniers voyageurs, le sieur J..., âgé de soixante-quatre ans, venait à peine de s’asseoir, qu’il se leva brusquement, pâlit, et, chancelant, se disposa à sortir de la voiture en s’écriant :

— A mon secours, je suis blessé !

On vit, en effet, le sang ruisseler de son pantalon, en même temps que sa pâleur augmentait. On l’entoura, on le soutint et on le fit entrer dans une maison voisine dont l’un des locataires était précisément un médecin qui le visita, remarqua qu’il portait en haut de la cuisse une large et profonde blessure, et s’empressa de lui donner des soins.

Dans le premier moment, on avait cru qu’il s’agissait d’une tentative de meurtre ; mais les renseignements recueillis ne tardèrent pas à donner aux faits leur véritable caractère....

[…]


 

PESTE BOVINE (p321)

On lit dans la Chronique de Fougères l’indication des moyens suivants qui, dans beaucoup de cas, suffisent pour prévenir la peste bovine :

1° Saler la nourriture;

2° Changer souvent la litière, tous les jours s’il est possible;

3° Mettre un peu de chaux vive dans la litière

4° Mettre dans les étables un feu de goudron de gaz qu’on renouvelle aussitôt qu’il a cessé de répandre de l’odeur.

Ces moyens sont bien simples, très peu coûteux, et leur action désinfectante ne peut être mise en doute.

Si leur efficacité n’est pas absolue, ils sont du moins incontestablement utiles.