PARIS BRÛLÉ – LA PÉTROLEUSE ET L'HOMME D'AFFAIRES
ÉLÉMENTS DU PROJET

Ce jeu est inspiré du Jeu de Lois imaginé par Georges Lafosse 1 fin 1871 à propos de l'« année terrible », conçu sur le modèle du jeu de l'oie et publié par le Charivari.

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Accès par le musée des caricatures, vitrine de la pétroleuse.

 

Il sera joué à l'aide de deux pions, incarnant deux protagonistes :

Une couturière, que nous appellerons Eulalie 2, accusée en septembre 1871, par le Conseil de guerre de Versailles, d'être une pétroleuse, une meneuse de la Commune, et aussi d'avoir dérobé 3 mouchoirs blancs dans une maison de la rue de Solférino.

 

Un homme d'affaires britannique, spécialisé dans les voyages touristiques, que nous appellerons Thomas 3, qui organise en France fin 1871 une lucrative visite touristique dans les ruines de Paris brûlé.

 

Les deux personnages ont pu se croiser à Paris, ou peut-être à Brest où Eulalie est détenue par la IIIème République sur un bateau-ponton, et où Thomas pourrait débarquer de Londres pour les observer, avant prendre le train pour Paris et engager ses repérages. Dans l'une de ces deux villes commencera le jeu4.

Bertrand Tillier, La commune de paris – révolution sans images ?, éd. Champ Vallon, 2002, p 28

En référence et hommage à Eulalie Papavoine

En référence à Thomas Cook

En cours d'enquête

PARIS BRÛLÉ commence au moment des procès des commmunards, et s'opère selon la circulation des deux pions, à partir de l'ouest dans deux sens opposés : l'un remonte le cours du temps de la Commune dans le sens antihoraire (Eulalie) et l'autre, dans le sens horaire, explore l'espace au présent de la visite des ruines (Thomas). L'image de fond est un plan de Paris, dont les pions exploreront, de manière escargotique1, les sites principaux de leurs contextes respectifs.

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Projet de plateau

(dessin Natalya Buryka)

Ce dispositif permettra d'appréhender l'écart, étape par étape, entre la réalité d'une vie singulière, engagée dans le processus politique révolutionnaire, démocratique et social de la Commune, et l'exploitation commerciale des ruines de Paris, par l'organisation des visites touristiques et de la vente de photographies, bordées par la semaine sanglante et le massacre des insurgés commandité par Thiers et la IIIème république.

 

Le jeu permettra visuellement d'appréhender l'importance de la dimension photographique à cette époque, qui joua un rôle idéologique extrêmement important pendant et après les évenements (voir plus bas), des deux côtés des barricades (Appert et Disdéri /Braquehais).

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Voir la « boussole escargotique » de Jules Allix

EULALIE – CONTEXTE

 

Les éléments biographiques d'Eulalie, en partie empruntés à Eulalie Papavoine1, mais également fictionnels, permettent de circuler à travers les lieux et les moments essentiels du Paris de la Commune, en remontant le temps : Versailles (lieu des procès), Père Lachaise (mur des Fédérés), rue Ranponneau (dernière barricade), porte du Point du jour (par où entrérent les 60 000 soldats de Thiers grâce à Jules Ducatel2), Avenue Rapp (explosion de la cartoucherie), rue St Florentin (barricade de Napoléon Gaillard), Imprimerie nationale, colonne Vendome, Montmartre, (tentative de prise des canons), etc...

 

Eulalie : née en 1831, à Glacière, 13ème, quartier Croulebarbe. Son père, glacier (porteur de glace), sa mère blanchisseuse dans la Bièvre. 7 frères et sœurs, 3 décédés. Exerce d'abord le métier de blanchisseuse avec sa mère. Son frère Roch se bat avec un officier de la caserne Lourcine, et se retrouve à la Roquette. Rencontre son mari Balthazar, typographe, socialiste, fouriériste. Vont habiter dans le XXe, rue de PaliKao. Baltazar trouve un emploi dans une imprimerie rue de Ménilmontant. Eulalie apprend le métier de couturière au Sentier. Deux fausses couches. Eulalie trouve un emploi au Petit Saint Thomas, chez Legentil (initiateur du Sacré Coeur), puis à la Nouvelle Héloïse, où elle rencontre Marie-Louise Jaÿ, future femme d'Ernest Cognac, fondateur de la Samaritaine. Ouverture de la Samaritaine en 1870, Eulalie y est engagée comme retoucheuse , grâce à Marie-Louise. Fréquente avec Balthazar les clubs socialistes de la capitale. Guerre de Prusse du 17 juillet 70 au 10 mai 71. Son frère Roch et son père partent à la guerre. Son père meurt à Sedan, son frère en revient socialiste. Il se joint à Eulalie et Balthazar dans les clubs. 18 mars, la Commune. 21 mars, occupation du Mont Valérien par Thiers. L'affrontement sépare Marie-Louise et Eulalie, qui se perdent de vue. Eulalie s'engage comme ambulancière, son mari et son frère dans la garde nationale, au 135e bataillon. Travaille dans une ambulance rue de Solférino. Donne les premiers soins aux blessés de l'avenue Rapp, puis les conduit à l'hopital de la Charité. Semaine sanglante. Arrestation. Enfermée à Satory. Prison des chantiers de Versailles. Maison de correction. Procès le 3 septembre 71. Condamnée le 4 septembre à la déportation dans une enceinte fortifiée et à la dégradation civique. Détenue, elle est autorisée à épouser Rémy Balthazar, détenu aux docks de Satory, afin de permettre de légitimer son fils, alors âgé de quatre ans. Hugo prend sa défense. Flaubert l'accuse. Condamnée en septembre 1871 à la déportation et aux travaux forcés. Meurt à l'asile de Châlons-sur-Marne le 24 mai 1875.

 

https://histoireparlesfemmes.com/2021/04/07/eulalie-papavoine-ambulanciere-de-la-commune/

Hélène Lewandowki, L’écran de fumée des incendies de la Commune de 1871, https://journals.openedition.org/chrhc/15866

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Explosion de la cartoucherie de l'avenue Rapp,  le 17 mai 1871

THOMAS – CONTEXTE

 

         La circulation de Thomas sur le jeu, à travers sa démarche commerciale de visite touristique, permettra de visiter les différentes ruines de la capitale après la semaine sanglante, et de rendre à chacun les responsabilités des dégats qui furent, par la suite, entièrement attribués aux insurgés par les versaillais. Les prussiens, pendant la guerre franco-prussienne, furent à l'origine de nombreuses destructions, les bombardements versaillais détruisirent l'ouest parisien, et provoquèrent de spectaculaires incendies, en particulier au Champs de Mars et sur le Ministère des finances, et les communards incendièrent des batiments symboliques, Conseil d’État, palais de la Légion d’honneur, ministère des Finances et finalement l'hôtel de Ville... Le jeu circulera au présent de Paris brûlé à travers des documents photographiques rendant compte de ces différentes destructions.

« Les ruines de Paris ont provoqué, aux premiers jours de juin 1871, « une véritable fièvre touristique. Elles deviennent pour les Parisiens, les provinciaux et les étrangers une attraction incontournable, intitulée Une visite à l’exposition universelle de la bêtise humaine par Alexandre Dumas fils », écrit Hélène Lewandowki1.

 

Des guides sont publiés pour l'occasion.

- Le Guide-recueil de Paris brûlé – Evéments de mai 1871, contenant le récit de l'entrée de l'armée à Paris et la bataille des rues, des notes historiqes et archéologiques sur tous les monuments et maisons particulières incendiés ou détruits – Un joli plan de Paris colorié et une collection de photographies avant et après l'incendie par Pierre Petit. Paris, E. Dentu, libraire-éditeur, introduction de Ed. Moreau. >

Le Guide à travers les ruines. Paris et ses environs, avec un plan détaillé, de Ludovic Hand et J-J Blanc, Paris Alphonse Lemerre, éditeur. >

 

- Paris incendié, de Henri de Bleignerie et Édouard Dangin, qui fait état de 11 batiments disparus et de dégradations dans cinq rues du centre de la capitale. >

 

- John Mottu édite, dans le Moniteur universel, des chroniques sur les destructions :  Les désastres ordonnés et causés par la Commune dans la seconde quinzaine de mai 1871. Sa démarche, écrit Lewandowki, est motivée par le fait que :

Plusieurs journaux, sous la légitime émotion du premier moment, ont exagéré les incendies et destructions, de sorte que les étrangers qui arrivent à Paris croient trouver une ville en ruines, et sont fort étonnés […] de trouver des quartiers intacts, sans aucune trace d’incendie ou de projectile. >

 

« Des plans illustrés, écrit encore Lewandowski, sont également mis à la disposition des touristes qui ne manquent pas d’acheter, en souvenir de leur promenade, toutes les séries de photographies. Ce tourisme qui remplit les hôtels et les restaurants va favoriser la reprise de l’économie, paralysée depuis plus d’un an par la guerre franco-prussienne, puis par l’insurrection » 2.

1 ibidem

2Lewandowki